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ENTRt iGL'SLf N*
FACULTÉ DE MÉDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
ANNÉE 1898-1899
84
LES
OUOLIIIS M LA JOUE
Anatomie Pathologie et
THESE POUR LE DOCTORAT EN MED
. Présentée et soutenue
publiquement le 18 Juillet 1899
PAR
Jean-Alphonse CAPETTE-LAPLÈNE
Né à Sivrac-de-Belvès
(Dordogne), le 17 Mai 1867.
Examinateurs delaThèse :
'MM. LANELONGUE professeur Président.
) VIAIILT
professeur....)
) BINAUD agrégé r
Juges.
MOURE chargé de cours]
Le Candidat répondra aux
questions qui lui seront faites sur les
diverses parties de
l'Enseignement médical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE
DU MIDI
—PAUL CASSIGNOL
91 — RUE PORTE-DIJEAUX —
91
1899
Faculté de Médecine et de Pharmacie de Bordeaux
M. DE NABI AS,doyen — M.
PITRES, doyen honoraire.
IMIAFEiSEURj}
MM. M1GE AZAM DUPUY MOUSSOUS.
Clinique interne
MM.
PICOT.
PITRES.
DEMONS.
LANELONGUE.
Clinique externe Pathologie et théra¬
peutique générales.
VERGELY.
Thérapeutique
ARNOZAN.
Médecine opératoire. MASSE..
Clinique d'accouche¬
ments LEFOUR.
A11atonne pathologi¬
que
COYNE.
Anatomie N.
Auatomie générale et
histologie VIAULT.
Physiologie
JOLYET.
Hygiène
LAYET.
AGRRGÉS Ihl
section demédecine(Patholog MM. CASSAET.
AUCHÉ.
SABRAZÈS.
Professeurs ho noraives.
MM.
Médecine légale MORACHE.
Physique
BERGONIÉ.
Chimie BLAREZ.
Histoire naturelle ... GUILLAIJD.
Pharmacie FIGUIER.
Matièremédicale.... de NABIAS.
Médecine expérimen¬
tale FERRÉ.
Clinique ophtalmolo¬
gique BADAL.
Clinique desmaladies chirurgicalesdei en¬
fants P1ÉCHAUD.
Clinique gynécologique
BOURSIER.
Cliniquemédicale des
maladies des enfants A. MOUSSOUS.
Chimiebiologique... DENIGES.
HXlilKMi: :
ie interne etMédecine légale.) MM. Le DANTEC.
HOBBS.
(MM. BINAUD.
Pathologieexlerne< BRAQUEHAYE
\
CHAYANNAZ.SECTION DE CHIttURGlh ET ACCOUCHEMENTS
Accouchements.•
^ ^
' CHAMBRELENT FIEUX.Anatomie..
SECTION DESSCIENCES ANATOM1QUKSET PHYSIOI.OGIQUES
JMM.
CANNIEU.PR1NCETEAU j Physiologie
Histoire naturelle.MM. PACHON.
SECTION DES SCIENCESPHYSIQUES
Physique
MM. S1GALAS. | Pharmacie....
COURS COMRliÉilIlfiiVUA1 R Clinique desmaladies cutanées et
syphilitiques
Clinique des maladiesdes voies
urinaires
Maladies dularynx, desoreilles etdunez Maladies mentales
Pathologie interne Pathologieexterne Accouchements Chimie
Physiologie Embryologie Pathologie oculaire
Conférence d'HydrologieetMinéralogie
Le Secrétaire-de la L'acuité:
BEILUE.
M. BARTHE.
CS :
MM. DUBREUILH.
POUSSON.
MOURE.
. RÉGIS.
RONDOT.
DENIJCÉ.
CHAMBRELENT.
DUPOUY.
PACHON.
CANNIEU.
LAGRANGE.
CARLES.
LEMA1RE.
Par délibération du 5 août 1879, la Faculté aarrêté que les opinions émises dans les
Thèses qui luisontprésentéesdoiventêtre considérées commepropres
à leurs
auteurs, et qu'elle n'entend leur donner niapprobationniimprobation.
A MES MAITRES DE LA FACULTÉ DE
MÉDECINE
DEBORDEAUN
A mon Président de Thèse
MONSIEUR LE DOCTEUR LANELONGUE
PROFESSEUR DE CLINIQUE CHIRURGICALE A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE BORDEAUX
CHEVALIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
OFFICIER DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE
MEMBRE CORRESPONDANT DE L'ACADÉMIE DE MÉDECINE
INTRODUCTION
Ce sujet nous a été inspiré par M. le professeur agrégé Princeteau, qui tout récemment, dans la Gazette hebdoma¬
dairedes Sciences médicales de Bordeaux, a publié ses lon¬
gues et minutieuses recherches anatomiques sur la région de la joue, et en particulier sur les
lymphatiques.
Nous saisissons avec empressement cette occasion pour le remercier de ce qu'il a fait pour nous, des bons conseils qu'il nous a toujours prodigués, du bienveillantintérêtqu'en
toutescirconstances il nous a porté.
Qu'il nous soit permis aussi de remercier M. le professeur Lanelongue, du grand honneur qu'il nous a faitenacceptant la présidence decette thèse, de l'excellent enseignement qu'il
nous a prodigué pendant l'annéeque nous avonspassée dans
son service, où il nous fit connaîtreet aimer la chirurgie.
Nous remercions aussi M. le professeur Badal et M. lepro- fesseuragrégé Dubreuilh, qui se sont montrés desmaîtres dévoués pendant le temps que nous avons passé dans leur
service.
Nous remercions enfi'n tousceuxqui nous ont prêté leur
concours dans
l'accomplissement
de cette tâche : MM. les Drs deBoucaud,chef declinique
chirurgicale, Rolland, direc¬teurde l'Ecole dentaire de Bordeaux, pour les observations qu'ilsontmisesà notre disposition;M. le D?Sambue, médecin de la marine, aide d'anatomieà la Faculté, qui n'a épargné ni son-temps ni sa peinepour nous faciliter notre travail.
CHAPITRE PREMIER
Historique.
La question de l'anatomiedes ganglions de la joue a été négligéepar la
plupart
des anatomistes, même contempo¬rains, et c'estseulement dans ces derniers temps qu'on a faità ce sujet des recherches sérieuses etprécises.
Si nousconsultons toute la série des auteurs qui se sont occupésde l'anatomie de la joue, nous voyons, en effet, que la
description
des ganglionslymphatiques
de cette région est, soitbrièvement esquissée, soit plus souvent tout à fait passéesous silence.Les anatomistes allemands ou anglais, dans les descrip¬
tions détaillées qu'ilsdonnent de la face, nefontpasmention de ganglions dans l'intérieur de la joue. Luschka, qui a bien décrit la circulation
lymphatique
de la face, ne fait aucune allusion à leurexistence. Pourcesanatomistes, tous lesvais¬seaux
lymphatiques
des différentes régions de la joue vontsejeter dans lesganglions sous-maxillaires.
« Engénéral, dit Luschka, les vaisseaux
lymphatiques
sui¬ventle cours des plus gros
vaisseaux,
sanguins du visage, ainsi qu'on peut le voir à la superficieet dans la profondeur.Les vaisseaux
lymphatiques
superficiels du visage forment quelques troncules volumineux qui descendent obliquementdans la direction delà veine faciale antérieure.
» Ils reçoivent les vaisseaux
lymphatiques
du front, des paupières, des parties extérieures du nez, des joues, des lèvres et du menton. Auvoisinage
du maxillaire inférieur,— 12 —
ilscommuniquentavec
cinq
ousix glandules sous-maxil-'
laires,dontles unes sont
situées
surle trajet des vaisseaux
sanguins etles
autres sont enchâssées entre les deux extré¬
mitésvoisines du maxillaire inférieur
et de la parotide.
» Les
lymphatiques profonds du visage correspondent es¬
sentiellement à la distribution
de la maxillaire interne avec
son plexus
ptérvgoïdien. Ils
seréunissent à quelques troncs
qui se
rendent à la partie la plus élevée du plexus jugulaire
interne. Parmi ceux-ci setrouvent les
lymphatiques qui
ra¬mènent la
lymphe des cavités orbitaires et nasales, ainsi que
des fosses temporales et
ptérygo-palatines. En outre, les
lymphatiques
qui ramènent la lymphe des parties les plus
profondes
de la joue, ainsi
quedu palais et de la partie na¬
sale du pharynx,
communiquent
avecles glandules maxil¬
laires internesdont quelques-unes
sont situées entre la par¬
tie postérieure
du buccinateur et la paroi du pharynx; deux
ou trois sontlogées entre
les lobules de la parotide, là où
celle-ci rejointla
branche montante du maxillaire inférieur.
» Parmi les auteurs anciens il faut remonterjusqu'à Mas-
cagni pour trouverde
cesganglions
unedescription un peu
explicite. Commele fait
remarquerM. le professeur agrégé
Princeteau dans l'étude
complète qu'il
apubliée
surles lym¬
phatiques
de la joue, la planche XXIV? très exacte pour la
distribution et la direction des
lymphatiques faciaux,
ne tient aucun compte desganglions, mais la planche XXVI est
beaucoup plus
explicite et
nousmontre
surle trajet des
troncs lymphatiques
qui avoisinent l'artère faciale deux
glandes lymphatiques
immédiatement au-dessus du bord
alvéolaire du maxillaire inférieur, par
conséquent couchées
surle bord inférieurde la face externe dubuccinateur,
l'une
est placée en
avant, l'autre
enarrière de l'artère. Au-dessous
deces deux glandes on peut en voir
deux autres
surLa face
externe dumaxillaire inférieur, un peu
au-dessus de
son bord inférieur et immédiatement en avant del'artère faciale.
Plus tard, Bover, dans son Traité
d'Anatomie (tome III,
page2G3), nous
dit,
enparlant des vaisseaux lymphatiques :
— 13 —
<c
Quelques-uns
pénètrent dans les glandes qu'on trouvequel¬quefois sur le muscle buccinateur. »
Gloquet également (tome II, page593) de sonTraité, article
«
Ganglions
de la face », dit : « On en observe quelques-unssur le muscle buccinateur. »
EnfinBourgery et Jacob, dans leur Atlas d'Anatomic
(tome
IV, planche86)
en donnent unefiguration et une description plusprécises que nous considérons comme se rapprochantle plus de la vérité et que nous reproduisons :
Ganglions
buccaux et sous-maxillaires. — « En nombreirrégulier, deux, trois ou quatre, d'un petit volume, ils sont situés entre l'artère et la veine faciale,
appliqués
sur le buc¬cinateur, etprotégés en arrière parla saillie du masséter, et,
en haut,par celle du grand zygomatique. Souvent deux de
ces ganglions sontplacés plus bas sur l'os maxillaire infé¬
rieur entre le masséter et le triangulaire des lèvres, intermé¬
diaires entre les ganglions buccaux proprement dits et le chapelet sous-maxillaire. L'amas ganglionnaire buccal re¬
çoit : 1° de la partie supérieure, les troncs lymphatiques fa¬
ciaux et des rameauxgéniens; 2° de sespartieslatérales, des
rameaux
lymphatiques
labiaux, mentonniers en dedans, et des rameaux massélérins en dehors. Intérieurement cesganglions sevident par plusieurs rameaux dans le chapelet sous-maxillairequicommuniqueendehors avecles rameaux
parotidiens... »
Etplus loin : « Les,ganglions du chapelet sous-maxillaire réunis entre eux par de nombreuxrameaux de communica¬
tion reçoiventen haut lestroncs efférents des ganglions buc¬
caux qui rapportent la
lymphe
deslymphatiques
médians de la face. »Si nous nous reportons maintenant aux auteurs français,
nous constatons ce fait que c'est encore dans les ouvrages les plusanciens que les
descriptions
sontles moins succinc¬tes et nous sommes
frappé
de cet oubli. Cruveilher, Richet, Paulet et Sarrazin, Morel et Duval, Beaunis et Bouchard sont toutà fait muets à ce sujet. Dans Y Atlas deslymphati-
— 14 —
ques,
de Sappey, il n'est pas question des ganglions de la
joue;
les planches qu'il consacre à la face ne mentionnent
aucun des
ganglions qui
nousoccupent. Voici seulement ce
qu'il dit des lymphatiques géniens.
« Le derme de la peau
des joues est recouvert de papilles
assez développées.
Il contient aussi
ungrand nombre de *
glandes
sébacées livrant passage chacune à un poil de duvet.
Lesvaisseaux
lymphatiques des papilles affectent une dis¬
position
semblable à celle qu'ils présentent sur toutes les
autres
papilles de la face. Leurs lames et capillicules, leurs
capillaires
et troncules apparaissent très clairement aussi
sur celles qui
bordent les orifices des glandes sébacées, et
qui
s'inclinent
surleur embouchure. Sur ces glandes, on
observe également un
beau réseau de lames tapissant les
parois de leur cavité et
seprolongeant dans le follicule pi¬
leux qui en
forme dépendance. Sur les joues aussi, les
troncs, très nombreux,
flexueux et contournés,
sedisposent
en plexus,
dont les plus grandes mailles encadrent l'embou¬
chure des glandessébacées. Les
vaisseaux qui partent de
ce plexusselaissent difficilement pénétrer par le mercure; ils
offrent, en outre, sipeu de
résistance qu'ils
serompent
sousles plus petites
pressions. Les plus élevés
serendent dans les
ganglions
parotidiens antérieurs; les autres, plus oblique¬
mentdescendants, vont seterminerdans
les ganglions
sous- maxillaires. »M. Tillauxsignale dansson
Traitéd'anatomie topographi¬
que la présence
d'un ganglion siégeant
surle milieu de la
face externe du maxillaire inférieur, en avant du
masséter
et sur le trajet de la faciale.
M. le professeur
Debierre (de Lille)
afait dans la Gazette
hebdomadairede médecine et de
chirurgie la communication
suivante sur les ganglions
géniens
:« Jeme rappelle,
dit-il, avoir observé
unedisposition
un peu différente de cesganglions. J'ai
vuplusieurs fois, soit
lors d'une dissection du nerf facial, soit lors d'une injection
au mercure desganglions
parotidiens,
un oudeux lympha-
— 15 —
tiques suivre le canal de Sténon et aboutir à un ou deux pe¬
titsganglions de la grosseur d'une lentille, situés sur la face externe du
buccinateur,
à l'endroit même où le canal de Sté¬non perfore ce muscle. De ces petits ganglions partaient des
lymphatiques,
dont les unss'engageaient
dans l'épaisseur même du buccinateuret dont les autres se dirigeaient vers les ganglionssous-maxillaires,
la région malaire et les lè¬vres. Je ne puis en dire
davantage aujourd'hui,
parce que cettedisposition
n'avait pas alors retenubeaucoup
monattention, mais ceux qui voudraient se livrer à des recher¬
ches plus minutieuses et plus suiviesretrouverontcertaine¬
ment les ganglions queje viens de mentionner. »
De son côté, M. le professeur Testut fait remarquer qu'il a trouvé à
l'amphithéâtre
dans deux circonstancesun ganglion de la faceà siège tout à fait anormal. La première fois le ganglion était situé à l'union du tiers supérieur avec les deux tiers inférieurs d'une ligne partant de l'angle interne de l'œil à l'angle inférieur et antérieur du masséter. Une seconde fois il a rencontréun autre ganglion dans le sillon naso-génien. «Exceptionnellement,
dit-il, on rencontrequel¬quesganglions à la face ; ils sont toujours de petite dimen¬
sion et se disposentordinairementle long de la veine faciale.
J'en ai observé un dans le sillon naso-génien du côté droit. »
Le professeur agrégé et chef des travaux anatomiques
Jaboulay (de Lyon)
a fait ou fait faire plusieurs fois des dis¬sectionsde la joueen se
préoccupant
des ganglions decette région, et chez une jeune fille morte à la suite de lésions tuberculeusesmultiples,
il y a trouvé les ganglions que laclinique
avait révélés.On trouva, dit le D1' Vigier dans sa thèse, bien au-dessus du bord inférieur du maxillaire inférieur, trois petits gan¬
glions très nets situés entre l'artère et la veine faciales, au
voisinage
deces vaisseaux, superposés les uns aux autres et distants entreeux de plusieurs millimètres.Le ganglion le plus inférieur était situé un peu au-dessus de la partie moyenne de la faceexterne du maxillaire infé-
rieur; le
deuxième répondait au bord alvéolaire; enfin le
troisième,
répondant à la face externe du buccinateur, se
trouvait plus ou
moins au-dessus d'une ligne prolongeant
enarrière la
commissure labiale.
Ilsétaient
placés au-dessous du tissu cellulaire sous-cu-
tané
présentant des rapports de voisinage immédiats avec
l'artèreet la
veine faciales. Le ganglion supérieur, qui ré¬
pondait à la face externe du masséter, était au-dessus de
l'aponévrose de ce muscle. Comme les ganglions sous-maxil¬
laires, par
exemple, ils étaient mobiles au milieu du tissu
cellulaire
ambiant.
Les
ganglions avaient le volume d'un grain de blé, presque
d'un
petit pois; il n'y avait pas de doute sur leur nature qu'a
du reste
confirmée l'examen histologique. Il s'agissait bien
du tissu
lymphatique.
C'est
seulement
en1892 que nous trouvons le premier tra¬
vail sérieux
et plus complet sur la question qui nous
occupe.
M. Poncet
(de Lyon) avait observé plusieurs fois des mala¬
des porteurs
de lésions suppurées de la joue que l'on pensait
êtredes gommes
abcédées du tissu cellulaire. En mars 1887,
il eut uncas
d'adénite tuberculeuse de la joue qui appela
son attention sur
les manifestations lymphatiques de cette
région,
et, après avoir recueilli et fait recueillir un certain
nombre de travaux
cliniques sur cette question, il engagea
son élève
Vigier à publier sa thèse inaugurale sur ce sujet.
M. Vigier
s'est surtout occupé de la pathologie des gan¬
glions
de la joue, mais ne serait-ce les renseignements que
luiontdonnés
les professeurs Debierre et Jaboulay, les don¬
nées anatomiques
qu'il a relatées sur les lymphatiques et
ganglions géniens sont brèves.
Je nesais pas au
juste, dit le professeur agrégé Prince-
teau, si les
recherches personnelles du Dr Vigier sur le cada¬
vreont été bien
minutieuses; dans tous les cas le compte
rendu en est
vite fait et voici ce qu'il en dit dans sa thèse
(page
21)
: «Dans quelle proportion trouve-t-on les ganglions
de la joue? Ilsnousparaissent être rares, à enjuger parles renseignements qui nous ont été donnés par MM. Testutet
Jaboulay,
et si l'on tient compte du.silence des auteurs. L'at¬tention, il est vrai, n'avait pas été appelée sur eux, et l'on comprend très bien qu'en raison de leur petit volume, de leur petit nombre, ils aient pu passer
inaperçus
». Puis, plus loin, il ajoute: « Sur trente sujetsenviron chezlesquels
nous avons poursuivi cette recherche à
l'amphithéâtre,
une fois seulement nous avons été assezheureux''pour
rencon¬trer sur la face externe du maxillaire
inférieur,
en contact avec lafaciale,
un petit ganglion génien rentrant dans la ca¬tégorie
de ceuxqui nous intéressent. »Quelques
années plus tard, en 1895, dans les Archives pro¬vinciales de
chirurgie,
un autre élève de M. Poncet, M. le D1'Albertin, publia un mémoire sur la même question sans rien ajouter ni changer aux données anatomiques que nous avons trouvées dans la thèse de M.Vigier. Il nefait
qu'appor¬
ter, dit-il, des documents qui confirment la découverte des adénites géniennes par M. Poncetavant que les anatomistes aientsignalé la présence de ces ganglions.
Enfin, M. le professeur agrégé Princeteaua publié, dans la Gazette hebdomadaire des
sciences'médicales
deBordeaux,
un mémoire sur les ganglions géniens; et ce sont ces re¬
cherches que nous allons exposer en détail.
CHAPITRE II
Ganglions lymphatiques
de lajoue. Anatomie.
M. le professeur agrégé
Princeteau, frappé
du profond silence que les anatomistes contemporains avaient fait au¬tour de l'intéressante question des ganglions
lymphatiques
de la joue, a portéson attention sur cette région de la face et il a faitle premier une étude complèteet précise des lym¬
phatiques
et des ganglions.Nous allons reproduire dans ce
chapitre
ses recherches personnelles.Lymphatiques
de laface
engénéral.
— Les vaisseauxlymphatiques
superficiels delà face, de la région temporaleet de la région frontale suivent trois voies différentes pour aller se déverser dans les
ganglions
sous-maxillaires.1° Les uns suivent la voie postérieure, accompagnés des vaisseaux temporauxsuperficiels, pour gagner le ganglion parotidien dont l'étude ne nous intéresse pas, et traverserla
loge parotidiennedans toute son étendue.
2° Un ou deux troncs
lymphatiques
se dirigeant verticale¬ment de la partie moyenne de la lèvre inférieurevers la ré¬
gion
sus-hyoïdienne
franchissent le menton pour se jeter dans un ou deux ganglionsmylo-hyoïdiens.
C'est la voie antérieure qui ne nous intéresse pas non plus.3° Les autres troncs
lymphatiques
suivent le trajet dela veine faciale qu'ils accompagnent fidèlement. Ils partent de la régionmédio-frontale,
passentau niveaudel'angle
internede l'œil, pour traverser
obliquement,
comme la veine faciale- 20 —
elle-même, la
région sous-orbitaire et la joue. Ces troncs
lymphatiques dont le nombre augmente de haut en bas
jusqu'à
concurrencede quatreou cinq reçoiventles rameaux
qui
partent du dos et des ailes du nez, de la paupière infé¬
rieure, de la lèvre
supérieure, du tiers externe correspondant
de la lèvreinférieure,
de la région malaire du masséter et
de la région
parotidienne
enarrière.
Lesganglions
qui
nousintéressent se trouvent sur le trajet
de ces troncs
lymphatiques.
Ganglions de la joue. Technique.— Pour mettre ces gan¬
glionsen
évidence, il est nécessaire de suivre la technique
qu'a
indiquée M. le professeur agrégé Princeteau, technique
qui
facilite beaucoup les recherches, ces ganglions pouvant,
grâce à
leur petit volume, échapper assez aisément à l'obser¬
vation.
Après
avoir établi
uneincision oblique de haut en bas et
d'avant enarrière, partant
de l'angle interne de l'orbite pour
aboutir àl'extrémité
inférieure du bord antérieur du mas¬
séter, le Dr
Princeteau dissèque avec précaution les deux
lèvresde la plaie en
avant et
enarrière. 11 suit dans le tissu
cellulairesous-cutané
plus
oumoins gras, plus ou moins
épais suivant l'état d'embonpoint du sujet. 11 déblaye par
petitscoups ce
tissu cellulo-graisseux jusqu'au plan mus-
.culaire
superficiel dont
onretrouve toujours les traces et
qui forme
ici la musculature peaucière delà face. La lame
peuucière plus
oumoins étendue n'est jamais absolument
continue; elle est
formée de faisceaux d'épaisseur minime
dont les fibres viennent toutesconverger vers
la commissure
labiale. Ce plan
musculaire voile la région sous-jacente dans
laquelle se
trouvent les organes que nous cherchons. Il est
constitué par
la partie supérieure .ou portion faciale du
peaucierdu
cou,le triangulaire des lèvres, les faisceaux
décrits souslenom de risorius
dèSantorini, auxquels vien¬
nents'adjoindre
très souvent des fibres musculaires émanées
du bord antérieurdu masséter par
l'intermédiaire de deux
ou trois
petits faisceaux tendineux, et enfin les deux zygo-
matiques. Entre le bord
supérieur
durisoriuset le bord infé¬rieur du grand
zygomatique
on rencontre un assezlarge
es¬pace
dépourvu
de fibres musculaires et au niveauduquel
le tissu cellulairesous-cutanécommuniqueavec lacouche cellu- leuse profonde. C'esten débarrassant prudemmentcetespace des pelotons adipeux que l'on y rencontre que l'on met suc¬cessivement à découvert la portion terminale du canal de Sténonentourée des fibres nerveuses du facial,l'artère trans¬
verse de la face, et des veines, parmi lesquelles la facialequi affleurelebord antérieurdupointauniveau
duquel
leconduit parotidien traverse le buccinateur. Deux coups de ciseaux donnésensuivant letrajet dela veine facialeen hautet enbassur lesdeux ponts musculaires qui masquent les planssous- jacents permettent de découvrir toute la
région.
Les vais- seauxsontà nus, à peine voilés par la mince couche de tissu cellulaire qui les engaine. Lesfilets du nerffacial avec leurs anastomoses sonten parties sacrifiés.Cette couche moyennede la joue comprise entre le bucci¬
nateur et la lame peaucière de la joue est certainement la plus touffue à cause des organes nombreux et variés qu'on y rencontre : les filets du facial, le nerf buccal dont les filets terminaux viennent s'anastomoseren un petit plexus avec les
précédents,
les glanduléssalivaires buccales(*),
et enfin les vaisseauxfaciaux,
artère etveine, dont nous allons faireune
description
succincte maisindispensable
pour la com¬préhension de ce qui va suivre.
L'artèreet la veine faciales partent d'un point commun, le bord inférieur du maxillaire
inférieur,
au niveau,quelque¬
fois un peu en arrièredu point où se fait l'insertion du bord antérieur du masséter, la veine
plus
superficielle que l'ar¬tère. Arrivés sur la face externe de l'os les deux vaisseaux
se
séparent
:l'un,la veine, sedirige
presque directementversl'angle
interne de l'œil en suivantde près le bord antérieur (■') Le Dr Priuceteau a fait également des recherches spéciales sur cesglandulés (Société d'Ànatomie de Bordeaux, 12 Juin 1899).
_22 —
du masséter, l'autre,
plus flexueux, se dirige en avant vers
la commissure
des lèvres, s'engage dans l'épaisseur des
faisceaux
musculaires commissuraux, décrit une boucle à ce
niveau et remonte
lui aussi
versl'angle interne de l'œil m-ais
en se
rapprochant du sillon naso-génien. Il résulte de cette
disposition
queles deux vaisseaux homonymes, artère et
veine,
limitent entre
euxun espace triangulaire à sommet
obtus etarrondi
dirigé
versla commissure de la bouche et
dont la base est en
rapport
avecle bord antérieur du massé¬
ter. C'est dans
l'aire et
surles bords de ce triangle que vont
porternos
recherches. En effet, chemin faisant, regardons
attentivement soit
à l'œil
nu,soit même avec la loupe, si
dansle tissu plus ou
moins gras qui remplit cet espace et
qui le
déborde, nous ne trouvons pas de petites masses rou-
geàtres
tranchant
parleur coloration sur le tissu ambiant.
Lorsque nous enaurons
trouvé quelques-unes nous tache¬
rons de
pratiquer
uneinjection dans son parenchyme. Et si
nous neréussissions pas,
l'examen histologique tranchera
la difficulté. Le
DrPrinceteau
aemployé tour à tour l'injec¬
tionmercurielle à
l'aide de l'appareil à injection ordinaire,
etl'injection
d'encre de Chine à l'aide d'une petite seringue
de Pravaz
(1).
Voici les conclusions
auxquelles l'ont conduit ses recher¬
ches:
Ganglions. Leur distribution topo graphique. — 20 fois sur
32 dissections
qu'il
aeffectuées
enobéissant aux règles
posées
ci-dessus il
arencontré des ganglions faciaux. On
voit que cette
proportion est singulièrement plus élevée que
celle du DrVigier.
Leur nombrevarie de un
à trois.
Leur forme tantôt
arrondie, tantôt allongée dans le sens
(b Le DrPrinceteau a
établi le premier la technique de cette injection des
lymphatiques àl'encre
de Chine
et aétudié spécialement ce procédé en 1896,
avecle Dr Barbe,ancien prosecteuradjoint.
Il
atrouvé cette méthode plus
simple,plus facile, moins
dispendieuse
queles autres et elle lui a donné
d'excellents résultats.
— 23 —
vertical comme un fuseau, ou dans le sens transversal comme un haricot.
Leur volume a pu varier depuis celui d'un petit grain de miljusqu'à celui d'un haricot de moyenne grosseur.
« Quant à leursituation, dit le Dr Princeteau, elle n'est point fixe.C'est précisément sur cette
topographie
ganglion¬naire queje veux insister, établissant par des chiffres la fré¬
quence relative de telleou telle situation. J'ai acquis la cer¬
titude, à la suite de mes
dissections,
qu'il fallait limiter mesinvestigationsdans l'aire etsur les bords du triangle dont
nous avonsétabli les limites ci-dessus. La base du triangle
est représentée par la veine faciale, les deux côtés par l'ar¬
tèrefaciale dont l'incurvationau niveau de la commissure représente le sommet.
»Tirez une ligne delà commissure labiale sur l'embou¬
chure du canal de Sténon, vous partagerez de la sorte le grand triangle .en deux petits triangles secondaires dont l'inférieur serade
beaucoup
leplus intéressant au point devue ganglionnaire. Cepetit triangle
inférieur,
inclus dans l'écartement des deux vaisseaux, artère et veine faciales, comporte deux régions distinctes : l'une,inférieure,
occu¬pantle sommet du triangle, est en rapport avec la face ex¬
terne de l'os maxillaire
inférieur;
l'autre, plus large et plus élevée, estformée toutentière par la paroi mobile du bucci- nateur revêtu de son aponévrose, dans sa portion sous-jacenteau canal de Sténon. »
Nous classerons les ganglions suivant qu'ils occuperont l'une ou l'autre deces deux régions, suivant qu'ils seront couchés sur le plan osseuxou sur le plan musculaire.
Classification des ganglions de la joue.
Vigier et Albertin divisent ces ganglions de la manière suivante:
( 1° Ganglions massétérins;
Ganglions superficiels. ) 2° Ganglionscommissuraux;
( 3° Ganglions sous-orbitaires;
4°
Ganglions profonds, situés, disent-ils, sous l'aponévrose
du buccinateur.
Cette classification nous
paraît absolument défectueuse
pour
les raisons suivantes :
1° La désignation
de ganglions massétérins est peu expli¬
cite. En effet,les
seuls ganglions géniens situés sur la face
externedu masséter sont
des ganglions qui font suite aux
ganglions
sous-maxillaires et sur lesquels nous aurons à
revenir plus
tard (ganglion infra-maxillaire du Dr Prince-
teau). Les
autres sont
enrapport plutôt avec le bord anté¬
rieur decemuscle et sont
davantage voisins du muscle buc¬
cinateur.
2°Vigier et
Albertin désignent sous le nom de ganglions
commissurauxdes ganglions
situés
auniveau de la partie
moyenne
d'une ligne allant de la commissure labiale au*
tragus. Ces
ganglions n'ont de commissuraux que le nom.
Nous verrons, toutefois, que
le Dr Princeteau a trouvé excep¬
tionnellement un
ganglion méritant réellement cette déno¬
mination.
3° Les
ganglions sous-orbitaires et malaires n'ont été
observés que
cliniquement
parVigier et Albertin. Il est donc
permis
de faire des réserves sur leur existence ; ( Voir figure,
page
25.)
4° Enfin, les recherches
du D1' Princeteau ne permettent
plus
d'admettre l'existence de ganglions géniens profonds.
Cesganglions, pour
Vigier, seraient situés au-dessous de
l'aponévrose d'enveloppe du muscle buccinateur. Or, le
D1'Princeteau, dans ses
nombreuses dissections, a vaine¬
mentrecherché à ce niveau la trace
de ganglions lymphati¬
ques.
D'où vient donc l'erreur du I)r Vigier ? C'est qu'il existe
dans cette région un groupe
extrêmement riche de gland ules
salivairessimulantassez bien,
à
un examensuperficiel, des
ganglions.
Ces
organes nesont que des glandules. Car :
— 25 —
a)
L'aspect extérieur seul constituedéjà une présomption.La forme, la couleur, le mode de groupement diffèrent tota¬
lement deceux des ganglions
lymphatiques.
b)
L'examenhistologique,
pratiqué par M. Princeteau et par nous, a révélé dans ces prétendus ganglions toute la structure des glandules salivaires.c) Enfin les injections de
lymphatiques
pratiquées soit au mercure, soit à l'encre de Chine n'ont jamais pénétré dansces organes.
Topographie et disposition des ganglions lymphatiques
de la joue. Cette figure, absolument schématique, n'est destinée qu'à indiquer les points où nous avons rencontré lesganglionslymphatiques, sans tenircompte de leurfré¬
quence respective. (Dûà l'obligeance de M. le professeur agrégéPrinceteau.)
Avec le Dr
Princeteau,
et pour toutes ces raisons, nousrejetonsdonc delà
façon
la plus absolue l'existence de gan¬glions géniens profonds situés au-dessous de l'aponévrose
du buccinateur
(*).
Avec le même auteur, nous reviendrons (i) Voir letravail du DrPrinceteau surlesglandulaires salivaires (Société d'Anatomiede Bordeaux, 12juin 1899).— 26 -
à la vieille
classification de Bourgery et Jacob, qui nous
parait
d'une précision plus anatomique et que nous ne mo¬
difions que
très légèrement
:1° Ganglions
buccaux
;2° Ganglions
sus-maxillaires;
3° Ganglion
infra-maxillaire.
Ganglions buccaux.
—Ces ganglions, ainsi désignés parce
qu'ils
sont appliqués sur la face externe du muscle buccina-
teur,sont
constamment si tués sur le bord antérieur de la veine
faciale. En contact avec
elle, ils sont placés dans l'atmos¬
phère
cellulo-adipeuse qui l'enveloppe, immédiatement au-
dessous dela petite
lame musculaire dont nous avons parlé
plus
haut et qui est tendue entre le bord antérieur du massé-
teret le triangulaire
des lèvres.
10 foissur 32 dissections
il
arencontré le groupe ganglion¬
naire buccal;
tantôt seul (4 fois), tantôt associé au groupe
sus-maxillaire (6
fois). Le volume des ganglions variait
depuis
celui d'une petite tête d'épingle jusqu'à celui d'un
petit
haricot.
Leur forme était tantôt
arrondie
oudiscoïdale comme
celle d'un grain de
lentille, tantôt fusiforme et très allongée
dansle sens vertical. Il
n'a jamais rencontré plus de deux
ganglions
dans cette région.
Lastructuredesganglions
buccaux n'est pas fixe, et sur
les 10cas qu'il
lui
aété donné d'observer, il a rencontré
4 fois unganglion
placé immédiatement au-dessous de l'em-
boucliuredu canal deSténon,sur
le buccinateur, en rapport
avecle bord inférieur de la
boule graisseuse de Bichat. 3 fois
il a vu un ganglion
placé à égale distance du canal de Sténon
et du bord alvéolaire du
maxillaire inférieur. Et dans
5 autres casle ganglion
observé
setrouvait placé sur l'in¬
sertion du muscle
buccal
aumaxillaire inférieur. Dans
2cas i! y
avait coexistence de deux ganglions de ce môme
groupe.
Ganglions sus-maxillaires.
—Ce groupe ganglionnaire est
ainsi désigné parce
qu'il est appliqué
surla face externe de
— 27 —
l'os maxillaire
inférieur,
en opposition avec les ganglions sous-maxillaires qui se trouvent au contraire placés sous la face interne dudit maxillaire. C'est le groupe que l'on ren¬contre le plus
fréquemment.
Il l'a observé14 fois sur 32 dis¬sections. C'est, comme on le voit, une proportion assez élevée. Cesganglions, cachés par
l'expansion
supérieure du peaucier du cou, sont appliqués sur la face externe du maxillaire inférieur dans l'espace qui s'étenddepuis
son bord supérieurjusqu'à sonbord basilaire. Représenté leplussouvent par une unité (9 fois) le groupe ganglionnaire s'ac¬
cuse dansquelquescas,et dans 4 observations il le trouve représenté par deux ganglions; dans une seule par trois.
Le ganglion leplus
élevé
dece groupe empiétait quelque¬fois sur la région buccale (3
fois),
tandis que les ganglions les plus inférieurs venaient se mettre très souvent en conti¬guïté eten continuité avec le groupe sous-maxillaire. Leur
volume, souvent très minime, atteintquelquefois des dimen¬
sions assezconsidérables (gros haricot dans un
cas).
Quantà la forme, ceque le D1' Princeteau en a dit pour le groupe buccal
s'applique
au groupe sous-maxillaire.Lorsqu'il n'y a qu'un ganglion sus-maxillaire, il
s'applique
presque toujours contre la face antérieure de la veine. Dans un cas cependant il a observé chez un vieillard édenté un
gangliongros et rond comme un poischiche placé au con¬
tact eten avant de l'artère faciale, sous le triangulaire des lèvres, non loin des trois mentionnés. Une autre fois il en a
rencontré un en arrière de la même artère faciale et près du bord alvéolaire du maxillaire inférieur. Dans cecas, le sujet était porteur de trois ganglions sus-maxillaires : deuxsur le
trajetde la veine et un sur le trajet de l'artère faciale. Les ganglions les plus inférieursde cette région se placent ordi¬
nairement à cheval sur les deux vaisseaux, artère et veine
faciales, qui ici chevauchent l'un sur l'autre au-dessus de l'extrémité inférieure du muscle masséter. L'un d'eux se creuse même quelquefois en gouttière pour embrasser dans
sa concavité les deux vaisseaux précités.
— 28 —
Iln'est pas rare
de rencontrer un ganglion sur le bord
inférieurdu maxillaire et
qui, dans
unéquilibre instable
par le
fait de
saposition, peut être ramené artificiellement,
à l'aide de la
pression du doigt, tantôt au-dessus, tantôt au-
dessousdel'os maxillaire.
C'est
unganglion de transition
qui
n'est signalé nulle part au point de vue descriptif? mais
qui
cependant est figuré dans les planches de Mascagni et
deBourgerv et
Jacob. Le Dr Princeteau propose de le désigner
sous le vocable de
ganglion infra-maxillaire.
Desrecherches
poursuivies
avecle plus grand soin, dans
toutela
partie antérieure de la face, ne lui ont permis de
rencontrer que2
fois seulement des masses ganglionnaires
placées en
dehors de la zone qu'il vient de fouiller en
détail.
Une fois il a rencontré un
ganglion
gros commeun grain
de chènevis au niveau de la
commissure droite des lèvres
d'un adulte, reposant sur
la face externe de l'orbiculaire des
lèvres, au-dessous
du panicule adipeux sous-cutané et à
8millimètres endehors delà
commissure elle-même. Ce gan¬
glion
mérite, d'après lui, bien mieux le nom de ganglion com-
missuralque ceux que
l'on rencontre sur la face externe du
buccinateurau niveau de
l'embouchure du canal de Sténon.
Il n'a point
trouvé d'exemple semblable dans la littérature
médicale.
Une autre fois il a rencontréencore un
petit ganglion de
mêmevolume en avant de
l'artère faciale,
enregard de la
partiemoyenne
du sillon naso-génien. Testut (Traité d'ana-
tomie, -4° édition) cite un cas
analogue. Mais, comme il est
facilede s'en rendrecompte, ce sont
là des
casabsolument exceptionnels. Il n'a jamais rencontré de ganglions lympha¬
tiques
au-dessous de l'aponévrose du buccina.teur.
CHAPITRE III
Pathologie
desganglions géniens.
Les adénites des ganglions de la joue sont assez rares, surtout si on les compare au point de vue de la fré¬
quence, avec les affections ganglionnaires du cou, et en
particulier de la région sous-maxillaire. Mais cette rareté n'est que
relative,
etnos recherchesanatomiques
d'une part, d'un autrecôté lesnombreuses observationscliniques
que nousavons pu recueillir nous permettent d'affirmer dès à présent que lesadénopathies
en question sont infiniment plusfréquentes
qu'on le supposegénéralement.Rien de plus facile en effet que d'en méconnaître l'exis¬
tence, surtout si l'on songe que
jusqu'à
ces dernières années l'anatomie des ganglions qui nous occupent était encoreplongée dans l'obscurité.
D'autre part, ces adénites audébut neprovoquent pasordi¬
nairementde traînéesde
lymphangite
ou d'inflammation du tissu cellulairevoisin. Pendant toute leur évolution parfois lecortège des symptômes qui les accompagnent est si peubruyant
queleur présence peutéchapper
au praticien ou ne pas attirer l'attentiondu malade.Enfin,nous sommes convaincu parl'étude des documents
cliniques
dont nous nous sommes servique dans bien des casde véritables adénites géniennes ont été prises pour des affections toutes
différentes,
telles par exemple que lekyste,
le
lipome,
la gommesyphilitique
ou tuberculeuse. M. le pro¬fesseur agrégé Princeteau nous a même parlé d'uncasd'adé-
Etiologie.
—L'adénite aiguë ou adéno-phlegmon de la
joue
reconnaît comme cause dans l'immense majorité des
cas unelésion
inflammatoire voisine; quelquefois cependant
son
développement est
pourainsi dire spontané et ne dépend
d'aucune çause
appréciable. La nature de ces derniers faits
(adéno-phlegmon
dit idiopathique) n'est pas encore exacte¬
ment déterminée.
Quelques auteurs ont pensé à une tubercu-
— 30 —
nitegénienne
dans lequel le diagnostic primitivement porté
avaitété : actinomycose
?
C'estcontre de
telles erreurs de diagnostic que nous vou¬
lons mettreen
garde le clinicien et le chirurgien. Nous vou¬
lonssurtout leur
permettre en mettant en relief les caractères
propres
des adénites géniennes, de ne jamais les laisser
passer
inaperçues et d'y apporter un traitement précoce et
efficace.
Lesadénitesgéniennes
sont naturellement assez variables
avecla nature et
la durée de la maladie qui détermine leur
apparition. Néanmoins elles nous ont paru présenter quelques
caractères communs
relativement indépendants des condi¬
tions étiologiques.
C'est ainsi que les ganglions atteints ont
de faibles
dimensions et n'acquièrent que rarement un
volume
supérieur à celui d'une noisette. La fusion de plu¬
sieursganglions
voisins est exceptionnelle et dans la joue
on ne rencontrepas ces
paquets ganglionnaires que présen¬
tentsi
fréquemment les régions axillaire ou cervicale.
Nousdiviserons les
adénites géniennes en aiguës et chroni¬
ques.
Ces dernières comprennent l'adénite chronique simple,
l'adénite tuberculeuse
et l'adénite syphilitique. Aux adénites
chroniquesnous
rattacherons les adénopathies cancéreuses
survenant à la suite
des tumeurs malignes du voisinage et
un fait intéressantet
exceptionnel d'adénite génienne surve¬
nue au cours d'une
lymphadénie. (Observation de M. le
DrPrinceteau.)
— 31 —
loseaiguë, à unesorte de «phtisie galopante des ganglions».
Le fait est peu vraisemblable apriori, d'autant plus que l'on
ne note pas en général chezles sujets porteurs de cesadéni¬
tes de trace de scrofule ou d'antécédents tuberculeux.
En réalité il est probable,comme l'a établi M. le professeur Poncet, quetoutes les adénites géniennes ont pour point de départ des traumatism.es ou des inflammations portantsur les territoiresdes
lymphatiques
afférentsauxditsganglions.Enun mot ce qui domine cette étiologie,c'estl'infection plus
ou moins
latente,
plusou moins manifeste.Iciencorel'anatomie nous fournit d'utiles renseignements.
Parmi les régions tributaires des ganglions dela joue, nous avons trouvé les paupières, les téguments du nez, des lèvres etdesjoues; lesmuqueusesnasale, buccaleetgingivale.Tout agent infectieux agissant sur ces territoires pourra manifes¬
ter sa présence par un retentissement ganglionnaire.
Mais de toutes les causes qui déterminent
l'apparition
deces
adénites,
la plusfréquente
à coup sûr est la carie den¬taire. Cette
étiologie
a été constatée plus d'une fois par M. le professeurPollosson(de
Lyon), etaussi par M. le DrRolland, directeur de l'Ecole dentaire de Bordeaux. Cette variétéd'adéno-phlegmon
ressembleàs'y méprendre
à une fluxion dentaire; et les auteurs précitéssoutiennent,que beaucoup
de fluxions sontdes adénites ignorées.
Symptomatologie.
—L'adéno-phlegmon
de la joue occupe de préférencele milieu de la paroi buccale. Quelle que soitl'étiologie,
l'évolution est à peu prèsidentique
dans tous lescas. Ilfaut noter toutefoisquela suppurationestplus précoce dans
l'adéno-phlegmon simple
que dans celui d'originedentaire.
La douleuretlagêne fonctionnelle constituentles premiers signes de l'affection. Les mouvements, parfaitement libres
jusque-là,deviennent
limités et fatigants pour lemalade,qui
évite de parler et de selivrer à une mastication pénible. Il semble aupatient quesa joueest devenue plus épaisse, plus