Interroger la base de preuves sur la localisation humanitaire
Une étude de la littérature
Veronique Barbelet, Gemma Davies, Josie Flint et Eleanor Davey
Juin 2021
ressource originale sur le site Web de l’ODI. Les opinions présentées dans cet article sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement les opinions de l’ODI ou de nos partenaires.
Ce travail est sous licence CC BY-NC-ND 4.0.
Format des citations de bibliographie : Barbelet, V., Davies, G., Flint, J. et Davey, E. (2021) Interroger la base de preuves sur la localisation humanitaire : une étude de la littérature. Revue documentaire de l’HPG. Londres : ODI (https://odi.org/en/publications/interrogating-the-evidence- base-on-humanitarian-localisation-a-literature-study).
Le présent document PDF a été préparé conformément aux bonnes pratiques en matière d’accessibilité.
L’équipe de recherche tient à remercier Johanneke de Hoogh et Charlotte van Eijk du
département d’évaluation des politiques et des opérations (IOB) du ministère néerlandais des Affaires étrangères pour leur soutien et leur excellente collaboration à ce compte-rendu. L’équipe de recherche tient également à remercier le groupe de référence pour ses commentaires sur le compte-rendu. Nous tenons à remercier tout particulièrement Saeed Ullah Khan de GLOW Consultants pour ses commentaires constructifs et utiles sur le compte-rendu. L’équipe de recherche est également reconnaissante à Sarah Phillips (coordinatrice des revues de l’ODI) pour son aide dans la recherche d’articles de revues. Nos collègues Kate Sutton (Groupe chargé des politiques humanitaires (HAG)) et Sorcha O’Callaghan (Groupe chargé des politiques humanitaires (HPG)) ont fourni une aide précieuse lors de la finalisation du présent compte- rendu. L’étude n’aurait pas pu être conclue sans le soutien de l’équipe fantastique chez HPG et HAG, notamment Laura Mertsching (responsable de programme), Marta Lopez (responsable de programme), Kelly Nichols (facilitatrice opérations et administrations chez HAG), Katie Forsythe (éditrice) et Hannah Bass (publications).
La présente étude a été mandatée et financée par le département d’évaluation des politiques et des opérations (IOB) du ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas. Les opinions exprimées dans ce compte-rendu sont celles des auteurs et ne sont pas nécessairement partagées par le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas ou les évaluateurs.
À propos des auteurs
Véronique Barbelet est chercheuse principale au Groupe chargé des politiques humanitaires (HPG).
Gemma Davies is Senior Research Fellow at HPG.
Josie Flint is Executive at HAG.
Eleanor Davey est éditrice chez HAG.
Remerciements / 3
Liste des encadrés et des figures / 6 Acronymes / 7
Résumé / 9 Introduction / 9
Que nous dit la littérature ? / 9 Obstacles basés sur la perception / 11
Recommandations stratégiques prioritaires pour les donateurs / 12 1 Introduction / 16
1.1 Contexte / 16 1.2 Cadre / 16
1.3 Méthodologie / 17
1.4 Restrictions générales / 18
2 Aperçu de la documentation et des preuves sur la localisation / 20 2.1 Aperçu de la documentation sur la localisation / 20
2.2 La nature des preuves sur la localisation / 23 2.3 Le défi de remédier aux lacunes / 24
3 Localisation : compréhension, mesures et approches / 25 3.1 L’apparition du programme de localisation / 25
3.2 Compréhension de la localisation / 26 3.3 Efforts de mesure / 29
3.4 Efforts et stratégies de localisation / 32 3.5 Conclusion / 43
4 Implication et impact sur la qualité et la valeur pour l’argent destiné à l’action humanitaire et revenus / 44
4.1 Impact et qualité / 44
4.2 Retour sur investissement / 45
4.3 Le rôle de la localisation dans le renforcement de l’interconnexion humanitaire- développement-paix / 46
4.4 Conclusion, limites et manques de preuves / 48
5.3 Covid-19 / 51
5.4 Leadership: les donateurs, gouvernements et d’autres / 52 5.5 Les engagements Grand Bargain / 53
5.6 Conclusion, limites et manques de preuves / 53 6 Défis, risques et obstacles à la localisation / 54
6.1 Gestion des risques et responsabilisation ascendante / 54 6.2 Transfert et partage des risques / 56
6.3 Quantité et qualité du financement, stratégies de limitation des risques / 57 6.4 Action humanitaire raisonnée / 60
6.5 Confiance / 62
6.6 Capacités: lacunes, perceptions et renforcement / 63
6.7 Les dynamiques de pouvoir et l’auto-préservation des acteurs internationaux / 64 6.8 Conclusion, limites et manques de preuves / 67
7 Le rôle des donateurs et des acteurs diplomatiques dans la promotion d’une intervention humanitaire efficace par une action humanitaire plus locale. / 69
7.1 Recommandation stratégique 1 : Les approches des donateurs collectifs / 71 7.2 Recommandations stratégiques 2 : Partager les risques / 72
7.3 Recommandation stratégique 3 : Partenariats équitables et éthiques / 73 7.4 Recommandation stratégique 4 : Qualité et quantité des financements / 73 7.5 Recommandations stratégiques 5 : Partage des capacités / 74
7.6 Recommandation stratégique n°6 : Associer la localisation avec le lien humanitaire–
développement–paix / 75
7.7 Recommandation stratégique n° 7 : Recueillir des preuves, évaluer l'impact et remodeler le programme de recherche sur la localisation / 76
Références / 77
Annexe 1 Recommandations générales trouvées dans la littérature de localisation / 87 Financement : accroître l'accès à des financements de qualité pour les acteurs locaux pour rééquilibrer les dynamiques de pouvoir. / 87
Gestion de risque: partager le risque et harmoniser et réduire les exigences de conformité / 88 Partenariats: s’assurer de partenariats équitables / 89
Renforcement de capacités: améliorer, coordonner et soutenir le renforcement systématique des capacités / 90
Mettre l‘accent sur les dynamiques puissantes / 91 Recommandations pour relever des manquements / 91 Autres recommandations / 92
Encadrés
Encadré 1 Sujets de recherche supplémentaires / 17 Encadré 2 Qui ou qu’est-ce qui est local? / 28
Encadré 3 Réseaux organisationnels et localisation / 34
Encadré 4 La stratégie de la Dutch Relief Alliance 2018 – 2021 / 37 Encadré 5 Les mécanismes du financement commun / 39
Encadré 6 Partenariats long-terme et capacité de renforcement / 42 Encadré 7 Adaptabilité aux populations affectées / 45
Encadré 8 Financement humanitaire pluriannuel et interconnexion / 47
Encadré 9 la complémentarité novatrice dans une situation de non accès pour les acteurs internationaux / 50
Encadré 10 Confiance et accès humanitaire / 63
Figures
Figure 1 Résumé de la documentation révisée / 21 Figure 2 Cadre de mesure de la localisation / 31
3RP Plan régional pour les réfugiés et la résilience
ALNAP Réseau d’apprentissage pour la responsabilisation et l’efficacité ARC Croix Rouge Australienne
C4C Charte pour le changement CBO organisation communautaire
CBPF fonds de financement commun pour les pays CHS Norme humanitaire fondamentale
CSO organisation de société civile DRA Alliance néerlandaise de secours
DREF Fonds d’urgence pour les secours en cas de catastrophe
ELNHA Renforcement de l’autonomie des acteurs humanitaires locaux et nationaux FICR Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge
FTS Service de suivi financier GB Grand Bargain
GTS Ground Truth Solutions
HAG Groupe consultatif sur les questions humanitaires HPG Groupe chargé des politiques humanitaires
HRGF Organisme de subventions pour les interventions humanitaires HRP Plan d’intervention humanitaire
ICVA Conseil International des Agences Volontaires
IOB Département d’évaluation des politiques et des opérations du ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas
IRC International Rescue Committee JRP Plan d’intervention Jordanie LCRP Plan de réponse de crise Liban
LIFT Fonds pour les moyens de subsistance et la sécurité alimentaire LSESD Société libanaise pour le développement éducatif et social M&E surveillance et évaluation
NEAR Réseau pour une réponse d’aide autonome
NIRAPAD Réseaux pour les activités d’information, de réaction et de préparation en cas de catastrophe
Comité d’assistance au développement OMS Organisation mondiale de la Santé ONG organisation non gouvernementale
ONGI organisation internationale non gouvernementale ONU Organisation des Nations Unies
PIANGO Association des organisations non gouvernementale des îles du Pacifique PoP Principes des partenariats
RDC République démocratique du Congo
SAFER Fond d’aide partagée pour l’intervention d’urgence SDC Agence suisse pour la coopération et le développement
STRIDE Renforcement de la capacité de réaction et développement institutionnel pour l’excellence
UE Union européenne
UNDP Programme de développement des Nations Unies UNHCR Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés UNICEF Fonds des Nations Unies pour l’enfance
VANGO Association des organisations non gouvernementale de Vanuatu VfM rapport qualité-prix
WHS Sommet mondial sur l’action humanitaire
Résumé
Introduction
Comprendre l'impact de la « localisation » sur le renforcement des réponses efficaces et efficientes aux crises humanitaires continue d'être une préoccupation politique et pratique clé pour les donateurs et le secteur au sens large. Le Sommet mondial sur l’action humanitaire (WHS) de 2016 a catalysé une série d'engagements visant à renforcer l'action humanitaire locale, notamment ceux pris via le Grand Bargain. Les critiques d'un système humanitaire « en panne » dominé par des acteurs internationaux ont conduit à des engagements destinés à apporter un changement transformationnel. Ceux-ci comprenaient des promesses de remédier aux inégalités dans le système, telles que la reconnaissance inéquitable accordée aux acteurs locaux malgré leur rôle de première ligne dans les réponses
humanitaires.
Ce rapport présente les conclusions d'une revue documentaire sur la localisation commanditée par le département d'évaluation du Ministère des affaires étrangères des Pays-Bas. Il répond à la question : « quelle valeur ajoutée la localisation apporte-t-elle dans la poursuite des objectifs de la politique néerlandaise et quels sont les moyens efficaces pour les Pays-Bas en tant que donateur et acteur diplomatique de promouvoir la localisation ? » En tant que telle, la revue documentaire a nécessité de se concentrer sur l'évaluation plus technique de l'impact de la localisation, tout en fournissant en même temps une évaluation critique de cet objectif. La tendance vers des réponses plus locales est maintenant connue sous le nom de « localisation », un terme qui a été critiqué et rejeté par beaucoup.
Par nécessité, ce rapport utilise le terme « localisation » comme raccourci, tout en reconnaissant que cette terminologie est problématique et peut avoir des conséquences négatives (voir chapitre 3).
Que nous dit la littérature ?
Des déséquilibres de pouvoir continus dans la conduite du changement
Le Sommet mondial sur l’action humanitaire (WHS) a souligné que la distribution persistante et injuste du pouvoir maintient les communautés et les organisations les plus touchées par les crises les plus éloignées de la prise de décision sur la manière de réagir. Une partie importante de la littérature considère la localisation comme un moyen de repenser le secteur humanitaire de bas en haut, soulignant l'importance d'un leadership et d'une prestation accrus par les acteurs locaux et nationaux.
Cependant, l'analyse des discours et des pratiques de localisation met en évidence des incitations perverses et des impacts négatifs (voir les chapitres 3 et 6), reflétant les préoccupations concernant les motivations à faire avancer le programme de localisation, les critiques des héritages coloniaux et les inégalités persistantes au sein du système humanitaire. On craint que la construction du discours de localisation continue de placer les acteurs internationaux au centre, que les débats sur la localisation continuent d'être portés par des acteurs internationaux et que peu d'attention
soit accordée au rôle des acteurs locaux dans la transformation des normes et des pratiques. Elle est également perçue comme étant utilisée par certains pour éviter les conversations difficiles sur le pouvoir et la discrimination. En tant que tel, le discours dominant sur la localisation est perçu comme contre-productif à un changement significatif.
Manque de preuves de l'effet de la localisation sur l'impact et la qualité
Il existe des hypothèses selon lesquelles la localisation améliorera la qualité et l'impact des réponses humanitaires. Cependant, très peu de preuves généralisables ont testé ces hypothèses (voir le chapitre 4). Le succès de la localisation, tel qu'énoncé dans le Grand Bargain, s'est concentré sur le suivi des progrès des engagements à soutenir l'acte de localiser les réponses humanitaires plutôt que sur les avantages des réponses localisées pour les personnes en situation de crise.
La littérature n'a pas mis l'accent sur l'évaluation de l'impact de la localisation en termes de qualité, d'efficience et d'efficacité des réponses humanitaires et des résultats pour les personnes en situation de crise. De plus, rien ne prouve qu'une analyse complète de l'optimisation des ressources liée à la localisation ait été réalisée. Les perceptions des populations touchées sur les différents rôles des acteurs internationaux et locaux dans la fourniture d'une aide humanitaire appropriée n'ont pas été correctement évaluées. Il existe une opportunité de renforcer la redevabilité envers les personnes touchées par la crise grâce à la localisation, plutôt que de traiter les deux problèmes comme des exigences distinctes du système humanitaire. Bien que cela n'a pas été documenté de manière exhaustive ou cohérente, il existe toujours des preuves anecdotiques et des opinions bien arrêtées selon lesquelles la localisation peut avoir un impact accru dans un certain nombre de domaines, ce qui constitue une base solide pour une exploration plus poussée ou une validation.
Les moteurs de la localisation
Les motivations pour des réponses plus localisées ont tendance à être liées à ce qui est perçu comme les avantages possibles de la localisation pour améliorer la qualité des réponses humanitaires (voir chapitre 5). La littérature met particulièrement en évidence la résilience, la durabilité et les liens avec le développement, la rapidité et l'amélioration de la redevabilité envers les personnes touchées et des coûts inférieurs et une meilleure rentabilité. Cependant, il n'y a que des preuves limitées que les engagements du Grand Bargain sur la localisation entraînent des changements au niveau des pays.
En fin de compte, la pratique n'a pas changé de manière significative pour voir plus de pouvoir et de ressources aller aux acteurs locaux.
Le désir d'accroître la portée des réponses humanitaires et d'en assurer l'accès a aussi grandement contribué à faire avancer la localisation. Lorsque les acteurs internationaux sont incapables d'accéder aux populations et vice versa, les acteurs locaux sont mis en avant comme un moyen d'augmenter la couverture et la portée. Bien que cela ait été noté dans les situations de conflit, avec des
préoccupations en la matière concernant le transfert des risques de sécurité aux acteurs locaux, ainsi que des préoccupations concernant les risques posés par le travail avec les acteurs locaux, le débat
sur l'accès a été relancé par le Covid-19 alors que la pandémie mondiale a réduit l'accès, la présence et la proximité des acteurs internationaux à ceux qui ont besoin d'assistance. Certains soutiennent que la pandémie a le potentiel d'accélérer la localisation dans le secteur humanitaire.
Le leadership joue également un rôle essentiel. Le leadership des gouvernements nationaux des pays touchés par la crise est également considéré comme un moteur de la localisation, certains l'ayant imposer récemment dans la réponse aux catastrophes. Là où cela ne s'est pas encore produit, la littérature souligne la nécessité d'un leadership sur la localisation de la part des acteurs internationaux. Le leadership des donateurs est également considéré comme un facteur essentiel pour faire avancer la localisation.
Obstacles basés sur la perception
Les preuves sur les obstacles à la localisation sont principalement basées sur la perception, mais ont créé un fort consensus dans la littérature (voir le chapitre 6). Bien que cela n'empêche pas les efforts de localisation, cela affecte les conditions dans lesquelles ces efforts ont lieu. Les questions abordées comprennent les perceptions et les attitudes vis-à-vis des risques fiduciaires, juridiques, de réputation et de sécurité posées par le travail avec les acteurs locaux, les perceptions des capacités et le renforcement des capacités et la capacité perçue des acteurs locaux à défendre les principes humanitaires. De telles perceptions façonnent et interagissent avec des problèmes tels que le manque de confiance entre les acteurs internationaux et locaux, la nature des partenariats, la qualité et la quantité du financement, l'auto-préservation des internationaux et, fondamentalement, la dynamique du pouvoir entre les différents acteurs.
Les problèmes de risque et de gestion des risques font partie de ceux qui restent principalement basés sur la perception et l'attitude, avec une incertitude quant à la probabilité que ces risques puissent se jouer différemment. La littérature montre que les hypothèses sur le risque et la localisation ne sont pas fondées sur des preuves empiriques et que la réorientation vers un modèle de partage des risques, y compris l'acceptation de niveaux acceptables de risque résiduel, présente des avantages.
Lorsque des risques sont identifiés, il existe peu de preuves suggérant que les donateurs et les intermédiaires internationaux ont été disposés à soutenir des mesures d'atténuation efficaces, telles que le financement des frais généraux (y compris pour la gestion de la sécurité, les systèmes de gestion financière et les ressources humaines) pour atteindre le seuil de risque des donateurs .
À leur tour, les perceptions et les approches de la gestion des risques ont un impact sur les modèles de partenariat. La littérature se focalise principalement sur les risques pour les acteurs internationaux lors de partenariats avec des acteurs locaux, plutôt que l'inverse, soulevant des problèmes de
déséquilibres de pouvoir. De même, les approches de renforcement des capacités renforcent davantage cette dynamique de pouvoir : malgré l'évolution vers des approches plus soutenues et participatives, les exigences en matière de renforcement des capacités sont encore largement identifiées par les organisations internationales et se concentrent principalement sur la capacité organisationnelle des acteurs locaux et leur capacité à répondre aux exigences des donateurs.
Ces obstacles sont mis en évidence à plusieurs reprises par la documentation systématique des attitudes des acteurs internationaux envers les acteurs locaux et leurs capacités, ainsi que la
frustration des acteurs locaux face à la lenteur des progrès. Les attitudes des acteurs internationaux et leurs perceptions des obstacles créent une image claire et factuelle pour comprendre pourquoi le changement ne se produit pas à plus grande échelle. Le manque de preuves plus systématiques sur la valeur ajoutée de l'action humanitaire locale, le leadership local et la complémentarité, c'est-à-dire le manque de preuves sur l'impact de la qualité de la réponse humanitaire, comme souligné ci-dessus, a également sapé les efforts de plaidoyer et les politiques fondées sur des preuves. Placer le fardeau de la preuve sur les acteurs locaux, plutôt que sur les acteurs internationaux, pour prouver qu'ils sont mieux placés pour répondre à la crise a entravé l'investissement dans la localisation et l'élan pour le changement, fournissant un autre exemple de la façon dont l’auto-préservation et la dynamique du pouvoir sont profondément ancrées dans le système humanitaire. Les preuves de la performance des acteurs locaux se focalisent presque uniquement sur la conformité financière et la gestion des risques par opposition à l'impact. Enfin, le changement de la politique fondé sur des preuves a été critiqué comme une approche technocratique de la localisation, que beaucoup considèrent comme normatif, éthique et politique impérative.
Recommandations stratégiques prioritaires pour les donateurs
La documentation rappelle constamment aux donateurs leur rôle essentiel dans la création de règles et de mesures incitatives efficaces afin de soutenir la localisation. Cependant, elle indique aussi un manque d’orientation claire, stratégique et politique, de la plupart des donateurs en ce qui concerne la localisation. Par ailleurs, les recommandations existantes destinées aux donateurs et aux autres acteurs sont basées sur les bonnes pratiques et les indications émergentes qui restent encore à être mises en place à grande échelle ou de façon systématique.
Les recommandations stratégiques prioritaires ci-dessous s’appuient sur les résultats de l’examen de cette documentation ainsi que sur les recommandations actuelles dans la documentation concernant la localisation, adaptées dans le domaine du possible au sein du système actuel et des contraintes auxquelles doivent faire face les donateurs. Toutefois, le partisans de la localisation demandent un changement plus radical dans le rôle des personnes affectées par les crises, non seulement en tant que bénéficiaires d’aide mais aussi comme les acteurs prenant part à l’aide et trouvant des solutions locales à des crises locales. Afin de pleinement satisfaire à la demande d’action et de direction humanitaires, il est nécessaire de changer tout le système. Cela commence avec des systèmes locaux d’intervention, des compétences et des expertises locales, des directions et des solutions locales, et se tourne vers les acteurs régionaux et internationaux pour compléter et soutenir l’aide locale, le financement et le renforcement des compétences selon les besoins déterminés par les intervenants. Néanmoins, il existe très peu de preuves généralisables et empiriques sur la façon de changer le système en un modèle ascendant d’aide local, qui nécessite une forte volonté politique chez tous les donateurs et les acteurs humanitaires. Le chapitre 7 du rapport approfondit ces recommandations ainsi que les approches pour les mettre en œuvre.
Recommandation stratégique 1 : Travailler conjointement avec les autres donateurs – par exemple avec le groupe des bonnes pratiques des bailleurs de fonds humanitaires (GHD) ou
l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) – afin de développer une vision commune. Tester différentes approches collectives pour motiver les partenaires, notamment les agences des Nations Unies, afin de changer leurs pratiques.
Les preuves indiquent que les approches stratégiques ont leur limite lorsqu’il s’agit de concevoir et de mettre en œuvre les moyens de renforcer la localisation dans la politique et la pratique des donateurs.
Cette recommandation peut être réalisée de façons suivantes (voir les détails dans la Partie 7.1) :
• faire que les donateurs travaillent ensemble pour mettre au point des approches stratégiques ; faire que les donateurs individuels s’assurent que ces stratégies sont incluses dans tous les dossiers ;
• par la création d’avantages par des intermédiaires valorisants pour leur pratiques de partenariat, pour leur diffusion d’un financement de qualité aux acteurs locaux, pour leur partage des risques et leur investissement dans le renforcement des compétences de manière ascendante et coordonnée ;
• faire que les donateurs utilisent ensemble leurs pouvoirs diplomatiques pour influencer les agences de L’ONU et d’autres acteurs internationaux en demandant plus de transparence et par le contrôle et l’évaluation des pratiques de financement et de partenariat ;
• s’assurer que les exigences dans les accords de subventions amélioreront les conditions de partenariat du point de vue des acteurs locaux;
• soutenir les stratégies de localisation nationale.
Recommandation stratégique 2 : Créer un programme de partage des risques et harmoniser le principe de précaution, les exigences de conformité et de contrôle pour tous les donateurs.
Les preuves montrent qu’une série d’hypothèses concernant les risques et la localisation n’ont pas de fondement empirique et que réorienter les approches anciennes pour aborder les risques vers un modèle de partage des risques présente des avantages. Ceci demande un consensus sur l’interprétation de la tolérance zéro et des risques résiduels lorsque le partage des risques est envisagé, avec l’accord de ce qui est un niveau acceptable de risque résiduel.
Cette recommandation peut être réalisée de façons suivantes (voir les détails dans la Partie 7.2) :
• participer à un dialogue franc à un niveau politique élevé sur la tolérance zéro aux risques et les niveaux acceptables de risques résiduels;
• créer un programme commun de partage des risques pour tous les donateurs, harmoniser les exigences de principe de précaution et de rapport ;
• s’assurer que l’analyse et la gestion des risques sont menées conjointement avec les partenaires locaux;
• associer explicitement les approches de partage des risques au financement de qualité, y compris par la mise à disposition de financement suffisant pour les frais généraux et s’assurer que les intermédiaires transmettent le financement des frais généraux.
Recommandation stratégique 3 : Soutenir et investir dans le développement des partenariats durables, éthiques et de qualité entre les acteurs internationaux et locaux fondé sur le principe de complémentarité.
Les preuves révèlent que plusieurs initiatives et efforts montrent les avantages d’investissements à long terme, des partenariats durables qui soutiennent les besoins et les priorités des acteurs locaux.
Le rôle des intermédiaires est important dans le soutien du changement et les preuves montrent que les acteurs internationaux ont besoin d’être incités et responsabilisés au changement de leurs pratiques de partenariat.
Cette recommandation peut être réalisée de façons suivantes (voir les détails dans la Partie 7.3) :
• contrôler, évaluer et inciter les acteurs intermédiaires en se basant sur la qualité de leurs partenariats avec les acteurs locaux;
• amener les agences de l’ONU et les grandes ONG internationales à dialoguer et à rendre des comptes concernant leurs pratiques de partenariat de façon plus efficace;
• soutenir les procédés qui aident les acteurs nationaux et locaux à rendre compte directement aux donateurs de la qualité des partenariats et en informer les décisions financières.
Recommandation stratégique 4 : Augmenter la qualité et la quantité des financements destinés aux acteurs locaux, y compris tous les fonds communs.
Les preuves révèlent que plusieurs initiatives montrent les avantages d’une augmentation de la qualité du financement pour les acteurs locaux, bien que celui-ci ait augmenté de façon inégale dans le système. L’utilisation de fonds de financement commun pour les pays (CBPFS) semble avoir fait ressortir le souhait des acteurs locaux de recevoir le financement de façon aussi directe que possible tout en gérant l’appétence au risque des donateurs. Le financement provenant des donateurs continue à circuler principalement à travers des intermédiaires internationaux, ce qui amène à se focaliser sur la qualité de leurs pratiques de partenariat. Il demeure une lacune majeurs concernant la qualité, la quantité et la durée de financement que les acteurs locaux peuvent obtenir ainsi que la transparence sur la façon dont le financement parvient aux acteurs locaux.
Cette recommandation peut être réalisée de façons suivantes (voir les détails dans la Partie 7.4) :
• assurer que le financement à long terme couvre obligatoirement les dépenses essentielles des acteurs locaux et relier le financement aux engagements de partage des risques;
• influencer diplomatiquement pour obtenir une plus grande transparence sur les flux de financement;
• contrôler, évaluer et inciter les acteurs intermédiaires en se basant sur la qualité de leurs partenariats;
• augmenter le financement vers des fonds communs de financement, en particulier ceux qui
soutiennent les acteurs nationaux et locaux et les fonds communs qui ne sont pas dirigés par l’ONU et/
ou gouvernés par des acteurs locaux;
• examiner les financements mixtes humanitaires– et de développement.
Recommandation stratégique 5 : Investir dans le partage des compétences
ascendantesetles efforts de renforcement des compétences basés sur le principe de complémentarité.
Les preuves montrent que les efforts de renforcement des compétences à long terme ont été un élément clé durant les cinq dernières années et que ces initiatives ont montré une série d’avantages importants en pratique pour soutenir les interventions menées localement. Cependant, ces efforts demeurent unidirectionnels, ad hoc, mal coordonnés, dépourvus de bons investissements, et qui souvent utilisent des approches inefficaces au renforcement des compétences.
Cette recommandation peut être réalisée de façons suivantes :
• faire de la capacité en ressources de partage des compétences un objectif pour tous les partenariats aidés par une ligne budgétaire en rapport ; et contrôler les progrès ;
• demander à ce que les partenaires coordonnent le partage des compétences, par exemple, les systèmes de coordination et travailler avec les autres acteurs internationaux en partenariat avec les mêmes acteurs locaux ;
• faire ressortir l’approche d’un donateur concernant l’investissement systématique dans le partage des compétences, y compris à travers le financement pour la préparation et la capacité d’adaptation.
En plus des recommandations prioritaires, l’étude met l’accent sur deux actions pour aider à mieux comprendre les résultats de la localisation et les opportunités :
Action 1 : Associer la localisation avec le lien humanitaire–développement–paix : Les ministères tels que le ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas doivent adopter une stratégie complète pour tous les dossiers humanitaires, pour la paix et le développement de ses donateurs afin de soutenir le rôle des sociétés civiles locales dans les actions humanitaires locales et le leadership dans la réponse aux crises, y compris par le renforcement de la réunion du financement humanitaire et du développement.
Action 2 : Établir les preuves, évaluer les conséquences et réorganiser l’ordre du jour concernant la recherche sur la localisation : Les donateurs et autres qui sont capables de faire réaliser ou de produire de la recherche, doivent investir dans les moyens de mesurer l’impact de la localisation sur la qualité de la réponse humanitaire et des résultats pour les personnes et état de crise. Ils doivent aussi investir dans les approches qui permettent de comprendre les points de vue des personnes touchées par la crise sur les avantages relatifs du status quo par rapport aux modèles plus centrés sur l’aide locale.
1 Introduction
1.1 Contexte
L’action locale humanitaire est souvent présentée comme plus efficace dans la réponse au conflit, aux catastrophes naturelles, aux déplacements, en particulier ceux qui durent et sont fréquents.
Cependant, les preuves ne sont pas toujours évidentes. Le Sommet mondial humanitaire (WHS) de 2016 a déclenché une série d’engagements pour renforcer l’action locale humanitaire, où des questions concernant un système humanitaire « cassé » dominé par des acteurs internationaux ont conduit à des engagements destinés à réaliser des transformations, ce point étant reflété dans le Grand Bargain et d’autres structures mondiales. Ces engagements ont cherché à faire progresser la réforme de l’actuel système d’aide pour satisfaire aux besoins et les éliminer, protéger ceux qui sont en danger et répondre efficacement aux crises en cours, tout en s’efforçant de signaler les inégalités du système, reconnaissant le rôle de première ligne, mais une attention injuste donnée aux acteurs locaux dans les réponses humanitaires. Les partenariats et l’appropriation nationale sont les fondements essentiels d’une coopération efficace au développement, ainsi reconnue par le quatrième forum de haut niveau (Fourth High-Level Forum) sur l’efficacité de l’aide (2012), et répercuté par plusieurs principes similaires de localisation dans l’ensemble du lien.
1.2 Cadre
Ce rapport présente les résultats et l’analyse d’un compte rendu sur la documentation concernant localisation. Cette étude dirigée par le service d’évaluation du Ministère des affaires étrangères des Pays-Bas, est destinée à renseigner une évaluation en cours de la politique d’assistance humanitaire des Pays-Bas entre 2015 et 2020. La pertinence de l’étude va au delà de cette évaluation car elle analyse la base de preuves présente dans la documentation sur la localisation pour donner aux donateurs des recommandations spécifiques sur comment promouvoir la localisation. La question fondamentale (voir l’encadré 1 pour les sous-questions) utilisée pour interroger la documentation et les preuves actuelles dans cette étude est :
Quelle est la valeur ajoutée apportée par la localisation dans la poursuite des objectifs néerlandais et quels sont les moyens efficaces pour les Pays-Bas en tant que donateur et acteur diplomatique pour promouvoir la localisation ?
Encadré 1 Sujets de recherche supplémentaires
L’étude utilise les sous-questions suivantes pour examiner plus en détail la documentation et les preuves existantes :
1. Comment les différents acteurs ont-ils soutenu la localisation de l’action humanitaire et comment la conception de la localisation est-elle reflétée dans ces activités ? Jusqu’où ces expériences peuvent-elles être étendues (cadre) et transférées (contexte) ? 2. Dans quelle mesure et de quelle façon la localisation a-t-elle un effet positif sur la qualité et
le rapport qualité-prix de l’aide humanitaire et ses capacités à avoir de meilleurs impacts humanitaires pour les personnes en situation de crise ?
3. Quels sont les défis de la localisation, y compris en ce qui concerne la gestion du risque, la confiance et la responsabilité ? Quels sont les façons les plus efficaces de les atténuer ? 4. Quels sont les principaux moteurs de la localisation et quels en sont les obstacles dans l’aide
humanitaire, notamment dans les situation de crises prolongées ou de déplacement forcé ? 5. Comment les donateurs et les acteurs diplomatiques peuvent-ils au mieux contribuer à une
réponse humanitaire efficace par des actions humanitaires menées plus localement ?
1.3 Méthodologie
Cette étude utilise une combinaison de recherche systématique en ligne, une liste existante de
documentation principale basée sur de précédentes recherches et des processus d’échantillonnage en boule de neige (snowballing). Le chapitre 2 de ce rapport explore plus en profondeur la documentation et les preuves trouvées, notamment les limites que cela entraine à l’étude de cette documentation.
La recherche adoptée comportait :
• Rassemblement d’une bibliographie préalable par la documentation principale, la recherche systématique de la base de donnéeset le processus d’échantillonnage en boule de neige.
• La recherche de la bibliographie initiale pour la pertinence et la qualité.
• Passer en revue les dernières listes de documentation en utilisant Mendeley (logiciel de gestion bibliographique) pour les prises de notes et les annotations.
• Coder la documentation en utilisant QDA Miner.
• Analyser les segments extraits.
La recherche documentaire systématique de la base de données, la documentation principale et le processus d’échantillonnage en boule de neige ont conduit à l’inclusion de 105 documents à revoir. En outre, l’équipe de recherche a examiné 35 évaluations dont seulement quelques-unes ont révélé des résultats pertinents ou des preuves en rapport avec la localisation. L’équipe a également examiné la
politique humanitaire des Pays-Bas de 2019 (ministère des Affaires étrangères, 2019) et l’évaluation de la politique humanitaire de 2015 de l’IOB (Département d’évaluation des politiques et des opérations du Ministère des Affaires étrangères des Pays-Bas) et la stratégie de 2018 à 2021 du DRA (Alliance néerlandaise pour l’aide humanitaire) (DRA, 2017). En raison du volume de documentation, l’équipe de recherche a entièrement examiné, annoté et analysé par ordre de priorité un total de 81 documents. Le reste de la documentation a été parcourue rapidement et les informations pertinentes ont été ajoutées ultérieurement dans cette analyse.
L’équipe de recherche reconnaît que le terme «localisation» a été très controversé et fait l’objet de nombreux débats. Dans ce rapport, le terme est un raccourci qui réfère au caractère central de l’action locale humanitaire, la direction locale et la complémentarité entre les différents acteurs tant sur le plan local que national, régional ou international.
De même, il existe plusieurs façons de faire référence aux acteurs et aux organisations qui contribuent aux efforts locaux et apportent des solutions et un encadrement en période de crise. L’équipe de recherche utilisera le terme acteur local comme raccourci pour désigner aussi bien les acteurs locaux que nationaux et les multiples acteurs locaux, tels que les organisations non gouvernementales (ONG), les organisations de la société civile (OSC), les organisations communautaires (CBOs), le secteur privé, des acteurs d’organisations confessionnelles et des organismes gouvernementaux. Ceci ne concerne pas les ONG internationales qui sont actives localement. Les ONG internationales sont ainsi désignées soit parce qu’elles opèrent au sein de leurs sièges ou dans des pays d’opérations, ou bien parce qu’elles sont présentes dans ces pays depuis longtemps et que la plupart des équipes est composée de nationaux. La distinction sera faite dans le cas où les preuves désignent un type spécifique d’acteur local. Le chapitre 3 examine les définitions, la terminologie et la compréhension de la localisation.
1.4 Restrictions générales
Les limitations et les écarts dans les preuves sont soulignées dans tout le rapport. Cependant, cette étude est circonscrite à un certain nombre de limitations connues. Toutes les discussion, preuves et analyses ci-dessous doivent être interprétées en tenant compte de ces limitations :
• Limitation de temps : La revue a examiné la documentation entre 2015 et 2020. Nous admettons que les problèmes concernant la localisation ont longtemps été traités dans la documentation humanitaire sous un autre nom. Même si le cadre de cette étude n’incluait pas la revue de ces documents, de futures études pourraient ajouter de la valeur avec la revue de la documentation historique. Alors que le système humanitaire a radicalement changé au cours des dernières années, la documentation historique pourrait apporter un meilleur aperçu sur les obstacles et les défis à long terme ainsi que des solutions et des innovations historiques qui ont été oubliées par les politiques et les pratiques actuelles. De même, alors que l’examen de la documentation a eu lieu en janvier 2021, la documentation publiée depuis n’a pas été systématiquement revue. Cependant, l’équipe de recherche a réalisé une recherche rapide pour ajouter à ce rapport des preuves pertinentes.
• Quelles sont les preuves enregistrées : L’équipe de recherche est aussi consciente que la revue de la documentation a ses limites et ne capture pas les connaissances et les preuves non écrites ou présentes dans des publications en ligne difficiles d’accès. À qui de décider qui écrit et publie les preuves, et qui obtient les ressources pour mener et rédiger une recherche ; cela biaise quelque peu les connaissances et les preuves revues dans ce rapport.
• Limitation du langage : L’équipe de recherche a seulement revue les documents en anglais. Alors que ceci représente une limitation d’importance quant à déterminer quelles expériences et quelles connaissances sont analysées dans cette étude, la documentation sur la localisation est fondée sur les études de cas où les perceptions et les vues des acteurs locaux sont largement représentées.
• Ampleur et cadre de la revue : L’équipe de recherche n’a pas été capable de rechercher plus de documents à cause des ressources allouées à cette revue. Comme résultat les catégories de documentation suivantes ont donc été exclues : les documents opérationnels tels que les plans humanitaires d’urgence (HRP); les politiques des donateurs sur la localisation; la documentation dans laquelle la localisation est un problème marginal. L’équipe de recherche n’a pas mené de revue plus large des sous thèmes de la localisation, qui comprend la documentation sur les actions au niveau de l’état ou du gouvernement local; l’action des diasporas; le rôle des organisations régionales; la gestion à distance; le rôle du secteur privé local; 1 et l’importante documentation sur les capacités de renforcement et de partenariat. Ces sous thèmes sont pertinents mais mériteraient leurs propres études complètes de la documentation; ils sont cependant examinés quand ils apparaissent dans la documentation sur la localisation.
1 Concernant le rôle du secteur privé local, consulter par exemple Zick et Kent (2014) et El Taraboulsi-McCarthy et al. (2017).
2 Aperçu de la documentation et des preuves sur la localisation
2.1 Aperçu de la documentation sur la localisation
Afin d’évaluer les preuves actuelles dans la documentation sur la localisation, l’équipe de recherche a systématiquement annoté les rapports selon : le contrôle de la qualité, le type de documentation, les principaux points thématiques, les types crises et de couverture géographiques (voir illustration 1).
L’assurance qualité était bonne dans la majorité de la documentation que nous avons revue, aussi bien menée par des pairs que par d’autres méthodes (telles que les groupes consultatifs de recherche) ou présentait une solide méthodologie. Seulement 12,5 % de la documentation revue avait une faible assurance qualité ou pas du tout.2 Cependant, comme nous allons le démontrer plus bas, les types d’études et l’attention portée sur la documentation n’ont pas fourni de preuves solides en termes de répercussions de la localisation sur les impacts humanitaires ou la qualité de l’action humanitaire. Ceci est principalement dû à l’intérêt porté sur la documentation.
Certains thèmes sont plus déterminants dans la documentation que d’autres, notamment le financement (y compris les politiques et les pratiques des donateurs), la réforme du système (y compris le Grand Bargain), les partenariats, la capacité (y compris la capacité de renforcement), la mesure des progrès de la localisation, le rôle des acteurs locaux (y compris les dirigeants locaux), les problèmes liés à la définition et au concept de la localisation (y compris la décolonisation). L’impact de la localisation sur la qualité de l’aide humanitaire est un thème principal dans la documentation sur la localisation, mais est souvent perceptif et non véritablement fondé sur des données empiriques. Même si dans la documentation il est fait allusion aux avantages éventuels de la localisation pour mieux travailler à travers l’ensemble du Nexus humanitaire-développement-paix et que quelques recommandations soulignent la façon dont le renforcement de la capacité locale peut être soutenu selon les portfolios humanitaires et de développement, la documentation sur la localisation s’intéresse rarement au sujet du triple nexus. Les preuves sur la localisation et le Nexus demeurent donc très faibles.
La documentation sur la localisation se compose principalement de politiques (non académiques), de recherche (44%), et de documentation parallèle (recherches menées par des organisations
opérationnelles) (42%). Le décalage qui existe pour publier dans des revues académiques contribue à la rareté de la documentation académique.
2 Il est à noter que pour 11 % de la documentation revue, déterminer la qualité de la recherche a été difficile, dû au manque d’explication de la méthodologie. En effet, ces 11% comportent des documents qui ne nécessitaient pas un contrôle qualité, tels que la stratégie de la DRA (DRA, 2017) et la politique humanitaire des Pays-Bas (ministère des Affaires étrangères, 2019).
Figure 1 Résumé de la documentation révisée
Note : RCA – République centrafricaine; RDC – République démocratique du Congo; MOAN – Moyen-Orient et Afrique du Nord; TPO (Territoires palestiniens occupés).
Politique (organisme de recherche non universitaire) Gray (recherche par
organisation opérationnelle) Inconnu
ou autre Académique
Type de littérature
0 10 20 30 40 50
Ne sait pas Assurance
qualité faible ou inexistante Méthodologique-
ment solide Autre
assurance qualité Examen par
les pairs
Nombre de documents
Assurance qualité
Global 39 Syrie 13 Bangladesh 12 S. Soudan 11 Ethiopie 9 Birmanie 8
RDC 8
Ouganda 7 Pacifique 7
Irak 6
Liban 6 Afghanistan 5 Indonésie 5 Népal 5 Nigéria 5 Somalie 5 Kenya 4 Pakistan 4 Régional 3
MOAN 3
Colombie 3 Haïti 3 Jordanie 3 Ukraine 3 Vanuatu 3 Afrique 2 Fidji 2 Soudan 2 Ile Salomon 1
Inde 1
Niger 1 Philippines 1 R.-Uni 1
RCA 1
S. Léone 1 Suisse 1 Tonga 1
TPO 1
Turquie 1 Zimbabwe 1
Orientation géographique
Nombre de documents
Coopération Sud- Sud
Capacité de surcharge
Soutien aux populations marginalisées Impact sur la société civile locale
Gouvernance locale Santé mondiale
Triple lien Coordination Gestion à distance
Sexe Acteurs de la f
oi Puissance Confiance
Principes humanitaires
Responsabilité en
vers les populations a ffectées Covid-
19 Réfugiés Complémentarité
Risque
Impact de la localisation Comprendre la localisation Rôle/leadership des acteurs locaux
Mesurer la localisation Capacité Association Réforme du système Le financement
Nombre de documents
Thèmes dans la littérature
0 5 10 15 20
25 Types de crise
Réfugié/
déplacement forcé Catastrophe
14
13
Santé publique4
Conflit
21
Multiple
26
Autre
20
La plupart de la documentation n’est pas spécifique a un type de crise. Nous avons constaté que 27 % de la documentation étaient axés sur plusieurs types de crises (26 études), alors que 20 % se rapportaient spécifiquement à des milieux en situation de conflits (21 études) et 22 % (14 études) désignaient particulièrement le déplacement de réfugiés. Alors qu’une proportion importante d’études se concentre sur le déplacement des réfugiés, les problèmes soulevés sur la localisation dans les milieux de déplacement sont les mêmes que dans les milieux de non-déplacement. Au-delà de la question sur la signification de « local » dans le cadre des réfugiés, étant donné que les acteurs nationaux du pays hôte ne sont pas « locaux » pour les réfugiés, la documentation sur la localisation concernant ces cadres ne soulève pas la spécificité de ce contexte de crise et ses conséquences sur la localisation.3
Certains pays ressortent plus dans la documentation sur la localisation, notamment la Syrie (13 études), le Bangladesh (12 études), le Soudan du Sud (11 études), l’Éthiopie (neuf études), la Birmanie (huit études), la République démocratique du Congo (RDC) (huit études) et l’Ouganda (sept études). Le conflit en Syrie et les déplacements au Liban, en Jordanie et en Turquie constituent une perspective géographique significative dans la documentation sur la localisation (23 études). L’Amérique latine et les Caraïbes ne sont pas beaucoup représentées : seulement trois études pour Haïti et trois pour la Colombie qui sont incluses dans d’autres rapports couvrant plusieurs pays. Seulement 10 des études et des documents revus par l’équipe de recherche prennent réellement en compte les documents opérationnels. Ceci comprend les documents opérationnels en relation avec la coordination sectorielle ; avec les pratiques de partenariat ; les documents opérationnels internes à une organisation en
particulier, un consortium d’aide spécifique ou une initiative ; des plans de réponse d’urgence (HRP) ; et des documents opérationnels sur les fonds communs. Ceci suggère que la documentation ne couvre pas largement les documents opérationnels, peut-être parce que de tels documents ne sont pas jugés importants à l’analyse ou parce qu’ils ne contiennent pas assez d’information sur la localisation.
Même si la majorité de la recherche revue est menée par des organisations internationales ou de la limite Nord, la documentation se rapproche systématiquement des acteurs locaux avec lesquels plusieurs études sont menées en partenariat, ainsi qu’avec des chercheurs locaux. Cependant, certains affirment que les preuves dans la documentation ne mettent pas suffisamment l’accent sur les acteurs locaux (voir ROBILLARD et al., 2020a). De même, la documentation ne traite pas systématiquement des perceptions et des expériences des personnes et des communautés touchées par les crises.
La documentation distingue les personnes des communautés touchées par les crises ; ce sont des acteurs locaux différents qui sont organisés, soit en organisations formelles (par exemple les ONG), ou informelles (par exemple les réseaux de volontaires). Les résultats ne concluent pas que les acteurs
3 En plus de l’engouement pour la localisation dans le secteur humanitaire, le Pacte mondial pour les réfugiés (GCR) souligne particulièrement la nécessité d’avoir une approche qui englobe la société tout entière en ce qui concerne l’Aide aux réfugiés qui englobe de nombreux acteurs (locaux et internationaux), le gouvernement, la société civile et le secteur privé (voir Nations Unies, 2018).
locaux ne coopèrent pas avec les communautés touchées par les crises. Cela démontre plutôt que la réunion des preuves concernant l’impact sur la localisation, les perceptions des personnes et des communautés n’apporte pas beaucoup à l’analyse et aux recommandations.
Enfin, seulement quatre études ont été axées sur la Covid-19 et la localisation (indiquant les limitations de publications très récentes). Elles traitent principalement de la façon dont la Covid-19 peut être l’occasion d’accélérer le changement des pratiques et des politiques pour mettre en œuvre la localisation, avec quelques exemples d’études de cas sur l’aide en cas de catastrophe pendant une pandémie.
2.2 La nature des preuves sur la localisation
La plupart des preuves sur la localisation s’attache à définir les problèmes et les progrès de la traçabilité en rapport aux engagements à haut niveau. L’intérêt ou la preuve d’un meilleur impact de la localisation, y compris l’efficacité de l’action humanitaire est moindre (IRC, 2019).4 Les preuves augmentent mais demeurent anecdotiques. La documentation existante est axée sur un petit
nombre d’études de cas, les organisations ou les initiatives amenant à des études nuancées mais non généralisées (ROBILLARD et al., 2020a).
La plupart des études revues sont basées sur ces études de cas et des analyses de documentation secondaire. La documentation tend à mentionner d’autres documentations sur la localisation avec des études référencées de nombreuses fois. Il vaut la peine de mentionner la série des ’missed
opportunities’ (Ramalingam et al., 2013; Featherstone et Antequisa, 2014; Featherstone et Bogati, 2016;
Tanner et Moro, 2016; Christian Aid et al., 2019), qui continue toujours à bien démontré, le travail
mentionné largement sur la façon dont des partenariats égaux et de qualité contribuent à une meilleure action humanitaire.
L’échantillonnage des études de cas n’est pas toujours expliqué; il est donc ainsi difficile d’évaluer sur quelle base les résultats peuvent être généralisable. Lorsque de bonnes preuves existent, elles reposent sur un programme, une organisation ou un pays. Un certain nombre d’études et des analyses plus approfondies aident à identifier les facteurs qui peuvent être répliqués et appliqués dans des contextes différents (conflit, déplacement, catastrophes naturelles). Par ailleurs, de nombreuses études reposent sur des preuves fondées sur la perception. Ceci reflète l’intérêt que la documentation porte aux différents acteurs ’les perceptions du problème et les défis et obstacles à la localisation, ainsi que
4 Selon IRC (2019) : ’Cependant, les preuves qui examinent de façon critique les impacts humanitaires des projets menés directement et exclusivement par des ONG internationales par comparaison avec ceux menés en partenariat avec des ONG internationales et des sociétés civiles locales ou des acteurs gouvernementaux locaux, ou menés par ces seuls acteurs, ne sont pas très avancées. Il est apparu clairement, pendant cette recherche, que si certaines études narratives sur la comparaison des avantages et des coûts que présentent le travail en partenariat avec des ONG locales et les mises en œuvre directement faites par des ONG internationales commencent a apparaitre, il ressort qu’il y a très peu de recherche quantitative dans ce
domaine, et pas d’essais contrôlés aléatoires qui considèrent les avantages comparatifs du travail en partenariat par rapport au travail direct ou avec des services de prestations fournis par des ONG internationales ou seulement des organisations locales.
la perception des progrès quant à la localisation. Les études sur le suivi du financement destiné aux acteurs locaux font significativement exception. Il est important de noter que le phénomène d’écho et les preuves empiriques limitées ou ambiguës ne sont pas propres aux débats sur la localisation, mais définissent souvent l’analyse humanitaire.5
2.3 Le défi de remédier aux lacunes
Remédier aux lacunes concernant la façon dont la localisation impacte les aides humanitaires pour les personnes touchées par les crises demeure un défi. S’il y a de plus en plus d’exemples d’aides menées localement, la question demeure en ce qui concerne la façon dont la prise de décision a fortement évolué vers les acteurs nationaux et locaux et s’est éloignée des acteurs internationaux. Par exemple, l’aide apportée à la suite du séisme à Célèbes et du tsunami en Indonésie est considérée par beaucoup comme un exemple d’aide locale, étant donné que le gouvernement a mené la coordination. Cependant, 65 % du financement de cette aide a été attribué à des acteurs internationaux, ce qui soulève la
question de savoir dans quelles proportions les acteurs locaux, y compris le gouvernement, ont pu diriger et élaborer l’aide indépendamment des acteurs internationaux (HAG et Pujiono Centre, 2019).
Ceci montre le défi qui est de définir et de s’accorder sur ce qui peut être considéré comme des aides localement menées et quelles preuves peuvent être utilisées pour mesurer la qualité des aides et des impacts humanitaire.
De même, le nombreuses stratégies ou initiatives étudiées dans la documentation ont tendance à être des initiatives à court-terme qui sont évaluées peu de temps après leur application. Ainsi, la documentation qui mesure l’impact de telles stratégies tend à souligner ce qui a été fait et les résultats des programmes ; les données du niveau d’impact ne sont pas proposées, car il est prétendument trop tôt pour évaluer l’impact.
On peut se demander quel moment choisir pour faire des évaluations dans un domaine qui ne considère pas forcément l’impact sur du long-terme. C’est en même temps un défi que de comprendre comment les efforts vers la localisation impactent plus largement la qualité de l’action humanitaire.
5 Selon ALNAP (2020 : 9) illustre : Même si la perception de certains groupes est essentielle pour comprendre la performance humanitaire – notamment en ce qui concerne les populations touchées par les crises – la majorité des recherches et des preuves humanitaires repose encore sur les données basées sur la perception et recueillies par des professionnels de l’aide humanitaire. Cela peut potentiellement détourner l’attention sur le fait que les mesure des objectifs prennent du retard.’
3 Localisation : compréhension, mesures et approches
La localisation, si elle est abordée de façon holistique et ambitieuse, a été préconisée comme un moyen de concevoir à nouveau l’ensemble du secteur humanitaire’ (Featherstone et Mowjee, 2020; SDC (DDC Direction du développement et de la coopération) et la FICR, 2021). Cependant, le fait que la localisation est l’occasion d’examiner de manière critique et d’améliorer la structure et le fonctionnement du système humanitaire dans son ensemble’ (ICVA (Conseil international des agences bénévoles), 2018) n’a pas été, à ce jour, orienté vers des évaluations de l’impact de la localisation sur la qualité de l’aide humanitaire.
Ce chapitre explore les visions de la localisation et les tentatives de mesure de la localisation et des progrès comme étant des domaines d’activité clé. Se basant sur la documentation revue, il est affirmé que, en dépit du fait que le concept s’est éloigné des débats sur la définition pour se rapprocher d’idées plus holistiques, il n’y a pas eu de déplacement parallèle pour faire ressortir le(s) objectif(s) de la localisation, pour mesurer les résultats plutôt que les progrès, ou de stratégies pour assurer une mise en œuvre plus efficace.
3.1 L’apparition du programme de localisation
En dépit de l’augmentation relativement récente de l’ordre du jour dans sa forme actuelle sur la localisation, les problèmes de pouvoir et d’inégalité qu’il tente d’aborder ont depuis longtemps été reconnus. Dans le domaine de l’aide humanitaire, les efforts mis en place pour améliorer la responsabilité envers les populations touchées avec des exemples datant au moins des années 70 peuvent être considérés comme des facteurs à plus long terme qui soutiennent les initiatives dans le cadre de la localisation. A partir des années 90, les engagements ont été institutionnalises à travers des mécanismes tels que la Croix-Rouge et les code de conduite d’ONG internationales, les normes Sphère et les formes de haut niveau sur l’efficacité de l’aide (Van Brabant et Patel, 2018; CHS Alliance, 2020).
D’un point de vue opérationnel, l’attention accrue portée sur la proximité des pouvoirs occidentaux qui peuvent exacerber les risques de sécurité dans certains contextes a encouragé la réflexion sur les attitudes envers les ONG internationales principales et les agences des Nations unies. L’augmentation et la reconnaissance des donateurs en dehors du Comité d’aide au développement (CAD) de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) – soi-disant appelés donateurs non- CAD tels que le Brésil, la Chine, la Corée du Sud et la Turquie – a aussi soulevé des distorsions et des structures du pouvoir au sein de l’architecture de l’aide humanitaire.
Même si ces influences sont complexes et ne reflètent qu’une partie de la situation, elles permettent d’expliquer pourquoi l’ordre du jour sur la localisation s’est imposé. Le concept d’un système
humanitaire « brisé » était un thème important dans les débats qui ont conduit au Sommet mondial sur l’action humanitaire (WHS), qui ont souligné la persistance d’une distribution des pouvoirs inéquitable qui souvent tiennent à l’écart ceux qui sont le plus touchés par les crises des prises de décisions sur
la façon de leur venir en aide.6 Dans ce contexte, les motivations fondées sur les valeurs font partie des moteurs du programme de localisation, qui peut être présenté comme la « bonne » chose à faire en reconnaissance de la centralité des sociétés affectées. Cette vision de l'éthique est basée sur les attributs souhaitables du poste ou de l'objectif (dans ce cas l'objectif de localisation) au lieu d'essayer de prendre des décisions éthiques basées sur les résultats attendus. Depuis le WHS, les critiques des inégalités dans le secteur humanitaire ont également été aggravées par des allégations répétées d'exploitation et d'abus sexuels lors d'opérations d'aide (y compris le maintien de la paix) et des débats inspirés par les mouvements #MeToo et Black Lives Matter. Plus récemment, les appels à la « décolonisation » de l'aide peuvent être considérés comme liés mais distincts de l'agenda de localisation à la fois dans le cadre conceptuel et dans l'éventail des approches associées.
Par conséquent, alors que la localisation est promue par certains comme un moyen de transformer fondamentalement le pouvoir dans le système humanitaire, elle a été critiquée par d'autres pour ne pas aller assez loin, pour être trop technocratique ou pour créer des incitations perverses et des impacts négatifs. Bon nombre de ces arguments reflètent des préoccupations concernant les motivations derrière l'adoption du programme de localisation et des critiques plus larges des héritages coloniaux et des inégalités persistantes du système humanitaire. Certains ont ciblé la construction du discours, y compris les arguments selon lesquels :
• le concept de localisation continue de placer les acteurs internationaux au centre, en raison de ses implications d'« adaptation » à divers contextes nationaux (Barbelet, 2018 ; Fast et Bennett, 2020 ; Melis et Apthorpe, 2020 ; Pincock et al., 2020 ; Roepstorff , 2020);
• les débats sur la localisation ont été portés par des acteurs internationaux (ICVA, 2018 ; Metcalfe- Hough et al., 2020 ; Robillard et al., 2020b) ;
• peu d’attention a été accordée au « rôle du côté « récepteur » dans la légitimation et la transformation des normes et des pratiques » (Gómez, 2021) ;
• utiliser le discours de la localisation est un moyen d'éviter des conversations plus difficiles sur le pouvoir et la discrimination (Fiddian-Qasmiyeh 2019 ; Jayawickrama et Rehman, 2018, cité dans Robillard et al., 2020b) et est contre-productif pour un changement significatif (Howe et al., 2019).
3.2 Compréhension de la localisation
Il n'y a pas de définition unique de la localisation et, comme indiqué ci-dessus, le sens et la politique de ce concept ont été contestés. La compréhension de la localisation a évolué depuis le WHS de 2016.
Dans le flux de travail dédié à la localisation dans le Grand Bargain, beaucoup d'énergie a d'abord été consacrée à essayer de définir et de fixer des termes tels que « local », « national », « localisation » et
« réponse dirigée localement » (voir l’encadré 2). S'il n'y a aucun doute sur l'importance et le pouvoir du langage – et, comme indiqué dans l'introduction, la nature problématique de certaines terminologies associées à cet agenda – ces conflits de définition ont par la suite été remis en question comme étant
6 Voir par exemple Knox-Clarke (2015).
contre-productifs (Els, 2018 ; ICVA, 2018 ; ICVA et HLA, 2019 ; Fast et Bennett, 2020). La littérature reconnaît désormais largement que ce à quoi ressemble une « localisation réussie » ou une « réponse menée localement » dépend beaucoup du contexte.
Une proposition influente a été la conceptualisation de l'OCDE de la « localisation de la réponse humanitaire » comme « un processus de reconnaissance, de respect et de renforcement du leadership des autorités locales et de la capacité de la société civile locale dans l'action humanitaire, afin de mieux répondre aux besoins des populations touchées. et préparer les acteurs nationaux aux futures réponses humanitaires » (OCDE, 2017 ; voir aussi Roepstorff, 2020). Des éléments de son langage se reflètent également dans les efforts visant à développer des compréhensions contextuellement pertinentes de la localisation, dont beaucoup soulignent également l'importance de l'indépendance (Ayobi et al., 2017
; Featherstone, 2017 ; HAG et Civil Society Forum of Tonga, 2019 ; Wijewickrama et al., 2020). Certains mettent l'accent sur des approches collectives mais variées (ICVA, 2018 ; Howe et al., 2019 ; Robillard et al., 2020a) et/ou distinguent les travaux « dirigés localement » (Wall et Hedlund, 2016 ; voir aussi Robillard et al., 2020a).
D'autres ont choisi d'identifier les attributs clés plutôt que de fournir une définition unique. Ces attributs sont souvent liés au pouvoir et à la prise de décision, aux problèmes de financement, à l'inclusion et à l'efficacité opérationnelles, à la qualité et à la responsabilité (de Geoffroy et Grunewald, 2018 ; Patel et Van Brabant, 2017 ; ICVA et HLA, 2019 ; UNICEF, 2019a ; Robillard et al., 2020a). La localisation a également été exprimée chronologiquement : « Une intervention humanitaire est considérée comme localisée lorsqu'un intervenant humanitaire local est impliqué dans l'ensemble du cycle du programme : évaluations des besoins, conception et exécution du programme et examen et évaluation finals » (OCDE, 2017). Il y a également eu une tendance à ce que la littérature soit structurée plus explicitement autour de la complémentarité (ICVA, 2018 ; Accelerating Localization through Partnerships, 2019 ; Barbelet, 2019 ; Eckley, 2020).
En termes institutionnels, la localisation a été fortement associée au WHS et au Grand Bargain, bien que la construction de ces agendas ait été contestée et que la familiarité avec les engagements qu'ils impliquent ait varié (Van Brabant et Patel, 2018). Les principaux accords et engagements sont résumés ici, tandis que la mise en œuvre est examinée plus en détail ci-dessous ; la compréhension de la façon dont ces programmes interagissent est limitée (Howe et al., 2019).