M. RO UX, Rolande DUMONT, J. AGABRIEL* J. BONNEMAIRE, D. MICOL*
INRA-ENSSAA Laboratoire de la Chaire de Zootechnie
26 boulevard Docteur
Petitjean 21000 Dijon
*INRA Laboratoire
Adaptation
desHerbivores aux Milieux
Theix 63122 Saint-Genès
Champanelle
Engraissement des
vaches de réforme de race Charolaise.
Effet d’une
suralimentation
protéique
sur les performances d’engraissement
et les caractéristiques physico-chimiques
musculaires.
Les effets de facteurs tels que
l’âge,
le for- mat, l’étatcorporel,
l’étatsanitaire,
l’étatphysiologique
et des substances anaboli- santes surl’engraissement
des vaches de réforme ont été étudiés chez des animaux deraces laitières
Normande, Montbéliarde, Française
Frisonne et croisées Holstein(Béranger
et Malterre1968, Béranger
et al1970,
Malterre1972,
Jones1983,
Chilliard etal
1984,
Colleau et al1984,
ITEB-EDE 1990)ou de races allaitantes
Salers, Limousine, Hereford, Angus
et Charolaise(Swingle
et al1979,
Malterre1986,
Matulis et al1987,
Malterre et al1989,
Dumont et al 1991). Tousces travaux
soulignent
la variabilité desrésultats,
liée essentiellement àl’hétérogénéi-
té des
animaux,
et montrent que la durée de finitionpeut
être réduite en utilisant desrégimes d’ingestibilité
et de concentrationénergétique
élevées.Résumé ’
L’influence du niveau azoté de la ration pour la finition de la vache de réforme de race Charolaise a été étudiée au cours de deux essais successifs portant sur un effectif total de 82 animaux. L’objectif était d’évaluer l’effet strict d’un apport d’azote excédentaire sur la reprise
de poids, l’efficacité alimentaire, la proportion de muscle dans le gain de poids de carcasse et les caractéristiques
physico-chimiques
desdeux muscles
longissimus
du thorax et rhomboïdethoracique.
Pour chaque essai, 41 vaches de réforme âgées en moyenne de 5 ans, maigres et taries ont été réparties en 5 lots homologues pour l’âge, le poids et l’état d’engraissement : 4 lots ont été engraissés avec un régime à base d’ensilage de maïs plante entière et de tourteau de soja et un
lot de 5 vaches a été abattu au début de la
période expérimentale
comme témoin initial.Les lots N, M et Hl ont reçu des rations isoénergétiques apportant respectivement 90, 120 ou 160 g de PDI/UFL. Le lot H2 a reçu 160 g de PDI/UFL avec ensilage de maïs ad libitum pour évaluer l’effet du niveau azoté de la ration sur l’ingestion.
Le lot N a été abattu à un état d’engraissement
optimum
(note 3,5 sur 5) et les 3 autres lots à même durée moyenne d’engraissement que le lot N (81 j pour l’essai 1 et 75 j pour l’essai 2).A même quantité d’énergie ingérée, l’élévation du niveau azoté de la ration (lots N, M et Hl) n’améliore pas significativement la reprise de
poids
vif (1320 g/j pour le lot Hl vs 1070 g/j pour le lot N). Les poids de carcasse sontpratiquement
identiques (respectivement 376 kg et382
kg
pour les lots N et Hl). L’état d’engraissement,apprécié
par lesproportions
de tissu adipeux du 5èmequartier
et de la carcasse, a tendance à diminuer avecl’augmentation
du niveau azoté. La suralimentationprotéique
ne modifie pas significativement les teneurs intramusculaires enlipides
etcollagène
ainsi que lescaractéristiques
de cisaillement, de couleur et de rétention d’eau de la viande.A niveau azoté élevé,
lorsque
l’ensilage de maïs est distribué à volonté(comparaison
lots N et H2), la quantité de matière sècheingérée
augmente de 0,7kg/j,
soit 0,6 UFL. Cetteingestion supplémentaire d’énergie
a tendance à améliorer la reprise depoids
mais accroîtsignificativement
lesdépôts adipeux
de la carcasse et du 5ème quartier.En
revanche,
peu d’études ont été réaliséessur le niveau azoté de la ration de finition des vaches de réforme. En
France,
deux essais surdes vaches de race Limousine (Malterre et al 1989) et de race Charolaise (Haurez et al 1992) n’ont pas mis en évidence l’intérêt d’un
apport
d’azotesupérieur
aux recommandations (INRA 1988) pour ce type d’animal.Chez les mâles de races laitières ou
spéciali-
sées à
viande,
un apport d’azotesupérieur
auxrecommandations a
généralement
peu d’in- fluence sur lesperformances
dereprise
depoids
(Williams et al1975,
Ferrell et al1978,
Martin et al1978,
Steen 1986 et1988,
Cadot etal 1988).
Cependant
certains essaisportant
sur lapériode
de finition des animaux mettent enévidence une
augmentation
dugain
depoids
vifavec des niveaux azotés élevés et
fréquemment
des
quantités d’énergie ingérée supérieures
(Haskins et al1967,
Horton et Nicholson1981, Lemenager
et al1981, Bailey 1989,
Micol et al1989 comm.
pers.).
Chez les
monogastriques,
une suralimenta- tionprotéique peut permettre
de limiter ledéveloppement
desdépôts adipeux.
Cet effetest bien connu chez le porc pour
lequel
une élé-vation du niveau azoté de la
ration,
enexerçant
un effet
dépressif
surl’ingestion
alimentaire favorise ledéveloppement
des muscles dans lacarcasse au détriment des
dépôts adipeux (Campbell
1988,Henry
1985 et 1990). Chez lesbovins l’effet est
beaucoup plus
difficile àmettre en évidence. Pour de nombreux auteurs,
l’augmentation
du taux azoté de la ration n’en-traîne pas de diminution de l’état
d’engraisse-
ment des carcasses
(Epley
et al 1971, Williamset al
1975,
Ferrell et al1978,
Horton et Nicholson1981, Lemenager
et al1981,
Cadot et al1988,
Mader et al 1989). Certains résultats mettent même en évidence uneaugmentation significative
de l’étatd’engraissement
avecl’élévation du taux azoté (Martin et al
1978,
Steen 1988). Enfin dans de rares
essais,
unesuralimentation
protéique,
enparticulier
àmême
quantité d’énergie ingérée,
entraîne unediminution du gras interne (Mader et al 1989)
ou des
dépôts adipeux
de la carcasse (Micol etal 1989 comm.
pers.),
voire deslipides
intra-musculaires
(Bailey 1989, Berge
et al 1990).Cette diminution de la teneur en
lipides
intra-musculaires
peut
être àl’origine
d’une altéra- tion de certainespropriétés
sensorielles de laviande,
telles que la tendreté et lajutosité (Berge
et al 1990).En zone
Charolaise,
lespratiques d’engrais-
sement des vaches de réforme sont très diversi- fiées selon les
exploitations (Mangeol
1989).Certains éleveurs distribuent des rations excé- dentaires en azote afin d’améliorer les
perfor-
mances des animaux et de mieux maîtriser leur
engraissement.
C’estpourquoi
il a paru souhaitable de mettre enplace
des étudesspé- cifiques
visant à mieux connaître l’influence du niveau azoté de la ration pour la finition de la vache de réforme de race Charolaise.Les essais ont été réalisés de 1988 à 1990 au
domaine INRA de
Dijon-Epoisses
à la suite desétudes
déjà entreprises
sur la vache de réformede race Charolaise (Dumont et al 1991).
L’objectif
de cetteexpérimentation
a été d’éva-luer l’effet strict d’un apport d’azote excéden- taire par
rapport
aux recommandations ali- mentaires (INRA1988),
sur lareprise
depoids,
l’efficacité
alimentaire,
lacomposition
tissulai-re des carcasses, la
proportion
de muscle dans legain
depoids
et lescaractéristiques physico- chimiques
des muscles.1 / Conditions expérimentales
Les vaches ont été achetées à des domaines
expérimentaux (INRA, ITEB, EDE),
à des éta- blissementsd’enseignement agricole
et à desgroupements
deproducteurs.
A l’achat elles devaientcorrespondre
auxcaractéristiques
suivantes : vaches
âgées
de 3 à 7 ans, ayant réalisé au moins une lactation et trois aumaximum,
vides et tariesaprès
avoir allaitéleur veau, en bon état sanitaire et suffisam- ment
maigres.
1.
1 / Schéma expérimental
Deux essais factoriels successifs portant chacun sur 45 vaches ont
permis
de tester leseffets du niveau azoté de la ration sur les per- formances
d’engraissement
des animaux et lescaractéristiques
dequalité
des carcasses et dela viande. Dans
chaque essai,
les 45 vaches ontété
réparties
avant le début de lapériode expé-
rimentale en 5 lots
homologues
sur la base dupoids
vif (doublepesée),
del’âge
et de l’étatd’engraissement apprécié
par maniements (note de 0 à5, Agabriel
et al 1986) et parmesure du diamètre moyen des
adipocytes
dutissu
adipeux
sous-cutané caudal (Robelin etAgabriel
1986) pour l’essai 2uniquement
(tableau 1).Quatre
lots de 10 vaches ont étéengraissés
avec unrégime
à based’ensilage
demaïs
plante
entière et de tourteau desoja.
Lecinquième
lot de 5 vaches a été abattu audébut de la
période expérimentale
commetémoin
initial,
cequi
apermis
d’estimer lareprise
depoids
de carcasse et sacomposition
tissulaire.
Les trois
premiers
lots ont reçu des rations devantapporter respectivement 90,
120 et 160 g de PDI par UFL. Lepremier
lotcorrespondant
aux recommandations INRA (1988) est
appelé
&dquo;normal&dquo; dans le texte
(N),
les deux suivantsrespectivement &dquo;Moyen&dquo;
(M) et &dquo;Haut 1&dquo; (Hl).Les rations distribuées étaient
isoénergétiques
et
apportaient
la mêmequantité d’énergie
sousforme d’aliments concentrés
(pulpes
de bette-raves
déshydratées
et/ou tourteau desoja).
Poury
parvenir
lesquantités d’ensilage
de maïsingé-
rées par les animaux des niveaux M et Hl ont été
ajustées
sur cellesingérées
ad libitum par les animaux du niveau N. Lequatrième
lotappelé
&dquo;Haut 2&dquo; (H2) a reçu unequantité
detourteau de
soja égale
à celle du lotHl,
l’ensila-ge de maïs étant distribué ad libitum pour éva- luer l’effet du niveau azoté de la ration sur la
capacité d’ingestion
(tableau 2). ).Les animaux du niveau N ont été abattus à
un état
d’engraissement jugé optimum
(note3,5
sur 5) et les animaux des 3 autres lots àmême durée moyenne
d’engraissement
que le niveau N (soit 81jours
pour l’essai 1 et 75jours
pour l’essai 2). ).
1.
2 / Déroulement des essais
Dès l’arrivée des
animaux,
unepériode pré-
liminaire apermis
d’effectuer les traitements sanitaires etd’homogénéiser
les états d’en-graissement
en distribuant desquantités
limi-tées d’une ration
foin-paille
selon l’état des vaches. Laphase
suivante d’accoutumance (de 10 à 14jours)
apermis d’adapter
les animauxau
régime expérimental ;
les vaches ont reçupendant
8jours
une rationcomposée
de 6kg
de matière sèche
d’ensilage
de maïs,0,2 kg
detourteau de
soja
et0,15 kg
decomplément
minéral. Les lots ont été constitués au terme de cette
période.
Lesquantités d’ensilage
demaïs ont ensuite été
progressivement
augmen- tées pour atteindre la consommation ad libi-tum dans un délai de 5
jours.
Lapériode
d’en-graissement proprement
dite a alors débutéavec
l’abattage
des animaux témoinsmaigres.
L’engraissement
a été réalisé en stabulation libre par case de 10 animaux.L’ensilage
demaïs était distribué en deux repas par
jour,
lesaliments concentrés étant
ajoutés
à la rationd’ensilage
de maïs avantchaque
repas. Aucours de la
période expérimentale,
lesquanti-
tés
ingérées d’ensilage
de maïs ont été contrô- lées parlot,
5jours
par semaine. Pour les niveaux M etHl,
lesquantités d’ensilage
dis-tribuées ont ainsi été
ajustées chaque
semainesur la consommation des animaux du niveau N.
La valeur nutritive des aliments a été esti- mée à
partir
des résultats del’analyse
chi-mique
d’échantillonsreprésentatifs
des ali-ments distribués.
Les vaches ont été
pesées
une fois parsemaine ;
une doublepesée
a eu lieu au débutet à la fin de
chaque période.
Legain
depoids
vif moyen a été estimé individuellement par
régression
linéaire ouquadratique.
Malgré
lesprécautions prises
danschaque essai,
les résultats concernantquatre
vachesont dû être éliminés pour cause d’accident ou
de
gestation trop
avancée.1.
3
/ Mesures à l’abattage
Toutes les vaches ont été abattues à l’abat- toir
expérimental
de l’INRA de Theix. Les car- casses et lesprincipaux
éléments du 5èmequartier
ont étépesés séparément.
Pour tousles
animaux, la composition
de la carcasse a été estimée àpartir
des résultats de dissection de la 6ème côte, dupoids
desdépôts adipeux
du5ème
quartier
et desquatre
os canons àpartir
des
équations
suivantes(Robelin,
nonpublié).
DAC
= - 21,4
+0,2172
PCC +56,915
DA6c- 26,645
MU6c +1,074 DA5qt Syx
=6,19
MUC = - 47,47 + 0,8357 PCC - 42,378 DA6c
+ 19,363
MU6c -1,638 DA5qt Syx
=5,06
SQC
= 0,14 + 75,237SQ6c
+11,702
P4caSyx
=2,76
PCC = Poids de Carcasse Chaude
(kg)
DAC =
Dépôt Adipeux
de la Carcasse(kg)
MUC = Muscle de la Carcasse
(kg) SQC = Squelette
de la Carcasse(kg)
DA6c
= Dépôt Adipeux
de la 6è côte(kg)
MU6c = Muscle de la 6è côte
(kg) SQ6c = Squelette
de la 6è côte(kg)
DA5qt
=Dépôt Adipeux
du 5èquartier (kg)
P4ca = Poids des 4 os canons
(kg)
1.4
/ Analyses physico-chimiques
des muscles
Des mesures
physico-chimiques
ont étéfaites pour tous les animaux sur les muscles
longissimus
du thorax (M.longissimus
thora-cis) et rhomboïde
thoracique
(M. rhomboideus thoracis)prélevés
au niveau des 5è et 6è côtesd’une même
demi-carcasse,
24 heurespost-
mortem. Pour le
ressuage, les
carcasses ont étélaissées 3 heures à 12°C environ
puis
refroi-dies en salle de
réfrigération rapide pendant
24 heures (+ 2°C avec ventilation forcée). Les
mesures
suivantes, identiques
à celles décrites par Dumont et al(1991),
ont été faites surviande fraîche ayant maturé 6
jours
à 4°C :- la force maximale de cisaillement corres-
pondant
à une section de l’échantillon de 1 x 1cm mesurée avec
l’appareil
à cisailler INRA (Salé 1971). Ces mesures ont été faites sur vian- de crue et sur viande cuite. Pour lacuisson,
desmorceaux pesant 50 g environ ont été chauffés à l’étuve
jusqu’à
unetempérature
moyenne àcoeur de
56°C,
cequi
permet simultanément d’estimer lespertes
depoids
à la cuisson.- le
pH
sur viandebroyée.
- la teneur en matière sèche par dessicca- tion à l’étuve (103°C
pendant
48 heures).- le
pouvoir
de rétention d’eau par mesure de laperte
d’eau sous l’effet d’unepression
selon la méthode de
Goutefongea
(1963).- la teneur en fer
héminique
selon la métho- de deHornsey
(1956).Certaines
analyses chimiques
ont été faitessur
broyats
de viandecongelés :
- les
lipides
totaux par extraction à froidavec un
mélange
de chloroforme-méthanol(rapport
2/1 en volume) selon une méthodeadaptée
de Folch et al (1957).- le
collagène
total(hydroxyproline
x7,5) ; l’hydroxyproline
est extraite parhydrolyse acide,
(HCI6N,
16 heures)puis
dosée par colo-rimétrie à
l’autoanalyseur
avecétalonnage
selon la méthode manuelle AFNOR (1987). ).
1.
5 / Interprétation des résultats
Les résultats ont été
interprétés
paranaly-
se de variance d’un
dispositif
factoriel nonorthogonal,
nonéquilibré,
danslequel
les fac-teurs niveau d’azote et année ont été
pris
encompte.
2 / Résultats et discussion
2.i
/ Performances d’engraissement
des vaches
a)
Poids, gain
depoids
etefficacité
alimentaire
Les
performances
dereprise
depoids
sonten moyenne
significativement plus
élevéesdans l’essai 2 que dans l’essai
1, respective-
ment 1324 g et 1067
g/jour
(tableau 3). Cet écartpeut s’expliquer
par le fait que les ani-maux de l’essai 1 étaient sensiblement
plus âgés, plus
lourds etplus
gras en début depériode d’engraissement
que ceux de l’essai 2 :respectivement 5,7
ans, 613kg
depoids
vif et1,33
de note d’état pour lepremier
essai contre4,7
ans, 589kg
et1,18
pour le second. Deplus,
une
partie
de l’écart est certainement due à la différence de duréed’engraissement
(75jours
contre 81
jours).
).Comme dans les essais
précédents
(Dumontet al
1991),
lareprise
depoids
est très variabled’un animal à
l’autre,
de 290 à 2010g/j
pour les valeurs extrêmes (coefficient de variation de 28 à 38 % selon les traitements). ).Au cours de
l’engraissement,
legain
depoids
vif semble s’améliorerlégèrement
avecl’augmentation
du niveau azoté (tableau3, figure
1). A mêmequantité d’énergie ingérée (comparaison
niveauxN, M, Hl),
il passe de 1068g/j
pour le niveau azoté N à 1317g/j
pour le niveau leplus élevé,
pour une durée d’en-graissement
de 78jours.
Cette différence moyenne de 250g/j
favorable au niveau azotéélevé,
n’estcependant
passignificative
et s’ex-plique
surtout par uneaugmentation
dupoids
du contenu
digestif
constatée pour chacun des deux essais. Eneffet,
lespoids
des contenusdigestifs
àl’abattage
(différence entrepoids
viffinal et
poids
vif vide) sontrespectivement
de94,
102 et 112kg
pour les niveauxN,
M et Hl (tableau 4). Ces résultats sont en accord avec ceux de Williams et al(1975),
Ferrell et al(1978),
Martin et al(1978),
Steen (1986 et1988), qui
n’observent pas d’améliorationsignificative
dugain
depoids
avec l’acroisse- ment de la teneur en matières azotées durégi-
me chez des boeufs à
l’engraissement.
Pour réaliser ces
gains
depoids
vif lesvaches ont consommé en moyenne
12,2 kg
dematière sèche par
jour. Globalement,
à mêmequantité d’énergie ingérée,
l’indice de consom-mation passe de
11,9 kg
de MS parkg
degain
pour le niveau Normal à
9,3 kg
pour le niveau Haut 1. Les consommations des lots M et Hl étantajustées
sur celle du lotN,
la variation de l’indice de consommation est entièrementexpliquée
par les écarts degain
depoids
vif.Or ces derniers ne sont pas
significativement
différents.
A même
quantité d’énergie apportée
sous forme deconcentrés,
laquantité
de MS d’ensi-lage
de maïsingérée
par les vaches du lotH2,
adlibitum,
estplus
élevée que celle du lot N(respectivement 9,2 kg MS/j
contre8,5 kg) (figure
2). L’accroissement du niveau azoté de la ration entraîne donc uneingestion supplé-
mentaire de l’ordre de
0,6
UFLpar jour.
Cetteamélioration de
l’ingestion
estprobablement
lerésultat d’une
augmentation
de ladigestibilité
de la matière
organique
de laration,
comme l’ont montré de nombreux essais réalisés chez des vaches laitières consommant des rations à based’ensilage
de maïs (Journet et al1983,
Rémond 1985) et chez le bouvillon (Horton et Nicholson 1981). Pour la vachelaitière, l’aug-
mentation du niveau azoté de la ration de 13 à 16% de MAT peut permettre d’accroître la
digestibilité
de la matièreorganique
de l’ensi-lage
de maïs de 3points
en moyenne et laquantité
de MSingérée
de l’ordre de1,3 kg
enmoyenne (Rémond 1985).
De la même
manière,
onpeut
supposer que l’accroissement del’apport
azoté à même quan- titéd’ensilage
de maïsingérée (comparaison
niveau N et H1) a
permis
d’améliorerégale-
ment la
digestibilité
de la matièreorganique
de la ration.
Or,
lepoids
du contenudigestif
dulot Hl est
supérieur
à celui des lots N et H2.On peut se demander si la stimulation de l’in-
gestion
sous l’effet du niveau azoté élevé n’apas entraîné une consommation anormale de la
paille
de la litière chez les animaux du lotHl, expliquant
ainsi les variations dupoids
ducontenu
digestif.
Lorsque l’ensilage
de maïs est distribué ad libitum(comparaison
niveau N etH2),
l’éner-gie supplémentaire ingérée
semble améliorer lareprise
depoids,
bien que l’écart ne soit passignificatif,
et ce d’autantplus
que l’on ne constate aucune différence depoids
de contenudigestif
àl’abattage
entre les lots N et H2.Cette tendance à
l’augmentation
de lareprise
de
poids
avec une suralimentationprotéique
etune
augmentation d’énergie ingérée
a été miseen évidence par Anderson et al
(1988), Lemenager
et al(1981),
Horton et Nicholson(1981),
Haskins et al(1967),
Mader et al (1989).b) Résultats
d’abattage
- D’une manière
globale
les résultats decomposition
tissulaire des carcasses sontproches
de ceuxenregistrés
dans les essaisprécédents
(Dumont et al 1991).Cependant
l’état
d’adiposité
final des carcasses estlégère-
ment
plus
élevé ets’explique
par une durée moyenned’engraissement
vraisemblablementtrop longue
pour cetype
d’animalcompte
tenu desrégimes
utilisés.-
L’augmentation
du niveau azoté de la ration à mêmequantité d’énergie ingérée
n’apas d’effet
significatif
sur lepoids
de carcassechaude
qui
varie de 376 à 382kg
(tableau 4).Les écarts de
poids
vif àl’abattage
et degain
de
poids
vif nonsignificatifs
maisplutôt
favo-rables au niveau azoté élevé (Hl) constatés
précédemment
ne se retrouvent pas au niveau dupoids
de carcasse ; ilscorrespondent
doncbien en
partie
à uneaugmentation
dupoids
duA même
énergie ingérée,
legain
depoids vif
n’augmente
passignificativement
avec
l’apport
azoté.L’accroissement du niveau azoté de la ration entraîne une
augmentation
duniveau
d’ingestion,
de
0,7 kg MSIJ
enmoyenne.
contenu
digestif.
Lacomposition
tissulaire descarcasses ne varie pas
significativement
selonle niveau azoté. A même
quantité d’énergie ingérée, le poids
et le pourcentage de muscles dans la carcasse ont toutefois tendance à s’ac- croître du niveau N au niveauHl,
alors que l’étatd’engraissement, apprécié
par lepoids
etla
proportion
de tissusadipeux
de la carcassediminue
légèrement.
Cet effet estbeaucoup plus marqué
au niveau desdépôts adipeux
du5ème
quartier qui
diminuentsignificativement
(P <0,01)
avecl’augmentation
du niveau azoté.Ces résultats vont dans le même sens que
ceux de
Bailey (1989),
Mader et al (1989) et Micol et al (1989 comm.pers.), qui
ont montréqu’une
suralimentationprotéique
de boeufs dedifférents
génotypes
enpériode
de finition diminue lesdépôts adipeux
dans la carcasse.En
fait,
un excès deprotéines
dans la rationn’a sans doute pas la même
importance
selonle
type
d’animal. Onpeut
supposer que chez des mâles castrés de moins de 2 ansn’ayant
pas encore atteint le stade
adulte,
une surali-mentation
protéique
peut freiner ledéveloppe-
ment des tissus
adipeux.
Enrevanche,
chezdes vaches de réforme
plus âgées
dont lapart
des tissusadipeux déposés
en débutd’engrais-
sement est vraisemblablement
plus importan-
te, laréponse
à uneaugmentation
du niveauprotéique
de la ration n’est pas aussimarquée,
comme le confirment Malterre et al (1989) et Haurez et al (1992).
- Pour le niveau azoté le
plus élevé, l’inges-
tion
supplémentaire d’énergie
par le lot H2 atendance à accroître le
poids
vif vide des ani-maux à
l’abattage.
Cette amélioration est sanseffet sur le
poids
de carcasse suite à unedégra-
dation
significative
du rendement àl’abattage (63,0
% pour H2 versus64,7
pour Hl). Cette diminution du rendement est liée à un accrois- sementsignificatif
desdépôts adipeux
du 5èmequartier (24,8 kg
pour H2 vs21,0
pour Hl).Cet
engraissement
excessifapparaît égale-
ment au niveau de la
composition
tissulairedes carcasses :
respectivement 20,4
% de tissuadipeux
et63,6
% de tissu musculaire pour H2 contre19,3
et65,1
pour Hl. Ces résultats sonten accord avec ceux de Haskins et al
(1967),
Williams et al(1975),
Horton et Nicholson (1981) et Mader et al (1989) obtenus sur des bouvillonsHolstein,
Hereford et croisésSimmental x Hereford et Charolais x Hereford
qui
ont observé la même tendance àl’augmen-
tation des
dépôts adipeux
liée essentiellement à une amélioration del’ingestion
avec desniveaux azotés
supérieurs
aux recommanda- tions. Cet effets’explique
à la fois parl’aug-
mentation des
quantités d’énergie ingérées
etprobablement
par l’utilisation parl’organisme
des
protéines
alimentaires excédentaires à des finsénergétiques.
- Le
gain
de carcasse et sacomposition
ontété estimés en moyenne et par lot en compa- rant les résultats
d’abattage
des vachesmaigres
en débutd’expérience
et des vachesengraissées
(tableau 4). Sur l’ensemble des deuxessais,
en faisantl’hypothèse
que laquantité
d’os estidentique
et ne varie pas entrelots,
legain
de carcasse se situe en moyenne à 64kg
pour les niveaux N et M et à 70kg
pour les niveaux Hl et H2. Lacomposi-
tion de ce
gain
de carcasse, estimée àpartir
dela dissection de la 6è
côte,
a tendance à s’amé- liorer avecl’augmentation
du niveau azoté de la ration. Laproportion
de muscle dans legain
de carcasse
augmente,
enpassant
de 33 %pour le niveau N à 41 % pour le niveau Hl
(figure
3). Enrevanche,
avec des niveauxd’ap-
ports azotésélevés,
la consommationsupplé-
mentaire
d’énergie
(H2) se traduit par une pro-portion
de gras dans legain
de carcasseplus
élevée (66 % pour H2 vs 59 % pour Hl) comme
nous l’avions
déjà
constaté au niveau desdépôts adipeux.
2.
2 / Caractéristiques physico- chimiques musculaires
Les
pH
ultimes mesurés 6jours après
abat-tage
sur viandebroyée
sont normaux :5,60
enmoyenne pour le muscle
longissimus
du thoraxet
5,64
pour le muscle rhomboïdethoracique
(tableau 5). Les valeurs despH
des deuxmuscles étudiés sont
partiellement
liéespuisque
le coefficient de corrélation linéaire calculé sur l’ensemble des 72 animauxengrais-
sés est
égal
à0,76.
LespH
moyens obtenus auLes écarts de
poids vif
àl’abattage
et degain
depoids vif ne
sont pas
significatifs
mais
plutôt favorables
auniveau azoté élevé.
Le
gain
de carcassevarie de 64 à 70
hg.
La
part
de muscledans le
gain augmente
avec le niveau azoté : de 33% pour
le niveauN à 41
% pour
leniveau HI.
cours du 2ème essai sont en moyenne
signifi-
cativement
plus
élevés que ceux du 1er essai.Cet accroissement
peut
être àl’origine
de la diminutionsignificative
d’unepart
de laperte
d’eau à lapression
et d’autrepart
de laperte
depoids
à la cuisson observées pour le musclelongissimus
duthorax,
cequi signifie
une aug- mentation dupouvoir
de rétention d’eau de la viande.Parmi les mesures
physico-chimiques
réali-sées dans ces deux
essais,
les teneurs enlipides
intramusculaires sont cellesqui présen-
tent la
plus grande
variabilité : le coefficient de variation calculé sur lapopulation
des ani-maux
engraissés
(n = 72) atteint 32% .La
période
de finition d’une durée moyenne de 78jours qui
fait passer laproportion
detissu
adipeux
de la carcasse de 10 % chez lesvaches
maigres
à19,7
% chez les vachesengraissées
accroît en moyenne la teneur enlipides
intramusculaires de2,60
à4,03
% pour le musclelongissimus
du thorax et de3,14
à4,35
% pour le muscle rhomboïdethoracique.
Par
rapport
à l’essai1,
les animaux de l’es- sai2, plus maigres
à la mise enlot, plus jeunes,
dont la duréed’engraissement
a étéréduite de 6
jours
etqui
ontdéposé
moins detissu
adipeux
dans la carcasse et le 5ème quar- tier(tableau 4),
ont une teneur enlipides
intramusculaires
significativement plus
faiblede
0,6 point
pour le musclelongissimus
du tho-rax. Par
ailleurs,
l’accroissement du niveau azoté de la ration à mêmequantité d’énergie ingérée (comparaison
des lotsN,
M et Hl) n’apas d’effet
significatif
sur les teneurs enlipides
intramusculaires des deux muscles étu- diés alorsqu’il
entraîne une diminutionsigni-
ficative de l’état
d’engraissement
des vachesapprécié
par lesdépôts adipeux
du 5ème quar- tier.Une suralimentation
protéique peut
per- mettre dans certains cas de réduire à la fois l’étatd’engraissement
des carcasses et lesteneurs en
lipides
totaux intramusculairescomme l’ont montré
Bailey
(1989) etBerge
etal (1990) chez des bouvillons. Un tel effet est vraisemblablement
plus
difficile à mettre enévidence chez des animaux adultes ou
plus âgés.
Ainsi Haurez et al (1992) n’observent pas de différencesignificative
des teneurs enlipides
intramusculaires chez des vaches de réforme de race Charolaise recevant deux niveauxd’apports
azotés dans la ration (90 ou 120 g dePDI/LTF).
Les mesures des forces de cisaillement avant et
après chauffage
de la viande et les déterminations des teneurs encollagène
totaldonnent en l’absence
d’analyse
sensorielle des indications sur l’évolution de la tendreté. Ces deux variables sontpartiellement
liéespuisque
le coefficient de corrélation linéaire entre la force de cisaillement sur viande crueet la teneur en
collagène
total du muscle lon-gissimus
du thorax estégal
à 0,52.Chez les animaux abattus
maigres,
la forcede cisaillement mesurée sur viande crue est
toujours plus
élevée (écart non testé statisti-quement)
que celle obtenue chez les animauxengraissés,
cequi
va dans le même sens que les observations antérieures sur le mêmetype
d’animal (Dumont et al 1991).Chez les animaux
engraissés,
les forces decisaillement mesurées sur le muscle
longissi-
mus du thorax avant et
après chauffage
et surle muscle rhomboïde
thoracique
sont enmoyenne
significativement plus
faibles dansl’essai 2 que dans l’essai 1. Cette diminution
des valeurs de cisaillement favorable à la ten- dreté
peut
avoir enpartie
pourorigine
la diffé-rence
d’âge
des animaux àl’abattage
(4 ans et demi pour l’essai 2 contre 5 ans et demi pour l’essai 1).La suralimentation
protéique
ne modifiepas
significativement
les valeurs de cisaille- ment et la teneur encollagène
total pour les deux muscles étudiés et il est ainsiprobable qu’elle
n’entraîne pas d’accroissement sensible de la tendreté de la viande. C’est ce que mon- trentégalement
Prior et al (1977)qui
n’obtien-nent pas d’amélioration de la tendreté de la viande avec les niveaux
protéiques
élevés touten observant
cependant
un accroissement de la force de cisaillement.La teneur en fer
héminique
estsignificati-
vement
plus
faible dans l’essai 2 pour les deux muscles étudiés. Cet écartpeut
être sans doute relié comme pour les forces de cisaillement à la différenced’âge
des animaux. Le niveau azoté des rations n’a pas d’effetsignificatif
sur lesteneurs en fer
héminique.
Conclusion
Un
apport supplémentaire
de tourteau desoja
(+2,4 kg/j)
à des vaches de réforme de race Charolaise consommant une ration à base d’en-silage
de maïs n’améliore passignificativement
les
performances
des animaux.L’élévation du niveau
azoté,
à mêmequantité d’énergie ingérée
ne se traduit pas par desgains
de
poids
vif et depoids
vif videplus
élevés. Ainsi lespoids
de carcasse obtenus sont semblables et lesgains
de carcasse parrapport
aux animaux abattusmaigres
assez voisins. L’étatd’engrais-
sement des animaux tend à diminuer avec
l’aug-
mentation du niveau azoté.
La suralimentation
protéique
ne modifie passignificativement
les teneurs intramusculairesen
lipides
etcollagène,
ainsi que les caractéris-tiques
decisaillement,
de couleur et de rétention d’eau.Avec des rations à niveau azoté
élevé,
le faitde distribuer
l’ensilage
de maïs ad libitum per- metd’augmenter
laquantité
totale de matièresèche
ingérée
d’environ0,7 kg,
soit0,6
UFL sup-plémentaire
parjour.
Cetteaugmentation d’énergie ingérée explique
la tendance à l’amé-lioration des
gains
depoids
vif et depoids
vifvide. Mais cette différence ne
permet
pas d’obte- nir ungain
de carcasseplus
élevé à la suited’une baisse du rendement vrai
qui peut s’expli-
quer par un
développement plus important
desdépôts adipeux
dans le 5èmequartier.
Cetengraissement plus
élevé que l’on constateéga-
lement dans la carcasse se traduit ainsi par ungain
de muscleplus
faible.Une suralimentation
protéique
nemodifie
pas les