PLAN TACTIQUE RENARD ROUX
PIERRE BÉRUBÉ
Mars 1987
Direction générale de la faune
Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche
1. Mise en situation 1
2. Biologie de l'espèce 4
2.1 Généralités 4
2.1.1 Caractéristiques physiques 4
2.1.2 Territoire et domaine vital 5
2.1.3 Mouvements et dispersion 6
2.1.4 Régime alimentaire 8
2.2 Répartiton et densité 10
2.3 Habitat 13
2.4 Reproduction 15
2.5 Facteurs limitatifs 17
3. Dynamique des populations 19
4. L'offre en fonction des zones d'abondance 23
4.1 Activités consommatrices 23
4.2 Activités non consommatrices 24
5. La demande 26
5.1 Pour la ressource 26
5.1.1 La chasse 26
5.1.2 Le piégeage 27
5.1.3 Les activités non consommatrices 29
5.2 Pour l'habitat 29
6. Utilisation et impact économique 31
6.1 Utilisation cynégétique 31
6.3 6.4 6.5
Utilisation commerciale Utilisation alimentaire Impact économique
38 39 39
7. Outils de gestion 40
7.1 Lois et règlements 40
7.2 Autres modalités de gestion 42
8. Problématique 43
8.1 La biologie du Renard roux 43
8.2 L'offre 45
8.3 La demande 46
8.4 L'utilisation 47
8.5 La gestion 49
9. Alternatives de solutions 49
9.1 La biologie du Renard roux 49
9.2 L'offre 51
9.3 La demande 52
9.4 L'utilisation 53
9.5 La gestion 54
10. Orientations
Références bibliographiques
1. MISE EN SITUATION
Le renard appartient à la famille des Canidés dont tous les repré- sentants (loup, chacal, coyote) sont apparus il y a quelque 54 millions d'années (Young, 1981). Selon Fox (1975), la morphologie évolutive de ces carnivores a peu changé depuis le Miocène (26 millions d'années). Durant la période préhistorique, le renard ne devait se rencontrer que dans les clairières et aux lisières des forêts vierges (Eilenberg, 1981).
Les biologistes se sont longtemps interrogés à savoir si le Renard roux (Vulpes vulpes) était bien originaire d'Amérique du Nord. La raison en est que les premiers européens à fonder des colonies perma- nentes sur le continent nord-américain se sont installés en Virginie, où l'espèce commune était le Renard gris (Urocyon cinereoargenteus) (Schmook, 1953). La difficulté de statuer sur l'origine de l'espèce provient également du fait que des émigrés européens apportèrent de France et d'Angleterre entre 1700 et 1850, des Renards roux, pour les introduire dans les régions situées au centre de la côte atlantique des États-Unis.
Historiquement, le but que poursuivaient les pionniers était de pratiquer la chasse à la courre. Même si les moeurs des deux espèces s'apparentaient, on préférait chasser le Renard roux en raison de son comportement. En effet, celui-ci reste continuellement au sol, ce qui facilite son pistage par les chiens qui peuvent le traquer aisément.
Par contre, lorsqu'il est poursuivi, le Renard gris, pourvu de griffes recourbées et pointues (Banfield, 1974), grimpe aux arbres et court sur les clôtures.
Graduellement, les renards roux importés d'Europe, de par leur valence écologique plus élevée (espèce eurytope), auraient déplacé la niche des Renards gris dans la portion sud du continent (Fox, 1975;
Bekoff et Diamond, 1981) ou bien se seraient croisés avec la popula- tion dispersée de Renards roux indigènes pour produire une population
hybride (Vogt et Arakaki, 1971), rompant ainsi les mécanismes d'isole- ment. Hairston et al. (1960) et Hockman et Chapman (1983) ne parta- gent pas la première hypothèse. Ils se rangent du côté de la seconde assomption, également retenue par Godin (1977).
Il ne fait plus de doute que le Renard roux est indigène en Amérique du Nord. Burrows (1968) mentionne que celui-ci origine, selon toute probabilité, de la zone boréale des forêts mixtes (400-460 lat. nord). Il devait être épars ou absent de la plupart des forêts de feuillus à l'intérieur desquelles le Renard gris constituait l'espèce dominante. De même, au début de la colonisation, le Renard roux ne devait pas se retrouver dans les forêts conifériennes nordi- ques (sud de la toundra) qui servaient d'habitats préférentiels au
Renard arctique (Alopex lagopus).
Plus tard, l'anthropisation progressive exercée sur les terri- toires forestiers a converti les boisés de feuillus en zones de cultu-
res et de friches. Les développements agricole et urbain auraient favorisé et augmenté l'expansion du Renard roux en lui aménageant de nouveaux habitats. Inversement, le Renard gris, confiné aux forêts et aux marécages, et s'adaptant moins bien que le Renard roux aux champs cultivés (Churcher, 1959), aurait été repoussé à la limite sud de son aire de distribution. Simultanément, le Renard roux aurait envahi la toundra (Macpherson, 1964). Il est maintenant démontré que le Renard roux est un animal holoarctique, c'est-à-dire qu'il réside dans toutes les régions septentrionales où le milieu favorise son implantation (Service canadien de la faune, 1970).
Par ailleurs, Hall (1981) évoque qu'il y a plusieurs décennies, des dissimilarités morphométriques ainsi que la spéciation géographi- que avaient été avancées pour appuyer l'hypothèse voulant que le Renard roux de l'Amérique du Nord appartienne à une espèce différente du Renard roux d'Europe. La taille moyenne de ce dernier qui était inférieure à celle du Renard roux d'Amérique et le fait que les deux continents soient séparés par l'Atlantique tendaient à confirmer la ségrégation des races. On sait maintenant que le Renard roux de
l'Amérique du Nord et celui de l'Eurasie sont considérés comme des conspécifiques (Raush, 1953; Churcher, 1960; Chapman et Feldhamer, 1982). Le Renard roux provient d'une variation en cline (Mayr, 1974) depuis l'Europe jusqu'en Amérique du Nord, via l'Asie, le long de zones d'intergradations (zones de contacts) entre des populations possédant des caractères gradients. Toutefois, il n'existe pas vrai- ment de déphasages de caractères suffisamment marqués pour justifier l'existence de plus d'une espèce de Renard roux.
A titre informel, Churcher (1959) rappelle que plusieurs archéo- zoologistes ont découvert des restes de ce mammifère près des campe- ments indiens; ces vestiges remontent à quelque 2 000 ans avant Jésus-Christ et les paléontologues prétendent qu'ils ont une origine encore plus ancienne.
Dans un autre ordre d'idées, c'est entre 1900 et 1920 que la capture du Renard roux en Amérique du Nord, pour en faire l'élevage en captivité, est devenue une industrie prospère sur le plan socio- économique. Le coût inhérent à un seul animal pouvait dépasser mille dollars (Brouillette, 1934). Walker (1964) rapporte qu'à cette période, une ferme d'élevage créait environ 400 emplois permanents.
Chaque entreprise canadienne pouvait réaliser des ventes annuelles de 18 millions et générer de substantiels profits.
Au Québec, Plilippe (1950) met en évidence les fluctuations du prix moyen des peaux de Renards roux de 1920 à 1946.
A
l'époque, ces variations étaient principalement induites par le nombre de captures, lui-même lié aux cycles d'abondance de l'espèce, par les évènements internationaux (guerre 1939-1945), de même que par la mode. Du point de vue commercial (valeur économique), le Renard roux occupait alors dans la province, le quatrième rang en importance dans le domaine des fourrures. Il n'était surpassé que par le Castor, le Vison et le Rat musqué. La situation de 1983-1984 était analogue, à la seule diffé- rence cette fois, que l'espèce était devancée par la martre, le Rat musqué et le Castor.Selon Prescott et Richard (1982), il appert que c'est au cours des années '50 que le Renard roux s'est multiplié dans les régions agri- coles de l'Ontario et du Québec. Or, une épidémie de rage a sévi au sein de cette population peu avant 1960 et les animaux sont devenus une menace pour la santé publique (Johnston et Beauregard, 1969;
Banfield, 1974). Heureusement, les petits foyers de rage endémique ont pu être circonscrits assez facilement, notamment par la pression cynégétique exercée sur les Renards roux (Storm et al., 1976;
Macdonald, 1980; Chapman et Feldhamer, 1982). Actuellement, ce moyen de contrôle est peu recommandé, voire même jugé inefficace dans la majorité des cas (McFarland, 1982; Balland, 1985).
2. BIOLOGIE DE L'ESPÈCE
2.1 Généralités
2.1.1 Caractéristiques physiques
En plus de posséder une bonne acuité visuelle, le Renard roux est pourvu d'une ouïe fine et d'un odorat bien développé (Burrows, 1968).
Dans nos régions, les individus matures accusent un poids qui oscille entre 3,6 et 6,8 kg, les mâles étant légèrement plus corpulents que les femelles (Banfield, 1974). Au Québec, on dispose de données peu nombreuses sur les mensurations du Renard roux. Banfield (1974) rapporte que la longueur totale du corps est d'environ 90 à 112 cm; à elle seule, la queue mesure entre 35 et 42 cm, est très touffue et blanche à son extrémité. La littérature consultée (Hoffman et Kirkpatrick, 1954; Hattingh, 1956; Southern, 1964; Fairley, 1970) ne montre toutefois pas d'uniformité en regard des caractères méristiques de l'espèce. La variabilité des paramètres morphométriques reliés à l'espèce dépend de l'âge, du sexe, de la saison et surtout de la qualité du couvert d'alimentation (Storm et al., 1976).
Le pelage du Renard roux est long, lustré et fourni, gris à la base et jaunâtre à la surface. L'espèce est polytypique, c'est-à-dire que plusieurs variétés de couleurs, basées sur la pigmentation, sont observées. La plus courante est la rousse qui compose 46% à 77% de la population (Banfield, 1974). Deux variétés ou plus de renards de teintes différentes peuvent se trouver dans la même portée (Butler, 1951). Chez cet animal, les lèvres, la poitrine, le ventre, l'inté- rieur des oreilles et le bout de la queue sont d'un blanc crème; la face et les flancs ocre, et les joues, le dos, la croupe et la queue de couleur rousse. On remarque des jarres noirs épars le long de la ligne dorsale médiane et un anneau subterminal de même couleur sur la queue. Le revers des oreilles et les parties antérieures des membres sont noirs. Il existe également deux autres variétés courantes de l'espèce: la plus commune est le Renard tacheté ou croisé; la plus rare est le Renard argenté. Afin de ne pas alourdir le texte inutile- ment avec d'exhaustives descriptions, nous invitons le lecteur à consulter Banfield (1974) si de plus amples renseignements s'avèrent nécessaires.
Les Renards roux sont normalement timides et nerveux. Ils ne s'apprivoisent guère. Leur cri est un glapissement strident (Prescott et Richard, 1982).
2.1.2 Territoire et domaine vital
Un couple de Renards roux et sa progéniture partagent à l'inté- rieur de leur domaine vital un territoire bien défini. Les limites de cette aire exclusive sont marquées au moyen de traces d'urine et de déjections (Henry, 1977). Pour une région donnée, on retrouve habi- tuellement plusieurs groupes familiaux, chacun d'eux occupant et défendant une portion restreinte de l'habitat (territoire de chasse, de reproduction, de gestation) (McFarland, 1982). Une famille rési- dente confine en général son va-et-vient sur une superficie variant entre 3 et 10 km 2, en fonction des ressources disponibles et de la
densité de population (Storm, 1965; Ables, 1969; Phillips et al., 1972; Sargeant, 1972; Banfield, 1974; Storm et al., 1976; Wording, 1982). Il est ainsi possible d'expliquer les patrons de distribution de l'espèce en tenant compte de sa diète et de la répartition de ses proies (Jones et Théberge, 1982). Lorsqu'il y a intrusion, les renards mâles résidents adoptent un comportement agonistique de type aposématique (Godin, 1977). Les individus sous-dominants ou ceux d'une autre espèce sont poursuivis et harcelés mais les contacts phy- siques sont rares. Les femelles ne sont jamais impliquées dans la défense du territoire.
2.1.3 Mouvements et dispersion
Par ailleurs, au cours d'activités nocturnes, il arrive que certains Renards roux s'aventurent hors des frontières du territoire, allant jusqu'à s'éloigner à plus de 30 km de la tanière (Wording, 1982). Selon Phillips et al. (1972), ces individus sont pour la plupart des non-résidents (70% de mâles juvéniles; 30% de femelles) qui proviennent de régions périphériques et qui ont été incapables de s'approprier un territoire. Ils peuvent ainsi voyager plusieurs kilo- mètres avant de réussir à s'intégrer à un groupe.
A
l'exception des déplacements réalisés par les individus non- résidents sur de longues distances, le Renard roux est plutôt stati- que. Ce sont surtout les phénomènes de dispersion qui affectent les populations (Schantz, 1981). La dispersion est définie comme étant le processus par lequel l'animal migre de son lieu de naissance vers une autre localité (Storm et al., 1976). Après leur naissance, les renardeaux sont restreints à leur tanière pour les premiers mois de leur existence. Scott (1943) et Sheldon (1949) mentionnent que les adultes transfèrent leur portée d'une tanière à l'autre et ce, jusqu'à trois reprises. Il arrive que les jeunes ne soient pas tous déplacés en même temps, aussi sont-ils séparés les uns des autres. Cette division s'accroît au fur et à mesure de leur vieillissement. Au boutde 15 semaines, ils commencent à explorer le territoire sans l'aide des parents. L'acquisition de l'autonomie permet aux juvéniles de s'attarder de plus en plus à une surface de terrain spécifique (Storm et al., 1976). Ils vont même jusqu'à parcourir plus d'un kilomètre.
Au début de l'automne, les sub-adultes se dispersent suivant différents patrons qui ne sont pas liés au hasard. Les directions suivies sont rectilignes et orientées par les barrières géographiques (Phillips et al., 1972). L'étude plus récente de Voigt et Macdonald (1984) décrit l'ensemble du phénomène de dispersion comme un passage graduel dans le territoire, suivi d'une phase de reconnaissance du voisinage, puis d'un exode imprévisible.
Ce ne sont pas tous les jeunes qui se dispersent; ainsi, dans le cas de populations à faible densité, les individus demeurent dans leur région natale (Zimen, 1984). D'autres auteurs (Schantz, 1981;
Macdonald, 1980 in Gauthier, 1982) parlent même d'héritage du terri- toire parental. Par ailleurs, des études menées par Voigt et Macdonald (1984) en Ontario et par Phillips et al. (1972) en Illinois, démontrent que la dispersion est également possible chez certains adultes.
Les causes qui induisent la dispersion sont méconnues et controversées. On attribue ce type de mouvement à des facteurs extrinsèques (densité de population, ressource alimentaire, prédation, compétition) ou intrinsèques (physiologie). Storm et al. (1976)
rejettent l'hypothèse voulant que la quantité des ressources alimentaires et l'agression des adultes puissent être des éléments majeurs affectant la dispersion. Ils émettent plutôt l'idée à l'effet que la dispersion soit reliée au stade de développement et à la maturité sexuelle et, par le fait même, à l'âge. Ces mêmes auteurs rapportent que la dispersion est corrélée positivement avec l'activité gonadique, ce qui supporte l'hypothèse voulant que des mécanismes physiologiques soient responsables de la dispersion. Phillips et al.
(1972) et Tullar et Berchielli (1980) mettent en cause les changements hormonaux et la maturité sexuelle pour expliquer la dispersion, mais n'excluent pas l'existence possible de contacts agressifs entre jeunes et adultes. Enfin, Macdonald et Bacon (1982) mentionnent que la distance de dispersion varie dans le même sens que la dimension du territoire.
2.1.4 Régime alimentaire
Le régime alimentaire du Renard roux est un volet de la biologie de l'espèce fort bien documenté. Ses sens bien aiguisés lui permet- tent de repérer aisément ses proies. L'alimentation du Renard roux se révèle particulièrement éclectique. Darrow (1944), Pils et Klimstra (1975) et Hockman et Chapman (1983) le qualifient d'animal très oppor- tuniste dans sa quête de nourriture. La plasticité de sa diète faci- lite son adaptation à des environnements hétérogènes (Jones et Théberge, 1983).
Les patrons de diète varient sensiblement avec les régions (Scott, 1955; Prescott et Richard, 1982; Hockman et Chapman, 1983) mais davan- tage avec les saisons (Scott, 1955; Banfield, 1974; Hockman et Chapman, 1983). Bien qu'il soit considéré comme un omnivore (Banfield, 1974; Balland, 1985), plusieurs auteurs consultés (Nelson, 1933; Errington, 1935; Hamilton, 1935; Natfieid, 1939; Llewellyn et Uhler, 1952; et tous ceux ayant publié depuis 1970) confirment que l'espèce montre une préférence pour la chair. D'abord et avant tout prédateur, le menu du Renard roux dépend toujours des circonstances qui entourent son activité de chasse.
Les études relatives à l'alimentation du Renard roux sont descrip- tives. Parmi les plus récentes, certaines s'appuient sur l'analyse des contenus stomacaux (Hockman et Chapman, 1983), d'autres se basent sur l'examen des fumées (Jones et Théberge, 1983). Les recherches en bioénergétique indiquent que le rendement d'assimilation du Renard roux est faible (Vogtsberger et Barrett, 1973). La biomasse de proies
ingérées lors d'un repas est faible, mais il en consomme souvent et régulièrement au cours d'une journée (Ryszkowski et al., 1973). Son régime est riche en protéines mais à faible teneur en lipides (Litvaitis et Mautz, 1976); 87% de l'énergie qu'il emmagasine sert au maintien de son métabolisme basal.
Pendant l'été, le Renard roux se nourrit beaucoup d'aliments végé- taux (maïs, pommes des champs, bleuets, fruits d'aubépine). Il mange également une quantité appréciable de coléoptères et d'hyménoptères, ainsi que d'autres invertébrés (écrevisses, chenilles) (Banfield, 1974). Jefferies (1974) et Macdonald (1979) se sont penchés sur son alimentation fréquente en vers de terre pendant la saison estivale. À l'automne, on observe un déplacement temporel de la niche alimentaire au profit des mammifères,bien que l'espèce continue néanmoins à manger des baies sauvages (Banfield, 1974). Les études de Philippe (1950) et de Scott et Klimstra (1956) montrent qu'en hiver, entre les mois de décembre et de mars, la diète carnassière s'accret. Elle se compose en majorité de petits mammifères (Campagnol des champs et à dos brun, Souris à pattes blanches, Écureuil roux) et de lagomorphes (Lapin à queue blanche et Lièvre d'Amérique). La faune avienne complète l'alimentation en saison froide. S'il y a pénurie relative de proies, le Renard roux s'improvise nécrophage ou se contente de fruits gelés.
De façon générale, Banfield (1974) rapporte que le régime alimen- taire du Renard roux se compose d'environ 37% de petits mammifères, 26% d'invertébrés, 20% d'oiseaux et 16% de végétaux. Les poïkilother- mes (poissons et amphibiens) ne représentent guère plus d'un pour cent. Il s'avère probable que les résultats précédents sous-estiment la proportion de mammifères et d'oiseaux avalés. En effet, indépen- damment de la région d'étude et de la saison, Maccarone et Montevecchi (1981), Hockman et Chapman (1983) et Sargeant et al. (1984) reconnais- sent un plus fort pourcentage d'ingestion (poids total dans la diète:
58% à 90%) de ces deux taxons.
Enfin, McFarland (1982) note que le Renard roux se fait occasion- nellement des provisions en cachant sa nourriture (angl.:
"hoarding"). Le but de ce comportement serait de protéger ses ali- ments contre les compétiteurs ou encore d'augmenter le temps disponi-
ble pour la capture de proies.
2.2 Répartition et densité
Le Renard roux est largement distribué dans tout l'hémisphère nord: Europe,Afrique du Nord, Asie et Amérique du Nord. Banfield (1974) mentionne que l'espèce est répartie sur l'ensemble du terri-
toire canadien, de Terre-Neuve à la côte sud-ouest de la Colombie Britannique. L'espèce a été introduite sur l'île de Vancouver. Elle demeure rare dans le sud de l'Alberta et le centre-ouest de la Saskatchewan. Quelques individus disséminés vivent dans la toundra continentale au sud des Territoires du Nord-Ouest.
En 1974, on identifiait au Canada, neuf sous-espèces de Renards roux (figure 1). Au Québec, Banfield (1974) reconnaissait Vulpes vulpes bangsii (sous-espèce mal définie) dans la portion nord-est de la province, la superficie restante étant occupée par Vulpes vulpes rubicosa*. La sous-espèce deletrix était présente dans tout Terre- Neuve. Une mise à jour taxonomique (Hall, 1981) a permis de refondre la carte de la distribution géographique canadienne du Renard roux (figure 2). La sous-espèce bangsii n'existe maintenant plus et seule la sous espèce rubricosa* occupe l'ensemble des provinces de Québec et de Terre-Neuve.
Les estimations de densité s'avèrent difficiles à obtenir pour le Renard roux et pour plusieurs autres animaux à fourrure. La raison en est que les méthodes d'inventaire applicables à l'espèce exigent un très grand investissement de temps et d'argent et ne peuvent être réa- lisées à l'échelle d'une région voire même d'une zone de chasse ou de
piégeage (Jolicoeur, 1985).
*Modification du terme latin: rubicosa = rubricosa
5. V.v deletrix 6. V.v fulva 7. V.v macroura 8. V.v regalis 9. V.v rubicosa
Figure 1. Répartition du Renard roux (Vulpes vulpes
1000 km
SOURCE: HALL (1981)
Figure
2.
Répartition du Renard roux (Vulpes vulpes1. V.v abietorum 2. V.v alascensis 3. V.v cascadensis 4. V.v fulva
5. V.v harrimani
6. V.v kenaiensis
7. V.v macroura
8. V.v necator
9. V.v regalis
10. V.v rubricosa
Actuellement, on ne possède que des densités empiriques de la population de Renards roux au Québec. On ignore presque tout des den- sités de population des animaux à fourrure au Québec, à l'exception peut-être du Rat musqué et du Castor (Pelletier et al., 1981;
Traversy, 1983 in Faune du Québec; perspectives et orientations, 1983). On estime à 0,225 ind./km 2, la densité moyenne de la popula- tion de Renards roux habitant les domaines de l'érablière lauren- tienne, l'érablière à caryer et l'érablière à bouleau jaune. L'indice de densité est établi à 0,1 ind./km 2 pour les Renards roux fréquentant les domaines de la sapinière, de la pessière, de la taïga et de la toundra. Les données les plus récentes (Pelletier et al., 1981) per- mettent d'évaluer à 149 500, la population totale de Renards roux sur l'ensemble du territoire québécois. De cet effectif, on chiffre à 29 800, le nombre d'individus arpentant les terres privées (secteurs agricoles, industriels et urbains); 20 700 individus habitent sur les terres publiques presque entièrement boisées (la limite nord de ce secteur coïncide avec le domaine de la sapinière); enfin, quelque 99 000 Renards roux sont recensés dans les zones d'accès limité (terres publiques habituellement inaccessibles par le réseau
routier). Toutes ces données réfèrent aux années 1977-1978.
Depuis 10 ans, les seules provinces canadiennes tenant à jour un inventaire des populations de Renards roux sont le Manibota, le Nouveau-Brunswick et l'Ontario (Pursley et al., 1978). Dans cette dernière province, Voigt et al. (1983) ont mesuré, sur une période de six ans, des densités variant entre 0,08 et 0,25 ind./km 2.
2.3 Habitat
De façon générale, on retrouve le Renard roux à peu près dans tous les biotopes ouverts ou forestiers, cultivés ou non, de la toundra arctique jusqu'à la bordure des villes sises plus au sud (Service canadien de la faune, 1970; Banfield, 1974; Godin, 1977; Wording, 1982).
Au Québec, aucune étude spécifique de l'habitat a été entreprise jusqu'à ce jour. On peut néanmoins prévoir que l'habitat préférentiel se trouve dans les milieux ouverts artificiels qui se définissent comme les secteurs déboisés, naturellement ou non, comprenant les territoires agricoles et urbains (Sarrazin, 1983). Ce genre de milieu se rencontre surtout le long du fleuve Saint-Laurent, de l'Outaouais, en Abitibi-Témiscamingue et autour du lac Saint-Jean.
Plusieurs espèces animales dont le Renard roux ont tiré avantage de ce type d'habitat modifié par l'intervention humaine. Le milieu ouvert trouve son maximum de production en régions agro-forestières.
L'agriculture crée un important découpage du territoire et rompt l'ho- mogénéité de l'habitat, faisant place à de nombreuses mosaïques de vé- gétation. Cette diversité des habitats disponibles en un espace rela- tivement restreint (effet de bordure) est favorable au Renard roux qui, à notre avis, peut donc être considéré comme une espèce d'éco- tone.
Lors d'un inventaire aérien réalisé dans le Moyen-Nord québécois, Legendre et al. (1978) mentionnent que 90% des pistes de renards ont été observées sur des terrains aux reliefs ondulés et moutonnés, à l'intérieur de pessières à épinette noire, dans une aulnaie et dans une pessière à pin gris. De même, les pistes se rencontraient dans toutes les catégories d'écosystèmes, en bordure de ruisseaux et de
"wetlands". Une étude menée par Jones et Théberge (1982) au nord- ouest de la Colombie Britannique, précise qu'il y a de toute évidence une nette sélection de l'habitat chez le Renard roux. Ces recherches démontrent que les groupements à Salix sp. sont préférés, tandis que les communautés ouvertes à lichens et à Empetrum sp., ainsi que les plaines marécageuses sont évitées. Il serait intéressant de vérifier s'il y a adéquation entre cette dernière version et le modèle d'habi- tat québécois proposé. L'insuffisance de données qualitatives et quantitatives empêchent l'élaboration d'une synthèse plus précise sur l'habitat actuel de l'espèce au Québec.
2.4 Reproduction
Le Renard roux est considéré comme un animal monogame au même titre que les autres canidés (Gunderson, 1976; Alcock, 1979), le couple restant uni durant toute son existence. La polygamie n'est cependant pas exclue. Banfield (1974) mentionne que la renarde se laisse parfois courtiser par plus d'un mâle. Storm et al. (1976) rap- portent que la copulation de deux mâles avec une femelle et vice-versa sont des situations très peu fréquentes mais possibles. Sheldon (1949) suggère que l'observation de portées inhabituellement grosses,
puisse être un indicateur d'une telle tendance. Des hypothèses plus récentes (Pifs et Martin, 1974; Tullar et al., 1976) sont émises à l'effet que la présence d'un nombre élevé de jeunes soit l'indice de la formation d'une tanière communale ou le constat d'un cas typique d'adoption.
Une théorie intéressante est celle du système coopératif "helper- at-the-den" (Macdonald et Moehlman, 1982). Il semble qu'un certain nombre de femelles, socialement subordonnées, soient capables de con- cevoir mais avortent ou abandonnent leur progéniture, et deviennent les aides d'un couple dominant (Macdonald, 1979, 1980; Schantz, 1981). Ces aides, appelées "alloparents" par Wilson (1975) in Bekoff et Diamond (1981) assurent les soins postnataux des jeunes. Si ce comportement permet d'optimiser la survie des renardeaux, il peut en revanche faciliter la transmission de maladies épidémiques et causer de ce fait un préjudice à une population locale (Tullar et al., 1976).
L'appariement a lieu entre la fin des mois de décembre et de mars, dépendamment de la latitude (Layne et McKeon, 1956; Ables, 1975;
Wording, 1982) et avant que la femelle ne soit en chaleur. Celle-ci est monoestrienne (Rowlands et Parkes, 1935; Godin, 1977) et l'oestrus ne dure pas plus de six jours (Enders, 1938; Johanson, 1938; Asdell, 1964; Storm et al., 1976). La copulation n'ayant été que très rare- ment observée durant le jour (Burrows, 1968), on suppose que l'accou- plement a lieu ordinairement la nuit.
Les parents partent ensuite à la recherche de tanières convena- bles. Il s'agit le plus souvent d'un ancien terrier de marmotte ou de mouffette, d'un trou peu profond ou d'un tronc d'arbre creux. Le gîte sélectionné sera élargi, nettoyé et aménagé selon les besoins anti- cipés (Ables, 1975; Gunderson, 1976). Ainsi, selon Holcomb (1965) et Allen (1983, 1984), il y aurait une relation directe entre la dimen- sion de la litière et la grosseur de la portée.
Après une gestation moyenne de 53 jours (51-56), la femelle donne naissance à une portée unique composée de un à dix jeunes (8anfield, 1974; Wording, 1982). Encore une fois suivant le gradient latitudinal (Layne et McKeon, 1956; Lever, 1963; Burrows, 1968; Banfield, 1974), la parturition a lieu entre les mois de mars et de mai.
Le développement des jeunes jusqu'à la maturité sexuelle est décrit dans plusieurs ouvrages, notamment ceux de Rowlands et Parkes (1935), Burrows (1968) et Banfield (1974), pour n'en citer que quelques-uns.
A
leur naissance, les renardeaux sont très peu déve- loppés et pèsent environ 100 grammes. Leurs yeux ne s'ouvrent pas avant 10 jours et, durant cette période nidicole, le mâle est exclu de la tanière. Dès qu'il atteint l'âge d'un mois, le Renard roux juvé- nile effectue sa première sortie.A
ce moment, les petits sont sevrés et les rôles parentaux sont inversés. La femelle chasse pendant que le mâle demeure auprès de sa progéniture. Au fur et à mesure que les jeunes grandissent, leur pelage passe du brun au roux et leur poids est décuplé. Douze semaines après leur naissance, ils acquièrent leur indépendance et quittent définitivement la tanière. Comme nous en avons discuté dans une section précédente, la dispersion survient peu après, c'est-à-dire entre la 14e et la 16e semaine. La maturité sexuelle est atteinte vers l'âge de 10 mois, soit après l'hiver qui suit leur naissance.2.5 Facteurs limitatifs
L'homme constitue le facteur limitatif le plus important pour les populations de renards sur lesquelles il agit à la fois de façon directe et indirecte.
A
la lumière de quatre études publiées entre 1972 et 1982 (Philips et al., 1972; Ables, 1975; Storm et al., 1976;Tullar et Berchielli, 1981, 1982), nous avons pu établir que les activités de chasse et de piégeage (facteurs directs d'intervention) contribuent pour plus de 78% de la mortalité annuelle de l'espèce.
Des travaux menés hors de la frontière nord-américaine (Jensen, 1968;
Jensen et Nielsen, 1968; Marcstrijm, 1968; Yoneda et Maekawa, 1982) font ressortir des statistiques similaires. Au Québec, nous n'avons pas de données inédites sur les prélèvements enregistrés par la chasse au renard. Toutefois, on peut supposer que cette dernière compte pour une part infime des captures en comparaison avec celle qui est conco- mitante au trappage (Alain, comm. pers.).
L'homme intervient également de manière indirecte sur les popula- tions de renards. Ces derniers peuvent être happés par les automo- biles, les trains et même la machinerie agricole. Bien sûr, le niveau d'importance de ces dangers auxquels encoure le renard est difficile- ment quantifiable. Storm et al. (1976) mentionnent que le nombre de renards morts à la suite de telles circonstances est sous-estimé mais probablement mineur, soit environ 10%. Phillips et al. (1972) rappor- tent que ce sont surtout les juvéniles qui s'exposent à être la cible d'accidents routiers et que 64% des pertes relatives à ce type de mortalité ont lieu en période estivale. En effet, durant l'été, les jeunes sont moins restreints à leur tanière et leur autonomie les rend alors plus susceptibles de traverser les chemins.
Une autre cause indirecte de mortalité occasionnée par l'homme réfère aux empoisonnements engendrés par divers pesticides utilisés en céréaliculture. Burrows (1968) explique que les contaminants peuvent pénétrer dans la chaîne alimentaire du renard par l'entremise d'oi- seaux ayant ingéré des graines. Ce type de mortalité n'est toutefois pas fréquent.
Les autres causes de mortalité chez le Renard roux sont partagées entre les maladies, la prédation et la compétition interspécifique.
Il existe une panoplie de travaux portant sur les maladies conta- gieuses qui affectent l'espèce. Les plus courantes sont la rage et la gale sarcoptique qui déciment les populations. Macdonald (1980) et Pool et Hacker (1982) font une bonne synthèse du premier mal; quant à la seconde maladie, elle est bien documentée par Traîner et Hale (1969) et Stone et al. (1972, 1974, 1976).
Le renard représente, dans plusieurs régions du Canada, l'un des plus importants réservoirs de rage (Service canadien de la faune, 1973). Comme nous l'avons déjà mentionné, l'est du pays a connu sa plus grave épidémie au début des années '60. Selon Johnston et Beauregard (1969), la propagation de cette maladie suit un patron cyclique de trois ans. Bref, la rage apparaît comme une double cause de mortalité chez les renards: d'une part, la population vulpine est directement affectée par le fléau; d'autre part, parce que la rage peut être un vecteur de transmission à l'homme, ce dernier tente d'ex- terminer le renard par différents moyens. La tularémie, la maladie de
Carré et la coccidiose forment le second groupe de pathologies les plus usuelles rencontrées chez l'espèce.
Dans un même ordre d'idées, le renard est infesté par une vaste gamme de parasites (cestodes, trématodes, nématodes) mais il semble que leur présence soit universelle (Burrows, 1968). Ainsi, ces endo- parasites ne constituent pas réellement un facteur limitant pour l'hôte (Hubert et al., 1980; Dibble et al., 1983; Dubey, 1983).
Les prédateurs du Renard roux sont pour la plupart des canidés plus lourds que lui, tels les loups et les coyotes qui ont l'habitude de le pourchasser et de le tuer lorsque l'occasion se présente (Service canadien de la faune, 1970). Il peut également y avoir cer- tains félidés comme le lynx et le Chat sauvage, de même que de gros oiseaux de proie comme l'aigle et le Grand Duc (Pils et Martin, 1978;
Balland, 1985).
En réalité, les mammifères cités plus haut sont davantage des com- pétiteurs pour l'espace et les ressources alimentaires. Les études consultées (Robinson, 1961; Voigt et Earle, 1983; Voigt et Macdonald, 1984) tendent à démontrer que le coyote utilise le même habitat et les mêmes espèces de proies que le Renard roux et que ce dernier évite d'élever ses jeunes dans le voisinage d'aires occupées par le coyote.
En Alberta, Dekker (1983) affirme avoir observé à quelques reprises des interactions renard-coyote et qu'à chaque occasion le renard était chassé. L'auteur mentionne également que le coyote est particulière- ment dangereux envers les jeunes renards et que l'évitement entre les deux espèces est possible grâce à une ségrégation spatiale. Par exem-
ple, plusieurs renards habiteraient à proximité des fermes où de gros chiens tiendraient à l'écart les coyotes. Pour notre part, nous demeurons perplexe et sceptique vis-à-vis cette dernière observation.
En Alaska, Murie (1961) rapporte un cas semblable de compétition par interférence, mais avec le loup.
Le lynx est aussi un concurrent important qui, semble-t-il, cher- che à éliminer le Renard roux de son territoire, tant en Europe que partout au Canada (Balland, 1985). Lors d'un inventaire aérien de la faune réalisé dans le Moyen-Nord québécois, Legendre et al. (1978) ont mis en évidence la tendance du lynx et du renard à s'exclure mutuelle- ment.
Enfin, les oiseaux de proie peuvent être considérés à juste titre comme des prédateurs vrais qui s'attaquent aux renardeaux laissés sans surveillance (Godin, 1977; Balland, 1985). Bien que ces faits aient été rapportés, il appert qu'il s'agisse là de cas isolés et plutôt rares. Aucune étude ne fait intervenir les conditions climatiques et les pénuries alimentaires comme facteurs limitatifs pour l'espèce.
3. DYNAMIQUE DES POPULATIONS
Les effectifs des populations de Renards roux varient avec un caractère cyclique très régulier, dont les maxima reviennent périodi- quement à tous les 3-4 ans ou à tous les 9-10 ans, dépendamment des
régions. Le tableau 1 met en évidence ces deux intervalles pour différentes localités. Il importe de noter que l'établissement de tous les cycles présentés dans ce tableau, se fonde essentiellement sur le nombre de peaux recueillis par les trappeurs.
L'observation attentive du tableau 1 permet de constater que la longueur du cycle pourrait être corrélée avec la latitude. On sait que les oscillations de plusieurs populations sont liées à l'abondance de proies ou de prédateurs présentant un cycle similaire.
A
titre d'exemple, citons le cas du lynx et du lièvre dont les cycles sont bien connus et se superposent; le nombre de lynx augmente et décline au même rythme que celui de sa proie, en l'occurrence le lièvre (Mac Lulich, 1937 in Dajoz, 1974). Bien que ce ne soit qu'une hypothèse, il apparaît que le Renard roux aurait un cycle de 3-4 ans dans les régions d'extrême nord, là où il s'alimente principalement de petits rongeurs (lemmings et campagnols) qui possèdent également un cycle de même durée (Elton, 1942; Shelford, 1945; Lack, 1954). Par ailleurs, les populations de Renards roux vivant plus au sud (forêt boréale, forêt tempérée et prairies) présenteraient plutôt un cycle de 9-10 ans, ce même patron étant rencontré chez leurs proies (lièvres et gélinottes).Au Québec, le cycle du Renard roux s'étalerait donc sur une pério- de de 9-10 ans comme en font foi les travaux de Philippe (1950), basés sur le nombre de peaux estampées par le ministère provincial de la Chasse et de la Pêche, depuis 1920 jusqu'à 1946. Les données recueil- lies durant cette période montrent que les pics de densité surviennent
vers la 6e ou la 7e année de chaque décennie. Quant aux minima, ils se situent au début (lere et 2e année) de celle-ci. Les études de Lack (1954) réalisées à la Baie James corroborent les résultats obtenus par Philippe (1950), les données des deux auteurs étant con- cordantes en tous points. Si l'on se fie à la configuration tropho- dynamique (relations prédateur-proie) que suggèrent les deux précé- dents auteurs, on pourrait avancer, toujours de façon hypothétique, que les populations vulpines du Québec seraient actuellement à leur apogée et devraient décliner graduellement jusqu'en 1991-1992.
Tableau 1. Identification des cycles d'abondance observés chez le Renard arctique (Alopex lagopus) et le Renard roux (Vulpes vulpes) dans différents pays
Espèce Cycle (ans)
Pays (région) Auteurs (année)
R. arctique R. arctique
3-4 3-4
Canada
Europe (Norvège)
Chitty Lack
(1950) (1954)
R. arctique 3-4 Europe Dajoz (1974)
R. arctique 3-4 Canada, Etats-Unis Dajoz (1974) R. roux 3-4 Canada (Terre-Neuve) Elton (1942) R. roux 9-10 Canada (Québec) Philippe (1950) R. roux 3-4 Europe (Norvège) Lack (1954) R. roux 9-10 Canada (Québec) Lack (1954)
R. roux 9-10 Canada Dajoz (1974)
R. roux 9-10 Etats-Unis (Wisconsin) Plis et
Martin (1978)
En dépit des différents taux de mortalité enregistrés, les popula- tions de Renards roux semblent passablement stables (Pils et Martin, 1978). Par exemple, malgré les épidémies massives rapportées, on ne semble pas noter de baisse drastique dans les effectifs. Un cas concret est celui de la rage; comme nous l'avons souligné dans une section précédente, d'une part, les pertes causées par le virus lui- même et d'autre part, les pertes attribuables à l'homme dans le but de réduire la maladie n'ont pas eu les effets escomptés. Les populations ont réussi à se maintenir et les opérations antirabiques furent un échec (Phillips et al., 1972; Balland, 1985). Ainsi, avec le taux élevé d'échanges entre les populations locales, causé par la disper- sion des juvéniles et par les migrations des individus non résidents, les aires vacantes se sont repeuplées en moins d'un an. Selon Parker et al. (1957), il se peut même que la rage puisse régulariser le nombre de renards dans certaines régions du Canada et des États-Unis.
Jusqu'à maintenant, aucune littérature ne contredit ou ne s'oppose à cette hypothèse. Johnston et Beauregard (1969) rapportent que la rage suit un cycle de trois ans chez les renards. Cette constatation peut s'avérer pertinente et permettre d'échafauder d'autres hypothèses si l'on considère que des cycles de 3-4 ans régissent l'espèce en milieu septentrional.
Qu'en est-il du taux de natalité du Renard roux? Il apparaît que celui-ci demeure très constant d'une région à l'autre et ce, partout à travers le monde. Le nombre de jeunes par portée est toujours sensi- blement le même lorsque l'on ne tient compte que des individus qui survivent à la naissance (Storm et al., 1976; Pils et Martin, 1978;
Pils et al., 1981). De ce fait, il ressort que les taux de natalité, de même que les variations cycliques ne peuvent expliquer l'existence des différences de taille observées entre les populations.
4. L'OFFRE EN FONCTION DES ZONES D'ABONDANCE
4.1 Activités consommatrices
Au Québec, le Renard roux n'a jamais fait l'objet d'inventaires soutenus, de telle sorte que les connaissances actuelles du capital réel d'exploitation de la population sont fragmentaires. Si nous sommes en mesure d'affirmer que la biologie du Renard roux est fort mal connue au Québec, il faut également convenir que les études sur les densités de population ont été très mal prises en charge jusqu'à présent. Il n'existe actuellement aucune donnée qualitative ou quan- titative, prélevée à partir d'une méthodologie scientifique adéquate, qui permette de prédire et de déterminer la densité de renards roux.
De telles mesures, prises en regard des caractéristiques structurales des habitats occupés et selon les divers modes d'exploitation en
vigueur, seraient nécessaires.
Comme les tendances des populations ne peuvent être suivies annuellement, il devient utopique ou à tout le moins difficile d'éva- luer l'offre faunique pour ce mammifère convoité surtout pour sa fourrure. En ce qui concerne la chasse sportive, aucune comptabilité systématique du nombre de jours de récréation disponibles pour la pra- tique de cette activité apparaît à ce jour (Pelletier et al., 1981).
Heureusement, on peut avancer sans risque de se tromper que l'effort de chasse exercé sur ce gibier est minime, voire inexistant (Alain, comm. pers.).
L'activité de piégeage des animaux à fourrure faisant souvent l'objet d'une même journée d'activité, cette façon de procéder de la part des trappeurs rend impossible l'affectation d'un nombre de jours récréatifs à une seule espèce, comme c'est le cas pour le Renard roux (Lacasse, comm. pers.). Nous avons vu précédemment que le cheptel de 1977-1978 était estimé à 149 500 têtes, si l'on se fie à l'indice de densité utilisé. Sachant que l'on assume un taux de prélèvement opti- mal de 20%, la capture de 29 900 spécimens pouvait alors être
envisagée (Pelletier et al., 1981). Les zones de planification I, II et III, telles que définies dans Pelletier et al. (1981), étaient res- pectivement en mesure de supporter un prélèvement annuel de 5 960, 4 140 et 19 800 Renards roux.
Dans un document plus récent traitant du piégeage des animaux à fourrure (M.L.C.P., 1982), de nouvelles estimations sur les potentiels récoltables ont été faites. Les divergences et les similitudes entre ces deux évaluations ainsi que la vérification avec la récolte moyenne stable ont obligé le M.L.C.P. à retenir ces dernières estimations qui reposent exclusivement sur la distribution de la récolte provinciale (1917-1981) et sur les facteurs risquant d'influencer cette récolte (marché de la fourrure, nombre total de trappeurs, biologie de l'espèce et susceptibilité de captures) (M.L.C.P., 1982).
Nous avons reproduit, au tableau 2, l'estimation des potentiels récoltables pour le renard, selon les modalités de gestion en vigueur. Il faut toutefois noter que ces évaluations concernent toutes les espèces de renards sans distinction. L'analyse du tableau 2 montre que le nouvel ajustement permet de situer à 40 717 le nombre total de renards récoltables (1982), soit une augmentation de 26,5%
par rapport aux données prescrites en 1977-1978. On constate égale- ment que les territoires non organisés renferment les meilleures possibilités de récolte (41,6%) par unité de superficie. Les terres privées contribuent au plus fort pourcentage des potentiels récolta- bles de renards, soit 28,4% de toutes les catégories de terres.
4.2 Activités non consommatrices
La pratique des activités non consommatrices (observation, photo- graphies, etc.) n'entraînant aucun prélèvement, l'offre de récréation est en principe presque illimitée. Cependant, dépendamment des espèces cibles, il faut comprendre que l'aménagement de sites naturels (ou semi-naturels) et la mise en place d'infrastructures connexes liées à ce genre d'activité ne sont pas toujours possibles.
Chass Piégeage et pêche
Réserve Nouveau Québec
Réserves à castors
Terrains de piégeage enr.
Autres modalités
Territoires non organisés
Territoires interdits
Total
Parcs et 1 037 421 729 1 942 4 129
Réserves (2,5%) (1,0%) (1,8%) (4,7%) (10,1%)
Zones d'exploi- 143 772 1 676 2 591
Terres publiques
tation contrôlée (0,4%) (1,9%) (4,1%) (6,4%)
Pourvoirie- 0 64 208 350 622
concessionnaire (0,1%) (0,5%) (0,9%) (11,5%)
Libres 8 490 3 828 3 360 5 408 21 096
(20,8%) (9,4%) (8,3%) (13,3%) (51,8%)
Total des terres publiques 8 490 5 082 4 761 2 755 5 408 1 942 28 438
(20,8%) (12,5%) (11,7%) (6,7%) (13,3%) (4,7%) (69,8%)
Terres privées 17 695 11 567 12 279
(0,0%) (1,7%) (28,4%) (30,2%)
Total du territoire 8 490 5 099 5 456 2 755 16 975 1 942 40 717
(20,8%) (12,5%) (13,4%) (6,7%) (41,6%) (4,7%) (100,0%)
Source: M:L.C.P. (1982).
Actuellement, la visite de jardins zoologiques est, à toute fin pratique, la seule possibilité offerte aux gens de pouvoir observer le Renard roux en captivité. Il n'existe pas d'autres activités organi- sées et spécifiques permettant au public de se familiariser avec cet animal. Il est illusoire d'essayer d'obtenir une quelconque quantifi- cation, en terme de jours de récréation, de ce type d'offre.
5. LA DEMANDE
5.1 Pour la ressource
5.1.1 La chasse
La chasse au Renard roux ne requiert qu'un permis de chasse au petit gibier. Parmi les 288 731 chasseurs qui se sont prévalus de leur droit de chasse aux petits gibiers en 1985-1986 (Caron, comm.
pers.), il est actuellement impossible d'évaluer la demande pour le Renard roux. En effet, plus de 20 espèces sont regroupées sous le vo- cable "petit gibier". Les espèces abattues sont en majorité les lièvres et les perdrix. Qu'en est-il du Renard roux?
Des enquêtes globales ont été conduites sur la chasse récréative au Québec (Pelletier et Therrien, 1977; Statbec, 1984). Quoique per- tinents et révélateurs sur le plan de la recherche biologique et socio-économique, ces sondages ne sont pas exhaustifs. Ainsi, ils demeurent impuissants à établir les faits sur la capture d'un petit gibier en particulier. Tel est le problème rencontré avec le Renard roux. Aucune statistique ne permet de connaître le taux de participa- tion à la chasse de ce mammifère. Considérant les faibles densités de population et les moeurs de l'animal, on peut néanmoins présumer qu'une minorité seulement de chasseurs s'intéresse à l'espèce.
Par ailleurs, il y a eu entre 1981 et 1983 une hausse de 3,3% seu- lement du nombre d'amateurs de chasse sportive. Pour 1983 à 1986, on
prévoyait un accroissement encore plus faible du pourcentage d'utili- sateurs, soit 1,6%. Selon Pelletier et al. (1981), cette diminution de croissance se justifie par une grande influence de la hausse des coûts de transport et d'équipements sur la pratique de cette activité et par un accroissement prévisible de la demande pour l'utilisation non consommatrice de la ressource faunique.
5.1.2 Le piégeage
Depuis au moins trois ans, les études menées par le Service de la recherche socio-économique du M.L.C.P. sont stagnantes en regard de l'établissement d'une évaluation de la demande de récréation pour le piégeage du renard et des autres animaux à fourrure. Nous présumons que des restrictions budgétaires sont à l'origine de la situation qui prévaut actuellement dans ce maillon. De source bien informée émanant du Ministère (M.L.C.P.), nous avons toutefois appris que des ententes avaient été paraphées dans le but de palier à l'inertie dans ce domaine.
A
cet effet, la parution d'un rapport est prévu au cours de l'année 1987.Les études consultées (Gagnon et Lacasse, 1979; Lacasse et al., 1981; Pelletier et al., 1981; M.L.C.P., 1982; Statbec, 1984) montrent que de 1968 à 1981, la demande pour les activités de piégeage a suivi un taux annuel de croissance d'environ 9%. Pour la saison 1980-1981, le nombre de trappeurs actifs se chiffrait alors à 23 448. Une dimi- nution subite du prix des fourrures s'est traduite par une baisse notable dans le nombre de permis vendus qui a chuté à 22 204 (1981- 1982) et à 20 395 (1982-1983). Le plus bas niveau de vente, relative- ment au nombre d'émissions de permis, fut enregistré en 1983-1984 alors que seulement 16 262 individus se sont prévalus de leur droit de piégeage. Depuis ce temps, la situation s'est rétablie et demeure stable. En 1984-1985 et 1985-1986, on comptait respectivement 19 844 et 19 628 trappeurs dans tout le territoire (Malouin, comm. pers.).
Il est à noter que les autochtones possédant des droits exclusifs de piégeage ne sont pas comptabilisés dans le bilan statistique présenté plus haut.
La non-spécificité du permis de piégeage empêche de savoir combien de trappeurs s'intéressent à la capture exclusive du Renard roux. Un sondage mené par IQOP (1984) auprès de 1 600 trappeurs du Québec, révèle cependant que 72% d'entre eux portent une attention particu- lière au groupe "loup-coyote-renard". De cet échantillon, 21% prati- quent leur activité dans la région 03 (Québec), alors que 19% étendent leurs pièges dans la région 08 (Abitibi-Témiscamingue).
Les projections en vue de déterminer la demande de piégeage pour le renard se doivent maintenant de considérer deux variables liées aux catégories d'utilisateurs: le revenu et le loisir (M.L.C.P, 1982).
Ces deux paramètres vont conditionner les mesures de gestion appro- priées. En général, il semble que les adeptes du piégeage accordent une importance plus grande à la dimension loisir (80%) qu'à la dimen- sion revenu (20%) de leur pratique (Gagnon et Lacasse, 1979). Partagé entre ces deux sphères associatives, le trappeur de renards demeure à toute fin pratique impossible à portraiturer. L'absence de données inédites sur cet utilisateur de la ressource nous empêche de tracer précisément son profil. De ce fait, il devient difficile d'anticiper les orientations futures que prendra la demande.
Si l'on pose l'hypothèse que les trappeurs de renards sont princi- palement motivés par le revenu substantiel à tirer de leur activité, qu'adviendra-t-il de la demande? On peut prévoir une fluctuation du prix des fourrures puisque le marché de la peau de renard est forte- ment soumis aux impératifs de la mode vestimentaire. D'autre part, si des besoins plus pressants de récréation stimulent l'engouement pour l'aspect loisir inhérent à l'activité de piégeage, on peut alors s'attendre à un accroissement de la demande tel que prévu par le M.L.C.P. (1982).
5.1.3 Les activités non consommatrices
La hausse des coûts du transport et de l'équipement ne sont pas les seuls facteurs à l'origine d'une diminution de croissance projetée pour la chasse sportive dans les années à venir. Selon Pelletier et al. (1981), cette baisse d'intérêt s'expliquerait également par l'accroissement prévisible de la demande pour l'utilisation non con- sommatrice du patrimoine faunique. Les travaux de Lacasse et al.
(1981) démontrent que 88,9% des citoyens s'intéressent à l'utilisation non cynégétique de la ressource par le biais d'émissions télévisées ou de films consacrés à la faune. Par ailleurs, 48,6% des gens prati- quent une activité d'observation d'oiseaux ou d'autres animaux.
Enfin, environ 25% d'individus visitent annuellement un jardin zoolo- gique ou un site d'interprétation de la nature. Ces statistiques sont éloquentes et révélatrices de l'ampleur que revêt pour un nombre important de québécois, la nécessité des activités liées à la connaissance de la faune. Selon Pelletier et al. (1981), la fréquentation des endroits nommés plus haut augmentera au même rythme que la population. Bref, même s'il n'y a pas de demande formelle exprimée clairement pour le renard et les autres animaux à fourrure, nous sommes d'avis que celle-ci excède l'offre procurée jusqu'à ce jour en termes de sites aménagés à cette fin.
5.2 Pour l'habitat
L'évaluation de la demande pour l'habitat du Renard roux est difficile à mesurer objectivement. Nous ne possédons pas de travaux bien définis sur la composition floristique et structurale des milieux occupés. L'architecture spatiale et l'intégration de ce type d'habitat à l'environnement agricole et urbain sont également mé- connues.
Dans la portion nord du Québec, il est évident que des habitats potentiels sont récupérés par l'industrie forestière dans le cadre de politiques gouvernementales visant à accroître les rendements de pro- duction et d'exploitation de la matière ligneuse. Si l'on considère les orientations actuelles du MER, il ne fait aucun doute que les stratégies prescrites sollicitent surtout de bons habitats de repro- duction pour le renard. Toutefois, nous ne croyons pas que la mise en chantier de la forêt boréale climacique taxe sévèrement ou menace dangereusement l'ensemble de l'habitat du Renard roux. D'abord, la tolérance et la facilité d'adaptation de l'espèce sont démontrées par la plasticité de sa distribution. Ensuite, le confinement de cet animal au milieu nordique est réduit, non privilégié et par surcroît non essentiel.
Dans la portion sud du Québec et dans tout le domaine de l'éra- blière laurentienne, la situation est apparentée. Sarrazin (1983) indique que les diverses pratiques sylvicoles (coupes à blanc et d'éclaircissement, reboisement, régénération des essences, etc.) intrinsèques aux peuplements conifériens et caducifoliés, à degré d'évolution moyen et élevé, s'accentuent. Nous convenons que l'inten- sification des programmes d'aménagement des terres publiques (et privées) ne peut qu'engendrer des pertes effectives d'habitats, prin- cipalement en ce qui a trait aux aires de reproduction et d'élevage des jeunes. Dans le cas précis du Renard roux, nous croyons que l'em- piètement par les béliers mécaniques, sur ces vastes zones boisées éventuellement destinées à l'approvisionnement des usines, devienne, à moyen ou long terme, problématique pour l'espèce. Selon Gunderson (1976), des conditions spécifiques incombent à la reproduction du Renard roux en matière d'habitat. Exception faite de la fonction reproductrice, les milieux forestiers servent occasionnellement de couverts d'abri, de repos et de fuite à l'espèce (Ables, 1975) et ne constituent pas à cet effet des habitats de prédilection.
A
ce niveau, nous sommes d'avis que les pertes de végétation arborescente ne peuvent hypothéquer la survie de l'espèce dans un temps rapproché.Nous avons mentionné précédemment (section 2.3) que le Renard roux s'accommode préférentiellement de milieux ouverts (territoires agri- coles et urbains). Le centre-sud du Québec convient donc très bien aux exigences du renard en matière de macro-habitat. Ces exigences sont d'ailleurs cataloguées par Rue (1969) et Ables (1975) comme moyennes. Enfin, selon Sarrazin (1983), les répercussions sur la faune et l'habitat des activités d'altérations en milieu ouvert sont faibles. En regard exclusif de l'espèce considérée ici, nous croyons en définitive que l'intervention humaine crée un impact plus souvent bénéfique que néfaste sur le milieu récepteur. La demande pour l'habitat du Renard roux est réelle mais difficile à considérer avec exactitude. Toutefois, elle ne nous apparaît pas actuellement comme un facteur limitant.
6. UTILISATION ET IMPACT ÉCONOMIQUE
6.1 Utilisation cynégétique
Le M.L.C.P. ne dispose d'aucune statistique permettant d'apprécier l'intérêt que représente le Renard roux auprès des sportifs québé- cois. D'ailleurs, aucune information spécifique sur la récolte de spécimens classés à la fois comme petits gibiers et comme animaux à fourrure n'est disponible. Les prélèvements de renards par les chasses récréative et de subsistance sont toutefois inclus au sein de la récolte d'animaux à fourrure.
Nous considérons les données des potentiels de récolte par le pié- geage comme rudimentaires. Elles permettent toutefois de visualiser et d'analyser en parallèle la situation qui prévaut à chaque terme saisonnier des activités cynégétiques. Selon Pelletier et al. (1981), le bilan de la récolte de renards (sans distinction d'espèces) pour la saison 1977-1978 se chiffrait à 28 947 têtes. De ce nombre, 18 012 individus étaient capturés en zones I et II (terres privées et publi- ques d'accessibilité peu restreinte) alors qu'en zone III (terres publiques d'accès limité), seulement 10 935 bêtes étaient piégées. On
constate que la plus grande facilité d'accès des zones I et II, causée par le développement du réseau routier, en fait les territoires les plus fréquentés de la province et, par conséquent, la pression exercée sur la faune par les usagers y est plus élevée que dans la zone III.
C'est ainsi que dans les zones I et II regroupées, le niveau d'ex- ploitation du renard atteignait, durant la saison 1977-1978, 178,3%
(Pelletier et al., 1981), soit le plus haut taux d'exploitation de tous les animaux à fourrure.
A
la même période, on estimait le poten- tiel de récolte à 10 100 renards en zones I et II et à 19 800 en zoneIII. Il ressort de ces résultats qu'une surexploitation massive de la ressource se produit dans les zones libres d'accès; par contre, les territoires davantages éloignés (zecs, pourvoiries, etc.) ou protégés
(réserves fauniques) apparaissent sous-exploités.
Une mise à jour détaillée (M.L.C.P., 1982) met en évidence la répartition corrigée de la récolte de renards (données de 1977-1978) selon les modalités de gestion (tableau 3). Les résultats présentés dans ce tableau viennent simplement confirmer l'existence d'une répar- tition inégale de l'intensité de piégeage en fonction de la nature ou de la vocation des territoires concernés. Il est à souligner que la compilation de ces données inclut également les prises de Renards arc- tiques.
À cette étape, nous avons jugé pertinent d'établir un profil de l'évolution des ventes de peaux de renards (roux, croisé, argenté) depuis le début des années '70. Le graphique présenté à la figure 3 juxtapose en ordonnée le nombre de peaux de renards vendues et la valeur moyenne de celles-ci au cours des 16 dernières saisons de pié- geage. L'intégration des résultats bruts obtenus à la D.G.F. (Lafond et Tremblay, comm. pers.) s'est faite en cumulant le nombre de peaux vendues pour les trois variétés de renards (tableau 4) et en pondérant les prix établis par le marché pour chacune de ces variétés (tableau 5), à l'aide des données du tableau 4.
Chasse Piégeage et pêche
Réserve Nouveau Québec
Réserves à castors
Terrains de piégeage enr.
Autres modalités
Territoires non organisés
Territoires interdits
Total
Parcs et 66 209 712 0 987
Réserves (0,2%) (0,7%) (2,5%) (3,4%)
Zones d'exploi- 29 107 103 239
Terres publiques
tation contrôlée (0,1%) (0,4%) (0,4%) (0,8%)
Pourvoirie- 0 23 31 11 65
concessionnaire (0,1%) (0,1%) ( 0, 0%) (0,2%)
Libres 8 966 224 1 763 2 356 13 309
(31,0%) (0,8%) (6,1%) (8,1%) (46,0%)
Total des terres publiques 8 966 342 2 110 826 2 356 0 14 600
(31,0%) (1,2%) (7,3%) (2,9%) (8,1%) (50,4%)
Terres privées 4 1 140 13 216 14 360
(0,0%) (4,0%) (45,6%) (49,6%)
Total du territoire 8 966 346 3 250 826 15 572 0 28 960
(1977-1978) (31,0%) (1,2%) (11,2%) (2,9%) (53,8%) (100,0%)
Récolte 1979-1980 1 465 613 3 644 14 521 20 243
(7,2%) (3,0%) (18,0%) (71,8%) (100,0%)
Source: M.L.C.P. (1982).
16 000
VENDUES
14 000
a. 12 000
10 000
8 000
6 000 20 000
18 000
NOMBRE DE
105 <
rn 90 o rn (I)
30
15
I I f I 1 1 1 I I I 1 I 70-71 72-73 74-75 76-77 78-79 80-81 82-83 84-85
SAISON
(smilop ue)
xnnd
75
60
45
Figure 3. Fluctuations saisonnières du nombre et de la valeur des peaux de renards vendues sur le marché des fourrures (1970 à 1986)
Le tableau 4 permet de déduire qu'entre 1970 et 1973, la récolte moyenne de renards se situait à 7 636 individus.
A
chacune des quatre saisons de piégeage suivantes (1973-1974 à 1976-1977), on a doublé la quantité des récoltes annuelles antérieures, soit une moyenne de 15 744 captures. En 1977-1978, le prélèvement a grimpé de 19,6% pour atteindre un nouveau palier de 19 211 renards. Jusqu'à aujourd'hui, ce seuil d'exploitation s'est maintenu à peu près constant. Toute- fois, malgré la stabilité de la récolte depuis les neuf dernières années, un léger fléchissement s'est fait sentir en 1983-1984 et 1984-1985.Les plus récentes données (Fourrure-Québec; M.L.C.P., 1986) montrent que la récolte pour l'ensemble des animaux à fourrure a connu un accroissement de l'ordre de 15% en 1985-1986.
A
elle seule, la récolte de renards n'échappe pas à la règle et affiche une augmenta- tion de 13,7% par rapport à la saison précédente. Les prélèvements de l'espèce, évalués à 17 381 individus en 1984-1985, sont vite revenus à la normale de la dernière décennie pour plafonner à 20 139 spécimens en 1985-1986 (tableau 4). Ces derniers relevés permettent de dégager deux faits d'importance concernant l'activité de piégeage.D'une part, la hausse de 1985-1986 dans le nombre de captures peut sembler étonnante si l'on considère que la valeur moyenne des peaux de renards vendues aux enchères a de nouveau périclité en 1985-1986, passant de 57,11$ qu'elle était en 1984-1985, à 39,04$ l'unité (tableau 5). Il aurait été légitime de s'attendre à ce que le déclin perpétuel des prix de cette fourrure depuis au moins six ans freine la pression de piégeage, mais tel ne fut pas le cas. Il y a quelques années, une baisse aussi subite ou inattendue des prix aurait vraisem-
blablement amorcé une diminution significative de l'effort de cap- ture. Ce constat de la situation peut-il suffire à étayer ce que les statistiques du SRSE traduisent, à savoir que la majorité des québé- cois pratiquent l'activité de piégeage à des fins plus récréatives que lucratives?
Tableau 4. Nombre de peaux de renards vendues sur le marché des fourrures
Saison
Nombre de peaux de renard vendues
Renard argenté Renard croisé Renard roux Total
1970-1971 73 260 6 451 6 784
1971-1972 83 346 7 543 7 972
1972-1973 115 541 7 497 8 153
1973-1974 119 737 15 430 16 286
1974-1975 131 747 14 719 15 597
1975-1976 125 691 14 831 15 647
1976-1977 184 482 14 780 15 446
1977-1978 212 740 18 259 19 211
1978-1979 393 1 071 20 552 22 016
1979-1980 323 683 16 986 17 992
1980-1981 221 839 19 400 20 460
1981-1982 248 999 21 064 22 311
1982-1983 139 869 20 264 21 272
1983-1984 160 880 17 022 18 062
1984-1985 191 856 16 334 17 381
1985-1986 151 835 19 153 20 139
Tableau 5. Valeur des peaux de renards vendues sur le marché des fourrures
Valeur individuelle des peaux (dollars)
Saison Renard argenté Renard croisé Renard roux Valeur moyenne
1970-1971 25 27 14 14,62
1971-1972 25 28 19 19,45
1972-1973 25 60 32 33,76
1973-1974 35 78 48 49,26
1974-1975 27 52 37 37,63
1975-1976 45 92 53 54,66
1976-1977 52 110 58 59,55
1977-1978 60 145 75 77,53
1978-1979 78 170 115 117,02
1979-1980 58 120 80 81,12
1980-1981 75 180 100 103,01
1981-1982 70 175 72 76,59
1982-1983 60 150 65 68,43
1983-1984 65 104 55 57,48
1984-1985 50 118 54 57,11
1985-1986 33 64 38 39,04
D'autre part, on peut également s'attarder au rapport existant entre le nombre de trappeurs légalement actifs et la quantité de renards récoltés. En effet, pour les saisons 1984-1985 et 1985-1986, un nombre à peu près identique de trappeurs était recensé, soit res- pectivement 19 844 et 19 628. Indépendamment de l'effort de piégeage qui n'est actuellement pas connu pour ces deux périodes, on a enregis- tré néanmoins une hausse notable dans les prises transigées sur le
marché des fourrures. Dans un premier temps, cela voudrait-il signi- fier que les densités de populations de Renards roux sont plus élevées cette année? L'hypothèse soulevée renvoie à la discussion sur la dynamique des populations et suggère un examen de la situation. Dans un deuxième temps, en postulant que ce qui vient d'être avancé consti- tue un faux problème, est-ce à dire que peu importe le prix de la fourrure, le trappeur modifierait graduellement ses habitudes? Ainsi, l'individu désireux de retirer une plus grande satisfaction de son activité, déplacerait et orienterait son choix initial d'espèces recherchées vers d'autres espèces, selon le comportement (ex.: plus grande difficulté de capture) ou la distribution (ex.: abondance ou rareté de la ressource) de ces dernières. Il s'agit là, bien sûr, d'une vision spéculative des choses...
6.2 Utilisation non cynégétique
Les publications consultées sont muettes au sujet de l'utilisation non cynégétique du Renard roux. De même, les informations recueillies ne mettent en évidence aucune activité organisée, axée sur l'utilisa- tion non consommatrice de cette espèce. Son patron d'activités noc- turnes et son comportement solitaire et farouche font du renard un animal difficile à observer en milieu naturel.
6.3 Utilisation commerciale
Les activités commerciales visent à assurer à la population un approvisionnement en produits et sous-produits de la faune. Outre le piégeage qui peut, à la limite, être considéré comme une activité