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Academic year: 2022

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Texte intégral

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LE QUOTIDIEN DE L'EXPRESSION CORPORELLE travail pluri-disciplinaire

L'expression corporelle comme point de départ

CABAN ES

2nd degré

Cours de français, samedi, 8 à 9 heures.

Le prof de dessin va commencer avec les 6° un travail sur la maison

. .

.

1magrna1re.

Ça m'intéresse bigrement.

J'aimerais voir comment ils perçoivent l'espace qui les entoure, qui les emmure et comment de là ils bâtissent dans l'imaginaire.

On va dans le couloir, espace libre.

Jeu, règle. - Tu prends autant de copains que tu veux et tu bâtis avec leurs corps une surface habitable.

Ça dure trois quarts d'heure avec des variantes proposées par quelques- uns:

- moins de matériaux, - ·pas de vraies maisons.

Au bout de trois quarts d'heure : lassitude et problèmes relationnels resurgissent (on utilise toujours les mêmes copains).

On rentre en classe et on s'installe bien pour faire automatique (on écrit dès qu'on a des images dans suggestion : commencer par ma maison c'est. ..

On lit oralement ces textes très révélateurs.

un peu la tête),

d'écriture

PUIS une

« Dans ma maison, le temps n'existe pas ; il

y

a une machine

à

rêves. »

«Ma maison c 'est un bloc de couleurs, des piliers vivants, des fenêtres fantômes, des portes imaginaires, des salles encastrées dans la campagne.

des lumières étranges et fulgurantes et des robinets flottant sur l ' espace mort. »

«Ma maison c'est comme des pétales ...

»

« Ma maison c'est quatre grosses boules séparées de un mètre les unes des autres mais qui se rejoignent par des tuyaux. Ces boules sont disposées en rond et au milieu il

y

a un masszf de fleurs. Chaque boule forme une pièce (chambre. cu isin e. toilette. ga rage/saLle de jeux) . , ,

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DES CABANES

ter degré

LE CADRE : une école à classe unique. Dans un coin de la cour, de grosses pierres plates, quelques planches, vestiges de travaux récents.

Dans le préau fermé donnant sur la cour : quelques cartons et un tas de baguettes de bois que je ne sais pas où ranger.

LES ENFANTS : ils sont 21, ils ont entre 5 et 11 ans, ils n'ont jamais connu l'expression libre à l'école, ils ont rarement joué dans la cour auparavant.

MOl : c'est ma première année en classe unique, après des années de maternelle.

(Je décide de les observer pendant les récréations.)

Au début de l'année scolaire, je constate que quelques enfants se servent des grosses pierres de la cour pour jouer :

Ils les empilent, y posent une planche : c'est une balançoire ; - D'autres enfants les imitent.

Ils se mettent par deux, par affinité. Les filles refusent de se balancer avec un garçon, mais au bout de quelques récréations, les groupes sont mixtes.

- Toute la classe se balance en chantant. (Moment d'harmonie.)

Puis les grands garçons retournent au foot, quelques filles se mettent à jouer des saynètes et les autres restent aux balançoires :

- Ils se balancent à deux, à trois, couchés, assis, debout, en sautant, etc.

- Ils défont tout et construisent un circuit avec les planches : ils passent dessus en courant, à quatre pattes, etc., puis les planches deviennent un toboggan et les pierres des chevaux ...

(Exploration motrice d'une grande richesse.)

Les grands garçons n'osent pas se mêler aux jeux des filles. Un jour ils ne sortent pas, mais restent dans le préau. Avec des baguettes et les cartons, ils se construisent une sorte de cabane dans laquelle ils se serrent. De là ils provoquent les autres. Mais leur cabane est très fragile, au moindre mouvement elle s'écroule.

Je leur propose un grand tissu pour que ça tienne mieux. Ils acceptent et je l'apporte.

(C'est la première fois que j'interviens.)

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Les voilà plus détendus dans leur cabane. Les autres enfants se rappro- chent et voudraient aussi leur cabane. Mais il n'y a presque plus de baguette ...

Le lendemain, un camion vient décharger à côté de l'école une cabine

téléphonique neuve dans son carton. Tous ensemble, nous allons

demander le carton et nous le traînons triomphalement dans le préau.

Puis, sans s'être concertés, plusieurs enfants arrivent ... qui avec un grand carton, qui avec un grand tissu, qui avec un coussin ... Il y a maintenant cinq cabanes occupées. Seules deux ou trois fillettes n'ont pas réussi à se caser. Elles viennent se plaindre. Je leur pose une planche contre un mur, elles se cherchent un grand tissu (entre temps, j'en ai apporté tout un tas) et les voilà chez elles.

Pendant plusieurs récréations, les enfants disparaissent dans leurs cabanes. Avant d'entrer en classe, ils vont y faire un tour. Puis je me rends compte que les peintures, la colle, les ciseaux. .. prennent le chemin des cabanes pendant les récréations : r:'est une grande période de décoration «sauvage» qui commence à l'intérieur, à l'extérieur, peinture sur tissu, mobiles ...

Quelques problèmes surgissent :

- Au gré des disputes, les habitants des cabanes déménagent les uns chez les autres ;

Des «trésors» sont rangés dans les cabanes ... et disparaissent parfois.

- Un des petits démolit tout, alors on le chasse de partout ;

- L'une des grandes filles va habiter chez les garçons : ses parents la grondent et le lui interdisent.

C'est l'époque où j'introduis les premières réunions de coopérative : elles tournent toutes autour d'une sorte de réglementation des cabanes par les

enfants ...

Puis les enfants y écrivent :

des textes ; .

- des affiches qui en permettent ou interdisent l'entrée ;

- des lettres de cabane à cabane (déclaration d'amour, injures).

Des enfants y emmènent des fiches à faire, des jeux ...

Jusqu'au printemps, ils ne se lassent pas de leurs cabanes. Puis le soleil et les fleurs nous attirent dehors pour de nouvelles découvertes.

Marguerite VAN DE VELDE

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De 10 à 11 heures, ils commencent avec J .-P. (prof de dessin) des maquettes de leur maison imaginaire.

Rendez-vous au produit fini ...

Beaucoup de ces maisons sont prison, château-fort, cube troué d'yeux vides (comme le C. E.S. ). Ces maisons-là ont été dé- truites ...

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Restent ces quatre-là

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Le continu corporel qui s'est instauré là : jouer-écrire/ dé- crire-fabriquer est le garde-fou qui préserve leur possibilité d'action dans ce milieu mor- celé qu'est pour nous tous le C.E. S.

Dominique LAURENCEAU

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