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La question coréenne et le problème de la réunification

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Academic year: 2021

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La question coréenne et le problème de la réunification

Florent Charles

To cite this version:

Florent Charles. La question coréenne et le problème de la réunification. Droit. Université Nice Sophia Antipolis, 2015. Français. �NNT : 2015NICE0004�. �tel-01166043�

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UNIVERSITE NICE SOPHIA ANTIPOLIS

ECOLE DOCTORALE 513 Droit Et Sciences Politiques, Economiques et de Gestion

GREDEG (Groupe de Recherche En Droit, Economie et Gestion) U.M.R. 6227

Thèse en vue de l'obtention du Doctorat en Droit Présentée et soutenue publiquement par

Florent CHARLES

Le 3 avril 2015 Tome 1

Membres du jury

M. Robert CHARVIN, Professeur agrégé émérite à l'Université de Nice

Sophia Antipolis, Directeur de recherche

M. Malik BOUMEDIENE, Maître de Conférence à l'Université de

de Toulouse, Rapporteur

M. Raphaël PORTEILLA, Maître de Conférence à l'Université de

Dijon, Rapporteur

M. Philippe SAUNIER, Professeur agrégé à l'Université de Nice

Sophia Antipolis

M. Benoît QUENNEDEY, Fonctionnaire parlementaire, Sénat

LA QUESTION COREENNE ET LE PROBLEME DE LA

REUNIFICATION

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UNIVERSITE NICE SOPHIA ANTIPOLIS

ECOLE DOCTORALE 513 Droit Et Sciences Politiques, Economiques et de Gestion

GREDEG (Groupe de Recherche En Droit, Economie et Gestion) U.M.R. 6227

Thèse en vue de l'obtention du Doctorat en Droit Présentée et soutenue publiquement par

Florent CHARLES

Le 3 avril 2015 Tome 2

Membres du jury

M. Robert CHARVIN, Professeur agrégé émérite à l'Université de Nice

Sophia Antipolis, Directeur de recherche

M. Malik BOUMEDIENE, Maître de Conférence à l'Université de

de Toulouse, Rapporteur

M. Raphaël PORTEILLA, Maître de Conférence à l'Université de

Dijon, Rapporteur

M. Philippe SAUNIER, Professeur agrégé à l'Université de Nice

Sophia Antipolis

M. Benoît QUENNEDEY, Fonctionnaire parlementaire, Sénat

LA QUESTION COREENNE ET LE PROBLEME DE LA

REUNIFICATION

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« L'Université n'entend donner aucune approbation ni improbation aux opinions émises dans cette thèse. Ces opinions doivent être considérées comme propres à l'auteur ».

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J'exprime tout d'abord ma très vive gratitude à Monsieur Robert

CHARVIN, Professeur agrégé émérite de l'Université de Nice Sophia

Antipolis, spécialiste en droit international, qui a bien voulu assurer la

direction de cette thèse. Je lui suis reconnaissant pour sa grande

disponibilité, l'intérêt constant qu'il a porté à mes travaux et sa sollicitude

à mon égard.

Monsieur Raphael PORTEILLA qui travaille sur la question sud-africaine

et israélo-palestinienne et Monsieur Malik BOUMEDIENE qui a écrit sur

la questions du printemps arabe et des droits de l'homme m'ont fait

l'honneur d'être rapporteurs de ma thèse et je les remercie pour avoir pris

le temps de lire en temps voulu cet ouvrage.

Je tiens à remercier Monsieur QUENNEDEY Benoît qui s'est spécialisé

dans l'étude de la République Populaire Démocratique de Corée pour

avoir accepté de participer à mon jury de thèse et pour sa participation

scientifique ainsi que le temps qu'il a consacré à ma recherche.

Je remercie également Monsieur SAUNIER Philippe spécialisé dans le

droit international, de la paix et du développement, pour l'honneur qu'il

me fait d'être dans mon jury de thèse.

Au cours de ces années de recherche j'ai eu l'occasion de rencontrer les

responsables de l'Institut des Recherches Coréennes du 21ème siècle,

Madame JEONG Saenal et Monsieur CHO Stephen. Les discussions que

j'ai pu avoir avec eux m'ont beaucoup apporté.

Il m'est impossible d'oublier mes parents qui ont fait preuve de beaucoup

de patience, Monsieur CROUZIL Thomas docteur en Sciences Physiques,

spécialisé en informatique, et les membres de l'Association d'Amitié

Franco-coréenne pour leur gentillesse et leur aide.

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LA QUESTION COREENNE ET LE PROBLEME DE LA

REUNIFICATION

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« Pour vaincre, il nous faut de l'audace, encore de l'audace, toujours de l'audace »

Georges Jacques Danton (1759-1794)

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INTRODUCTION

La question coréenne et en particulier le problème de la réunification des parties Sud et Nord du pays pose de nombreux problèmes juridiques. Parmi les rares juristes occidentaux (à l'exception des américains) s'intéressant à ce sujet, le sujet est traité sous l'angle de « l'Etat non démocratique » dans ses relations avec un Etat démocratique et le reste de la communauté internationale.

Après des dizaines d'années de dictature militaire, la République de Corée, au sud, a été admise dans le concert international. Les élections qui s'y déroulent sont considérées comme libres, et le pouvoir des élus est jugé effectif , malgré la très forte concentration économique (les « Chaebols ») qui exercent la totalité du pouvoir économique et malgré l'influence exercée par les Etats-Unis qui considèrent la péninsule coréenne comme un espace hautement stratégique.

Au contraire, la République Populaire Démocratique de Corée (RPDC), au nord, est présentée comme ayant tous les attributs d'un Etat non démocratique (absence d'élections démocratiques, violation des droits de la personne humaine), et qui malgré sa longue existence (depuis 1949) et son appartenance à l'ONU, n'a pas été acceptée par le monde occidental (notamment les Etats-Unis et la France). Comme l'analyse le professeur Jean d'Aspremont1, la question coréenne se limiterait à deux questions. La

première question est relative à la coexistence d'un Etat non démocratique avec notamment la République de Corée, mais aussi avec l'ensemble de la société internationale (problème de la reconnaissance de l'Etat nordiste, problème des droits de cet Etat, par exemple son droit à l'armement nucléaire et son droit à l'auto-détermination politique et économique, et finalement problème de sa légitimité). Un Etat non démocratique peut-il être reconnu comme souverain ? De nombreuses chancelleries occidentales le contestent. La seconde question soulève la possibilité ou l'impossibilité d'une coopération avec un Etat non démocratique comme la RPDC, qu'il s'agisse de la République de Corée ou d'autres Etats.

L'embargo que connaît la RPDC depuis 1949 de la part des Etats-Unis et de nombreux Etats occidentaux, dont la France, semble indiquer que les sanctions l'emportent sur la coopération et qu'il y aurait non responsabilité d'Etat à refuser une coopération « normale » aussi longtemps que le régime de Pyongyang présenterait des caractères totalitaires.

1 Voir l'ouvrage de Jean d'Aspremont . l'Etat non démocratique en droit international, étude critique du droit

international positif et de la pratique contemporaine. Pedone. 2008.

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La validité des traités, accords et engagements de l'Etat nordiste n'auraient qu'une valeur incertaine et le développement des relations économiques constitueraient une violation des valeurs fondamentales que prônent le monde occidental. Les relations doivent être réduites au maximum, comme le pratiquent les Etats-Unis et la France. Le problème de la réunification de la nation coréenne est donc hypothéqué par la nature de l'Etat nord-coréen. Sa position géostratégique, toutefois, au cœur de l'Asie et à proximité immédiate de la Fédération de Russie et de la Chine, rend impossible toute « intervention pro-démocratique »2, comme elle a pu se produire de la part des

Etats-Unis en 2003 avec l'Irak, ou de la France en 2011 en Côte-d'Ivoire et en Libye. La théorie de la « guerre juste » est bloquée par delà son inexistence légale confirmée par l'arrêt de la Cour Internationale de Justice de 1986 relatif à l'affaire des « activités militaires et paramilitaires au Nicaragua ». On constate que la récente notion de « la responsabilité de protéger » n'est pas non plus invoquée dans le cas de la population nord-coréenne dont les grands médias occidentaux mentionnent pourtant la situation difficile.

Si l'on s'attache au contraire aux dispositions fondamentales de la charte des Nations-Unies, le noyau « dur » du droit international, et plus particulièrement aux dispositions concernant l'égale souveraineté des Etats, le principe de la non-ingérence, celui du libre choix pour chaque peuple de décider de son régime politique et économique, il apparaît que la RPDC ne peut être qualifiée d' « Etat non démocratique », catégorie dont la nature juridique est des plus incertaines et est contestée par la majorité des Etats de la société internationale. Dans les faits, d'ailleurs, les Etats qui refusent à la « démocratie » toute autre définition que celle de nature élective et respectueuse des seuls droits civils et politiques et considèrent qu'elle n'est pas seulement une question « intérieure », se compromettent avec des Etats qu'ils ne mettent pas en cause (le Qatar par exemple, ou de nombreux régimes autoritaires africains ou asiatiques).

En réalité, la question coréenne est une illustration de la domination du fait sur le droit. Les controverses juridiques sur la plupart des questions coréennes échappent à l'emprise du droit aussi bien de la part des protagonistes directs du Sud et du Nord que de la part des grandes puissances concernées (Etats-Unis, Chine, Fédération de Russie, Japon) en premier lieu.

La part du droit dans la question coréenne est minime. Toutes les analyses juridiques à son sujet sont biaisées et les « recettes » qu'elles peuvent proposer sont totalement inopérantes. Les questions majeures sont a-juridiques. Elles relèvent avant tout de la géostratégie des grandes puissances et des spécificités socio-culturelles propres à la

2 Voir la déclaration du président des Etats-Unis G.W. Bush du 26 février 2003, quelques jours avant l'intervention en Irak.

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nation coréenne.

On ne peut pas envisager de parler de la RPDC si l'on reste ethnocentrique. Etudier un phénomène étranger c'est se débarrasser de cet ethnocentrisme, c'est-à-dire de la tendance à privilégier les normes et les valeurs de sa propre société pour analyser les autres sociétés. La connaissance de l'autre est affaire délicate. Pouvoir parler d'une société éloignée de l'aire culturelle à laquelle on appartient est aventure. Des voyages et des rencontres nombreuses ne sont pas une garantie contre les erreurs d'interprétation. La RPDC n'est pas « mystérieuse » : elle n'est « ermite » que de réputation dans un Occident malade de sa vieille hégémonie planétaire depuis la Renaissance et du complexe de sécurité qui en résulte.

Pour des raisons de stratégie, le « jeu » des Etats-Unis et de leurs alliés est d'assurer la fin prochaine du régime nord-coréen par extinction de ses forces et d'en majorer simultanément la puissance et la dangerosité. Un certain nombre d'auteurs, dont Pierre Rigoulot3, s'efforcent de penser le politiquement correct de commande et font

de l' « anti-Pyongyang » primaire. Ils ont encore moins de données que ceux qui manifestent une solidarité, mais leurs conclusions étant acquises d'avance, ils n'en ont guère besoin.

Si les ennemis de la RPDC s'octroient la liberté de se satisfaire de peu en publiant des ouvrages dont les seules sources proviennent des Etats-Unis ou de la République de Corée, ceux qui ont un intérêt réel pour l'expérience originale tentée par Pyongyang s'autorisent à briser le consensus occidental et à essayer de réfléchir. Le profond enracinement de l'identité nationale, par-delà toutes les formations sociales qui se sont succédé dans l'histoire coréenne procure au peuple coréen une cohésion difficilement comparable.

Les certitudes avancées et le plus souvent reprises d' « analyses » américaines, sans l'ombre d'une inquiétude, par divers auteurs, journalistes, en France et en Europe sont intellectuellement peu supportables. Ces « convaincus » obéissent à des impératifs éloignés de la connaissance et leur militance purement négative relève d'un esprit de facilité, à la recherche du consensus ou d'une gratification n'ayant aucun intérêt particulier.

L'importance de l'étude du cas nord-coréen est autre : elle se trouve dans l'intérêt que représente, dans un monde en crise profonde due à la marchandisation généralisée et à un hégémonisme sans contrepoids, une expérience politique sans pareil ; elle est également une réaction à la paresse politique de ceux qui n'osent pas déchiffrer par eux-mêmes une réalité complexe car différente de la nôtre. Nul n'oblige à être coréen

3 Pierre Rigoulot a publié deux ouvrages concernant la République populaire démocratique de Corée : Les aquariums

de Pyongyang avec Kang Chol Hwan aux éditions Robert Laffont en 2000 et Corée du Nord, Etat voyou aux

éditions Buchet-Chastel en 2003.

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alors que l'Occident entend conduire les coréens à ne plus l'être.

Il ne s'agit pas d'obtenir un ralliement au « socialisme coréen » mais plutôt de communiquer l'idée selon laquelle les recettes occidentales ne sont pas exportables, ne serait-ce que par les limites imposées par les ressources disponibles sur la planète. Si les peuples ont vraiment la volonté de vivre mieux, ils doivent partir à la recherche d'un « ailleurs ». La RPDC a ce mérite d'emprunter une voie de développement basée essentiellement sur ses propres forces, ce qui peut à l'avenir s'avérer être un exemple pour la plupart des pays du Sud. Il est intéressant de s'arrêter un court instant sur l'un de ces peuples agressés tout au long du siècle et sur les réponses qu'il essaye d'apporter, et interrogeons-nous sur nos propres valeurs et notre propre conduite. En 1953, la République de Corée sort exsangue de la guerre civile qui a ravagé son territoire et détruit ses villes, Séoul ayant été occupé plusieurs fois de suite par les armées des deux camps. Les rares infrastructures économiques datant de l'occupation japonaise et non détruites par la guerre sont pour la plupart situées au Nord. Il s'agit alors, jusqu'au coup d'État du 16 mai 1961, de l'un des pays les plus pauvres de la planète, hérissé de bidonvilles et dépendant entièrement de l'aide des États-Unis pour qui la presqu'île présente un intérêt géostratégique majeur.

Cinquante ans plus tard, la République de Corée est devenue la quinzième puissance économique mondiale avec un produit intérieur brut (PIB) nominal de 1 000 milliards de dollars en 2010. Son PIB par habitant, de 20 590 $ en 2010, équivaut à celui du Portugal (contre 43 490 $ en France). En parité de pouvoir d'achat, le PIB par habitant des sud-coréens n'est pas très éloigné de celui des Français (29 835 $ contre 34 077 $ en 2010).

Certaines réussites sont spectaculaires. La République de Corée est le premier constructeur naval mondial avec 40 % des commandes mondiales en 2007, alors que ce secteur n'existait pas dans ce pays avant 1970. C'est aussi le cinquième fabricant mondial d'automobiles, devant la France, et le cinquième producteur d'acier brut. Les groupes de construction sont également très actifs : la tour la plus haute du monde, à Dubaï, a été construite par un groupe coréen.

La République de Corée est enfin l'un des champions mondiaux de l'électronique et des nouvelles technologies. Elle fabrique la moitié des mémoires d'ordinateur dans le monde et s'impose dans les téléphones portables, notamment intelligents (smartphones). Ses habitants disposent d'un taux d'accès à internet à haut et très haut débit sans équivalent.

Cette progression n'est pas terminée : la République de Corée affiche les taux de croissance les plus élevés de l'OCDE et poursuit son rattrapage en direction de l'économie japonaise. D'après la Banque mondiale, elle fera partie en 2025 des six pays qui fourniront plus de la moitié de la croissance mondiale.

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Ainsi un coréen du sud né en 1950, qui a grandi dans l'un des pays les moins avancés de la planète, vit-il aujourd'hui dans l'un des plus riches et des plus innovants. Or cette réussite ne peut guère être attribuée aux capacités propres de son territoire naturel.

Pour résumer, il est possible d'en conclure que la RPDC a réussi sur le plan social malgré les grandes difficultés auxquelles elle a dû faire face au lendemain de la guerre de Corée pour reconstruire son pays. La gratuité des services dans le domaine du social est la priorité du gouvernement nord-coréen. La République de Corée a quant à elle réussi sur le plan économique, et ce, malgré ses échecs sociaux.

S'arrêter un moment donné sur l'historique de la Corée est d'une grande importance. En effet, la division actuelle du pays est exceptionnelle dans le temps, et est d'origine étrangère. Ce qui caractérise la Corée depuis toujours, c'est l'ancienneté de son unité, l'homogénéité sociale et culturelle du pays.

1) ORIGINES HISTORIQUES AVANT 1949

Les premiers habitants humains seraient apparus il y a un demi-million d'années en Corée. Par la suite, selon la légende, la figure emblématique Dan-gun créa Gojoseon, le premier royaume de Corée, en 2333 av.J.C. S'en suivirent des mouvements de tribus de la partie sud de la Mandchourie jusque sur la péninsule coréenne. Au 1er siècle avant notre ère, trois riches puissants royaumes, Goguryo, Baekje et Silla se partageaient la péninsule coréenne et une partie de la Mandchourie, d'où l'appellation des Trois Royaumes. Silla réussit à vaincre ses deux rivaux et unifia la péninsule coréenne pour la première fois en 676. Le royaume de Balhae quant à lui se situait dans le centre de l'actuelle Mandchourie. Par la suite la dynastie Goryeo fut établie et le bouddhisme devint religion d'Etat. La dynastie Joseon fut formée ultérieurement et le confucianisme devint l'idéologie générale de la société entière jusqu'à la colonisation japonaise qui durera 35 ans. Après cette colonisation et la fin de la Seconde Guerre mondiale, le pays est divisé en deux entités.

SECTION I LA PREHISTOIRE

La préhistoire4 de la Corée est encore mal connue. Les fouilles archéologiques5 ont

4 La Préhistoire est généralement définie comme la période comprise entre l'apparition de l'Humanité et l'apparition des premiers documents écrits. La préhistoire (sans majuscule) est une discipline qui a pour ambition de reconstituer l'histoire et la vie des humains depuis leur apparition jusqu'à l'apparition de l'écriture ; elle se fonde sur l'examen et l'interprétation des témoignages de la présence humaine tels que les vestiges archéologiques découverts lors de fouilles ou les œuvres de l'art pariétal.

5 L'archéologie est une discipline scientifique dont l'objectif est d'étudier et de reconstituer l'histoire de l'humanité depuis la préhistoire jusqu'à la période contemporaine à travers l'ensemble des vestiges matériels ayant subsisté et qu'il

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commencé tard. De 1910 à 1945, les japonais ont freiné les fouilles, de peur que des découvertes ne révèlent une civilisation plus ancienne que celle du Japon. Puis, la guerre de Corée et la partition du pays ont retardé les recherches. Les premières découvertes importantes datent de 1964 et se poursuivent de nos jours.

La présence d' Homo erectus6, bien que probable, n'est pas attestée par des

découvertes archéologiques, au contraire des premiers Homo sapiens7 du Paléolitique

inférieur dont on a trouvé des traces sur le site de Tokchon en RPDC (molaires et omoplates) et à proximité de Pyongyang (crâne d'enfant). Les plus anciens vestiges de la Préhistoire de la Corée datent d'environ 900 000 ans.

L'archéologie a permis de retrouver les traces d'une occupation Paléolithique continue de la Corée. A cette époque, l'homme mène une vie nomade en quête de sa nourriture. Il vit de chasse et de cueillette et utilise des outils de pierre en bois ou en os. Les premiers objets d'art retrouvés (pendentifs, représentations humaines ou animalières) remontent au Paléolithique moyen8.

Des cheveux datant du Paléolithique supérieur9 ont permis d'attester l'origine

mongoloïde des coréens du Paléolithique. On a retrouvé à Bangudae en République de Corée des gravures rupestres d'animaux sauvages. Les coréens du Paléolithique supérieur savaient se construire des abris en peau de bête contre le vent. Les familles comptaient une dizaine de personnes.

On a longtemps pensé qu'il y avait eu une disparition de l'occupation humaine durant

est parfois nécessaire de mettre au jour. Le mot archéologie vient du grec ancien et est formé à partir des racines ancien et mot/parole/discours. L'archéologie en tant que science apparaît dans les années 1880, auparavant les restes physiques étaient le plus souvent considérés comme des champs de ruines dans lesquels les gens se servaient sans vergogne pour les revendre aux antiquaires. Cf. Hartmut Böhme, Christof Rapp, Wolfgang Rössler, Alain Schnapp et al. Le sentiment

des ruines, de l'Orient ancien aux Lumières : continuités et transformations . Berlin New York. Walter de Gruyter. 2007,

pp. 223-236.

6 L'Homo Erectus est un représentant fossile du genre Homo qui aurait vécu en Asie centrale et orientale au Paléolithique inférieur. Les plus anciennes traces de foyers impliquant la maîtrise du feu datent d'environ 400 000 ans et lui sont généralement attribués. Cf. C. Perlès .« L'apparition du feu », in Le temps de la Préhistoire, vol. 2, Société Préhistorique Française. Edition Archeologia. 1989 , p. 110-112.

7 L'Homo Sapiens est aussi appelé l'homme de Cro-Magnon, homme moderne ou être humain. Il est originaire d'Afrique et est arrivé en Europe par la Méditerranée. Peu à peu il s'est répandu sur toute la terre durant le Paléolithique inférieur qui est la première période de la préhistoire. Du point de vue de l'éthologie, il se distingue par la complexité de ses relations sociales. L'éthologie est l'étude des comportements communs à une espèce dont l'homme en fait partie. Cf. Raymond Campan et Felicita Scapini. Ethologie : approche systémique du comportement . Edition de Boeck. 2002, p.26-27.

8 Le Paléolithique moyen est la période de l'histoire qui s'inscrit dans la continuité du Paléolithique inférieur. Elle est marquée par l'apparition de traits culturels nouveaux, notamment la méthode de débitage d'éclats qui est la méthode Levallois qui est une méthode de débitage de la pierre qui implique la préparation d'une surface d'un nucléus pour le débitage d'éclats. Cf. Eric Boëda . Le concept Levallois, variabilité des méthodes, Monographie du CRA.CNRS.1994. 9 Le Paléolithique supérieur est la période de l'histoire qui est caractérisée par l'arrivée de l'homme moderne en Europe, le développement de nouvelles techniques et l'explosion de l'art préhistorique. Accompagné de chiens, qui lui confèrent un avantage pour la chasse, il cohabite avec l'homme de Néandertal jusqu'à l'extinction de ce dernier. Cf. La

domestication du chien aurait-elle aidé sapiens à supplanter Néandertal ? (archive). Maxisciences.16 mai 2012.

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le Mésolithique10, mais des découvertes récentes de microlithes, petit outil de pierre

taillée réalisé sur lamelle et utilisé comme armature, attestent l'existence d'un Mésolithique coréen.

Les Paléoasiatiques, peuple non mongoloïde jusque là dispersé en Sibérie commencent à migrer vers la Corée aux environs de 10 000 av.J.-C. et assimilent les populations autochtones. Avec le réchauffement progressif (fin de la glaciation), l'occupation humaine a avancé plus profondément dans la péninsule. Les plus anciens précurseurs de la nation coréenne connus sont les Han-gook. Selon la légende, ils sont arrivés vers 7200 av.J.-C. du lac Baïkal en Sibérie et se sont maintenus plus de 3000 ans.

Les coréens du Néolithique11 s'installent à proximité des cours d'eau ou sur le littoral

et vivent de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Ils pratiquent également l'agriculture à l'aide de socs, une des pièces travaillantes de la charrue dont la fonction est de découper horizontalement la bande de labour à la profondeur de travail requise avant de la soulever, et de haches en pierres, de faucilles de pierre et de fléaux qui sont des instruments servant à battre les céréales. Le riz aurait pu être cultivé dès la fin du Néolithique : du pollen de riz daté de 1500 av.J.-C. a été retrouvé à Naju en République de Corée. C'est à cette époque, avec le développement de l'agriculture, que se forment les premiers villages coréens. Ils sont constitués d'une vingtaine de huttes. Les huttes néolithiques étaient en fait des fosses avec un toit en branchage et en peaux . Ce toit est parfois soutenu par des colonnes . Le foyer se trouve au centre.

Les spécialistes sont divisés sur l'origine de la poterie coréenne datant du Néolithique. Pour certaines, elle serait originaire de Sibérie et du nord-est de la Chine, pour d'autres du Japon où les poteries de la période Jomon datent de 10 000 ans av.J.-C. A cette époque, la poterie était cuite à basse température.

La poterie à décor ajouté ou imprimé présente de nombreuses similitudes avec les poteries japonaises de la période Jomon12. Le décor est constitué de bandes d'argiles

ajoutées ou de bandes en relief dont les motifs sont créés par des incisions avec l'ongle. Parfois les décors sont limités à l'embouchure du vase, mais plus

10 Le Mésolithique est une période charnière entre le Paléolithique et et le Néolithique dans lequel se produit un changement climatique entraînant l'adaptation concomitante de la faune et de la flore. L'homme uniquement cueilleur et prédateur commence peu à peu à devenir chasseur, pêcheur ou cultivateur. Cf. Emmanuel Ghesquière et Grégor Marchand. Le Mésolithique en France. Archéologie des derniers chasseurs-cueilleurs. Coéditions La Découverte/INRAP. 2010, 180 pages.

11 Le Néolithique est une période de la préhistoire marquée par de profondes mutations techniques et sociales, liées à l'adoption par les groupes humains d'une économie de production fondée sur l'agriculture et l'élevage, et impliquant le plus souvent une sédentarisation. Ces mutations sont telles que certains auteurs considèrent le Néolithique comme le début de la Protohistoire. Cf. Marcel Otte. La Protohistoire. De-Boeck. 2008, p.8 à 11.

12 La période Jomon est une des quatorze subdivisions traditionnelles de l'histoire du Japon. Elle couvre la période qui va de 15 000 jusqu'à 300 avant l'ère commune.

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généralement, ces décors vont de l'embouchure au milieu du corps.

La poterie au peigne du Néolithique coréen (8000 av.J.-C . environ) se caractérise par son décor « en dents de peigne », c'est-à-dire fait de lignes parallèles et de points, comme faits à l'aide d'un peigne. Ce décor couvre le corps du vase. On retrouve ce type de poterie dans toute l'Eurasie. On passe au cours du Néolithique de décors de lignes parallèles à des décors de lignes courbes. Ce dernier décor serait caractéristique de sociétés agricoles. On le retrouve également en Chine et dans les poteries Jomons au Japon.

Au Xè siècle av.J.-C., à l'âge du bronze, arrivent en Corée des populations probablement d'origine toungouses (nord-est de la Chine), les Yemaek, qui utilisent des armes et des outils en bronze. Avec elles, les traditions nomades et guerrières se développent en Corée. La société se hiérarchise et donne naissance aux premiers proto-Etats de la péninsule. On constate le développement de l'agriculture et de la riziculture, mais aussi de l'élevage.

Les outils de bronze créent un essor de l'agriculture qui permet désormais de nourrir des hommes qui ne travaillent pas la terre : artisans et aristocratie guerrière. La Corée connaît des problèmes de surpopulation qui provoquent des migrations vers Kyushu au Japon.

Les coréens de l'âge du bronze13 vivaient le long des cours d'eau ou des collines

basses dans des habitations de pierre avec un chauffage par le sol, ancêtre de l'ondol14. On constate des différences entre les habitations qui attestent de différences

entre les classes. Les habitations sont regroupées en villages d'une dizaine de maisons. Les premiers remparts font leur apparition.

Le chamanisme15, religion des habitants de la péninsule coréenne lors du Néolithique,

13 L'âge du bronze est une période de la Protohistoire caractérisée par l'usage de la métallurgie du bronze, nom générique des alliages de cuivre et d'étain. Cette période succède à l'âge du cuivre et précède l'âge du fer, dans les régions du monde où ces catégories sont pertinentes. En effet, comme pour les autres périodes de la Préhistoire, les limites chronologiques de l'âge du bronze varient considérablement selon l'aire culturelle et géographique considérés. Le bronze est déjà mentionné dans L' Illiade et L'odyssée ainsi que plus tard dans le De Natura Rerum de Lucrèce mais comme simple hypothèse philosophique. Cf. Nathalie Richard. Inventer la préhistoire, les Débuts

de l'archéologie en France. Vuibert. 2008.

14 L'Ondol est un système traditionnel de chauffage par le sol en Corée. Depuis l'antiquité, les coréens utilisent ce système de chauffage, qui a grandement influencé plusieurs aspects de la culture coréenne. Selon Joo Nam-chul, professeur émérite d'architecture à l'Université Korea, l'Ondol est un procédé de chauffage domestique unique au monde.

15 Le chamanisme est une pratique centrée sur la médiation entre les êtres humains et les esprits de la nature. C' est le chaman qui incarne cette fonction, dans le cadre d'une interdépendance étroite avec la communauté qu'il reconnaît comme telle. Le chamanisme est encore une religion très vivante. Bien qu'empreint de ses origines sibériennes, il a de nombreux caractères nationaux qui lui ont valu un renouveau dans la dernier quart du XXème siècle. Les chamans sont la plupart du temps des femmes, les mudangs, qui apportent des soins, attirent la fortune, communiquent avec les morts, prononcent des malédictions. L'arrivée du bouddhisme au début de notre ère, puis du confucianisme réduisirent l'influence du chamanisme.

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se perpétue pendant l'âge du bronze. Le culte du totem, totémisme16, de l'ours, qui a

débuté lors de la période néolithique, est aussi lié à l'âge de bronze, en particulier dans les régions du nord de la péninsule ; ainsi , cette tradition totémique se transmet depuis le tout début de l'histoire coréenne.

C'est de l'âge de bronze que datent les 30 000 dolmens17 du pays. Ils sont de trois

types. Le premier est, comme les dolmens néolithiques européens fait de deux ou trois pierres dressées verticalement, sur lesquelles a été posée une grande dalle qui fait table. Le second a le même aspect, mais les pierres support n'ont pas été dressées, mais descendues dans une cavité creuse. Le troisième type n'est plus tout à fait un dolmen puisqu'il n'y a pas de montants verticaux.

Contrairement aux dolmens d'Europe, les dolmens coréens n'étaient pas des tombes de chefs ou de personnages exceptionnels. Ils sont trop nombreux pour cela. La plus grande concentration de dolmens en Corée se situe dans le Joella18, mais il y en a

partout dans la péninsule. Sur l'île de Gangwha19 se trouvent 120 dolmens disposés en

cercle.

Les premières poteries de l'âge du bronze ne sont pas décorées. On distingue une poterie noire et une poterie rouge. Les poteries du nord de la Corée sont influencées par celle du Liaoning chinois. Dans le sud, on voît apparaître une poterie à motif d'aubergine, semblable à celle du Liaodong20,arrivée en Corée par les bassins des

fleuves Yalu et Tumen , fleuves faisant frontière entre la Chine et la RPDC.

Le fer a été introduit depuis la Chine le long du cours du Tumen et avec lui les premières monnaies des Yan21 . La culture du fer se diffuse ensuite le long des fleuves

Taedong et Han en Corée. Le bassin du Han permet au Ier siècle av. J.-C. l'installation

16 Le totémisme est une organisation clanique ou tribale fondée sur le principe du totem. Le totem est une espèce naturelle présentée comme un ancêtre mythique ou un parent lointain de son groupe social ; cette espèce symbolique peut être représentée par un totem au sens d'objet rituel sculpté, peint, façonné. Souvent cet ancêtre donne son nom au clan . Le totem est une façon d'établir des corrélations entre les végétaux ou les animaux et de l'autre les groupes humains sociaux. Le totem est sacré, on le respecte, on le craint ; il est le fondement des institutions, un modèle de comportement, une exigence d'organisation ; le totem organise les alliances et les systèmes de parenté.

17 Le dolmen est une construction mégalithique préhistorique constituée d'une ou plusieurs grosses dalles de couverture (tables) posées sur des pierres verticales qui lui servent de pieds (les orthostates), le tout étant originellement recouvert, maintenu et protégé par un amas de pierres et de terre nommé tumulus. Les dolmens sont généralement interprétés comme des monuments funéraires ayant abrité des sépultures collectives. Cf. R. Joussaume, J. Leclerc et J. Tarrête , « Dolmen », in : A. Leroi-Ghouran, Dictionnaire de la Préhistoire. Paris, éd. PUF. 1988, pp. 325-326.

18 La province du Jeolla est l'une des plus anciennes parmi les huit provinces de Corée, durant la dynastie Yi, appelée aussi dynastie Joseon. Elle était située au sud-est de la Corée et sa capitale était Jeonju.

19 L'île de Gangwha est une île située sur la côte ouest de la République de Corée, à proximité de la frontière avec la RPDC.

20 Le Liaodong est une région du Liaoning en Chine.

21 Yan était un Etat de la Chine pendant la dynastie Zhou, les périodes de Printemps et des Automnes et des Royaumes combattants, c'est-à-dire du Xème siècle av. J.-C. à – 222. Sa capitale était Liulihe puis Ji (Pékin). Elle était parfois supplantée par Xiadu qui était probablement la plus grande ville du monde avec 300 000 habitants au IVème siècle av.J.-C. Cf. George Modelski. World cities : -3000 to 2000. Washington D.C. : FAROS 2000. 2003.

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des premiers villages spécialisés dans l'exploitation des mines de fer et de métallurgie. Les objets en fer sont exportés au Japon par le détroit de Tsushima22. Les

objets en bronze deviennent désormais exclusivement des objets rituels.

Le fer permet des progrès de l'agriculture grâce à des outils plus tranchants. Les populations sont désormais sédentarisées.

Vers 300 av.J.-C. les habitations deviennent plus spacieuses et l'usage du ondol se répand : il s'agit d'un chauffage par le sol, encore utilisé aujourd'hui. La fumée du foyer est récupérée et circule sous tout le plancher de la maison. L'architecture précédente des maisons, qui étaient semi-enterrées, disparaît. Bien qu'évoquant le système de chauffage kang chinois et kotatsu japonais, il ne leur est pas assimilable. L'ère Bai-dal s'intercale entre la période Han-Gook et la période Gojoseon23 finale.

C'est l'âge de la protohistoire24. L'un de ses rois fut nommé le Diable rouge par ses

ennemis car son armure était rouge. Le roi Diable rouge est toujours populaire dans la Corée moderne.

Durant cette période de transition entre fin de la Préhistoire et début de l'Histoire, des tribus vivent disséminées dans l'espace coréen. Elles ont fondé les premières villes fortifiées. Ces tribus sont divisées en trois régions et forment ce que les chinois appelaient les barbares de l'Est. Dans chaque tribu existe des ethnies.

SECTION II LE DEBUT DE L'HISTOIRE

Avant le Ier millénaire av.J.-C., la Corée est peuplée de populations mongoloïdes25

qui se sont mêlées à des homo sapiens déjà présents. Les nouveaux arrivants apportent l'agriculture et la poterie.

22 Le détroit de Tsushima est le chenal est du détroit de Corée qui sépare la Corée du Japon et relie la mer du Japon à la mer de Chine orientale.

23 En Corée, la période Gojoseon désigne l'époque historique s'étendant de la naissance légendaire de la civilisation coréenne en 2333 av. J.-C. jusqu'à l'établissement de la dynastie Han en Chine en 206 av. J.-C. Selon les sources chinoises, il existe un royaume Gojoseon au moins à partir du IVème siècle av. J.-C., ce qui coïncide avec l'entrée de la Corée dans l'âge du fer. La fondation de l'empire Han avait provoqué l'installation en Corée d'opposants chinois, installation qui bouleversa l'histoire du pays.

24 La Protohistoire désigne la science qui regroupe l'ensemble des connaissances sur les peuples sans écriture contemporaines et la période correspondant aux âges des métaux (cuivre, bronze, fer). Sous l'impulsion de certains chercheurs tels que Jean Guilaine et Marcel Otte, certains tendant à vouloir faire débuter la Protohistoire dès le début du Néolithique (début de l'économie de production). En tenant compte de ces acceptions, la Protohistoire est caractérisée par une structuration croissante de la société et par une maîtrise progressive de la métallurgie. Cf. J. Guilaine-Caïn, Abel, Ötzi . L'héritage néolithique. Gallimard. Paris. 2011.

25 Les mongols sont un peuple nomade vivant actuellement en Mongolie, en Fédération de Russie et en Chine. Ils sont actuellement environ dix millions et n'ont pas de langue unifiée. Ils pratiquent un bouddhisme lamaïste (dit tibétain), teinté d'animisme voire de chamanisme.

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Les Yemaks arrivent du nord-est de la Chine au Xème siècle av.J.-C. Ils introduisent le bronze et améliorent l'agriculture. Des classes sociales apparaissent à cette époque, des villes naissent et des mégalithes26 sont dressés.

Avec l'arrivée du fer et la domestication du cheval, la société évolue : elle devient plus guerrière. Le nord de la péninsule est occupé par des nomades, alors que les populations du sud sont sédentarisées. Au IVème siècle av.J.-C., naît le royaume Gojoseon, entre les fleuves Liao en Mandchourie et Taedong dans le nord de la Corée.

Bien que la Chine ait eu des contacts anciens avec la Corée, l'histoire chinoise déborde sur la petite péninsule à la fin du Ier millénaire av.J.-C. Déjà, au VIIème siècle et au VIème siècle av.J.-C., des migrations chinoises et mandchous fournirent un apport de population à la péninsule. La fondation de l'Etat Gojeoson est mal datée : il couvrait dans la deuxième moitié du Ier millénaire av. J.-C. le nord de la péninsule et une partie de la Mandchourie.

L'arrivée du général chinois Wiman27 marque une nouvelle étape de l'histoire

coréenne : on parle d'ailleurs de l'Etat Joeson-Wiman. Il vient du royaume de Yan28,

vaincu par l'empire Qin29. Le commerce avec la Chine se développe, les tribus

s'unissent et créent un royaume dans la vallée du Taedong. Mais l'hostilité des Wiman à la Chine et l'alliance avec les Xiong Nu, féroces ennemis de la Chine, suscitent une attaque de l'empereur Wudi30. Celui-ci vainc le royaume coréen en trois campagnes,

la dernière en 108 av.J.-C.

En 108 av.J.-C., l'empereur Han soumet ce royaume coréen agité et y établi quatre commanderies : Nangnang se situe dans le bassin du Taedong et contrôle l'ancien royaume de Wiman, Hyeondo dans la province du Yalu-Tongjia, Imdu dans le sud de la province de Hamkyeong, et Chinbeon dans le centre de la Corée au niveau du fleuve Han.

Débute à cette époque une période de luttes entre les royaumes de Corée et l'empire de Chine. Les deux dernières commanderies ne durèrent que vingt-cinq ans et

26 Un mégalithe est un monument lié au mégalithisme (une forme d'architecture) et constitué d'une ou plusieurs pierres de grandes dimensions érigées par les hommes sans l'aide d'un mortier ou de ciment pour fixer la structure.

27 Wiman était un général chinois qui est devenu roi du royaume coréen de Gojoseon. Wiman était un général de l'Etat de Yan qui était alors dirigé par le prince Lu Wan. En – 195, l'empereur Gaozu des Han a accusé le prince de s'être rebellé et l'a poursuivi. Wiman a alors franchi le fleuve Pae avec 1000 sympathisants pour se réfugier à Gojoseon. Après que des réfugiés venus des Etats de Yan et de Qi ainsi que des indigènes de Jinbeon et Joseon l'aient rejoint, il a renversé le roi Jun de Gojoseon en – 194. Il a ensuite déplacé la capitale à Wanggeom près de l'actuelle Pyongyang. La période de – 194 à – 108 est appelée Joseon de Wiman par les historiens coréens.

28 Yan était un Etat de la Chine pendant la dynastie Zhou.

29 La dynastie Qin succède à la dynastie Zhou et précède la dynastie Han en Chine.

30 Wudi de son nom personnel Liu Che est le septième empereur de la dynastie Han. En tant que chef militaire, il amène la Chine à son expansion territoriale maximale.

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Hyendo dura environ un tiers de siècle.

En divisant les tribus coréennes proches de Nangnang et en s'appuyant sur d'autres tribus plus éloignées, la Chine put maintenir celle de Nangnang quatre siècles, et ce malgré l'opposition immédiate et permanente de Goguryeo. La ville de Nangnang compta jusqu'à 400 000 habitants.

Certains des habitants de régions contrôlées par la Chine en partirent et se réfugièrent dans les royaumes voisins : Goguryeo , Buyeo, Chin (qui existait déjà à l'époque de Wiman et qui devint Mahan autour de Jeolla), Gyeonggi et Chungcheong. Ils créèrent même de nouveaux Etats : Ye, Okcheo et Pyeonhan (autour de Gyeongsang)

Puyo est un ancien groupe ethnique et son royaume dans la Mandchourie du nord était considéré par les anciens royaumes coréens comme leur royaume d'origine. Ce sont des immigrants Puyo qui ont fondé le Goguryeo et le Paekche.

Leurs mœurs et leurs coutumes sont principalement décrites dans les Sanguo Zhi (Chroniques des trois royaumes)31. Les Puyo étaient des agriculteurs qui occupaient la

grande plaine de Mandchourie. Ils avaient déjà une structure sociale complexe et donnaient à leurs dignitaires des noms d'animaux. Leur capitale a pu se situer à Nong'an dans la province du Jilin ou près de Harbin dans la province du Heilongjiang, toutes situées en Chine.

Les Puyo étaient déjà connus en Chine durant la période des Royaumes combattants32. Les Puyo commencèrent à avoir des contacts fréquents avec la Chine

par l'intermédiaire de la commanderie de Xuantu durant la dynastie des Han Orientaux.

Bien qu'ils firent des razzias aux frontières chinoises en 111, ils devinrent tributaires de la dynastie des Han Orientaux en 120 et envoyèrent l'année suivante le prince Weichoutai à Xuantu pour être sauvés des attaques de Goguryeo.

A la fin de la dynastie des Han Orientaux, Gongsun Du, un seigneur de guerre chinois

31 Les Trois Royaumes désigne une période de l'histoire chinoise commençant en 220 après la chute de la dynastie Han et se terminant avec l'établissement de la dynastie Jin en 265. Durant cette période, les trois royaumes de Shu, Wei et Wu s'affrontèrent pour la domination de la Chine. Les Chroniques des Trois Royaumes est la chronique historique officielle couvrant la fin de la dynastie Han, et la période des Trois Royaumes de Chine (220-280). Elle fait partie des « Quatre Histoires » avec le Shiji, le Han Shu et le Hou Han Shou. Elle est la compilation de textes la plus complète sur les événements qui eurent lieu en Chine durant cette période et a servi de base pour le roman épique Histoire des Trois Royaumes, traditionnellement attribué à Luo Guanzhong. Ce dernier est cité dans l'ouvrage américain de Moss Roberts. Three Kingdoms : A Historical Novel. University of California Press. 1991, p.938. 32 La période des Royaumes combattants s'étend en Chine du Vème siècle av.J.-C. à l'unification des royaumes chinois

par la dynastie Chin en 221 av. J.-C. Cf. Mark Edward Lewis. « Warring State Political History », dans Michael Lowe et Edward L. Shaughnessy (dir.). The Cambridge History of Ancient China, From the Origins of Civilisation

to 221 BC. Cambridge. Cambridge University Press. 1999, pp. 587-650.

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dans la province du Liadong, aida les Puyo à contrer les Xianbei au nord et les Goguryeo à l'est. Après avoir décimé la famille de Gongsun le royaume de Wei envoya Wuqiu Jianpour attaquer les Goguryeo. Une escouade conduite par le gouverneur de la commanderie de Xuantu fut bien accueillie par les Puyo.

Depuis lors, les Puyo ont été déchirés entre des grandes puissances jusqu'à leur chute. En 285, la tribu Murong des Xianbei conduite par Murong Hui, envahit les Puyo, poussant le roi Yilu au suicide. Considérant ses relations amicales avec la dynastie Jin, l'empereur Wu ranima les Puyo et installa le roi Yiluo. Une attaque de Gogureyo avant 347 entraîna un nouveau déclin.

Ayant perdu leur bastion près de Harbin, les Puyo se déplacèrent vers le sud à Nong'an. Aux alentours de 347, les Puyo furent attaqués par les Murong Huang de la dynastie des Yan Antérieurs et le roi Xuan fut capturé.

Lors de la première chute en 285, les Puyo Orientaux s'établirent à l'est de Woju ce qui est aujourd'hui Yanbian. Ce territoire fut envahit par Gwanggateo le Grand et conquis par le roi Jangsu.

Un reste des Puyo semble avoir subsisté aux alentours d' Harbin sous l'influence de Gogureyo. En fait les Puyo payèrent un tribut à la dynastie Wei du nord en 457. Ils furent conquis par les Wuji en 494 et la famille royale déserta à Gogureyo.

Gogureyo et Paekche, excepté Silla, deux des trois Royaumes de Corée se considérèrent comme les successeurs des Puyo.

On dit du roi Dongmeyong, père du roi Onjo, fondateur de Paektche avant notre ère, qu'il descend d'une branche de Puyo. Mais les archives se contredisent sur la relation exacte : il serait un fils du roi de Puyo du nord, ou un gendre du roi de Jolbon Puyo ou simplement l'enfant d'un mariage avec une femme Puyo. Gogureyo peut avoir été fondé en territoire Jolbon Puyo et avoir entretenu une relation proche avec le Puyo oriental. Gogureyo finit à unifier l'ensemble des territoires Puyo.

Pendant la période Samhan les trois confédérations de Mahan, Jinhan et Byonhan dominaient le sud de la péninsule coréenne. Samhan signifie les Trois Han et désigne ces trois confédérations. La période est parfois appelée la protopériode des Trois

Royaumes. On considère habituellement que la période Samhan commence avec la

chute du royaume Choson-Wiman, en 108 av. J.-C. et qu'elle s'achève au IIIème siècle après le début de la période des Trois Royaumes.

Les Trois Han sont généralement considérés comme des confédérations de villes fortifiées. Dans chacune apparaît une classe dirigeante, dont le pouvoir repose sur un

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mélange de politique et de chamanisme33. Si chaque Etat possède ses propres

dirigeants, aucun ordre de succession systématique n'est mis en évidence. SECTION III LES TROIS ROYAUMES

L'expression « Trois Royaumes de Corée » désigne la période de l'histoire coréenne s'étendant entre le Ier siècle av.J.-C. et le VIIème siècle ap.J.-C., qui vit le développement des royaumes de Goguryeo, Paekche et Silla dans la péninsule coréenne et en Mandchourie. D'autres petits royaumes et Etats tribaux coexistèrent avec ces trois royaumes, comme la confédération de Gaya (42-562), Dongye, Okjeo, Puyo et Usan.

La période commence en 57 av.J.-C. lorsque le royaume de Saro (futur Silla), dans le sud-est de la péninsule, obtient une autonomie vis-à-vis de l'empire chinois des Han. Les deux autres, Goguryeo (au nord et au sud du fleuve Hamnok) et Paekche (au sud-ouest de la péninsule autour de l'actuel Séoul), deviennent indépendants de la Chine respectivement en 37 av.J.-C. et 18 av.J.-C.

Le royaume de Paekche se sépare de Goguryeo et devient un refuge pour les paysans qui fuient un Etat guerrier . La capitale est d'abord Ungjin (aujourd'hui Chonju) puis Sabi (aujourd'hui Puyo) au sud-ouest de Séoul.

Les Etats Gaya se séparent de Paekche au Ier siècle ap.J.-C. Emergent de Samhan deux petits royaumes : Baekje est fondé en 18 av.J.-C. sur le territoire d'une des cités Etats Mahan non loin de l'actuel Séoul, Silla fondé en 57 av.J.-C. dans la cité de Saro (actuelle Gyeongju) va occuper le territoire des Jinhan34.

Sur une partie du territoire de Pyeonhan, une confédération de six tribus Gaya fut créée à la même époque par six hommes selon la légende nés chacun d'un œuf. Dans

33 Le chamanisme est une pratique centrée sur la médiation entre les êtres humains et le esprits de la nature notamment. C'est le chaman qui incarne cette fonction dans le cadre d'une interdépendance étroite avec la communauté qui le reconnaît comme tel . Le chamanisme au sens strict prend sa source dans les sociétés traditionnelles sibériennes. Partie de la Sibérie, la pensée chamaniste a essaimé de la Baltique à l'Extrême-Orient et a sans doute franchi le détroit de Béring avec les premiers Amérindiens. On observe des pratiques analogues chez de nombreux peuples, à commencer par les Mongols qui seraient tous originaires de Sibérie, mais aussi au Népal, en Chine, en Corée, au Japon, chez les indiens d'Amérique du Nord, en Afrique, en Australie et chez les Amérindiens d'Amérique Latine. Le mot Chamane est connu dès le XVIIème siècle. Il entre officiellement dans la langue française en 1842. L'idée générale est celle d'une imitation des espèces animales en bondissant, s'agitant et dansant. Cf. Bertrand Hell. Possession et chamanisme. Les maîtres du désordre. Champs Flammarion. Paris. 1999. Cf également Roberte Hamayon. La chasse à l'âme. Esquisse d'une théorie du chamanisme à partir d'exemples

sibériens. Société d'ethnologie. Nanterre. 1990.

34 La naissance du royaume de Shilla fut longtemps mystérieuse parce que ce qui est dit dans les documents historiques et ce qui est prouvé par les fouilles archéologiques discordaient. Dans le recueil de légendes, contes et faits historiques des Trois Royaumes, la naissance de Bak Hyeokgeose, le roi fondateur du royaume de Shilla, serait né en 69 av.J.-C. d'un œuf violet et aurait régné de 57 av.J.-C. à l'an 4 ap. J.-C. Il a épousé Al-yeong, une femme sortie du ventre d'un dragon et est l'ancêtre de tous les Park de Corée.

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le nord du pays plusieurs Etats se partagent alors le territoire. A côté des commanderies chinoises dont il a été question, les royaumes de Yemaek, Okcheo et des Ye orientaux occupaient le nord-ouest du pays. A l'extrême nord dans le bassin du Soungari, le royaume du Buyeo était connu des chinois, dès le IVème siècle av.J.-C., comme une menace . C'est une bande d'exilés de ce royaume qui fonde, en -37, le royaume de Goguryeo dans les bassins du Yalu et du Tongjia, sur le territoire Yemaek.

Paekche, Silla, Goguryeo, voilà fondés les trois royaumes qui ont donné leurs noms à cette période de l'histoire coréenne qui va du Ier siècle av.J.-C. au VIIè siècle. Mais la situation est en fait plus complexe et ces trois royaumes ne se partageront des territoires qu'après des siècles de lutte.

Goguryeo est le royaume qui va croître le plus vite et de la manière la plus spectaculaire . Ce royaume tout entier consacré à la guerre du fait de sa position va d'abord intégrer les territoires Ye orientaux et Okjeon, deux royaumes qui ne s'étaient jamais réellement développés. En 313, Goguryeo absorbe la commanderie de Lolang. A cette époque, l'ancien royaume de Buyeo, devenu depuis son protégé, tombe sous les attaques chinoises et est finalement absorbé par Goguryeo.

A la fin du IVème siècle, le royaume de Goguryeo est un territoire immense couvrant la Mandchourie et le nord de la Corée actuelle. A la même époque, Baekje détruit Manhan en 369 et occupe les anciens territoires de Pyeonhan. Silla occupe la partie sud-est de la péninsule. Mais en même temps, au sud, entre Baekje et Silla, un quatrième royaume leur dispute la suprématie: Gaya. Il s'agit en fait d'une confédération de cités Etats (Bon Gaya, Dae Gaya) qui n'aura jamais le statut d'un Etat centralisé.

La Corée reste cependant sous influence chinoise, notamment par le biais de quatre commanderies installées sur leur territoire. La Chine fait également sentir son influence dans les systèmes de pensée. Le confucianisme pénètre la haute société coréenne (tous les royaumes gardant la même culture) à partir du Ier siècle ap.J-C. Le confucianisme est l'une des plus grandes écoles philosophiques, morales, politiques et dans une moindre mesure religieuse de la Chine. Elle s'est développée pendant plus de deux millénaires à partir de l'oeuvre attribuée au philosophe Kongfuzi, connu en Occident sous le nom latinisé de Confucius. Après avoir été confrontée aux écoles de pensées concurrentes pendant la Période des Royaumes combattants et violemment combattue sous le règne de Qin Shi Huang, fondateur du premier empire, elle fut imposée par l'empereur Han Wudi en tant que doctrine d'Etat et l'est restée jusqu'à la fondation de la République de Chine en 1911. Elle a aussi eu toute sa place au Vietnam, en Corée et au Japon où elle a été adaptée aux circonstances locales. L'influence de Confucius en Asie orientale est telle qu'on peut

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la comparer à celles de Platon et de Jésus en Occident. Il n'est pas le fondateur d'une religion, mais a créé avec ses disciples, sur la base de la pensée de son époque, un système rituel achevé et une doctrine à la fois sociale et morale, capable de remédier selon lui à la décadence spirituelle de la Chine de l'époque35. Le bouddhisme36 est

cependant la première religion en Corée.

La disparition de l'empire Han37 au début du IIIème siècle permet un plus grand

développement des trois royaumes.

Koguryeo, le plus grand des trois royaumes qui occupe le nord de la péninsule, a plusieurs capitales au cours de son histoire qui dure du Ier siècle av.J.-C. au VIIème siècle après J.-C., dont Nangnang près de l'actuelle Pyongyang, et Kungnaesong sur le fleuve Amnok. Au départ fédération frontalière de la Chine, il conquiert de vastes territoires en Mandchourie et dans l'actuel Extrême-Orient russe et chasse définitivement les chinois de Nangnang en 313. La principale caractéristique de ce royaume est la prépondérance de l'activité militaire : il ne cessa de harceler soit les commanderies chinoises, soit les voisins du sud. L'influence culturelle des chinois reste toutefois importante puisque le bouddhisme fut adopté comme religion officielle en 372. Le confucianisme lui aussi venu de Chine remplaça même le chamanisme. Le nom moderne de Corée dérive du nom de ce royaume, qui a toujours été vu comme coréen par les coréens, et étranger par les chinois. Cependant il se pourrait que ce royaume ait été plus proche de la culture chinoise que coréenne, c'est du moins ce que suggèrent les historiens chinois, mais cette vision est contestée par les coréens.

Au IVème siècle Paektche connaît une grande prospérité notamment grâce à l'adoption de la culture et des techniques chinoises et domine la quasi-totalité de la moitié sud de la péninsule, ainsi qu'une partie de la Chine. Il fut détruit par une alliance entre l'empire chinois des Tang et le royaume de Silla en 660 et annexé par ce dernier.

Renommé Silla en 503, le royaume de Saro absorbe tous les Etats Gaya (cités fortifiées) de son voisinage dans la première moitié du Vème siècle. Sa capitale était

35 Cf. L'Encyclopédie des Religions de Gerhard J. Bellinger.

36 Le bouddhisme est une religion ou une philosophie dont les origines remontent en Inde au Vème siècle av.J.-C. à la suite de l'éveil de Siddharta Gautama et de son enseignement. Bien que le bouddhisme soit communément perçu comme une religion sans dieu, que la notion d'un dieu créateur soit absente de la plupart des formes de bouddhisme, la vénération et le culte du Bouddha historique en tant que Bhagavat joue un rôle important dans le Mahayana qui lui donne un statut de quasi-dieu contribuant à brouiller les notions de dieu et de divinité dans le bouddhisme. 37 La dynastie Han régna sur la Chine de 206 av.J.-C. à 220 ap.J.-C . Elle succéda à la dynastie Qin et fut suivie par la

période des Trois Royaumes en Corée. Les quatre siècles de domination de la dynastie Han sont généralement considérés comme un des âges d'or de l'histoire de la Chine. Jusqu'à aujourd'hui, le groupe ethnique majoritaire du pays se désigne lui-même comme étant le « peuple Han ». L'anthropologue Dru C. Gladney indique qu'il existe au sein de la population han une diversité notamment dans les populations du sud. Ainsi, la majorité han est composée de locuteurs de huit langues différentes. La réussite économique du sud de la Chine autorise les chinois de ces territoires à exprimer et assumer leurs particularités politiques et culturelles. Cf. Cent façons ou presque d'être

chinois. Le Courrier International. 1er août 2009.

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Kyongju. Le bouddhisme devient dans cette région religion officielle en 528.

Allié à la Chine des Tang38, Silla annexe Koguryeo en 668 après avoir fait la conquête

de Paektche en 660, ce qui donne naissance à la période unifiée du royaume de Silla. SECTION IV LA SOCIETE BALHAE

Balhae (698-926) est le nom d'un ancien royaume multi-ethnique fondé après la chute du royaume coréen de Goguryeo. Après que la capitale et les territoires méridionaux de Gogureyo furent tombé aux mains de Silla, Dae Jo-yeong, un ancien général du Goguryeo d'origine Mohe, fonda le royaume de Jin (Zhen en chinois), qui prit ensuite le nom de Balhae, en unissant les divers élements d'origine ethnique Mohe et Goguryeo.

Le royaume de Balhae occupait le sud de la Mandchourie, la ville du kraï du Primorie39 en Russie et le nord de l'actuelle RPDC. Il fut détruit par les Khitans en

926, la plupart de son territoire passant aux mains de la Chine de la dynastie Liao, le reste étant récupéré par le régime de Koryo. Le royaume de Balhae fut le dernier Etat de l'histoire coréenne à tenir un territoire important dans la Mandchourie et c'est pour cela que bien plus tard encore les dynasties coréennes continuaient à se considérer comme les successeurs du Goguryo et du Balhae.

La plus ancienne mention de Balhae provient du livre des Tang, qui a été compilé entre 941 et 945. La chute de Goguryeo en 668 face aux forces de Silla et de la dynastie Tang, a permis aux Tang d'annexer une grande partie de la Mandchourie occidentale, et à Silla d'unifier la péninsule coréenne au sud de la rivière Taedong. Le nouveau livre des Tang, décrit le fondateur de Balhae comme étant Dae Jo-yeong, un ancien général de Goguryeo.

Le second roi Mu qui régna de 719 à 737, se sentant encerclé par la dynastie Tang, Silla et les Mohe de la rivière Amour, attaquèrent avec succès les Tang avec sa flotte en 732, dans la péninsule du Shandong, avant qu'une entente soit mise en place entre les Tang et Balhae, avec une reprise des tributs40 envers les Tang. Le Balhae envoya

également une mission diplomatique au Japon en 728, pour menacer Silla par le sud-est, tout en maintenant des contacts diplomatiques et commerciaux avec le Japon jusqu'à la fin du royaume de Balhae. Ainsi Balhae envoya 34 fois des émissaires au

38 La dynastie des Tang est la treizième dynastie chinoise.

39 Le Kraï du Primorie est un sujet fédéral de Russie situé à l'extrême sud de l'Extrême-Orient russe donnant sur la mer du Japon (mer de l'Est) et confine avec la Chine et la RPDC dont la ville principale est Vladivostok.

40 Un tribut est une contribution périodique qu'une partie donne à une autre en signe de soumission ou d'allégeance. Le tribut peut être constitué de biens de valeurs, de production agricole ou de monnaies pendant les périodes historiques durant lesquelles la monnaie existe. Voir les définitions lexicographiques et étymologiques du mot « tribut » du Trésor de la langue française informatisé, sur le site du Centre nationale de ressources textuelles et radicales.

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Japon et en retour le Japon envoya 13 fois des émissaires au Balhae.

Le troisième roi Mun qui régna de 737 à 793 élargit le territoire de Balhae dans la vallée de l'Amour et vers la péninsule du Liaodong. Durant son règne, une route commerciale avec Silla fut créée, appelée Sillado. Mun déplaça la capitale du royaume plusieurs fois. Il établi ainsi vers 755 Sanggyeong, une capitale permanente, près du lac Jingpo dans le sud de la province actuelle chinoise du Heilongjiang. Cela permit temporairement une certaine stabilisation et centralisation des diverses tribus du royaume. Ce troisième roi autorisa également la création du Jujagam, l'académie nationale, basée sur le modèle de l'académie chinoise de l'époque le Guozijian.

Le dixième roi Seon régna de 818 à 830 en menant de nombreuses campagnes qui aboutirent à l'absorption de nombreuses tribus , Mohe au nord, et Goguryo au sud-est, ainsi que dans la péninsule du Liaodong. Il obligea même le royaume de Silla à construire un mur défensif en 721.

Les historiens ont longtemps pensé que les conflits ethniques entre les coréens et les Mohe ont affaibli le royaume. Une étude récente suggère que la chute de Balhae fut due à l'éruption au Xe siècle du mont Paektu situé au centre du territoire de Balhae . Le mont Paektu a encore, avec le lac du paradis, l'une des plus grandes caldeira41 du

monde. Cette explosion créa d'énormes quantités de cendres volcaniques, ce qui limita l'agriculture et fragilisa l'ensemble de la société.

Le Balhae serait finalement tombé sous les coups des Khitans qui devinrent une puissance émergente dans la région du Liaoxi. Après avoir détruit Balhae en 926, les Khitans mirent en place un gouvernement « fantoche » en 926, le Dongdan, sur une large partie des anciens territoires de Balhae, mais qui fut rapidement annexée par le Liao en 936.

A partir de 927, de nombreuses rébellions se déclenchent, mais seulement quatre de ces rébellions réussissent à établir des royaumes : celui du Balhae postérieur, de Jeong-an, de Heung-yo et de Daewon. Si ces royaumes purent temporairement chasser les Khitans, ils furent cependant tous réunis ultérieurement par les Liao.

Si certains aristocrates Balhae allèrent à Liaoyang, le territoire du Balhae resta en majorité de la même population. Une partie de la population cependant, près d'un million, fuit en direction du Goryeo, menée par le dernier prince héritier Dae Gwang-hyeon après une révolte ratée en 934.

Les Khitans succombèrent à leur tour aux Jurchen, qui fondèrent la dynastie des Jin .

41 Une caldeira est une vaste dépression circulaire ou elliptique, généralement d'ordre kilométrique, souvent à fond plat, située au cœur de certains grands édifices volcaniques, et résultant d'une éruption qui vide la chambre magnétique sous-jacente. Cf. Fernand Joly. Glossaire de Géomorphologie. éd. A. Colin. 1997, 325 p.

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Le recensement du XIIIème siècle du nord de la Chine par les mongols distinguait encore les Balhae des autres groupes ethniques tels que les Goryo, les Khitans et les Jurchen. Cela peut laisser penser que le peuple de Balhae conservait une partie de son identité même après la conquête de leur royaume.

La population du Balhae était constituée essentiellement de celle du Goguryeo avec donc plusieurs peuples toungouses en Mandchourie, dont les Mohe étaient les plus importants représentants. Le Mohe constituait cependant un peuple soumis, beaucoup avaient le statut d'esclaves, et la majeure partie constituait les basses classes de l'Etat. Il y a eu néanmoins quelques cas d'ascension sociale parmi les Mohe tels que les adeptes de Geolsa Biu .

Balhae était une société culturellement avancée et décrite par des officiels chinois comme la « terre florissante de l'Est ». Le gouvernement comportait trois chancelleries et six ministères. Si la structure politique du Balhae était fondée sur le modèle chinois, il y avait tout de même des différences avec l'administration Tang. Le « Taenaesang » appelé aussi « le grand ministre » était supérieur aux deux autres chancelleries (de la gauche et de la droite) et son système de cinq capitales provenait de la structure administrative du Goguryeo. Le Balhae, comme le royaume de Silla envoyait de nombreux étudiants en Chine pour l'obtention de diplômes.

La capitale Sanggyong était organisée de la même manière que Xi'an la capitale des Tang, les secteurs résidentiels étaient situés ainsi de chaque côté du palais qui était entouré d'un mur rectangulaire.

Les origines principales de la culture du Balhae provenait du Goguryeo . Des ondol ont été découverts dans les temples de Balhae. Une des sources importantes sur l'art et la culture du Balhae a été découverte à la fin du XXème siècle : on a découvert d'anciennes tombes dans les monts Longtou42, en particulier celui du mausolée de la

princesse Jeonghyo.

SECTION V LA SOCIETE SILLA

Le royaume de Saro naît au Ier siècle av.J.-C. et abandonne son nom de royaume de Saro pour celui de Silla au début du Vème siècle. De taille réduite, il réussit à s'imposer face à ses voisins et à les conquérir les uns après les autres (Kaya, Paekche

42 Les monts Longtou appartiennent à présent à la préfecture chinoise autonome coréenne de Yanbian. On y trouve les anciennes tombes Longtou qui sont un groupe de douze tombes royales du royaume de Balhae. Elles se trouvent à Helong. La plus célèbre de ces tombes est le mausolée de le princesse Jeonghyo. Les tombes sont groupées à l'intérieur d'un cercle de près de 500 mètres de diamètre dans trois zones différentes : celle du lac du dragon, celle de la mer du dragon, et celle du royaume de pierre. Les murs, en particulier les fresques ont été recouvertes d'un produit pour lutter contre la corrosion. Ce site est inscrit dans la liste des monuments de la République populaire de Chine depuis 1988.

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