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Primalit´ e des nombres de Mersenne : test de Lucas

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Academic year: 2021

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(1)

Primalit´ e des nombres de Mersenne : test de Lucas

Gilles Auriol

[email protected] — http://auriolg.free.fr

Th´eor`eme. — Soit (yk) la suite d´efinie par y0 = 2 et yk+1 = 2y2k−1 pour k > 0. Alors pour tout k>3, l’entier 2k−1 est premier si et seulement s’il divise yk−2.

Preuve. — 1) Dans la premi`ere partie de la preuve, on fixe p>5 un nombre premier. On note Fp =Z/pZ etM2(Z) (resp. M2(Fp)) les matrices carr´ees de taille 2×2 oefficients dans Z (resp.

Fp). Soit

M =

4 1

−1 0

∈M2(Z) et Mp =

4 1

−1 0

∈M2(Fp).

Le polynˆome minimal deMp estX2−4X+ 1, donc laFp-alg`ebreKp =Fp[Mp] engendr´ee parMp dans M2(Fp) est de dimension 2 et commutative. En d´esignant par I2 la matrice identit´e, on a

Kp ={aMp+bI2, (a, b)∈F2p}.

Soit Bp = {A∈ Kp, detA = 1} et montrons que c’est un groupe multiplicatif. Le seul point qui n’est pas imm´ediat est le fait que si A est une matrice inversible de Kp, alors son inverse est encore dans Kp. En ´ecrivant que le polynˆome caract´eristique de A annule A et que son terme constant est non nul (c’est detA), on exprime A−1 comme un polynˆome enA, d’o`u A−1 ∈Kp.

2) Montrons par r´ecurrence que 2yk = Tr(M2k). Pour k = 0 c’est clair, et l’h´er´edit´e provient de la formule Tr(A2) = (Tr(A))2−2 det(A) qui montre alors que

2yk+1 = 4yk2−2 = (2yk)2−2 = (Tr(M2k))2 −2 det(M2k) = Tr(M2k+1).

3) Montrons maintenant le r´esultat suivant (o`u les fractions d´esignent le symbole de Legendre)

•si

3

p

=−1, alors Kp est un corps commutatif et |Bp|=p+ 1 ;

•si

3

p

= 1, alors |Bp|=p−1.

PosonsCa,b=aMp+bI2 pour a, b∈Fp. On a detCa,b=a2+ 4ab+b2. Sia= 0, alors detCa,b = 0⇐⇒b= 0.

Sia6= 0, alors detCa,b = 0⇐⇒(b+ 2a)2 = 3a2 ⇐⇒(ba−1+ 2)2 = 3.

Ceci conduit iscuter selon que 3 est ou non r´esidu quadratique modulo p. Supposons qu’on ait

3

p

=−1, alors detCa,b = 0 ⇐⇒a =b = 0, donc Kp est un corps. Consid´erons le morphisme de groupe multiplicatif det :Kp −→Fp. Son noyau est Bp, de plus|Kp|=p2−1 et |Fp|=p−1.

Le th´eor`eme d’isomorphisme donneK/Bp 'Im(det), d’o`u l’on d´eduit quep+1 divise|Bp|. Mais d’autre part, ´etant donn´ea∈Fp, il existe au plus deux valeurs de b∈Fp telles que det(Ca,b) = 1, donc|Bp|62p(et bien sˆur|Bp|>1), d’o`u l’´egalit´e |Bp|=p+ 1.

Supposons r´esent

3

p

= 1. Alors en d´esignant par µ une racine carr´ee de 3, le polynˆome caract´eristique de Mp est (X −2−µ)(X −2 +µ), dont les racines sont distinces (car p > 5).

Ainsi il existe une matrice P inversible telle que pour tout (a, b)∈F2p

Ca,b=P

a(2 +µ) +b 0 0 a(2−µ) +b

P−1. 1

(2)

R´eciproquement, ´etant donn´e (α, β) ∈ F2p, il existe un unique couple (a, b) ∈ F2p tel que (a(2 +µ) +b, a(2−µ) +b) = (α, β). Ainsi l’application (α, β) 7−→ P

α 0

0 β

P−1 est une bijection de F2p dans Kp et il y autant d’´el´ements dans Bp que de couples (α, β) ∈ F2p tels que αβ = 1. Ainsi|Bp|=p−1.

4) Passons a preuve du th´eor`eme proprement dite. Soit p un nombre premier de la forme 2k−1, o`u k > 3. Remarquons que k est impair, sinon ou pourrait ´ecrire p = (2k0 −1)(2k0 + 1) avec k0 = k/2 >2, contredisant p premier. Par cons´equent 2k−1≡ (−1)k−1 ≡ 1 mod 3 et la loi de r´eciprocit´e quadratique montre que

3

p

= (−1)3−12 2

k−2 2

p

3

=−

1

3

=−1.

DoncKp est un corps commutatif, et Bp en est un sous-groupe multiplicatif de cardinal 2k dont les ´el´ements sont les racines du polynˆome X2k −I2 (en effet ce polynˆome a au plus 2k racines, donc exactement 2k racines d’apr`es le th´eor`eme de Lagrange appliqu´e au groupe Bp).

Montrons queMp est d’ordre 2k. Il suffit pour cela de montrer queMp2k−1 6=I2. Soitλ= 2k+12 . On a λ2 = 2k+1 = 2(2k −1) + 2 ≡ 2 mod p. En posant X = λ−1(Mp −I2), on constate que X2 =Mp. Supposons alors que Mp2k−1 =I2, on aurait donc

X2k = (X2)2k−1 =Mp2k−1 =I2,

d’o`u X ∈Bp, ce qui est absurde car detX =λ−2det(Mp −I2) = 2−1(−2) = −1.

SoitS =Mp2k−2. Par ce qui pr´ec`ede,Sest d’ordre 4, doncS4−I2 = 0, d’o`u l’on d´eduitS2+I2 = 0 (carS n’est pas d’ordre 2 etKp est int`egre). Mais par Cayley-Hamilton, S2−Tr(S)S+I2 = 0, d’o`u en soustrayant, Tr(S) = 0, ce qui d’apr`es la partie 2 montre que pdivise 2yk−2 et enfin que pdivise yk−2 puisque 2 et p sont premiers entre eux.

5) R´eciproquement, soit n = 2k − 1 un entier qui divise yk−2, avec k > 3. Supposons n compos´e. Dans un premier temps, supposons en plus que n admette un diviseur premier q > 5.

(donc q < n car n compos´e). D’apr`es la partie 1, on a que n, donc q, divise Tr(M2k−2), donc Tr(S) = 0 o`uS =Mq2k−2. Par Cayley-Hamilton, il vient queS2+I2 = 0, donc S est d’ordre 4 et Mq d’ordre 2k. Mais l’ordre de Mq divise l’ordre du groupe Bq auquel elle appartient, qui est de cardinal q−1 ou q+ 1 d’apr`es la partie 3. Ainsi 2k 6q+ 1, donc n6q, absurde.

C’est donc qu’il existe r > 2 tel que 2k−1 = 3r. Si k est impair cette ´egalit´e ne peut avoir lieu car alors 2k−1≡1 mod 3. On en d´eduit donc que k= 2k0 aveck0 >2, d’o`u

3r = 2k−1 = (2k0 −1)(2k0+ 1).

Chacun de ces deux facteurs ´etant ´egal au moins , on en d´eduit qu’ils sont tous les deux divisibles par 3, donc leur diff´erence aussi, ce qui est absurde car celle-ci vaut 2.

Ainsi l’entiern est premier, et le th´eor`eme est prouv´e.

R´ef´erence. — Alg`ebre lin´eaire, Michel Cognet. Br´eal.

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