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Direction de la recherche sur la faune et Direction de l’aménagement de la faune

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Direction de l’aménagement de la faune

BILAN DE LA GAMME DE TAILLE PROTÉGÉE POUR LE TOULADI, 1993 - 1997 : ÉTAT DE SITUATION POUR LE QUÉBEC

par

Michel Legault Henri Fournier Daniel Nadeau Jean Benoît

Société de la faune et des parcs du Québec Juin 2001

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Référence à citer :

LEGAULT, M., FOURNIER, H., NADEAU, D. ET J. BENOIT 2001. Bilan de la gamme de taille protégée pour le touladi, 1993-1997; État de situation pour le Québec.

Société de la faune et des parcs du Québec, Direction de la recherche sur la faune, Direction de l’aménagement de la faune. 76 p.

Dépôt légal - Bibliothèque nationale du Québec, 2001 ISBN : 2-550-37705-2

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RÉSUMÉ

Suite à l’instauration, en 1993, d’une gamme de taille protégée pour la pêche sportive au touladi, un programme de suivi a été mis en place dont le premier bilan quinquennal était prévu pour 1997-1998. Ce premier bilan quinquennal traite de l’évolution de la pêche sportive et de la satisfaction des pêcheurs, le respect de la réglementation et l’évaluation de l’état des populations. Des recommandations sont également formulées afin d’adapter la réglementation selon le portrait actualisé de la situation du touladi sur le territoire libre au sud du Québec.

Les recensements de pêche sportive nous indiquent que la gamme de taille protégée a permis de réduire la récolte de touladi malgré une pression de pêche qui est demeurée stable au cours des dernières années. Ce portrait de l’évolution de la pression de pêche et de la récolte se limite cependant aux secteurs nord-ouest et sud du Québec, aucun recensement de pêche n’ayant été fait avant l’instauration de la gamme de taille protégée dans le secteur nord-est.

Cette diminution de la récolte s’est traduite par une amélioration de la situation du touladi dans les secteurs nord-ouest et sud; nous sommes en mesure d’y observer une stabilisation ou une augmentation de l’abondance des individus dans la presque totalité des plans d’eau à l’étude.

Quant au secteur nord-est, l’implantation de la gamme de taille protégée, une saison de pêche réduite (ouverture de la pêche le 1er juin) et les ensemencements qui y ont été effectués n’ont pas permis de redresser la situation. La pression de pêche y est plus élevée qu’ailleurs au Québec.

Considérant l’inefficacité de la gamme de taille protégée pour les populations à croissance lente, que nous retrouvons principalement dans le secteur nord-est et, dans une moindre mesure, dans le secteur nord-ouest, nous recommandons d’y remplacer la gamme de taille protégée par une taille minimum de 40 cm. Une taille minimum de 40 cm permettrait aux populations à croissance lente de subir des pressions de pêche égales

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ou légèrement supérieures à celles mesurées, tout en donnant la possibilité aux pêcheurs de conserver les touladis de grandes tailles, avec par contre un taux de remise à l’eau légèrement plus élevé que la gamme de taille protégée actuellement en vigueur.

Pour certaines populations de la Mauricie, la pression de pêche semble déjà dépasser ce que permettrait une taille minimum de 40 cm, malgré que l’ouverture de la pression de pêche au touladi soit actuellement le 1er juin dans la zone de pêche 15. Afin d’être en mesure de contrer la surexploitation prévalant toujours dans la zone 15 et d’y permettre le rétablissement des populations de touladi, il serait recommandé d’y reporter l’ouverture de la saison de pêche au touladi au 1er juillet.

Pour les populations à croissance rapide, la gamme de taille protégée actuelle s’est avérée efficace pour contrer la surexploitation. Afin de simplifier quelque peu la réglementation, l’application universelle de la taille minimum au Québec est suggérée. En conséquence, une taille minimum de 48 cm devrait s’appliquer en remplacement de la gamme de taille protégée pour les populations à croissance rapide.

Cette nouvelle réalité réglementaire concernant le touladi se traduirait par une taille minimum de 40 cm pour l’ensemble des régions situées au nord du fleuve Saint-Laurent (excluant le Nouveau-Québec et la zone de pêche 19), à l’exception de 28 plans d’eau sur 415 lacs à touladi qui y sont répertoriés, pour lesquels une taille minimum de 48 cm serait appliquée.

Dans le cas des régions situées au sud du fleuve Saint-Laurent, une taille minimum de 48 cm s’appliquerait. Le nombre de plans d’eau où une taille minimum de 40 cm devrait y être instaurée serait de l’ordre de 11 à 19 lacs.

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TABLE DES MATIÈRES

Page

RÉSUMÉ... iii

TABLE DES MATIÈRES...v

LISTE DES TABLEAUX ... vii

LISTE DES ANNEXES... ix

1. INTRODUCTION... 1

2. UN PROGRAMME DE SUIVI ADAPTÉ DANS LE TEMPS ET DANS L’ESPACE... 4

3. UNE BAISSE DE LA RÉCOLTE MALGRÉ UNE PRESSION DE PÊCHE STABLE ... 8

4. DES PÊCHEURS PLUTÔT SATISFAITS ... 11

5. UN RESPECT VARIABLE DE LA RÉGLEMENTATION SELON LES RÉGIONS ... 14

6. DES POPULATIONS DE TOULADI EN MEILLEURE SITUATION MAIS DES PROBLÈMES DEMEURENT... 17

7. UNE RÉGLEMENTATION PARTICULIÈRE DOIT ÊTRE APPLIQUÉE AUX POPULATIONS À CROISSANCE LENTE ... 26

CONCLUSION ... 39

REMERCIEMENTS ... 40

LISTE DES RÉFÉRENCES... 41

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LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 Évolution de la pression de pêche sur trois lacs du territoire libre avant et après l’imposition d’une gamme de taille protégée

(nombre de recensements entre parenthèses)...8 Tableau 2 Pression de pêche sur un certain nombre de lacs de la Mauricie

(secteur nord-est). Les recensements de pêche furent réalisés après

l’entrée en vigueur de la gamme de taille protégée ...9 Tableau 3 Évolution du nombre de poissons conservés durant la période

estivale avant et après l’imposition de la gamme de taille protégée

(nombre de recensements entre parenthèses)...10 Tableau 4 Taux de remise à l’eau obligatoire des touladis, proportion des

touladis capturés ayant plus de 50 cm et niveau de satisfaction des pêcheurs concernant la remise à l’eau pour différentes régions et

plans d’eau du territoire libre...12 Tableau 5 Taux d’infraction vis-à-vis la gamme de taille protégée. (Nombre

d’infractions par 1 000 heures de protection) ...14 Tableau 6 Taux des touladis conservés illégaux, observés lors des

recensements de pêche...16 Tableau 7 Nombre de plans d’eau où une augmentation (+) ou une diminution

(-) significative (différence de plus de 20 %) ou aucun changement (=) a été observé dans la densité de touladis sauvages, mesurée à l’aide de pêches expérimentales par classe de taille (<35 cm, entre

35 cm et 50 cm, et >50 cm) et pour chacun dessecteurs...19 Tableau 8 Nombre de plans d’eau où une augmentation (+) ou une diminution

(-) significative (différence de plus de 20 %) ou aucun changement (=) n’a été observé dans la densité de touladis sauvages et ensemencés, mesuré à l’aide de pêches expérimentales par classe de taille (<35 cm, entre 35 cm et 50 cm, et >50 cm) et pour chacun

des secteurs. ...21 Tableau 9 Abondance (CUE) du touladi dans des plans d’eau situés dans des

territoires structurés ...22 Tableau 10 Niveau d’abondance (CUE) du touladi dans le territoire libre et

comparaison avec l’abondance observée dans les territoires

structurés (%) ...23

(8)

Tableau 11 Longueur à la fourche à 15 ans et lorsque 50 % des individus sont matures (sexes groupés) pour tous les lacs pour lesquels ces

données sont disponibles...28 Tableau 12 Résultats des simulations de différentes limites de taille pour les

populations à croissance lente...30 Tableau 13 Résultats des simulations pour les populations à croissance rapide ...31 Tableau 14 Analyse des scénarios réglementaires proposés par région

administrative, à l’exception des lacs de la zone 19 et ceux de plus

de 70 000 ha ...37

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LISTE DES ANNEXES

Annexe 1. Liste des lacs témoins ...47 Annexe 2. Résultats des recensements de pêche sportive ...49 Annexe 3. Captures par unité d’effort des touladis sauvages,

par strate de taille (longueur à la fourche)...57 Annexe 4. Captures par unité d’effort des touladis sauvages

et ensemencés par classe de taille...59 Annexe 5. Captures par unité d’effort des touladis sauvages

et ensemencés ...61 Annexe 6. Paramètres utilisés pour les simulations effectuées avec

le logiciel FMSS...63 Annexe 7. Prédiction de certains paramètres biologiques des populations

de touladi à partir de descripteurs physiques des plans d’eau …….….... 65 Annexe 8. Évaluation de la longueur à 15 ans et à maturité sexuelle des

touladis des lacs recensés sur le territoire libre ...67

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1. INTRODUCTION

Le touladi est un des principaux poissons sportifs du Québec. En 1990, près de 15 % des pêcheurs du Québec recherchaient ce poisson et sa récolte aurait atteint 300 000 spécimens (MLCP 1989). Les impacts économiques de la pêche au touladi auraient été de l’ordre de 61 millions de dollars en 1995 (Pierre Bouchard, comm. pers.).

Victime de sa popularité, il a été établi, à la fin des années 1980, que le touladi était surexploité dans l’ensemble du territoire libre du sud du Québec (MLCP 1989). Des problèmes reliés à l’eutrophisation et des difficultés d’adaptation de cette espèce dans les réservoirs avaient également été soulignés.

Dans le cadre du plan tactique sur le touladi élaboré en 1989 (MLCP 1989), une série de mesures ont été mises en place en 1989 et 1990, visant à réduire la récolte d’au moins 30 % en territoire libre au sud du Québec, avant que la situation ne s’aggrave :

- élimination de la pêche d’hiver au touladi;

- report de l’ouverture de la saison de pêche au 1er juin;

- diminution de la limite de prise quotidienne de trois à deux individus.

Un programme d’ensemencement a aussi été mis sur pied afin d’accélérer la restauration des populations les plus affectées. Depuis 1990, 118 plans d’eau (entre 21 et 47 plans d’eau par année) ont bénéficié d’un ensemencement de touladis âgés de un an. Cela représente près de 180 000 touladis qui sont ensemencés annuellement, pour une valeur de 270 000 $.

Par ailleurs, une étude de faisabilité avait été amorcée en 1990 afin d’établir si un système de limites de taille pouvait être envisagé et, si nécessaire, mis en œuvre en 1993 après consultation des partenaires.

En 1991, l’impact de la réglementation mise en place à partir de 1989 a été mesuré à l’aide d’un recensement de la pêche sportive effectué sur les lacs Trente et Un Milles

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(Outaouais) et Matapédia (Bas Saint-Laurent). Il avait été permis de constater que, suite à l’application des mesures réglementaires, la pression de la pêche avait malgré tout augmenté et que les pêcheurs avaient eu un succès de pêche plus élevé, se traduisant par une augmentation de la récolte de 16 % et 102 % respectivement pour les deux plans d’eau à l’étude.

La persistance d’un état de surexploitation des populations de touladi et les conclusions favorables de l’étude de faisabilité concernant la possibilité d’instaurer une limite de taille (MLCP 1991), ont amené la mise en place en 1993 d’une gamme de taille protégée.

Les pêcheurs devaient dorénavant remettre à l’eau tous les touladis mesurant de 35 cm à 50 cm inclusivement. Cette nouvelle réglementation a été appliquée en territoire libre, dans les zones 1 à 15 et 18. En contrepartie, cette mesure permettait de rouvrir la pêche au touladi à la fin avril, sauf pour la zone 15 (ouverture le 1er juin) où les populations étaient décimées. Les objectifs visés par cette nouvelle mesure réglementaire sur le territoire libre étaient d’exploiter le touladi en fonction de la capacité de production des populations naturelles et de minimiser autant que possible les impacts récréatifs et économiques négatifs.

Suite à l’instauration, en 1993, d’une gamme de taille protégée pour la pêche sportive au touladi, un programme de suivi a été mis en place dont le premier bilan quinquennal était prévu pour 1997-1998. Les objectifs poursuivis par le programme de suivi sont :

- mesurer les effets de la gamme de taille protégée sur les populations de touladi et la pêche sportive;

- connaître la satisfaction des pêcheurs et son évolution;

- établir, dans une certaine mesure, le niveau de respect de la nouvelle réglementation par les pêcheurs sportifs.

Ce premier bilan quinquennal traite de l’évolution de la pêche sportive, de la satisfaction des pêcheurs, du respect de la réglementation et de l’état des populations. Des

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recommandations sont également formulées afin d’adapter la réglementation selon le portrait actualisé de la situation du touladi sur le territoire libre au sud du Québec.

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2. UN PROGRAMME DE SUIVI ADAPTÉ DANS LE TEMPS ET DANS L’ESPACE

· Suivi à court terme

Certaines actions ont été posées dès 1993, année de l’instauration de la limite de taille, afin d’obtenir un indice de l’effet de la gamme de taille protégée sur la récolte de touladi en territoire libre, d’évaluer le taux de remise à l’eau et de mesurer la perception et l’attitude des pêcheurs vis-à-vis la nouvelle réglementation (Legault 1994).

Un recensement de la pêche sportive a été fait sur le lac des Trente et Un Milles, situé dans la région de l’Outaouais. Lors de l’étude de faisabilité, le lac des Trente et Un Milles a été l’un des plans d’eau qui a servi à évaluer les effets de la gamme de taille protégée à l’aide de simulations. Ainsi, nous présumons que les résultats obtenus nous donnent une indication de la tendance générale de la récolte pour les lacs à touladi du territoire libre.

La nouvelle réglementation mise de l’avant en 1993 amenait des changements de comportements importants pour les pêcheurs de touladi. Une enquête fut donc réalisée afin de tracer le profil de ces pêcheurs et de connaître leur perception et attitude par rapport à la mesure (Montminy 1994).

L’enquête a été menée auprès des pêcheurs selon deux approches : soit une enquête téléphonique ; soit une enquête sur le terrain. L’enquête téléphonique a été effectuée au mois d’août 1993 par le Bureau de la statistique du Québec. L’enquête téléphonique visait tous les pêcheurs de touladi qui détenaient un permis de pêche en 1992, à l’exclusion des non-résidents.

L’enquête de terrain a été, quant à elle, réalisée du 23 avril au 12 septembre 1993, sur 11 plans d’eau du territoire libre, répartis dans six régions (Mauricie - Bois-Francs, Estrie, Lanaudière, Laurentides, Outaouais et Abitibi-Témiscamingue). Cette enquête avait pour but, en plus de connaître la perception et l’attitude des pêcheurs par rapport à la mesure, de connaître le taux de remise à l’eau des touladis. Ce dernier élément peut constituer un

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facteur pouvant influencer de façon importante la perception des pêcheurs vis-à-vis cette forme de réglementation.

· Suivi à long terme

Dans le cadre du programme de suivi à long terme (Legault et al. 1994), vingt deux lacs témoins ont été sélectionnés (annexe 1) dans différentes zones de pêche, afin d’évaluer les effets de la mesure réglementaire sur les populations de touladi à l’aide de pêches expérimentales normalisées (MEF 1994). À ces plans d’eau, trois plans d’eau supplémentaires (Souris, zone de pêche 15; aux Goélands et Rita, zone de pêche 18) ne faisant pas partie du réseau de suivi, ont été utilisés dans le cadre de ce bilan. Des pêches expérimentales ont été effectuées en 1997 et 1998 et les résultats sont comparés avec ceux obtenus lors de pêches expérimentales datant d’avant l’instauration de la limite de taille (1990-1992) ou l’année de son application.

Afin d’établir les effets sur les caractéristiques de la pêche sportive, des recensements de pêche ont été effectués au cours des six dernières années sur trois des vingt deux plans d’eau du réseau de suivi pour lesquels des recensements de pêche avaient été faits avant l’instauration de la gamme de taille protégée. Ces plans d’eau sont les lacs Kipawa, des Trente et Un Milles et Matapédia (annexe 1). Une série de recensement de pêche a également été amorcée sur six plans d’eau de la région de la Mauricie, pour laquelle aucune information n’était disponible.

Aux lacs des Trente et Un Milles, Matapédia et les six plans d’eau de la Mauricie, l’effort de pêche et la récolte annuels ont été estimés selon la technique des décomptes instantanés (Moyle and Franklin 1957; Lambou 1961; Malvestuto 1978). Cette technique permet une estimation à partir de décomptes réalisés à un seul moment de la journée choisi au hasard et d’interviews des pêcheurs présents lors du passage de l’observateur.

Dans le cas du lac Kipawa, l’effort de pêche a été estimé via la fréquentation des pourvoiries, puisque la majorité des pêcheurs utilisent les services des pourvoyeurs. Le

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succès de pêche, et, conséquemment la récolte, sont estimés suite à des entrevues effectuées auprès de pêcheurs.

Des enquêtes ont été menées parallèlement aux recensements de pêche, auprès des pêcheurs sportifs afin de connaître l’évolution de leur niveau de satisfaction. Finalement, le respect de la réglementation est évalué via les rapports d’infraction qui ont été effectués par le Service de la conservation des régions concernées.

La très grande étendue de la distribution du touladi au Québec alliée au fait que cette espèce peut être en présence ou non d’espèces de poissons fourrage, se traduit par des variations importantes au niveau de certaines de ses caractéristiques biologiques. Ainsi la croissance et la taille à maturité sexuelle des individus peuvent varier de façon très importante d’une région à une autre et, dans une même région, d’un plan d’eau à un autre. Ces deux paramètres de la biologie du touladi ont des incidences directes sur les effets potentiels d’une réglementation impliquant la remise à l’eau obligatoire d’un segment de la récolte sportive.

Afin de dresser un bilan de la situation actuelle du touladi au Québec et d’établir si l’application de la gamme de taille protégée a permis d’enrayer la surexploitation, le Québec a été subdivisé en trois secteurs. Les secteurs ont été établis en fonction de la croissance et de la taille à maturité des populations de touladi que l’on y retrouve. Le secteur sud est constitué de la partie du Québec située au sud du fleuve Saint-Laurent, le secteur nord-ouest comprend l’Outaouais, les Laurentides, Lanaudière et l’Abitibi- Témiscamingue et finalement le secteur nord-est est constitué de la Mauricie, du Saguenay – Lac Saint-Jean et de la Côte-Nord.

Les populations situées au sud du fleuve Saint-Laurent sont caractérisées par une croissance rapide et une taille à maturité sexuelle élevée. Les populations du nord-est ont, quant à elles, une croissance faible et les individus deviennent matures à une taille plus petite. Le secteur nord-ouest se caractérise par des populations possédant une croissance et une taille à maturité plus variables. On y retrouve principalement des populations ayant

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une croissance et une taille à maturité se rapprochant tantôt de celles des populations du secteur nord-est, tantôt de celles des populations situées au sud du fleuve Saint-Laurent.

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3. UNE BAISSE DE LA RÉCOLTE MALGRÉ UNE PRESSION DE PÊCHE STABLE

· La pression de pêche est demeurée stable

Nous possédons des données de suivi temporel de la pression de la pêche sportive et de la récolte sur trois plans d’eau, soit les lacs Kipawa (Abitibi-Témiscamingue) et des Trente et Un Milles (Outaouais) situés dans le secteur nord-ouest et le lac Matapédia (Bas Saint- Laurent) que l’on retrouve dans le secteur sud (tableau 1) (annexe 2). Comme on peut le constater, la pression de pêche est demeurée stable aux lacs Matapédia et des Trente et Un Milles, les variations enregistrées se situant à l’intérieur des intervalles de confiance des recensements de pêche. En ce qui concerne le lac Kipawa, la baisse apparente de la pression de pêche serait reliée à une forte pression de pêche observée en 1989 (5,6 h.p./ha vs 3,5 h.p./ha en 1984) (annexe 2), année de construction importante dans le secteur du lac Kipawa ; les travailleurs résidant chez les pourvoyeurs, consacraient leurs loisirs à la pêche. Il est donc difficile de conclure à une baisse de la pression de pêche pour ce plan d’eau, suite à l’imposition de la gamme de taille protégée.

Tableau 1. Évolution de la pression de pêche moyenne sur trois lacs du territoire libre avant et après l’imposition d’une gamme de taille protégée (nombre de recensements entre parenthèses).

Lac Avant (h.p./ha) Après (h.p./ha)

Kipawa 4,6 (2) 2,0 (2)

Trente et Un Milles (des) 7,7 (3) 9,3 (2)

Matapédia 5,2 (2) 4,3 (1)

h.p./ha : heure de pêche par hectare

Les informations obtenues des recensements de la pêche sportive, effectués sur ces trois plans d’eau, confirment la tendance mesurée à l’échelle du Québec, dans le cadre des enquêtes sur la pêche sportive qui ont été effectuées en 1990 (891 040 jours-pêche) et 1995 (943 969 jours-pêche) (FAPAQ, données non publiées).

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Pour les plans d’eau du secteur nord-est, nous ne possédons des données de pression de pêche et de récolte que pour la période suivant l’instauration de la gamme de taille protégée. Les pressions de pêche qui y sont observées sont généralement beaucoup plus élevées que sur les plans d’eau des secteurs nord-ouest et sud (tableau 2) (annexe 2), bien que la durée de la saison de pêche y soit plus courte (ouverture le 1er juin dans la zone 15).

Tableau 2. Pression de pêche sur un certain nombre de lacs de la Mauricie (secteur nord- est). Les recensements de pêche furent réalisés après l’entrée en vigueur de la gamme de taille protégée.

Lac Pression (h.p./ha)

Aux Sables (1993) 15,4

Du Missionnaire (1993) 13,8

Sacacomie (1993) 6,8

Carignan (1994) 8,1

Mondonac (1995) 1,1

Souris (1995) 20,5

h.p./ha : heure de pêche par hectare

· Une baisse importante de la récolte

Bien que la pression de pêche soit demeurée stable entre les deux périodes de référence, la récolte a subi une baisse, parfois très importante dans les secteurs nord-ouest et sud (tableau 3). Au lac Matapédia, la baisse très prononcée (84 %) est, en partie, liée à une abondance exceptionnelle des captures en 1991, avant l’entrée en vigueur de la gamme de taille protégée, occasionnée par une pression et un succès de pêche élevés.

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Une situation semblable s’est produite au lac Kipawa. En effet, la forte pression de pêche mesurée en 1989 a engendré une augmentation de la récolte de 109 % par comparaison à 1984, suivie d’une importante diminution de la récolte en 1994 et 1999.

Au lac des Trente et Un Milles, la baisse de la récolte (38 %) fut, quant à elle, moins prononcée que les deux plans d’eau précédents.

On peut donc conclure que, pour ces trois plans d’eau, l’imposition d’une gamme de taille protégée a permis de diminuer la récolte sans affecter l’effort de pêche.

Tableau 3. Évolution du nombre moyen de poissons conservés durant la période estivale, avant et après l’imposition de la gamme de taille protégée (nombre de recensements entre parenthèses).

Lac Avant Après Variation

Matapédia 3 077 (2) 499 (1) - 84 %

Kipawa 19 427 (2) 3 965 (2) - 80 %

Trente et Un Milles (des) 2 943 (3) 1 839 (2) - 38 %

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4. DES PÊCHEURS PLUTÔT SATISFAITS

L’enquête effectuée sur le terrain au cours de l’été 1993, nous a indiqué que 68 % des pêcheurs, ayant pratiqué la pêche au touladi sur le territoire libre, étaient satisfaits de devoir remettre à l’eau des touladis. Cette attitude des pêcheurs a été corroborée lors de l’enquête téléphonique effectuée à l’automne de la même année. À cette occasion, nous avons été en mesure de constater que 73 % des pêcheurs de touladi étaient d’opinion que la remise à l’eau est une mesure utile pour protéger une espèce, bien que 52 % d’entre eux considéraient comme un irritant le fait d’avoir à remettre à l’eau des poissons (Montminy 1994).

Des enquêtes ont également été menées, parallèlement aux recensements de pêche effectués sur huit des neuf plans d’eau du programme de suivi ainsi que sur le lac Souris de 1993 à 1999, auprès des pêcheurs sportifs afin de connaître l’évolution de leur niveau de satisfaction.

Le niveau de satisfaction des pêcheurs vis-à-vis la remise à l’eau est très variable entre les plans d’eau et entre les régions (tableau 4). Il ne semble pas exister de relation directe entre le taux de remise à l’eau, conséquence première de l’application de ce type de réglementation, et la satisfaction des usagers. Cet indicateur semble donc très subjectif et est probablement influencé par d’autres variables.

De l’ensemble des enquêtes il ressort cependant que seulement 55 % des pêcheurs fréquentant des plans d’eau, où on retrouve des populations de touladi à croissance lente (LFinf 15 ans < 550mm), se disent satisfaits de la mesure. Ce niveau de satisfaction est plus faible que celui des pêcheurs exploitant des populations à croissance rapide (LFinf 15 ans > 550mm) qui est de 68 %. Ce constat pourrait s’expliquer par le fait que, pour les plans d’eau possédant une population à croissance lente, la réglementation en vigueur correspond, en pratique, à une taille maximum légale de 35 cm, puisque seulement 11 % des poissons capturés ont plus de 50 cm comparativement à 25 % dans le cas des populations à croissance rapide (tableau 4).

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Tableau 4. Taux de remise à l’eau obligatoire des touladis, proportion des touladis capturés ayant plus de 50 cm et niveau de satisfaction des pêcheurs concernant la remise à l’eau pour différentes régions et plans d’eau du territoire libre.

Lieux

(Croissance) Taux de

remise à l’eau (%)

Proportion des captures > 50 cm

(%)

Satisfaction vs la remise à l’eau

Mauricie 93 1 2 (L) 65 9 62

Estrie 93 1 3 (R) 20 7 77

Laurentides Lanaudière 93 1 4 (R) 37 39 72

Abitibi 93 1 5 (R) 33 23 82

Matapédia 96 (R) 57 28 42

Kipawa 94 (R) 37 19 77

Kipawa 99 (R) 53 25 85

Trente et Un Milles (des) 93 (R) 59 29 56

Trente et Un Milles (des) 98(R) 47 29 53

Carignan 94 (L) 47 8 45

Souris 95 (L) 31 7 61

Mondonac 95 (L) 40 20 52

1 Montminy (1994)

2 Aux Sables, Du Missionnaire, Sacacomie.

3 Massawipi, Memphrémagog.

4 Tremblant, Archambault, Grand lac Nominingue, Réservoir du Poisson Blanc.

5 Kipawa.

(L) : croissance lente (R) : croissance rapide

Trois enquêtes ont été réalisées depuis l’imposition de la gamme de taille au lac Kipawa (1993, 1994 et 1999) et deux au lac des Trente et Un Milles (1993 et 1998). Ces résultats indiquent que le niveau de satisfaction vis-à-vis la gamme de taille protégée est demeuré stable durant cette période (tableau 4).

Dans le but de déterminer si la réglementation aurait eu un impact sur la pratique de la pêche au touladi, le pêcheur devait faire connaître ses intentions de pêche pour l’année

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suivante (Montminy 1994). La presque totalité (97 %) des pêcheurs questionnés sur les plans d’eau du territoire libre avaient indiqué leur intention de pratiquer à nouveau la pêche au touladi l’année suivante et seulement 5 % d’entre eux allaient y consacrer moins de temps. La stabilité de la pression de pêche, observée au cours des dernières années (cette étude) et selon les enquêtes sur la pêche sportive de 1990 et 1995 (FAPAQ, données non publiées), confirment les intentions exprimées par les pêcheurs en 1993.

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5. UN RESPECT VARIABLE DE LA RÉGLEMENTATION SELON LES RÉGIONS

Le respect de la réglementation a été évalué via les rapports d’infraction qui ont été effectués par le Service de la conservation des régions concernées. Nous avons établi le taux d’infraction en mettant en relation le nombre d’infractions constatées et le nombre d’heures de protection investies pour le touladi. Le taux d’infraction a été calculé par 1 000 heures de protection.

Tableau 5. Taux d’infraction vis-à-vis la gamme de taille protégée. (Nombre d’infractions par 1 000 heures de protection).

Région Taux d’infraction Moyenne

1993 1994 1995 1996 1997

Secteur nord-ouest

06 10,8 3,9 12,0 6,2 17,5 10,1

07 10,6 8,1 9,7 9,3 14,4 10,4

08 N. D. 10,6 4,6 7,4 11,7 8,6

14 N. D. N. D. N. D. N. D. 20,4 20,4

15 N. D. N. D. N. D. N. D. 11,4 11,4

Secteur nord-est

02 N. D. 1,7 0,0 0,0 0,0 0,4

03 N. D. 9,2 0,0 0,0 0,0 2,3

04 N. D. 9,1 42,6 10,6 25,9 22,0

09 100,0 260,3 0,0 47,6 19,4 85,5

Secteur sud

01 N. D. 1,3 2,8 4,0 5,8 3,5

05 N. D. 19,0 1,2 7,4 7,3 8,7

12 N. D. N. D. N. D. N. D. 35,9 35,9

Moyenne 40,5 35,9 8,1 10,3 14,2 18,3

Nous pouvons constater que, de façon générale, le taux d’infraction est plus élevé dans le secteur nord-est (Mauricie (04) et Côte-Nord (09)). Le taux d’infraction est beaucoup plus élevé pour la région de la Côte-Nord que partout ailleurs au Québec sans qu’aucune explication ne puisse être fournie. Les valeurs observées dans les régions de Lanaudière (14), Laurentides (15) et Chaudière-Appalaches (12) doivent être perçues avec circonspection étant donné qu’une seule année de données est disponible.

(24)

La faible croissance des individus que nous retrouvons dans le secteur nord-est fait en sorte que la capture d’un touladi de plus de 50 cm est un événement beaucoup moins fréquent qu’ailleurs au Québec (tableau 4), limitant ainsi les pêcheurs à pouvoir conserver presque exclusivement des individus de moins de 35 cm. Cette situation pourrait être un facteur expliquant le taux d’infraction élevé que nous observons en Mauricie et sur la Côte-Nord, les pêcheurs y étant exaspérés de ne pouvoir conserver presque exclusivement que des petits touladis.

Si nous faisons abstraction des valeurs observées pour la région de la Côte-Nord (09), le taux d’infraction concernant la limite de taille fut relativement stable depuis l’instauration de la gamme de taille protégée. Nous pouvons présumer que le faible taux d’infraction observé, dès la première année, serait la résultante du haut niveau de connaissance de la nouvelle réglementation par les pêcheurs sportifs. Lors de l’enquête téléphonique effectuée à l’automne 1993, auprès de pêcheurs de touladi, 76 % d’entre eux avaient décrit correctement la nouvelle mesure. Par ailleurs, le taux de connaissance avait augmenté à 86 % lorsqu’on expliquait la mesure à ceux qui disaient ne pas la connaître (Montminy 1994). Le taux élevé de la connaissance de la nouvelle réglementation fut également constaté lors de l’enquête sur le terrain et lors des opérations des Services de la conservation de la faune (Legault 1994).

Cette tendance n’est cependant pas confirmée pour les régions de l’Outaouais et de l’Abitibi-Témiscamingue, lorsqu’on examine la proportion de touladis illégaux observés dans la récolte des pêcheurs, lors des recensements de pêche (tableau 6). On peut constater que, pour les lacs des Trente et Un Milles et Kipawa, le taux de poissons illégaux était de 9,5 % et 14,5 % respectivement en 1993–1994, comparativement à aucun en 1998 et 1999. Le niveau de respect de la réglementation semble donc y avoir augmenté.

(25)

Tableau 6. Taux des touladis conservés illégaux, observés lors des recensements de pêche.

Lac Année Taux de poissons

illégaux conservés (%) Trente et Un Milles (des)

(Outaouais) 1993 9,5

1998 0,0

Kipawa (Abitibi-Témiscamingue) 1994 14,5

1999 0,1

Souris (Mauricie) 1995 20,8

Mondonac (Mauricie) 1995 15,5

Par contre, pour ce qui est de la Mauricie, la proportion de touladis illégaux observés lors des recensements de pêche effectués en 1995 sur les lacs Souris et Mondonac est élevé, même lors de la troisième année de l’application de la gamme de taille protégée (tableau 6).

(26)

6. DES POPULATIONS DE TOULADI EN MEILLEURE SITUATION MAIS DES PROBLÈMES DEMEURENT

Une analyse de la situation du touladi a été faite à la fin des années 1980 et portait sur 285 plans d’eau du réseau et du territoire libre (MLCP 1989, 1991). Ces plans d’eau représentaient la grande majorité de l’offre de pêche au touladi du sud du Québec

Il avait été constaté que les lacs du territoire libre subissaient une exploitation beaucoup plus importante que ceux du réseau. La pression de pêche y était plus intensive (80 % et plus), tandis que le succès de pêche à la ligne y était de 40 % plus faible.

Les populations de touladi des zones 1, 3, 4, 9, 11, 14 et 15 étaient dans un état précaire, suite à de trop fortes pressions de pêche; les captures sportives de même que celles effectuées au filet maillant, lors de pêches expérimentales, étaient marginales.

Les populations des zones 2, 6, 10 12 et 18 étaient, quant à elles, dans un état de surexploitation évidente. Le taux de mortalité total alors observé était de 50 % et plus, ce qui est considéré comme un indicateur de surexploitation dans le cas du touladi. De plus, les informations découlant des recensements de pêche, démontraient que les pêcheurs sportifs récoltaient les individus avant qu’ils ne puissent se reproduire au moins une fois.

Les pêches expérimentales effectuées dans le cadre du programme de suivi, amorcé à la suite de la mise place en 1993 de la gamme de taille protégée, permettent d’établir l’évolution de la situation des populations de touladi par rapport à celle qui prévalait à la fin des années 1980.

Plusieurs des plans d’eau du réseau de suivi ont bénéficié, au cours des dernières années d’ensemencements, de touladis âgés de un an. Pour la plupart de ces plans d’eau, les poissons ensemencés ont été marqués à l’aide de micro-étiquettes ou de l’ablation d’une nageoire. La possibilité de distinguer les poissons ensemencés de ceux issus de la reproduction naturelle, permet d’évaluer l’évolution de l’abondance des touladis sauvages. Ces informations, mises en parallèle avec la variation de la récolte sportive

(27)

obtenue par l’entremise des recensements de pêche, permettent ainsi d’établir l’efficacité de la gamme de taille protégée.

L’analyse des captures a été faite selon les différents segments de longueur induits par la gamme de taille protégée soit : moins de 35 cm (poissons récoltables), entre 35 cm et 50 cm (poissons protégés) et plus de 50 cm (poissons récoltables). Le test de Kolmogorov- Smirnov a été utilisé pour vérifier la normalité des données et l’homogénéité des variances à l’aide du test du Fmax. Étant donné que la normalité des données et l’homogénéité des variances n’étaient pas toujours respectées, les données ont été transformées en log (x+1). Bien que dans certains cas, les variances n’étaient toujours pas homogènes, nous avons assumé que cela n’aurait pas d’incidence sur les niveaux de signification du test de Student (test de t). Étant donné la grande variabilité du nombre d’individus capturés dans les filets pour un même plan d’eau, une différence très importante de l’abondance moyenne entre les deux périodes de référence doit être observée pour que celle-ci soit considérée significative du point de vue statistique. Cette situation rendant très difficile l’interprétation des résultats sur une base statistique, nous avons établi qu’une variation était significative lorsque celle-ci était supérieure à 20 % (annexes 3, 4 et 5).

L’effet anticipé, à court terme, de la gamme de taille protégée est l’augmentation dans les populations du nombre des individus de 35 cm à 50 cm et indirectement de ceux de plus de 50 cm. Cette augmentation du nombre de touladis de plus de 35 cm devrait se traduire, à plus long terme, par une augmentation de l’abondance des recrues.

La sélectivité des filets maillants utilisés ainsi que les caractéristiques de l’habitat échantillonné, font en sorte que les touladis sont pleinement recrutés par les engins de pêche entre 28 cm et 34 cm de longueur (longueur à la fourche). Ceci correspond à des individus âgés de trois à cinq ans, selon les plans d’eau. Les variations du nombre de touladis de moins de 35 cm sont donc, en partie, le reflet de l’abondance des reproducteurs présents avant l’instauration de la gamme de taille protégée, cette situation

(28)

prévalant davantage dans le secteur nord-est, où la croissance des individus est plus lente, que dans les autres secteurs à l’étude.

Le tableau 7 (annexe 3) présente la variation de l’abondance relative des touladis sauvages des différentes classes de taille capturés lors de pêches expérimentales, en relation avec la gamme de taille protégée.

Tableau 7. Nombre de plans d’eau où une augmentation (+) ou une diminution (-) significative (différence de plus de 20 %) ou aucun changement (=) a été observé dans la densité de touladis sauvages, mesurée à l’aide de pêches expérimentales par classe de taille (<35 cm, entre 35 cm et 50 cm, et >50 cm) et pour chacun des secteurs.

Secteur < 35 cm 35 cm – 50 cm > 50 cm Ensemble des poissons

+ = - + = - + = - + = -

Nord-ouest (zones 9 à 14)

5 2 2 4 2 3 5 1 3 3 5 1

Nord-est

(zones 15 et 18) 1 2 8 5 0 6 3 0 8 1 5 5

Sud

(zones 1 à 6) - - 2 - 1 - 1 1 - - - 1

Nous pouvons observer une tendance à la hausse de l’abondance des individus sauvages des différentes catégories de longueur pour la majorité des populations situées dans le secteur nord-ouest. Ceci nous laisse croire que la diminution de la récolte, engendrée par l’instauration de la limite de taille, a permis, au cours des dernière années, d’enrayer la surexploitation par la pêche sportive et d’amorcer la restauration des populations. Nous sommes même en mesure de constater une hausse du recrutement naturel (individus de moins de 35 cm) dans plus de la moitié des plans d’eau à l’étude, ce qui permet de croire qu’une réhabilitation des populations est en cours, ces cohortes de poissons étant appelées à produire une progéniture plus abondante dans le futur.

Une situation tout à fait contraire prévaut pour le secteur nord-est. La diminution de l’abondance des touladis de moins de 35 cm et de plus de 50 cm, dans la grande majorité

(29)

des plans d’eau, est le reflet de la situation plus précaire du touladi qui prévalait dans ce secteur du Québec, tel que statué à la fin des années 1980 (MLCP 1989, 1991). Les géniteurs (poissons mesurant environ 40 cm) y étaient peu nombreux, ce qui explique le faible nombre de recrues et de grands poissons. L’augmentation de l’abondance des individus mesurant entre 35 cm et 50 cm, qui constituent la majorité des géniteurs présents dans les plans d’eau, permet de penser que le nombre de recrues pourrait augmenter dans l’avenir, ce qui pourra être vérifié dans trois à cinq ans.

Il est plus difficile de statuer sur la situation du touladi pour le secteur sud. Les individus ensemencés n’ont pas été marqués à chaque année pour trois des quatre plans d’eau à l’étude, limitant ainsi les informations disponibles pour établir l’efficacité de la gamme de taille protégée. Il nous est tout de même permis d’établir que, pour les deux plans d’eau pour lesquels des données sont disponibles, l’abondance des individus de plus de 35 cm a augmenté ou est à tout le moins demeurée stable depuis l’instauration de la gamme de taille protégée. Ceci ne semble toutefois pas s’être fait sentir sur l’abondance des recrues (individus de moins de 35 cm) dont les densités semblent avoir diminué.

La majorité des plans d’eau du programme de suivi, pour lesquels un programme d’ensemencements a été mis en place, en bénéficie depuis les années 1980. Lorsqu’on considère également les touladis issus des ensemencements, le portrait global de la situation du touladi demeure sensiblement le même (tableau 8) (annexes 4 et 5) sauf pour le secteur sud où l’image dépeinte au tableau 8 (poissons sauvages et ensemencés) est plus positive que celle présentée au tableau 7 (poissons sauvages seulement).

Les données précédentes sont relatives. Elles représentent donc les changements de densité des populations suite à l’implantation de la gamme de taille protégée. Elles ne fournissent aucun indice de la densité réelle des populations en regard de la capacité de support des plans d’eau.

(30)

Tableau 8. Nombre de plans d’eau où une augmentation (+) ou une diminution (-) significative (différence de plus de 20 %) ou aucun changement (=) n’a été observé dans la densité de touladis sauvages et ensemencés, mesuré à l’aide de pêches expérimentales par classe de taille (<35 cm, entre 35 cm et 50 cm, et >50 cm) et pour chacun des secteurs.

Secteur < 35 cm 35 cm – 50 cm > 50 cm Ensemble des poissons

+ = - + = - + = - + = -

Nord-ouest (zones 9 à 14)

4 3 2 2 4 3 6 0 3 3 5 1

Nord est

(zones 15 et 18)

1 2 8 5 0 6 4 0 7 1 6 4

Sud

(zones 1 à 6)

0 2 2 3 1 0 1 2 1 1 2 1

Afin de tenter de déterminer ce que pourrait être le niveau d’abondance du touladi dans les plans d’eau du territoire libre, nous nous sommes basés sur les niveaux d’abondance observés dans certains plans d’eau situés dans les territoires structurés, tels que les réserves fauniques et les zecs, où un contrôle de l’exploitation permet de maintenir des populations qui sont considérées être en bon état. Les plans d’eau ont été classés selon le type de croissance que l’on observe pour le touladi, soit les lacs où la longueur à la fourche des individus à 15 ans est inférieure (croissance lente) ou supérieure (croissance rapide) à 550 mm (tableau 9).

Le niveau d’abondance des touladis, issus de la reproduction naturelle dans les plans d’eau du territoire libre, correspondrait à près de la moitié de ce qui est observé au niveau des territoires structurés (tableau 10).

(31)

Tableau 9. Abondance (CUE) du touladi dans des plans d’eau situés dans des territoires structurés.

Lac Région CUE Croissance

Mitis Gaspésie 5,9 Rapide

Côté Gaspésie 4,2 Rapide

Moyenne 5,1

Sainte-Anne Bas Saint-Laurent 5,9 Lente

Thibault Bas Saint-Laurent 7,3 Lente

Baude Mauricie 7,9 Lente

Cinconcine Mauricie 12,0 Lente

Normand Mauricie 15,5 Lente

Joinville Outaouais 10,6 Lente

Marie-Lefranc Outaouais 5,4 Lente

Montjoie Outaouais 4,6 Lente

Saint-Denis Outaouais 4,7 Lente

Sept-Frères Outaouais 11,4 Lente

Paul Outaouais 8,7 Lente

Moyenne 8,6

CUE : nombre de captures par nuit-filet.

(32)

Tableau 10. Niveau d’abondance (CUE) du touladi dans le territoire libre et comparaison avec l’abondance moyenne observée dans les territoires structurés (%).

Secteur Lac Territoires

srtucturés Année Sauvages Total

CUE CUE % CUE %

Sud Matapédia 5,1 1997 1,07 21 3,50 69

Sud Témiscouata 5,1 1995 3,07 60 4,32 85

Sud Mégantic 5,1 1997 2,16 42

Sud Massawippi 5,1 1997 4,36 86 10,38 204

Moyenne 2,83 56 5,09 100

Nord-ouest Archambault 5,1 1997 0,27 5 0,47 9

Nord-ouest Trente et Un Milles (des) 5,1 1998 2,28 45 3,70 73

Nord-ouest Argile 5,1 1997 9,25 181 9,63 189

Nord-ouest Dumont 5,1 1997 2,17 43 2,28 45

Nord-ouest Gagnon 8,6 1997 1,44 17 1,56 18

Nord-ouest Simon 8,6 1997 3,18 37 3,68 43

Nord-ouest Tremblant 5,1 1997 1,87 37 2,80 55

Nord-ouest Kipawa 5,1 1997 1,65 32 2,05 40

Nord-ouest Matchi-Manitou 5,1 1997 0,38 7 0,86 17

Moyenne 2,50 45 3,00 54

Nord-est Carignan 8,6 1998 14,10 164 14,10 164

Nord-est Missionnaire 8,6 1998 1,50 17 4,90 57

Nord-est Mondonac 8,6 1997 1,77 21 1,77 21

Nord-est Sacacomie 8,6 1998 1,00 12 1,40 16

Nord-est Souris 8,6 1998 9,00 105 9,00 105

Nord-est Bonin 8,6 1997 0,83 10 0,83 10

Nord-est Cacuscanus 8,6 1997 5,50 64 5,50 64

Nord-est Chaumonot 8,6 1997 1,50 17 1,50 17

Nord-est Goélands 8,6 1997 0,78 9 0,78 9

Nord-est Rita 8,6 1997 2,43 28 2,43 28

Nord-est Sault-aux-Cochons 8,6 1997 4,00 47 4,00 47

Moyenne 3,86 45 4,20 49

CUE : nombre de captures par nuit-filet.

La variabilité est toutefois très grande entre les lacs. Ainsi, pour les lacs du secteur sud les densités de touladis sauvages varient de 21 % à 86 % de celles de populations du réseau. Dans le secteur nord-ouest les densités varient de 5 % à 181 % de la densité des populations du réseau alors que dans le secteur nord-est elles varient de 9 % à 164 %.

(33)

C’est dans le secteur nord-est que l’on compte la plus grande proportion de populations à faible densité (< 30%), soit 63 % des populations échantillonnées alors que cette proportion est de 33 % dans les deux autres secteurs. Ceci confirme que les populations de touladi du secteur nord-est sont en plus mauvais état que les autres au Québec.

Comme on peut le constater au tableau 10, les ensemencements permettent de hausser les niveaux d’abondance du touladi dans les plans d’eau qui en ont bénéficié (annexe 4).

Pour obtenir cependant une image véritable de l’effet des ensemencements, il faudrait considérer la date des ensemencements. Dans un certain nombre de cas, les poissons ensemencés ne sont pas encore recrutés à l’engin de pêche et n’apparaissent donc pas dans ces statistiques. Si on considère les ensemencements, l’abondance globale du touladi, selon les secteurs du Québec, varie de 49 % à 100 % de ce qui prévaut dans les territoires structurés (tableau 10).

Les recensements de pêche sportive nous indiquent que la gamme de taille protégée a permis de réduire la récolte de touladi malgré une pression de pêche qui est demeurée stable au cours des dernières années. Ce portrait de l’évolution de la pression de pêche et de la récolte se limite cependant aux secteurs nord-ouest et sud du Québec, aucun recensement de pêche n’ayant été fait avant l’instauration de la gamme de taille protégée dans le secteur nord-est.

Cette diminution de la récolte, alliée au programme d’ensemencement, s’est traduite par une amélioration de la situation du touladi dans les secteurs nord-ouest et sud; nous sommes en mesure d’y observer une stabilisation ou une augmentation de l’abondance des individus dans la presque totalité des plans d’eau à l’étude.

L’implantation de la gamme de taille protégée, une saison de pêche réduite (ouverture de la pêche le 1er juin) et les ensemencements qui y ont été effectués n’ont pas permis de redresser la situation dans le secteur nord-est (tableau 8) (annexes 4 et 5).

(34)

Bien que, dans le secteur nord-est, nous ne connaissons pas l’évolution de la pression de pêche, nous y observons actuellement une pression beaucoup plus élevée que dans les autres secteurs du Québec (tableaux 1 et 2). De plus, le niveau de prélèvement illégal des touladis ayant une longueur entre 35 cm et 50 cm, y accentuerait davantage la pression exercée sur ces populations.

(35)

7. UNE RÉGLEMENTATION PARTICULIÈRE DOIT ÊTRE APPLIQUÉE AUX POPULATIONS À CROISSANCE LENTE

Considérant l’inefficacité de la gamme de taille protégée pour les population à croissance lente, que nous retrouvons principalement dans le secteur nord-est et, dans une moindre mesure, dans le secteur nord-ouest, une réglementation différente doit s’appliquer à ces populations pour y maintenir un équilibre entre l’offre et la demande. Nous avons donc examiné la performance de diverses limites de taille minimum légale pour améliorer la situation des populations à croissance lente.

Quant aux populations à croissance rapide, bien que la gamme de taille protégée a démontré son efficacité, et que les pêcheurs en soient relativement satisfaits, nous avons également examiné l’efficacité de différentes limites de taille minimum légale. Le remplacement de la gamme de taille protégée par une taille minimum pour ces populations, permettrait d’avoir un seul type de limite de taille sur le territoire québécois.

Cependant, nous devons envisager d’emblée plus d’une taille minimum pour être en mesure d’avoir une réglementation adaptée aux différentes réalités biologiques, qui prévalent à l’échelle du Québec, comme nous l’avons démontré précédemment.

Les divers scénarios réglementaires ont été explorés par modélisation. Le logiciel utilisé a été le « Fisheries Management Support System » (FMSS), version 9.22, développé par le ministère des Ressources naturelles de l’Ontario (Shuter et al. 1998). Le logiciel permet de simuler, pour différentes populations de touladi, l’effet combiné de la variation de la pression de pêche et l’introduction de modifications réglementaires, comme une limite de taille.

Une population est essentiellement caractérisée par sa croissance en longueur et sa taille à maturité sexuelle. Pour les fins de simulation, les paramètres de croissance exprimés par la longueur à la fourche à l’infinie (LFinf), le coefficient de croissance de Brody (K), la relation masse-longueur, et la taille moyenne à laquelle 50 % des individus sont matures sexuellement (sexes groupés) (Lm50), ont été obtenus à partir des résultats de pêches expérimentales. La taille à laquelle 50 % des spécimens sont vulnérables à la pêche

(36)

sportive (Lc50) a été évaluée à partir des résultats des recensements de pêche, effectués avant l’entrée en vigueur de la limite de taille (annexe 6).

Les résultats des simulations sont exprimés en valeurs absolues, ce qui exige une calibration en fonction du rendement attendu (kg/ha) de chacune des populations, établie à l’aide du paramètre Bo (Shuter et al. 1998). Les paramètres de la dynamique d’une population étant inter reliés nous ne pouvions utiliser des valeurs moyennes de plusieurs populations. Nous avons donc effectué des simulations à partir de populations représentant l’ensemble des situations documentées que l’on retrouve dans les régions concernées (tableau 11).

Pour chacune des populations et pour chaque limite de taille nous avons, au cours des simulations, fait varier l’effort de pêche entre l’effort actuel moyen et l’effort maximal permettant l’auto-perpétuation de la population, sans toutefois dépasser 30 h.p./ha. Les résultats ainsi obtenus ont été comparés entre eux à l’aide de l’effort maximal soutenable, de la masse moyenne des individus récoltés et de la proportion des poissons remis obligatoirement par les pêcheurs. Pour évaluer les performances relatives des limites de taille simulées, celles-ci ont été comparées avec une situation sans limite de taille et lorsqu’on applique la gamme de taille protégée actuellement en vigueur.

(37)

Tableau 11. Longueur à la fourche à 15 ans et lorsque 50 % des individus sont matures (sexes groupés) pour tous les lacs pour lesquels ces données sont disponibles.

Longueur à la fourche (mm) Lac

15 ans 1 50 % matures

Des Goélands 428 335

Baude 453 385

Normand 459 385

Paul 460 345

Marie-Lefranc 463 385

Carignan 479 315

Du Missionnaire 515 415

Bonin 529 305

Saint-Patrice 531 405

Simon 538 385

Gagnon 541 395

Cinconcine 555 385

Kipawa 596 455

Massawipi 628 485

Argile 641 425

Trente et Un Milles (des) 645 475

Matapédia 652 515

Mégantic 690 425

Archambault 700 445

Témiscouata 707 505

1 Longueur estimée selon l’équation de von Bertalanffy, la longueur à un an a été forcée à 93 mm.

(38)

· Les populations à croissance lente

Les lacs à croissance lente (longueur à la fourche à 15 ans < 550 mm) sont représentés, pour les fins des simulations, par le lac Carignan, seul lac du territoire libre pour lequel nous possédons toutes les informations nécessaires. Nous possédons des données pour plusieurs lacs à croissance lente situés dans les territoires structurés, mais la maturité sexuelle y est beaucoup plus élevée que sur le territoire libre. Le taux d’exploitation que subissent les populations de touladi situées en territoire libre étant beaucoup plus élevé que dans les territoires structurés, les populations ont possiblement réagi par une diminution de la taille à maturité sexuelle.

Pour les populations à croissance lente, nous avons simulé les limites de taille suivantes : aucune limite de taille, des tailles minimums de 38 cm, 40 cm et 45 cm et une gamme de taille protégée de 35 cm à 50 cm.

Les résultats des simulations sont présentés au tableau 12. On peut y constater qu’une taille minimum de 38 cm permettrait de supporter une pression de pêche inférieure à la gamme de taille protégée, soit 11 h.p./ha vs 14 h.p./ha pour un taux de remise à l’eau semblable. Les poissons auraient par contre une masse moyenne de 825 g comparativement à 425 g dans le cas de l’application de la gamme de taille protégée, la récolte étant essentiellement constituée, dans ce dernier cas, de poissons de taille inférieure à 35 cm. Le taux de remise à l’eau estimé par simulation pour la gamme de taille protégée lorsqu’elle est appliquée au lac Carignan (tableau 12), est supérieur à celui mesuré sur le terrain lors du recensement de pêche effectué en 1994 (tableau 4).

(39)

Tableau 12. Résultats des simulations de différentes limites de taille pour les populations à croissance lente.

Lac Limite de taille

Effort de pêche (h.p./ha)

Masse des touladis récoltés (g)

Remise à

l’eau (%) Commentaires

Carignan Aucune 5 625 0 Effort maximum

Min. 38 cm 7 925 58

11 825 62 Effort maximum

Min. 40 cm 7 1000 67 Après 5 ans 75 %

remis à l’eau

12 950 73

18 900 78 Effort maximum

Min. 45 cm 7 1350 88

12 1300 88

30 1200 94

35 cm–50 cm 7 500 63

12 450 60

14 425 57 Effort maximum

Une taille minimum de 40 cm permettrait par contre de supporter une pression de pêche plus élevée qu’une taille minimum de 38 cm, ce qui est souhaitable compte tenu des fortes pressions de pêche que semblent supporter les populations à croissance lente. De plus, étant donné que la taille à laquelle 50 % des poissons du lac Carignan sont matures est la moins élevée du groupe de lacs à croissance lente (tableau 11), l’application d’une taille minimum de 40 cm serait plus adéquate pour l’ensemble des plans d’eau de cette catégorie. Cette mesure permettrait à 50 % des individus de se reproduire avant de pouvoir être récoltés par les pêcheurs sportifs; le taux de remise à l’eau serait plus élevé que dans le cas de la gamme de taille actuelle mais les poissons conservés seraient plus de deux fois plus gros.

· Les populations à croissance rapide

Le groupe de lacs possédant des populations à croissance rapide (longueur à la fourche à 15 ans > 550 mm), est représenté par cinq plans d’eau. Les paramètres de simulation de l’ensemble de ces lacs apparaissent à l’annexe 6. Les modalités qui ont été simulées sont,

(40)

en plus de la gamme de taille protégée et d’une situation sans limite de taille, les tailles minimums de 40 cm, 45 cm, 47 cm, 48 cm, 50 cm et 55 cm.

Pour les lacs des Trente et Un Milles, Cinconsine, Mégantic et Kipawa, la gamme de taille protégée permettrait de supporter des pressions de pêche d’au moins 12 h.p./ha et de conserver environ 25 % des prises (tableau 13). La réglementation actuelle permettrait donc de doubler la pression de pêche moyenne actuellement mesurée sur ces plans d’eau.

Au lac Matapédia, la pression de pêche maximum que la population de touladi pourrait soutenir est de 5 h.p./ha, soit la pression actuellement observée. Cette faible valeur peut être expliquée par le fait que 50 % des spécimens atteignent la maturité sexuelle à 515 mm (LF), donc au-dessus de la gamme de taille protégée. La gamme de taille ne permet donc pas aux touladis de se reproduire au moins une fois avant d’entrer dans la pêcherie.

Tableau 13. Résultats des simulations pour les populations à croissance rapide.

Lac Limite de

taille Effort de pêche (h.p./ha)

Masse des touladis récoltés (g)

Remise à

l’eau (%) Commentaires Trente et Un

Milles (des)

Aucune 4 975 0 Effort maximum

Min. 40 cm 5 1200 35 Effort maximum

Min. 45 cm 6 1500 58

8 1400 63 Effort maximum

Min. 47 cm 6 1600 63

10 1500 73 Effort maximum

Min. 48 cm 6 1700 67

12 1500 77 Effort maximum

Min. 50 cm 6 1900 73

10 1800 78

16 1600 84 Effort maximum

Min. 55 cm 6 2400 84

10 2200 87

30 2000 95

35 cm-50 cm 6 1600 67

10 1350 73

12 1200 73 Effort maximum

Cinconsine Aucune 5 800 35 Effort maximum

Min. 40 cm 7 1000 48

(41)

Lac Limite de taille

Effort de pêche (h.p./ha)

Masse des touladis récoltés (g)

Remise à l’eau (%)

Commentaires

Cinconsine (suite)

8 1000 53 Effort maximum

Min. 45 cm 7 1400 70 25 % conservés

après 7 ans

22 1200 87 Effort maximum

Min. 47 cm 7 1600 75

30 1300 93

Min. 48 cm 7 1600 80

30 1400 93

Min. 50 cm 7 1800 85

30 1500 95

Min. 55 cm 7 2400 93

30 2200 98

35 cm-50 cm 7 1200 75

20 625 75 Effort maximum

Matapédia Aucune 2 1600 0 Effort maximum

Min. 40 cm 3 1500 30 Effort maximum

Min. 45 cm 4 1800 55 Effort maximum

Min. 47 cm 4.5 2000 65 Effort maximum

Min. 48 cm 5 2100 68 Effort maximum

Min. 50 cm 6 2100 75 Effort maximum

Min. 55 cm 6 2600 83

9 2500 87 Effort maximum

35 cm-50 cm 5 1800 65 Effort maximum

Mégantic Aucune 4 1000 0 Effort maximum

Min. 40 cm 5 1200 35 Effort maximum

Min. 45 cm 5 1600 58

9 1400 67 Effort maximum

Min. 47 cm 5 1800 65

13 1500 78 Effort maximum

Min. 48 cm 5 2200 68

14 1600 80 Effort maximum

Min. 50 cm 5 2200 75

17 1700 86 Effort maximum

Min. 55 cm 5 2700 80

25 2200 94 Effort maximum

35 cm-50 cm 5 1800 65

15 1100 73 Effort maximum

Kipawa Aucune 4 900 0 Effort maximum

Min. 40 cm 5 1150 40 Effort maximum

Min. 45 cm 6 1500 63

9 1300 73 Effort maximum

(42)

Lac Limite de taille

Effort de pêche (h.p./ha)

Masse des touladis récoltés (g)

Remise à l’eau (%)

Commentaires

Kipawa (suite)

Min. 47 cm 6 1600 70

12 1400 80 Effort maximum

Min. 48 cm 6 1600 73

14 1500 84 Effort maximum

Min. 50 cm 6 1800 78

20 1600 91 Effort maximum

35 cm-50 cm 6 1400 70

13 1000 75 Effort maximum

Une taille minimum de 48 cm permettrait de supporter une pression de pêche équivalente à la gamme de taille protégée, tout en fournissant un taux de remise à l’eau comparable, avec cependant une masse moyenne des poissons récoltés plus élevée. Pour les populations ayant une taille à maturité sexuelle plus petite, comme le lac Cinconsine, cette mesure permettrait de supporter une pression de pêche plus importante que la gamme de taille protégée, en plus d’une masse moyenne des touladis récoltés beaucoup plus élevée mais au prix d’un taux de remise à l’eau aussi plus élevé.

Il est important de remarquer que quelle que soit la réglementation envisagée, les populations qui atteignent la maturité sexuelle à de grandes tailles, comme les lacs du Bas Saint-Laurent, ne peuvent supporter des pressions de pêche aussi fortes que les autres populations.

Finalement, nous pouvons observer que les taux de remise à l’eau estimés par simulation (tableau 13) sont supérieurs à ceux mesurés sur le terrain lors de recensements de pêche (tableau 4). Ainsi, nous devons considérer les taux de remise à l’eau estimés par simulation, à titre comparatif avec ceux évalués pour la gamme de taille protégée actuellement en vigueur.

(43)

8. UNE TAILLE MINIMALE DE 40 CM AU NORD DU SAINT-LAURENT ET DE 48 CM AU SUD

Dans le secteur nord-est les populations à croissance lente dominent largement alors qu’elles sont très présentes dans le secteur nord-ouest. On suggère donc que dans ces deux secteurs la réglementation de base soit une taille minimum légale de 40 cm, avec un certain nombre d’exceptions correspondant aux plans d’eau à croissance rapide pour lesquels une taille minimum de 48 cm s’appliquerait. Les populations à croissance lente pourraient supporter des pressions de pêche de l’ordre de 18 h.p./ha alors qu’elle y serait actuellement d’environ 11 h.p./ha en moyenne.

Les populations à croissance rapide de ces secteurs pourraient supporter une pression de pêche de 12 h.p./ha ou plus, selon leur croissance en longueur et surtout leur taille à maturité sexuelle. Actuellement la pression de pêche sur les populations à croissance rapide de ces secteurs semble de moins de 10 h.p./ha.

Pour certaines populations de la Mauricie, la pression de pêche semble déjà dépasser 18 h.p./ha, malgré que l’ouverture de la pression de pêche au touladi soit actuellement le 1er juin dans la zone de pêche 15. Afin d’être en mesure de contrer la surexploitation prévalant toujours dans la zone 15 et d’y permettre le rétablissement des populations de touladi, il serait recommandé d’y reporter l’ouverture de la saison de pêche au touladi au 1er juillet.

Au Sud du Saint-Laurent, les eaux abritent presque exclusivement des populations à croissance rapide. Une taille minimum de 48 cm y est donc recommandée avec quelques exceptions correspondant aux lacs à croissance lente. La plupart des populations pourraient supporter des pressions de pêche maximum de 12 h.p./ha à 14 h.p./ha, sauf celles du Bas Saint-Laurent qui atteignent la maturité sexuelle à une plus grande taille et qui pourraient supporter des pressions de pêche maximum d’environ 5 h.p./ha, pressions qui semblent presque atteintes.

(44)

Dans le but de fournir une première évaluation du réalisme de ce scénario, une projection fut réalisée sur l’ensemble des lacs à touladi du sud du Québec.

Les caractéristiques biologiques des populations de touladi varient beaucoup au Québec.

L’analyse de la performance de scénarios réglementaires se fait par modélisation ce qui exige que l’on dispose, pour chaque population à modéliser, de certaines caractéristiques biologiques de base. Ces données ne sont disponibles que pour un petit nombre de populations. Pour projeter à l’ensemble du sud du Québec les résultats des modélisations l’on doit pouvoir associer biologiquement chaque population « inconnue » à une population pour laquelle nous disposons de toute l’information nécessaire et émettre l’hypothèse que, soumises aux mêmes conditions d’exploitation, les deux populations auront une réaction semblable. Deux paramètres permettent cette association : la taille moyenne à 15 ans (LF 15 ans) indicatrice du taux de croissance et la taille à laquelle 50 % (LFmat 50 %) des spécimens atteignent la maturité sexuelle. Contrairement à (Shuter et al. 1998) les paramètres de l’équation de Von Bertalanffy, L¥ et K, n’ont pas été retenus, puisqu’ils ne peuvent être estimés avec confiance que pour un petit nombre de lacs seulement.

Puisque l’on s’intéresse à des populations pour lesquelles aucune information biologique n’est disponible il faut prédire LF 15ans et LFmat 50 % à partir de descripteurs facilement disponibles pour tous les lacs du Québec : la superficie et la localisation géographique.

C’est donc à partir de diverses transformations mathématiques de ces variables, qu’une analyse par régression a été réalisée pour un certain nombre de populations rencontrant les critères minimaux suivants (annexe 7) :

· bon ajustement de la courbe de croissance aux données de détermination d’âge;

· détermination adéquate de la taille à laquelle 50 % des spécimens sont matures.

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