Nancy-Metz 1982 : approximation d’une fonction par un polynôme du troisième degré
bi-osculateur
Ce problème de baccalauréat 1982 série C de l’académie de Nancy-Metz, porte sur une méthode d’interpolation dite « interpolation de Hermite ».
La partie A étudie un exemple, la partie B est consacrée à l’étude de la structure algébrique de l’ensemble des polynômes de degré inférieur ou égal à 3, et à la partie C à la construction du polynôme bi-osculateur d’une fonction f donnée sur un intervalle donné puis à quelques majorations dans le cas où f est de classe C4. On conviendra que ce problème pourrait être posé très honorablement à une session du CAPES actuel, sans en changer le moindre iota.
Ne pas oublier que, à l’époque, le problème de baccalauréat série C était accompagné de deux exercices, certes plus courts, et que la durée de l’épreuve était de 4 heures.
En résumé, un excellent problème d’entraînement adapté au CAPES.
1. Le sujet
Partie A. Un exemple
On considère la fonction numérique f définie sur l’intervalle
]
−1, +∞[
par :( )
x x
f = +
1 1 1. Etudier la continuité et la dérivabilité de f.
2. Déterminer une fonction polynôme P de degré inférieur ou égal à 3 qui a même valeur et même nombre dérivé que f en 0 et en 1.
3. Soit k la fonction définie sur l’intervalle
]
−1, +∞[
par( )
14 3 4 1 1
1 3 2
− +
− + +
= x x x
x x
k . Factoriser k et
en déduire la position relative de Cf et CP, courbes représentatives respectives des fonctions f et P dans un même repère orthonormé du plan. Tracer Cf et CP, faire figurer les tangentes en leurs points communs.
4. À l’aide d’un encadrement de 1+x pour x∈
[ ]
0, 1, montrer que( )
120 1 240
1 1
0 ≤
≤
k x dx5. Calculer
01f( )
x dx et
01P( )
x dx6. Déduire des résultats précédents la valeur de l’entier n tel que :
2 120 240 ln
n
n ≤ ≤
Partie B : un espace vectoriel de polynômes
On désigne par E l’espace vectoriel sur R constitué par la fonction nulle et les fonctions polynômes, à coefficients réels, de degré inférieur ou égal à 3.
Soit h un réel strictement positif et ϕ l’application de E vers R4 telle que : ϕ
( )
P =(
P( ) ( ) ( ) ( )
0, P' 0, P h, P' h)
1. Quelle est la dimension de E ? Montrer que ϕ est une application linéaire bijective de E sur R4.
2.1. Soit ϕ−1 la bijection réciproque de ϕ. Déterminer P3 =ϕ−1
(
0,0,1,0)
et P4 =ϕ−1(
0,0,0,1)
.2.2 Soit P1=1−P3 et P2 défini par : P2
( )
x =−P4(
h−x)
. Vérifier que P1=ϕ−1(
1,0,0,0)
et que(
0,1,0,0)
2 =ϕ−1
P .
3.1. Montrer que la famille des quatre polynômes
{
P1, P2, P3, P4}
est une base de E.3.2. Calculer pour i élément de
{
1,2, 3, 4}
l’intégrale
0hPi( )
t dt4. Soit un élément Q de E. Déterminer ses coordonnées dans la base
{
P1, P2, P3, P4}
. En déduire la relation, pour Q élément de E :
0hQ( )
t dt=h2(
Q( ) ( )
0 +Q h)
+12h2(
Q'( )
0 −Q'( )
h)
Partie C : Majorations
Soit a un réel strictement positif et ϕ et g une application de
[ ]
0, a vers R possédant des dérivées continues au moins jusqu’à l’ordre 4 sur[ ]
0, a . Soit h appartenant à] ]
0, a et Qh l’élément de E ayant même valeur et même nombre dérivé que g en 0 et h.1. Montrer que g est intégrable sur
[ ]
0, h et, en utilisant les résultats de la partie A, que :( )
t dt Q( )
t dt g( )
t dt h(
g( ) ( )
g h)
h(
g( )
g( )
h)
g h h h
h ' 0 '
0 12 2
2 0
0
0 −
=
− + − −
2. Pour tout u de
[ ]
0, a , on pose :( )
u ug( )
t dt u(
g( ) ( )
g u)
u(
g'( )
0 g'( )
u)
0 12 2
2
0 − + − −
=
Ψ
. Montrer quel’application Ψ ainsi définie est dérivable au moins jusqu’à l’ordre 3 sur
[ ]
0, a , que( )
0 =Ψ'( )
0 =Ψ"( )
0 =0Ψ et que
(
∀u∈[ ]
0, a)
, Ψ( )3( )
u =u122 g( )4( )
u3. On pose :
[ ] ( )
( )
(
g t)
M
a t
4 , 0
sup
= ∈ . Montrer successivement que :
[ ]
( ) ( )
" 36 ,
0
x3
M x a
x∈ Ψ ≤
∀
[ ]
( ) ( )
' 144 ,
0
y4
M y a
y∈ Ψ ≤
∀
[ ]
( ) ( )
, 720
0 z5
M z a
z∈ Ψ ≤
∀
4. Montrer en utilisant les questions précédentes qu’il existe un réel µ vérifiant
720 a5
≤M
µ tel que :
( )
=( ( ) ( )
+)
+( ( )
−( ) )
+µ
0ag t dt a2 g 0 g a 12a2 g' 0 g' a2. Eléments de correction
Partie A
1. En tant que fonction rationnelle, f est définie et de classe C∞ sur tout intervalle où son dénominateur ne s’annule pas. Elle est donc a fortiori dérivable sur
]
−1, +∞[
.2. La fonction f prend, respectivement, les valeurs 1 et 2
1 en zéro et en 1. Sa fonction dérivée est la fonction
( ) (
1 1)
2'
x x
f =− + , elle prend, respectivement, les valeurs -1 et 4
−1 en zéro et en 1
Soit P
( )
x =ax3 +bx2 +cx+d un polynôme recherché. Son polynôme dérivé est P'( )
x =3ax2 +2bx+cSes coefficients vérifient le système :
−
= + +
= + + +
−
=
=
4 2 1
3
2 1 1
1
c b a
d c b a c d
, système qui admet un unique quadruplet solution,
le quadruplet
− , −1,1 4 , 3 4
1 . Il existe un et un seul polynôme possédant les propriétés requises, le
polynôme P
( )
x =−14x2 +43x2 −x+13.
( )
x x x f( ) ( )
x P xx x
k + − + − = −
= + 1
4 3 4 1 1
1 3 2
. Factorisation :
( ) ( )
(
1)
4
1 2
2
+
= − x
x x x
k , fonction positive sur
]
−1, +∞[
.Pour tout réel x de cet intervalle, f
( ) ( )
x ≥P x , Cf est toujours au dessus de CP, ces courbes étant tangentes en leurs points d’abscisses 0 et 1.4. Pour x∈
[ ]
0, 1 , 1≤1+x≤12 et( ) ( )
( ) ( )
8 1 1
4 1 4
1 2 2 2 2 2
2 x x
x x x x
x ≤ −
+
≤ −
− . et les intégrales de ces fonctions
sur
[ ]
0, 1 sont dans le même ordre.Vu que
(
1) (
2)
5 2 3 1 3010 3 4 1 5
0
2 3 1 2
0
2 2 =
− +
= +
−
=
−
x x dx x x x dx x x x , on obtient :( )
120 1 240
1 1
0 ≤
≤
k x dx5.
( ) [
ln(
1) ]
10 ln21 = + =
f x dx x et( )
111 4 3 2 1
=
+
− +
−
P x dx= x x x xPartie B
1. E est un espace vectoriel de dimension 4 dont une base (la base canonique) est l’ensemble des quatre monômes
{
x3, x2, x,1}
Il est facile de vérifier que pour tout couple de polynômes
(
P, Q)
de E et tout couple( )
a,b de réels :(
aP bQ)
aϕ( )
P bϕ( )
Qϕ + = + ce qui établit la linéarité de ϕ.
Puisque les deux espaces E et R4 ont la même dimension, ϕ est bijective si et seulement si elle est injective ou surjective.
Etudions son éventuelle injectivité. Soit P un polynôme appartenant à kerϕ c'est-à-dire tel que :
( )
P( ) ( )
P h P( )
hP 0 = ' 0 = = ' . Les deux réels distincts 0 et h sont l’un et l’autre au moins racines doubles.
L’unique polynôme de E ayant cette propriété est le polynôme nul, puisque un polynôme du troisième degré ne peut avoir, au plus, que trois racines, comptées avec leur ordre de multiplicité. Ainsi, ker ne contient ϕ que le polynôme nul, ϕ est injective, donc bijective.
2.1. Soit ϕ−1 la bijection réciproque de ϕ et P3=ϕ−1
(
0,0,1,0)
et P4 =ϕ−1(
0,0,0,1)
.( )
0 '3( )
0 0 ; 4( )
0 '4( )
0 03 = P = P = P =
P : Les deux polynômes P3 et P4 admettent zéro pour racine
double, ils sont tous deux de la forme P
( )
x =x2(
ax+b)
. Pour un tel polynôme :( )
( )
+
= +
=
h b h a h P
h b h a h P
2 3
' 2
2 3
.
En particulier dans le cas de P3 :
= +
= +
0 2 3
1
2 2 3
h b h a
h b h
a de sorte que :
=
−
=
2 3
3 2
b h a h
gjulia et
( )
32( )
3 3 2 23
3 2 2
3 x
x h x h
h h x x
P = − =− +
Dans le cas de P4 :
= +
= +
1 2 3
0
2 2 3
h b h a
h b h
a de sorte que :
−
=
=
b h a h
gjulia 1
1
2 et 4
( )
2 3 21
1 x
x h x h
P = − (h en est racine simple).
2.2. Soit P1=1−P3. Alors : P1
( )
0 =1−P3( )
0 =1; P1( )
h =1−P3( )
h =0 et par ailleurs : P'1( )
x =−P3( )
x ; en conséquence : P'1( )
0 =P'1( )
h =0 . Ainsi, par unicité de l’image réciproque d’un élément de R4 :(
1,0,0,0)
−1
=ϕ P
Les deux polynômes P1 et P2 en question sont définis, respectivement, par :
( )
( )
− +
−
=
+
−
=
x hx h x
x P
h x h x
x P
2 3 2 2
2 2 3 1 3
2 1
3 1 2
.
Et on rappelle :
( )
( )
+
−
+
−
=
2 3 4 2
2 2 3 3 3
1 1
3 2
hx h x
x P
h x h x
x P
Pour information, la matrice de l’application linéaire ϕ dans les bases canoniques est :
0 1 2 3
1 0 1 0 0
1 0 0 0
2 2 3
h h
h h
h .
Sa matrice inverse, à savoir :
−
−
−
−
=
0 0 0 1
0 0 1 0
1 3 2 3
1 2 1 2
2 2
2 3 2 3
h h
h h
h h h h
M , dont on peut déléguer le calcul à un logiciel de
calcul formel, est la matrice de passage de la base canonique
{
x3, x2, x,1}
à la nouvelle base,. Elle donne, en colonnes, les coordonnées des quatre polynômes(
P1, P2, P3, P4)
dans la base canonique{
x3, x2, x,1}
,on pourra vérifier ces résultats.
3. La famille des quatre polynômes
(
P1, P2, P3, P4)
, en tant qu’image d’une base par une application linéaire bijective (l’application ϕ−1), constitue une base de E. Tout polynôme de E s’écrit comme une combinaison linéaire de ces polynômes, et cela d’une seule manière.Soit Q un polynôme de E, défini par : Q
( )
x =αP1( )
x +βP2( )
x +γ P3( )
x +δ P4( )
x , c'est-à-dire ayant pour coordonnées(
α, β,γ,δ)
dans la base(
P1, P2, P3, P4)
. Alors le calcul dans cette base des valeurs de Q et de son nombre dérivé en zéro et en h montre que : α=Q( )
0 ;β =Q'( )
0 ;γ =Q( )
h ;δ =Q'( )
h et que par conséquent : Q( ) ( ) ( )
x =Q0 P1 x +Q'( ) ( ) ( ) ( )
0 P2 x +Qh P3 x +Q'( ) ( )
h P4 xOn note que les deux expressions du polynôme Q, Q
( )
x =ax3 +bx2 +cx+d dans la base canonique et celle ci-dessus dans la base(
P1, P2, P3, P4)
sont bien identiques.Pour information, coordonnées dans la base canonique
4.
( ) ( )
2
0 3 0 1
dt h t P dt t
P h
h =
=
et 0 2( )
0 4( )
122dt h t P dt
t
P h
h =−
=
5.
0hQ( )
t dt=gilbertjulia2018
0h(
Q( ) ( )
0 P1 t +Q'( ) ( ) ( ) ( )
0 P2 t +Qh P3 t +Q'( ) ( )
h P4 t)
dtPar linéarité de l’intégrale :
0hQ( )
t dt=Q( )
0
0hP1( )
t dt+Q'( )
0
0hP2( )
t dt+Q( )
h
0hP3( )
t dt+Q'( )
h
0hP4( )
t dtOn obtient :
( ) ( ) ( ) ( ) ( )
' 12 2 0 12
2 ' 0
2 2
0
h h h Q h h Q h Q
Q dt t
Q gj
h = + + −
, c'est-à-dire la formule de l’énoncé.Partie C
Soit a un réel strictement positif et ϕ et g une application de
[ ]
0, a vers R possédant des dérivées continues au moins jusqu’à l’ordre 4 sur[ ]
0, a . Soit h appartenant à] ]
0, a et Qh l’élément de E ayant même valeur et même nombre dérivé que g en 0 et h.1. g est par hypothèse de classe C4 sur l’intervalle
[ ]
0, a , elle est de classe C4 sur tout intervalle contenu dans[ ]
0, a , en particulier sur[ ]
0, h . Etant dérivable sur cet intervalle, g y est a fortiori continue, elle est intégrable sur[ ]
0, h .2. Pour tout u de
[ ]
0, a , on pose : Ψ( )
u =
0ug( )
t dt−u2(
g( ) ( )
0 +g u)
−u122(
g'( )
0 −g'( )
u)
.g est par hypothèse de classe C4. L’application ua
0ug( )
t dt est de classe C5 sur[ ]
0, a , et la dérivée de g est de classe C3 sur ce même intervalle.La fonction Ψ ainsi définie est au moins de classe C3, la classe « la moins sophistiquée », celle de la fonction dérivée de g. Elle est continûment dérivable au moins jusqu’à l’ordre 3 sur
[ ]
0, a .Par construction, cette fonction s’annule en zéro.
Dérivée première : Ψ'
( ) ( )
u =g u −21(
g( ) ( )
0 +g u +ug'( )
u)
−121(
2u(
g'( )
0 −g'( )
u)
−u2 g"( )
u)
c'est-à-dire :( )
u 21(
g( ) ( )
u g 0)
u6( (
2g'( )
u g'( )
0) )
u12 g"( )
u'
+ 2
+
−
−
=
Ψ , fonction qui s’annule en zéro.
Dérivée seconde :
( )
u gilbertjulia g( )
u(
g( )
u g( )
ug( )
u) (
ug( )
u u g( )( )
u)
3
" 2
12 2
" 1 2 0 ' ' 6 2 ' 1 2 '' 1
2018= − + + + +
Ψ c'est-
à-dire :
( )
u(
g( )
u g( ) )
u g( )
u u2 g( )3( )
u" 12 0 6
' 6 '
" =1 − − +
Ψ , fonction qui s’annule en zéro.
Dérivée troisième : Ψ( )3
( )
u =61g"( )
u −61(
g"( )
u +ug( )3( )
u)
+121(
2ug( )3( )
u +u2 g( )4( )
u)
c'est-à-dire : Ψ( )3
( )
u =u122 g( )4( )
u3. On pose :
[ ] ( )
( )
(
g t)
M
a t
4 , 0
sup
= ∈ .
Soit x un réel quelconque de l’intervalle
[ ]
0, a .En intégrant sur l’intervalle
[ ]
0, x la fonction dérivée troisième de Ψ, on obtient :( )
x −Ψ( )
=
xΨ( )( )
t dtΨ" "0 3 et vu que la dérivée seconde s’annule en zéro : Ψ"
( )
x =
xΨ( )3( )
t dt.Soit y un réel quelconque de l’intervalle
[ ]
0, a .En intégrant sur l’intervalle
[ ]
0, y la fonction dérivée deuxième de Ψ, on obtient :( )
y −Ψ( )
=
yΨ( )
x dxΨ 0
"
0 '
' et vu que la dérivée s’annule en zéro : Ψ'
( )
y =
0xΨ"( )
x dx.En utilisant sur cet intervalle la majoration Ψ''
( )
x ≤M 36x3 :( ) ( ) ( )
40 3 0
'' 0
''
144
' 36 M y
dx M x
dx x dx
x
y y y y
gjulia =
≤ Ψ
≤ Ψ
=
Ψ
, et ce quelque soit y de[ ]
0, a .Soit z un réel quelconque de l’intervalle
[ ]
0, a .En intégrant sur l’intervalle
[ ]
0, z la fonction dérivée de Ψ, on obtient : Ψ( )
z −Ψ( )
0 =
0zΨ'( )
y dy et vu que la dérivée seconde s’annule en zéro : Ψ( )
z =
0zΨ'( )
y dy.En utilisant sur cet intervalle la majoration
( )
' 144 y4
M y ≤
Ψ :
( )
0( )
0( )
0 4 5720 ' 144
' M z
dy M y
dy y dx
y
z = zΨ ≤ z Ψ ≤ z =
Ψ
, et ce quelque soit z de[ ]
0, a .4. En particulier, lorsque z=a , on obtient l’inégalité :
( )
5720M a a ≤
Ψ , avec :
( )
a = 0ag( )
t dt−a2(
g( ) ( )
0 +g a)
−a122(
g'( )
0 −g'( )
a)
Ψ
. Il existe un réel µ vérifiant720 a5
gj M
µ ≤ tel
que
( )
a gjulia ag( )
t dt a(
g( ) ( )
g a)
a(
g'( )
0 g'( )
a)
0 12 2
2
0 − + − −
=
=
Ψ µ