FACULTÉ DÉ MÉDECINE ET DE PHARMACIE DE BORDEAUX
ANNÉE 1901-1902 N» 65
KYSTES HYDATIQUES
DU
MASSÉTER
THÈSE
POUR LEDOCTORAT
ENMÉDECINE
Présentée et soutenue publiquement le 7 février 1902
PAR
Albert-Gabriel HÉLION
Néà
Neuvy-Saint-Sépulchre
(Indre) le 5 janvier 1869.MM. DEMONS,professeur
Examinateurs de laThèse: ^ COYNE, professeur.
I VILLAR,ngrege....
SABRAZÉS, agrégé.
LeCandidat répondra aux questions qui lui seront faites surles diverses parties de l'Enseignement médical
BORDEAUX
G-
GOUNOUIL1IOU,
IMPRIMEUR DE LA FACULTÉ DE MÉDECINEII, RUE GUIR AUD E, II
I9° 2
Président.
|
Juges.A M. LE Dr F. VILLAR
PROFESSEUR AGRÉGÉ A LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE BORDEAUX CHIRURGIEN DES HOPITAUX
CHEF DES TRAVAUX AU LABORATOIRE DE MÉDECINE OPÉRATOIRE
OFFICIER D'ACADÉMIE
A MON PRÉSIDENT DE THÈSE
M. LE Dr DEMONS
PROFESSEUR DE CLINIQUE EXTERNE A LA FACULTE DE MEDECINE
CHIRURGIEN DES HOPITAUX OFFICIER DE LA LÉGION D'HONNEUR
INTRODUCTION
Nous nous proposons, dans ce travail, d'aborder un point particulier de l'histoire des kystes hydatiques des muscles, des kystes hydatiquesayant leur siège dans le musclemasséter. Ainsi que nous le verrons plus loin, ce siège des kystes hydatiques
est très rare, et le diagnostic peut être très difficile.
Mais, avant d'entrer dans l'étude de notre sujet, qu'il nous soit permis de remercier en quelques mots ceux qui ont guide
nos premiers pas pendant notre période d'étudiant.
Nous avons commencé nos études médicales à Paris, où un
interne,
notre aide d'anatomie, le Dr Finet, a su, par sa bien¬veillance, nous inculquer quelques notions d'anatomie.
M. le Dr Charles Monod, chirurgien de l'hôpital Saint-Antoine,
& droit aussi à toute notre reconnaissance pour la bonté qu'il
amise à nous donner quelques notions de clinique externe.
M. leprofesseurRichelot, dans le service duquelnous sommes resté deux ans, nous a bien habitué à donner le chloroforme ef nous a fait sur les maladies des femmes des leçons inou¬
bliables.
Maisil est unmaître que nous n'oublierons jamais, le DT Mer- Men. Avec quelle bonté et quelle bienveillante attention ne nous a~t-il pas appris à examiner un malade et à faire le
diagnostic
d'une maladie!— 10 —
Remercions également M. le
professeur Démons, qui
abien
voulu accepter la
présidence de cette thèse et dont la
science n'a d'égale que sa bonté;
heureux si
nous avons su profiter de sesleçons cliniques et de
son coupde main chi¬
rurgical.
Je pourrais répéter pour
M. le professeur Àrnozan ce que je
disais tout à l'heure de M. le professeur
Démons
:quel
pro¬fesseuraimable et gracieux!
N'oublions pas non plus
le Dr Villar, qui
aété l'inspirateur de
cette modeste thèse, et adressons-lui nos
plus sincères remer¬
ciements pour la bonté avec
laquelle il
nous a.donné tous les
renseignements
désirables.
Nous ne devons pas oublier non
plus les officiers qui nous
ont commandé à l'Hôpital
militaire de Versailles; qu'ils ac¬
ceptent ici l'assurance de
toute notre sympathie et nos remer¬
ciements pour les bontés qu'ils
ont
euesà notre égard.
KYSTES HYDATIQUES
DU
MA88ÉTER
CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE
Leskystes hydatiques ont dû être observés dès la. plus haute antiquité, puisqu'on en trouve la mention dans les premiers ouvrages qui furent écrits sur l'art de guérir. Ces productions
morbides sont suffisamment désignées dans deux passages
d'Hippocrate.
Galien, plus explicite que son illustredevancier, observa,
en outre, les kystes hydatiques chez les animaux.Arétée les décrit nettement chezl'homme, et, frappéde l'étran-
geté de cette hydropisie, comme il l'appelle, qui contient des
vésicules,
se pose la question de leur origine.En ce qui nous concerne, il faut arriver au commencement
du xvine siècle pour rencontrer, dans la littérature médicale,
la première relation d'un fait authentique de kyste hydatique
musculaire.
Ce cas est assez explicite : il fut opéré le 2 octobre 1699 par
Bidloo,
qui en donne lanarration dans ses Décades des exercices12 —
atwtomo-chirurgicaux, 1708. Il s'agissait d'un marchand, nom¬
mé Jacob Van Helmont, homme d'une haute stature, robuste, âgé de trente-deux ans, qui portait depuis six ans une grosseur dans la région supérieure de l'épaule droite. Bidloo porte sur la partie médiane de la tumeur une incision qui comprend les
trois enveloppes spéciales du corps. « Mais, dit-il, comme l'hu¬
meur ne sortait pas, j'ai sectionné la membrane des muscles, membrane commune à tout ce système. Rien ne sortantencore, à ce moment, je n'ai pas hésité à fendre le muscle trapèze à
la partie qui descend des apophyses épineuses des vertèbres
cervicales. Ces fibres motrices étant coupées ainsi obliquement
et dans la direction des insertions tendineuses, il en sort une humeur qui, dès que je presse avec les doigts les parties voisines, est projetée avec une telle force que moi et les assis¬
tants nous sommes aspergés et infectés de ce puant liquide.» Le pus évacué, Bidloo explore la plaie avec le doigt et décou¬
vre, dans la profondeur, des grosseurs de volume et d'aspect
différents. « Il y en avait environ trente-six et même plus, car
un élève m'a avoué plus tard qu'il m'en avait enlevé
huit
en cachette. » La guérison eut lieu en huit semaines.
Avant 1865, aucun travail d'ensemble n'avait été entrepris, et
nul n'avait songé à colliger les matériaux épars dans les
annales
médicales.
En 1865, on trouve un rapport de M. Fernet sur les
kystes
hydatiques musculaires. Dans ce rapport, excellentd'ailleurs,
l'auteur aborde les points relatifs à l'étiologie, qu'il
tient
pourtrès obscure, au diagnostic, au pronostic et au
traitement. H
insiste particulièrement sur 1a, difficulté du diagnostic,
et dit
que les signes les plus importants sont le frémissement
hyda-
tiqueet lafluctuation. Ce dernier signe n'a aucune valeur
patho-
gnomonique, et le précédent est une excessive rareté et
n'avait
jamais été constaté dans les cas relevés par M. Fernet.
Pour le
traitement, le rapporteur fait de l'éclectisme : si la tumeur
est
superficielle, il préconise l'ablation; dans le cas
contraire, il
faut inciser.
Marguet, dans sa thèseinaugurale, nous adonnéune
étude très
— 13 —
complète des kystes hydatiques des muscles des différentes régions.
Nous avons puisé aussi dans la thèse de M. Edouard Bertelé
sur les kystes hydatiques des muscles de la face, et nous lui empruntons une observation de kystes hydatiques du masséter.
Enfin, tout récemment, M. Villar a communiqué à la Société
d'anatomie de Bordeaux une nouvelle observation de kyste hyda- tique du masséter.
CHAPITRE 11
ÉTIOLOGIE.
—PATHOHÉNIE
Ilnous semble indispensable, pour la clarté de notre
travail,
de dire comment évolue le tœnia echinococcus.
Ce tœnia appartient à l'ordre des Cestodes; l'œuf fournit un
embryon, appelé pour cette raison ovigène, qui est agame et
nepeutproduire que des bourgeons état prolifère ou génération phytogène. Ces bourgeons ou gemmes engendrent, au contraire,
des embryons dits phytogènes, complètement différents du pre¬
mierembryon et qui, pourvus de sexe, produisent des œufs.
Or les phases parcourues par les embryons ovigènes (hexa- eanthes)pour letœnia echinococcus, d'une part, et les embryons phytogènes
(échinocoques),
d'autre part, sont absolument dissem¬blables. Cette double reproduction nous montre un cas particu¬
lierde ladigenèseconnue, depuis les travaux de VanBeneden(1),
sous le nom de digenèse hétérogène.
Chose remarquable, l'œuf, une fois expulsé de son hôte habi¬
tuel, le chien, a besoin, pour éclore et se développer, d'un
hôtede passage, qui sera l'homme ou les ruminants.
L'homme avale l'œuf qui, au contact du suc gastrique, dis¬
soutla coque qui l'enveloppe. Mais l'œuf peut parfaitement être dissous dans la salive et de là gagner, par une fissure faite
d)VanBeneden, Mémoiresurlesversintestinaux. Paris, 1858.
— 16 —
à la bouche ou par un canal salivaire, le muscle masséter. Cette théorie est vraisemblable, mais n'est pas encore suffisamment
démontrée.
L'homme avale donc l'œuf qui, au contact du suc gastrique,
dissout sacoque, et l'embryon, emporté par la circulation, gagne souvent le foie, puisque nous savons que dans 60 % des cas c'est dans le foie qu'évolue le kyste. Nous savons aussi qu'il peut très bien se fixer dans les muscles, parce que ceux-ci travaillent, qu'ils sont souvent traumatisés et qu'ils reçoivent cinq l'ois plus de sang au travail qu'au repos; ce sont, avec le foie, les organes les plus vasculaires de l'économie; de là,
la grande fréquence du kyste hydatique dans les muscles en général, et en particulier dans les muscles masticateurs dont
fait partie le masséter.
Étiologie.
Cavecanem.
Au commencement de ce siècle, alors que
fleurissaient les
idées de vitalisme, on croyait que les vers vésiculaires
étaient
le, produit d'une génération spontanée et résultaient de
l'accou¬
plement de la matière et d'un agent vital qui
imprimait
auxélé¬
ments! naissants la forme et l'individualité.
En dehors de ces causes très immédiates, on
attribuait une
grande influence aux conditions extérieures, commel'humidité,
la privation d'air et de soleil, l'abondance, la nature
végétale
et la mauvaise qualité de la nourriture, qui étaient
regardées
comme les causes non équivoques de la maladie
hydatique.
Pourexpliquer le développement decesorganismes
inférieurs,
tout était invoqué, sauf la véritable origine, l'infection.
En effet, il est prouvé aujourd'hui que la cause
unique des
kystes hydatiques dans notre organisme est l'ingestion
de l'œuf
du tœnia echinococcus, qui vit à l'état adulte et sexué
dans
l'intestin de notre chien domestique.
Un chien infesté de ce tœnia peut donc répandre des œufs
en tout temps et en tout lieu.
La présence des œufs du parasite dans ou au pourtour de la
cavité buccale du chien s'explique parfaitement si 1on tient compte des habitudes mêmes de cet animal, auquel il ne
répugne point de mettre salangue à contribution pour satisfaire
auxbesoins de sa toilette la moins délicate.
Une autre habitude qui aboutit au même résultat est celle qu'ontces animaux de flairerl'anus de leurscongénères infestés.
À cetégard, les plus redoutables sont les petits chiens d'appar¬
tement, dits chiens mignons, ou kingcharles, et chez lesquels
cette habitude existe à un haut degré. Par elle, la langue, les lèvres, le museau et les longs poils qui l'entourent peuvent
recueillir des œufs qui y restent attachés et n'attendent que l'occasion favorable pour se détacher. Cette occasion n'est malheureusement pas rare, surtout chez les personnes qui vivent dans une trop grande intimité avec ces animaux.
Sans parler des Islandais qui, d'après Finsen, laissent à leurs chiens le soin de nettoyer leurs assiettes et négligent
même de compléter l'opération en les essuyant, il n'est pas rare de voir des gens qui tolèrent que leur chien mange dans leur assiette; d'autres trouvent plaisant de se faire lécher le visage
et les mains.
Après cela, est-il étonnant que cette fâcheuse promiscuité
etces pratiques malpropres puissent devenir funestes à ceux
qui les supportent? Par elles les œufs invisibles du tœnia ar¬
rivent directement sur les lèvres ou au voisinage de la bouche,
ou sur les doigts qui y portent les aliments, et pénètrent faci¬
lementavec ceux-ci dans le tube digestif ou dans la bouche.
Pans le second cas, l'œuf gagne le tube digestif par une voie détournée :les aliments ou les boissons servant d'intermédiaire.
On comprend que le chien, animal vagabond par excellence,
dissémine
les œufs du tœnia partout où il passe.Cesœufs sefixentsurleslégumes, sur les fruits qui croissent,
comme la fraise, au ras du sol, ou bien ils sont entraînés par les eaux
pluviales vers les sources ou les puits qui alimentent
HÉLION
— 18 -
les habitations. Si ces eaux rie sont point filtrées, si ces fruits
sont avalés non cuits, si ces légumes, mal ou non lavés, sont mangés verts, l'œuf non détruit, non altéré, pénètre dans le
tube digestif.
Nous voyons qu'au point de vue étiologique, l'élément qui paraît le plus important serait la cohabitation avec le chien,
cohabitation d'autant plus redoutable que le chien est atteint
de tœnia spécial.
Parlons un peu, maintenant, de l'influence du traumatisme
sur le développement du kyste hydatique.
Pour Marguet, le traumatisme agit par
vaso-constriction,
suivie de vaso-dilatation. Le resserrement des capillaires pro¬
duirait l'arrêt de l'embryon, leur dilatation produirait le
ralen¬
tissement du sang et la stagnation du parasite,
conditions
suffisantes pour fermer lepassageà un si petit
animal,
«si
mou,si dépressible, » comme le dit lui-même M. Marguet. La vaso¬
dilatation ne produit pas d'arrêt de la circulation,
ralentit sim¬
plement la vitesse du sang et, dans tous les cas,
augmente
beaucoup la masse de fluide dans lequel se trouve perdu
l'em¬
bryon. Remarquons encore que, toutes les fois qu'un trauma¬
tisme est rapporté, c'est une contusion violente,
suffisante
pourrompre au moins les capillaires sanguins.
_Nous
nenierons donc
pasle rôle joué
parles violences
extérieures dans la localisation de la maladie hydatique,
mais
nous croyons que ce traumatisme ne devient un facteur
étiolo¬
gique notable que dans le cas où il produit la
rupture des
petits vaisseaux, dans le cas où se forme un hématome,
si
petit soit-il. Dès lors, le fait s'explique aisément : nous
avons
d'abord une solution de continuité du courant sanguin,
et en
ce pointmême unecavité plus ou moins considérable,
contenant
des tissus lacérés des débris cellulaires mélangés à un
épan-
chement sanguin et séreux.
Leparasite àla recherche d'un gîte estarrêté dans ce
magma:
il trouve là des matériaux, en voie de régression,
tout prêts à
le nourrir, un substratum peu dense, qui le laissera
prendre
facilement son essor, enfin un tissu qui ne réagira pas, un
locP
- 19 -
minons resisteniiœ. Il ne peut espérer plus paisible et plus
commode logis, et, amené là par le sang, il y restera puisqu'il
y trouve d'excellentes conditions de développement.
Si l'explication donnée par M. Marguet était exacte, pour¬
quoi un excès de température, pourquoi un refroidissement en un point quelconque ne développeraient-ils pas en ce point un
kyste hydatique chez un sujet prédisposé? La face et la région
massétérine ne sont pas beaucoup exposées au traumatisme;
mais ce faitne vient-il pas concourir à l'explication de la moin- des fréquences des kystes hydatiques de cette région?
L'affection que nous étudions est extrêmement rare. Malgré toutes nos recherches en France et à l'étranger, nous n'avons pu réunir plus de trois observations vraiment authentiques, dont une personnelle.
Pathogénie.
Nous
écarterons,
pour la face et le muscle masséter, la théo¬rie de Baillet (1858), qui, trouvant à la surface des viscères
d'animaux qu'il avait infestés expérimentalement des sillons dus au
passage
d'embryons
sur ces organes, en avait conclu que ces parasites ne progressaient que par fouissement, perfo¬rantdirectement tous les tissus et se promenant ainsi à travers les organes.
En juillet 1893, M. le
médecin-major
Loison(1), à propos d'un kystehydatique
pulmonaire, invoque un autre mode de progression : « L'œuf a besoin, dit-il, d'arriver dans l'estomac pour qùe sa coque soit dissoute par les sucs digestifs; mais 1peut-il êtreetembryonhexacanthe,
rejetévers unele pharynxfois débarrassépar un effortde sonde vomissementenveloppe, nes'arrêter dans les fosses
nasales, la bouche ou bien pénétrer de làdans le
larynx,
la trachée, les bronches, pendant un mou¬vementviolent
d'inspiration?
» Ce mécanisme expliquerait plus(1) Archivesdemédecineetdepharmaciemilitaires,juillet1893.
— 20 —
commodément, non seulement pour le poumon,
mais
pourles
muscles masticateurs, la pénétration du
parasite. Celui-ci
pour¬rait très facilement de la cavité bucco-pharyngienne passerdans
l'intimité des tissus voisins par un canal excréteur
des glandes
salivaires, ou même par perforation directe
de la
muqueusebuccale. Mais ne semble-t-il pas un peu extraordinaire que
jus¬
tement le sujet ait un vomissement à l'instant
précis où
un em¬bryon hexacanthesetrouve dans sonestomac, au
moment même
où il est dépourvu de sa coque et avant
qu'il n'ait franchi le
pylore?
Cette théorie est trop compliquée et exige un concours
de
circonstances trop exceptionnelles pour que nous
l'admettions
entièrement.
Nous croyons pouvoir émettre une hypothèse qui se rap¬
proche de la précédente, mais qui nous semble plus
plausible.
Dans les replis buccaux, voire dans une dent cariée,
peuvent
séjourner des matières alimentaires. Chez les gens peu
soucieux
deleur propreté, ces débris entreronten putréfaction.
La salive,
devenant acide, joignant son action aux ferments de
la putré¬
faction, peut alors dissoudre les matières
albuminoïdes, et
s'il existe parmi ces débris un œuf de taenia échinocoque,
il
perdra à la longue son enveloppe. Libre désormais, le
parasite
pourra se frayer, à l'aide de ses crochets, un passageà
travers
les tissus, et n'aura pas grand chemin à faire pour
arriver
dans les muscles masticateurs et, en particulier, dans le
muscle
masséter.
Nous croyons, pour nous résumer, que la coque
de l'em¬
bryon peut être dissoute dans labouche, même par la
salive, et
celui-ci peut alors pénétrer directement dans les tissus
voisins
et particulièrement dans les muscles masticateurs et dans
le
masséter, soit par un canal glandulaire, soit par
perforation
de la muqueuse buccale.
CHAPITRE III
ANATOMIE
PATHOLOGIQUE
Dans la thèse de Bertelé nous avons trouvé un fait bien digne
de remarque, c'est l'existence d'un kyste hydatique du biceps,
fait curieux en ce sens qu'il se trouvait du même côté que le kyste hydatique du masséter.
Et, chose intéressante et encore inexplicable, nous avons
cru remarquer dans nos recherches que, dans le cas de kystes multiples, si l'un d'eux est musculaire, il est rare, à moins d'affection généralisée, que les autres ne le soient pas.
Nous écarterons dans ce chapitre toute question qui s'éloigne trop de la clinique, et nous envisagerons exclusivement les kystes que l'on peut rencontrer dans le masséter.
Nous écarterons, par conséquent, le kyste multiloculaire.
Distinguons
d'abord, dans l'étude anatomo-pathologique, ce qui appartient au parasite de ce qui fait partie de l'organeinfesté,
le kyste proprement dit du kyste adventif.Kyste
adventif.
— La production parasitaire, en se dévelop¬pant danslemuscle, irritecelui-ci, et, suivant les lois générales,
letissu réagit en se défendant contre l'intrus qui le gêne. « Ce qui ne manque jamais, dit Rindfleisch, c'est la formation d'une capsule de tissu
conjonctif autour de la vésicule. » C'est là le kyste
adventif,
bien différencié par Cruveilhier, qui l'a soigneu-<20 —
sement étudié. Ce kyste forme une paroi très épaisse, dans les
tumeurs suffisamment développées, de près de 2 millimètres
dans l'observation de Bertelé, parfois plus encore, de consis¬
tance fibreuse et compacte. La surface interne, en contact avec
la vésicule, est plus ou moins lisse et unie; mais, lorsque le kyste esten voie de régression, elle lui est
fermement adhérente,
d'autant plus que cette régression est plus avancée. La
surface
externe estintimement unie aux fibres musculaires; cetteforma¬
tion adventive n'est, en effet, dans notre conception, qu'une prolifération du tissu conjonctif interstitiel des fibres muscu¬
laires, devenu fibreux et épaissi, et cette prolifération
s'étend
jusque dans le muscle lui-même. Les faisceauxcontractiles
ne subissent aucune atteinte : simplement refoulés par la tumeur,ils s'écartent librement, mais ne sont jamais envahis.
Peut-être
quelques fibres,^touffées
parle
processusde sclérose finissent-
elles par dégénérer, mais c'est un phénomène de
compression,
d'ailleurs peu fréquent. Le plus souvent on les
retrouve
intactes, quoique dissociées et étalées sur lekyste.
Mais on trouve nettement dans le tissu conjonctif
inter-fasci-
culaire des vaisseaux néoformés et beaucoup de cellules em¬
bryonnaires; en se rapprochant de la surface interne, on
voit
le résultat final de ce processus et de cette irritation
chronique,
une coque fibreuse très compacte. C'est là le kyste
adventif. A
un degré très avancé, on peut même observer, outre
cette sclé¬
rose, des points d'incrustation calcaire.
Vésicule hydatique.—La vésicule, qui règle la forme
du kyste
adventif, qui la moule, est rarement irrégulière; le plus
souvent
sphérique ou légèrement ovoïde, elle constitue la
production
parasitaire tout entière. On peut dans le masséter en
rencon¬
trer trois variétés.
La première est le kyste simple, qui répond à
Vacéphalocyste
de Laënnec. Il est constitué uniquement parune sphère
creuse,
contenant un liquide plus ou moins clair,
généralement d'une
limpidité parfaite.
La paroi anhiste, légèrement bleuâtre, est
composée de la-
nielles superposées, homogènes et élastiques, successivement déposées à mesure que
la vésicule
avance enâge. Ces lamelles
auraient pour Ch. Robin, 2 ou 3 p. d'épaisseur; de consistance gélatineuse, elles se séparent facilement les unes
des
autreset sont même assez friables. Lucke aurait trouvé dans ces.
feuillets gélatineux de la glycose. Dans tous les cas, ils ne sont
pas de nature albuminoïde (Frerichs), mais bien chitineuse.
Àmesure que de nouvelles couches se déposent à la surface
interne et que le volume du kyste s'accroît, les lamelles externes
se distendent, finissent par se gercer, donnant à cette surface
une apparence craquelée (Marguet).
Cependant, « la membrane hydatique, même pour les vési¬
cules à paroi mince et pellucide, constitue pour les microbes
un filtre naturel parfait, une barrière qu'ils ne peuvent fran¬
chir. » Nous reviendrons sur ces faits à propos de la suppu¬
ration des kystes.
Le liquide hydatique, clair comme de l'eau de roche, a une faible densité : 1,009 pour Frerichs, 1,015 pour Rechlin- ghausen. Nous aurons, par conséquent, peu de résidus solides;
L41 (Frerichs). Le plus souvent neutre, il renferme toujours
une forte proportion de chlorure de sodium, parfois de l'acide succinique (Heintz, Naunyn). Ce liquide a des propriétés toxiques. Ce qui le prouve, ce sont les accidents cutanés, dont
nous reparlerons, qui surviennent à la suite de l'absorption du liquide
hydatique
parles tissus. On tend, actuellement, à croire,dit M. Laboulbène (1), qu'il existe, à certains moments, dans
le liquide du kyste hydatique, des poisons analogues aux leuco-
maines et aux ptomaïnes étudiées par M. Gauthier. En effet, Viron(2) aextrait du liquide hydatique une ptomaïne très active.
Sa présence dans ce liquide est-elle accidentelle? Tout porte à croire, aucontraire, qu'il s'agit d'un élément normal et constant
dukyste
hydatique
vivant.Lorsque
les vésicules sont mortes, on peut rencontrer un(OSociei:médicaledeshôpitauxdeParis, 9mars1888.
() Archivesdemédecineexpérimentale,,janvier 1892.
— 24 —
nouvel élément, l'albumine, qui fait totalement
défaut
dans le liquide d'une hydatide vivante.L'aspect n'est alors plus le
même. La transparence fait place à
l'opalescence qui
aug¬mente par la chaleur ou l'acide nitrique.
La présence de l'albumine n'est pas du
tout le premier stade
de la suppuration, mais, au contraire, le
premier stade de la
régression du kyste après la mortdes hydatides. Cela n'em-
'
péchera pas, d'ailleurs, les globules
blancs de s'introduire, la
sup¬puration d'intervenir, en augmentant, chacun
de leur côté, la
proportion d'albumine contenue.
La deuxième forme est le kyste proligère, plus complexe,
et
qui pourra non seulement s'accroître, mais encorereproduire
d'autreskystes hydatiques, si ces éléments se trouvent
dans des
conditions convenables, et même d'autres taenias
échino-
coques, si ce kyste est avalé par un chien. Cette forme
est la
plus fréquente chez les animaux. Nous retrouveron là encoreun kyste adventif et les parois lamelleuses et feuilletées
du kyste
simple; mais nous avons en plus une membrane
germinale, qui
n'existait pas dans la forme précédente.
Cette membrane germinale, située à la partie internedu
kyste,
forme de petits utricules appendus à sa face interne,
contenant
eux-mêmes des scolex d'échinocoques, pouvant même former
de
nouveaux utricules; ces utricules de la membrane
germinale
sont les vésicules secondaires ou vésicules filles, que l'on ap¬
pelle aussihydatides. Dansleurintérieur, setrouventdes
vésicules
petites-filles. Chacune d'ellespeutdonner naissance à des
scolex,
Uniquement constituées par une sphère creuse,
rattachées d'a¬
bord à la membrane germinale par un pédicule et
remplies de
liquide hydatique, elles croissent, se développent et
finissent par
devenir libres dans la cavité kystique. Entre les
vésicules on
trouve peu ou pas de liquide; parfois, au contraire, on a
dans
un kyste volumineux, avec beaucoup de liquide, une ou
deux
kydatides seulement. Quelquefois on n'a aucune
vésicule, mais
des têtes de taenias; d'autres fois, au contraire, on n'a que
des
hydatides, et l'on ne peut même pas trouver un
crochet d'échi-
nocoque.
— 25 —
En somme, ces deux formes kystiques, le
kyste simple et
le kyste proligère, ne sont que
des schémas entre lesquels
peuvent se grouper toute une
série d'intermédiaires.
Un troisième type, le kyste dégénéré, nous est
offert
parla
régression des deux formes précédentes.Qu'une
causequel¬
conquevienne à détruire la vitalité d'un kyste hydatique, simple
le kyste proligère, ne sont que des schémas entre lesquels
ou du côté du contenu, des modifications importantes. On voit partout des globules blancs, surtout à la périphérie: ils s'insi¬
nuentdans les membranes de plus en plus rares à mesure qu'ils
s'avancent. Celui qui était si clair, devient opalescent, contient
de l'albumine en quantité de plus en plus considérable; peu à
peu, il s'épaissit; l'albumine forme des matières protéiques solides; du phosphate et du carbonate de chaux se déposent;
des matières grasses se forment; la cholestérine, enfin, ne man¬
que jamais.
Le liquide augmente aussi de densité; l'eau, sans cesse résor¬
bée, est sans cesse remplacée par des matières plus ou moins solides. C'estce que les anciens auteurs appelaient la tubercu- Usation du kyste hydatique.
CHAPITRE IV
SYMPTOMES ET
COMPLICATIONS
Nousauronsà considérer danscechapitre lessymptômes
fonc¬
tionnels qui président et accompagnent le kyste kydatique
du
masséter, puis les caractères physiques qu'ils présentent.Symptômes fonctionnels. —Nous devons distinguer les symp¬
tômes précédant l'apparition du kyste et ceux qui l'accom¬
pagnent.
Ala vérité, ces deux ordres de symptômes sont de même na¬
ture et tiennent aux mêmes causes; et cela se conçoit, si Ion songeque le kyste, avant d'être appréciable cliniquement, n'en
existe pas moins, caché dans la profondeur des parties molles
et susceptible de donner lieu aux mêmes accidents. Les diffé¬
rences, s'il en existe, ne sauraient tenir qu'au volume de la tumeur.
Phénomènes objectifs. — Nous croyons, cependant, que les
premierssymptômes se réduisent le plus souvent à une simple Sêne, un peu de pesanteur, qui attirent l'attention du malade
lui font découvrir une tumeur déjà grosse comme un pois
°uune noisette.
Consistance
de la tumeur. — Dans le kyste hvdatique du mas-— 28 -
séter, il faut tenir compte d'une cause importante d'erreur,
savoir l'état de relâchement du muscle.
Il est évident que, lors de la contraction musculaire, toute tumeur, quelle qu'en soit d'ailleurs la nature, située au-dessus
du plan musculaire ou dans son épaisseur, présentera une con¬
sistance d'emprunt, due à l'état du plan qui lui est immédia¬
tement superposé.
Tous les auteurs qui se sont occupés du kyste hyclatique ont
insisté sur la consistance, ordinairement dure, de ces tumeurs.
Il y a quelque temps, M. le professeur Lannelongue, deParis,
a rappelé ce caractère, qu'il attribue à la surdistension dela poche.
Le kyste hydatique du masséter siège le plus souvent à
la
partie supérieure de ce muscle. Son volume est variable, maisil n'atteint jamais de très grandes dimensions. En général, son volume peut être comparé à celui d'une noix.
A défaut de renseignements précis sur les rapports
qu'af¬
fecte l'organe avec les parties profondes, nous devrons
signaler
ceux que le kyste affecte avec la peau.
Dans notre observation, la peau était normale etne
présentait
aucune modification.
Le frémissement hydatique est rare : c'est une
sensation
particulière que l'on reçoit en percutant la tumeur. Pour
Mar-
guet, ce signe existeraitdans les poches trèstendues;
Cruveilhier
l'attribuait à la présence des vésicules secondaires.
Davaine et
Segond pensent qu'il est dû à la mise en jeu de
l'élasticité de
la membrane du kyste par le choc et l'ébranlement
du liquide
qui y est contenu. Le Dr Desprès admet, peut-être
à tort, qui!
manque « dans les petits kystes situés dans les
mucles
».H
est rare, mais on peut le rencontrer, il est alors
pathogno-
monique.
La crépitation amidonnée (signe de Reclus) est
aussi assez
rare : on l'attribue au passage des vésicules à travers
le détroit
d'un kyste en bissac; nous croyons plutôt qu'elle
n'existe que
dans les poches bourrées d'hydatides, et qu'elleest
due
aufrob
sement des vésicules les unes contre les autres.
— 29 —
Un certain nombre de complications, que l'on pourrait qua¬
lifier de mécaniques, proviennent du fait de la région occupée
par le parasite. Supposons d'abord que le kyste se trouve au
voisinage de la faciale; ceci arrive fréquemment, et s explique parfaitement, si l'on adopte les idées de Hansen, qui considère
les gaines vasculaires comme le point de départ des tumeurs
à échinocoques. Ce voisinage peut être l'origine de compres¬
sions vasculaires et même d'anévrysme.
Du côté desnerfs, nous pouvons observer des douleurs névral¬
giques rebelles, avant même que la tumeur ne soit perceptible,
des névrites par compression et des paralysies.
Des complications d'un tout autre ordre surviennent du fait de lasuppuration du kyste. MM. Chauffart et Widal ont recher¬
ché la pathogénie de cette suppuration. Pour eux, le « liquide clair,
transparent,
eau de roche, des kystes hydatiques est rigoureusement aseptique », mais « il constitue pour les mi¬crobes un excellent milieu de culture ». Nous avons vu que la membrane
hydatique
n'est pas perméable aux microbes, maisaussi qu'elle est souvent craquelée; un traumatisme peut encore agrandir ces crevasses.
Aussi ces auteurs concluent-ils que la suppuration ne peut envahir la poche kystique que si les parois de celle-ci ont été,
au
préalable,
fissurées ou altérées par une périkystite suppura- five. Pas de germes microbiens dans une poche hydatique intacte.Une cause fréquente de suppuration est la ponction explo¬
ratrice.
L'asepsie
la plus minutieuse n'empêchera pas l'aiguilledintroduire l'un des germes qui attendent à la porte, s'il y a
ltn Peu de
périkystite
suppurative.Aous
reviendrons, d'ailleurs,
sur les avantages et inconvé- lllents de la ponction exploratrice dans le diagnostic.Finsen,
le premier, observa, en Islande, une dernière compli¬cation
^très intéressante,
et posa cette loi que : le contact avecséreuses du contenu d'un kyste hydatique produit l'urticaire
Uieulafoy,
) Labbé(1) confirment cette observation et notent, Société médicaledeshôpitauxdeParis,26novembre 1886.— 30 —
de plus, que l'éruption est rare à la suite d'une nouvelle ponc¬
tion, même faite sur un nouveau kyste indépendant du premier,
Bouchard disait : « Je pense que l'urticaire est souvent d'ordre toxique. » Et l'une de ses observations montre que ce n'estpas le contact d'une séreuse qui produit l'urticaire, mais bienl'ab¬
sorption, de quelque façon que ce soit, du liquide hydatique: c'est l'ouverture d'un kyste pendant laquelle du liquide peut pénétrer dans une veine, et qui fut suivie d'urticaire
généralisé
sans que le péritoine fût touché.
Ces ptomaïnes peuvent même causer une sorte
d'empoison¬
nement caractérisé par une dyspnée intense, avec
expectora¬
tion muqueuse, toux et sueurs abondantes. Debove eut
même,
chez une malade à laquelle il fit une ponction
exploratrice,
un collapsus assez grave.M. Achard relate une curieuse autopsie de kystes
hyda-
tiques multiples, où le chef de clinique, l'aide et
le
garçonfurent atteints tous trois d'accidents assez sérieux,
accompagnés
d'urticaire, que l'on ne peut attribuer qu'à lamanipulation des
pièces provenant de cette autopsie, d'autant mieux que
le plus
gravement atteint fut l'aide, qui portait une coupure au
pouce.
« Ce fait serait inexplicable par le mécanisme
d'une action
réflexe, invoquée autrefois pour interpréter
l'urticaire hyda¬
tique. »
CHAPITRE V
DIAGNOSTIC ET PRONOSTIC
«Une tumeur qui siège dans les muscles, régulière, à évolu¬
tion plus ou moins lente, dure, est presque toujours un kyste
hvdatique,
» disait Denonvilliers à ses élèves. M. Lannelonguereprend ce précepte, et M. Trélat ajoute: «Le précepte de Denonvilliers est bon; j'en ai souvent vérifié l'exactitude. Je le
complète cependant et je dis : quand une tumeur des muscles
a uncaractère incertain, lorsque cette tumeur est dure et ronde, ilfaut penser à un kyste hvdatique. J'insiste sur la. dureté de la
tumeur;
le kyste hvdatique, ordinairement surdistendu par le liquide contenu, n'est pas fluctuant, il est dur comme unetumeur solide. »
La forme de la tumeur est aussi un élément
important de diagnostic : le kyste étant une sphère très tendue conserve sa
forme régulière et fait une saillie très nette et bien arrondie.
La palpation ne révèle généralement pas d'induration vague autour de la
tumeur,
ses limites sont nettes, et l'on a bien la sensation d'une bille roulantLe sous les doigts.frémissement
est très rare et n'a jamais été trouvé pour IesLkystes du masséter, non plus que le signe de Reclus.évolution est très importante comme élément de diagnos- tic''elle est très
lente, et l'état peut rester stationnaire; on peut 'nènie avoir des périodes de décroissance (notre observation
— 32 —
personnelle en est une preuve); elles sont
alors caractéristiques
d'une tumeur à échinocoques.
L'indolence absolue, avec un état général excellent, peutper¬
mettre d'éliminer toute gomme tuberculeuse ou syphilitique; la multiplicité des tumeurs intra-musculaires est, enfin, une
raison
pour penser à une lésion parasitaire (1).
Pouvons-nous, à l'aide de ces signes, faire le diagnostic,
éli¬
miner toutes les tumeurs intra-musculaires et affirmerlanature de la tumeur? Malheureusement ces caractères sont obscurs, et il faut surtout procéder par exclusion : c'est
l'incertitude
ex¬trême à laquelle on arrive qui fait le diagnostic.
Quoi qu'il en soit, en présence d'une tumeur de
la région
massétérine, le diagnostic devra porter sur un kyste
sébacé,
un lipome, une tumeur de la parotide accessoire ou
du canal
de Sténon, d'une gomme tuberculeuse ou
syphilitique, d'un
cancer, enfin sur une lésion profonde siégeant dans
la branche
montante du maxillaire inférieur.
Est-il, d'ailleurs, utile, au point de vue du
traitement, de
faire un diagnostic très précis? Il suffit, selon nous,
de poser
l'indication opératoire, et, du moment où la tumeur
s'accroît
sans cesse, que ce soit une gomme tuberculeuse ou un
kyste
hydatique,l'indication est la même, il faut en faire
l'ablation
totale.
Nous avons, àdessein, laissé de côtéla ponction
exploratrice.
Sans exposer à des accidents sérieux, elle peut
avoir cependant
deux inconvénients nuisibles au malade : la
suppuration ou
l'intoxication hydatique. Elle n'est pas nécessaire,
et
cen'est
pas, d'ailleurs, un moyen de diagnostic : c'est la
satisfaction
d'une simple curiosité. Nous l'accepterons
seulement comme
phase préparatoire, car c'estuneopération, à la
portée de tous,
il est vrai. D'ailleurs, le diagnostic ne se fait pas
à l'aide d'une
opération : c'est un art qui ne doit avoir comme
base que 'e
sens clinique du chirurgien.
Avec l'autopsie, les complications inflammatoires, en
appa
(1) M. le professeurPoncet,clinique du 27 février 1896.
rence spontanées ou consécutives à l'intoxication, étaient
fré¬
quentes et souvent mortelles. Les auteurs cherchaient dans
la
natureparasitaire du kyste les raisons de ces accidents. Aujour¬
d'hui l'on sait que ces accidents, hormis certains cas excep¬
tionnels parleur volume et leur siège, commencent avec l'inter¬
vention et ne reconnaissent qu'une cause, l'infection du kyste parles micro-organismes de la suppuration.
Le pronostic du kyste réside tout entier dans ses complica¬
tions : or, avec l'autopsie, nous devons savoir prévenir ces dernières et les traiter quand elles se sont produites en dehors
de nous.
I1ÈUON 3
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