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Impact des performances des transducteurs acoustiques pour le contrôle actif

Philippe Herzog

To cite this version:

Philippe Herzog. Impact des performances des transducteurs acoustiques pour le contrôle actif. 10ème

Congrès Français d’Acoustique, Apr 2010, Lyon, France. �hal-00537199�

(2)

10`eme Congr`es Fran¸cais d’Acoustique

Lyon, 12-16 Avril 2010

Impact des performances des transducteurs acoustiques pour le contrˆ ole actif

Philippe Herzog

Laboratoire de M´ecanique et d’Acoustique, CNRS-UPR 7051, 31 chemin Joseph Aiguier, F-13402 Marseille cedex 20, [email protected]

Les dispositifs de ”contrˆ ole actif”, qui rejoignent aujourd’hui ceux de ”reproduction sonore”, sont des applications des transducteurs qui prennent une importance croissante depuis quelques temps. Selon les strat´ egies de pilotage (variant d’une simple commande en boucle ouverte ` a des algorithmes adaptatifs en temps r´ eel), les performances des transducteurs peuvent ˆ etre plus ou moins cruciales. N´ eanmoins, aucune strat´ egie de contrˆ ole ne permet de repousser significativement les limites technologiques des transducteurs qu’elle utilise.

Cet expos´ e vise dans un premier temps ` a rappeler quelques-unes des limites technologiques associ´ ees aux transducteurs acoustiques disponibles commercialement aujourd’hui, et montrer comment des mod` eles

´

electroacoustiques simples permettent d’obtenir tr` es efficacement un premier dimensionnement. Dans un deuxi` eme temps, l’expos´ e abordera des aspects qui sont mod´ elis´ es moins efficacement (rayonnement, couplage acoustique, retards, non-lin´ earit´ es, etc) ainsi que l’influence de ”l’environnement acoustique”

des transducteurs (confinement, obstacles proches, rayonnement mutuel), en faisant le lien avec les li- mites qu’induisent ces aspects sur diff´ erentes strat´ egies de contrˆ ole. Ces deux parties seront illustr´ ees par quelques exemples de r´ ealisations ou de simulations.

1 Introduction

Les transducteurs acoustiques (essentiellement

´ ecouteurs, haut-parleurs et microphones), sont au- jourd’hui plutˆ ot associ´ es au march´ e du ”multim´ edia”, et plus particuli` erement ` a la reproduction sonore et aux t´ el´ ecommunications. Ces domaines d’application, quasiment disjoints (t´ el´ ephonie vs HiFi) depuis le d´ ebut de l’´ electroacoustique jusqu’` a la fin du XX

e

si` ecle [1], convergent aujourd’hui sous forme de produits

”nomades” multifonctions.

Pendant quasiment la mˆ eme p´ eriode mais ` a l’arri` ere- plan de ces march´ es ´ etablis, le contrˆ ole actif a connu

´ egalement une mont´ ee en puissance [2], bien plus li´ ee aux possibilit´ es de traitement du signal qu’` a l’´ evolution des transducteurs. Le contrˆ ole actif a ainsi b´ en´ efici´ e avant tout de l’essor consid´ erable des moyens de calcul, qui ont permis d’´ etudier puis d’impl´ ementer des algorithmes de plus en plus sophistiqu´ es, avec toujours la contrainte bien sp´ ecifique du ”temps r´ eel”

[3]. Cette ´ evolution a b´ en´ efici´ e dans un premier temps de technologies issues de la d´ efense (sonars, ...), et plus r´ ecemment de celle des t´ el´ ecommunications qui a banalis´ e l’usage des processeurs ”DSP”.

Deux tendances sont cependant en train de modi- fier peu ` a peu ce panorama. D’une part la reproduc- tion sonore a tendance ` a utiliser de plus en plus une approche ”multicanal” : le succ` es commercial des ”line- array” en sonorisation, ou le ”home-cinema” cˆ ot´ e grand public, conduit l’industrie ` a explorer peu ` a peu les prin- cipes de la synth` ese de champs sonores (WFS, HOA, etc) [4, 5]. Dans le mˆ eme temps, un travail de fond

est men´ e depuis bien des ann´ ees pour faciliter l’ap- plicabilit´ e des strat´ egies de contrˆ ole, en d´ eveloppant sa compl´ ementarit´ e avec les solutions passives, et en cherchant ` a ”d´ ecentraliser” le contrˆ ole (ie r´ ealiser un

”grand syst` eme” en juxtaposant de nombreuses cellules de contrˆ ole ind´ ependantes et g´ en´ eriques) [6]. Ainsi le contrˆ ole et la synth` ese de champ tendent ` a n´ ecessiter des technologies similaires, notamment en termes de trans- ducteurs : c’est ce dernier besoin qui est consid´ er´ e ci- apr` es.

2 Approches de contrˆ ole

La reproduction sonore a longtemps ´ et´ e effectu´ ee

”en boucle ouverte” : un signal ´ electrique alimente une chaˆıne ´ electroacoustique con¸cue pour obtenir une

”bonne” r´ eponse. Le contrˆ ole actif utilise peu cette approche, car elle ne permet pas de prendre en compte les variations du champ ` a annuler. Inversement, le premier principe de contrˆ ole a ´ et´ e la ”boucle ferm´ ee”

(feedback), qui soustrait simplement au signal de commande l’image d’un signal d’erreur capt´ e par un microphone (voir figure 1). Ce principe a ´ egalement

´ et´ e celui de certaines enceintes asservies. La plupart

des algorithmes modernes diff´ erencient cependant un

signal de ”r´ ef´ erence”, qui fournit une ”d´ efinition” du

spectre ` a traiter, et le signal d’erreur, qui quantifie

un ´ ecart ` a corriger [2, 7]. Cet approche (feedforward)

commence ´ egalement ` a ˆ etre utilis´ ee en synth` ese de

champs acoustiques, illustrant encore la convergence

progressive entre les installations de reproduction

sonore et de contrˆ ole actif [8].

(3)

c

c

+--

c +--

c

Fig. 1: Approches de contrˆ ole : ”boucle ouverte”

(HG), ”feedforward” (HD), et ”feedback” (bas) Chacune de ces approches doit fournir des

´ echantillons de signal ` a la cadence de reproduc- tion (en ”temps r´ eel”). Ceci implique un temps de latence, correspondant au d´ elai de filtrage ´ eventuel, mais aussi au temps de r´ eponse des transducteurs - n´ ecessairement fini, et parfois tr` es significatif. Ce d´ elai impacte directement les performances d’un contrˆ ole en

”boucle ferm´ ee” (il retarde le signal de contrˆ ole par rapport ` a celui ` a contrˆ oler), et doit ˆ etre born´ e dans le cas des autres approches ; il est rarement critique en reproduction sonore.

Les approches de contrˆ ole se diff´ erencient ´ egalement dans leur capacit´ e ` a s’adapter en fonction des cir- constances : celle-ci est maximale en ”boucle ferm´ ee”, peut ˆ etre param´ etr´ ee en ”feedforward”, et est nulle en

”boucle ouverte”. L’´ echelle de temps d’adaptation varie ainsi de celle de reproduction ` a l’infini. Elle doit corres- pondre ` a l’´ evolution pr´ evisible du champ : mouvement des sources, modifications environnementales, et varia- tions li´ ees aux transducteurs. Le contrˆ ole ”en boucle ferm´ ee” semble ainsi le plus int´ eressant pour traiter des ph´ enom` enes instationnaires, r´ eagissant a priori plus vite qu’un contrˆ ole ”feedforward”, mais la stabilit´ e du contrˆ ole est d’autant moins garantie qu’il doit s’adapter rapidement. Les variations de comportement des transducteurs peuvent ainsi ˆ etre compens´ ees par un contrˆ ole ”rapide”, mais en le d´ etournant alors en partie de sa mission principale, et peuvent ´ eventuellement nuire ` a sa stabilit´ e.

3 eponse lin´ eaire

Tous les dispositifs ´ evoqu´ es ci-avant utilisent le prin- cipe de superposition des contributions des diff´ erents transducteurs. Cela suppose au moins la lin´ earit´ e des ph´ enom` enes acoustiques, mais en g´ en´ eral aussi celle des transducteurs. Dans les simulations, ceux-ci sont donc usuellement consid´ er´ es comme des ”filtres” lin´ eaires et invariants ”SISO” (une entr´ ee, une sortie), et donc caract´ eris´ es chacun par une simple r´ eponse fr´ equentielle ou temporelle. Mˆ eme si cette notion est en elle-mˆ eme discutable (cf § 4), elle constitue un premier crit` ere de choix des transducteurs. Elle a donc fait l’objet de

nombreuses publications traitant de la mod´ elisation et de l’identification des transducteurs ; en particulier, les mod` eles ´ electroacoustiques permettent d’obtenir tr` es efficacement des ´ el´ ements quantitatifs aux basses fr´ equences [9].

3.1 eponse fr´ equentielle

La r´ eponse en fr´ equences donne une indication rapide du spectre qu’un transducteur peut reproduire ou contrˆ oler. Elle est toujours de type ”passe-bande”, avec des pentes de coupure ´ elev´ ees, d´ ependant en partie des technologies et des circuits de conditionnement associ´ es. Aux limites de la bande passante, ces coupures induisent des rotations de phase susceptibles de nuire ` a la stabilit´ e dans le cas d’un contrˆ ole ”feedback”. Aux tr` es basses fr´ equences, l’´ egalisation de pression statique des charges acoustiques arri` eres r´ esulte en g´ en´ eral de fuites mal contrˆ ol´ ees, notamment pour les capsules microphoniques ` a bas coˆ ut (´ electret). Pour cette raison (parmi d’autres), la coupure ”basse” est souvent sus- ceptible d’´ evoluer avec le temps ou l’environnement.

Dans la bande utile, la r´ eponse est en g´ en´ eral de plus en plus irr´ eguli` ere quand la fr´ equence augmente.

La cause principale en est le comportement vibratoire des membranes, consid´ erablement plus complexe dans le cas d’un haut-parleur que dans celui d’un ´ ecouteur ou d’un microphone. Toutes les irr´ egularit´ es de la r´ eponse doivent ˆ etre compens´ ees par le syst` eme de contrˆ ole, ce qui utilise ”inutilement” une partie de sa dynamique. Par rapport ` a la reproduction sonore, le contrˆ ole actif est en g´ en´ eral cantonn´ e aux basses fr´ equences : il est donc possible de s´ electionner des haut-parleurs ` a bande passante limit´ ee, mais dont la r´ eponse est particuli` erement r´ eguli` ere aux basses fr´ equences. Cela correspond ` a des composants a priori destin´ es aux caissons de basse, quand leur taille ou leur coˆ ut sont acceptables. Par contre, ces composants ont une r´ eponse souvent tr` es irr´ eguli` ere ”hors bande”, et doivent donc ˆ etre filtr´ es.

102 103

55 60 65 70 75

dB re 1 Pa/V

102 103

-100 0 100

Frequence (Hz)

Phase ( )

Fig. 2: R´ eponse d’une enceinte BF

La figure 2 pr´ esente un exemple de r´ eponse d’une

enceinte ”subwoofer” de bonne qualit´ e mesur´ ee en

chambre an´ echo¨ıque (le retard de propagation est

(4)

compens´ e). Les irr´ egularit´ es proviennent en partie des imperfections de la mesure [10], et la r´ eponse du microphone est ici n´ egligeable. La partie surlign´ ee en rouge correspond ` a la bande ”utile”, pour laquelle la r´ eponse en phase permettrait un contrˆ ole ”feedback”.

Au-del` a de cette bande, la forte remont´ ee de la r´ eponse peut cependant rendre un tel contrˆ ole instable, ou en limiter les performances.

3.2 eponse temporelle

Le comportement temporel des transducteurs impacte directement les performances de contrˆ ole en participant tr` es significativement au d´ elai de latence.

Le comportement temporel est directement li´ e au comportement fr´ equentiel (r´ eponse ` a phase minimale), avec d’´ eventuels retards suppl´ ementaires [11]. Ceci est illustr´ e par la figure 3, qui repr´ esente les simulations de deux syst` emes passe-bande diff´ erenci´ es par leur amortissement.

102 103

0 5 10 15

Frequence (Hz)

Retard (ms)

102 103

55 60 65 70 75

dB re 1 Pa/V

0 1 2 3 4 5

−50 0 50 100

Reponse imp.

Temps (ms)

Fig. 3: R´ eponse (H), retard de groupe (M) et r´ eponse impulsionnelle (B) d’un passe-bande

Pour cette situation usuelle (mais id´ ealis´ ee), le retard de groupe est de plusieurs millisecondes : cela correspond au d´ elai de propagation a´ erienne sur une distance de l’ordre du m` etre ! Cette figure rapelle aussi que pour des amortissements voisins, c’est la coupure aux basses fr´ equences qui est la plus cri- tique. La r´ eponse impulsionnelle est ainsi domin´ ee par d’´ eventuelles oscillations li´ ees ` a cette coupure ; elle peut avoir une amplitude significative pendant plusieurs millisecondes, ce qui fixe indirectement la longueur des

filtres devant la compenser. L’allure de la r´ eponse des transducteurs a donc une triple influence : elle joue sur la stabilit´ e du contrˆ ole, sur le d´ elai de latence, et sur la puissance de calcul n´ ecessaire. Ceci diff´ erencie les exigences correspondant d’une part ` a des syst` emes stables et ` a grande latence (typique de la reproduction sonore) qui peuvent g´ erer des r´ eponses r´ esonantes, et d’autre part aux syst` emes rapidement adaptatifs pour lesquels il est pr´ ef´ erable de choisir une r´ eponse plus amortie (donc en g´ en´ eral moins ´ etendue). C’est un des crit` eres de choix des charges acoustiques des enceintes.

4 Imp´ edances

Le couplage ´ electrom´ ecanique ´ etant r´ eciproque, il relie deux paires de grandeurs : tension et courant

´ electriques d’une part, force et vitesse (ou pression et d´ ebit acoustiques) d’autre part. L’examen des relations qui d´ ecrivent ce couplage montre que la r´ eponse mesur´ ee usuellement (eg pression rayonn´ ee par un haut-parleur en fonction de sa tension d’alimentation) d´ epend de l’imp´ edance des circuits ´ electroniques et du milieu acoustique auxquels est associ´ e un transducteur. Il n’y a donc pas de r´ eponse sp´ ecifique ` a un transducteur, mais uniquement la r´ eponse d’un ensemble ´ electroacoustique auquel il appartient [12] - ce qui peut ˆ etre peu intuitif dans le cas d’un syst` eme multicanal.

4.1 Imp´ edance de transfert

Les caract´ eristiques d’un haut-parleur le rap- prochent d’une source de d´ ebit acoustique, car l’imp´ edance m´ ecanique de l’´ equipage mobile est tr` es sup´ erieure ` a la plupart des charges acoustiques dans les- quelles il rayonne. La pression r´ esultant de sa vibration est donc extrˆ emement d´ ependante de cette charge acous- tique, comme l’illustre la figure 4.

101 102

60 65 70 75 80 85 90 95 100 105

Fréquence (Hz)

Niveau sonore (dB SPL)

salle (b), cavité (r), direct (g)

Fig. 4: R´ eponse d’un mˆ eme haut-parleur dans trois charges acoustiques : volume clos (r), salle ordinaire

(b) et espace ”infini” (v)

Cette r´ eponse est ici calcul´ ee par une d´ ecomposition

modale, qui permet d’obtenir l’imp´ edance Z

t

reliant

la pression en un point de mesure au d´ ebit du haut-

parleur. Pour un d´ ebit acoustique Q impos´ e, cette

(5)

pression s’exprime classiquement comme p = Z

t

Q , o` u la r´ eponse de la charge joue un rˆ ole ´ equivalent ` a celle du haut-parleur. Ce comportement est particuli` erement marqu´ e aux basses fr´ equences, o` u le comportement modal de la charge perturbe aussi bien la reproduction sonore que le contrˆ ole actif.

4.2 Imp´ edance de charge

Malgr´ e une imp´ edance m´ ecanique ´ elev´ ee, un haut-parleur usuel ne constitue pas une source de d´ ebit ”parfaite”. En pr´ esence d’un champ fortement r´ esonant, son d´ ebit peut ˆ etre modifi´ e par rapport ` a ce qu’il serait en champ libre. En notant p

ga

et Z

ma

les

´ el´ ements du g´ en´ erateur ´ equivalent (pression en circuit ouvert et imp´ edance interne), le d´ ebit est estim´ e par Q = p

ga

/ ( Z

ma

+ Z

r

), o` u Z

r

est l’imp´ edance acoustique pr´ esent´ ee par la charge sur la membrane. En g´ en´ eral, l’influence de Z

r

reste assez faible sur les haut-parleurs

”lourds” utilis´ es aux tr` es basses fr´ equences. Cependant, elle peut devenir significative pour des haut-parleurs ` a rendement ´ elev´ e (` a membrane l´ eg` ere).

Dans le cas d’un syst` eme ` a grand nombre de canaux, la pression acoustique exerc´ ee sur la membrane d’un haut-parleur r´ esulte de son propre d´ ebit, de la charge acoustique, mais aussi du d´ ebit de tous les autres haut-parleurs du syst` eme : les ´ equations ci-dessus font alors intervenir des matrices pleines, dont les termes non-diagonaux couplent les diff´ erents haut-parleurs. Le d´ ebit d’un haut-parleur donn´ e peut alors ˆ etre largement modifi´ e lorsque que le contrˆ ole modifie la r´ eaction de la charge acoustique en pilotant les autres haut-parleurs : le principe de superposition ne s’applique alors plus aussi simplement, ce qui peut perturber les perfor- mances ou mˆ eme la stabilit´ e du syst` eme. Cet effet n’est pas en contradiction avec la lin´ earit´ e acoustique : il r´ esulte du fait que le syst` eme de contrˆ ole ne pilote qu’une seule des deux grandeurs ´ electriques qui consti- tuent le signal d’entr´ ee du haut-parleur (qui pourait ˆ etre consid´ er´ e comme un syst` eme MIMO, et non SISO).

De ce point de vue, un syst` eme de contrˆ ole ac- tif diff` ere d’un syst` eme de reproduction sonore : l` a o` u le deuxi` eme g´ en` ere une pression, le premier l’an- nule. L’imp´ edance acoustique chargeant l’actuateur peut alors ˆ etre abaiss´ ee, et ainsi contribuer ` a modifier l’accord d’une ´ eventuelle charge r´ esonante [13].

5 Dimensionnement

Le comportement lin´ eaire des transducteurs est un point important de la conception d’un syst` eme, mais il ne suffit pas ` a en d´ eterminer les caract´ eristiques. En effet, ˆıl faut ´ egalement assurer que la gamme dyna- mique des transducteurs est compatible avec le champ

`

a reproduire (ou annuler) : le syst` eme doit pouvoir cr´ eer la pression d´ esir´ ee sans d´ epasser les possibilit´ es des actuateurs, et d´ etecter les erreurs par rapport ` a cette consigne sans ˆ etre tromp´ e par la saturation ou le bruit de fond de ses capteurs.

5.1 etermination du besoin

Cette compatibilit´ e est plus d´ elicate ` a chiffrer qu’il n’y paraˆıt au premier abord, car l’approximation d’un champ primaire donn´ e par un ensemble discret de sources ne peut ˆ etre qu’approximatif. Les interactions entre actuateurs contribuent en g´ en´ eral ` a cr´ eer un champ r´ eactif ”parasite” (li´ e au ph´ enom` ene de ”replie- ment spatial”) qui correspond ` a des ´ echanges de d´ ebit entre les diff´ erents actuateurs. Ceux-ci doivent ainsi g´ en´ erer un d´ ebit plus important que le d´ ebit ”utile” li´ e

`

a ”leur part” du champ ` a reproduire.

Selon la strat´ egie de contrˆ ole, la proportion du d´ ebit utile peut ˆ etre plus ou moins ´ elev´ ee : si le probl` eme acoustique est ”mal pos´ e” (distribution d’actuateurs inadapt´ ee au probl` eme ` a reproduire), le d´ ebit des ac- tuateurs peut ˆ etre tr` es sup´ erieur ` a celui correspondant au champ d´ esir´ e. La conception acoustique pr´ ealable du syst` eme (position et caract´ eristiques des sources) et le param´ etrage du contrˆ ole (pr´ econditionnement, p´ enalisation) conduisent normalement ` a limiter ce probl` eme, mais le d´ ebit des actuateurs de contrˆ ole reste en g´ en´ eral sup´ erieur au d´ ebit correspondant au champ primaire (` a reproduire ou ` a annuler). Une mod´ elisation

´ electroacoustique compl` ete peut ˆ etre n´ ecessaire pour d´ eterminer ce d´ ebit avec pr´ ecision, mais en g´ en´ eral un coefficient arbitraire de surdimensionnement est utilis´ e pour estimer le d´ ebit maximal n´ ecessaire pour un probl` eme donn´ e.

5.2 Niveau nominal

Ainsi, le dimensionnement des actuateurs

´ electroacoustiques est en g´ en´ eral bas´ e sur la d´ etermination d’un d´ ebit ”nominal”, qui conduit aux pressions maximales ` a reproduire aux positions de mesure. Ce d´ ebit nominal peut ˆ etre obtenu d’apr` es une estimation des termes diagonaux de l’imp´ edance Z

t

, souvent r´ eduits ` a une approximation ”mo- nopˆ olaire” quand aucun autre mod` ele n’est disponible : Z

t

( i, j ) ≈ jωρ/NπR

ij

, en prenant N = 4 en probl` eme ext´ erieur, ou N = 2 en espace clos. Alors la densit´ e spectrale de d´ ebit Q ( ω ) peut ˆ etre calcul´ ee d’apr` es celle de la pression ` a reproduire P ( ω ) : Q ( ω ) = Z

t1

( ω ) P ( ω ).

Pour la plupart des actuateurs ´ electroacoustiques,

il existe une limite m´ ecanique au-del` a de laquelle

leur fonctionnement n’est plus correct. Cette limite

correspond en g´ en´ eral ` a un d´ eplacement, et est

donc d´ etermin´ ee en int´ egrant (sur la bande utile

min

, ω

max

]) la densit´ e spectrale Q(ω)/jω. La valeur

r´ esultante est un volume d’air ` a d´ eplacer, qui permet de

s´ electionner un mod` ele d’actuateur dans un catalogue,

ou d’en d´ eterminer le cahier des charges. Les actua-

teurs ´ electrodynamiques (notamment les haut-parleurs

usuels) doivent de plus respecter une deuxi` eme limite,

qui d´ ecoule de leur tr` es faible rendement ´ energ´ etique :

la dissipation dans leur bobine mobile ne doit pas

conduire ` a un ´ echauffement excessif. Il est donc a

priori n´ ecessaire d’estimer aussi la puissance ´ electrique

consomm´ ee pour cr´ eer le d´ ebit nominal, et d’inclure

cette contrainte lors du choix. Aux basses fr´ equences,

(6)

c’est en g´ en´ eral le volume d´ eplac´ e qui constitue la limite principale [9].

Le dimensionnement des capteurs (en g´ en´ eral des mi- crophones) est un peu plus simple : ils doivent essen- tiellement pouvoir supporter la pression maximale exis- tante sans saturer. Cependant, cette pression diff` ere a priori de la pression ` a reproduire : elle doit permettre un d´ epassement occasionnel de la consigne, et prendre en compte les signaux issus de sources parasites, y compris

”hors bande”. A ce titre, le bruit li´ e ` a des ´ ecoulements (vent, ...) est tr` es riche en composantes subsoniques qui peuvent facilement saturer des microphones ` a bas coˆ ut, ou leur pr´ eamplificateur, s’ils ne sont pas prot´ eg´ es par une bonnette. Pour limiter ce probl` eme il est possible de pr´ evoir un filtre passe-haut dans le pr´ eamplificateur, mais ceci augmente alors consid´ erablement le retard de groupe (cf §3).

5.3 Lin´ earit´ e

Le fait d’avoir choisi des transducteurs ayant une dynamique adapt´ ee, et d’avoir r´ egl´ e correctement les gains dans la chaˆıne ´ electroacoustique, permet de garantir que le contrˆ ole (ou la reproduction) peut ˆ etre bas´ e sur le principe de superposition. Cependant, les transducteurs ont en g´ en´ eral un comportement qui n’est qu’approximativement lin´ eaire - notamment les haut-parleurs ´ electrodynamiques [14]. Lorsque les niveaux sonores s’approchent de leur niveau nominal, les actuateurs sont donc susceptibles de cr´ eer des distorsion des signaux ` a reproduire.

Ce d´ efaut est capital en reproduction ”en boucle ouverte” (HiFi, ...), car l’oreille y est tr` es sensible - bien que certains types de distorsion soient consid´ er´ es comme relativement peu gˆ enants [15]. Il prend moins d’importance dans le cas d’un contrˆ ole ”feedback”, qui a tendance ` a r´ eduire la distorsion de l’actuateur (c’´ etait une de ses premi` eres applications en audio, pour les enceintes dites ”asservies”) - tout au moins si la distor- sion ne modifie pas trop la stabilit´ e de la boucle ferm´ ee.

En contrˆ ole ”feedforward”, l’effet de la distorsion n’est pas tr` es important a priori, mais peut limiter l’effi- cacit´ e du contrˆ ole : des composantes suppl´ ementaires d´ ecoulant de la distorsion de l’actuateur sont d´ etect´ ees par le capteur d’erreur. Si le niveau augmente, ces composantes croissent, ce qui est interpr´ et´ e comme une croissance de l’erreur. Un algorithme adaptatif est donc amen´ e ` a limiter son action pour que les composantes de distorsion restent voisines de la pression r´ esiduelle, qui n’est alors pas totalement minimis´ ee. En pratique la distorsion des haut-parleurs usuels, con¸cus pour la reproduction sonore, est en g´ en´ eral suffisamment faible pour avoir peu d’impact sur les performances du contrˆ ole.

La lin´ earit´ e des actionneurs est donc un aspect capital en restitution sonore, mais de moindre impor- tance apparente en contrˆ ole. Cette disparit´ e provient en grande partie de la diff´ erence entre les m´ etriques uti- lis´ ees pour les deux applications : le contrˆ ole acoustique minimise en g´ en´ eral une erreur quadratique moyenne,

avec une efficacit´ e de l’ordre de 10 ` a 20 dB. Cette dynamique est a priori tr` es inf´ erieure ` a celle de l’oreille.

Cependant, la gˆ ene li´ ee au bruit r´ esiduel peut ˆ etre accrue par la distorsion des actuateurs, du fait qu’il s’agit en g´ en´ eral de composantes mieux per¸cues que la fondamentale. L’efficacit´ e perceptive du contrˆ ole est donc probablement bien plus impact´ ee par la lin´ earit´ e des actuateurs que cela n’apparaˆıt dans les mesures.

6 Rayonnement

Un syst` eme de reproduction sonore ou de contrˆ ole actif met en jeu un nombre fini de transducteurs, et peut donc reproduire un nombre limit´ e de degr´ es de libert´ e (ddl ) ind´ ependants (inf´ erieur ou ´ egal ` a celui de ses canaux). Dans le cas d’un champ acoustique confin´ e, cela peut d´ ecrire le champ ` a reproduire avec une grande pr´ ecision si le nombre de ddl contrˆ ol´ es est sup´ erieur ou

´ egal au nombre de modes non ´ evanescents dans la bande de fr´ equences consid´ er´ ee. Dans ce cas, une conception correcte du dispositif permet de minimiser le d´ ebit de chaque actuateur, et d’en obtenir les commandes via l’inversion (r´ egularis´ ee) de la matrice des fonctions de transfert des actuateurs.

Mis ` a part des cas simples (casque anti-bruit, gaines de ventilation, ...), peu de probl` emes concrets correspondent ` a cete situation quasi-id´ eale. En g´ en´ eral, le syst` eme peut contrˆ oler un nombre de ddl [tr` es]

inf´ erieur ` a celui du probl` eme physique, et n’en r´ ealise donc qu’une approximation, meilleure au voisinage d’´ eventuels microphone de contrˆ ole. La propagation ayant tendance ` a homog´ en´ eiser la pression, l’erreur commise devrait ˆ etre faible si l’´ ecart entre microphones est suffisamment faible (de l’ordre d’une demi-longueur d’onde au maximum). En maillant ainsi une surface ferm´ ee avec des points de mesure, il est mˆ eme possible de reproduire correctement le champ dans l’ensemble de son volume [16].

Cependant les performances du contrˆ ole d´ ependent aussi des caract´ eristiques de rayonnement des trans- ducteurs. Ainsi le conditionnement de la matrice des fonctions de transfert d´ epend beaucoup des couplages acoustiques entre voies, qui peuvent ˆ etre r´ eduits en choisissant les emplacements et les orientations de transducteurs ayant une r´ eponse s´ elective spatialement.

Une combinaison id´ eale conduirait ` a une matrice quasi- diagonale ne posant aucun probl` eme d’inversion, voire permettant la mise en oeuvre d’un contrˆ ole d´ ecentralis´ e.

La s´ electivit´ e spatiale des transducteurs peut ˆ etre

caract´ eris´ ee par leur directivit´ e, s’ils sont en champ

lointain les uns des autres - sans quoi cette notion

perd son sens. Dans un syst` eme de contrˆ ole ”compact”,

le champ rayonn´ e comporte une autre composante :

la partie ´ evanescente, ou ”champ proche”, qui peut

totalement dominer la partie propagative au voisinage

imm´ ediat des sources. Le syst` eme de contrˆ ole tend

alors ` a annuler le champ primaire en lui opposant le

champ proche de ses actuateurs, qui varie diff´ eremment

(7)

dans l’espace. L’effet du contrˆ ole est alors quasi-local, alors que la mesure de la seule composante propagative permettrait un contrˆ ole efficace ` a grande distance, comme l’illustre la figure 5.

100 101

−50

−40

−30

−20

−10 0

distance Z/a

dB

Pression sur l’axe à 100.0 Hz

primaire

débit

p=0 Re(I)=0

Fig. 5: Contrˆ ole d’une source primaire de rayon a par une source secondaire concentrique. Noir : champ primaire, et contrˆ ole annulant le d´ ebit total. Bleu :

minimisation de pression en un point. Rouge : minimisation de la composante propagative.

Plus g´ en´ eralement, un syst` eme de reproduction gagne ` a ce que les fronts d’onde g´ en´ er´ es par ses ac- tuateurs aient une forme voisine de celle du champ ` a reproduire, pour am´ eliorer la qualit´ e de l’approximation spatiale. Un syst` eme de contrˆ ole a ´ egalement avantage

`

a ce que ses capteurs soient capables de s´ electionner la partie pertinente du champ rayonn´ e par ses actuateurs (en g´ en´ eral la partie propagative), et qu’ils soient coupl´ es de mani` ere sensiblement ”diagonale”. Ces deux points sont donc des axes de recherche int´ eressants pour l’´ etude des transducteurs.

7 Conclusion

L’objectif de cette pr´ esentation g´ en´ erale est de rap- peler les caract´ eristiques essentielles des transducteurs utilis´ es en contrˆ ole actif acoustique, et de montrer qu’elles peuvent ˆ etre choisies de mani` ere ` a faciliter le fonctionnement d’un syst` eme de contrˆ ole actif [17] ou de reproduction sonore [18]. Cela pourra ˆ etre illustr´ e ` a l’oral par des exemples qui n’ont pas trouv´ e leur place dans ces quelques pages.

Remerciements

L’auteur souhaite remercier ses coll` egues du LAUM, du LEMA, du CTTM et du LMA pour les nombreuses (et souvent longues) discussions qui lui ont permis d’aborder les aspects ´ evoqu´ es dans cet expos´ e.

ef´ erences

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