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Sur le paramagnétisme du manganèse
A. Serres
To cite this version:
SUR LE
PARAMAGNÉTISME
DUMANGANÈSE
Par Mlle A. SERRES.
Sommaire. 2014 L’étude du paramagnétisme du manganèse est devenue particulièrement intéressante depuis
que Ashworth a trouvé une discontinuité dans la variation de la chaleur spécifique à 350°C, et que Néel a établi
une théorie du paramagnétisme constant. Mais les résultats que l’on possède actuellement sont contradictoires.
Dans cette nouvelle étude, on a cherché à éviter les causes d’erreurs des précédents expérimentateurs et à obte-nir une haute précision dans les mesures. On trouve que la susceptibilité paramagnétique du manganèse varie faiblement avec la température, mais d’une façon continue ; en particulier, aucune anomalie de l’aimantation n’est observée à 350°C.
Les
premières
étudesthermomagnétiques
duman-ganèse
ont fait attribuer à ce métal unparamagné-
1tisme
indépendant
de latempérature :
Owen(1)
atrouvé une
susceptibilité
sensiblement constante dansun intervalle de
plusieurs
centaines dedegrés ; puis
1Honda et Soné
(2),
Ishiwara(3)
ont trouvé des résul-tatsanalogues.
Ces auteursutilisaient,
pour leurbmesures, du
manganèse
fondu,
de provenanceKahl-baum,
contenant de 3 à 4 pour 100d’impuretés, qui
devaient fausser les mesures
(plus
de 1 pour 100 defer et
quantités appréciables
decuivre, silicium,
alu-minium).
Certains échantillonsprésentaient
même unfaible
ferromagnétisme.
Depuis
les travaux de MissGayler
(4)
on saitpré-parer du
manganèse
extrêmement pur(titre
99,99
pour
100),
par fusion et distillation dans le vide.Kapitza (5)
a vérifié que -lemanganèse
très pur obtenu par MissGayler
neprésentait
aucune trace deferro-magnétisme
et a mesuré unesusceptibilité
parama-gnétique
à latempérature
ordinaire de :X
= 9,66.10-6
Shimizu
(6)
a, lepremier,
étudié lespropriétés
ther-momagnétiques
dumanganèse
obtenu pardistilla-tion ;
à latempérature ordinaire,
il obtient unesuscep-tibilité
beaucoup plus
faible :X =
7,55.10-6
constante
jusque
vers300~G ; puis
lasusceptibilité
décroîtjusqu’à
latempérature
de 8100C où elleaug-mente
brusquement,
et décroît de nouveaujusqu’à
11000C où elle subit une nouvelleaugmentation
brusque
pour diminuer ensuitejusqu’à
latempéra-ture de fusion du
manganèse (fig.
1,
courbeII).
Grube et Winkler
(7)
ontplus
récemmentpu,blié
(I) OWEN. Ann. der Physik, 1912,37, p. 657.
-(2) HONDA et SONÉ. Sc. Rep. Tohoku Imp. Unif., 1913’
2, p. 2~.
(3) ISHIWARA. Sc. Rep. Tohoku Imp. Unip., 1916, 5, p. 53.
(4) M. V. GAYLER. J. Iron and Steel Institute, 1927,115, p. 393. ~6) KAPITZA. Proc. Roy. SOC., 1931, A .13~., p. 266.
1
(8) SHIMIZU. Sc. Rep. Tohoku Imp. 1930,19, p. 411. (7) GRUBE et WINKLER. Z. Elektrochem., 2936, 42, p. 815.
Fig. 1. - I. Mesures de Grube et Winkler. II. Mesures de Shimizu
une courbe de la variation de X en fonction de la
tem-pérature
pour unmanganèse
obtenuégalement
par distillation dans le vide. A latempérature ordinaire,
ils retrouvent sensiblement la valeur donnée parKapitza : ,
X =
9,62.10-l
Ces auteurs ne donnent pas les valeurs
numériques
de leurs mesures aux différentes
températures,
maisle
graphique publié (fig.
1,
courbeI)
indique
que Xdécroît
régulièrement depuis
latempérature
ordinairejusque
vers 7500C(transformation oc
-~~3,
d’après
MissGayler
à742oC)
ou,après
unebrusque augmentation, X
croît lentement
jusqu’à
latempérature
de fusion ensubissant encore deux sauts
brusques.
Ces résultats sont donc
entièrement
différents de ceux obtenus par Shimizu. Cet auteur a, pour sesmesures, introduit son
manganèse
dans desampoules
de
quartz:
vidées. Grube et Winkler ont utilisé despetits
creusets enalumine,
et fait leurs mesures dans uneatmosphère d’argon,
et ils attribuent à uneattaque
duquartz
par lemanganèse
les résultats diffé-rents obtenus par Shimizu :le manganèse
attaque
lentement le
quartz
àtempérature
assez basse et ,rapidement
à la fusion. Shimizu a chauffé sonmanga-nèse en
ampoule
dequartz
jusqu’à
la fusion du métalet a mesuré la correction sur
l’ampoule
vidéeapr-ès
les mesures. Cette
correction,
mesurée sur duquartz
ayant
absorbé dumanganèse,
doit êtretrop
forte,
ce378
qui explique
que Shimizu donne pour lemanganèse
une valeur
trop
faible à latempérature
ordinaire.L’attaque progressive
duquartz
parchauffage
peut
expliquer également
l’allure différente des courbesdes différents auteurs et le
déplacement
dupoint
de transformation trouvé par Shimizu.Une autre étude des
propriétés thermomagnétiques
dumanganèse
a été faite sur dumanganèse
amorphe
obtenu par
décomposition
del’amalgame
dans levide’
par Bates et Pantulu(8),
qui
ont trouvé que dans cetétat le
manganèse
suit la loi deWeiss,
avec unchamp
moléculaire très fortement
négatif.
Mais ici onpeut
s’attendre à un résultat très différent de celui donnépar du
manganèse cristallisé,
et nous avons vu quepour celui-ci la
question
de la variationthermique
,
de la
susceptibilité
reste ouverte.D’autre
part,
Ashworth(9)
a observé une forteanomalie de chaleur
spécifique
auvoisinage
de 350~C.D’après
la théorie duparamagnétisme
constant de Néel(1°),
cephénomène
doit seproduire
à latempé-rature où la
susceptibilité
cesse d’être constante : c’est-à-dire au passage duparamagnétisme
constant,
auparamagnétisme
variable.Telles sont les raisons
qui
m’ont amenée àreprendre
cette étude de l’aimantation dumanganèse
afin de déterminer :1 ° Si la
susceptibilité paramagnétique
restecons-tante ou varie avec la
température ;
20 Si à 350~C l’aimantation
présente
une anomalie comme la chaleurspécifique.
Les mesures sont faites par la
mé-thode d’attraction dans un
champ
non uniforme avecl’appareil déjà
décrit (11),
et laprécision
quej’ai
indiquée
dans deprécédents
tra-vaux
(12).
Lessusceptibilités
sont données en valeur absolue à 2 ou 3pour mille
près,
mais les variations relatives de X dans une série de me-°
sures sont mesurées avec une
pré-cision
supérieure
au millième.Mes mesures s’étendent
jusqu’à
580°C. Je donc restée endeçà
des
températures
où les auteurscités ci-dessus ont observé des
discontinuités.
(sj BATES et PANTULU. - Proc.
of the
Phys. Soc., 1935,47, p.197.
(9) ASHWORTH. Proc. Roy. Soc., 1936, 48, p. 456.
(ioj L. NÉEL. Ann. physique, 1932, 17,
p. 63 ; 1936, 5, p. 232. J. de Physique,
1932, 3, p,160.
G. FoEx et R. FORRER. J. Physique,
1926, 7, p.180.
(lz) A. SERRES. Ann. Physique, 1932,
17, p. 5.
Manganèse
deHilger.
- J’ai étudié d’abord dumanganèse
Hilger,
préparé
par distillation dans levide
[Hilger
SpectroscopicallyStandardised Substances,
Laboratory
No9 448].
D’après
lefournisseur,
ceman-ganèse
titrait99,99
pour 100. Lesimpuretés
étaientquelques
traces deAl, Fe, Co,
Mg, Ag,
P,
l’ensemble faisant moins de0,01
pour 100.Cependant,
cemanganèse
présentait
un très faibleferromagnétisme, qui
se traduisait par unesuscepti-bilité à la
température
ordinaireplus
élevée d’environ 10 pour 100 que celle déterminée parKapitza
et variantlégèrement
en sens inverse duchamp.
J’ai attribué ceferromagnétisme
à une trace d’azoture demanganèse
etj’ai
pu le fairedisparaître
parchauf-fage
dans le vide vers 2000. L’échantillon avait alorsune
susceptibilité indépendante
duchamp
etsensi-blement la même valeur que celle mesurée par
Ka-pitza.
Le
manganèse,
trèsoxydable,
devait être chauffé àl’abri de
l’air ;
j’ai
d’abord utilisé desampoules
dequartz transparent,
très bien vidées et scellées : lesmesures
présentaient
des irréversibilités à destem-pératures
relativementbasses,
de l’ordre de200~C ;
à 7000l’attaque
duquartz
était nettement visible. Je ne retiendrai de cespremières
mesures que celles faitesà basses
températures
avant toute irréversibilité etqui
sontindiquées
dans le tableau I et dans lafigure 2,
courbe 1 : lasusceptibilité
est à peuprès
la même à la379
température
ordinaire ;
à unetempérature
intermé-diaire
(ébullition
del’éthylène liquide)
elle estplus
forte d’environ
1,8
pour 100.TABLEAU I.
Ce résultat
singulier
a été retrouvé sur deux échan-tillons différentes.Pour les mesures au-dessus de la
température
ordi-naire,
je
me suis servie de pyrex comme l’avaient uti-lisé Bates et Pantulu pour lemanganèse
amorphe.
J’ai obtenu ainsi des résultats réversibles entre la
température
ordinaire et latempérature
de ramollisse-ment du pyrex : audébut,
les mesuresprésentaient
depetites
irréversibilités(quelques
millièmes)
qui
disparaissaient
par recuit auvoisinage
de 4000.La série de mesures données dans le tableau II
cor-respond
à des résultatsparfaitement
réversibles,
surun échantillon ne
présentant
aucune trace deferro-magnétisme.
TABLEAU II.
Ces mesures
(fig. 2,
courbeII)
sont d’accord aveccelles de Grube et Winkler : X décroît lentement
quand
(13) M. A. VVHEELER. Phys. Rev., 1932, 41, p. 331.la
température
s’élève et semble tendre vers une valeurconstante au-dessus de
6000,
voisine de la valeur obtenue pour lemanganèse p
par Miss Wheeler(13)
qui
a mesuré :Pour le
manganèse
oc à latempérature
ordinaire :X û
(9,60
::1::0,03)10-6
Et pour le
manganèses trempé
à latempératur
ordinaire :~ =
(8,80
~ 0,02)10-6.
D’autre
part,
la variation estcontinue : )(
décroîtrégulièrement
et lentement avec latempérature,
moins vite que ne le voudrait la loi deWeiss ;
legra-phique
(1
lx,
t)
(fig.
3)
est une courbe tournant saconcavité vers l’axe des
températures.
Enparticulier
au
point
de maximum de chaleurspécifique
trouvépar
Ashworth,
la courbe neprésente
aucuneparti-cularité.
On
pourrait
penser que l’anomalie des bassestem-pératures
et la courbureproviennent
d’uneoxydation
partielle
dumanganèse
etqu’en
réalité le métal tout à fait pur a unparamagnétisme
constant.L’oxyde
MnO1
380
possède
unparamagnétisme
variable avec un maxi-mum de x dans larégion
detempérature
où lemanga-nèse en
présente
un. Il suit la loi de Weiss au voisi-.
nage de la
température
ordinaire(où
x =68,6.10-g
à
260),
etprésente
une discontinuité à - 1550C[Tykler
(14)].
Or,
le calcul montrequ’il
faudrait 3 pour 100d’oxyde
pourexpliquer
la variation desusceptibilité
quej’ai
trouvée entre 0 et 4000C. Ceciparait
improbable,
étant donné lapureté
du Mnétu-dié ;
d’autrepart,
il faudrait admettre que les diffé-rentes
préparations qui
ont donné la mêmesuscepti-bilité à la
température
ordinaire àKapitza,
Grube etWinkler,
M. Wheeler etmoi-même,
contiennentsen-siblement la même
proportion d’oxyde.
Deuxième échantillon de Mn. - M. Ashworth a bien voulu
m’envoyer
l’échantillon de Mnayant
servi à ses mesures de chaleurspécifique,
ce dontje
leremercie vivement. Ce
manganèse
n’aqu’une
pureté
-de 98 pour100,
lesimpuretés
sontprincipalement
du carbone et un peu de fer. Je l’ai étudié dans lesmêmes conditions que le
manganèse
deHilger.
La
susceptibilité
à latempérature
ordinaire est unpeu
plus
élevée(environ
de1,3
pour100),
mais iln’y
apas de
ferromagnétisme appréciable
dans les limitesde
champ
oùj’ai
pu le vérifier.La variation
thermique
est continue etparallèle
àcelle donnée par le
manganèse
deHilger,
commel’in-dique
la courbeIII,
figure
2.-Les résultats résumés dans le tableau III et les
courbes
(Z, t)
et(ilx,
t)
ne montrent aucune disconti-nuité auvoisinage
de3500,
contrairement à cequ’avait
fait supposer la marche de la chaleur
spécifique
du même échantillon : l’aimantation neprésente
pas lamême anomalie que la chaleur
spécifique.
R. W. TYgt ER. Phys. Rev., 1933,44, p. 776.
TABLEAU III.
. , , , 1
Conclusions. - De cette étude
on
peut
déduire lesconclusions suivantes : 10 Entre - 18-30 et
+ 6000C le
paramagnétisme
dumanganèse
cristallisé varie avec latempérature
fai-blement,
mais d’unefaçon
continue ;
aux bassestem-pératures,
l’aimantation passe par unmaximum ;
auxhautes
températures,
elle semble tendre vers unelimite au-dessus de
600flC, probablement jusqu’à
latempérature
de transformation oc20 A l’anomalie de chaleur
spécifique
trouvée parAshworth à 3500C ne