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Localisation d’un anneau

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Texte intégral

(1)

GR ´EGORY BERHUY

Table des mati`eres

1. Introduction . . . 1

2. L’axiome du choix et ses avatars . . . 1

3. Le lemme de Krull . . . 5

4. Localisation d’un anneau . . . 6

5. Anneaux de polynˆomes . . . 9

6. Le lemme de Krull implique l’axiome du choix . . . 12

R´ef´erences . . . 15

1. Introduction

Le but de document est de d´emontrer l’´equivalence entre l’axiome du choix et l’existence d’id´eaux maximaux dans un anneau commu- tatif non trivial. Cette ´equivalence est bien connue des math´ematiciens s’int´eressant `a l’axiome du choix, et il en existe plusieurs d´emonstrations.

Nous suivrons celle de Banaschewski [1], qui est ´el´ementaire et utilise des consid´erations sur les polynˆomes en une infinit´e d’ind´etermin´ees et sur la localisation d’un anneau. Dans un souci d’exhaustivit´e, tous les r´esultats interm´ediaires utilis´es, bien que connus, seront red´emontr´es en d´etails, quitte `a rallonger ce document. Le lecteur qui serait d´ej`a familier avec toutes les notions abord´ees pourra se reporter directe- ment au dernier paragraphe, qui est le cœur de la d´emonstration de Banaschewski.

2. L’axiome du choix et ses avatars

L’axiome du choix s’´enonce en g´en´eral comme suit : tout produit d’une famille non vide d’ensembles non vides est non vide. En d’autres termes, pour tout ensembleInon vide, et pour toute famille (Ei)i∈Id’ensembles non vides index´ee parI, l’ensemble Y

i∈I

Ei est non vide.

Date: 23 octobre 2017.

1

(2)

Donner un ´el´ement de ce produit revient `a se donner une famille (xi)i∈I, o`u xi ∈ Ei pour tout i ∈ I. Autrement dit, pour tout i ∈ I, on doit choisir un ´el´ementxi ∈I,d’o`u le nom de cet axiome. Ceci peut paraˆıtre tr`es naturel, et on peut bien se demander ce qui pose probl`eme. Effec- tivement, lorsque I est fini, il n’y en a pas, puisque l’on peut toujours effectuer un nombre fini de choix. Lorsque I est infini d´enombrable, on peut d´ej`a trouver cela plus discutable. Quant au cas o`u I est infini ind´enombrable, on se demande bien comment effectuer de tels choix (penser `aI =R ).

L’axiome du choix ´etant ind´ependant des autres axiomes de la th´eorie des ensembles dans laquelle la plupart des math´ematiciens travaillent (les axiomes de Zermelo-Fraenkel), on peut d´ecider librement de l’utili- ser ou non. Le probl`eme majeur de l’axiome du choix, et qui est une des raisons pour lesquelles certains math´ematiciens se refusent de travailler avec, est que l’utilisation de cet axiome pour d´emontrer l’existence de certains objets math´ematiques fournit une d´emonstration hautement non constructive. Autrement dit, on peut ´etablir que des objets avec certaines propri´et´es sp´ecifiques existent, mais on est bien incapable d’en exhiber un seul ! Par exemple, l’utilisation de l’axiome du choix permet de d´emontrer que tout espace vectoriel sur un corps poss`ede au moins une base. N´eanmoins, on serait bien en peine de fournir une base explicite de R, consid´er´e comme Q-espace vectoriel. L’axiome du choix a aussi des cons´equences plus incongrues, comme le paradoxe de Banach-Tarski, qui dit en substance que l’on peut d´ecouper la boule unit´e deR3 en un nombre fini de morceaux, puis recoller ces morceaux sans les d´eformer pour obtenir deux boules unit´e.

N´eanmoins, une ´ecrasante majorit´e de math´ematiciens travaille avec l’axiome du choix, quitte `a se confronter aux difficult´es pr´ec´edentes.

Pour finir ce petit la¨ıus introductif, signalons que travailler sans axiome du choix n’est pas d´enu´e d’int´erˆet. Cela permet de penser les choses autrement, et les d´emonstrations produites sont en fait des algorithmes qui permettent (du moins en th´eorie) de construire les objets pas `a pas.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, nous avons besoin de quelques d´efinitions de th´eorie des ensembles.

D´efinition 2.1. Soit E un ensemble non vide. Une partition deE est une famille non vide (Ei)i∈I de sous-ensembles non vides de E, et v´erifiant les deux propri´et´es suivantes :

(i) pour tous i, j ∈I, i6=j, on a Ei∩Ej =∅; (ii) on a E =[

i∈I

Ei.

On fait maintenant quelques rappels sur les relations d’ordre.

(3)

D´efinition 2.2. Soit E un ensemble, et soit une relation surE.

On dit alors que est une relation d’ordresi l’on a les propri´et´es suivantes :

(1) r´eflexivit´e : pour tout x∈E, on ax≤x;

(2) antisym´etrie : pour tous x, y ∈E, (x≤y ety≤x) =⇒x=y; (3) transitivit´e : pour tous x, y, z ∈E, (x≤y et y≤z) =⇒x≤z.

On note alors x < y si x≤y et x6=y.

On dit que la relation d’ordre est totale, ou que (E,≤) est totalement ordonn´e, si pour tous x, y ∈E, on a x≤y ouy≤x.

Exemples 2.3.

(1) Soit E un ensemble. Alors, la relation d’inclusion est une rela- tion d’ordre sur l’ensemble P(E) des parties de E. Cette relation d’ordre n’est pas totale d`es queE poss`ede au moins deux ´el´ements.

(2) La relation d’ordre usuelle sur l’ensembleNest une relation d’ordre total.

D´efinition 2.4. Soit (E,≤) un ensemble ordonn´e.

On dit quez ∈Eestmaximalsi pour toutx∈E, on az ≤x=⇒x=z.

Autrement dit, z ∈ E est maximal s’il n’existe aucun ´el´ement x ∈ E tel que z < x.

On dit que z ∈E est unmaximum(ou unplus grand ´el´ement) six≤z pour tout x∈E.

Remarques 2.5.

(1) Un maximum, s’il existe, est unique, et c’est aussi le seul ´el´ement maximal.

En effet, si z, z0 ∈E sont deux maximums de E, on a z0 ≤ z et z ≤z0 par d´efinition d’un maximum, et donc z0 =z, par d´efinition d’une relation d’ordre.

De plus, siz ∈E est un maximum, et six∈Ev´erifiez≤x, alors puisque x≤ z par d´efinition d’un maximum, on a x =z. D’autre part, si z0 ∈ E est maximal, et puisque z0 ≤z par d´efinition d’un maximum, on a z =z0.

(2) En revanche, un ´el´ement maximal n’est pas n´ecessairement un maximum. Par exemple, soit E l’ensemble des parties strictes de X = {0,1,2}, ordonn´e par l’inclusion. Alors, toute partie de X

`

a deux ´el´ements est un ´el´ement maximal, mais E ne poss`ede pas d’´el´ement maximum, car il n’existe pas de partie stricte de X qui contienne toutes les autres.

(3) Tout ensemble fini totalement ordonn´e poss`ede un maximum.

(4)

D´efinition 2.6. Soit (E,≤) un ensemble ordonn´e, et soitF une partie non vide de E. On dit que x∈E est un majorant deF si l’on a

y ≤x pour tout y∈F.

On dit que E est inductif si tout sous-ensemble de E totalement or- donn´e admet un majorant.

Nous pouvons maintenant ´enoncer le r´esultat qui nous int´eresse.

Th´eor`eme 2.7. Les propri´et´es suivantes sont ´equivalentes :

(1) pour toute famille non vide (Ei)i∈I d’ensembles non vides, l’en- semble Y

i∈I

Ei est non vide ;

(2) pour toute famille non vide (Ei)i∈I d’ensembles non vides, il existe une fonction

f :I −→[

i∈I

Ei telle que pour tout i∈I, on a f(i)∈Ei;

(3) pour tout ensemble non vide E, et pour toute partition (Ei)i∈I de E, il existe un sous-ensemble X de E tel que pour tout i ∈ I, l’intersection X∩Ei soit un singleton ;

(4) tout ensemble inductif non vide poss`ede un ´el´ement maximal (Lemme de Zorn).

D´emonstration. L’´equivalence entre (1) et (4) est la plus d´elicate. C’est la seule boˆıte noire que nous nous autoriserons, et renvoyons le lecteur `a [3], th´eor`eme 1.6.20 pour une d´emonstration. D´emontrons les autres

´

equivalences.

(1) =⇒ (2). Soit (Ei)i∈I une famille non vide d’ensembles non vides.

Par hypoth`ese, l’ensembleY

i∈I

Ei est non vide. Soit (xi)i∈I ∈Y

i∈I

Ei.On d´efinit alors une fonction f :I −→[

i∈I

Ei en posant f(i) =xi pour tout i∈I.

(2) =⇒ (1). Soit (Ei)i∈I une famille non vide d’ensembles non vides.

Par hypoth`ese, il existe une fonction f :I −→[

i∈I

Ei

telle que pour tout i∈I, on a f(i)∈ Ei. La famille (f(i))i∈I est alors un ´el´ement deY

i∈I

Ei, qui est donc non vide.

(5)

(1) =⇒(3). Soit E un ensemble non vide, et soit (Ei)i∈I une partition de E. Par hypoth`ese, l’ensemble Y

i∈I

Ei est non vide. Soit (xi)i∈I un

´

el´ement de Y

i∈I

Ei.Posons alors

X ={xk |k∈I} ⊂E.

Soit i ∈ I. Par d´efinition, xi ∈ X ∩Ei. Si maintenant y ∈ X ∩ Ei, il existe k ∈ I tel que y = xk. Mais alors, y ∈ Ei ∩Ek, ce qui n’est possible que si i = k, puisque (Ei)i∈I est une partition de E. Ainsi, y =xi et on a X∩Ei ={xi}.

(3) =⇒ (1). Soit (Ei)i∈I une famille non vide d’ensembles non vides.

Pour tout i∈ I, posons Fi =Ei× {i}, et soit F =[

i∈I

Fi. Clairement, pour tout i ∈ I, Fi est non vide, et pour tous i, j ∈ I, i 6= j, on a Fi ∩Fj = ∅. Ainsi, (Fi)i∈I est une partition de F. Par hypoth`ese, il existe Y ⊂ F tel que, pour tout i ∈ I, l’ensemble Y ∩ Fi soit un singleton.

Pour tout i∈I,soit (xi, i)∈Fi l’unique ´el´ement de Y ∩Fi. La famille (xi)i∈I est alors un ´el´ement deY

i∈I

Ei,qui est donc non vide. Ceci ach`eve

la d´emonstration.

3. Le lemme de Krull

Le lemme de Krull concerne l’existence d’id´eaux maximaux dans un anneau commutatif non trivial. Rappelons qu’un anneau A est non trivial si 0A6= 1A.Cela revient `a dire qu’il n’est pas r´eduit `a un ´el´ement.

Redonnons la d´efinition d’un id´eal maximal.

D´efinition 3.1. Soit A un anneau commutatif. On dit qu’un id´eal m de A estmaximal sim6=A, et si pour tout id´eal a deA, on a

m⊂a⊂A =⇒a=m ou a=A.

Autrement dit, m est maximal si c’est un ´el´ement maximal de l’en- semble des id´eaux deA qui sont distincts de A.

L’existence d’id´eaux maximaux est assur´ee par le lemme de Krull, dont la d´emonstration s’appuie sur le lemme de Zorn (donc l’axiome du choix).

Th´eor`eme 3.2 (Krull). Soit A un anneau commutatif.

Alors, tout id´eal a 6=A est contenu dans un id´eal maximal. En parti- culier, tout anneau commutatif non trivial poss`ede au moins un id´eal maximal (lemme de Krull).

(6)

D´emonstration. Consid´erons l’ensembleE d´efini par E ={b|b6=A id´eal de A,a⊂b}.

Alors, E est non vide (car il contient a), partiellement ordonn´e par l’inclusion. Soit (I,≤) un ensemble totalement ordonn´e, et soit F = (bi)i∈I une famille d’´el´ements deE totalement ordonn´ee index´ee parI. Autrement dit, pour tous i, j ∈I tels que i≤j, on a bi ⊂bj. Posons

b=[

i∈I

bi.

Alors, a⊂b. De plus,best un id´eal de l’anneauA. En effet, six, y ∈b, il existe des indicesi, j ∈I tels quex∈bi ety∈bj. Soitk= max(i, j).

On a ainsi i ≤ k et j ≤ k. Puisque F est totalement ordonn´e, on a alors

x∈bi ⊂bk et y∈bj ⊂bk.

Puisque bk est un id´eal, alors pour tout a ∈A, on a x+ay ∈ bk ⊂b.

Doncb est un id´eal deA. De plus, on a b6=A. Sinon,bcontiendrait 1.

Mais alors, il existerait i∈I tel que 1∈bi et donc on auraitbi =A, ce qui contredirait le fait que bi ∈E. Ainsib∈E, et puisque bi ⊂b pour tout i∈ I, b est un majorant de F. Ainsi, E est inductif, non vide et donc contient un ´el´ement maximalmpar le lemme de Zorn. On a donc m6=Aeta⊂m. Montrons quemest un id´eal maximal. Soitb0 un id´eal de A tel que m ⊂ b0 ⊂ A. Supposons que b0 6= A. Alors, on a b0 ∈ E et donc b0 = m par maximalit´e de m. Ceci ach`eve la d´emonstration du premier point. Pour montrer le dernier point, il suffit de prendre a= (0), qui est distinct de A, car A est non trivial.

Le point d´elicat est donc de d´emontrer que l’existence d’id´eaux maxi- maux dans un anneau commutatif non trivial implique l’axiome du choix. Pour cela, nous aurons besoin de r´esultats ´el´ementaires sur la localisation d’un anneau.

4. Localisation d’un anneau

Dans ce paragrpahe, nous introduisons bri`evement la notion de localis´e d’un anneau. Comme nous n’aurons pas besoin de la th´eorie g´en´erale, nous nous bornerons au cas des anneaux int`egres. Le lecteur int´eress´e par le cas g´en´eral se reportera `a [2], chapitre III, par exemple, qui traite du cas plus g´en´eral des modules sur un anneau commutatif (le cas du localis´e d’un anneau ´etant le cas o`u le module en question est l’anneau lui-mˆeme).

On commence par d´efinir la notion de partie multiplicative.

D´efinition 4.1. Soit A un anneau. Une partie S deA est dite multi- plicative si 1A∈S, et si pour tous s, s0 ∈S, on a ss0 ∈S.

(7)

Donnons quelques exemples. Commen¸cons par rappeler la notion d’id´eal premier.

D´efinition 4.2. Soit A anneau commutatif. Un id´eal p de A est dit premier si p6=A, et si pour tous x, y ∈A, on a

xy∈p=⇒x∈p ou y∈p.

Cela revient `a dire queA\pest non vide, et stable par produit.

Rappelons que tout id´eal maximal est premier.

Exemples 4.3. Soit A un anneau commutatif.

(1) Soit p un id´eal deA. Notons que A=p si, et seulement si 1A ∈p.

Ainsi, un id´eal p est premier si, et seulement si,A\pest multipli- cative.

(2) Soit (Si)i∈I une famille non vide de parties multiplicatives de A.

Alors, S=\

i∈I

Si est une partie multiplicative deA.

En effet, puisque 1 ∈ Si pour tout i ∈ I, on a 1 ∈ S. Si main- tenant s, s0 ∈ S, alors pour tout i ∈ I, on a s, s0 ∈ Si, et par cons´equentss0 ∈Si,puisque Si est multiplicative. Ainsi, ss0 ∈S.

(3) Soit A un anneau, et soit (pi)i∈I une famille non vide d’id´eaux premiers de A. Alors, S =A\[

i∈I

pi est multiplicative.

En effet, de mani`ere ´equivalente, on a S = \

i∈I

(A \ pi), et le r´esultat d´ecoule des deux points pr´ec´edents.

Si A est un anneau int`egre, on rappelle que l’on d´efinit son corps des fractions KA, de la mˆeme mani`ere que l’on construit A `a partir de Z. On d´efinit une relation ∼ surA×(A\ {0A}) comme suit : on dit que (a, b)∼(c, d) si ad−bc= 0A.

On v´erifie ais´ement que c’est une relation d’´equivalence. On d´efinitKA comme ´etant l’ensemble quotient correspondant, et on note a

b la classe d’´equivalence de (a, b)∈A×(A\ {0A}). On d´efinit une loi d’addition et une loi de multiplication comme dans le cas du corps des rationnels : pour tous a

b,c

d ∈KA, on pose a

b + c

d = ad+bc cd et a

b·c d = ab

cd.

Comme pour le cas de A, on v´erifie que ces deux lois sont bien d´efinies (il faut en effet d´emontrer que le r´esultat ne d´epend pas du choix des repr´esentants des classes d’´equivalence), et conf`ere `a KAune structure de corps, de neutres 0A

1A et 1A 1A.

(8)

On peut maintenant d´efinir le localis´e d’un anneau int`egre par rapport

`

a une partie multiplicative.

D´efinition 4.4. Soit A un anneau int`egre, et soit S une partie multi- plicative de A. L’ensemble

S−1A={a

s |a∈A, s∈S}

est un sous-anneau de KA, appel´ele localis´e de A en S.

Notons que le fait que S−1A soit un sous-anneau de A d´ecoule du fait que S est multiplicative.

Remarquons que l’application

ιS: A −→S−1A a 7−→ a

1 est un morphisme d’anneaux injectif.

De plus,S−1Aest trivial si, et seulement si, 0A∈S.En effet, si 0A∈S, pour tout a∈A et tout s∈S, on a a0A−s0A= 0A, et donc a

s = 0A 0A. Inversement, si S−1A est trivial, alors 1A

1A = 0A

1A, et donc 0A = 1A∈S.

On a alors le lemme suivant.

Lemme 4.5. SoitAun anneau int`egre, et soitS une partie multiplica- tive deAne contenant pas0A.SoitMun id´eal maximal deS−1A. Alors l’id´eal m = ι−1S (M) est maximal parmi les id´eaux de A n’intersectant pas S.

De plus, m est un id´eal premier.

D´emonstration. Soit a un id´eal de A n’intersectant pas S, et conte- nant m.Posons

M0 = (ιS(m)) et A= (ιS(a)).

Alors, on a M0 ⊂A.

On a ais´ement les ´egalit´es M0 ={x

s |x∈m, s∈S} et A={a

s |a ∈a, s∈S}.

Montrons tout d’abord que M0 = M. Si x ∈ m, alors x 1A

∈ M par d´efinition. Mais alors, pour tout s ∈S,on a

x s = 1A

s · x

1A ∈M.

(9)

Par cons´equent,M0 ⊂M. Inversement, si x

s ∈M, alors s

1A·x s = x

1A ∈M.

Cela revient `a dire quex∈m, et donc M⊂M0.

On obtient donc que M ⊂ A. Par maximalit´e, on a A = M ou A = S−1A. Si on avait A= S−1A, on aurait 1A

1A = a

s, avec a ∈ a et s ∈ S.

Mais alors, on aurait a = s ∈ a∩S, ce qui est impossible par choix de a.

Par cons´equent, A=M. Soit a∈a. Alors, on a a

1A ∈A=M=M0. Il existe ainsi x∈met s∈S tels que

a 1A = x

s. On a alors as = x ∈ m. Mais alors, as

1A ∈ M, et par suite, on obtient a

1A ∈ M en multipliant par 1A

s . Autrement dit, a ∈ m. On obtient finalement a=m, d’o`u le r´esultat souhait´e.

Il reste `a d´emontrer quemest un id´eal premier. On am6=A,car sinon on aurait 1A ∈m∩S. Soient x, y ∈A tels que xy∈m.Alors, on a

x 1A

y

1A = xy 1A ∈M.

Puisque M est maximal, il est premier, et donc on a x

1A ∈ M ou y

1A ∈M, soit encore x ∈m ou y ∈m. Par cons´equent, m est un id´eal

premier.

Remarque 4.6. On peut en fait d´emontrer que l’ensemble des id´eaux maximaux de S−1A est en bijection avec l’ensemble des id´eaux de A, maximaux parmi ceux qui n’intersectent pas S. Le lecteur int´eress´e se reportera `a [2, Chapitre III, Proposition 1.13] pour une d´emonstration.

5. Anneaux de polynˆomes

Soit A un anneau commutatif, et soit E un ensemble non vide. Pour tout e ∈ E, on consid`ere une ind´etermin´ee Xe. Pour toute famille d’entiers naturels α= (αe)e∈E ∈N(E) presque tous nuls, on pose

Xα =Y

e∈E

Xeαe.

On note A[E] l’anneau des polynˆomes `a coefficients dans A en les ind´etermin´ees Xe, e ∈ E. Tout ´el´ement P ∈ A[E] s’´ecrit donc de

(10)

mani`ere unique

P =X

α

aαXα,

o`u les ´el´ements aα ∈A sont presque tous nuls et o`u α parcourt N(E). D´efinition 5.1. Un monˆome est un ´el´ement de A[E] de la forme Xα, avec α∈N(E).

Soit P =X

α

aαXα ∈A[E]. Le support deP est l’ensemble Supp(P) ={α∈N(E) |aα 6= 0}.

Unmonˆome deP est un monˆomeXα tel queα∈Supp(P).Autrement dit, les monˆomes de P sont exactement ceux qui apparaissent avec un coefficient non nul dans l’´ecriture de P.

Si 0 d´esigne la suite nulle, le coefficient a0 ∈ A est appel´e le terme constant deP.

Exemple 5.2. Si E = N, et si P = −1 + X1X2 + 3X12X3X53, les monˆomes deP sont

1, X1X2, X12X3X53, et son terme constant est −1.

Remarques 5.3.

(1) On trouve dans la litt´erature une autre d´efinition de la notion de monˆome, `a savoir un ´el´ement de la forme aXα, avec a∈ A\ {0}.

N´eanmoins, nous avons choisi de suivre la terminologie de [1], plus adapt´ee `a ce que nous voulons faire ici.

(2) Si P, Q∈A[X], on a

Supp(P +Q)⊂Supp(P)∪Supp(Q).

En effet, ´ecrivons P =X

α

aαXα etQ=X

α

bαXα. On a donc P +Q=X

α

(aαα)Xα;

Si α ∈ N(E) v´erifie aα = bα = 0A, alors aα +bα = 0A. Autrement dit,

Supp(P)c∩Supp(Q)c ⊂Supp(P +Q)c, d’o`u le r´esultat par passage au compl´ementaire.

En particulier, l’ensemble des monˆomes de P +Q est contenu dans la r´eunion de l’ensemble des monˆomes deP et de l’ensemble des monˆomes deQ.

Le lemme suivant nous sera utile dans la suite.

Lemme 5.4. Soit E0 un ensemble non vide. Alors :

(11)

(1) SiP est dans l’id´eal engendr´e par lesXe, e∈E0, alors tout monˆome de P est un multiple d’une ind´etermin´ee Xe, e∈E0 (d´ependant du monˆome) ;

(2) siAest un anneau int`egre, alors l’id´eal engendr´e par lesXe, e∈E0, est un id´eal premier de A[E0];

(3) siAest un anneau int`egre infini, alors pour tous polynˆomesP, Q∈ A[E0] non nuls, il existe a∈A tel que l’ensemble des monˆomes de P +aQ soit la r´eunion de l’ensemble des monˆomes de P et de l’ensemble des monˆomes de Q.

D´emonstration.

(1) SiR∈A[X] ete∈E0, alors tout monˆome deRXeest par d´efinition un multiple de Xe. Comme l’ensemble des monˆomes d’une somme finie de polynˆomes est contenue dans la r´eunion de l’ensemble des monˆomes de chaque terme de la somme, le r´esultat en d´ecoule.

(2) Remarquons que

(Xe, e∈E0) ={P ∈A[E0]|P(0) = 0A}.

En effet, si P ∈ (Xe, e ∈ E0), alors P(0) = 0A, et r´eciproquement, si P(0) = 0A, chaque monˆome de P est multiple d’au moins une ind´etermin´ee Xe, e∈E0.

Remarquons alors que 1A ∈/ (Xe, e ∈ E0), et donc que (Xe, e ∈ E0) 6=

A[E0]. D’autre part, on v´erifie sans peine que pour tous P, Q∈A[E0], on a

(P Q)(0) =P(0)Q(0).

Ainsi, si A est int`egre et si (P Q)(0) = 0A, alors P(0) = 0A ouQ(0) = 0A. Par cons´equent, (Xe, e∈E0) est un id´eal premier.

(3) ´EcrivonsP =X

α

aαXα et Q=X

α

bαXα.

Pour tout α ∈ Supp(Q), il existe au plus un ´el´ement a ∈ A tel que aα+abα = 0A. En effet, si a, a0 ∈A v´erifient

aα+abα =aα+a0bα = 0A,

alors abα =a0bα. Puisque α ∈Supp(Q), on a bα 6= 0A, et par int´egrit´e de A, on obtienta=a0.

En particulier, l’ensemble A0 = [

α∈Supp(Q)

{a ∈ A | aα+abα = 0A} est fini. PuisqueAest infini, on peut choisir un ´el´ement a∈A\A0. ´Etablir le point (3) revient `a d´emontrer l’´egalit´e

Supp(P +aQ)⊂Supp(P)∪Supp(Q).

(12)

Or, on a

P +aQ =X

α

(aα+abα)Xα. Il suffit de v´erifier que

Supp(P)∪Supp(Q)⊂Supp(P +aQ),

l’autre inclusion ´etant ´evidente. Soit α ∈ Supp(P)∪Supp(Q). Si α /∈ Supp(Q), alors aα +abα = aα 6= 0, puisque α ∈ Supp(Q), et si α ∈ Supp(Q),alors on aaα+abα 6= 0, puisquea /∈A0.Ainsi, α∈Supp(P+ aQ) dans tous les cas. Ceci ach`eve la d´emonstration.

Corollaire 5.5. Soit E un ensemble non vide. Alors :

(1) Pour toute partie S de E, si P est dans l’id´eal de Q[E] engendr´e par les Xs, s ∈ S, alors tout monˆome de P est un multiple d’une ind´etermin´ee Xs, avec s∈S (d´ependant du monˆome) ;

(2) Pour toute partie S de E, l’id´eal de Q[E] engendr´e par les Xs, s∈ S, est un id´eal premier de Q[E];

(3) pour tous polynˆomes P, Q∈Q[E] non nuls, il existe a∈Q tel que l’ensemble des monˆomes de P +aQ soit la r´eunion de l’ensemble des monˆomes de P et de l’ensemble des monˆomes de Q.

D´emonstration. Le point (3) d´ecoule du lemme pr´ec´edent, appliqu´e `a A = Q et E0 = E. Pour les points (1) et (2), on applique ce mˆeme lemme `a A =Q[Sc] etE0 =S, en remarquant que Q[E] = (Q[Sc])[S].

6. Le lemme de Krull implique l’axiome du choix Nous en arrivons au cœur de ce document, `a savoir la d´emonstration du fait que le lemme de Krull implique l’axiome du choix. Nous utiliserons la version de l’axiome du choix donn´ee par le point (3) du th´eor`eme 2.7.

On se donne une fois pour toutes un ensemble non vide E, et une par- tition (Ei)i∈I de E fix´ee. On peut alors introduire la notion d’´eventail de E (relatif `a cette partition).

D´efinition 6.1. Un ´eventail de E est une partie S de E tel que l’on ait

|S∩Ei| ≤1 pour tout i∈I.

Evidemment, notre but est de d´´ emontrer l’existence d’un ´eventailS tel que |S∩Ei|= 1 pour tout i∈I,`a partir du lemme de Krull.

Commen¸cons par un lemme.

Lemme 6.2. Soit S une partie de E. Alors :

(13)

(1) Si S est un ´eventail deE, tout sous-ensemble de S est un ´eventail de E;

(2) l’ensemble S est un ´eventail de E si, et seulement si, tout partie de S `a deux ´el´ements est un ´eventail de E.

D´emonstration.

(1) SoitS un ´eventail deE, et soitS0 ⊂S. Alors, pour touti∈I,on a

|S0∩Ei| ≤ |S∩Ei| ≤1, et S0 est donc un ´eventail de E.

(2) Si S est un ´eventail de E, toute partie de S `a deux ´el´ements est un ´eventail deE d’apr`es (1). Inversement, soitS une partie de E telle que toute partie deS `a deux ´el´ements soit un ´eventail deE. Supposons qu’il existe i0 ∈ I tel que |S ∩Ei0| ≥ 2, et soient x, y deux ´el´ements de S∩Ei0 distincts. Par hypoth`ese, {x, y} est un ´eventail deE, et en particulier, on a |{x, y} ∩Ei0| ≤1. Ceci est impossible, puisque x ety sont deux ´el´ements distincts de Ei0. Ainsi, pour tout i∈I, on a bien

|S∩Ei| ≤1,

et S est un ´eventail de E.

On peut maintenant d´emontrer le th´eor`eme suivant.

Th´eor`eme 6.3. L’axiome du choix et le lemme de Krull sont ´equivalents.

D´emonstration. Le fait que l’axiome du choix implique le lemme de Krull ayant d´ej`a ´et´e ´etabli dans le th´eor`eme3.2, il reste donc `a d´emontrer l’autre implication.

On se fixe un ensemble E non vide, et (Ei)i∈I une partition de E. On note Sl’ensemble des ´eventails de E.On se place dans l’anneau Q[E], et on pose

T = [

S∈S

(Xs, s∈S) et U =Tc.

Remarquons que T est une r´eunion d’id´eaux premiers de Q[E] par le corollaire 5.5 (2). Par cons´equent, U est une partie multiplicative de Q[E] d’apr`es l’exemple 4.3 (3).

On peut donc consid´erer l’anneau localis´e A = U−1Q[E]. Puisque T contient 0, U ne contient pas 0, et l’anneauA est donc non trivial. Par hypoth`ese,Aposs`ede un id´eal maximal, ce qui implique qu’il existe un id´ealmdeQ[E] qui est maximal parmi les id´eaux deQ[E] n’intersectant pas U, d’apr`es le lemme 4.5. Ceci revient `a dire que m est maximal parmi les id´eaux de Q[E] contenus dans T. Cet id´eal m est un id´eal premier de Q[E], d’apr`es ce mˆeme lemme.

Notons que m est non nul, puisqu’il contient toutes les ind´etermin´ees Xe, e∈E, par exemple.

(14)

On pose maintenant

S0 ={s∈E |Xs∈m}.

Nous allons d´emontrer successivement les points suivants : (i) (Xs, s∈S0) =m.

(ii) l’ensemble S0 est un ´eventail.

(iii) pour tout i∈I, S0∩Ei est un singleton.

Bien entendu, le point (iii) ´etablira la conclusion voulue.

On commence par d´emontrer (i). Par d´efinition, pour touts∈S0,on a Xs ∈ m, et par cons´equent, on a (Xs, s ∈ S0) ⊂ m. Inversement, soit P ∈ m non nul, et soit Xα un monˆome de P. Soit Q ∈ m. D’apr`es le corollaire 5.5 (3), il existe a ∈ Q tel que l’ensemble des monˆomes de P+aQsoit la r´eunion de l’ensemble des monˆomes deP et de l’ensemble des monˆomes deQ. Puisquem est un id´eal, on a R=P +aQ∈m. En particulier, il existe un ´eventail S de E tel que R ∈ (Xs, s ∈ S). Par le corollaire 5.5, tout monˆome de R est multiple d’un Xs, avec s ∈E (d´ependant du monˆome). En particulier, tout monˆome de R est dans (Xs, s ∈S).Par choix dea,ceci implique que tous les monˆomes deP et tous les monˆomes deQsont dans (Xs, s∈S).Puisque tous les monˆomes de Q sont dans l’id´eal (Xs, s ∈ S), on en d´eduit que Q ∈(Xs, s ∈ S).

Puisque Xα est un monˆome de P, on a Xα ∈ (Xs, s ∈ S). Par suite, Q+V Xα ∈(Xs, s∈S) pour tout V ∈Q[E]. Autrement dit, on a

m+XαQ[E]⊂(Xs, s∈S)⊂T.

Par maximalit´e de m pour cette propri´et´e, on en d´eduit l’´egalit´e m+XαQ[E] =m.

Mais alors, Xα ∈m.Commem est un id´eal premier, au moins une des ind´etermin´ees apparaissant dans Xα avec une puissance non triviale, disons Xs0, est dans m. Par cons´equent, s0 ∈S0, et puisqueXα est un multiple de Xs0, on a Xα ∈ (Xs, s ∈S0). Comme c’est vrai pour tout monˆome deP, on a P ∈(Xs, s∈S0), ce qu’il fallait d´emontrer.

Passons au point (ii). D’apr`es le lemme 6.2 (2), il suffit de d´emontrer que toute partie de S0 `a deux ´el´ements est un ´eventail. Soiente, f ∈S0 deux ´el´ements distincts. Alors, Xe, Xf ∈m, et ainsiXe+Xf ∈m.Par cons´equent, il existe un ´eventail S deE tel queXe+Xf ∈(Xs, s∈S).

Puisque Xe est un monˆome de Xe+Xf (car e et f sont distincts), il existe P ∈ Q[E] et s ∈ S tel que Xe = P Xs, d’apr`es le corollaire 5.5 (1). Par unicit´e de l’´ecriture (en explicitant les termes deP), on obtient que P = 1 et e = s ∈ S. De mˆeme, on montre que y ∈ S. Comme S est un ´eventail deE,{x, y}est aussi un ´eventail deE d’apr`es le lemme 6.2 (1), par exemple, d’o`u le r´esultat souhait´e.

(15)

Il reste `a ´etablir le point (iii). Supposons qu’il existe i0 ∈ I tel que

|S0 ∩Ei0| = 0. Autrement dit, S0∩Ei0 est vide. Choisissons e0 ∈ Ei0 (c’est possible car Ei0 est non vide), et posonsS =S0∪ {e0}. Alors, S est un ´eventail deE. En effet, soit i∈ I. Sii 6=i0, alors Ei∩Ei0 =∅, On a donc e0 ∈/Ei et S∩Ei =S0∩Ei, d’o`u

|S∩Ei| ≤1, puisque S0 est un ´eventail. Enfin, on a

S∩Ei0 = (S0∩Ei0)∪({e0} ∩Ei0) ={e0}, et donc |S∩Ei0|= 1.

Par cons´equent,S est bien un ´eventail deE. Remarquons maintenant que

m((Xs, s∈S)⊂T.

En effet, si on avait ´egalit´e, on aurait Xe0 ∈m, et donc Xe0 ∈(Xs, s∈S0)

d’apr`es (i). Par le mˆeme argument que pr´ec´edemment, on aurait e0 ∈ S0, d’o`u une contradiction. Mais alors, cela contredit la maximalit´e dempour la propri´et´e d’ˆetre contenu dansT. On a donc bien|S0∩Ei|= 1 pour touti∈I, d’o`u (iii). Ceci ach`eve la d´emonstration du th´eor`eme.

R´ef´erences

[1] B. Banaschewski, A new proof of Krull implies Zorn.Math. Log. Quat.

40(1994) 478–480

[2] G. Berhuy, Modules : th´eorie, pratique...et un peu d’arithm´etique.

Math´ematiques en devenir109, Calvage & Mounet, 2012.

[3] L. Schwartz,Analyse I. Coll. Enseignement des sciences,42. Hermann, Paris, 1995.

Références

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