CORRIG´ E MINES 2008 MATHS 1
I Permanent
(1) Soit M = (m
1, . . . , m
n) ∈ M
n,n( R ). On a alors | per M | 6 X
σ∈Sn
n
Y
i=1
| m
i,σ(i)| . Classique- ment | m
i,σ(i)| 6 k m
σ(i)k ; d’autre part, puisque σ est une permutation, σ(i) d´ecrit I
nquand i d´ecrit I
n, donc, pour tout σ ∈ S
n:
n
Y
i=1
| m
i,σ(i)| 6
n
Y
i=1
k m
σ(i)k =
n
Y
j=1
k m
jk .
Enfin la somme contient Card S
n= n! termes, ce qui fournit bien
| per M | 6 n!
n
Y
j=1
k m
jk .
(2) Soient M = (m
1, . . . , m
n), R = (r
1, . . . , r
n), et P
j= (m
1, . . . , m
j, r
j+1, . . . , r
n) pour j ∈ { 0, . . . , n } . On a en particulier P
0= R et P
n= M , donc par t´elescopage
| per M − per P | =
n
X
j=1
(per P
j− per P
j−1) 6
n
X
j=1
| per P
j− per P
j−1|
Or per P
j− per P
j−1= per(m
1, . . . , m
j−1, m
j− r
j, r
j+1, . . . , r
n) par multilin´earit´e. Il ne reste donc qu’`a appliquer l’in´egalit´e du 1 `a ce dernier permanent pour obtenir le r´esultat demand´e.
(3) Supposons dans un premier temps j = n. Pour tout i ∈ I
n, notons P
il’ensemble des permutations σ de I
nv´erifiant σ(i) = n ; cela revient `a dire que σ
−1(n) = i, S
nest donc la r´eunion disjointe des P
i. Par suite per M =
n
X
i=1
m
i,nX
σ∈Pi
Y
k6=i
m
k,σ(k).
Fixons i ∈ I
n. Posons M
′= M (i | n). Soit τ la bijection de I
n\ { i } dans I
n−1qui associe `a un num´ero de ligne dans M, le num´ero de la ligne correspondante dans M
′; autrement dit, τ (k) vaut k si k < i, k − 1 sinon. On a alors
Y
k6=i
m
k,σ(k)= Y
k6=i
m
′τ(k),σ(k)=
n−1
Y
l=1
m
′l,σ(τ−1(l))
par le changement d’indice l = τ(k).
Si σ ∈ P
i, alors elle r´ealise une bijection de I
n−1dans I
n\{ i } , donc σ
′: l 7−→ σ(τ
−1(l)) est une permutation de I
n−1. L’application σ 7−→ σ
′est clairement injective (composition par une bijection), et les ensembles P
iet S
n−1ont mˆemes cardinaux, donc σ 7−→ σ
′est une bijection de l’un dans l’autre. Par suite
X
σ∈Pi
Y
k6=i
m
k,σ(k)= X
σ∈Pi
n−1
Y
l=1
m
′l,σ(τ−1(l))= X
σ′∈Sn−1
n−1
Y
l=1
m
′l,σ′(l)= per M
′ce qui fournit le r´esultat demand´e dans le cas j = n.
Le cas g´en´eral s’y ram`ene imm´ediatement grˆace `a la sym´etrie du permanent, puisque per M est le permanent de la matrice obtenue en permutant les colonnes j et n.
1
2 CORRIG ´E MINES 2008 MATHS 1
II - Formes quadratiques
(4) Si H et G ne sont pas en somme directe, alors leur intersection contient un vecteur u non nul, et donc le vecteur v = u/ k u k appartient `a H ∩ G ∩ S. Mais alors on doit avoir Φ
Q(v) > 0 puisque H ∈ V
0+, et Φ
Q(v) < 0 puisque G ∈ V
−, contradiction.
Puisque les dimensions possibles des sous-espaces sont en nombre fini, il existe H
0∈ V
+v´erifiant r(Φ
Q) = dim H
0, et G
0∈ V
−v´erifiant s(Φ
Q) = dim G
0. Puisque V
+⊂ V
0+, ces deux sous-espaces sont en somme directe d’apr`es ce qui pr´ec`ede, et donc r(Φ
Q)+s(Φ
Q) = dim(H
0+ G
0) 6 dim R
n= n.
(5) Puisque Q est sym´etrique r´eelle, on sait que R
nadmet une base orthonormale de vec- teurs propres pour Q. Posons p = n
+(Q), et choisissons une telle base orthonormale (e
1, . . . , e
n), en num´erotant les vecteurs de mani`ere `a ce que les p premiers vecteurs de la base soient associ´es `a des valeurs propres strictement positives, not´ees µ
1, . . . , µ
p. Soit enfin H = Vect(e
1, . . . , e
p).
Si u = P
pi=1
x
ie
i∈ H \ { 0 } , alors un calcul classique fournit Φ
Q(u) = P
pi=1
µ
ix
2i> 0 et donc H ∈ V
+. Par suite r(Φ
Q) > dim H = n
+(Q).
(6) On a donc n
+(Q) + n
−(Q) 6 r(Φ
Q) + s(Φ
Q) 6 n. Or Q est inversible, donc 0 n’en est pas une valeur propre et Q est diagonalisable, donc a n valeurs propres r´eelles. Par suite n
+(Q) + n
−(Q) = n, ce qui entraine r(Φ
Q) = n
+(Q) et s(Φ
Q) = n
−(Q).
(7) Soient H ∈ V
+de dimension r(Φ
Q), et G ∈ V
−de dimension s(Φ
Q).
Alors S ∩ H est la sph`ere unit´e de l’espace de dimension finie H, donc est un compact de H. D’autre part, Φ
Q, en tant que forme quadratique, est continue sur S ∩ H. Elle atteint donc un minimum m en un point u
1de S ∩ H ; et, puisque u
1∈ S ∩ H, on a m > 0. Posons δ
1= m/2.
Supposons κ 6 δ
1. Alors, si x ∈ S ∩ H, Φ
R(x) > Φ
Q(x) − κ k x k
2> m − m/2 > 0. Donc Φ
Rest strictement positive sur S ∩ H, et donc r(Φ
R) > dim H = r(Φ
Q).
De mˆeme, en prenant δ
2= − M/2 > 0 o` u M est le maximum de Φ
Qsur S ∩ G, on montre que s(Φ
R) > dim G = s(Φ
Q) si κ 6 δ
2.
Prenons alors δ = min { δ
1, δ
2} . Si κ 6 δ, alors r(Φ
R) > r(Φ
Q) et s(Φ
R) > s(Φ
Q). Mais, d’apr`es les questions pr´ec´edentes, r(Φ
R) + s(Φ
R) = r(Φ
Q) + s(Φ
Q) = n, et donc les in´egalit´es pr´ec´edentes sont des ´egalit´es.
III - Espaces de Lorentz
(8) Supposons ϕ(λ) > 0 pour tout λ. Soit H = Vect(a, b) (de dimension 2 puisque (a, b) est libre), soit u = αa + βb ∈ H.
• Si β = 0, alors Φ
Q(u) = α
2Φ
Q(a) > 0 ;
• Sinon, Φ
Q(u) = β
2Φ
Qb + (α/β)a
= β
2ϕ(α/β) > 0.
Donc Φ
Qest positive ou nulle sur H, et donc H ∈ V
0+.
Soit alors G ∈ V
−de dimension n − 1 = s(Φ
Q). D’apr`es la question 4, G et H sont en somme directe, alors que la somme de leurs dimensions est strictement plus grande que n : on aboutit donc `a une contradiction, ϕ prend donc obligatoirement des valeurs strictement n´egatives.
(9) Puisque Φ
Q(a) > 0, a n’est pas nul.
• Si (a, b) est li´ee, on peut donc trouver α ∈ R tel que b = αa. On a alors B
Q(a, b)
2= α
2Φ
Q(a) = Φ
Q(a)Φ
Q(b) : l’in´egalit´e est v´erifi´ee, et on a ´egalit´e.
• Supposons maintenant (a, b) libre. Alors ϕ(λ) = Φ
Q(a)λ
2+ 2B
Q(a, b)λ + Φ
Q(b) est
un trinˆome du second degr´e en λ puisque Φ
Q(a) 6 = 0, dans lequel le coefficient de
λ
2est strictement positif, et qui prend des valeurs strictement n´egatives d’apr`es la
question pr´ec´edente. Son discriminant est donc strictement positif, ce qui donne
B
Q(a, b)
2> Φ
Q(a)Φ
Q(b). L’in´egalit´e est donc v´erifi´ee, et on n’a pas ´egalit´e.
CORRIG ´E MINES 2008 MATHS 1 3
IV - In´ egalit´ e d’Alexandrov
(10) Le polynˆome caract´eristique de Q est X
2− 1, donc ses valeurs propres sont − 1 et 1. Par suite Q est sym´etrique et inversible, les r´esultats du II s’appliquent : donc r(Φ
Q) = n
+(Q) = 1 et s(Φ
Q) = n
−(Q) = 1.
(11) Soit j ∈ I
n. Notons d´ej`a que la formule de d´eveloppement de la question 3 fournit, pour tout (n − 1)-uplet (u
1, . . . , u
n−1) de vecteurs de R
n:
per(u
1, . . . , u
n−1, e
j) = per(u
1(j), . . . , u
n−1(j)).
Soit c ∈ R
n. Pour all´eger les ´ecritures, posons c
′= c(j) et, pour tout i ∈ I
n, m
′i= m
i(j).
Consid´erons l’application ϕ qui, `a un couple (x, y ) de vecteurs de R
n−1, associe le nombre per(m
′1, . . . , m
′n−3, x, y). Par sym´etrie et multilin´earit´e du permanent, ϕ est une forme bilin´eaire sym´etrique.
La matrice de la forme quadratique associ´ee, dans la base canonique (e
′1, . . . , e
′n−1) de R
n−1, a pour coefficients les nombres ϕ(e
′k, e
′l) = per(m
′1, . . . , m
′n−3, e
′k, e
′l).
Cette matrice Q
′est donc la matrice associ´ee par l’´enonc´e du th´eor`eme `a la famille de vecteurs (m
′1, . . . , m
′n−1) de R
n−1, dont les coordonn´ees sont strictement positives ; par hypoth`ese de r´ecurrence, ( R
n−1, Q
′) est donc un espace de Lorentz.
D’autre part, les coordonn´ees des m
′i´etant strictement positives, il est clair par d´efinition du permanent que Φ
Q′(m
′n−2) > 0.
D’apr`es la question 9, on peut donc conclure que ϕ(m
′n−2, c
′)
2> Φ
Q′(m
′n−2)Φ
Q′(c
′) avec ´egalit´e si et seulement si m
′n−2et c
′sont colin´eaires ; ce qui constitue le r´esultat demand´e, compte tenu de la remarque faite au d´ebut de la question.
(12) Notons d´ej`a que, en adaptant un raisonnement fait `a la question pr´ec´edente, on voit facilement que Φ
Q(u, v) = per(m
1, . . . , m
n−2, u, v) pour tout couple (u, v) de vecteurs de R
n. On en d´eduit
0 = Qc · c = Φ
Q(c) = per(m
1, . . . , m
n−2, c, c)
= per(m
1, . . . , m
n−3, c, c, m
n−2)
=
n
X
j=1
m
j,n−2per(m
1, . . . , m
n−3, c, c, e
j) par lin´earit´e par rapport `a la derni`ere variable.
(13) Compte tenu des remarques pr´ec´edentes, le premier permanent est Φ
Q(c, e
j) = e
j· Qc = 0.
Comme vu en 11, le deuxi`eme permanent vaut per(m
1(j), . . . , m
n−2(j), m
n−2(j)), et donc est strictement positif, puisque les coordonn´ees des vecteurs concern´es sont toutes strictement positives.
(14) Soit donc c tel que Qc = 0. En appliquant l’in´egalit´e du 11, l’´egalit´e du 13 fournit pour tout j : per(m
1, . . . , m
n−2, m
n−2, e
j) × per(m
1, . . . , m
n−3, c, c, e
j) 6 0.
De plus per(m
1, . . . , m
n−2, m
n−2, e
j) > 0 donc per(m
1, . . . , m
n−3, c, c, e
j) 6 0 pour tout j.
Enfin, puisque les nombres m
n−2,jsont tous strictement positifs, l’´egalit´e du 12 montre que per(m
1, . . . , m
n−3, c, c, e
j) = 0 pour tout j.
On a donc en fait ´egalit´e dans l’in´egalit´e du 11, donc, puisque m
n−2(j) 6 = 0, il existe λ
jtel que c(j) = λ
jm
n−2(j). Puisque per(u
1, . . . , u
n−1, e
j) ne d´epend pas des j-i`emes composantes des u
i, on en d´eduit
0 = per(m
1, . . . , m
n−3, c, c, e
j) = per(m
1, . . . , λ
jm
n−2, λ
jm
n−2, e
j)
= λ
2jper(m
1, . . . , m
n−2, m
n−2, e
j)
et donc λ
j= 0 pour tout j, d’o` u c = 0. La matrice Q est donc inversible.
4 CORRIG ´E MINES 2008 MATHS 1
(15) Par d´efinition du permanent, pour tout (i, j), le coefficient en position (i, j) de Q
0vaut B
0(e
i, e
j) = P
σ∈Sn
e
i,σ(n−1)e
j,σ(n). C’est donc le nombre de permutations de S
nv´erifiant σ(n − 1) = i et σ(n) = j ; il vaut donc 0 si i = j , (n − 2)! sinon.
Consid´erons la matrice J ∈ M
n( R ) dont tous les coefficients valent (n − 2)!. Claire- ment J est de rang 1, donc admet 0 pour valeur propre `a l’ordre n − 1 ; et sa derni`ere valeur propre vaut Tr J − (n − 1) × 0 = n(n − 2)!.
Puisque Q
0= J − (n − 2)!I
n, ses valeurs propres sont − (n − 2)!, `a l’ordre n − 1, et n(n − 2)! − (n − 2)! = (n − 1)! `a l’ordre 1.
Puisque 0 n’est pas valeur propre, Q
0est sym´etrique r´eelle et inversible : la partie III fournit donc r(Φ
Q0) = n
+(Q
0) = 1 et s(Φ
Q0) = n
−(Q
0) = n − 1.
(16) Pour all´eger les ´ecritures, posons p
i= θm
i+ (1 − θ)e et p
′i= θ
′m
i+ (1 − θ
′)e pour tout i ∈ I
n−2. Soient x et y dans R
n. La question 2 fournit
| B
θ(x, y) − B
θ′(x, y) | 6 n!
n−2
X
j=1
k p
1k · · · k p
j−1k k p
j− p
′jk k p
′j+1k · · · k p
′n−2k k x k k y k les deux derniers termes de la somme du 2 ´etant ici nuls.
Or, puisque θ ∈ [0, 1], on a pour tout i k p
ik 6 θ k m
ik + (1 − θ) k e k 6 k m
ik + k e k = k m
ik + √
n ; de mˆeme k p
′ik 6 k m
ik + √
n ; et, pour tout j, k p
j− p
′jk = | θ − θ
′| k m
j− e k 6
| θ − θ
′| ( k m
jk + √ n).
En rempla¸cant dans l’in´egalit´e pr´ec´edente, on obtient le r´esultat demand´e, avec un facteur n − 2 au lieu du facteur n demand´e, d’o` u l’on d´eduit imm´ediatement l’in´egalit´e cherch´ee.
(17) Notons d´ej`a que, pour tout θ ∈ [0, 1], les composantes des vecteurs θm
i+ (1 − θ)e sont toutes strictement positives (barycentres `a coefficients positifs de nombres strictement positifs). On peut donc en particulier appliquer le r´esultat de la question 14 `a Q
θ, ce qui montre que Q
θest sym´etrique r´eelle et inversible pour tout θ ∈ [0, 1].
Soit alors θ ∈ [0, 1]. En combinant les r´esultats des questions et 16, on en d´eduit qu’il existe δ > 0 tel que, si n.n! | θ − θ
′| Q
n−2j=1
( k m
jk + √
n) 6 δ alors r(Φ
Qθ) = r(Φ
Qθ′). En posant α = δ
n.n! Q
n−2j=1