Équation diophantienne x 2 + 2y 2 = n.
2013 – 2014
Référence : Daniel Perrin,Cours d’algèbre, Ellipses, 1996, p.56.
Il s’agit de donner une condition nécessaire et suffisante surn∈Npour que l’équation diophantiennex2+ 2y2=nadmette une solution.
On pose Σ :={a2+2b2|a, b∈Z}et on considèreZ[i√
2] muni deN :z7→z¯z, i.e.N(a+ib√
2) =a2+ 2b2. On a alorsN(Z[i√
2]) = Σ.
N est multiplicative donc Σ est stable par multiplication.
Théorème.
Soitppremier, alors
p∈Σ ⇐⇒ p= 2 oup≡1 ou3[8].
Lemme.
p∈Σ ⇐⇒ p n’est pas irréductible dans Z[i√ 2].
Démonstration. On commence par remarquer que pourz∈Z[i√
2], zest inver- sible si et seulement si N(z) = 1. En effet, si N(z) = 1, alors z¯z = 1 donc z est inversible. Réciproquement, si zz0 = 1, alors N(z)N(z0) = N(1) = 1 donc N(z) = 1.
⇒: Si p = a2+ 2b2, on a p =N(z) =zz¯ avec z =a+ib√
2 et N(z) = N(¯z)6= 1 (carpest premier) donczet ¯zne sont pas inversibles etpn’est pas irréductible dansZ[i√
2].
⇐: Si p = zz0 avec z, z0 ∈/ Z[i√
2]×, on a N(p) = N(z)N(z0) = p2 et N(z), N(z0)6= 1, doncp=N(z) (carpest premier), doncp∈Σ.
Démonstration du théorème. 2 = 02+ 2×12 donc 2∈Σ.
On supposeppremier impair.
Z[i√
2] est factoriel (car euclidien) donc
pest réductible ⇐⇒ (p) n’est pas premier
⇐⇒ Z[i√
2]/(p) n’est pas intègre.
OrZ[i√
2]'Z[X]/(X2+ 2) donc Z[i√
2]/(p)'Z[X]/(X2+ 2, p)'Fp[X]/(X2+ 2).
1
D’où
(p) n’est pas premier ⇐⇒ X2+ 2 est réductible surFp
⇐⇒ X2+ 2 admet une racine dans Fp
⇐⇒ −2 est un carré deFp
⇐⇒
−2 p
= 1.
Or −2
p
= (−1)p−12 2
p
= (−1)p−12 (−1)p
2−1 8 . On a alors (−1)p−12 = 1 ⇐⇒ p≡1[4] et (−1)p
2−1
8 = 1 ⇐⇒ p≡ ±1[8], donc −2
p
= 1 ⇐⇒ p≡1 ou 3[8].
Théorème.
Soitn≥2 etn=Q
p∈Ppvp(n) sa décomposition en facteurs premiers.
Alors n∈Σsi et seulement si pour tout p∈ P vérifiant p≡ −1 ou −3[8], vp(n)est pair.
Démonstration. ⇐: Σ est stable par multiplication et un carré est dans Σ.
⇒: Soitp≡ −1 ou −3[8], montrons le résultat par récurrence survp(n).
Sivp(n) = 0, alors vp(n) est pair.
Sinon,pdivisen=a2+ 2b2= (a+ib√
2)(a−ib√
2) etpest irréductible dansZ[i√
2] (carp /∈Σ) donc on peut supposer sans perdre en généralité quepdivisea+ib√
2. Orp∈Zdoncp|aetp|b, doncp2|n.
Si on pose a = pa0 et b = pb0, alors pn2 = a02+ 2b02 ∈ Σ et vp
n p2
= vp(n)−2≡0[2] par hypothèse de récurrence.
Doncvp(n)≡0[2].
Remarque.Cette démonstration s’adapte pour traiter l’équationx2−dy2=pdès queZ[√
d] (avec convention√
−1 =i) est euclidien, il suffit alors de calculer
d p
pour avoir le résultat. C’est le cas pourd=−2,−1,2,3,6,7,11,19. Toutefois, pour d >0, on va seulement avoirp réductible dansZ[√
d] ⇐⇒ ±p∈Σ, ce qui ne donnera l’existence de solutions que pour±p. Cela vient du fait que la norme d’un élément deZ[√
d] peut-être négative pourd >0. Par exemple, pour d= 3, 3 est bien réductible dansZ[√
3] maisx2−3y2= 3 n’a pas de solutions car en réduisant modulo 3 on obtient que 3|x, doncx2−3y2= 3 a des solutions si et seulement si 3x2−y2 = 1 en a, or en réduisant à nouveau modulo 3 on trouve quey2 ≡ −1[3], ce qui n’est pas possible. Par contre, x2−3y2 =−3 a une solution triviale.
2
Détails supplémentaires
– Z[i√
2] est euclidien : Soitt, z∈Z[i√
2]\ {0}, alors zt =x+iy√ 2∈C. Soitq=a+ib√
2∈Z[i√
2] tel que|x−a| ≤ 12 et|y−b| ≤ 12. Alors
z t −q
≤
r1 4+1
2 <1.
Soitr:=z−qt∈Z[i√
2], alors
|r|=|t|
z t −q
<|t|
doncN(r)< N(t).
D’oùz=qt+ravecN(r)< N(t).
3