S ÉMINAIRE N. B OURBAKI
P IERRE C ARTIER
Géométrie et analyse sur les arbres
Séminaire N. Bourbaki, 1973, exp. n
o407, p. 123-140
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407-01
GÉOMÉTRIE
ET ANALYSE SUR LES ARBRESpar Pierre CARTIER
Séminaire
BOURBAKI24e
année ,
J1971/72, n°
407 Février1972
Bruhat et Tita
[1]
ontmontré récemment
comment associer desobjets
combinatoires("immeubles")
aux groupesalgébriques semisimples
sur un corps local K . L’immeuble asso-cié à
un groupep-adique joue
lemême rôle
quel’espace
riemanniensymétrique associé à
un groupe
réel.
Il est donc naturel de chercherà étendre
aux immeubles lesméthodes qui
ont fait leur preuve pour les espaces riemannienssymétriques : horocycles, compacti- fication,
fonctionsharmoniques,
fonctionssphériques ,etc...
Ce programme n’a reçu un commencement deréalisation
que dans le cas de rang1 , où
les immeubles sont des arbreshomogènes .
Serre[6]
a pu ainsi unifier etgénéraliser
desrésultats
deNagao, Ihara ,
etc... sur les sous-groupes de
SL2(K) ;
Titsl8]
aétudié
les groupesd’automorphismes
des
arbres,
et nous avonsnous-même
fait la théorie des fonctionsharmoniques
et des fonc-tions
sphériques [2,3].Nous
nous proposonsd’esquisser
ici cesdéveloppements .
1.
pactif1c8.tion
d’un arbre(Serre ~6~ ,
Cartier~2~ ) .
Soit X un
arbre,
d’ensemble de sommets S et d’ensembled’arêtes A ;
on suppose que X estinfini (l’ensemble
S estinfini)
et localement fini(un
sommetn’appartient qu’à
un nombre fini On dit que deux sommets s et t sont
liés
s’il existe unearête
joignant
sà
t(c’est-à-dire
si~s,t~ appartient à A) .
L’espace
riemannienassocié à SL~(,R‘) peut
seréaliser
comme ledisque-unité
ou-vert
dans R , défini
parl’inégalité x2
+y2 1 ,
avec lamétrique
riemanniennedx2+dy2 (1-x2-y2)2. La
compactification
naturelle est ledisque-uni té fermé
,défini
parl’inégalité z2
+y~ 1 ,
et lafrontière
est le cercled’équation x2
+y2
= 1 . Or lespoints
de ce cercle sont encorrespondance bijective
avec les rayons,qui
ne sont autres que lesdemi-géodésiques
issues du centre.Pour définir la
compactification de X,
choisissons donc un sommet o ;l’analogue
desgéodésiques
est constitué par leschaînes
infiniesd’origine
o : suites infiniesde sommets deux
à
deuxdistincts,
telles ques
= o et ques
soitlié
à
pour toutn~
0 . Comme il estd’usage,
la distanced(s,t)
du sommet s ausommet t est la borne
inférieure
deslongueurs
des cheminsjoignant
sà
t . Pour toutn > 0 ,
notons alorsS l’ensemble
des sommets s tels qued(o,s)
= n ; pourn >
1 ets é Sn ,
il existe ununique
sommetn (s)
dansSn-1 qui
soitlié à
s . Leschaînes
infiniesd’origine
o sont alors leséléments
de la limiteprojective
dusystème
Cette limite
projective
est un espacecompact S qui
seprête parfaitement
aurôle
de
frontière
de l’arbre.Cependant ,
pour lesapplications éventuelles à
lathéorie
des groupesp-adiques,
il est maladroit de fixer un sommet deréférence
o. Pouréliminer
o , on introduit une relationd’équivalence
entrechaînes
infiniesd’origine
variable :deux
telleschaînes
définissent lemême
bout si et seulement si elles nedifférent
que par un nombre fini de sommets. Si s est un sommet et b unbout,
il existe uneunique chaîne
infinied’origine
s dans la classed’équivalence
définissant le boutb ;
onl’appelle
lachaîne joignant
sà
b . On note B l’ensemble des bouts etS
l’ensemble somme de S et B . Onpeut
alors munir S d’unetopologie d’espace compact
avec lespropriétés
suivantes :a)
Muni de latopologie discrète ,
S est un sous-espace ouvert dense deS .
b)
L e sous-espace B de S estcompact,
etl’application qui
associea tout bout b
lachaîne
joignant
oà
b est unhoméomorphisme
de B surS .
c)
Soit b unbout ;
pour tout entier n >0 ,
soitVn
l’ensemble des sommets s tels quela
chaîne joignant
sà
b ait ses sommetsà
ladistance ~
n de o, et des bouts b’ tels que leschaînes joignant respectivement o à
bet à
b’ aient au moins n sommets en commun;alors est une base de
voisinages
ouverts de b dansS . A
n n 0
Classiquement,
leshorocycles associés a
unpoint
b ducercle-unité
sont les cour- besorthogonales
du réseau desgéodésiques d’extrJmité b ;
ceshorocycles jouent
lerôle
de cercles de centre b et de rayon infini. Dans le cas d’un
arbre,
on montre ceci : si s et s’ sont deux sommets et si le sommet ts’éloigne indéfiniment
sur unechaîne
infi- nie de boutb ,
ladifférence d(s,t) - d(s’,t)
finit pargarder
une valeur constante~b(s,s’) .
Si s,s’
et s" sont dessommets,
on aévidemment S".(s,s") = ~b{s,s’)
+~b(s’,s") ;
il existe alors unepartition
de S en ensemblesHn
tels que l’on ait03B4b(s,s’)
= m - n pour s dansH
et s’ dansH .
* A une translationprès
sur l’indice n , cettepartition
estunique ;
ses éléments sont leshorocycles associés a
b .2.
Structure du groupe des automorphismes d’un
arbre(Tits [8] ) .
Soit g un
automorphisme d’un
arbre X . Ondémontre élémentairement
que l’on a les troispossibilités
exclusives suivantes :a)
il existe un sommet s tel queg(s)
= s ;b)
il existe deux sommetsliés
s et t tels queg(s)
= t etg(t) =
s ;c)
il existe une suite(s )
n + ~ de sommets distincts telle quesn
soitlié à
s n+1
. pour tout n, et un entier i tel que =sn+i
. pour tout n .Dans les cas
a)
etb) ,
toutes les orbites de g sontfinies ;
elles sont toutes infinies dans le casc) .
Soit G un groupe
d’automorphismes
deX ;
on supposequ’il
n’existe dans G aucunélément
dutype c) .
Alors G laisse invariant unsommet,
ou unearête,
ou bien il existeun bout b tel que tout
horocycle associé ~
b soit invariant par G .Soit
Aut(X)
le groupe de tous lesautomorphismes
de X. Pour toutepartie
F deS ,
notons le groupe des
automorphismes
g de X tels queg(s)
= s pour tout s dans F . Onpeut
alors munirAut(X)
d’unetopologie
de groupe localementcompact
totalement discon- tinu danslaquelle
les sous-groupesAutF(X)
pour F fini forment une base devoisinages
de
l’unité .
Soit G un sous-groupe delut(X) ;
pour que G soit relativementcompact,
il faut et il suffit que toutes ses orbites dans S soientfinies ;
s’il en estainsi,
G laisse invariant un sommet ou unearête d’après
lerésultat mentionné plus
haut. En par-ticulier,
pour que G soit un sous-groupecompact
maximal deAut(x) ,
il faut et il suffitqu’il
soitégal
au stabilisateur d’un sommet ou d’unearête ( ) .
Le
théorème
desimplicité
suivant estdû à
TitsJ8 ] ;
ladémonstration
se fait par des raisonnementsgéométriques élémentaires .
THEOREME
1.- Soient X un arbre et G un grouped’automorphismes
de X. On fait leshypothè-
ses suivantes :
(i) Soit (s )_,
unechaîne (2) dans X ;
pourtout entier
n dans l’intervalle]a,b[
soit F
l’ensemble des sommets stels que d(s,sn) d(s,s )
pour toutm ~
n dans]a,b[ .
Soit
g unepermutation
deS ;
onsuppose que pour
tout n dans]a,b[
on ag(s )
= s etqu’il
existe un élémentg
de G dont l’action surfn
coïncide avec celle de g. AlorsonageG.
(i1)
Il n’existe aucun sous-arbre deX ,
distinctde ~ et X,
tinvariant par
G .(iii)
Lln’existe
pas de bout b tel que touthorocycle associé à
bsoit invariant-par
G .Soit
G
lesous-groupe
de Gengendré par les éléments
g de G pourlesquelsil
existe deuxsommets liés s et t avec
g(s)
= s etg(t)
= t .Alors,
toutsous-groupe
de Gnormalisé par G+
at nonréduit à l’élément
neutrecontient G+ .
Enparticulier , G
estréduit à l’élément neutre
ou c’est un groupesimple.
(1) )
Lespropriétés
de cet alinéa supposent X infini et localement fini.(2~
Autrementdit, sn
est lié às n+
~lorsque
n et n+ 1appartiennet
àLe
théorème
1prend
toute sa valeur pour un arbrehomogène (le
nombred’arêtes
con-tenant un sommet est
indépendant
dusommet) .
Il existe unepartition
S = S’ U S" telle que la distance de deux sommetsappartenant
tous deuxà
S’ ou tous deuxà
S" soitpaire ,
et que soit
impaire
la distance d’un sommet de S’ à un sommet de S" . . Le groupeAut(X)+
se compose desautomorphismes
de X conservant S’ etS" ;
il est d’indice 2 dansAut(X) .
Les conditions(i) , (ii)
et(ii1)
sont satisfaiteslorsque
G =Aut(X) ,
et lethéorème
1 prouve donc queAut(X)+
est un groupesimple .
3. Groupes
libres et produitsamalgamés (serre [6] ) .
Soient G un groupe et P une
partie
deG ;
legraphe r (G,P)
a G pour ensemble de sommets et les ensembles~g,gp~ (pour
g E G et p EP)
pourarêtes.
Le groupe Gagit
surle
graphe
par les translationsà gauche .
THEOREME
2.-a) Supposons
quele croupe
G soit libre et que P soitune famille basique de
G ; alors
est un arbre .b) Réciproquement ,
si l’on aP n P _ 1 = ~ et si
legraphe
est unarbre,
alorsle groupe G est libre ,
de famillebasique
P .La
démonstration
se faitimmédiatement
en mettant en relation lesdécompositions réduites
d’unélément
de G commeproduit d’éléments
de P v avec les chemins sansaller-retour dans le
graphe
THEOREME 3.- Soient
X un arbre et G un grouped’automorphismes
de X. Onsuppose
que Gopére
librement sur l’ensemble S des sommets de X et sur l’ensemble A desarêtes
de X . Alors le croupe G est libre .On choisit d’abord une
partie
connexe T de S rencontrantchaque
orbitede G en au
plus
unpoint
et maximale pour cespropriétés ;
il est immédiat que tout sommet est de la formegt
avec g e G et t ~ T. Comme Gopère
librement surA ,
il existeune orientation de X invariante par G . Soit P l’ensemble des g E G pour
lesquels
il existeune
arête positivement orientée joignant
un sommet de Tà
un sommet degT ;
on a= Ø
. Deplus,
la famille(gT) g£ G
est unepartition
de S en ensembles connexes : deuxéléments
g etg’
de G sontliés
dans si et seulementslil
existe dans X unearête joignant
un sommet degT à
un sommet deg’T .
Il en résulteimmédiatenent
quer (G,P)
est unarbre,
et lethéorème
2 montre que G estlibre,
de famillebasique
P .C.Q.F.D.
Les
théorèmes
2 et3 entraînent
lethéorème classique
de Schreier selonlequel
tout sous-groupe d’un groupe libre est libre .
Soient
toujours
X un arbre et G un grouped’automorphismes
de X. Un domaine fon- damental de X mod G est un ensemble T de sommets avec les deuxpropriétés
suivantes :a)
Toute orbite de G dans l’ensemble des sommets rencontre T en unpoint
et un seul .b)
Soient t E T etGt
le stabilisateur de t dansG ;
toute orbite deGt
dans l’ensembledes sommets
liés à
t rencontre T en unpoint
et un seul . Serre adémontré
dans[6]
lethéorème
de structure suivant .THÉORÈME
4.-a)
Le groupe G estengendré
par~
G . teT tb) ’Soient H
un groupe ,et pour
tout t E T unhomomorphisme u
deG
dans H . On supposeque, lorsque
tet
t’ sontliés,
leshomomorphismes ut
etut,
coïncident surGt, .
Il existe
alors un homomorphisme
u de G dans H induisantut
surGt
pour tout t E T .Le cas le
plus intéressant
est celuioù
T a deuxéléments
t ett’ ,
,nécessairement
liés. Alors G est leproduit amalgamé
deG
etG
parrapport à
leur intersection . 4. L’arbreSL2 (Serre (6j ) .
Soient K un corps
local, 0
l’anneau de sesentiers,
pl’idéal
maximal de0
etv :
K
~ Z la valuationnormalisée
de K . On note Vl’espace
vectorielK2
sur le corps K . Un réseau dans V est unsous-0-module
de Vqui
est libre de rang2 ,
doncengendre
V~ ~M
et M’ ,’sur
K ;
on dit que deuxréseaux sont équivalents
s’ilexiste 03BB
dansKx
tel que M’= ÀM.
On
définit
alors un arbre X dont les sommets sont les classesd’équivalence
deréseaux ;
deux sommets s et s’ sont liés si et seulement si l’on
peut
trouver desreprésentants M
pour s et M’ pour s’ tels que M’ soit un sous-module maximal de M . Le groupe
SL2(K)
agit
demanière
naturelle sur l’arbreX ;
le noyau de cette action est le sous-groupe deSL2(K) ,
etl’image
deSL2(K)
dansAut(X)
est contenue dansSoit q le nombre
d’éléments
du corpsrésiduel
k = ; l’arbre X esthomogène
de
degré q+1, c’est-à-dire
que tout sommetappartient à q+1 arêtes.
Enparticulier ,
X est infini et localement fini. Cnpeut
identifier les bouts aux droites del’espace
vectoriel V de
manière à
avoir lapropriété
suivante : soient s unsommet,
b unbout ,
M un réseaureprésentant
s et D la droiteassociée à b ;
pour tout entiern > 0 ,
soitsn
la classe duréseau
+(D,n M) ;
alors( so, sl, ... , sn, ,...]
est lachaîne
infiniejoignant
sà
b .L’interprétation
deshorocycles
est laissée au lecteur .Par ce
qui précède,
les sous-groupes de Borel deSL (K)
sont les stabilisateurs des bouts de l’arbre X . Les sous-groupescompacts
maximaux deSL2(K) (rappelons
que lecorps K est localement
compact)
sont les stabilisateurs des sommets deX ;
il y a deux orbites deSL 2 (K)
dans l’ensemble des sommets deX , d’où
deux classes deconjugaison
desous-groupes
compacts
maximaux deSL2(K) .
Demanière plus précise,
soient s la classedu
réseau 0 ~ 0
et s’ la classe duréseau
le stabilisateur de s est le groupeS"L (0)
desmatrices ( b
avec ad - bc = 1 eta,b,c,d
dans0 ;
le stabilisateur de s’se compose des
matrices ,a b
avec ad - bc =1 , a,d dans 0 ,
cdans p
et bc’est-à-dire
le groupe avec g= 0 ~’ Tt
et n .Par
application
desthéorèmes 3
et4 ,
oB. obtient les résultats suivants de Ihara :a)
Soit G un sous-groupe deSL2(K) n’ayant
pas de sous-groupe relativementcompact
nontrivial ;
alors G est un groupe libre .b)
Le groupeSL (K)
estproduit amalgamé
des sous-groupesSL2(0)
et suivantleur intersection
(composée
des matricesa . ) avec
ad - bc =1, a,b,d
dans 0 et c dansp) .
5. Applications à la géométrie algébrique (Serre (63
et[7]) .
Soit k un corps fini et soit C une courbe
projective
connexe et lissedéfinie
surk . Soient F le corps des fonctions rationnelles sur C
(définies
surk)
et soit P unpoint
de C rationnel sur k . On note A l’anneau des fonctions rationnelles sur Cn’ayant
de
pôle qu’en P ,
et v la valuationnormalisée
de Fassociée à
P . Onprend
pour K lecomplété
du corps F pour la valuation v . Alors le sous-groupe.r = SL2(A)
deSL2(K)
est discret et
agit proprement
sur l’arbre Xassocié à SL2(K) .
Soit
Lp
lefibre
vectoriel de rang 1 sur Cassocié
au diviseurP ;
pour tout entier n , on noteL -.
lapuissance
tensoriellen-ième
deLp .
Onpeut
alors identifierXli à l’ensemble
des classes defibres
vectoriels E de rang 2 sur C tels que soitisomorphe à L~
pour nconvenable ;
lesfibres
E et E’ sontéquivalents
s’il existe unentier n tel que E’ soit
isomorphe à
E . Lacorrespondance s’explicite
comme suit :soient s un sommet de
X ,
M unréseau représentant
s ; soitF
le sous-faisceau du fais-ceau constant
F ~
F surC ,
dont la fibre est M n(Fe F)
en P et en toutpoint
P’ distinct de P(on
note0~,
l’anneau local de C enP’) .
Comme le faisceauF
estlocalement libre de rang
2 ,
il luicorrespond
unfibre
vectoriel E de rang 2 sur C . Si s est un sommet deX ,
le stabilisateur de s dans~’
s’identifie au groupe des automor-phismes
d’unfibre
vectoriel E de rang 2associé à
s .Les constructions
précédentes
sontparticulièrement simples lorsque
C est la droiteprojective P;
et P lepoint A
l’infini. On sait par Grothendieck que toutfibre
vectoriel de rang 2 sur C estisomorphe â L~
pour des entiers m et n convenables. On endéduit facilement que le
graphe quotient X/r
est unechaîne
infinieLes
théorèmes
de structure duno 3
montrent alors que le groupeSL (k[T])
estproduit
amal-gamé
deSL (k)
et du groupe de BorelB(k[T])
selonleur
intersectionB(k) (i~ .
Revenons au cas
général.
Onpeut
montrer que le groupe1
a un nombre fini d’or- bites dansl’espace
des bouts de l’arbreX ,
encorrespondance
naturelle avec les classesd’idéaux
de l’anneau de Dedekind A . Legraphe quotient X/0393
est alorsréunion
d’un sous-graphe
fini et d’un nombre fini dechaînes infinies, correspondant
aux classesd’idéaux
de A . Serre a
déduit
dela
dans[7]
la structure dugrouper
rendu abélien et il aappli-
qué
cesrésultats à l’étude
des sous-groupes de congruence deL*= SL2(A) .
6. Théorie du potentiel
sur un arbre(Cartier [2] , Kemeny-Snell-Knapp [5] ) .
Soit X un
arbre ,
d’ensemble de sommets S(le
contenu de cenuméro
est valablepour un
graphe orienté quelconque).
On supposeassocié à
tout chemin c delongueur
finiedans X un nombre
p(c)
> 0 de sorte que l’on aitp(cc’)
=p(c)p(c’) lorsque
lechemin
com-posé
cc’ estdéfini.
On suppose aussi que, pour deux sommetsquelconques
s ett,
lasomme
G(s,t)
des nombresp(c)
pour tous les chemins cjoignant
sâ
t est finie. On dit que la fonction G sur S » S est lenoyau
de Green .Soit h une fonction sur
S ;
ondéfinit
la fonction Ph sur S parPh(s)
= Ep(st)h(t)
avec une sommation sur tous les sommets t
liés à
s(on
note stl’arête ~s,t~. orientée
des vers
t ) ;
on pose aussifi h
= Ph - h .L’opérateur 0394
estl’analogue
del’opérateur
(1)
Pour tout anneauA ,
on noteB(A)
l’ensemble desmatrices 0 a àl (a,a’
dansA) .
de
Laplace-Beltrami
engéométrie
riemannienne. Paranalogie,
on dit que la fonction h estharmonique
si l’ona 0394 h
= 0 etqu’elle
estsurharmonique
si l’on a 0 .Enfin,
lepotentiel
d’une fonctionpositive
v sur S est la fonction Gv finie ou non , définie sur S parGv(s) _ ~ G(s,t)v(t) .
teS
Par un raisonnement
élémentaire dû à
DoobC4~ ,
on montre que toute fonction sur-harmonique positive
hs’écrit
demanière unique
sous la forme h’ + Gv avec h’harmonique positive
et vpositive.
On a v =-~jh .
Parsuite,
pour toute fonctionpositive
v ,l’équation
de PoissonAh
= -v a une solutionpositive (finie)
si et seulement lepoten-
tiel Gv est
fini ;
cepotentiel
est alors la solutionpositive
minimale del’équation
dePoisson .
On a alors les corollaires usuels. Par
exemple ,
y la borneinférieure
de deux fonc- tionssurharmoniques positives
estsurharmonique positive ;
toute fonctionsurharmonique positive majorée
par unpotentiel
fini est unpotentiel fini ;
toute fonction surharmoni- quepositive
est limite d’une suite croissante depotentiels
finis .On
peut
aussidévelopper
lathéorie
dubalayage .
Soient T unepartie
de S et hune fonction
surharmonique positive.
Il existe alors une fonctionsurharmonique positive
la
réduite
de h surT , caractérisée
par lespropriétés
suivantes :a)
On a avecégalité
sur T .b)
Toute fonctionsurharmonique positive
qqui majore
h sur Tmajore HTh partout .
c)
La fonctionHTh
estharmonique
en dehors de T .d)
Si h est lepotentiel
d’une fonctionpositive
nulle hors deT ,
on aH h
= h .On déduit de
là
leprincipe
du maximum : si une fonctionsurharmonique
hmajore
unpoten-
tiel fini Gv en tout
point où
v ne s’annule pas, on ah >
Gvpartout .
Tout ce
qui précède
est un casparticulier
de la théorie dupotentiel associée
à
unechaîne
deMarkov ;
cette théorie est maintenant bien connue, et l’on en trouveraun excellent
exposé
dans letraité
deKemeny-Snell-Knapp . Cependa.nt
ces auteurs fontl’hypothèse markovienne , c’est-à-dire supposent
que la constante 1 estharmonique .
Pouréviter
cette restriction(plus apparente
queréelle) ,
nous associonsà chaque
ensem-ble C de chemins une fonction
U v
sur S x S : la valeurUC(s,t)
est la somme des nombresp(c)
pour tous les chemins cjoignant
sà
t etappartenant à
C . Parexemple,
on aG =
U où 0393 est
l’ensemble de tous leschemins,
et P =U0393(1) où f (1)
est l’ensembledes chemins de
longueur
1 . SiC ,
C’ et C" sont trois ensembles dechemins,
et si Cse compose des chemins de la forme c’c" avec c’ e C’ et C"
(décomposition unique) ,
on a
UC
=(c’est-à-dire plus explicitement UC(s,u)
=E
°Cette formule fournit des démonstrations combinatoires
simples
d’ungrand
nombre de rela- tions. Parailleurs,
onpeut
fonder lathéorie
dubalayage
sur la seuleinégalité
h
(c’est-à-dire explicitement
03A3 UC(s,t)h(t) ~h(s) )
valable pour toute fonc- tionsurharmoni que
h > 0 .7. Représentations intégrales
des fonctionsharmoniques (Cartier [2] ) .
Les
hypothèses
sont celles des 1 et 6. Conformément ~ la méthodeclassique
deMartin,
normalisons le noyau de Green en un sommet de référence o parPar un
argument
combinatoire utilisant lesméthodes
duno 6 ,
onétablit
la formuleK(s,t)
=K(s,s’) où
s’ est lepoint
de lagéodésique
de sà
o leplus rapproché
de t .La
compactification
de Sétant définie
comme auno 1 ,
on montre alors que K s’étend en une fonction continue(notée
encoreK)
sur S x S . Cette fonction K est le noyau de }.larti n .Le
problème
de Dirichlet estaisé à
résoudre au niveau "fini" . Pour tout entiern
n > 0,
soitS
l’ensemble des sommetsà
la distance n de o , et soitS(n) = BJ S~ .
JPour tout
n> 1 ,
toute fonction surS
s’étend demanière unique
en une fonction surS(n)
harmonique
dans l’"intérieur" S(n-1)
deS(n) ;
deplus ,
ceprolongement
est lepotentiel
d’une fonction nulle hors de S .
n
Soit alors h une fonction
harmonique positive .
Pour tout entiern ~ 0 ,
il exis-te
d’après
cequi précède
uneunique
fonctionvn
nulle hors deSn
telle queLe
point
non évident est lapositivité
dev , qui
résulte de lathéorie
dubalayage .
A
Ceci
acquis , notons n
la mesurepositive
surS , portée
parSn
etqui
attribue lamasse
v (t) à
toutpoint
t deS .
On montre facilement que les mesuresn convergent
vaguement
vers une mesurepositive ~
surS , portée
par l’ensemble B des bouts . Par passageà
lalimite,
ondéduit
de(2)
la formule dereprésentation intégrale
La
mesure ~
sur B estcaractérisée
par cette formule .La théorie des ensembles convexes
compacts
dueà Choquet permet
de prouver apri-
ori l’existence d’une
représentation intégrale
dutype (3) ,
mais reste inefficiente sansl’explicitation
del’espace compact
B . Deplus ,
on a ici deuxparticularités intéres-
santes :
a)
Lacompactification
de Martin S de S nedépend
que de la"topologie"
de l’arbreX ,
et non des coefficients attribués auxarêtes orientées .
b)
Pour toutpoint
b deB ,
la fonctionK(s,b)
est unpoint extrémal
de l’ensem-ble convexe
compact
formé des fonctionsharmoniques positives
h telles queh(o) =1 .
On
peut généraliser
lethéorème
dereprésentation intégrale . L’espace compact
S est totalement discontinu et sa
topologie
estengendrée
parl’algèbre
deBoole B
desparties
ouvertes et fermées . Une mesure additive sur cettealgèbre
de Booles’appelle
une distribution sur
.
Pour tout s dansS ,
la fonction t~ K(s,t) /
B eurS
est locale- mentconstante,
doncétagée
parrapport a ~ .
Si~B
est une distribution surS ,
onpeut
doncdéfinir l’intégrale
=L
THÉORÈME 5.- L’application 03BB ~ K03BB
est unebijection
de l’ensemble des distributions~
sur
S sur l’ensemble des fonctions sur S . La fonctionK03BB
estsurharmonique positive si
et seulement si la
distribution 03BB
est une mesurepositive
surS .
La fonctionK03BB
estharmonique
si et seulement si ladistribution ~
estportée
par B . 8.Théorème
de Fatou(Cartier [2] ) .
On fait maintenant
l’hypothèse
markovienne : la fonction constante 1 est harmo-nique. D’après
lethéorème
dereprésentation intégrale
dun 7 ,
il existe donc une mesurepositive
de masse 1 surB , soit ~ , caractérisée
par la relationOn dit
que V
est la mesure de Poisson.En utilisant la
méthode
de Doob[4] ~
on introduit un cheminementaléatoire
X,X.,...,X
,... sur l’arbre Xrégi
par les conventions suivantes : on a X = o ; souso i n o
X = s ,
lesvaleurs permises
pour sont les sommets t et laprobabilité
de passer de sà
testp(st) .
Comme le noyau de Green estfini,
le lemmede Borel-Cantelli montre que X tend
presque-sûrement
vers unpoint aléatoire
X0153 de
B ;
la loi deprobabilité
de X GO est la mesure dePoisson V
sur B .Soit h une fonction
harmonique bornée.
Lethéorème
desmartingales
montre que la suite des variablesaléatoires
h o Xtend
presquesûrement
vers une variablealéatoire
Y . On montre ensuite
qu’il
existe une fonctionborélienne
etbornée 0)
sur B telle queY
= p ’
oXoo .
. On a alorsl’analogue
de la formuleintégrale
de Poissonet
l’analogue
duthéorème
de convergence radiale de Fatouoù
l’on anoté la ~s-,...,s n ,...]
lachaîne
infiniejoignant
oà
b .L’existence de
X
etCf
repose sur le lemmetopologique
suivant : tout chemin infini issu de o ,qui
ne passe qu’un nombre fini de fois en chaquesommet ,
tend vers unpoint
deB ,
et passe parchacun
des points de lachaine
infiniejoignant
oâ
b . Cettepropriété très particulière
des arbrespermet
donc de déduire lethéorème
de conver- gence radiale duthéorème probabiliste
de Fatou . Ceci est d’autantplus remarquable
que laprobabilité
est nulle que le cheminementaléatoire
suive unechaine
infinie .9. Arbres homogènes (Serre [6] ,
Cartier[3] ) .
On note q un
entier >
1 et X un arbrehomogène
dedegré
q +1 ;
; autrementdit ,
tout sommet de X
appartient à
q + 1arêtes.
Voiciquelques exemples
d’arbreshomogènes : a)
Legraphe où G
est le groupelibre à n générateurs x1,...,xn
etoù
P =
(cf. n 3) ;
on a ici q = 2n - 1 .b)
Legraphe où
G estdéfini
par lesgénérateurs
et les relations= ...
= xn 2
= 1, et où P =
; onaiciq = n - 1 .
c)
Legraphe associé à
un corps local K comme auno 4 ;
q est alors le nombred’élé-
ments du corpsrésiduel
de K .On note S l’ensemble des sommets de
X , et K l’espace
des fonctionscomplexes
surS , qui
sont nulles hors d’unepartie
finie de S . Le groupeAut(X) agit
demanière évi-
dente surl’espace K . L’algèbre X
de tous lesendomorphismes
del’espace
vectorielK qui
commutentà Aut(X) s’appelle l’algèbre
de Hecke de l’arbre X . Pour tout entier n> "*0 , l’opérateur 0398 est
défini ainsi : pour toute fonction f £ K et tout sommet s ,n -
la valeur
de Onf
en s est la somme des valeurs de f auxpoints à
la distance n de s . Alors la1, 03982,...,0398
n ,.... est une base del’espace
vectorielH ;
la table demultiplication
est la suivante :avec les valeurs suivantes des coefficients :
On pose T =
("~1 .
On obtient parspécialisation
des formulesprécédentes
les valeurs suivantesOn en
déduit immédiatement
que lesmonômes Tn
pourn~
0 forment une base del’algèbre
de
Hecke , qui
est doncl’algèbre
depolynômes C.[T] .
La formule(9) s’exprime plus commodémment
sous la formeLe cheminement
aléatoire
leplus
naturel sur l’arbre X est celuioù
laproba- bilité
de passer d’un sommet sà
un sommet tlié à
s estindépendante
det ,
doncégale à 1/(q+1) .
On a alors Ph = pour toute fonction h eK ;
comme on aG == E
Pn
= lim 2unPn ,
t on neutdéduire
des formulesprécédentes
la valeur du noyau de Greendans cette
formule, d(s,t)
est la distance du sommet s au sommet t. Le calcul du noyau de Martin est alors facile. Choisissons un sommet o deréférence.
Soit b unbout ;
nousnuméroterons
leshorocycles associés à
b(cf. no 1)
de telle sortequ’on
ait o
e H .
On a alorsK(s,b)
= pour tout sommet s eH
10. Fonctions
sphériq,ues (Cartier [3] ) .
Les notations sont celles du
ri 9 .
Onappelle fonction sphérique
sur X toutefonction F sur S x~ S avec les deux
propriétés
suivantes :a)
On a3’(gs,gs’)
=F(s,s’) quels
que soient les sommets s et s’etl’automorphisme
g de
X ;
autrementdit, F(s,s’)
nedépend
que de la distanced(s,s’) .
b)
Pour tout sommets’,
la fonctions ~ F(s,s’)
est une fonction propre pourchaque
élément del’algèbre
de HeckeH .
On normalise les fonctions
sphériques
parF(s,s)
= 1 pour tout sommet s .Les formules
(9)
donnent facilement la forme des fonctionssphériques ;
pour tout nombrecomplexe v ~ 0,
on a unefonction sphérique F définie par
Toute fonction
sphérique
est de la. formeF
et l’on aF
=F ,
si et seulement si l’ona v = v’ ou vv’ = q .
Comme
fonction de s, la fonctionsphérique
Fv (s,s’)
estassociée
â
la valeur propre v +qv-1
de T .On montre ensuite que la fonction
sphérique F
est detype positif
si et seule-ment si
l’on
a)v
+q+1 ,
autrement dit si v estcomplexe
de module oubien réel de module
compris
entre 1 et q . Ceci se démontre en traduisant la condition queFv
est detype positif
demanière géométrique :
il existe uneapplication $
de Sdans l’ensemble des vecteurs unitaires d’un espace de
Hilbert ,
telle quepour tout sommet s . La condition
Iv
+qv-1| ~ q+i est
doncnécessaire ; inversement,
si elle estremplie,
on construit deproche
enproche j)
sur l’ensemble des sommetsà
la dis- tance n d’un sommet o deréférence .
Supposons
pour terminer que X soit l’arbreassocié à SL2(K) (cf. nO 4), où
Kest un corps local. La formule
(12j
pour les fonctionssphériques
est en accord avecles formules de Mautner . On
peut
nontrer que le cerclev - q 1/2 correspond à
la sérieprincipale
dereprésentations
deSL2(K) ,
et les intervalles1 v ~_
q et-q ~ v
-1à
lasérie complémentaire.
Cequi précède
fournit une constructionunifiée
de ces deuxséries
dereprésentations
par des méthodes combinatoires. Onpeut même réaliser
lesreprésentations
de lasérie discrète
deSL2(K)
dansl’espace
des fonc-tions de deux sommets de l’arbre associé
à SL2(K) .
407-18
BIBLIOGRAPHIE
[1]
F. BRUHAT et J. TITS -Groupes
réductifs sur un corpslocal , à paraître
aux Publ.Math. I.H.E.S.
(voir
unrésumé
dans 4 Notes auxComptes-Rendus
del’Académie
des Sciences deParis , t. 263 (1966) ,
p.598-601 , 766-768 , 822-825 , 867-869 ) . [2]
P.CARTIER - Fonctionsharmoniques
sur unarbre , à paraître
aux Atti delConvegno
della
Probabilita ,
Roma(mars 1971) . [3]
P.CARTIER -Homogeneous trees , à paraître.
[4]
J.L. DOOB - Discretepotential theory
andboundaries ,
J. Math. andMech. 8 (1959),
p.