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I. Le mélanome... 10

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(1)

ABRÉVIATIONS... 4

BUT DU TRAVAIL ... 7

RÉSUMÉ ... 8

INTRODUCTION... 10

I. Le mélanome... 10

1. Epidémiologie... 10

2. Classifications anatomopathologiques et cliniques. ... 10

3. Traitements. ... 12

II. Rappels théoriques concernant le développement d’un cancer... 13

1. La genèse d’un cancer... 13

2. La croissance tumorale. ... 14

a. Généralités. ... 14

b. La prolifération cellulaire. ... 15

c. L’apoptose et les autres types de morts cellulaires... 16

3. La migration cellulaire et la formation des métastases... 18

a. Généralités. ... 18

b. La migration cellulaire... 20

i. L’adhésion... 20

ii. La motilité... 23

iii. L’invasion. ... 25

4. Les cellules cancéreuses migrantes résistent à l’apoptose... 27

5. La néo-angiogénèse tumorale. ... 28

III. Les facteurs biologiques qui influencent le développement du mélanome. ... 29

1. Les phases de développement du mélanome. ... 29

2. Les différents facteurs modulant le développement du mélanome... 31

3. La néo-angiogenèse au sein des mélanomes... 33

4. La résistance des mélanomes à la chimiothérapie. ... 34

5. Pourquoi pensons-nous que la gastrine pourrait influencer la biologie des mélanomes ?... 35

a. Réponse à la question... 35

b. La gastrine et les peptides qui lui sont apparentés... 35

c. Les récepteurs cellulaires de la gastrine... 36

d. Rappel des effets biologiques exercé par la gastrine au niveau de divers types de cancers. ... 38

6. Pourquoi pensons-nous que la galectine 1 pourrait influencer la biologie des mélanomes ?.. ... 39

a. Réponse à la question... 39

b. La galectine 1 et les protéines qui lui sont apparentées... 40

c. Les ligands et rôles de la galectine 1. ... 41

d. Rappel des effets biologiques exercé par la galectine 1 au niveau de divers types de

cancers, dont les mélanomes... 42

(2)

MATÉRIELS ET MÉTHODES ... 45

I. Les modèles utilisés... 45

1. In vitro... 45

a. La culture cellulaire. ... 45

b. Les transfections transitoires... 45

2. In vivo. ... 46

II. Les techniques utilisées... 48

1. Pour évaluer le taux de croissance d’une population cellulaire... 48

a. In vitro... 48

i. Le test colorimétrique MTT... 48

ii. La cytométrie de flux... 49

b. In vivo: le marquage immunohistochimique révélant l’antigène Ki-67. ... 49

2. Pour évaluer le taux d’apoptose in vitro. ... 50

a. La cytométrie de flux... 50

b. L’analyse du clivage de PARP par western blot... 51

3. Pour détecter et quantifier les compartiments cellulaires acides. ... 51

4. Pour évaluer la migration cellulaire in vitro. ... 52

a. La vidéomicroscopie assistée par ordinateur. ... 52

b. Les chambres d’invasion de Boyden. ... 53

5. Pour évaluer ensemble la croissance et la migration : le test de la « cicatrice ». ... 54

6. Pour évaluer les phénomènes vasculaires in vivo : quantification des vaisseaux... 54

7. Pour évaluer le taux d’expression génique. ... 54

a. Au niveau de l’ARN messager. ... 54

iii. La RT-PCR. ... 54

iv. Les damiers d’ADNc. ... 56

b. Au niveau protéique in vitro. ... 57

v. Le western blot... 57

vi. La microscopie en fluorescence... 58

c. Au niveau protéique in vivo : l’immunohistochimie. ... 59

III. Analyses statistiques. ... 60

RÉSULTATS... 62

I. Rôles de la gastrine dans la biologie des mélanomes. ... 62

1. Caractérisation de l’expression des récepteurs à la gastrine... 62

2. Effets de la gastrine sur les propriétés de croissance des mélanomes in vitro... 64

3. Effets de la gastrine sur les propriétés de migration des mélanomes in vitro... 64

a. La motilité cellulaire... 64

b. L’adhésion cellulaire... 65

c. L’invasion cellulaire. ... 66

4. Caractérisation des effets de la combinaison thérapeutique de la gastrine avec un agent cytotoxique... 66

5. Caractérisation des rôles de la gastrine sur les phénomènes de néoangiogénèse tumorale in vivo. ... 67

II. Rôles de la galectine 1 dans la biologie des mélanomes... 69

1. Etude des effets de médicaments cytotoxiques in vitro. ... 69

(3)

2. Comparaison de la sensibilité aux molécules pro-apoptotiques et au témozolomide (pro-

autophagique) des modèles de mélanomes développés in vivo... 70

3. Mise au point de la déplétion transitoire des cellules B16F10 en galectine 1. ... 70

4. Caractérisation de la réponse au témozolomide du modèle métastatique B16F10 in vivo provenant de greffes de cellules transitoirement déficientes ou non en galectine 1... 72

5. Caractérisation du mécanisme d’action de la déplétion en galectine 1 sur la sensibilité au témozolomide... 73

a. Effets sur la motilité cellulaire... 73

b. Effets sur la mort cellulaire... 75

DISCUSSION ... 78

I. Résistance des mélanomes à l’apoptose. ... 78

II. La gastrine et le mélanome... 80

III. La gastrine renforce l’effet cytotoxique du cisplatine et de la dacarbazine. ... 81

IV. Gastrine et néo-angiogenèse... 82

V. La galectine 1 et les mélanomes. ... 83

VI. Peut-on envisager une application thérapeutique pour une molécule anti-galectine 1 ? ... 86

CONCLUSIONS ... 89

ANNEXES ... 108

(4)

Abréviations

aa: acide aminé

ADN, ADNc : acide déoxyribonucléique, ADN complémentaire AIF : apoptosis inducinf factor

Akt : sérine/ thréonine protéine kinase B AMF : autocrine motility factor

AP-1 : protéine activatrice 1

Apaf 1 : apoptotic protease activating factor 1 ARF: alternate reading frame

ARN, ARNm: acide ribonucléique, ARN messager ATM : ataxie-télangiectasie molécule

Bad : protéine pro-apoptotique associée Bcl-2 Bak : protéine pro-apoptotique antagoniste de Bcl-2 Bax : protéine X pro-apoptotique associée à Bcl-2 BCA : acide bicinchoninique

Bcl-2 : protéine 2 des cellules de lymphome B Bcl-xl : long variant d’épissage de la protéine Bcl-X BECN1 : becline 1

bFGF: basic fibroblast growth factor

BNIP3 : Bcl-2-adenivirus E1B 19kDa-interacting protein 3 BSA : albumine bovine sérique

C: cystéine Ca

2+

: calcium

Cas: substrat associé à Crk CCK: cholécystokinine CDK : cyclin-dependent kinase

Cdc42: cycle division control protein 42

Crk: protéine adaptatrice encodée par un oncogène viral de sarcoma aviaire Cu : cuivre

DAG : diacylglycérol

DAPK : death-associated protein kinase dNTP: déoxynucléotide tri-phosphate

DRP1 : death-associated related protein kinase 1 ERK: extracellular signal-regulated protein kinase FADD: Fas associated death domain protein

FAK: focal adhesion kinase

FAS : membre 6 de la superfamille des TNF récepteurs FCS : sérum de veau foetal

FDA: Food and Drug Administration FITC : fluorésceine isothiocyanate

G (G-17) gastrine (gastrine de 17 acides aminés) GBP: gastrin binding protein

Gly-gastrine: gastrine étendue d’une glycine HRP : Horse radish peroxydase Hsp70 : heat shock protein 70

IAP : protéine inhibitrice d’apoptose IFNα2b: interferon alpha 2b

IGF: insulin-like growth factor

IL: interleukine

(5)

ILK : integrin-linked kinase IP3 : inositol tri-phosphate

IV: intra-veineux

JNK : c-Jun N-terminal kinase

LEF-TCF: lymphoid enhancer factor- T cell factor LDH: lactate déshydrogénase

3-MA: 3-méthyladénine MAP: mitogen actived protein

M-CAM: melanoma cell adhesion molecule

MITF: facteur de transcription associé à la microphtalmie MGSA : melanoma growth stimulatory activity

MLC : myosin light chain MMP: métallo-protéase

MRDO : mean relative distance to the origin MT-MMP : métallo-protéase de type membranaire MTOC: microtublue organizing center

mTOR: cible mammalienne de la rapamycine

MTT : 3-[4,5-dimethylthiazol-2yl]-déphenyltétrazolium bromide N-CAM : neural cell adhesion molecule

NFAT : Nuclear factor of activated T cells pre-existing component NFκB : facteur nucléaire kappa B

p53: protéine suppressive de tumeur p53 PAI: inhibiteur de l’activateur du plasminogène PARP : poly ADP-ribose polymérase

PAS : periodic acid schiff

PDGF: plattelet derived growth factor

PI3K : phosphatidyl-inositol-tri-phosphate kinase PKC : protéine kinase de type C

PLC: phospholipase C PS : phosphatidyl sérine

PTEN : tensine homologue phosphatase

Raf : sérine/ thréonine kinase homolgue de l’oncogène de leucémie murine v-raf Ras: rat sarcoma virus oncogene

Rac: Ras-related C3 botulinum toxin substrate Rb : protéine de suceptibilité au rétinoblastome Rho: Ras homology protein

RT-PCR: reverse transcription- polymerase chain reaction Scr: cellules transfectées avec un siRNA aléatoire Si : cellules transfectées avec un siRNA anti-galectine 1 siRNA: small interfering RNA

Src: Rous sarcoma oncogene

Stat : signal transductor and activator of transcription tPA : tissue-type plasminogen activator

TGF : tumor growth factor

TNF-α: tumor necrosis factor alpha TIMP: inhibiteur tissulaire des MMP TMZ: témozolomide

TRAIL: TNF-related apoptosis-induced ligand

TUNEL: terminal deoxynucleotidyl transferase deoxyuridine triphosphate nick-end labelling

UI: Unite Internationale

(6)

uPA: urinary plasminogen activator uPAR: récepteur à l’uPA

UV: rayon ultra-violet

Wnt: Wingless type Murine mammary tumor virus integration site

Wt: wild type cells

(7)

But du Travail

Le mélanome figure parmi les cancers associés aux pronostics les plus sombres, et ce en raison de son taux de réponse très faible à la radiothérapie et à la chimiothérapie. Cette résistance à la radiothérapie et à la chimiothérapie provient essentiellement du fait que les cellules de mélanomes sont résistantes à l’apoptose, et que la radiothérapie ainsi que bon nombre d’agents chimiothérapiques induisent la mort des cellules cancéreuses en y induisant l’apoptose. Dès lors, de nombreuses voies de traitements autres que la chimiothérapie et la radiothérapie ont été développées dans le cadre du mélanome, mais à nouveau avec un taux de réussite très faible.

Certains de ces traitements au sujet desquels de réels espoirs sont fondés font appel à l’utilisation de nouvelles formes de vaccinothérapie, d’immunothérapie ou encore à l’utilisation de

« biomolécules », c’est-à-dire à des molécules rencontrées de manière endogène par les cellules de mélanomes comme certaines cytokines. C’est dans cette voie que s’inscrit notre travail. En effet, nous avons voulu investiguer les rôles de la gastrine et de la galectine 1 sur le comportement biologique des cellules de mélanomes.

Nous avons choisi d’étudier le rôle potentiel de la gastrine au niveau de la biologie des mélanomes pour trois raisons majeures : 1) il existe des essais cliniques en cours faisant appel à des traitement

« anti-gastrine » dans le cas de cancers digestifs, 2) la gastrine modifie les paramètres biologiques de cancers ayant des origines embryologiques comparables à celles des mélanomes, à savoir les cancers médullaires de la thyroïde, les cancers du poumon à petites cellules et les gliomes, 3) le rôle de la gastrine n’a jamais été investigué à ce jour au niveau des mélanomes.

Nous avons choisi d’étudier le rôle potentiel de la galectine 1 au niveau de la biologie des mélanomes à nouveau pour trois raisons majeures, à savoir 1) la galectine 1 intervient dans le processus métastatique et/ou invasif de divers types de cancers, 2) la galectine 1 permet aux cellules cancéreuses, comme ce fut démontré dans le cas de mélanomes expérimentaux, d’échapper aux attaques du système immunitaire, 3) la galectine 1 confèrerait une certaine résistance aux cellules cancéreuses vis-à-vis de divers types d’agressions biologiques, dont par exemple les processus d’hypoxie.

Nous avons donc voulu investiguer la possibilité d’utiliser la gastrine et la galectine 1 comme

nouvelles cibles potentielles dans le cas de thérapies contre le mélanome.

(8)

Résumé

Comme nous l’indiquions dans le But du Travail, le mélanome figure parmi les cancers associés aux pronostics les plus sombres, et ce en raison de son taux de réponse très faible à la radiothérapie et à la chimiothérapie. Cette résistance à la radiothérapie et à la chimiothérapie provient essentiellement du fait que les cellules de mélanomes sont résistantes à l’apoptose, et que la radiothérapie ainsi que bon nombre d’agents chimiothérapiques induisent la mort des cellules cancéreuses en y induisant l’apoptose. Nous avons voulu investiguer les rôles de la gastrine et de la galectine 1 sur le comportement biologique des cellules de mélanomes afin de voir s’il était possible de proposer la gastrine et/ou la galectine 1 comme nouvelles cibles thérapeutiques potentielles dans le cas du mélanome.

Notre stratégie de recherche est basée sur le principe (démontré sur le plan expérimental par de nombreuses études) selon lequel les cellules cancéreuses migrantes résistent à l’apoptose, et sont dès lors protégées contre les effets pro-apoptotiques de la chimiothérapie et de la radiothérapie qui représentent la quasi totalité de l’arsenal thérapeutique dont disposent les oncologues pour combattre les cancers. Diverses études expérimentales ont démontré que le fait de réduire le taux de migration de cellules cancéreuses résistantes à l’apoptose conférait à celles-ci une sensibilité accrue aux agents pro-apoptotiques. Nos résultats démontrent que la gastrine modifie de manière très significative les propriétés migratoires des cellules de mélanomes, sans toutefois modifier leur sensibilité à des agents pro-apoptotiques. Au contraire, la gastrine protègerait les cellules de mélanomes contre l’apoptose. Nous démontrons également dans notre travail, in vivo, un rôle pro- angiogénique pour la gastrine au sein de xénogreffes de mélanomes humains. Signalons que notre travail est le premier à démontrer un rôle potentiel de la gastrine au niveau de la biologie des mélanomes, tout au moins sur le plan expérimental.

Tout comme nous l’avons observé pour la gastrine, la galectine 1 semble également conférer aux

cellules de mélanomes un certain degré de résistance aux agressions chimiothérapiques. Cette fois,

le fait de diminuer le taux d’expression de la galectine 1 au sein de cellules du mélanome murin

expérimental B16F10 (qui exprime des quantités importantes de galectine 1) renforce l’effet

thérapeutique du témozolomide qui est une molécule cytotoxique. Cet effet semble survenir, tout

au moins partiellement, suite à une diminution du taux d’expression de la protéine Hsp70 (suite à

la diminution du taux d’expression de la galectine 1), avec pour conséquence une augmentation de

la mort cellulaire par perméabilisation de la membrane des lysosomes.

(9)

Nous proposons une nouvelle approche thérapeutique pour combattre les mélanomes en faisant

appel à la technique des petits ARN interférants (siRNA), dirigés dans le cas présent contre la

galectine 1.

(10)

Introduction

I. Le mélanome.

1. Epidémiologie.

Le mélanome est un cancer qui se développe à partir des mélanocytes. Ces cellules pigmentaires dérivent des crêtes neurales et sont retrouvées au sein de l’épiderme, des muqueuses des sphères ORL et périnéales ainsi que de l’œil (Gilbert, 2000). Le mélanome peut donc se développer au départ de ces différents sites (Figure 1). Selon le rapport du National Cancer Data Base (Chang et coll., 1998) 91% des mélanomes sont d’origine cutanée, 5% d’origine oculaire, 1%

ont pour origine les muqueuses et 2% ont un site primitif inconnu. Les modèles expérimentaux de mélanomes que nous avons utilisés dans notre travail sont d’origine cutanée. Aussi, nous nous sommes exclusivement intéressés à ce type de mélanomes dans la suite du chapitre

« Introduction ». Les principaux facteurs de risque des mélanomes cutanés sont liés à l’exposition aux rayons ultraviolets et à des prédispositions génétiques. Ces facteurs ont été analysés et détaillés dans les revues de Gandini et coll. (2005).

Le mélanome cutané est le cinquième site le plus fréquent de cancer chez l’homme, ce qui représente 4 à 5% de tous les cancers (Jemal et coll., 2005). Depuis une vingtaine d’années, l’incidence du mélanome ainsi que la mortalité qui lui est attribuée n’ont fait que croître. Ainsi en France, le nombre de cas pour 100 000 habitants par an est passé de 2.4 en 1980 à 7.6 en 2000 pour l’homme et de 3.9 à 9.5 pour la femme. La mortalité a été multipliée par environ 3 entre 1969 et 1997 (Grange, 2005). Enfin le mélanome est à l’origine de 1 à 2% des décès par cancer (Jemal et coll., 2005).

2. Classifications anatomopathologiques et cliniques.

Nous définissons ci-après différents systèmes qui permettent d’évaluer l’agressivité et le pronostic d’un cancer en général, et des mélanomes en particulier, et ce à partir d’analyses cliniques et anatomopathologiques liés au système TNM et à la détermination des stades.

Le système TNM : T désigne la tumeur primitive ; il existe 4 catégories de T qui sont fonction de

la taille de celle-ci et/ou de l’envahissement des tissus environnants. N désigne les nodes c’est-à-

dire l’envahissement d’un certain nombre de ganglions lymphatiques ou relais ganglionnaires. M

représente les métastases à distance dans d’autres organes.

(11)

Les stades : les différents statuts TNM vont être regroupés en stades (de I à IV) en fonction de leur pronostic vital ; au sein d’un même stade, il est possible de distinguer des sous-catégories.

Les stades I et II sont des cancers TxNoMo, le stade III est caractérisé par un envahissement lymphatique et le stade IV par la présence de métastases à distance.

Dans le cas des mélanomes en particulier, les différents facteurs permettant d’établir le statut TNM et le stade sont les suivants :

a. L’indice de Breslow (variable T du système TNM): le mélanome se développe localement parfois d’abord en surface puis en profondeur. Breslow (1970) a défini

« l’indice de Breslow » comme étant la mesure en millimètre de la plus grande épaisseur de la tumeur primitive. La survie du patient y est étroitement corrélée. Les valeurs seuils entre les différentes catégories de T1 à T4 sont de 1, 2 et 4 mm respectivement (Figure 2).

b. L’ulcération (sous-catégories a ou b de la variable T): l’ulcération du mélanome primitif se définit sur base d’une analyse histologique comme une absence d’épiderme intact à la surface de la tumeur : c’est un facteur de mauvais pronostic (Balch et coll., 1980). Ainsi pour une même catégorie T, le pronostic d’un cas ulcéré sera en réalité beaucoup plus proche de celui d’un cas non ulcéré de la catégorie T suivante.

c. L’envahissement lymphatique (variable N du système TNM): dans le cas du mélanome, la dissémination lymphatique peut mener non seulement à l’envahissement de ganglions, dont le nombre et leur envahissement micro ou macro métastatique sont pris en compte dans la classification TNM, mais également à la formation de lésions satellites autour du mélanome primitif ou encore à des métastases dites « en transit » entre la tumeur et les relais ganglionnaires. Ces phénomènes sont repris dans une catégorie Nc à part classée en fonction de leur pronostic défavorable.

d. Les métastases à distance (variable M du système TNM): elles sont principalement localisées au niveau de la peau et des tissus sous-cutanés, des poumons, du foie, du cerveau, des os et du tractus gastro-intestinal. Le nombre et le site des métastases à distance interviennent dans la classification (Figure 2).

e. Le taux de lactate déshydrogénase (LDH) sérique : un taux anormalement

élévé de LDH est le meilleur facteur prédictif de mauvais pronostic en cas de cancer métastatique,

(12)

et ce indépendamment du nombre ou du site de ces métastases (Deichmann et coll., 1999 ; Sirott et coll., 1993).

La Figure 3 illustre les taux de survie des différents stades et montre une diminution très importante de celle-ci dès qu’il y a une extension régionale (moins de 50% de survie à 5 ans) ou à distance du mélanome (moins de 10% à 5 ans). La Table 1, reprend la survie des différentes sous- catégories de stades en fonction de la classification TNM et de l’ulcération, montrant des taux similaires au sein d’une même sous-catégorie.

3. Traitements.

a. La chirurgie : la tumeur primitive doit être excisée et les marges de résection seront fonction de l’indice de Breslow. Pour les stades IA (Breslow ≤ 1mm, non ulcérés), cette intervention chirurgicale est suffisante et la survie excellente. Pour les stades cliniques IB et II, une analyse du ganglion sentinelle sera préconisée afin de déterminer la nécessité d’un évidement ganglionnaire si elle s’avère positive. Un tel évidement sera pratiqué en cas d’évidence d’atteinte ganglionnaire (stade III ou IV).

b. Les traitements adjuvants comprennent la radiothérapie, la chimiothérapie et l’immunothérapie. Un traitement adjuvant à base d’interféron sera discuté en fonction du risque pour les stades II anatomopathologiques. Pour les stades III et IV, ces divers traitements adjuvants, seuls ou en combinaison, peuvent être administrés.

La radiothérapie sera utilisée à visée palliative dans le cas de métastases cérébrales ou osseuses (Atallah et Flaherty, 2005 ; Marnitz et coll., 2006).

La chimiothérapie et la biochimiothérapie : il n’y a actuellement pas de traitement complémentaire

standart pour le mélanome. La dacarbazine est le seul médicament cytotoxique enregistrée par la

Food and Drug Administration (FDA) pour le mélanome ; elle est utilisée seule ou en combinaison

avec le cisplatine et la carmustine pour former le régime de Dartmouth ou également le cisplatine

et la vinblastine (traitement CVD) (Lens et Eisen, 2003). Malheureusement, aucune molécule seule

ou combinaison thérapeutique n’a pu être démontrée supérieure aux autres ; le taux de réponse,

c’est-à-dire de régression partielle ou complète de la maladie, est aux environs de 15% seulement

(Atallah et Flaherty, 2005). Plus récemment diverses études ont montré que le témozolomide a une

efficacité comparable à la dacarbazine et peut être utilisé dans le mélanome, seul ou en

combinaison ; cette molécule a l’avantage de passer la barrière hémato-méningée, pouvant ainsi

(13)

agir sur les métastases cérébrales, et de pouvoir être administrée par voie orale (Middleton et coll., 2000 ; Agarwala et coll., 2004).

L’immunothérapie : l’utilisation de biomolécules telles que les cytokines comme l’interleukine-2 (IL-2) ou l’interféron alpha 2b (IFNα2b) permettent de renforcer la défense immunitaire naturelle anti-tumorale et sont approuvées par la FDA pour le traitement du mélanome. La combinaison de ces traitements avec des agents cytotoxiques n’a pu être montrée plus efficace que leur utilisation seule (Falkson et coll., 1998; Keilholz et coll., 2005).

La chimiothérapie limitée à un membre : en cas de métastases en transit au niveau d’un membre, une chimiothérapie, généralement à base de melphalan, est administrée uniquement au niveau de celui-ci par dérivation vasculaire afin d’augmenter les doses sans pour autant augmenter les effets secondaires ; l’adjonction de TNF-α semble augmenter le bénéfice thérapeutique obtenu par cette technique (Grunhagen et coll., 2006).

Actuellement, malgré la diversité des produits potentiellement actifs, le taux de réponse reste donc au mieux de 15% quelle que soit la combinaison thérapeutique choisie, et le taux de survie des patients n’a pu être amélioré depuis plusieurs décennies (Atallah et Flaherty, 2005). Il est par conséquent impératif de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques contre le mélanome. Pour ce faire, une meilleure compréhension de la biologie des mélanomes est nécessaire. Ainsi certains vaccins thérapeutiques sont porteurs d’espoir (Bystryn et Rudolph, 2005 ; Faries et Morton, 2005). L’utilisation d’outils pharmacologiques contre la protéine B-Raf qui est mutée dans environ 65% des mélanomes fait également partie des nouvelles perspectives thérapeutiques (Karasarides et coll., 2004).

Nous nous sommes intéressés à deux molécules susceptibles de moduler le comportement biologique du mélanome, à savoir la gastrine et la galectine 1. Nous souhaitons au préalable rappeler certaines notions d’oncogénèse en général et des mélanomes en particulier, avant d’expliquer les raisons pour lesquelles notre choix s’est porté sur ces deux biomolécules.

II. Rappels théoriques concernant le développement d’un cancer.

1. La genèse d’un cancer.

Un cancer est une population de cellules qui se développent anormalement au sein d’un

tissu sans plus répondre aux règles d’homéostasie de celui-ci. De plus, il présente des

caractéristiques d’agressivité qui lui confèrent une propension à la dissémination ou encore son

(14)

caractère « malin ». En effet, tant que ces dernières caractéristiques sont absentes, la tumeur est considérée comme « bénigne ».

Les cellules cancéreuses sont génotypiquement et phénotypiquement différentes de leurs congénères tissulaires non tumorales bien différenciées. Ainsi, d’une façon générale, plus un cancer est agressif, moins il exprime de marqueurs de différenciation caractéristiques des cellules du tissu à partir duquel il se développe. Selon Nowell (1976), la population cellulaire d’un cancer résulte du développement clonal d’une seule cellule après mutations, qui ne répond alors plus au contrôle de la croissance cellulaire. Ces cellules clonales présentent une instabilité génétique accrue et dès lors une tendance exacerbée à de nouvelles mutations à l’origine de sous-clones au sein de la tumeur (Figure 4). Ainsi, au fil des divisions cellulaires, la « pression environnementale » (comme la chimiothérapie ou la radiothérapie) va sélectionner des clones cellulaires de plus en plus agressifs et dédifférenciés au sein de la tumeur.

Ces cellules de haut degré de malignité présentent en fait des caractéristiques des cellules souches embryonnaires pluripotentes présentes dans le tissu normal pour la régénération tissulaire (Pierce et coll., 1977). Pierce défend ainsi une autre théorie selon laquelle le cancer dérive d’une cellule souche embryonnaire ; la différenciation de ses cellules filles est incomplète et variable, ce qui explique le caractère indifférencié de certaines cellules cancéreuses (Sell et Pierce, 1994).

Néanmoins, ces cellules pourraient alors subir des mutations séquentielles selon le modèle de Nowell, les deux modèles ne s’excluant pas mutuellement.

Cette population cellulaire anormale est caractérisée par un échappement au contrôle homéostatique qui régule normalement la croissance du tissu ; elle va croître localement et former la tumeur primitive.

2. La croissance tumorale.

a. Généralités.

Une masse tumorale est, comme tout autre tissu, une population cellulaire en constante évolution ; elle est à tout moment la résultante de deux phénomènes : la prolifération des cellules tumorales d’une part et la mort de certaines d’entre elles d’autre part. Ainsi la croissance globale d’une tumeur peut avoir pour origine une augmentation de la prolifération et/ ou une diminution de la mort cellulaire. Aussi, rappèlerons-nous d’abord les mécanismes principaux de la prolifération cellulaire ainsi que certaines dérégulations fréquemment observées dans les cancers en général.

Ensuite nous résumerons brièvement certains des mécanismes moléculaires contrôlant la mort

cellulaire dans la section II.2.c.

(15)

b. La prolifération cellulaire.

La prolifération cellulaire résulte de divisions successives d’une cellule en deux cellules filles identiques ou mitoses. En fait, le cycle cellulaire peut être décomposé en quatre étapes principales et schématiques : les phases « S » de réplication d’ADN et « M » de mitose sont dites fonctionnelles et sont précédées chacune d’une phase préparatoire G1 et G2 respectivement (Figure 5). Les cellules peuvent également sortir du cycle cellulaire en phase G1 pour devenir

« quiescentes » en phase G0. La régulation et la progression de la cellule au sein de ce cycle fait intervenir la famille des kinases cycline-dépendantes ou protéines Cdk qui représentent les sous- unités catalytiques des complexes qu’elles forment avec les sous-unités régulatrices, les cyclines D, E, A et B. L’activité de ces complexes dépend également de la Cdk-activating kinase et d’inhibiteurs des protéines Cdk. Chaque phase du cycle cellulaire est ainsi caractérisée par l’expression et l’activité de certains de ces complexes qui s’induisent et se succèdent selon une séquence bien définie, ce qui permet le contrôle intrinsèque de la prolifération (Lodish et coll., 2000 ; Kufe et coll., 2003) (Figure 5). Le contrôle extrinsèque fait référence aux effets de nombreux facteurs de croissance qui vont moduler l’expression et l’activité des divers intervenants de ce processus durant la phase G1, jusqu’à un point de restriction ou de non retour au-delà duquel la cellule poursuivra son cycle quel que soit son environnement (Lodish et coll., 2000 ; Kufe et coll., 2003). Les signaux mitogènes, via notamment les voies de signalisation des MAPK et de la beta-caténine, vont ainsi moduler l’expression de la cycline D (Figure 6). La régulation de l’activité des complexes cycline D / Cdk-4 ou Cdk-6 est en effet une étape clé du cycle cellulaire ainsi que celle du complexe cycline E / Cdk-2, nécessaire et suffisant pour entrer en phase S (Kufe et coll., 2003).

D’autre part, des dommages de l’ADN vont générer des signaux qui peuvent induire l’arrêt du cycle cellulaire en phase G2 (checkpoint), soit pour permettre une réparation soit pour induire la mort cellulaire programmée de type I ou apoptose. p53 et la protéine ATM sont des intervenants majeurs dans ce processus qui est dérégulé dans de nombreux cancers (Kufe et coll., 2003).

Ceux-ci sont en effet caractérisés par des altérations du contrôle du cycle cellulaire en faveur de la prolifération; les plus fréquentes sont des mutations inactivatrices de gènes dits « suppresseurs de tumeurs » tels que ceux codant pour les protéines p53, rb ou encore certains inhibiteurs de Cdk comme les protéines p16 ou p21, ou l’activation d’oncogènes impliqués dans les voies de signalisation mitogènes tels que RAS, RAF ou AKT (Kufe et coll., 2003 ; Hearing et Leong, 2006).

Dans les mélanomes en particulier, les mutations les plus fréquentes concernent B-RAF (50-65%

des cas) et N-RAS (15% des cas) ainsi que CDKN2A, CDK-4 et PTEN / AKT qui interviennent de

façon directe ou indirecte sur la prolifération des mélanomes (Hearing et Leong, 2006).

(16)

c. L’apoptose et les autres types de morts cellulaires.

La mort cellulaire peut être le résultat de divers processus, programmés ou non. La nécrose est un phénomène pathologique non programmé et est caractérisée par une « explosion » non contrôlée de la cellule avec libération de son contenu dans l’espace extracellulaire entraînant une destruction en cascade des cellules avoisinantes ainsi qu’une réponse inflammatoire. Cette mort cellulaire ne requiert pas de dépense énergétique contrairement aux morts cellulaires programmées ou suicides cellulaires. Il existe deux types distincts de mort cellulaire programmée : le type I ou apoptose et le type II ou autophagie.

L’apoptose est un suicide cellulaire physiologique essentiel durant le développement, dans les

phénomènes immunitaires et le maintien de l’homéostasie tissulaire. Elle est médiée par une

cascade protéolytique impliquant les caspases qui sont une famille de onze cysteinyl aspartate

specific proteases subdivisées en caspases initiatrices (caspases 8, 10 et 9) et effectrices

(essentiellement les caspases 3, 6 et 7) (Lodish et coll., 2000 ; Alberts et coll., 2002 ; Okada et

Mak, 2004). Elles sont synthétisées sous forme inactive, les premières activant les secondes par

clivage. Ces caspases s’activent alors en cascade qui, une fois enclenchée est irréversible. Ces

enzymes, elles-mêmes ou par l’intermédiaire d’autres protéases, sont responsables de la

dégradation de la cellule, en particulier du cytosquelette et de la membrane nucléaire ainsi que de

la fragmentation de l’ADN en une « échelle nucléosomale » caractéristique de cette mort

cellulaire ; la cellule est finalement morcelée en plusieurs corps apoptotiques qui seront phagocytés

et digérés par les cellules voisines (Lodish et coll., 2000 ; Alberts et coll., 2002 ; Okada et Mak,

2004). Aucun matériel cellulaire n’est libéré dans l’espace extracellulaire durant ce phénomène ;

par opposition à la nécrose, la cellule « implose » lors de l’apoptose. L’initiation de ce processus

apoptotique peut résulter des voies dites extrinsèques ou intrinsèques. La voie extrinsèque

implique des signaux de mort cellulaire provenant de l’extérieur de la cellule via par exemple la

liaison des ligands Fas ou tumor necrosis factor (TNF) à leur récepteur Fas et TNF-R

respectivement. Via des protéines adaptatrices, il s’ensuit une activation de la caspase 8 à l’origine

de la cascade activatrice des caspases (Figure 7) (Alberts et coll., 2002 ; Jin et El-Deiry, 2005). La

voie intrinsèque concerne l’activation de l’apoptose par des signaux intracellulaires qui aboutissent

à un relargage du cytochrome c de la mitochondrie dont la membrane externe est perméabilisée; le

cytochrome c va former un complexe protéique avec la protéine Apaf 1 et la caspase 9, ainsi

activée, appelé apoptosome. Ce dernier entraînera alors la cascade protéolytique via les caspases 3,

6 et 7 (Figure 8) (Lodish et coll., 2000 ; Jin et El-Deiry, 2005). Le contrôle de la voie intrinsèque

de l’apoptose se fait grâce à la famille de protéines Bcl-2 dont certains membres (Bad, Bax, Bak

(17)

par exemple) sont pro-apoptotiques et favorisent le relargage du cytochrome c tandis que d’autres (Bcl-2, Bcl-xl) l’inhibent (Lodish et coll., 2000 ; Alberts et coll., 2002 ). De plus, les IAP ou inhibitors of apoptosis, peuvent empêcher l’activation des pro-caspases (Alberts et coll., 2002).

Si ces deux voies menant à l’apoptose sont les mieux connues à ce jour, d’autres, indépendantes des caspases ont également été décrites et revues par Bröker et coll. (2005) mais ne seront pas détaillées dans le cadre de notre travail.

La plupart des médicaments cytotoxiques actuellement utilisés en chimiothérapie induisent cette mort cellulaire programmée de type I mais la résistance des cellules cancéreuses à l’apoptose constitue l’un des obstacles majeurs aux traitements actuels. Cet aspect sera développé dans la section II. 4.

L’autophagie ou macro-autophagie est un processus dynamique au cours duquel des structures membranaires intracellulaires séquestrent des organelles et macromolécules en vue de les dégrader. La micro-autophagie fait référence à la dégradation intra-lysosomale de composés biologiques.

L’autophagie est un processus qui débute par la séquestration de matériel cellulaire dans une structure à double membrane formée à partir du réticulum endoplasmique et appelée autophagosome. Ce dernier fusionne ensuite avec un lysosome pour former un autolysososme dont les hydrolases acides vont digérer le contenu (Kondo et coll., 2005) (Figure 9). La régulation de ce processus peut se faire à différents niveaux décrits dans la Figure 10 : la becline 1 et la PI3K de classe III favorisent la formation d’autophagosomes tandis que la voie de signalisation PI3K de classe I – Akt – mTOR inhibe l’autophagie en empêchant la fusion de l’autophagosome avec le lysosome (Kondo et coll., 2005). D’autres intervenants modulant l’autophagie sont également repris dans la Figure 10.

Ce processus de turn over peut aboutir soit à la survie soit à la mort cellulaire. En effet, lorsque la cellule est en carence de nutriments et/ ou d’oxygène, l’autophagie va lui fournir de l’énergie ainsi que diminuer ses besoins métaboliques. Néanmoins, lorsqu’elle est trop avancée, elle aboutit à la mort de la cellule (Kondo et coll., 2005). Ainsi, au début du développement tumoral, l’autophagie agit comme suppresseur de tumeur en détruisant les organelles endommagées. Par la suite, en revanche, elle devient favorable au cancer, permettant en effet aux cellules du centre de la masse tumorale de survivre dans des conditions pauvres en oxygène, facteurs de croissance… (Kondo et coll., 2005).

Certains médicaments telles que le tamoxifène ou le témozolomide n’induisent pas l’apoptose mais

bien cette mort cellulaire programmée de type II (Kanzawa et coll., 2004 ; Kondo et coll., 2005),

(18)

pouvant elle-même aboutir finalement et en conséquence à des processus apoptotiques (Roos et coll., 2007). Le développement de médicaments pro-autophagiques représente aussi une alternative thérapeutique intéressante aux médicaments pro-apoptotiques, d’autant qu’il semble exister des voies de signalisation communes à ces deux morts cellulaires. En effet, une inhibition de l’apoptose favorise l’autophagie et vice versa (Kondo et coll., 2005 ; Kroemer et Jäättelä, 2005).

La famille Bcl-2 contrôlerait non seulement l’apoptose mais également l’autophagie et pourrait être impliquée dans la connexion entre ces deux voies de mort cellulaire (Pattingre et Levine, 2006).

Si les lysosomes jouent un rôle clé dans l’autophagie, ils en ont néanmoins d’autres dans les morts cellulaires programmées. La perméabilisation lysosomale implique le relargage des hydrolases dans le cytoplasme et est tantôt effecteur de la mort par apoptose induite par le TNFR-1 ou p53 par exemple et tantôt initiateur de mort cellulaire (Kroemer et Jäättelä, 2005). Celle-ci sera de type apoptotique caspase-dépendante, apoptosis-like caspase-indépendante ou nécrotique si le relargage est massif (Kroemer et Jäättelä, 2005). La PI3K régule la taille, l’activité et la maturation des lysosomes qui, dans le cas des cellules cancéreuses, sont caractérisés par une résistance à la perméabilisation attribuée à la localisation à leur membrane de la protéine Hsp70 contrairement aux cellules normales (Kroemer et Jäättelä, 2005). Les lysosomes constituent ainsi une cible intéressante pour le traitement spécifique des cancers.

La catastrophe mitotique : est causée par une mitose aberrante. Lorsque l’ADN présente des anomalies, les protéines ATM et p53 interviennent pour arrêter le cycle cellulaire en phase G2 afin de le réparer ou d’induire l’apoptose. Si ce checkpoint est défectueux, la cellule entrera en phase M alors que l’ADN n’est pas réparé ou pas totalement dupliqué, ce qui mènera à la mort cellulaire par catastrophe mitotique (Okada et Mak, 2004).

3. La migration cellulaire et la formation des métastases.

a. Généralités.

La migration cellulaire reste l’un des obstacles majeurs au traitement des cancers en général et du mélanome en particulier. En effet, l’acquisition de capacités migratoires par les cellules cancéreuses permet leur dissémination loco-régionale et métastatique, à l’origine de 90%

des décès des patients cancéreux. Cette migration résulte de l’intégration finement régulée de trois

processus majeurs: l’adhésion, la motilité et l’invasion. En effet, en fonction des caractéristiques

cellulaires de ces trois composantes, la migration peut revêtir diverses formes : selon les propriétés

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adhésives entre les cellules, le mouvement sera unicellulaire ou collectif c’est-à-dire impliquant une seule ou au contraire une colonie de cellules ; selon les interactions de la cellule avec la matrice extracellulaire et sa capacité à la dégrader, la migration sera de type mésenchymateux ou amoeboïde (Friedl et Wolf, 2003). De plus, la cellule cancéreuse est douée d’une plasticité remarquable : si elle est soumise à des modifications de l’une ou l’autre de ces trois propriétés, elle pourra s’y adapter et passer d’une forme de migration à l’autre (Friedl et Wolf, 2003 ; Friedl, 2004). Néanmoins, de façon schématique, la migration cellulaire peut-être décomposée en différentes étapes principales décrites dans la Figure 11, chacune d’entre elles étant modulée en fonction du type de migration considérée.

Ainsi les cellules migrantes vont pouvoir coloniser les vaisseaux sanguins et lymphatiques que la tumeur a recrutés pour lui apporter les facteurs de croissance et les nutriments nécessaires à son développement (Figure 12). Via la circulation, les cellules cancéreuses vont atteindre le lit vasculaire d’autres organes et en sortir pour coloniser le tissu cible et y former des métastases (Figure 12). La migration cellulaire est donc essentielle pour la dissémination des cellules tumorales, non seulement au sein du tissu mais également à distance.

Fidler, 2003

Figure 12: schématisation du développement d’un cancer: une population de cellules cancéreuses se développe au sein d’un tissu. Ensuite, pour croître d’avantage, la tumeur recrute des vaisseaux sanguins et lymphatiques qui vont lui apporter nutriments et facteurs de croissance. D’autre part cette circulation va être colonisée par les cellules cancéreuses migrantes qui se détachent de la tumeur primitive et viennent envahir ces vaisseaux. Les cellules sont ainsi amenées par l’appareil circulatoire dans les lits vasculaires d’autres organes, vont adhérer à leur paroi et, après extravasation, vont coloniser et proliférer au sein de l’organe cible pour créer des métastases. Elles peuvent être à l’origine de nouvelles disséminations au sein du tissu et vont ainsi petit à petit détruire les organes ainsi envahis.

(20)

b. La migration cellulaire.

i. L’adhésion.

L’adhésion est l’une des trois composantes biologiques majeures liée à la migration cellulaire. En effet, une régulation très fine du degré d’adhésion de la cellule à son environnement extracellulaire va conditionner en partie la force et la vitesse migratoire. Ainsi cette dernière sera maximale lorsque l’adhésion sera intermédiaire : si les forces adhésives sont trop importantes, l’arrière de la cellule ne pourra pas se détacher, ce qui entraverait la migration. A l’inverse, les protrusions cytoplasmiques doivent adhérer suffisamment à l’avant de la cellule pour pouvoir générer une force de traction significative (Figure 11) (Palecek et coll., 1997). En fait, l’adhésion implique la participation de diverses catégories de molécules d’adhésion, lesquelles possèdent ou non un (des) domaine(s) transmembranaire(s) permettant dès lors d’établir un lien physique direct entre certains éléments de la matrice extracellulaire et le cytosquelette d’actine (Figure 13). Les familles de molécules d’adhésion cellulaires les plus étudiées actuellement sont les intégrines, les cadhérines, les lectines et les immunoglobulines (Figure 13).

Les intégrines sont des glycoprotéines hétérodimériques transmembranaires calcium ou magnésium dépendants constitués d’une sous-unité alpha et d’une sous-unité beta liées de façon non covalente (Figure 14A). Vingt-cinq combinaisons différentes d’intégrines couplant 18 sous- unités alpha à 8 sous-unités beta ont été identifiées à ce jour. Ces glycoprotéines reconnaissent divers éléments de la matrice extra-cellulaire, tels que les fibronectines, les laminines, les collagènes et la vitronectine. Elles peuvent également médier des interactions de type cellule- cellule via la reconnaissance d’autres molécules d’adhésion telle que certaines immunoglobulines d’adhésion (Alberts et coll., 2002). De plus, elles jouent également un rôle de transducteur de signal, à la fois de l’extérieur vers l’intérieur de la cellule (outside-in signaling) mais aussi dans le sens inverse (inside-out signaling) (Hynes, 2002 ; Hood et Cheresh, 2002). Cette signalisation de type inside-out permet notamment de moduler l’affinité de l’intégrine pour ses ligands (Brown et Hogg, 1996).

Suite à la liaison d’une intégrine avec un de ses ligands, la partie cytoplasmique de la sous-unité

beta va recruter sous la membrane plasmique des protéines adaptatrices telles que la tensine, la

taline, l’alpha-actinine, la vinculine qui vont permettrent de lier l’intégrine aux filaments

d’actine (Figures 13 et 14); l’intégrine sert donc de lien indirect entre la matrice extra-cellulaire et

le cytosquelette de la cellule (Alberts et coll., 2002; Hood et Cheresh, 2002). Ce processus entraîne

le rassemblement des intégrines en un point de contact focal qui joue un rôle de site de traction,

essentiel dans la migration cellulaire (Figure 11). D’autre part, d’autres protéines impliquées dans

(21)

la transduction de signaux vont également être recrutées telles que la focal adhesion kinase (FAK), l’integrin-linked kinase (ILK) et la protéine Src. Ces différentes protéines vont ainsi pouvoir activer des voies de signalisation impliquées dans la survie cellulaire (les voies PI3K et Akt), la prolifération cellulaire (la voie des MAP kinases) et la migration cellulaire (les petites protéines G) (Figure 15).

Les cellules de mélanome, de même que les cellules cancéreuses en général, présentent un profil d’expression d’intégrines différent par rapport aux cellules normales (Kuphal et coll., 2005). Ainsi l’expression de la sous-unité beta 3 est associée à la transition entre la phase de croissance radiale (horizontale) et verticale (en profondeur) du mélanome et est donc associées à un phénotype agressif (Albelda et coll., 1990).

Les cadhérines sont des glycoprotéines transmembranaires responsables d’interactions homo- ou hétérotypiques cellule-cellule par des liens homophiliques calcium-dépendants (Figure 14B). Les cadhérines homodimérisées de deux cellules adjacentes forment alors un tétramère. Il existe trois groupes principaux de cadhérines: les cadhérines dites « classiques » telles les E- (epithéliale), N-(neurale) et P-(placentaire) cadhérines, les cadhérines desmosomales et les cadhérines « proto ». Les plus étudiées sont les cadhérines classiques, impliquées dans la formation des jonctions adhérentes (Lodish et coll., 2000 ; Alberts et coll., 2002). Ainsi elles interviennent notamment dans le maintien de l’intégrité et dans la polarisation d’un épithélium.

Ces protéines sont liées au cytosquelette d’actine via un complexe protéique composé de caténines et sont capables de modifier l’état de polymérisation des fibres de stress d’actine en activant les petites protéines G Rho, Rac et Cdc 42 (Juliano, 2002) (Figures 13 et 14). De plus elles interfèrent de façon indirecte avec la voie de signalisation Wnt qui fait également intervenir la β-caténine (Juliano, 2002).

De nombreux carcinomes sont caractérisés par des modifications d’expression des cadhérines, notamment une perte d’expression de la E-cadhérine responsable d’une perte des jonctions adhérentes des cellules, rendant ainsi les cellules libres de migrer à travers la matrice extracellulaire (Peinado et coll., 2004). Les mélanocytes normaux font partie intégrante de l’épithélium cutané et sont liés aux kératinocytes via les E-cadhérines. Dès 1996, Danen et coll.

montrent une diminution d’expression de cette cadhérine E au sein de mélanomes contrairement

aux mélanocytes normaux. En effet, lors du développement d’un mélanome, on observe de façon

très précoce une perte d’expression de cette E-cadhérine au profit de l’expression de la N-

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cadhérine responsable d’une transition des partenaires du kératinocyte vers les fibroblastes, les cellules endothéliales et les autres cellules de mélanomes qui expriment la N-cadhérine et facilite ainsi leur survie au sein du derme (Hsu et coll., 2002 ; Haass et coll., 2004). Ces modifications d’expression des cadhérines, et de leurs voies de signalisation, que l’on retrouve dans de nombreux cancers, sont également directement associées aux capacités invasives de ces cellules ; de plus elles interviennent dans la régulation de la communication entre les cellules cancéreuses et le stroma environnant en favorisant l’invasion tumorale (Mareel et Leroy, 2003).

Les lectines sont des protéines liant les carbohydrates. Les sélectines et les galectines en sont deux des cinq représentants principaux. Les galectines sont des glycoprotéines solubles intra et/ou extracellulaires reconnaissant les résidus β-galactosidiques ; elles peuvent ainsi faire le lien entre ces résidus présents à la surface de la cellule et ceux de la matrice extracellulaire. Ce sont donc des modulateurs de l’adhésion cellulaire. Nous détaillons le rôle biologique des galectines, notamment de la galectine 1, dans la section III chapitre 6b.

Les sélectines sont quant à elles des glycoprotéines transmembranaires dépendantes du calcium (Figure 14C). La P-sélectine est exprimée à la surface des plaquettes et des cellules endothéliales activées, la L-sélectine à celle des leucocytes et la E-sélectine à celle des cellules endothéliales activées (Lodish et coll., 2000 ; Alberts et coll., 2002). Elles sont impliquées dans des liaisons hétérotypiques de type cellule-cellule grâce à la reconnaissance de résidus sialylés, en particulier les antigènes de Lewis A et X, présents à la surface de nombreuses cellules (Lodish et coll., 2000).

Elles permettent une adhésion de faible affinité entre les leucocytes et l’endothélium vasculaire activé, entraînant ainsi leur ralentissement et favorisant dès lors des interactions de plus forte affinité entre ces cellules médiées par les intégrines et les immunoglobulines (Alberts et coll., 2002). Ainsi ralentis puis arrêtés, les leucocytes vont pouvoir traverser l’endothélium pour coloniser le tissu inflammatoire. Ce phénomène survient également avec les cellules cancéreuses et est donc fortement impliqué dans l’extravasation des cellules pour la formation des métastases des cancers en général et du mélanome en particulier (Kannagi, 1997 ; Ohyama et coll., 1999 ; Ludwig et coll., 2004).

Les immunoglobulines : certains membres de cette superfamille sont des protéines

transmembranaires qui présentent un ou plusieurs immunoglobulin-like domain(s) intervenant dans

les interactions cellulaires. Le lien peut être homo- ou hétérophilique et il est calcium indépendant

(Alberts et coll., 2002). La liaison de ces récepteurs avec le cytosquelette se ferait grâce à une

protéine adaptatrice : l’ezrine, mais cette interaction reste mal connue (Juliano, 2002). Ces

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protéines ont également un rôle de transducteur de signal : ainsi, la N-CAM (neural cell adhesion molecule) est capable de moduler la voie de signalisation ERK kinase via une interaction avec des tyrosines kinases par exemple (Juliano, 2002). D’autres membres de cette famille ont une activité tyrosine phosphatase qui pourrait être impliquée dans le guidage de la croissance axonale (Alberts et coll., 2002). La protéine M-CAM (melanoma cell adhesion molecule) fait partie de cette famille et son expression, normalement réprimée par les kératinocytes, est corrélée à l’indice de Breslow ; elle serait impliquée dans le développement des métastases – en nombre et en taille -, dans les phénomènes d’angiogénèse et dans l’augmentation de l’expression de la métallo-protéase 2 (McGary et coll., 2002 ; Haass, 2005).

ii. La motilité.

La migration cellulaire implique des déformations de la cellule (Figure 11). Il s’ensuit une polarisation de cette dernière en un « avant » ou front de migration et un « arrière » ou front de rétraction de la cellule. La forme d’une cellule dépend de son cytosquelette qui est donc essentiel dans la motilité cellulaire. Il est composé de trois types de filaments qui ont chacun des rôles distincts : les filaments d’actine ou microfilaments, les microtubules et les filaments intermédiaires.

Les microfilaments sont des filaments de 5 à 9 nm de diamètre composé d’actine. Cette

protéine existe sous deux formes en équilibre au sein de la cellule : la forme monomérique dite

globulaire et la forme polymérique dite fibrillaire formée de deux brins de polymères d’actine

enroulés en hélice (les fibres de stress d’actine; Figure 16A). Ces fibres de stress d’actine sont

polarisées, la croissance étant beaucoup plus marquée à une extrémité, dite « + », qu’à l’autre

extrémité. De nombreuses protéines liant l’actine (la cofiline, profiline, etc…) vont réguler le taux

et l’organisation des fibres de stress d’actine. Ces fibres servent de support à la membrane

plasmique où elles sont ancrées aux protéines d’adhésion décrites plus haut via des protéines

adaptatrices. C’est cet ensemble macromoléculaire qui confère sa forme à la cellule (Lodish et

coll., 2000 ; Alberts et coll., 2002). Les fibres de stress d’actine jouent également un rôle

prépondérant à l’avant de la cellule lors du processus de migration cellulaire car elles sont à

l’origine de la formation des protrusions cytoplasmiques (lamellipodes et fillopodes) (Ridley et

coll., 2003) (Figure 17). Les petites protéines G, en particulier Rac et Cdc 42, sont des protéines

clés dans la régulation de ces protrusions et dans le maintien de la polarité cellulaire en général

(Figures 11 et 17). Les fibres de stress d’actine sont souples et leur énergie élastique est utilisée

pour leur déploiement qui est à l’origine de la protrusion cellulaire plus que la polymérisation de

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l’actine en elle-même (Ridley et coll., 2003). D’autre part, la myosine II, dont l’activité est régulée par la myosin light-chain kinase, la Rho kinase et la MLC phophatase, interagit avec les fibres de stress d’actine et leur confère la force contractile qui permet de transmettre la traction essentielle au mouvement de la cellule (Ridley, 2001 ; Ridley et coll., 2003).

Les microtubules sont de longs cylindres creux de 25nm de diamètre faits de polymères de tubuline (Figure 16b). Les tubulines α et β forment un dimère qui constitue la maille de base des microtubules. Ces derniers sont beaucoup plus rigides que les microfilaments d’actine et servent d’avantage « d’ossature » à la cellule. Les microtubules prennent naissance au niveau du centrosome ou microtubule organizing center (MTOC) qui se situe à proximité du noyau cellulaire. La croissance des microtubules, qui est également polarisée, se fait en étoile à partir de ce centrosome vers la périphérie de la cellule (Figure 16B). Les microtubules jouent un rôle essentiel durant la mitose puisqu’ils constituent le fuseau mitotique qui servira à la séparation des chromosomes (Figure 16B) ; d’autre part, ils interviennent également dans le transport de vésicules et d’organites et forment une cage de protection autour du noyau cellulaire (Figure 17).

Dans la cellule migrante, les microtubules sont orientés le long de l’axe du mouvement de la cellule (Waterman-Storer et Salmon, 1999). La dépolymérisation des microtubules entraîne un arrêt de la migration et une perte de polarité cellulaire: la cellule présentera des protrusions moindres et réparties sur l’ensemble de la périphérie cellulaire. Les microtubules sont donc essentiels à la migration cellulaire (Waterman-Storer et Salmon, 1999). Kaverina et coll. (1999) ont montré l’implication des microtubules dans le détachement et la rétraction de l’arrière de la cellule en ciblant les complexes d’adhésion et induisant leur désassemblage. Celui-ci est encore mal compris et fait également intervenir, en plus des microtubules, des protéases calcium dépendantes telles que la calpaïne qui va entraîner le clivage des protéines d’adhésion (Ridley et coll., 2003).

Les filaments intermédiaires tiennent leur nom de leur taille de 10 nm de diamètre,

intermédiaire entre les tailles des deux types de filaments décrits ci-dessus. On peut distinguer 6

familles différentes de filaments intermédiaires dont l’expression tissu-spécifique est reprise dans

la Table 2. Cette propriété est d’ailleurs mise à profit pour établir l’origine épithéliale,

mésenchymateuse ou neuronale de certains cancers (Lodish et coll., 2000). Ces protéines

s’assemblent pour former des homo- ou hétérodimères selon leur nature. Leurs rôles au sein de la

cellule, encore mal connus, sont essentiellement structurels. Ils sont beaucoup plus stables que les

microtubules ou les microfilaments bien qu’ils soient également dynamiques. Au réseau de mailles

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formé, qui confère à la cellule sa stabilité structurelle, sont associées des protéines qui vont lier ce réseau aux membranes plasmiques et nucléaires ainsi qu’aux deux autres composantes du cytosquelette (Lodish et coll., 2000). Diverses publications tendent à montrer leur implication dans les phénomènes migratoires et métastatiques des cancers, notamment du mélanome (Hendrix et coll., 1996 et 1998). Ainsi, si la vimentine est un filament intermédiaire mésenchymateux, normalement exprimé par les mélanomes, la co-expression de cette protéine avec les kératines, habituellement exprimées par les cellules épithéliales, est associée à une migration et une invasion plus importantes ainsi qu’à un pronostic vital défavorable dans les mélanomes oculaires et cutanés ainsi que dans le cancer du sein (Hendrix et coll., 1996 et 1998 ; Thomas et coll., 1999).

iii. L’invasion.

Lorsque nous évoquons le phénomène d’invasion, nous faisons ici référence au processus spécifique de dégradation de la matrice extracellulaire et donc de protéolyse, ce phénomène contribuant en partie seulement au phénotype dit « invasif » des cancers. Cette protéolyse va permettre non seulement de créer « un chemin » pour les cellules cancéreuses à travers la matrice extracellulaire mais va également entraîner des modifications de leurs propriétés adhésives (Friedl et Wolf, 2003 ; Decaestecker et coll., 2007). De plus, les fragments issus de ces clivages pourront éventuellement présenter de nouveaux sites d’interactions pour les cellules, pouvant ainsi délivrer des signaux modulant leur migration et/ou leur adhésion (Mareel et Leroy, 2003). L’invasion doit être finement régulée, le taux de migration cellulaire le plus élevé étant observé pour des niveaux intermédiaires de dégradation de la matrice extracellulaire : elle doit être suffisamment dégradée pour permettre le passage des cellules mais elle est néanmoins indispensable au soutien et en temps que point d’ancrage pour la traction des cellules (Friedl et Wolf, 2003 ; Decaestecker et coll., 2007). Les principales familles de protéases impliquées dans ce processus de migration cellulaire sont les métallo-protéases, le système du plasminogène et les cathepsines.

Les métallo-protéases (MMP) constituent une famille de plus de vingt endopeptidases

calcium ou zinc dépendantes comprenant entre autre les collagénases, les gélatinases, les

stromélysines et les MMP membranaires (MT-MMP). Leur expression est modulée au niveau

transcriptionnel par des chémokines et de nombreux facteurs de croissances ; elles sont alors

produites sous forme inactive, puis activées à l’extérieur de la cellule par d’autres MMPs ou

encore par des sérines protéases telles que la plasmine ou l’uPA. Les MMPs membranaires

peuvent être également activées dans le trans-Golgi par les furines. L’activité des MMPs dépendra

également de certains inhibiteurs dénommés TIMPs, ainsi que de l’α

2

-macroglobuline et des

(26)

thrombospondines qui favorisent leur dégradation (Egeblad et Werb, 2002). Si ces MMPs sont fortement étudiées pour leur capacité à dégrader la majorité des composants de la matrice extracellulaire, elles possèdent également des rôles multiples au niveau des processus de prolifération cellulaire, d’apoptose et d’angiogénèse, comme revu par Egeblad et Werb (2002).

Hofmann et coll. (2005) ont revu récemment les rôles des MMPs dans l’invasion des mélanomes.

Nous retiendrons l’implication des collagénases MMP-1, et MMP-13, des gélatinases MMP-2 et MMP-9 et de la MT1-MMP (MMP-14) dans ces phénomènes d’invasion de cellules de mélanomes. Ces MMPs sont produites par les cellules de mélanome elles-mêmes ou par les cellules stromales sous la stimulation des cellules cancéreuses. Ainsi la MMP-2, dont l’expression est corrélée au pronostic, est majoritairement produite par les fibroblastes mais sera activée par la MT1-MMP à la surface des cellules tumorales (Hofmann et coll., 2005). Ces deux MMPs sont colocalisées au front de migration des mélanomes avec l’intégrine α

v

β

3

que la MMP-2 active peut lier ; elles coopèrent ainsi pour dégrader la matrice extracellulaire de façon dirigée (Hoffman et coll., 2005).

Le système du plasminogène. Bien que décrit avant tout dans le processus de fibrinolyse, ce système est également fortement impliqué dans les processus migratoires, en particulier ceux du cancer aboutissant aux métastases. Ces processus ont été analysés et revus par Andreasen et coll.

(2000).

Le plasminogène est un produit inactif sécrété par la cellule; il va être transformé en plasmine active par l’action protéolytique de l’urinary (u) ou du tissu-type (t) plasminogen activator (PA).

Ces deux protéases peuvent être inhibées par les serpines PAI-1 et PAI-2 (plasminogen activator

inhibitor). La plasmine, dont l’activité peut à son tour être inhibée par l’α

2

anti-plasmine, est

capable de dégrader de façon directe divers éléments de la matrice extracellulaire tels que

laminine, fibronectine et vitronectine, mais pas les collagènes natifs. De plus, elle peut activer

certaines MMPs ainsi que dégrader certaines molécules d’adhésion, facilitant ainsi la protéolyse à

l’avant de la cellule et diminuant l’adhésion à l’arrière de la cellule pour sa rétraction. Enfin, elle

intervient également par protéolyse dans l’activation de facteurs de croissance (Andreasen et coll.,

2000). Ce système s’articule autour du récepteur de l’uPA (uPAR) (Figure 18). Le complexe ainsi

formé entre le ligand et son récepteur a une activité protéolytique plus importante que le ligand

seul. Par ailleurs ce système interagit de façon très étroite avec l’intégrine α

v

β

3

via la liaison de

l’uPAR ou du PAI-1 avec son partenaire, la vitronectine (Figure 18). Le système du plasminogène

est ainsi impliqué dans la régulation de la migration intégrine-dépendante du mélanome (Stahl et

(27)

Mueller, 1997). L’expression des uPA, uPAR et PAI-1 est augmentée dans les cancers en général (Andreasen et coll., 2000) et dans les mélanomes avancés et métastatiques en particulier (De Vries et coll., 1994) : l’expression de uPA est localisée au front de migration des mélanomes ainsi que dans le stroma environnant alors que son récepteur est exprimé par les cellules de mélanomes uniquement, montrant ainsi la coopération entre la tumeur et l’organe au sein duquel il se développe. L’implication de ce système dans la dégradation de la matrice extracellulaire par les cellules de mélanome a également été mise en évidence (Quax et coll., 1991).

Les cathepsines : sont une famille de cystéine, d’aspartate et de sérine protéases localisées dans les lysosomes pour le recyclage des organelles et des macromolécules cellulaires. Néanmoins, elles peuvent être sécrétées à l’extérieur de la cellule et participer ainsi à la protéolyse de la matrice extracellulaire. Ainsi les cathepsines B, D et L sont impliquées dans la progression tumorale et sont associées à un mauvais pronostic, ce qui en fait des cibles pour la thérapie anti-cancéreuse (Fehrenbacher et Jäättelä, 2005). Nous montrerons dans ce travail l’importance de certaines d’entre elles dans le rôle biologique de la galectine 1 vis-à-vis des cellules de mélanomes.

4. Les cellules cancéreuses migrantes résistent à l’apoptose.

Lors du développement d’un cancer, l’acquisition de modifications génétiques favorables à la survie cellulaire dans des conditions difficiles constitue un avantage sélectif sur les autres cellules, favorisant ainsi l’agressivité et donc l’évolution de la maladie (voir Figure 4 pour rappel).

Ces clones cellulaires ainsi sélectionnés seront caractérisés par une plus grande résistance à un

environnement adverse, et donc aux médicaments cytotoxiques utilisées en chimiothérapie

(McCormick, 2004). Les cellules cancéreuses migrantes sont particulièrement concernées par ce

phénomène : en effet, lors de la migration des cellules dans le système circulatoire à l’origine des

métastases, ces cellules doivent être capables de survivre en suspension, sans ancrage à la matrice

extracellulaire ; elles sont donc résistantes à l’anoïkose, définie comme une apoptose induite par

perte d’ancrage, que l’on observe dans les cellules normales dans ces conditions (Douma et coll.,

2004). De plus en plus de publications montrent ainsi un lien direct entre la migration cellulaire et

la résistance à l’apoptose (Decaestecker et coll., 2007), par exemple dans le gliome (Giese et coll.,

2003 ; Lefranc et coll., 2005) ou le cancer du sein (Goswami et coll., 2004) mais également dans

le mélanome (Glinsky et Glinsky ; 1996). Les principales voies de signalisation cellulaire

impliquées dans la résistance à l’apoptose des cellules migrantes au sein des gliomes concernent

PI3K-Akt-mTOR, Cas-Crk et NFκB (Lefranc et coll., 2005). Glinsky et Glinsky (1996) ont

observé que les cellules de mélanome hautement métastatiques présentent une augmentation des

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