Problèmes d’algèbre linéaire
2
èmepartie
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« La langue de l’algèbre, mystérieuse et lumineuse, me saisissait. Ce que j’admirais surtout dans cet idiome, c’est qu’il ne consent à exprimer, à articuler que des vérités générales, universelles, et qu’il dédaigne les vérités particulières. Je lui attribuais en cela une fierté que je refusais aux idiomes humains ; à ce point de vue l’algèbre me semblait la langue du Dieu de l’esprit. »
Edgar Quinet, Histoire de mes idées
Sont ici réunis quelques dizaines de problèmes d’algèbre linéaire, mis au point au cours de trente années d’enseignement, de 1979 à 2014. En somme, pour reprendre la belle expression de Laurent Schwartz, il s’agit de mon « château intérieur » linéaire : tours de guet, donjon, redoutes, murs d’enceinte, machicoulis, pont-levis, douves, j’espère que rien ne manque à ce très pacifique monument d’architecture militaire. Une forteresse de mathématiques est toujours, en quelque manière, une forteresse contre les mathématiques, mais c’est d’abord, et avant tout, une façon efficace de compléter le cours, et d’organiser les savoirs.
Les énoncés ont des sources diverses : cours de taupe, manuels français et étrangers, problèmes et exercices de concours (les références sont indiquées chaque fois que possible), mais ils ont parfois été remaniés à des fins pédagogiques. Il arrive souvent que plusieurs problèmes abordent le même thème : un professeur est obligé de poser régulièrement un problème sur un sujet important, avec de légères variantes selon les idées mises en valeur ou l’état d’avancement du programme. Ainsi, plusieurs énoncés portent sur les pseudo-inverses (thème fort à la mode dans les années 1980), les produits tensoriels, les endomorphismes monogènes, le théorème de Jordan... Enfin, la plupart de ces problèmes sont corrigés.
Pierre-Jean Hormière
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Documents :
Adhérence d’une classe de similitude : RMS novembre 1990, p. 198 (Sifre) Dimension maximale d’un sev de Mn(C) ne rencontrant pas Gln(C) : RMS 1988-89 n° 7, 1989-90 n° 2 et 8 (Barani, Exbrayat, Clarisse) Dimension maximale d’une sous-algèbre commutative de Mn(C) :
RMS Octobre 1993, p. 186 ; ENS 1998, Oral n° 294 ; ENS 2005, Oral n° 149, RMS mai 2006.
Dimension maximale d’un sous-espace formé de matrices diagonalisables : RMS mars 1992, Randé Hyperplans de Mn(K) stables par le crochet de Lie : RMS 2001 n° 3, p. 234, Gozard
Sous-espaces vectoriels de matrices nilpotentes : RMS oct 2007, de Seguins Pazzis Sous-espaces vectoriels de matrices de rang au plus p : RMS mai 2008, de Seguins Pazzis Dénombrement de matrices nilpotentes d’indice donné : RMS septembre 2010
40. L’algèbre Kn, algèbres diagonales.
41. D’Hamilton à Frobenius.
42. Matrice de Vandermonde des racines de l’unité.
43. Primarité des nombres de Mersenne.
44. Matrices de tournoi.
45. Théorème de l’amitié d’Erdös.
46. Graphes et arbres ; théorème de Borchardt-Cayley.
47. Propriétés du polynôme caractéristique.
48. Un théorème de Kronecker.
49 et 50. Résultant et déterminant d’Hermite.
51 et 52. Endomorphismes monogènes.
53. Equations matricielles du second degré.
54. Racines carrées de matrices.
55. Endomorphismes semi-simples.
56, 57, 58. Endomorphismes nilpotents.
59. Trace.
60. I est-il un commutateur ? 61. Trace et commutateurs.
62. s-triplets.
63. Algèbres de Lie, théorème de Lie.
64. Endomorphismes de LLLL(E), de Mn(K).
65 et 66. Produits kroneckériens.
67. Topologie matricielle.
68. Géométrie matricielle.
69, 70, 71. Matrices stochastiques.
72. Puissances d’une matrice.
73. Contractions larges.
74. Applications semi-linéaires.
75. Fonctions propres d’un noyau.
76. Matrices à éléments polynomiaux.
77. Générateurs de Sl2(Z) et Gl2(Z).
78. Matrices à éléments dans un anneau euclidien.
79. Modules sur les anneaux commutatifs.
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Problème 40 : Algèbres diagonales
Rappels et notations :
Soit K un corps commutatif. On rappelle qu’une K-algèbre est un K-espace vectoriel A muni d’une multiplication interne (x, y) ∈ A×A → x.y ∈ A qui est K-bilinéaire. L’algèbre A est dite commutative, resp. associative, resp. unifère, si la multiplication interne est commutative, resp.
associative, resp. unifère. Si A est une K-algèbre commutative et unifère d’unité 1A, on appelle :
• idéal de A tout sous-espace vectoriel I de A vérifiant ∀(x, y) ∈ I×A x.y ∈ I ;
• sous-algèbre de A tout sous-espace vectoriel B contenant 1A et vérifiant ∀(x, y) ∈ B×B x.y ∈ B.
Enfin, si A et B sont deux K-algèbres unifères d’unités 1A et 1B, un morphisme d’algèbres de A dans B est une application linéaire f : A → B vérifiant f(1A) = 1B et ∀(x, y)∈A×A f(x.y) = f(x).f(y).
Dans ce problème, on munit Kn, où n ≥ 2, des trois lois :
• Addition : (x1, x2, … , xn) + (y1, y2, … , yn) = (x1 + y1, x2 + y2, … , xn + yn)
• Multiplication externe : λ.(x1, x2, … , xn) = (λx1, λx2, … , λxn)
• Multiplication interne : (x1, x2, … , xn).(y1, y2, … , yn) = (x1.y1, x2.y2, … , xn.yn) Il est clair que ces trois lois confèrent à Kn une structure de K-algèbre commutative et associative.
A. Première partie : caractères et automorphismes de Kn.
1) On note BBBB = (e1, e2, … , en) la base canonique de Kn, où ei = (0, ..., 0, 1, 0, …, 0), le 1 étant à la i-ème place. Calculer ei.ej. Montrer que Kn admet un élément unité (pour la multiplication). Quels sont les éléments inversibles de Kn ?
2) Etablir que les seuls homomorphismes f d’algèbre de Kn dans K sont les formes linéaires (c1, c2, … , cn) où ci est la i-ème forme coordonnée dans la base E, c’est-à-dire l’application
x = (x1, x2, … , xn) → xi ; on pourra utiliser les images par f des vecteurs de E.
3) Soit f un automophisme d’algèbre de Kn (homomorphisme bijectif). Si χ est un homomor- phisme d’algèbre de Kn dans K, que dire de χ o f ? En déduire tous les automorphismes d’algèbre de Kn. Pourquoi y en a-t-il n! ?
B. Deuxième partie : idéaux, sous-algèbres de Kn.
1) Soit I un idéal de Kn. On note c1 , c2, …, cn les restrictions de c1, c2, … , cn à I et l’on suppose ici qu’il existe k tel que c1 , …, ck soient non nulles, ck+1, …, cn soient nulles.
a) Montrer que e1, e2, … , ek appartiennent à I.
b) Montrer que I = { x = (x1, x2, … , xn) ; xk+1 = … = xn = 0 }.
2) A l’aide de 1), trouver la forme générale des idéaux de Kn. Combien y en a-t-il ? Si 0 ≤ k ≤ n, combien y a t-il d’idéaux de dimension k ?
3) Si P est une partie de Kn, on appelle sous-algèbre de Kn engendrée par P l’intersection des sous-algèbres contenant P. Etant donné un élément a de Kn, démontrer que la sous-algèbre engendrée par a est Kn si et seulement si les coordonnées de a dans la base E sont toutes distinctes.
4) Soit A une sous-algèbre de Kn ; on note c1, c2, …, cn les restrictions de c1, c2, … , cn à A.
On suppose ici qu’il existe k tel que c1 , c2, …, ck soient distinctes, et que, pour tout i > k, il existe j ≤ k vérifiant ci = cj.
a) Etablir que c1 , c2, …, cn sont toutes non nulles.
b) Montrer que, pour tout couple (i, j) d’entiers tels que i ≠ j , 1 ≤ i ≤ k et 1 ≤ j ≤ k, il existe uij ∈ A tel que ci(uij) = 1 et cj(uij) = 0.
c) En déduire l’existence, pour tout entier i allant de 1 à k, d’un wi ∈ A tel que : ci(wi) = 1 et cj(wi) = 0 pour tout j vérifiant j ≠ i et 1 ≤ j ≤ k .
d) w1, w2, … , wk sont-ils liés ? Quelle est leur somme ? Quel est le sous-espace vectoriel de Kn qu’ils engendrent ?
5) Déduire de la question précédente une méthode de construction de toutes les sous-algèbres de dimension k de Kn .
6) a) Donner la liste des sous-algèbres de Kn dans les cas n = 2, n = 3, n = 4. Il est signalé que, par exemple, l’ensemble des (α, α, β), où (α, β) décrit K2, est une sous-algèbre de dimension 2 de K3. On demande, pour chacune des sous-algèbres de Kn, de donner un mode de génération analogue à celui-là.
b) Combien Kn a-t-elle de sous-algèbres de dimension 2, de dimension n − 1 ?
c) Interprétation combinatoire du nombre S(n, k) des sous-algèbres de dimension k de Kn. C. Troisième partie : algèbres diagonales.
Une K-algèbre A de dimension finie n est dite diagonale si elle admet une base (e1, e2, … , en) telle que ∀(i, j) ei.ej = δij.ei , autrement dit si elle est isomorphe, en tant qu’algèbre, à Kn.
1) Montrer que E = FFFF(Z/nZ, C) est une C-algèbre commutative, associative, unitaire de dimension n pour l’addition et la multiplication par un scalaire usuelles des fonctions, et pour la loi * définie par : ( f * g )(x) =
∑
∈ −
nZ Z y
y x g y f
/
) ( ).
( . Préciser son élément neutre.
2) On pose ω = exp n i
π
2 . Pour tout x ∈ Z/nZ, on pose ωx = ωk , pour tout entier k dont la classe modulo n est x. Si f est élément de E, on pose, pour tout x : (FFFF f )(x) =
∑
∈ZnZ a
axf a
/
)
ω
( . a) Calculer∑
∈ZnZ x
ax /
ω
en distinguant deux cas.b) Montrer que, pour tout a , f(a) =
∑
∈
− nZ Z x
ax
n /
1 ω (FFFF f)(x) . c) Soient f et g deux éléments de E. Montrer que
∑
∈ZnZ a
a g a f
/
) ( ).
( =
∑
∈ZnZ
nx /
1 (F f )(x).(F g)(−x) .
d) Montrer que, pour tout x : FFFF(f * g)(x) = (FFFFf )(x).(FFFFg)(x).
e) En déduire que E est une algèbre diagonale. Caractériser ses éléments inversibles.
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Corrigé partiel
C. Troisième partie : algèbres diagonales.
1) L’algèbre de convolution E.
E = FFFF(Z/nZ, C) est un C-espace vectoriel pour les lois usuelles, de dimension n, car f ∈ E → ( f(0) , f(1) , …, f(n−1)) ∈ Cn est un isomorphisme.
Une base de E est formée des fonctions canoniques ϕx définies par ϕx(y) =
δ
x,y.On a, pour tout x : ( f * g )(x) =
∑
∈ −
nZ Z y
y x g y f
/
) ( ).
( =
∑
= +z x y
z g y f( ). ( ).
La loi ( f, g) → f * g est commutative, en vertu de la symétrie de l’expression
∑
= +z x y
z g y f( ). ( ) Elle est bilinéaire à gauche, donc bilinéaire à droite.
Elle est associative, car ( f * ( g * h ))(x) =
∑
= +z x s
s
f ).( ( g * h )(z) = f(s).g(t).h(u)
x u t s
∑
+ = +Cette expression est invariante par permutation de (f, g, h), donc : ( f * ( g * h ))(x) = ( h * ( f * g ))(x) = (( f * g )* h ))(x)
Enfin, on vérifie que ϕx∗ϕy = ϕx+y . Il en résulte que ϕ0 est le neutre de E.
Conclusion : E est une C-algèbre commutative, associative, unitaire de dimension n . 2) Transformation de Fourier discrète.
Si f est élément de E, on pose, pour tout x : (F f )(x) =
∑
∈ZnZ a
axf a
/
)
ω
( . a) Calcul de∑
∈ZnZ x
ax /
ω
.1ère méthode : Si a = 0,
∑
∈ZnZ x
ax /
ω
= n.Sinon,
∑
∈ZnZ x
ax /
ω
=∑
∈ + nZ Z x
x a /
) 1
ω
( , car x + 1 décrit Z/nZ quand x décrit Z/nZ.Donc
∑
∈ZnZ x
ax /
ω
= ωa∑
∈ZnZ x
ax /
ω
. Comme ωa ≠ 1, il vient∑
∈ZnZ x
ax /
ω
= 0.2ème méthode : Si a ≠ 0,
∑
∈ZnZ x
ax /
ω
=∑
−= 1
0 n
k
ωak = a an
ωω
−
− 1
1 = 0.
Conclusion :
∑
∈ZnZ x
ax /
ω
= n si a = 0 ,∑
∈ZnZ x
ax /
ω
= 0 sinon.b) Vérifions que, pour tout a : f(a) =
∑
∈
− nZ Z x
ax
n /
1 ω (F f)(x).
∑
∈
− nZ Z x
ax
n /
1 ω (F f)(x) =
∑
∈
− nZ Z x
ax
n /
1 ω
∑
∈ZnZ b
bxf b
/
)
ω
( =∑
∈ZnZ
nb /
1
∑
∈
− nZ Z x
x a
b f b
/ )
( ). ( )
(
ω
= f(a)en vertu de a), car n
1
∑
∈
− nZ Z x
x a b /
)
ω
( = δa,b.c) Soient f et g deux éléments de E. En vertu de b) :
∈
∑
ZnZ aa g a f
/
) ( ).
( =
² 1
n
∑ ∑ ∑
∈ZnZ ∈ ∈ a / x Z/nZy Z/nZ
) (x y a +
ω
− (F f )(x).(F g)(y)=
² 1
n
∑ ∑ ∑
∈ZnZ ∈ ∈ x / y Z/nZ a Z/nZ
(
ω
−a(x+y)) (F f )(x).(F g)(y) .= n
1
∑
∈ZnZ x /
(FFFF f )(x).(FFFF g)(−x) . Conclusion :
∑
∈ZnZ a
a g a f
/
) ( ).
( =
∑
∈ZnZ
nx /
1 (FFFF f )(x).(FFFF g)(−x) .
d) Montrons que, pour tout x : FFFF( f * g)(x) = (FFFFf )(x).(FFFFg)(x).
F F F
F( f * g)(x) =
∑
∈ZnZ a
ax /
ω
(f * g)(a) =∑ ∑
∈ ∈ −
nZ Z a
ax nZ
Z t
t a g t f
/ /
).
( )
(
ω
=∑ ∑
∈
−
∈ −
nZ Z a
t a x nZ
Z t
atg a t t
f
/
) ( /
).
( )
(
ω ω
=
∑ ∑
∈
−
∈ −
nZ Z t
t a x nZ
Z a
at g a t
t f
/
) ( /
).
( )
(
ω ω
=∑ ∑
∈ZnZ ∈
t
xu nZ Z u
at gu
t f
/ /
).
( )
(
ω ω
= (FFFFf )(x).(FFFFg)(x).e) L’algèbre E est diagonale.
En effet, l’application FFFF : f ∈ (E, + , . , ∗ ) →FFFF f ∈ (E, + ., ×) est linéaire, injective en vertu de b), donc bijective, et c’est un morphisme de l’algèbre de convolution E sur l’algèbre E usuelle.
Comme l’algèbre usuelle (E, + ., ×) est diagonale, il en est de même de l’algèbre de convolution E.
Les deux algèbres sont isomorphes. Le neutre de (E, *) est la fonction ϕ telle que FFFFϕ soit la fonction constante égale à 1. ϕ(a) =
∑
∈
− nZ Z x
ax
n /
1 ω (FFFFϕ)(x) =
∑
∈
− nZ Z x
ax
n /
1 ω = 1 si a = 0, 0 sinon.
Enfin, les inversibles de (E, ∗) sont les f telles que, pour tout x, FFFF f(x) ≠ 0.
Remarque : Il découle de la partie B que (E, ∗) a 2n idéaux, dont on connaît la structure, ainsi que S(n, k) sous-algèbres de dimension k.
Références : Centrale P’ 1985, ENS 2009.
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Problème 41 : d’Hamilton à Frobenius
Dans ce problème, toutes les R-algèbres sont supposées associatives et unifères. On se propose de classifier à isomorphisme près toutes les R-algèbres de dimension finie et sans diviseurs de zéro.
A. Première partie.
1) On se place dans M2(C) considérée comme R-algèbre. En indiquer la dimension et une base.
2) Pour tout couple (α, β)∈C2, on note M(α, β) =
−αβ αβ . Soit H l’ensemble de ces matrices.
a) Montrer que H est, pour les lois usuelles, une R-algèbre associative et unifère.
b) On note E =
1 0
0 1 , I =
−i i 0
0 , J =
−10 1
0 , K =
0 0
i
i . Que dire de (E, I, J, K) ?
c) Calculer les produits deux à deux des matrices E, I, J, K. Présenter les résultats dans un tableau en précisant l’ordre.
3) Si M = M(α, β) ∈ H, on note M* = M(
α
, −β) .a) Montrer que M → M* est une symétrie vectorielle de H, et que : ∀(M, M’) ∈ H×H (M.M’)* = M’*.M* .
b) Montrer que ∀M∈H M.M* = M*.M = N(M).E, où N(M) est un réel ≥ 0 que l’on calculera.
c) Déduire de ce qui précède que H est un corps.
4) L’algèbre H est-elle commutative ? Quel est son centre ?
5) Résoudre dans H les équations M2 = E et M2 = −E. Ce résultat contredit-il le théorème relatif au nombre de racines d’une équation ?
6) De combien de façons peut-on plonger C dans H comme R-algèbre ?
7) Montrer que G = {± E , ± I , ± J , ± K} est un groupe multiplicatif. Préciser les ordres de chacun de ses éléments. G est-il cyclique ? Montrer que tous les sous-groupes stricts de G sont cycliques.
B. Deuxième partie.
1) Soit A une R-algèbre de dimension finie et sans diviseurs de zéro. On plonge R dans A via a ∈ R → a.1A ∈ A.
a) Montrer que A est un corps [ Considérer mx : y → x.y et m’x : y → y.x. ]
b) On suppose dimR A > 1. Montrer que, pour tout x ∈ A, tel que x ∉ R, la famille (1, x, x2) est liée, et que { a + bx ; (a, b) ∈ R2 } est une sous-algèbre de A, de dimension 2. On la note Ax. [ On considérera le polynôme minimal de x. ]
c) Montrer que (∃y ∈ Ax) y2 = −1, et que Ax est isomorphe à C.
2) Dans cette question, on suppose A commutative de dimension n > 1. Soit x ∈ A tel que x ∉ R.
En notant que l’équation ξ2 = −1 a deux solutions dans A, montrer A = Ax , et l’isomorphie A ≈ C.
3) On suppose désormais A non commutative de dimension n.
a) Montrer (∃i ∈ A) i2 = −1. On plonge désormais C dans A en identifiant −1 et i.
b) Montrer que la loi externe (α, x) ∈ C×A → α.x∈A, jointe à l’addition, munit A d’une structure de C-espace vectoriel. On note A+ = { x ∈ A ; x.i = i.x } et A− = { x ∈ A ; x.i = − i.x }.
c) Montrer que A+ et A− sont des C-sous-espaces vectoriels supplémentaires de A, et C ⊂ A+ d) Montrer que A+ est une C-algèbre de dim finie sans diviseurs de 0. En déduire A+ = C.
e) Montrer ∃u ∈ A−−{0}. En considérant l’image de A+ par x → x.u, montrer dimC A− = 1.
f) Montrer que u2 ∈ R*− . En déduire (∃j ∈ A−) j2 = −1.
g) On pose k = i.j. Montrer que (1, i, j, k) est une R-base de A. Quelle est la table de multiplication de cette base ?
4) Enoncer le résultat obtenu (Théorème de Frobenius).
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Problème 42 : Matrice de Vandermonde des racines de l’unité
Dans ce problème, on se place dans l’algèbre Mn(C) des matrices carrées d’ordre n à éléments complexes. On note I la matrice unité, ω = exp
n i
π
2 et ωh = ωh (∀h ∈ Z).
A. Etude d’un exemple.
Dans cette partie, on pose j = − 2 1+ i
2
3, et on note P ∈ M3(C) la matrice définie par P =
j j
j j
² 1
² 1
1 1 1
1) Calculer P2, puis P4 . P est-elle diagonalisable ? Que dire de ses valeurs propres ? 2) Pour chacune des valeurs propres éventuelles λ de P, déterminer Ker(P −λ.I).
3) Achever la réduction de P.
B. Deuxième partie.
On note P ∈ Mn(C) la matrice d’élément général phk = ω(h−1)(k−1) ( 1 ≤ h, k ≤ n).
On note D le déterminant de P, T sa trace.
1) Calculer les sommes Nk =
ω
0k+ω
1k+ … +ω
n 1k− en discutant selon la valeur de k ∈ Z.2) Calculer P.P . En déduire l’inverse de P et la valeur de |D|.
3) Calculer P2, puis Q = n
1P2 et Q2. En déduire les puissances Ph de P (h ∈ Z), et la valeur de D2.
4) Montrer que D = 2 )
exp(
).
sin(
. 2
1
π π ip nq n
p i q
n q p
− +
∏
< ≤ −≤
. Calculer
∑
≤
<
≤
+
n q p
q p
1
)
( .
En déduire la valeur de D. Quand a-t-on D ∈ R ? 5) Pour tout r ∈ Z, on note Tr =
∑
−= 1 + 0
)² ( n
k k
ωr .
a) En considérant Tr+1 − Tr , montrer que (∀r) Tr = T.
b) En déduire que | T |2 =
∑
−= 1
0 n
r
∑
−=
− 1 + 0
² )² ( n
s
r s
ω r .
n si n = 2p + 1
c) Montrer à partir de cette expression que | T | = 2n si n = 4p 0 si n = 4p + 2 6) Montrer que Q est diagonalisable ; quelles sont ses valeurs propres possibles ?
En discutant selon la parité de n, déterminer les espaces propres de Q et préciser leurs dimensions.
7) Montrer que P est diagonalisable, et a pour valeurs propres possibles n, − n, i n, −i n. 8) On note an, bn, cn et dn les ordres de multiplicité respectifs des valeurs propres éventuelles n,
− n, i n, −i n de P.
a) Exprimer T en fonction de an, bn, cn et dn. En déduire (an − bn)2 + (cn − dn)2 en fonction de n.
b) Calculer an + bn et cn + dn en fonction de n, selon sa parité.
c) Quelle relation supplémentaire obtient-on à l’aide de la valeur de D ?
9) Calculer (an , bn , cn , dn) en distinguant quatre cas : n = 4k + 1, 4k + 3, 4k + 2 et 4k.
Que peut-on seulement conclure lorsque n = 4k ? B. Deuxième partie.
1) Soit ν(n) = card{ (h, k) ∈ [1, n]2 ; phk = 1 } le nombre de 1 figurant dans la matrice P.
Montrer que ν(n) = card{(h,k) ∈ (Z/nZ)2 ; h.k =0} =
∑
−= 1
0
) , gcd(
n
h
n h
p =
∑
h d
d.ϕ( d n ) où ϕ est l’indicateur d’Euler.
2) Montrer que ν est une fonction « multiplicative », en ce sens que : ν(1) = 1 , pgcd(m, n) = 1 ⇒ ν(m.n) = ν(m).ν(n).
3) Si p est premier, et k ≥ 1, montrer que ν(pk) = pk−1 ( p + k.(p−1)) ; en particulier, ν(p) = 2p−1.
Exprimer ν(n).
C. Troisième partie
A tout (a0, a1, ..., an−1) ∈ Cn on associe la matrice cyclique d’ordre n :
M(a0 , ... , an−1) =
−
−
−
0 1 2
1
1 0 2
1 0 1
1 1
0
...
...
...
...
...
...
...
...
...
...
...
...
a a a a
a a a
a a a
a a
a
n n
n
, et on note Ω = M(0, 1, 0, ..., 0) =
0 0 ...
0 1
1 0 ...
0 0
...
...
...
...
...
0 ...
1 0 0
0 ...
0 1 0
,
1) Montrer que M(a0, a1, ... , an−1) = a0.I + a1.Ω + ... + an−1.Ωn−1 . Calculer Ωn .
2) Montrer que l’ensemble E des matrices M(a0, a1, ..., an−1) est une sous-algèbre commutative, de dimension n de Mn(C).
3) Trouver les valeurs et vecteurs propres de Ω. Diagonaliser Ω.
4) Déduire de ce qui précède que toutes les matrices M(a0 , a1, ... , an−1) sont diagonalisables.
Soit f(z) = a0 + a1.z + ... + an−1.zn−1 . Montrer que det M(a0 , a1, ... , an−1) =
∏
=−10
) (
n
k
f ωk .
Application : calculer
1 1 ...
2
...
...
...
...
...
2 ...
1 1
1 ...
2 1
...
3 2 1
n n
n n
n
n n
n
−
−
− −
.
5) Convergence et limites des suites (an), (bn) et (cn) définies par : an+1 =
4 1b
n + 4 3c
n , bn+1 = 4 3a
n + 4 1c
n , cn+1 = 4 1a
n + 4 3b
n . __________
Solution
Références :
Mines Ponts 1982, RMS fév. 83, p. 263 ENS Ulm-Lyon 2001
Queysanne, Algèbre, n° 258-259, p. 364
Faddeev-Sominski, Exercices d’algèbre, n° 126 p. 19 et n° 933-934 p. 126 Arnaudiès-Fraysse, Algèbre 1, ex. 9 p. 637
Borevitch-Shafarevitch, Théorie des nombres Monier, Analyse 2, p. 128-129
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Problème 43 : Primarité des nombres de Mersenne
Dans ce problème, p désigne un nombre premier > 3, Fp le corps quotient Z/pZ, et n la classe modulo p de l’entier n.
Si A est un anneau fini d’unité e, on appelle ordre d’un élément inversible a de A le plus petit entier n > 0 tel que an = e.
Pour toute matrice carrée M à coefficients dans un corps, on note ∆(M) son déterminant, T(M) sa trace.
Les questions III.1) et III.2) sont indépendantes des parties I et II.
I
1) Soit Ap l’ensemble des matrices à coefficients dans Fp de la forme R = λ.M + µ.I, où M =
−10 1
4 et I =
1 0
0
1 , (λ, µ) ∈ F
p
2. Montrer que Ap est un anneau commutatif pour les opérations usuelles. Donner le nombre des éléments de Ap .
2) Calculer T(R) et ∆(R) pour R ∈ Ap ; puis exprimer T(R2) et ∆(R2) en fonction de T(R) et ∆(R).
3) Montrer que deux quelconques des conditions suivantes impliquent la troisième : a) T(R) = 0 ; b) ∆(R) = 1 ; c) l’ordre de R est 4.
4) On considère la suite des entiers (Yk)k≥0 définie par : Y0 = 2 , Yk+1 = 2Yk2 − 1, k ≥ 0.
Comparer Yk et T(M2k ).
5) Montrer que M est d’ordre 2k si et seulement si p divise Yk−2. II
1) Montrer que Ap est un corps si et seulement si 3 n’est pas le carré d’un élément de Fp. 2) Dans cette question, on suppose que 3 est un carré dans Fp ( avec 3 = a2 , a ∈ Fp ).
a) Montrer que M est semblable à une matrice diagonale.
b) En déduire que Ap est isomorphe à l’anneau produit Fp×Fp, puis donner le nombre des éléments de Ap de déterminant 1, ainsi que celui de ses éléments inversibles.
3) Dans cette question, on suppose que 3 n’est pas un carré dans Fp.
a) Montrer que ∆ donne un homomorphisme du groupe multiplicatif des éléments non nuls de Ap dans celui des éléments non nuls de Fp.
En déduire que le nombre des éléments de l’image de ∆est un diviseur de p − 1, et que celui des éléments du noyau de ∆ est un multiple de p + 1.
b) Vérifier que pour tout λ ∈ Fp il y a au plus 2 éléments µ ∈ Fp tels que ∆(λ.M + µ.I) = 1. Donner le nombre des éléments de Ap de déterminant 1.
4) Montrer que l’ordre de M divise le nombre des éléments de Ap de déterminant 1. En déduire que p divise Yk−2 ⇒ 2k divise p − 1 ou p + 1.
III
On suppose dans cette partie que p est de la forme 2m − 1.
1) Montrer que m est impair et que 3 divise p − 1. Etablir aussi que 2 est un carré dans Fp, et que
−1 n’en est pas un.
2) Montrer que les ordres des éléments non nuls de Fp divisent p − 1, mais ne divisent pas tous 3
−1
p . En déduire qu’il existe un élément b de Fp d’ordre 3. Calculer ( 2b + 1 )2.
3) Montrer que ni 3 ni 6 ne sont des carrés dans Fp. Prouver que les ordres des éléments de Ap de déterminant 1 divisent 2m mais ne divisent pas tous 2m−1.
4) Résoudre l’équation X2 = M , X ∈ Ap. 5) Quel est l’ordre de M ?
IV
1) Etablir le critère suivant :
« Soit q un entier ≥ 3 ; alors 2q− 1 est premier si et seulement si 2q – 1 divise Yq−2 » . 2) Décomposer Y3 en facteurs premiers. Montrer que 27 − 1 est premier.
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Corrigé : test de Lucas de primarité des nombres de Mersenne
A la frontière de l’arithmétique, de l’algèbre générale et de l’algèbre linéaire, ce problème de théorie algébrique des nombres, vieux de 40 ans est doublement remarquable : d’une part, son énoncé est simple, et était parfaitement adapté aux programmes d’alors ; d’autre part, il démontre un résultat utile et profond, le test de primarité des nombres de Mersenne trouvé en 1876 par le mathématicien Edouard Lucas (1842-1891). Or les plus grands nombres premiers connus sont des nombres de Mersenne et la recherche des très grands nombres premiers est d’un grand intérêt en cryptographie.
Le moine philomathe Marin Mersenne (1588-1648) s’est intéressé au nombres qui portent son nom parce qu’ils sont liés aux nombres parfaits, qui sont les nombres égaux à la somme de leurs diviseurs stricts. Au 4e siècle av J.C., Euclide avait démontré que si M = 2p – 1 est un nombre premier, alors M(M + 1)/2 = 2p−1( 2p – 1 ) est un nombre parfait. Au 18ème siècle, Euler a prouvé que tous les nombres parfaits pairs sont de cette forme (aucun nombre parfait impair n’est connu).
Première partie : l’anneau Ap .
1) Montrons que Ap est un anneau commutatif à p2 éléments.
a) Pour montrer que Ap est un anneau pour les opérations usuelles, il suffit de montrer que c’est un sous-anneau de M2(Fp), c’est-à-dire que I ∈ Ap , R et R’ ∈ Ap ⇒ R − R’ ∈ Ap et R.R’ ∈ Ap.
Les deux premières assertions sont faciles, seule la troisième demande à être justifiée.
Pour démontrer que R et R’ ∈ Ap ⇒ R.R’ ∈ Ap, il suffit de démontrer que M2 ∈ Ap. Cela peut se vérifier directement, car M2 =
−
−4 1 4
15 =
4.M – I
Ou bien, de manière plus savante, en utilisant le théorème de Hamilton-Cayley, qui affirme que M annule son polynôme caractéristique X2 − T(M).X + ∆(M).
M2 − T(M).M + ∆(M).I = M2 − 4.M + I = 0 implique derechef M2 = 4.M – I . La commutativité de Ap découle de ce que I et M commutent.
b) L’application (λ, µ) ∈ Fp
2 → λ.M + µ.I ∈ Ap est bijective, donc Ap a p2 éléments.,
Ap est un sous-anneau commutatif à p2 éléments de l’anneau non commutatif M2(Fp) à p4 éléments.
Remarque : Ap est même une sous-algèbre commutative de M2(Fp).
M n’est pas une homothétie, donc M et I sont libres dans M2(Fp), et Ap est le plan vectoriel engendré par (M, I).
En vertu du théorème d’Hamilton Cayley, M2 − T(M).M + ∆(M).I = M2 − 4.M + I = 0,
donc M2 = 4.M − I. Il en résulte, par bilinéarité du produit, que le produit de deux éléments de Ap est élément de Ap. Par conséquent, Ap est une sous-algèbre unifère de M2(Fp).
La table de multiplication de la base (I, M) est donnée par : ×××× I M
I I M M M − I + 4M Elle est symétrique, donc Ap est commutative.
Cette algébre est isomorphe à l’algèbre quotient Fp[X]/(X2 − 4X + 1), car le morphisme d’évaluation P ∈ Fp[X] → P(M) ∈ M2(Fp) a pour noyau l’idéal (X2 − 4X + 1) engendré par le polynôme minimal de M, et pour image Ap.
2) Traces et déterminants.
Soit R = λ.M + µ.I =
−+ µ λµ λ λ .
4 ∈ A
p .
Par linéarité de la trace, T(R) = λ.T(M) + µ.T(I) = 4λ + 2µ
Et ∆(R) = (4λ + µ).µ + λ2 = λ2 + 4λµ + µ2 = (λ + 2µ)2 − 3µ2. La multiplicativité du déterminant implique aussitôt que ∆(R2) = ∆(R)2.
Pour exprimer T(R2), le mieux est d’observer (Hamilton-Cayley) que R2− T(R).R + ∆(R).I = 0, Donc R2 = T(R).R − ∆(R).I et, par linéarité de la trace, T(R2) = T(R)2 − 2.∆(R).
3) Montrons que deux quelconques des conditions suivantes impliquent la troisième : a) T(R) = 0 ; b) ∆∆∆∆(R) = 1 ; c) l’ordre de R est 4.
a) et b) ⇒ c). Si T(R) = 0 et ∆(R) = 1 , R2 = T(R).R − ∆(R).I = − I, donc R4 = I.
L’ordre de R est ≤ 4, et même égal à 4, puisque R2 ≠ I.
a) et c) ⇒ b). Si T(R) = 0, R2 = T(R).R − ∆(R).I = − ∆(R).I, donc R4 = ∆(R)2.I.
Comme R est d’ordre 4, R4 = I, donc ∆(R)2 = 1, donc ∆(R) = ±1. Comme R2≠ I, donc ∆(R) = 1.
Attention, R4 = I n’implique pas R2 = ± I, mais seulement que R2 est une symétrie vectorielle.
b) et c) ⇒ a). Si ∆(R) = 1, T(R2) = T(R)2− 2.∆(R) = T(R)2− 2. D’où R4= T(R2).R2−∆(R2).I = ( T(R)2− 2).R2−I
Comme R4= I , ( T(R)2 − 2).R2 = 2 I (*).
Comme p > 2, 2 ≠ 0 ainsi que T(R)2− 2, donc R2 = α.I. Comme R4= I , α2 = 1, donc α = ±1. Comme R2 ≠ I, α = −1.
Reportant dans (*), il vient T(R)2 = 0, donc T(R) = 0. 4) Etude d’une suite récurrente.
La suite d’entiers (Yk)k≥0 définie par : Y0 = 2 , Yk+1 = 2Yk2 − 1 , k ≥ 0 , commence ainsi : (Yk ) = ( 2 , 7 , 97 , 18817 , 708158977 , … ).
T(M20) = T(M) = 4.
T(M2k+1) = T((M2k)2) = T(M2k)2 − 2.∆(M2k ) = T(M2k)2 − 2..
Par conséquent, la suite (T(M2k )) commence ainsi :
(T(M2k)) = ( 4 , 14 , 194 , 37634 , 1416317954 , … ) Il apparaît que : Tk = T(M2k) = 2.Yk dans Fp.
Une récurrence facile confirme cette conjecture.
Remarque : la suite (Yk) « se calcule », en ce sens que, si l’on pose : Y0 = ch a , ou plutôt a = Argch 2 , il vient aussitôt, par récurrence :
Yk = ch(2k.a) = ½ ( exp(2k.a) + exp(−2k.a) ) = ½ ( exp(2k.a) + o(1).
Il en résulte que la suite d’entiers (Yk) tend très vite vers l’infini.
5) Montrons que M est d’ordre 2k si et seulement si p divise Yk−−−−2.
M et toutes ses puissances appartiennent au groupe Gl2(Fp), et même à Sl2(Fp) = { A ; det A = 1} . M n’est pas d’ordre 2, car M2 =
−
−4 1 4
15 ≠ I ( −
1≠ 1 notamment, car p > 2).
• Si M est d’ordre 2k, alors k ≥ 2 et M2k−2 est d’ordre 4. Comme ∆(M2k−2) = 1, on a, en vertu de (I.3, b) et c) ⇒ a)) T(M2k−2) = 0, i.e.Tk−2 = 0, i.e. 2.Yk−2 = 0, i.e. p | 2.Yk−2 .
Comme p est premier impair, p | Yk−2 .
• Si p divise, p | Yk−2 , T(M2k−2) = 0. Comme ∆(M2k−2) = 1, on a, en vertu de (I.3, a) et b) ⇒ c)), M2k−2 est d’ordre 4, donc M est d’ordre 2k.
Deuxième partie : les deux structures possibles de l’anneau Ap.
1) Montrons que Ap est un corps si et seulement si 3 n’est pas un carré dans Fp. a) Supposons 3 non carré dans Fp.
Alors ∀(a, b) ∈ Fp×Fp a2 – 3.b2 = 0 ⇒ a = b = 0 car b ≠ 0 impliquerait 3 = ( a / b )2 .
Soit R = λ.M + µ.I ∈ Ap . On a vu que ∆(R) = (λ + 2µ)2 − 3µ2.
Donc ∆(R) = 0 ⇒ (λ + 2µ)2 − 3µ2 = 0 ⇒ λ + 2µ = µ = 0 ⇒ λ = µ = 0 ⇒ R = 0.
Du coup, R ≠ 0 ⇒∆(R) ≠ 0. R est inversible, et son inverse est élément de Ap en vertu de Hamilton Cayley, car R ( R −T( R).I ) = ( R − T(R).I ).R = −∆(R ).I
implique R–1 = ) (1
∆−R ( R − T(R).I ) ∈ Ap. b) Si 3 non carré dans Fp, 3 = a2.
Posons R = ( a − 2).M + I. C’est un élément non nul de Ap, de déterminant nul ∆(R) = a2− 3. R est non inversible dans Ap. Donc Ap n’est pas un corps.
Mieux, même ! R.( R – T(R).I ) = 0. Comme a ≠ 2, R n’est pas une homothétie, R et R – T(R).I sont non nulles, donc Ap n’est pas intègre.
Remarque : Nous avons vu en I que Ap est isomorphe à l’anneau quotient Fp[X]/(X2− 4X + 1), lequel est un corps ssi le polynôme X2− 4X + 1 est irréductible dans Fp[X], i.e. si son discriminant
∆ = 4(4 −1) = 4.3 n’est pas un carré ; cela équivaut à dire que 3 n’est pas un carré.
2) Structure de Ap lorsque 3 est un carré.
a) Montrons que M est diagonalisable dans M2(Fp) .
M a pour polynôme caractéristique X2− 4X + 1, lequel a pour racines 2 ± a
Or ces deux racines sont distinctes, car a ≠ 0 ( c’est là qu’intervient l’hypothèse p > 3 ).
Par conséquent, M a deux valeurs propres distinctes, donc est diagonalisable dansM2(Fp) . ∃P ∈ Gl2(Fp) P−1.M.P =
+ −
a a
2 0
0 2
b) Montrons que Ap est isomorphe à l’anneau produit Fp×Fp, Soit R = λ.M + µ.I. On a P−1.R.P =
+ + −
+ µ λ µ
λ
) 2 ( 0
0 )
2 (
a
a .
Toutes les matrices R sont simultanément diagonalisables.
L’application R → P−1.R.P est un isomorphisme de l’anneau Ap sur l’anneau des matrices diagonales, lequel est isomorphe à Fp×Fp .
Conclusion : l’application R → (λ(2 + a) + µ, λ(2 − a) + µ) est un isomorphisme de l’anneau Ap
sur l’anneau Fp×Fp . c) Dénombrements.
Les éléments inversibles de Fp×Fp sont les éléments de Fp*×Fp* ; ils sont au nombre de (p − 1)2. Le groupe multiplcatif des inversibles de Ap a donc (p − 1)2 éléments.
Les éléments de Ap de déterminant 1 correspondent aux couples (α, 1/α), où α est un élément non nul de Fp. Ils sont donc au nombre de p – 1.
3) Structure de Ap lorsque 3 n’est pas un carré.
a) ∆ donne un homomorphisme du groupe multiplicatif des éléments non nuls de Ap dans celui des éléments non nuls de Fp.
Im ∆ est un sous-groupe de Fp*, donc d = card ( Im ∆ ) divise p – 1. Posons p – 1 = dq.
Ker ∆ est un sous-groupe (distingué) de Ap* de cardinal
) (Im
*) ( ∆ card
A card p
= p q p
/ ) 1 (
1
−²− = ( p + 1 ).q.
En déduire que le nombre des éléments de l’image de ∆est un diviseur de p − 1, et que celui des éléments du noyau de ∆ est un multiple de p + 1.
b) Cardinal de Ker ∆.
Fixons λ ∈ Fp L’équation ∆(λ.M + µ.I) = 1 s’écrit µ2 + 4λµ + λ2 − 1 = 0.
C’est une équation du second degré dans le corps Fp ; elle a au plus deux solutions.
Ainsi, Ker ∆ a au plus 2p éléments. Le seul multiple de p + 1 qui soit ≥ 1 et ≤ 2p est p + 1.
Par conséquent :
card Ker ∆ = p + 1 et card Im ∆ = p – 1. L’homomorphisme ∆ est surjectif.
4) M est élément du groupe Ker ∆, donc son ordre divise le cardinal de Ker ∆, p + 1 lorsque 3 n’est pas un carré, p – 1 lorsque 3 est un carré.
Si p divise Yk−2 , par I.5), M est d’ordre 2k donc 2k divise p − 1 si 3 est un carré, p + 1 si 3 n’est pas un carré.
Troisième partie : nombres de Mersenne premiers.
Remarque préliminaire : nombres de Mersenne.
A tout entier m ≥ 0 on associe le nombre de Mersenne Mm = 2m – 1.
La suite (Mm) = ( 0 , 1 , 3 , 7 , 15 , 31 , 63 , 127 , 257 , … )
des nombres de Mersenne est une suite récurrente arithmético-géométrique, donnée par : M0 = 0 , Mm+1 = 2.Mm + 1 .
Les nombres de Mersenne sont les repunit en base 2, puisque leurs développements binaires sont : (Mm) = ( 0 , 1 , 11 , 111 , 1111 , 11111 , 111111 , … )
Exercice : 1) Démontrer que m | n ⇒ Mm | Mn .
2) Démontrer que le pgcd de deux nombres de Mersenne en est un, plus précisément que : pgcd( Mm , Mn ) = Mpgcd(m, n) .
Proposition : Si Mm est premier, m est premier. La réciproque est fausse.
Preuve : Tout d’abord, Mm est premier, m est ≥ 2.
Si m est composé, écrivons m = ab, avec a et b > 1.
Alors Mm = 2m – 1 = 2ab – 1 = ( 2a – 1 )( 2a(b-1) + 2a(b-2) + … + 2a + 1 ).