Master Maths Fonda. et Appliqu´ees Orsay 2008–09 1`ere ann´ee - 2 `eme semestre - Analyse
Feuille d’exercices n
o1
Espaces m´etriques et espaces vectoriels norm´es
Les exercices 1 et 2 ci-dessous portent sur des espaces vectoriels norm´es importants. Les exer- cices 3, 4, 5 et 6 pr´esentent des exemples d’espaces m´etriques qui ne sont pas des espaces vec- toriels norm´es. Enfin les exercices 7, 8 et 9 sont l`a pour montrer que l’intuition que l’on a des espaces m´etriques (qui nous vient des espaces vectoriels norm´es de dimension finie) peut s’av´erer compl`etement fausse dans certains cas.
1 -Normes sur L(Rn)
On fixe un entier strictement positifn, et on noteMn(R) l’alg`ebre des matricesn×n`a coefficients r´eels. Le but de l’exercice est d´etudier certaines normes surMn(R). Bien sˆur, en temps qu’espace vectoriel, Mn(R) s’identifie `a Rn2, et toute norme sur Rn2 d´efinit donc une norme sur Mn(R).
Il serait cependant dommage d’oublier que Mn(R) n’est pas un espace seulement vectoriel de dimension n2 : c’est une alg`ebre, et ses ´el´ements peuvent ˆetre vus comme des endomorphismes lin´eaires de Rn. Les normes ´etudi´ees ci-dessous tiennent compte de cette sp´ecificit´e.
1. Soit k.kune norme sur Rn. Pour toute matrice A∈ Mn(R), on note |||A|||le r´eel d´efini par
|||A|||:= sup
x6=0
kA.xk kxk .
Montrer que |||.|||d´efinit une norme sur Mn(R), et que cette norme estsous-multiplicative : pour tous A, B∈ M(Rn), on a
|||AB||| ≤ |||A|||.|||B|||.
On dit que |||.||| est la norme matricielle associ´ee `a la norme k.k. Pour p ∈ [1,+∞], on notera
|||.|||p la norme matricielle associ´ee `a la norme k.kp surRn.
2. Pour toute matriceA∈ M(R), exprimer|||A|||1et|||A|||∞en fonctions des coefficients (aij)1≤i,j≤n
de A. Relier |||A|||1 et|||tA|||∞.
3. Pour toute matrice A ∈ Mn(R), exprimer |||A|||2 en fonction du rayon spectral de la matrice AtA(on rappelle que le rayon spectral d’une matrice est le module de sa plus grande valeur propre).
4. En comparant les normesk.k1,k.k2 etk.k∞surRn, montrer que, pour toute matriceA∈ MnR), on a les in´egalit´es :
√1
n|||A|||∞≤ |||A|||2 ≤√
n|||A|||∞
√1
n|||A|||1 ≤ |||A|||2 ≤√
n|||A|||1
5. En utilisant la question 3, montrer que, pour toute matrice A∈ Mn(R), on a l’in´egalit´e :
|||A|||2 ≤p
|||A|||∞|||A|||1.
6. Montrer que l’expression N(A) :=p
Tr(AtA) d´efinit une norme sous-multiplicative sur Mn(R), mais que cette norme n’est pas une norme matricielle associ´ee `a une norme surRn. C’est lanorme de Schur ; un des avantages de cette norme est qu’elle d´erive d’un produit scalaire surMn(R) (le produit scalairehA, Bi:= Tr(AtB)).
2 -Espaces `p(N) et dualit´e topologique
Siu= (un)n∈Nest une suite de nombres r´eels index´es par les entiers naturels, on note habituellement
kukp := X
n∈N
|un|p
!1p
pour tout r´eelp∈[1,+∞[, et
kuk∞:= sup
n∈N
un.
Pour tout p∈[1,+∞], on note alors
`p(N) :={u∈RN telle que kukp <∞}.
Deux nombresp, q∈[1,+∞] sont dits conjugu´es s’ils v´erifient 1p+1q = 1 (avec la convention∞1 = 0).
1. En utilisant la concavit´e de la fonction logarithme, montrer que, sip, q∈]1,+∞[ sont conjugu´es, alors, pour tousx, y≥0, on a
xy ≤ xp p +yq
q .
2. En d´eduire l’in´egalit´e de H¨older : si p, q ∈ [1,+∞] sont deux nombres conjugu´es, alors, pour toutes suites u, v∈RN, on a
X
n∈N
unvn≤ kukpkvkq.
3. En d´eduire l’in´egalit´e de Minkowski : pour toutp∈[1,+∞[, pour toutu, v∈RN, on a ku+vkp ≤ kukp+kvkp.
Indication. On pourra ´ecrire |un+vn|p ≤ |un||un+vn|p−1+|vn||un+vn|p−1.
4. En d´eduire que`p(N) est un espace vectoriel pour toutp∈[1,+∞], et quek.kpd´efinit une norme cet espace vectoriel.
5. Montrer que, si p≤p0, alorskukq≤ kukp pour toutu∈RN, et donc que`p ⊂`p0.
6. On note `c(N) le sous-espace vectoriel de RN constitu´e des suites qui n’ont qu’un nombre fini de termes non-nuls. Bien sˆur `c(N) est un sous-espace vectoriel de `p(N) pour tout p ∈[1,+∞] ; pour quelles valeurs de p, ce sous-espace est-il dense ? (on sous-entend ici que `p(N) est muni de la distance induite par la norme k.lp)
7. On rappelle que ledual topologique d’un espace vectoriel norm´e (E, l.k) est l’ensemble des forme lin´eaires continues sur E ; il est muni de la norme|||.||| d´efinie par
|||f|||:= sup
x6=0
kf(x)k kxk .
Soient p∈[1,+∞[ etq ∈]1,+∞] deux nombres conjugu´es. Pour toutu∈RN, on note Φu la forme lin´eaire sur RN d´efinie par
Φu(v) = (u0v0, u1v1, u2v2, . . .).
En utilisant l’in´egalit´e de H¨older et la question pr´ec´edente, montrer que u 7→ Φu d´efinit une isom´etrie bijective de`q(N) dans le dual topologique de `p(N).
Remarque. Pour p ∈ [1,+∞[, le dual topologique de `p(N) peut donc ˆetre identifi´e `a `q(N), o`u q ∈]1,+∞] est le conjugu´e dep. On remarquera que, pour toutp∈]1,+∞[, l’espace`p(N) s’identifie ainsi `a son bi-dual (le dual de son dual) ; on dit qu’il estr´eflexif.
8. Soit `0(N) le sous-espace vectoriel deRN constitu´e des suites qui convergent vers 0. En utilisant la d´emarche que dans les deux questions pr´ec´edentes, montrer que le dual topologique de `0(N) s’identifie `a`1(N).
Remarque. Le dual topologique de `∞(N) est strictement plus petit que le dual topologique de c0(N) ; les espaces`1(N) et`∞(N) ne sont donc pas r´eflexifs. En fait, on peut montrer que le dual de `∞(N) s’identifie `a l’espace des mesures finiment additive sur l’alg`ebre des parties deN.
3 -Distance SNCF
Soit k.kla norme euclidienne surR2. Pour toute paire de points x, y∈R2, on note d(x, y) :=
kx−yk six,y et 0 sont align´es kxk+kyk sinon
1. Montrer quedd´efini une distance surR2 ; on l’appelle parfois ladistance SNCF pour des raisons que je vous laisse deviner.
2. Dessiner quelques boules de (R2, d).
3. Identifier la distance induite par dsur une droite vectorielle ? sur le cercle unit´e ?
4. Quelles transformations sont continues parmi les homoth´eties de centre 0, les rotations de centre 0, les translations ?
Remarque. En elle-mˆeme, la “distance SNCF” peut sembler un exemple anecdotique. L’espace R2 muni de cette distance est cependant l’un des exemples les simples d’une classe importante d’objets : les arbres r´eels. On remarquera en effet queR2 muni de la distance SNCF ressemble `a un ”arbre”
avec une infinit´e non-d´enombrable de branches (les demi-droites issues de 0) qui partent toutes du point 0 ; pour aller d’un point situ´e sur une branche `a un point situ´e sur une autre branche, on doit repasser par le sommet (ou la “racine”) de l’arbre.
4 -Distance de Hausdorff
Soit nun entier strictement positif fix´e. On note dla distance euclidienne usuelle sur Rn. On note K l’ensemble des partie compactes (non-vides) de Rn. ´Etant donn´e un compact K ∈ K, on note φK :Rn→[0,+∞[ la fonction “distance `a K” d´efinie par
φK(y) = inf
x∈Kd(x, y).
Etant donn´´ es deux ´el´ementsK1, K2 de K, on note alors
δ(K1, K2) :=kφK1 −φK2k∞
1. Montrer que δ d´efini une distance sur K. C’est ladistance de Hausdorff.
Remarque.Il est bien pratique de disposer d’une distance sur les sous-ensembles (compacts) deRn. Ceci permet en particulier de d´efinir la notion de “limite de parties de Rn”.
2. Pour tout compact K ∈ Ket tout r´eel >0, on note V(K) := [
x∈K
B(x, )
o`u B(x, ) d´esigne la boule ouverte de centre x et de rayon dansRn. Montrer que, ´etant donn´es deux compacts K1, K2 ∈ K, on ad(K1, K2)≤si et seulement siK1 ⊂V(K2) et K2 ⊂V(K1).
3. Soit K0 le sous-ensemble de K constitu´e des parties finies de Rn. Montrer que K0 est dense dans K, lorsqu’on munit K de la m´etrique de Hausdorff.
5 -Distance sur la sph`ere
On notek.kla norme euclidienne usuelle surR3, etS2 la sph`ere de rayon 1 centr´ee `a l’origine pour cette norme. Si petq sont deux points deS2, on noteC(p, q) l’ensemble des cheminsγ : [0,1]→S2 qui sontC1par morceaux, et tels queγ(0) =petγ(0) =q. On noteL(γ) =R1
0 kc0(s)kdsla longueur d’un tel chemin, et on pose
d(p, q) := inf{L(γ)|γ ∈ C(p, q)}.
1. Montrer que dd´efinit une distance sur S2.
2. On rappelle qu’un grand cercle de S2 est un cercle obtenu comme intersection de S2 avec un plan passant par l’origine de R3. Si p etq sont deux points deS2 qui ne sont pas antipodaux, on note γp,q le plus court des deux arcs de grand cercles qui joignent p `a q. Si p et q sont des points antipodaux, on noteγp,q l’un quelconque des demi-grands cercles joignantsp `a q.
Montrer que, quels que soientp etq sur S2, la distance d(p, q) est ´egale `a la longueur de l’arcγp,q. Indication. En faisant agir une isom´etrie, on pourra commencer par se ramener au cas o`u p et q sont dans un mˆeme plan vertical, puis travailler en coordonn´ees sph´eriques.
Remarque. Le plus court chemin sur une sph`ere consiste donc `a “prendre le grand cercle” ; c’est pour cela que, quand on va par exemple de Paris `a New York, l’avion “monte vers le pˆole nord” au lieu de suivre le parall`ele. On dit que les grands cercles sont les g´eod´esiques de la sph`ereS2.
6 -Distance ultram´etrique sur l’espace des suites
1. Si u= (un)n∈N etv= (vn)n∈N sont deux suites r´eelles, on pose
d(u, v) =
0 siu=v e−min{n|un6=vn} sinon
Montrer que dd´efinit une distance sur RN, et que cette distance satisfait l’in´egalit´e suivante, qui renforce l’in´egalit´e triangulaire, et qu’on appelle in´egalit´e ultram´etrique :
pour tousu, v, w ∈RN, on ad(u, v)≤max(d(u, w), d(w, v)).
2. Dans un espace munit d’une distance satisfaisant l’in´egalit´e ultram´etrique, montrer que : a. les boules ouvertes sont ferm´ees, et les boules ferm´ees ouvertes,
b. n’importe quel point d’une boule est le centre de cette boule, c. tout triangle est isoc`ele.
Remarque. Les distances ultram´etriques ne sont en aucun cas des exemples pathologiques anecdo- tiques. Il existent en effet des distances ultram´etrqiues surZet surQqui jouent un rˆole absolument fondamental en arithm´etique : ce sont lesdistances p-adiques.
7 -Adh´erence et int´erieur des boules
Le but de l’exercice ci-dessous, outre de vous faire mainpuler les notions de chapitres, est de montrer que les espaces m´etriques sont parfois bien moins jolis que les espaces
1. Montrer que, dans un espace vectoriel norm´e, l’adh´erence d’une boule ouverte est toujours la boules ferm´ee correspondante, et l’int´erieur d’une boule ferm´ee est toujours la boule ouverte correspondante.
2. Donner un exemple d’espace m´etrique o`u l’adh´erence d’une boule ouverte n’est pas toujours la boule ferm´ee correspondante.
3. Donner un exemple d’espace m´etrique o`u l’int´erieur d’une boule ferm´ee n’est pas toujours la boule ouverte correspondante.
8 -Parties `a la fois ouvertes et ferm´ees
1. Montrer que, si A est une partie d’un espace m´etrique qui est `a la fois ouverte et ferm´ee, alors la fronti`ere deA est vide.
2. Si E unR-espace vectoriel norm´e, montrer que les seules parties deE qui sont `a la fois ouvertes et ferm´ees sont l’ensemble vide etE lui-mˆeme.
3. Donner un exemple de partie de Q, diff´erente de l’ensemble vide et deQtout entier, qui est `a la fois ouverte et ferm´ee pour la distance usuelle.
9 -Distance `a une partie ferm´ee
Soit (E, d) un espace m´etrique. Si A est une partie de E et u un point de E, on appelle distance de u `a A la quantit´e
d(u, A) = inf
v∈Ad(x, y).
On dit qu’un point x0 ∈A r´ealise la distance deu `a Asi d(u, v0) =d(u, A).
1. Supposons que E est un espace vectoriel de dimension finie, que la distance d est induite par une norme. Montrer que, pour tout point u∈E et toute partie ferm´ee A de E, il existe un point v0 ∈A qui r´ealise la distance de u`a A.
2. Consid´erons maintenant le cas o`u E est l’espace vectoriel des fonctions continues sur [0,1] `a valeurs r´eelles,dest la distance surE induite par la norme uniforme, etu est la fonction nulle sur [0,1], et A est l’ensemble des fonction v∈E telle quev(0) = 0 etR1
0 v(t)dt≥1. V´erifier que A est une partie ferm´ee de E, mais que la distance deu `a An’est r´ealis´ee par aucun point de v0∈A.
Remarque. On rappelle par contre que, dans un espace de Hilbert, la distance d’un point `a un convexe ferm´e est toujours r´ealis´ee par un unique point de convexe.