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Traitement du mildiou / par Pierre Viala, ... et Paul Ferrouillat, ... · BabordNum

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BIBLIOTHÈQUEDU PROGRÈSAGRICOLE ET VITICOLE

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TRAITEMENT

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PAR

PIERRE VIALA

Professeur de Viticulture à l'Ecolenationale d'Agriculture de Montpellier

PAUL FERROUILLAT

Professeur de Génie ruralàl'Ecole nationaled'Agriculture de Grignon

AVEC GRE PLANCHE EN CHROMO ET 26 FIGURES DANS LE TEXTE

Prix :

2'

|ogrès agricoleetviticole aMontpellier

MONT PELLIER

pO'll

LET, LIBRAIRE-ÉDITEUR

del'écolenationaleu'aiuucultube PARIS

S E. UECR0SN1ER,LIBRAIRES-ÉDITEURS

|ParederÉ"ole-de-Ylêde''ine,23 1887

Tuus droits réservés

M 1 >

ÉMUi-f

(2)
(3)
(4)

du Mildiou.

E.Marsal Chromo. G.Severeyns

MILDIOU

(5)

BIBLIOTHÈQUE DU PROGRES AGRICOLE ET VITICOLE

TRAITEMENT

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DU

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DIOU

par

PIERRE VIALA

Professeur de Viti"ulture à l'Ecole nationaled'Agriculture de Montpellier

et

PAUL FERROUILLAT

Professeurde Génie rural à l'Ecole nationaled'AgriculturedeGrignon

AVECUNEPLANCHEENCHROMOET NOMBREUSES FIGURES DANS LETEXTE

Prix : 1 franc

Aux Bureaux du Progrès agricole etvitico MONTPELLIER ETV1LLEFRANCHE-SUR-SÀ0NE

1887

Tousdroitsréservés

(6)

DES

MÊMES

AUTEURS

Les Maladies de la Vigne, par PierreVjala, professeur

deviticulture àl'Écolenationale d'Agriculturede Montpellier. Deuxième édition, ornée de 5 planches en

chromolithographie

et200 figuresdans le texte. Avec une Etude des

Appareils de

traitement, par M. Paul Ferrouillat, professeur de génie rural

à l'École nationale d'Agriculture de Grignon. Montpellier,

1887. Aux bureaux du Progrès agricoleet viticole, etchez Camille

Goulet. Paris, chez A. Delahaye et E. Lecrosnier (place de

l'École de Médecine, 23).Prix: 9 fr. Franco 9fr. 73

Montpellier.ImprimerieGrollicrelfils, bo ilevarddu Peyrou, 9.

(7)

PRÉFACE

Il est acquis aujourd'hui que les Sels de cuivre permettent de combattre le Mildiou avec certitude desuccès, et que cette maladie n'estplusun obstacle

quequelques viticulteursconsidéraientcommeabsolu pour lareconstitution desvignobles.

Nous essayons de résumer ici les faits que nous avonsdéveloppés ailleurssurles traitements de cette maladie, en exprimant les conclusions quinous pa¬

raissent lesplus pratiques, sansnous laisser arrêter par aucune considération, de quelque ordre qu'elle

soit. Notre but est de mettre cl la disposition des viticulteurs, sous une forme commode, un Manuel qui puisse leurservir de guidepour la pratique des traitements du Mildiou. Nous nous estimerons heu¬

reux sinous avons pu leur être de quelque utilité.

Montpellier, le 18 mars 1887.

Pierre Viala et Paul Ferrouillat.

(8)
(9)

TRAITEMENT

DU

M I L D I O U

INTRODUCTION

Le Mildiouestune maladie de la vigne, due à un cham¬

pignon, le Peronospora vilicola (de Bary), et originaire d'Amérique. Il a été reconnu, pour la première fois en France, par M. Planchon, en 1878. Dès 1879 il s'est pro¬

pagé en Europe avec unetrèsgrande rapidité; tous les vi¬

gnobles de l'ancien et du nouveau continent sont actuelle¬

ment envahis.

LeMildiou estune maladie d'une gravité exceptionnelle, plusredoutable, à tous les points de vue, quel'Oïdium. Les

craintes pessimistes des viticulteurs n'étaient que troplégi¬

times,car, enquelques jours,etparfois seulement aumoment de la maturité, des récoltes entières sont anéanties et les

souches affaibliesà un point tel qu'elles peuvent succomber

àlasuite de plusieursattaques successives. Aussi la décou¬

verte d'un remède efficace contre le parasite est-elleconsi¬

dérée comme un des faitsviticoles desplus importants.

I. CARACTÈRES EXTÉRIEURS DU MILDIOU

LeMildiou se développe sur tous les organes verts de la vigne: les rameaux herbacés, les fruits avant véraison, et

surtout les feuilles. Lesystème végétatif du champignon

(10)

(correspondant aux racines et aux

tiges des végétaux

supérieurs) vit dans l'intérieur des tissus. Il

détermine des-

altérations qui se manifestent à l'extérieur par

des déco¬

lorations assez caractéristiques. L'appareil fructifère du

Mildiousort par lesstomates et forme, à la

surface des

par¬

tiesenvahies, de petites touffesd'un blanc de lait, isoléesou confluentes et*plus ou moins condensées, qui ressemblent

àdesconcrétionssalines, ou mieux à dusucre que l'on au¬

raitrépandu enpoudre fine.

A. Sur les feuilles. Les efflorescencesblanches du Mildioun'apparaissent sur lesfeuilles qu'à lafaceinférieure

danslagénéralité des cas,etelles se distinguentnettement,

parleur teinte d'un blanc laiteux, des poils du parenchyme.

Elles ne se montrent pas audébut de l'attaque; la maladie

ne semanifestealors,àla face supérieure,que par uneteinte plus jaune,par points isolés. Mais.cette coloration peutêtre

dueàd'autrescauses; commeilest trèsutile de s'assurerde

lanature de cestaches pour saisir lepremiermoment d'ap¬

parition duparasite, si l'onhésitesurleurnature,on cueille

les feuilles partiellement décolorées, on les maintient dans

une atmosphère humide, et l'on voit apparaître, au bout

d'une journée auplus, des efflorescences blanchesà la face inférieure, en regarddes taches jaunes, si c'est le Mildiou

qurlesa produites. La coloration,àl'état naturel, se fonce

enjaune,les efflorescences apparaissent,puis elletournera¬

pidement aubrun clair; les taches prennent définitivement

une couleur feuillemorte; elles ne sont jamais bullées. Les taches circulaires, primitivement isolées, se réunissent en

s'agrandissantet forment des plages étendues qui peuvent envahirtoutle parenchyme. Lesfeuilles sèchentettombent.

A l'automne la feuille présente des tachesà teintebruner variable d'intensité, très rapprochées,de 1/2 à1 centimètre

au plusde diamètre; elles tranchent surle fond vertouplus

souventjaunâtreduparenchyme. Ces variations de teinte

ont faitcomparercette formeauxpoints de tapisserie.

(11)

TRAITEMENT DU MILDIOU 7 B. Sur les fruits. LeMildiou ne se montre pas fré¬

quemment sur les fleurset lesommet des jeunes rameaux.

La grappe verte peut être blanche des

fructifications du

champignon,à cet état tout sedessècheettombe. Le

pédon¬

culepeut seul avoir ses tissus mortifiés, tousles

fruits

sè¬

chent ; le même phénomène alieu parfois, sans

qu'il

appa¬

raisse d'ailleurs au dehors la moindre fructification du parasite.

Leplus souvent lesgrains verts ne montrent

des efflores-

cences que parplaces limitées, d'autres

fois ils

sont

entière¬

ment blanchis; la peaus'affaisse alors etse rideen prenant

uneteintegris foncélivide; il s'ensuitsouvent, dans cescon¬

ditions, unepertetotalede tous les fruits; les

fructifications

duchampignon se forment dans l'intérieurentre

la pulpe

et

le pépin. Cette forme deMildiou est

identique

à ce que

l'on

nomme en Amérique Greij Rot (rot gris) ; c'est

elle qui

cause les plus grands ravages sur les raisins.

Peu avant,et même aprèslavéraison, lesgrains

envahis

présentent une teinte jaunelivide aupourtour du

pédicelle,

la peau sesurélève et la chair devienttrès

pulpeuse. L'alté¬

ration progresse peuà peu vers lesommet

du grain,

en pre¬

nant successivement des teintes plusfoncéesen rougebrun.

Puis les fruits se rident, sont d'un brun foncé et tombent quelque temps avant la

maturité,

sans que

le champignon

aittrahi sa présence par l'émission à

l'extérieur de fructifi¬

cations blanches. Cette formed'altération est identique au Broivn Rot(rot brun) des américains.

C. Influence du cépage.—Le Mildioua été observé

sur touteslesvariétés devignes sauvages ou cultivées,

mais

tousles cépagesne sontpaségalementatteints.

Si les obser¬

vations nesont pas encore suffisantes pourque

l'on puisse

donner à chaque variété uneplace définitive

dans l'échelle

de résistance au Mildiou, nous pouvons cependant, d'après

les nombreux documentsque nous avons eus à notre

dispo¬

sition, classer provisoirement les principaux cépages;

ils

(12)

TRAITEMENT DU MILDIOU

sontordonnés, danschaquecatégorie, plutôt parrégions,et

nonpar ordre de résistance oude sensibilité.

Bien résistants.CastetsouNicouleau,Pignon, Fer, Grappu (de la Dordogne), Tripet. Portugaisbleu, Duriff, Etraire de la Duy, Yerdesse,Pellourein.—V. Rupestris, Y. Cinerea, V. Berlan- dieri, Mustang, Scuppernong, V. Cordifoha, V. Riparia et ses variétés (formes sauvages, Solonis, Clinton, Taylor, Oporto, etc.), Vialla, Blue-Dyer, Elvira, Black-Pearl, etc.

Résistants. Cabernet-Sauvignon, Cabernet, Sauvignon, Sémillon. Sirah, Trousseau, Folle-blanche, Duras. Teintu¬

rier, Aramon-Bouschet 1, Aspiran-Bouschet, Petit-Bouschet, Saint-Sauveur. Herbemont, Black-July, etc.

Assez résistants. Aramon, Alicantes-Bouschet, Clairette, Merlot, Muscadet, Muscadelle, Marsupet. Puisard, Mondeuse, Enfariné, Rousse, Roussaou, Folle noire ou Dégoûtant, Grollot, Petit-DanezyouSaintpierre, Chatus, Meslier. Ascolano, Latino rosso, Lagarese, Trebbiano. V. Arizonica, Canada,etc.

4° Peu résistants. Chasselas, Muscats, Espar ou Balzac ou

Mourvèdre, Grec rouge, Morrastel, Cinsaut, Œillade, Spiran ou

Aspiran, Piquepouls. Verdot, Jurançon, Corbeau, Mérille, Roussanne,Marsanne,Gamay, Pineau.— Rosaki, Abrostine,Ros- ciolo, Othello,etc.

Trèsattaqués. Grenache, Carignane, Terrets, Aramon-

Teinturier-Bouschet,Terret-Bouschet, Morrastel-Bouschet à gros

grains.Cot ou Malbec, Servanin, Hibou, Mancin. Bobal, Schiradzouli, Kawoori, Sabalkanskoï, Farrana, Liada, Beni Carlo, NerieddoCappucio, Canajolo, Colorino, Dolcetto, Pignolo, Barba-

rossa.Jacquez,V. Californica, etc.

II. CONDITIONS DE DÉVELOPPEMENT DU MILDIOU LeMildiou, par suite des conditions d'humiditéet de cha¬

leurnécessaires à son développement et qu'il doit trouver combinées, peutapparaîtreàdesépoques assez irrégulières,

mais il sest montré dès le mois de mai danstoutes les ré¬

gions,auplus tôt le 15. Ce faitest à bien noter, car il nous

guiderapourfixer les époquesde traitement.

LeMildiou se développe surtout dans les milieux bas et

(13)

TRAITEMENT DU MILDIOU 9

humides, à la suite de brouillards, de rosées abondantes,et d'une température assez élevée. Il faut que l'eau soit préci¬

pitée en gouttelettes sur les organes de lavignepour que les semences du parasite puissent germer et les infester;

ceci explique comment les souches situées sous des abris artificiels ou sousle feuillage épais des arbresne sont pas attaquées par le Mildiou. Lorsque lesconditions de tempé¬

ratureet d'humidité, en eauprécipitée, sont réunies, le Mil¬

diou peutenvahir fortement lesvignes en48 heures; mais dans certaines circonstancesle parasite peut mettre8 et 10 jours à parcourir ses phases de développement. Ce phéno¬

mèneestutileencoreà préciser,caril démontrequ'unvigno¬

ble peut être envahi depuis un certain tempslorsqu'oncon¬

state, pourla première fois, la production des efflorescences blanches sur les organes verts. Les vents secs déter¬

minent un arrêt complet dans le développement de la ma¬

ladie.

III. ETUDE BOTANIQUE DU MILDIOU

A. Mycélium. Le Peronospora vilicola est la cause directe du Mildiou ; c'est un champignon dont l'appareil végétatif ou nourricier (Fig. 1 a) rampe dans les tissus, il puisepar des suçoirs (c) les matériaux qui lui sont nécessai¬

res. Ce mycélium est incolore, continu, se moule sur les

parois dès cellules sans jamais les traverseret affecte des formesvariées. Il présente de nombreuses ramificationsqui

sont renflées, étranglées, à contour lisse et parfois à con¬

tour frangé, même lacinié. Il peut, dans des conditions tout àfaitspécialeset raresd'ailleurs,resterpendant lamauvaise saison, à l'état de vie latente, dans les feuilles tombéessur le sol.

B. Filaments fructifèreset Conidies.— Les efflo¬

rescences blanches sont dues aux filaments fructifères du champignon (Fig. 1, m, p, t) émis au dehors, à travers les stomates, par le mycélium. Us sont incolores, dressés, au

(14)

nombre de4 à 5 leplus souvent; leurhauteur moyenne est de 0mm,5. Ils seramifientà partirdes deux tiers de la hau¬

teur, au-dessus d'unecloison qui divise l'axe (Fig. 1p). Le filament porte quatre ou cinq, parfois six et sept branches primaires, insérées à angle droit sur l'axe et distribuées

Fig. 1.7-Coupe théorique d'unefeuille devigneenvahieparle Mildiou.

dans divers plans. Les branches inférieures sontplus lon¬

gueset subdivisées elles-mêmesen deux ou trois branches secondaires plus courtes. Les dernières ramifications de toutesles branches portent à leur sommet de petites proé-

(15)

r.2.Spores011rnnidies du

Mildiou.Gross.:500/1

TRAITEMENT DU MILDIOU 11

minencesou stérigmates (Fig. 1 t), sur lesquels sont fixées

lessemences clu parasite.

Cessemences ou conidies (Fig. 2) sont portéescomme des

fruits surlesrameaux clu petitarbreque forme le filament.

Leur nombre est immense sur une

feuille; onpourraitencompter500.000

par feuille, si seulement le

centième

de la surfaceétait envahi. Elles sont ovales ou en forme de poire, lisses,

incolores et granuleuses à l'inté¬

rieur;ellesonten moyenne0ram,01 de largeet0mm,0lG de long. Au moindre

choccessemencess'échappent enfine poussière qu'entraîne le vent ; leur

extrêmeténuité permetleurtransport

àd'assezgrandesdistances. Ellessont

déposéesà peu près

exclusivement

à

la face supérieure des

feuilles, par seproduit l'invasion, fait important ànoter

pour les traitements.

Leur mode le plus habituel de germination est

aussi,

dans ce but, très utile à préciser. Les conidies ne germent

quedans desgouttelettes

d'eau, et cela dans l'es-

pace d'une demi-heure

ou d'une,heure, à une

températurede 25°; elles

peuvent entrer en ger¬

mination àunetempéra¬

ture plusbasse, mais le phénomène

s'accomplit

pluslentement. Le con¬

tenu de la conidie se

fragmente (Fig, 3, a, b)

en zoospores, aunombre de

5

à

8. Ces

zoospores ont en< sor¬

tant de laconidie (Fig. 3, c), une forme irrégulièreet sont

pourvusde deux

cils fixés

à un

point clair. Ils

nagent un

Germination des eonidies. Gross (pouraetb)800/1.

(16)

TRAITEMENT DU MILDIOU

certain temps dans l'eau; ils arrêtent bientôt leur course, prennentune forme elliptique (Fig. 3,d), puisronde(Fig.3,

e, f), tournentquelques instants sur eux-mêmes et devien¬

nentimmobiles.Leurcontourdevient transparent,etils s'al¬

longent peuà peu en untube(Fig.3,g) qui s'introduit dans les tissus.L'introduction, d'aprèsM. Millardet, se produirait plus facilement par la face inférieure des feuilles; mais

comme les conidiessontdéposées,à peuprèsexclusivement,

sur la face supérieure, c'est parque l'invasion a lieu.

C'estuniquementau moment s'accomplissent cesphéno¬

mènes de germination que l'on peutcombattre le Mildiou.

C. Œufs ou sporesd'hiver. A 1a, fin de lasaison,

ilse forme, dans l'intérieur des tissusetà la suite d'un acte de fécondation (Fig. 1, b), denouveaux organes reproduc-

i'intériour des tissus.

teur^, Cesœufs, ou sporesd'hiver, sont renfermés dans une

enveloppe primitive (oogone), adhérente contre leur paroi

propre et ayant parfois des prolongements filiformes. La

(17)

TRAITEMENT DU MILDIOU 13 membrane de l'œuf est lisse, épaisse, double,et d'un brun clair; elle lui permet de résisterà tous les milieux. Quand

les feuilles sèchent et tombent, elles se réduisenten frag¬

ments et disséminent les œufs. Ils sontsurtout la causede lapremière invasion au printemps; ils germent à ce mo¬

ment sur le solen produisant un arbre conidifère, dontles

conidies sont transportées sur les jeunes organes de la vigne.

TRAITEMENT DU MILDIOU

La luttecontre leMildioupar la destruction dumycélium,

dansl'intérieur desorganes, est impossible; elle l'est

aussi

quand on cherche à

détruire les œufs,

en ramassant

les

feuilles sur le sol ou en les faisant pâturer à l'automne.

On n'arrive à aucun résultat réel lorsque l'onveut attaquer

le Mildiouen plein développement pardes moyens

curatifs,

en cherchant à détruire les arbres fructifères et même,

dans une certaine mesure, les conidies. Mais les zoos¬

pores, émis par les

conidies

et

formés uniquement de

protoplasma, sont

d'une

extrême

sensibilité; les moindres

parcelles d'agents

toxiques dans les gouttelettes d'eau où

elles passent leur courte

existence, s'opposent à leur déve¬

loppement, et partantà

l'invasion des

organes

de la vigne

surlesquels les

conidies

ont été

transportées. C'est

par

la

destructiondeszoospores, ou par

l'obstacle qu'ils

mettent

à

leur formation, queles procédés

de traitement

quenous

al¬

lons étudier ont une efficacité réelle contre

le Mildiou..

M. Millardet a mis en évidence ce fait capital,

c'est là

un mérite que personne ne

saurait lui contester et

que

nous-

tenons à affirmer.

Les soufres acides, le

lait de chaux et les sels de cuivrer

(18)

TRAITEMENT DU MILDIOU

employés dans ces conditions, ont seuls donné des résul¬

tats contre le Mildiou. Mais partout, en France, en Italie,

en Autriche, les traitements aux soufres acides ouau lait de chaux n'ont soutenuaucunecomparaisonavec ceux faits

aux sels de cuivre. Nousconsidérons que les soufresacides

et le lait de chaux n'ont plus actuellement aucune raison d'être et qu'on doit les abandonnerentièrement pour recou¬

riruniquementaux sels de cuivre.

I. SELS DE CUIVRE.

A. Historique. M. Van Tieghem communiquait à l'Académie des Sciences, le 29septembre1884, un mémoire de M. A. Perreysur l'influencequ'avaienteue, contre leMil¬

diou, les échalas trempés récemment dans le sulfate de cui¬

vre. Dans une note, lue dans la séance du 3 novembre 1884, M. Prosper de Laffite rapporte des observations du même genre, publiées antérieurement à la note de M. A.

Perrey, dansle JournaldeBeaune, parM. RicaudetM. Pau¬

lin, le 20 septembre, par M. Montoy le 23 septembre, par M. Magnien le 25, et par M. Louis Bidault le 27 septem¬

bre, dans le Journal de VAgriculture; il chercheà donner

une explication de l'influence des échalas sulfatés. Le 14 novembre1884, M. PaulEstève signalait,dansleProgrès agricole etvilicole, les effets d'une poudre de son invention,

la sulfatine, dans laquelle se trouvait du sulfate de cuivre

pulvérisé.

La note de M. A. Perreyavaitattiré l'attention publique

surles effets du sulfate decuivre, effets quebeaucoup d'au¬

tres observateurs avaient constatés. Cette influence fut

encore confirmée, en 1884, par diversarticles parus dans les journaux : Progrès agricole et viticole, Vigne améri¬

caine..., etc.

Le ministre de l'agriculture, par une circulaireadressée

aux professeurs départementaux le 14 octobre 1884, leur rappelait le fait des échalassulfatés, en leurordonnant de

(19)

TRAITEMENT DU MILDIOU 15 les porter à la connaissance desviticulteurs de leur dépar¬

tement, etleurindiquait des expériences àentreprendrepour la campagne suivante.

En 1885, le 1eravril, M. A. Millardetentretenait laSociété d'agriculture de la Gironde des effets obtenus contrele

Mil¬

diou au moyend'un mélange de chaux etde sulfate de cui¬

vre. Ces faits étaient très concluants: lesexpériences de

M. Millardet avaient été entreprisesencollaboration avec M. David, régisseur du château Beaucaillou, appartenant

à M. Johnston. Des essais du même genre étaient faits en

même temps par M. D. Jouet, et publiés dans le Progrès agricole et viticole du 27 septembre etdu 11octobre 1885. A

la suite de ces communications, M. Chatry de la Fosse a

rappeléqu'il avait indiqué, le 3décembre1884, àlaSociété d'agriculture de la Gironde, les bons effetsdece mélange

de chaux etde sulfate de cuivre. Un grand nombrede viti¬

culteurs du Médocavaient d'ailleurs constatéces résultats, mais rien n'avait été publié antérieurementà ce que nous citons.

« Depuis un tempsimmémorial, nous écrit M. Th. Ska-

winski, on a l'habitude, en Médoc, de badigeonner lesbor¬

dures de vignes, le long des routes, avec un mélange de

chaux et de sulfate de cuivre pour effrayer lespassantsqui

seraienttentésde prendre lesraisins. Dès la première inva¬

sion duMildiou (1881), ons'estaperçuque ces vignes, ainsi traitées, conservaient leurs feuilles jusqu'au gelées. L'ob¬

servation facile de ce faitindiqua bienvite auxviticulteurs

médocains quelesulfate de cuivre étaitun remède contrele

Mildiou... ».

Mais en fouillant les souvenirs, on peut retrouverdes

documents un peu plus anciens, non publiés avant i 884,

sur l'action du sulfate de cuivre contre le Mildiou. Ainsi M. Millardet rapporte, en 1885, qu'il avait déjà observé, en 1882, les effets du mélange de chaux et du sulfate de cui¬

vresurlesrôgesdesbords des vignes, etqu'ilen avaitdéduit

àce moment quelecuivre en était lacause. Il auraitconçu

(20)

TRAITEMENT DU MILDIOU

alors « letraitement actuel du Mildiou », et dansune lettre, adressée à M. David à cetteépoque etquecelui-ci confirme,

il lui indiquait les expériences à poursuivre les années sui¬

vantes. Ainsi que cela résulte d'une note que nous avons

publiée, M. Skawiuski père, dès 1882, « faisait préparer, pour combattre le Mildiou en même temps que l'Oïdium,

des soufres additionnés de 10 %> de sulfate de cuivre, et depuis lorsil n'a cessé de traiteravec ce mélangelesvignes

deChâteau Giscours ». L'emploi de cettepoudreétait signa¬

lée parsesfils,viticulteursdistingués, àM. JulesLeenhardt,

en 1883.

Si cependant on voulait remonter encore plus loin, on verrait quel'actiondessels de cuivretrèsdiluésetdu sulfate de cuivre en particulier, non sur le Mildiou qui n'était pas connu, maissur d'autres champignons, n'apas été obser¬

vée etsignalée seulement dans ces dernières années. On

retrouverait, dansles traitementsfaitscontrel'Oïdium, l'em¬

ploidu sulfate de cuivreensolutions plusoumoins étendues.

Bénédict Prévost, en 1807, dans un travail remarquable de méthode scientifique pour cette époque, avait rapporté des observations trèsrigoureusessur l'influence néfastequ'ont

les solutions trèsdiluées de sulfate de cuivre sur la germi¬

nation des sporesde carie.

Tels sont les faits relatifsà l'histoire de l'emploi de sels decuivre, rapportésnon dansleurordre

chronologique

pré¬

cis, mais cités, avecintention, au fur et àmesure de leur publication. Nous ne croyons pas que l'on puisse attribuer à unseul l'honneur exclusif d'avoir découvert le remède ;

beaucoup, en somme, ont constaté des faits dus au hasard.

Mais,de laconstatation de ces faits à leur explication et surtout aux déductionsà entirer pourl'application ration¬

nelle d'un traitement,il y a loin, etc'est M. Millardet, ainsi que nousl'avons dit etainsi que nousleverronsparla suite, qui a expliqué cetteaction et a tracé la voie à suivre pour

unelutte efficace contre leMildiou.

(21)

TRAITEMENT DU MILDIOU 17 B. Principes destraitements aux sels de cui¬

vre. Nous avons dit que les sels de cuivre n'avaient été aussi efficacesqu'en s'opposant uniquement à lagermination desconidies et surtout au développementdes zoospores, par leur dissolution, à très faible dose

(

\ lO.UUU.UUu de cuivreV

/7

dans lesgouttelettes de rosée s'accomplitce phénomène.

Les sels de cuivre doiventparconséquent setrouversur les

feuillesetsedissoudre dans lesgouttelettes d'eauavant lemo¬

mentou lesconidiesy sont déposées et vont germer. Les trai¬

tementserontdoncpréventifs.

Les sels de cuivre n'ont donné que des résultats bieninfé- rieurs lorsquele parasiteétait déjà introduit dansles tissus.

Lorsque le mal est accentué,on n'arriveà rien. Si l'on traite

lorsqu'il n'ya encore quequelques taches dansunvignoble,

on a des chances relativesdesuccès, caron peut arrêterla .formation de nouvelles taches, les sels de cuivres'opposant

àla germination des conidies des .lésions primitives; mais

avec des conditions favorablesau développement du cham¬

pignon,le mycéliumcontinueà s'accroîtredans lestissuset àproduire denouveauxarbresconidifères, d'oùlanécessité detraitements plus répétés.

Si les sels de cuivre ontdonnéparfoisdesmécomptes, cela tient à ce que les applicationsont étéfaites trop tardivement

ou à cequ'elles n'ont pas été renouvelées assez souvent.

Comme lapériode d'incubationdu mal peut, dansquelques circonstances, être relativement longue, on a cruparfois

avoirappliquéle remède préventivement, et lorsquese sont

montréesles efflorescencesblanches, on en a déduit qu'il

n'avait pas d'action; si l'application du remède avait été

faite, par exemple, quatreoucinq jours avant l'apparition

destaches, etquel'incubation aitduréunehuitainedejours,

il n'y arien d'étonnant à ce fait. Cela démontreencoreque ledépôt dessels de cuivre sur les organes dela vigne doit avoir lieu antérieurementà la première apparitionde lama¬

ladie, constatée dans unerégion. 2

(22)

M. Millardet adémontré que l'envahissement des feuilles

parle Mildiou seproduisait,àpeuprèsexclusivement, parla

face supérieure; c'est doncsur cette face queles sels de cui¬

vre devront surtout être déposés.

Il suffit de doses excessivement faiblesde cuivre dans

chaque gouttelette derosée ; mais théoriquement, il serait

nécessaire que chacunedecesgouttelettespuissetrouverdes

sels de cuivre à dissoudre àl'endroit elle se forme. Les substances toxiques devront donc être diluées le plus possi¬

ble sur lessurfaces vertes.

Ilfaut queles substances setrouventsurles feuilles sous

une forme soluble, ou qu'elles le deviennent sous l'influence

des agents atmosphériques, chaque parcelle de la matière

étant un réservoir decuivre, les gouttelettes de rosée puiseront chaque fois qu'elles se formerontet que les coni-

dies viendront y germer.

Nous savons que l'on aconstatéjusqu'à quinze invasions différentes, biendéfinies, pendantlecours d'une végétation.

Ilest donc nécessaire encore que ces substances restent le pluspossible adhérentes surles feuilles, afin qu'elles ne soient pas entraînées par les pluies, les vents secs persis¬

tants, etc. Mais fourniraient-elles suffisamment du cuivre à

chaqueproduction de rosée, qu'une seule application ne se¬

rait pas efficace. En effet, il pousse de nouvelles feuilles, après la première opération, sur lesquelles du cuivre doit

être déposé; il s'en suit qu'il est indispensablede répéterles

traitements. L'étude des diversprocédés nousindiqueracom¬

ment ils répondent à ces conditions essentielles : 1° solu¬

bilité successive du composé cuprique; 2° faible proportion

de cettesubstance; 3° facilité de la diluer en larépandant ; adhérence et persistance sur les organes de la vigne;

et enfinbon marché.

Cette étude nous guideraencore pourle nombre des trai¬

tements; mais nouspouvonsdès maintenant fixer,pourtous les procédés, l'époque du premier traitement. Commela pé¬

riode d'incubation du Mildiou peut durer huit et dix jours.

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TRAITEMENT DU MILDIOU 19

et quele cuivre doit se trouversur les organesde lavigne

au moment de lapremière arrivée desgermes,il fautque le traitement ait lieu environ une quinzaine de jours avantla première dateconstatée del'apparitiondu Mildiou dansune

région déterminée. Or, on a, certaines années, observé le Mildiou dans la deuxièmequinzainede mai; c'est doncau 15 mai que le premier traitement sera fait. DanslaBourgogne,

leBeaujolais et laChampagne,on pourrapeut-être leretar¬

derjusqu'au premier juin, maisnous ne croyons pas que ce soit prudent. Ainsi que l'ont démontré d'assez nombreuses

observations, faites en 1886, les applications peuvent être faitesaumoment de la floraison, car les sels de cuivre, aux doses on les applique, ne sont d'aucune nocuité àce mo¬

ment.

C. Le sulfate de cuivre. Le sulfate de cuivre formela basé de laplupart des substances employées pour combattre le Mildiou. On le trouve dans le commerce, à l'état pur, engros cristaux, d'un beau bleu;exposés àl'air, ils s'effieurissent, en se couvrant d'une poussière blanche, maisce n'est pas un signe d'impureté. Leur formule est

CuO,S03-j-5HO, ils sont acides; quand on les chauffe à 200° C, ils perdent ces cinq équivalents d'eau, deviennent anhydres,sontfacilementpulvérisableset formentunepous¬

sière blanchetrèsfine; à 100° C, ilsperdent seulementqua¬

tre équivalents d'eau etpeuventse pulvériser. C'est par ce

procédéquel'onobtientet que l'on préparera les sulfatesde cuivre qui entrent dans la composition des poudres. Le sulfate de cuivre employé pour les traitements du mildiou doitêtre pur, carsonaction estbien plusénergiqueque celle du sulfate de feroudes sulfatesdezinc, auxquels ilse trouve

parfoisnaturellement mélangé.

Par un examenrapide on peut s'assurer de la pureté du sulfate de cuivre;il suffit de verser dans une solution de la matière unepetitequantité de lait de chaux : si lesulfate de cuivreest pur, la solution devient d'unbeau bleu; si elle

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contient du sulfate de fer, elle passe au bleu rouillé, et au blanc sale s'il y a mélange de sulfate de zinc.

II. PROCÉDÉS DE TRAITEMENT

Lesprocédés detraitementcontrelemildiou,ayantcomme base les sels de cuivre, peuvent être ramenés auxsuivants : a. i'H chaias etliens sulfatés; b. Solutions simples de sulfate

de cuivre; c. Bouillie bordelaise; d. Eau céleste (procédé Audoynaud); e. Ammoniure de cuivre (procédé Bellot des Minières); f. Acétatedecuivre; g. Poudres à base de sulfate

de cuivre.

A. Echalasetliens sulfatés. Leséchalas autour

desquelsonavait constaté,sur lesvignes qu'ils soutenaient,

l'arrêt du Mildiou, en 1884, avaient été sulfatés l'année même et plongés pendant quatre jours dans une solution

saturée de sulfate de cuivre. Les expériences répétées en 1885 et 1886ontdonné des résultats incomplets. D'aprèsde

nombreuses observations, les échalas, récemmentsulfatés,

neproduisent d'action que surun rayon au plus deOm,25 à 0m,30. On avait calculéparsuite que, pourarriversûrement à une immunité à peu près complète, il faudrait mettre 80,000 échalaspar hectare. Quellesdépensescetteopération

nenécessiterait-elle pas! Dans lesvignoblesdelaBourgogne

etde la Champagne, l'oncompte de 30,000à40,000pieds

par hectare et un échalas par cep, et la végétation est relativement peu développée, les échalas sulfatés, quel'on replantechaque printemps, peuventêtreemployésavecplus d'avantage que dans le Midi de la France ce procédé

n'est absolument pas pratique; inutile dele discuter.

Il a été remarquéqueles échalas enboispur donnent de

moins bons résultats que ceux faits avec des bois tendres,

comme le tremble, le pin... Le sulfatage doit être fait par immersion etleplus tard possibleavant la miseen place. Il

est admisaujourd'hui que les solutions de sulfate de cuivre doivent titrer de 10 à15 °/0. L'échalas agitcomme un réser-

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