S ÉMINAIRE N. B OURBAKI
J EAN D ELSARTE
Nombre de solutions des équations polynomiales sur un corps fini
Séminaire N. Bourbaki, 1952, exp. n
o39, p. 321-329
<
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321
NOMBRE DE SOLUTIONS DES
ÉQUATIONS POLYNOMIALES
SUR UN CORPS FINI[2]
par Jean DELSARTE.
(Mars 1951)
1. Sommes de Gauss sur un corps fini.
Soit K un corps fini à q
éléments ;
on noteraK~
le groupemultiplicatif
de ses
éléments
inversibles. Soient encoreY
uncaractère multiplicatif
nonprincipal,
un
caractère
additif distinct del’unité.
Une somme de Gauss sur K est
donnée
par la formuleoù x
décrit
K ouK~ ,
auchoix, puisque ~(0)
est nul. Lechangement
dex en
tx, où
tappartient
àà ,
donnece
qui
prouve que lechangement
ducaractère additif
en un autre dans ladéfinition
de la somme de Gauss ne fait quemultiplier
celle-ci par un facteurconnu.
Il existe une
proposition classique
sur la valeur du module d’une somme deGauss ;
3 on aou la sommation en y sur
K~
donne q -1 ,
si x =1 ,
et - 1 dans le cascontraire. On en
déduit
immédiatement que2. Extensions finies d’un corps fini : théorème de
Hasse-Davenport.
Soit K’ une extension finie de
K,
dedegré ~
surK ;
pour y dansK’, désignons
parN(y)
etT(y)
la norme et la trace de y sur K . Il existeun
générateur
z deK’~
tel queN(z)
= w , où w est ungénérateur de IT.
Soient
alors)(’
A otx’
oc lescaractères multiplicatifs
de K’ et de Krespecti-
veme nt, qui
sont tels queJ
DELSARTEoù ~( est un rationnel tel que
(q - 0 , (mod 1) .
On sait alors que l’ona
On
prolonge
de même lecaractère additif ~
sur K’ par la formuleSoient alors
g’ (~’03B1)
la sommede Gauss
sur K’ relative aucaractère
additif~’
etg(~) la
somme de Gauss sur K relative aucaractère
additif ~ .
Le
théorème
deHassc-Davenport
affirme que l’on aLa
définition
des sommes de Gausss’étend
facilement au cas où onles calcule pour le
caractère multiplicatif principal V.
; elles valent alors- 1 ; le
théorème
deHasse-Davenport s’étend
encore à ce cas, mais lethéorème
donnant le module d’une somme de Gauss n’estplus
valable.Je renvoie au
mémoire
deWEIL [2]
ou à celui deHA.SSE ~ 1 ~
pour ladémonstra-
tion. On utilise une fonction L surl’anneau
despolynomes
surK ;
3considérons
ceux
qui
sont unitaires :On notera
n(F)
ledegré
d’unpolynome
unitaireF ;
soit U uneindéterminée,
il vient formellement
Au
premier membre,
la somme est étendue à tous lespolynomes
F unitaires dedegré
au moinségal
à1 ;
au secondmembre,
y leproduit
est étendu auxpolynomes
unitaires irréductibles sur K . On vérifie
qu’en
fait seuls interviennent aupremier
membre lespolynomes
dupremier degré,
cequi
fournit la formuleIl y a une formule du
même type
pour l’extensionK’ .
En examinant ensuite les facteursirréductibles P’ ,
surK’ ,
d’unpolynome
unitaireP, irréductible
sur
K ~
ot encomparant
les normes et lestraces,
on constate que~!~P’~
estune certaine
puissance entière
de d’où résulte ensuite sanspeine
laformule de
Hasse-Davenport.
3. Quelques
formulesénumératives.
Soit
E l’espace
à s dimensions surK, regardé
comme leproduit
directde s anneaux
identiques
à K . Dans cet espaceconsidérons
lavariété définie
parl’équation
où los
a. appartiennent
àK~ ~ (i
=1 , 2 ,
... ,r) , équation
sans termeconstant. Lo nombre
d’éléments
deK,
à savoir q, estsupposé
assezgrand
pourque q - 1 ne divise aucun des
exposants positifs mi j .
Soit~
uncaractère
additif sur
K ;
nous nous proposonsd’abord
de calculer la somme S= ~~r(~)
où les
x. , (j
=1 , 2 , ... , s) décrivent indépendamment
K . On commencerapar calculer la
somme ’3
obtenue ensupposant
seulement que lesx . décrivent
indépendamment K .
JSoit donc
où le
point
x =(xl’ x2 ’
... ,x ) décrit
le groupe deséléments
inversibles de l’anneauE , produit
direct du corpsK ,
s fois parlui-même, (variété
deVéronèse).
Les formules(l)
définissent unhomomorphisme
deE
dans lesnotations
étant évidentes.
Soit N le noyau de cethomomorphisme,
soit d le nombre depoints
de ce noyau, soit Gl’image ;
on aévidemment
où a =
(a1 , a2 ,
... ,a )
est unpoint de E0
et où ydécrit
.G . Leproduit
ay est calculé dans l’anneau
Er’
etl’
est uncaractère
additifparticulier
de cet anneau.
Soit maintenant
*Y~
uncaractère
du groupe deséléments
inversibles deE
3on a, pour y =
y~ ~
... ,y ) appartenant
àE
J DELSARTE
où
~l ~
’" ~ est unsystème
de rcaractère multiplicatifs
de K.Indroduisons l’orthogonal
G du groupeG ,
ensemble descaractères Y
telsque
V(y)
= 1 pour ydécrivant
G. Un telcaractère
reste constant sur les classes module G dans Considérons maintenant la sommeSommons
d’abord
surG ;
pour yfixé,
la sommepartielle
vautzéro,
saufsi y
appartient
àG ~ auquel
cas elle vautd(q - qui
est l’ordre de G . Par suiteIntroduisons maintenant les sommes de Gauss. Nous les calculerons sur
K ~
avecle
caractère
additif~-~
et nous poserons, pour lecaractère multiplicatif
... on trouve
immédiatement, d’après
ladéfinition
des sommes do Gauss
donnée plus haut,
Voici une
application
de cerésultat. Proposons-nous
de calculer le nombrede
solutions,
dansE0s,
del’équation F=
0 . Soit"N
ce nombre. Posons maintenantoù les x
décrivant toujours E~ ;
3 calculonsS~(4~) quand ~
décritl’ensemble
des
caractères
additifs nonprincipaux
de K. Cette sommes’écrit
sommant en
,
pour xfixé,
on trouve -1 , si ~ n’est
pasnul,
et q - 1dans le cas
contraire ;
on a donccar le nombre des x pour
lesquels ~
n’est pasnul,
est(q - 1)S .- ~1 .
Fixonsmaintenant un
caractère
additif nonprincipal
enétant
unautre,
on a,pour tout
élément
de K où uappartient
àKD ,
et si udécrit
~)r décrit l’ensemble
descaractères
additifs nonprincipaux
de K . On a ensuitela somme de Gauss
g~ étant
cette foisrapportée
aucaractère
additif Ontrouve de
même
comme formule de transformation des sommes de Gauss relatives à l’anneau
Er ; À- désigne
uncaractère multiplicatif
deKG : X = ~ ~ " ’ Xr ’
.Finalement,
il vient
Pour sommer
’B(~r)
suivant lescaractères
additifs nonprincipaux,
il suffitde sommer en u sur
K .
Si est uncaractère multiplicatif donné
deE r *B.
est un
caractère multiplicatif
connu deK~ ,
et~~B(u)
vaut 0 ou q -1 ,
suivant que
~s.
n’est pas, ouest,
lecaractère multiplicatif principal.
On a doncoù est le sous-groupe de
ai défini
par la condition quel(. ~L ’ ’ 3f
soitle
caractère multiplicatif principal
deK .
On déduit sans
peine
de là :J
DELSARTE4. La série de Artin-Weil.
Reprenons
le corps finiK,
etconsidérons
ses diverses extensions K’finies ;
K~ désignera l’extension
finie dedegré ’ . Reprenant
lepolynôme ~’ ,
à coeffi-cients dans
K~ ,
on noteraN JI
etN,
les nombres desystèmes
de solutions del’équation y= 0 ,
dansK’
et dansK ~ respectivement. Enfin,
Uétant
uneindéterminée,
on formera lesséries
dont la
première
est pardéfinition
lasérie
de Artin-Weil. Uneconjecture
deWeil est que la série F est une fonction rationnelle de U . C’est ce
qu’on vérifie
facilement si lepolynome 9i
est à une seuleindéterminée :
c’est encore ce que WEIL a démontré dans le cas où cepolynome
contient deuxindéterminées,
(cas
descourbes).
Ce n’est pas ici le lieu deparler
de cettedémonstration, profonde
etdifficile [3] , [4] .
La
conjecture
de Weilpeut
encore se vérifier dans d’autres cas, ainsiqu’on
va le
voir,
et il estpossible
que laméthode employée
ici donne une voied’accès
à la démonstrationgénérale.
Onpeut
d’ailleurs formuler uneconjecture
voisine :partons d’un caractère
additif nonprincipal
surK ;
3 soit~ ;
3prolongeons-le
aux extensions K’ comme il a
été
dit auparagraphe 2,
et notonsS~
et3p
les sommes des valeurs de
~’(~’) quand
les variablesdécrivent indépendamment
K’
etK ~ respectivement.
Soit encoreOn
peut
aussiconjecturer
que ces fonctions sontrationnnelles,
etl’analyse qui
suit en donne une preuve dans certains cas.
Traitons le cas de la série
T(U)
pour commencer. La formule(8)
donne lavaleur des coefficients
N.
Nous choisirons une fois pour toutes ungénérateur
w de
K
~ uncaractère multiplicatif x
deK
seradéfini
si on se donneun rationnel modulo
1 ,
tel que(q - 1)r~-~,0 , (mod 1) ,
si l’on poseT (w)
= exp et on notera maintenant cecaractère Y~ .
Demême,
uncaractère’
X
du groupemultiplicatif E
seradéfini
par ladonnée
de r nombres rationnels~1 ~ ~2 ~ ’" ~r ~ modulo 1 ,
tels que pourchaque indice, (q - ~.0 ~ l)
Enfin le groupe
G* qui figure
dans la sommation(8)
estdéfini
par s + 1 congru-onces
linéaires, homogènes, prises
module1 ,
que doivent vérifier les r rationnels(X.
pour que lecaractère ~( appatienne
àNous
désignerons
par(C)
lesystème
de ces congruences. Suivantl’idée
deWeil, partons d’une
suite de rationnelsor. ~ (i
=1 ,
... ~r)~ pris
module1 ,
et satisfaisant seulement au
système
de congruences(C)
; pour cettesuite,
quenous noterons
~) ~
soit~.=~(~)) ~
leplus petit
entier tel queAlors les extensions
K~
de K telles que(q~ - l)cL. ~0 ~(mod 1)
sont cellespour
lesquelles P
est unmultiple
et ce sont celles-là seulement.Choisissons dans
KajL
unélément générateur permettant
dedéfinir,
commeplus haut,
un caractèremultiplicatif
par un rationnel modnlo1 ,
et tout caractèremultiplicatif
del’anneau produit
direct de r corpsidentiques
à par unesuite
(x.)
de r rationnels module 1 . Soient~/~B
un telcaractere,
etla somme de Gauss
correspondante,
surl ’anneau, (relative
auprolongement
do
~
àK~) .
.Passons maintenant à
l’extension
finie dedegré Àp
surK ;
on laregardera
comme une extension de
degré ~
surK~ ; toujours
àpartir
de lamême
suite(o) ~
introduisons lecaractère multiplicatif T( ~
et la somme de Gausscorrespondante g’0(~(03B1)) . La façon
de faire leprolongement
ducaractère
multi-plicatif
aété indiquée
en2 ; d’ailleurs
lesa. appartiennent
au corps debase
3 on a doncpuis,
parHasse-Davenport,
Revenons maintenant à la
série T(U) .
Le terme en1 (qy .» l)s
dansl’expression (8),
donneévidemment
une contribution dansqai
est une fonction rationnelle de U .Considérons
ensuite les termes de cette sérieprovenant
de la suite(ce) ,
solution fixée du
système
de congruences(C) .
Ces termesn’interviennent
q ue dansJ
DELSARTEles extensions de
degré 03BD = 03BB , où _ ( (pc) ) ,
Si on tientcompte
des formules(13)
et(14) ci-deeSus, l’ensemble
de ces termes donne une sommation on~.. qui s’écrit
Cette sommation est
élémentaire,
et donne une fonction rationnelle deU ~
sil’on a
Il reste maintenant à faire la somme de ces fonctions rationnelles pour tous les
systèmes (a) possibles.
Or ces derniers sont les diverssystèmes
desolutions,
en rationnels modulo
1
de s + 1 oongruenceslinéaires
ethomogènes
à rinconnues ;
la conditiond’inégalité (1~) exprime qu’il
y a au moins autant de congruences qued’inconnues ;
la matricerectangulaire
des coefficients despremiers
membres de cescongruences
n’est autred’ailleurs
que la matrice desexposants m..
dont sont affectées les variables dans les r monômes constituant lepolynome 3V ,
et onpeut
supposer que le rang de cette matrice est r , sansquoi,
onpourrait
rostreindre le nombre des variables dans Finalementl’inégalité (15) permet d’affirmer qu’il n’y
aqu’un
nombro fini desystèmes (d)
de rationnels modulo1 ,
satisfaisant aux congruonces(C) .
D’oùsuit,
sous la condition
(1~),
le fait que la fonction est rationnelle.Passons au cas de la fonction
F(U) .
Pour calculer les valeurs des entiersN~~
(ou
des nombresSp),
il fautajouter
àN03BD (ou
les contributionsapportées
par les
points
deEs qui
sont des diviseurs de 0 dans cet anneau,c’est-à-dire
pourlesquels
un certain nombre decoordonnées
s ontnulles,
les autresappartenant
à ~ annulant donc certainescoordonnées,
on voitqu’il
y a2s manières
distinct de lefaire,
cequi
donne autant de termes dans lesexpressions
desN~ (ou Sv),
chacun de ces termes se calculant par des formules detype (8), (ou (6) ) ~
danslesquelles
il faut seulementremplacer y
par lepolynôme ‘,~
obtenu en annulant certaines des variables.
Après
cetteannulation,
lepolynome
F’ comportera
s’ variables et r’termes,
ces entiers étantrespectivement
inférieurs à s et r ; sila
condition(15)
est vérifiée pour ces nouveauxentiers,
lapart correspondante
dansF(U)
est.une fonction rationnelle , etfinalement,
on pourraaffirmer que F(U)
est une fonction rationnellesi,
pour chacun des2s
choix desystèmes d’x annulés,
on a s’ + 1 .-r’ positif
ou nul.La recherohe de toutes les matrices
((mji))
formées d’entierspositifs
ou nuls329
satisfaisant à toutes ces conditions est un
problème
combinatoire assez ennuyeux ; mais il est certainqu’il
enexiste,
comme on le voit enprenant
une matricecarrée
dont tous leséléments
sontnuls,
sauf lesdiagonaux, (cas précisément
traité par Weil
dans [2].
On traite de
façon analogue
le cas desséries
Het If
relatives aux sommesS . La seule
différence
est que la condition(15)
estremplacée
parLes conclusions sont les
mêmes.
Toutes ces
séries
deviennenttrès complexes lorsque
les conditions(15)
ou(16)
ne sontplus romplies,
et leurétude
directeparaît
difficile.REMARQUE. -
Les formulesénumératives (6)
et(8)
donnent facilement desmajo-
rations
intéressantes,
en tenantcompte
de lamajoration
connue du moduled’une
sommo de Gauss.
(Nous
avonsrappelé
on 1 que ce module vautvq
pour les sommesdo Gauss non
trivialos,
et 1 pour les sommestriviales).
Onpeut
doncadopter
lamajoration ~q ~
cequi
donne lamajoration q
pour les sommes de Gaussrelatives à
l’anneau E .
Le nombre de termes de la sommationfigurant
au secondmembre de la formule
(6)
est l’ordre du groupeG ,
à savoird(q -
enreprenant
des notationsantérieures.
On endéduit,
par(6),
lamajoration
on trouverait aussi une
majoration analogue pour T! .
BIBLIOGRAPHIE
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und HASSE(H.). -
DieNullstellen der Kongruenzzeta-funktionen
in
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Sur les courbealgébriques
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Paris, Hermann, 1948 (Act.
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WEIL(André). - Variétés abéliennes
et courbesalgébriques. - Paris, Hermann,
1948