A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION B
T HIERRY B OUSCH
Le poisson n’a pas d’arêtes
Annales de l’I. H. P., section B, tome 36, n
o4 (2000), p. 489-508
<http://www.numdam.org/item?id=AIHPB_2000__36_4_489_0>
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Le poisson n’a pas d’arêtes
Thierry
BOUSCHCNRS URA 1169, Mathématique, Université de Paris-Sud, 91405 Orsay Cedex, France Reçu le 29 Juin 1999, révisé le 3 Novembre 1999
© 2000 Éditions scientifiques et médicales Elsevier SAS. All rights reserved
RÉSUMÉ. - Soit =
2x)
l’ensemble desprobabilités
boréliennes
de 1f1
1 invariantes par doublement. On démontre que pourtoute fonction de la forme
Pw(t)
=~)),
il existe ununique
JL E réalisant le maximum et que le
support
de cettemesure est contenu dans un demi-cercle. En
particulier
laprojection
deÀ4 dans C définie par JL
H f exp(2i03C0t) dp,
dontl’image
est uncompact
convexe
(que
nousappelons le poisson),
est en fait strictement convexe ; il neporte
pas d’arêtes sur son bord. Nous démontronségalement
que la mesure maximisante estpériodique
pour tout w hors d’un certain ensemble de mesure zéro et de dimension de Hausdorff zéro. © 2000Éditions scientifiques
et médicales Elsevier SASABSTRACT. - Let =
M(T1, x ~ 2x)
be the set of Borelprob-
abilities on
1f1
1 which are invariantby angle-doubling.
We prove that for each functionPw (t)
=~)),
there isexactly
one elementJL E which
maximises 03C1d ,
and that thesupport
of this mea-sure is contained in a semicircle. In
particular,
theimage
of the mapexp(2i03C0t)d ,
which is acompact
and convex set ofC,
is in factstrictly
convex; it doesn’t contain any linesegments
on itsboundary.
Wealso prove that the
maximising
measure isperiodic
for every wexcept
on a set which has measure zero and Hausdorff dimension zero. © 2000
Éditions scientifiques
et médicales Elsevier SAS1.
ENONCÉ
DUPROBLÈME
Soit le cercle
unité,
muni del’application x
1-+2x,
et M l’ensembledes
probabilités sur T1 invariantes
par cetteapplication.
C’est un espacemétrique compact,
convexe,qu’on peut
considérer comme lecomplété
de l’ensemble des orbites
périodiques.
Sur cet espace, on veut étudier leproblème
variationnel suivant : pour p :1f1 2014~N.
continuedonnée,
trouverle ou les
éléments
G Mqui
réalisent le maximumde j
pDans cet
article,
nous étudierons les fonctions p lesplus simples possibles (après
lesconstantes),
à savoir lespolynômes trigonométriques
de
degré
un : _avec
(0,0).
Nous démontronsqu’il
existe une et une seulemesure invariante
qui
maximisel’intégrale
de p, etqu’il s’agit
d’unemesure de Sturm. Ces mesures
(ou
leursupport, plutôt) apparaissent
dansde nombreux autres
problèmes
desystèmes dynamiques.
Dans lechapitre suivant,
nous allonsrappeler
sans démonstration un certain nombre de résultatsclassiques
sur ces mesures, dont nous aurons besoin par la suite.1.1. Un autre
point
de vue : lepoisson
Soit p l’application
de M dans C = définie parCette
application (qu’il
faut penser comme uneprojection
d’un espace de dimension infinie dans un espace de dimensiondeux)
est continueet
affine,
donc sonimage P
=p (.JVI)
est uncompact
convexe duplan,
contenu dans le
disque
unité. Cecompact présente l’aspect
ci-dessous(Fig. 1 ) ;
nousl’appellerons
lepoisson.
Chercher la mesure invariante
maximisant J a cos 2n t
+,8
sin 2~c téquivaut
à chercher(i)
lespoints (~)
dupoisson
pourlesquels
ax +~8y
estmaximum,
et(ii)
lesmesures qui
seprojettent (par p)
en cespoints.
Si on cherche seulement la valeur du
maximum,
lapremière étape
seuleest utile.
En
particulier,
si on sait démontrerqu’il
existe uneunique
mesuremaximisante pour tout
(a, f3) # (0, 0),
alors ceciimplique
enparticulier
que le bord du
poisson
ne contient aucunsegment. (Le
dessin de Psuggère
lecontraire,
mais le bord ne contient effectivement aucunearête ;
en
revanche,
le bord est très bienapprochable
par despolygones
avec unpetit
nombred’arêtes.)
1.2.
Exemples d’applications
La connaissance
explicite
des mesures maximisantespermet
de borner de manière fine les sommes deBirkhoff ;
parexemple,
si on saitdémontrer que pour
pet)
=sin 203C0t,
la mesure maximisante est la mesurede Sturm de
paramètre 1 /4,
alors onpeut
en déduire queet la constante
15/8
nepeut
pas être améliorée.Une autre
application possible
est l’étude de la bifurcation d’un Cantorhyperbolique (initialement),
et enparticulier
la recherche de la mesureinvariante de
plus petit exposant
deLyapounov ;
on supposequ’il s’agira
le
plus
souvent d’unpoint
fixe oupériodique,
mais l’étudeci-après
laisseentendre que ce minimum
pourrait
être atteint sur une mesure invarianteplus compliquée,
comme une mesure de Sturm.2. LES MESURES DE STURM
Il existe une classe
remarquable
de mesures invariantesdépendant
d’un
paramètre,
que l’onpeut
définir sur ou surf 0, l}N
munisdu
décalage
deBernoulli,
ou surlF~
muni du doublement. Dans les deuxpremiers
cas, leparamètre
p décrit[0, 1 ],
mais dans le cas du cercle leparamètre
vit dansR/Z,
i.e. les mesures et pi sont confondues(il s’agit
du Dirac enzéro).
Ces mesures sont connuesdepuis longtemps (voir
enparticulier [1]
et[7]) et je
me contenterai derappeler
leurdéfinition et leurs
principales propriétés,
sans démonstration. Onpourrait
se contenter de ne définir les IL p que sur le Cantor
bilatéral ;
les mesuressur le Cantor unilatéral et le cercle s’en déduisent par
projection.
2.1. Définition
quasi-périodique
La mesure pp sur
{O,
ouf 0,
est telle que le chiffre "1" yapparaît
avecprobabilité
p. Il fauts’imaginer
que, pour toutpoint
dans lesupport,
les "0" et les "1" sontmélangés
de la manière laplus régulière possible.
Pour
cela,
considérons la rotationd’angle
p sur lecercle,
et la suitedéfinie par tn+ + p modulo
1,
et soit(xn)
la suite définie par xn = 1si tn
est dans l’intervalle[0, p [
et xn = 0 dans le cas contraire. On a doncune
application
deR/Z
dans leCantor, qui à to
associe une certaine suite(xn)n~N
ouqui
est son itinéraire par la rotation. La mesureimage
de la mesure de
Lebesgue
par cetteapplication
sera la mesureQuand
p est rationnel(écrivons
lep/q,
la fraction étantirréductible)
alors on voit que est
portée
par uncycle périodique
depériode
q.En
particulier,
po et pi 1 sont des diracsportés
par lespoints
fixes 0 et 1respectivement.
2.2. Caractérisation
"lexicographique"
Il se trouve que le
support
de est uncompact
invariantuniquement ergodique,
si bien que sa donnée caractérise la mesure, etqui présente
la
propriété
suivante : si ...g3g2g1 dl d2d3 ...
et...g3 g2 g 1 d 1 d2 d3 ...
sontdeux
points
def 0, 1 }~
dans lesupport
de la mesure, alors on nepeut
avoir simultanément g1g2g3 ... g’1g’2g’3 ...
etd1d2d3
...d
..., oùdésigne
l’ordrelexicographique.
Une autreformulation, équivalente,
estque si w est un mot de
longueur quelconque
sur{0,1},
alors on nepeut
pas avoir dans lesupport
à la fois unpoint
de la forme ... 0~0... et unSi on reformule cette condition sur le cercle
Tl
au lieu duCantor,
alorscela revient à dire que le
support
de la mesure est contenu dans un demi- cercle. On consultera[1]
pourplus
de détails.PROPOSITION-DÉFINITION. - Il existe une et une seule
proba
inva-riante dont le support est contenu dans un demi-cercle donné. Une me- sure sera dite "de Sturm " si elle
vérifie
cettepropriété.
On prouve
également
que pour tout x dans lesupport
de J1 p, les itérées xi= 2i x
sontdisposées
sur le cercle dans le même ordre que si on itérait la rotation x H x + p, où p est leparamètre
de la mesure de Sturm.Pour cette
raison,
nousl’appellerons également "l’angle
de rotation" de la mesure de Sturm.2.3. Définition par renormalisation
La
propriété
énoncée dans leparagraphe précédent
nouspermet
de direqu’en
toutpoint (autre
que0)
dans lesupport
de J1p, lesespacements
entre l’ consécutifs nepeuvent
valoir que n ou n + 1 pour n =lp -1 J .
Autrement
dit,
ce mot infini en 0 et 1peut
être considéré comme un mot infini construit avec les deux lettresRéécrivons le mot en fonction de z et u,
puis remplaçons
z et u par 0 et 1. Alors cette nouvelle suite de 0 et 1 vérifiera exactement les mêmespropriétés
que la suite dont on étaitparti,
la seule différence étant la densité de 1qui
vaut maintenantp’
=p"~ 2014~={p’~}.
Onpeut
réitérerce processus, un nombre fini ou infini de fois selon que p est rationnel
ou non, les n
apparaissant
àchaque étape
étantsimplement
lesquotients partiels
dudéveloppement
en fraction continue de p.Nous n’utiliserons pas cette caractérisation des mesures de Sturm.
3.
LELEMMEDEMANÉ
Un résultat essentiel pour la recherche et l’étude des mesures maxi- misantes est le
suivant ;
ils’agit
d’une variante d’un lemme énoncé et démontré par Mané(voir [8])
dans un cadre très différent et par des mé- thodes trèsdifférentes,
mais il y aquand
même des ressemblances.Nous l’énoncerons dans le cas de
l’application
dedoublement,
avecune fonction p
lipschitzienne ;
mais onpourrait
aussi bienprendre
n’importe quelle application expansive,
et p hölderienne. La notation=
,c,c" signifie
que laproba
p est invariante par doublement.LEMME A. - Soit p :
Tl
-~ Rlipschitzienne
de constante k. Alors il existe unefonction continue ~ : ~ 1 -~
R et une constante~B
telle queDémonstration. - Soit l’ensemble des fonctions
k-lipschitz-
iennes
de ’Jr1 dans R,
muni de la distanceuniforme,
etLip’k
=Lipk/ {cons- tantes } . L’opérateur
Q défini parenvoie
Lipk
dans lui-même defaçon continue,
et passe auquotient
en unopérateur
continu Q’ deLip~
dans lui-même. MaisLip~
estcompact
etconvexe, donc Q’ y admet au moins un
point fixe,
en vertu du théorèmede
Leray-Schauder-Tychonov.
Cequi
prouve le lemme.En
fait,
nous n’avons pas besoin du théorème deLeray-Schauder- Tychonov
sous sa forme laplus générale ;
eneffet,
il diminue les distances(et
donc Q’également) :
Il suffit donc
d’approcher
Q’ par desopérateurs
contractants(envoyant
Lip~
danslui-même) puis
deprendre
une valeur d’adhérence de la suite despoints
fixes. DLEMME
B . - Sicp,
p et~B vérifient l’équation fonctionnelle ci-dessus,
alors ,8
=max j
pd JL et cp
estlipschitzienne
de constante k.’ Démonstration. - Soient
cp,
p etfJ
comme dans le Lemme A. Alors onpeut
écrirepour une certaine fonction "reste" r.
Intégrant
cette nouvelle identité parune
quelconque probabilité
invariante p, il vientCette dernière
intégrale
esttoujours positive (puisque
r estpositive),
et
peut
êtrenulle ;
enfait,
elle sera nulle si et seulement si lesupport
de ~c,cest inclus dans Z =
{x: r (x)
=0}.
Une telle mesure existe effectivement.Pour la
construire,
il suffit de remarquer que leplus grand compact
invariant contenu dansZ,
à savoirest non
vide ;
eneffet,
toutpoint
de Z a au moins un antécédent parf
dans
Z,
si bien que toutes les intersections finies sont non vides. Donc Z’est non
vide,
et parconséquent porte
au moins uneprobabilité
invariante.On a donc bien
6
=max f p (x )
Examinons maintenant le module de continuité de
cp,
soitL’équation
fonctionnelle entraîneet comme
h (s )
- 0quand s
-0,
on en déduitce
qu’il
fallait démontrer. 0LEMME C. - Si
03C61
et03C62
sont deux solutions essentiellementdiffé-
rentes de
l’équation fonctionnelle
de Mañé(c.à.d.
avec4J2 - 4J1
nonconstante),
alors il existe deuxprobas
invariantes pi 1 et 2 de sup- portsdisjoints
et maximisantl’intégrale
de p. Enparticulier;
s’il n’existequ’une
seuleproba maximisante, alors ~
estuniquement définie (à
uneconstante additive
près).
Démonstration. -
Supposons ifJ2 -
non constante ;quitte
àtranslater,
on
peut
supposer que son maximum est +s et son minimum -s, pourun certain ~ > 0. Soient
Ki
etK2
lescompacts (disjoints
et nonvides)
définis par
Le
point
essentiel(que
le lecteur vérifiera sanspeine)
est que si x EKi ,
et si y est tel que
2y
= x et~i(jc) = 2014/3
+(Çi
+p) (y)
- autrementdit,
ri(y)
= 0 - alors y estégalement
dans Ceciimplique
que lecompact
K1
=2i x
EKi
et r1(2’jc)
= 0 pour tout iest non vide.
Comme K’1
estinvariant,
ilporte
au moins une mesureinvariante et cette mesure est maximisante
puisque
sonsupport
estcontenu dans
{je
ETl: rI (x)
=0{. Et,
biensûr,
sonsupport
est contenu dans On construit de même une mesure invariante maximisante f.-L2 dont lesupport
est contenu dansK2 .
Ceci prouve le Lemme C. 0En
résumé,
le lemme de Mané nous dit que p esttoujours équivalente,
à un cobord
près,
à une fonction de la forme(3
- r, oùfi
vautet que cette écriture est même
unique
dans les bons 2 =cas.
4. LA CONDITION DE STURM
Comme dans la section
précédente,
on se donne plipschitzienne
sur lecercle, et Ç
est une solution continue(pas
forcémentunique,
apriori)
del’équation
fonctionnelleOn voudrait savoir
laquelle
des déterminations dex/2
contribue aumaximum,
dans le second membre. Pourcela,
considérons la courbeC,
définie sur lecylindre Tl
1 x ? commel’image
del’application
y H(2y,
+p ) (y ) )
pour y décrivant1f1.
Onpeut s’imaginer
cette courbecomme "le
graphe
de x - +p) (x/2)",
parcequ’elle
est consituée de deux"branches",
etqu’au-dessus
dechaque point x
on trouve les deuxdéterminations de +
p)(xj2).
Le lacet C fait deux fois le tour du
cylindre,
et admet donc au moinsun
point
d’ auto-intersection. La situation laplus simple
est celle oùil
n’y en
aqu’un seul,
comme dans lafigure ci-dessus ;
dans ce cas, il est forcémenttopologiquement
transverse, c’est-à-dire que les deux branchess’y
croisent. On dira alors que lecouple (p, ~)
vérifie la condition de Sturm.DÉFINITION. - On dira que
(p, vérifie
la condition de Sturm s’il n’existequ’une
seulepaire
depoints { yl , y2 }
deavec
y2 = yl~-1 /2
et+
p) (m ) _
+p) (y2)~
Notons que
(~
+p) (yl ) - (~
+p) (y2)
=r (y2) - r (y )
où r est le"reste" dans la
décomposition
deMañé,
donc la condition estéquivalente
à =
r (y2) =
o.PROPOSITION. - Si
(p, vérifie
la condition deSturm,
alors Z ={x
Er(x)
=o}
est un demi-cercle. Parconséquent,
il existe une et uneseule
probabilité
invariante par doublement et maximisantl’intégrale
dep : c’est une mesure de Sturm.
En
effet,
la fonctionr (y) - r (y
+1 /2)
s’annule en seulement deuxpoints
diamétralementopposés,
donc elle estpositive
sur un demi-cercle etnégative
surl’autre, cqfd.
Cette
proposition
nous dit enparticulier
que la condition de Sturm nedépend
en réalité que de la fonction p(puisque ~
sera alorsuniquement définie).
On dirasimplement
que"p
vérifie la condition deSturm",
enremarquant
que la condition de Sturm sur p resteinchangée
si onajoute
un cobord à la fonction p.
5. LE
RÉSULTAT
PRINCIPALTHÉORÈME A. - Pour tout 03C9 E la
fonction
= cos2Jt (x - 03C9) vérifie
la condition de Sturm. Elle admet donc uneunique
mesuremaximisante,
qui
est une mesure de Sturm.COROLLAIRE. - Le
poisson
est strictement convexe.Démonstration. - Nous devons démontrer que la fonction
n’admet que deux
zéros,
dans ce cas ils seront forcémenttopologique-
ment transverses, et diamétralement
opposés.
Lapremière étape
consisteà localiser les zéros dans deux
petits
arcs de cercle centrés autour de1 /4.
La deuxièmeétape
consiste à démontrer que R est strictement monotone sur cespetits
arcs, en donnant une formule pour la "dérivée"de R.
Première
étape.
LEMME TECHNIQUE 1. - Si
0.139,
alors(~
+p)(x)
>+
p)(x
+1 /2).
Démonstration. - Pour x E on dira que y est un antécédent admissible de x par doublement ssi
2y
= x etr (y)
= 0. Un tel y existetoujours,
mais n’est pastoujours unique.
Pour xo on dira que la suite(xi
est unhistorique
admissible de xo par doublement ssi xi+1 est un antécédent admissible de xi pour tout i~
0. Il est évident que tout xo admet au moins unhistorique
admissible.Soit xo = x +
1/2
et(Xi)iEN
unhistorique
admissible de xo. Soient et les suites définies parx ~
= xi ::!:2~ ~i + 1 ~ .
Enparticulier
xô
= x. Combinant les relationsil vient
En sommant ces
inégalités pour i
variant de 0 àl’infini,
il vientOn en déduit
l’inégalité
suivante surR,
où l’on a
posé
a =ce)
et t =x2 ) ,
etNotons
fa(t) l’expression
entre crochets. C’est une fonctionpériodique de t,
et l’étude de ses variations montre que son maximum est strictementnégatif
si0.139,
cequi correspond
à0.72203C0 03B1 (2 - 0.722)7r.
Parconséquent,
on a bienR (x )
>0,
cequ’il
fallait démontrer.Ce
premier
résultatindique
queR (x)
nepeut
s’annuler que si x oux +
1 /2
est dans l’intervalle]ce
+0.139,
ce +0.361 [.
Il reste à voir que cet intervalle ne contientqu’une
seule racine.LEMME TECHNIQUE 2. - La
fonction
R est strictement décroissantesur l’intervalle
[ce
+0.139,
ce +0.361 ].
Enfait,
sa dérivée estmajorée
par une constante strictement
négative
sur cet intervalle.Précisons d’abord ce que nous entendons par "dérivée" d’une
applica-
tion
lipschitzienne f
en unpoint
x. Nous noteronsIl est clair que
f’(x)
est un intervallecompact ;
cet intervallepeut
être réduit à unpoint,
parexemple
sif
est continûment différentiable en x.L’équation
fonctionnellesur cp
nous dit que pour tout xo eoù
l’enveloppe
convexe estprise
sur les x 1 antécédents admissibles de xo par doublement. On en déduit queoù
l’enveloppe
convexe estprise
sur tous leshistoriques
admissibles de xo . Nous pouvons maintenant commencer laDémonstration du Lemme
technique
2. - Prenons xo E[ce + 0. 1 39 , 0.361 ],
et posons yo = xo +1 /2.
La dérivée R’(xo)
est donnée paroù
l’enveloppe
convexe estprise
sur tous les(Xi)
ethistoriques
admissibles de xo et yo. Donnons-nous deux tels
historiques
x =(xi )
ety = et considérons
l’expression
Notons
Ei
le i -ème terme de la somme ci-dessus. Commep’
estbornée par
27r,
on a27r/8.
L’encadrement sur xo donne sin 0.27803C0. Et nous allons voir que1 203C0| E1
+E2 + E3 + E4
1.3675,
donc finalementet par
conséquent R’(xo) -0.08~z,
cequi
prouvera le Lemme tech-nique
2. 0PROPOSITION. - Soit k un entier
impair défini
modulo32,
et soitfk
lepolynôme trigonométrique
en deux variablesdéfini
parAlors max03B1,t
1 fk t) /
2.735. Leplus grand maximum, 2.734...,
estatteint pour k - ~ 11 mod 32.
Comme
fk(a
+n, t) = 2014~(c~,~),
on voit que le maximum et le minimum de la fonction serontopposés.
D’autrepart,
on af-k (OE, t)
==- fk(a -
-2k~c/32)
et il suffit donc d’étudier seulement les k entre 1 et 15. On obtientnumériquement
les maximasuivants,
donnés à10-3 près
par défaut :Le
plus grand
maximum(2.734...)
est atteintpour k
= ±11 commeon
peut
le voir sur le tableau ci-dessus.Finalement,
notons queavec k défini par x4 - y4 =
2k03C0/32. Ainsi,
laproposition
entraîne le Lemmetechnique 2,
et ceci termine la démonstration du Théorème A.6. VERROUILLAGE SUR LES ORBITES
PÉRIODIQUES
Dans
[ 1 ],
les auteurs étudientl’angle
de rotation p de la mesurede Sturm contenue dans le demi-cercle
[y,
y +1 /2],
etrappellent (ou redémontrent)
les résultatsclassiques
suivants :(a)
Si p =p/q
où pet q
sont deux entierspremiers
entre eux, alors lesupport
de la mesure de Sturm est une orbite depériode
q.(b)
Si p estirrationnel,
alors lesupport
de la mesure de Sturm est unCantor de dimension de Hausdorff
zéro, minimal, uniquement ergodique,
et contenant y et y +
1 /2.
(c) L’application
y 1--+ p estcontinue, croissante,
dedegré
un commeapplication
de dans et c’est un escalier du diable : elle est constante à valeurs rationnelles sur lescomposantes
connexes d’un ouvert, dont lecomplémentaire
est un Cantor de dimension de Hausdorff zéro.Ces résultats
présentent
certainesanalogies
avec cequ’on
connaîtpour les
difféomorphismes
ducercle,
mais avec une différence notable : l’ensemble desparamètres
pourlesquels
est de mesure zéro(et
même de dimension
zéro).
Nous allons voir que
l’application
ce 1--+ p vérifie essentiellement les mêmespropriétés
quel’application
y 1--+ p, parce que lacorrespondance
entre c~ et y est suffisamment
régulière.
THÉORÈME B. -
L’application
cc~ 1--+ y est unhoméomorphisme
crois-sant de dans
La fonction
inverse y t--+ ce admet un module de continuité en -kxlog x
pour un certain k.COROLLAIRE 1. -
L’application
co t--+ p est continue,croissante,
dedegré
+ 1 commeapplication
de dans et c’est un escalier dudiable : la
préimage
dechaque
rationnel est unintervalle,
lapréimage
de
chaque
irrationnel est unpoint,
et lapréimage
de l’ensemble des irrationnels est contenue dans un Cantor de mesure zéro et même de dimension deHausdorff
zéro.COROLLAIRE 2. - Le bord du
poisson
est enbijection
naturelle(et bicontinue)
avec l’ensemble des mesures deSturm,
et sespoints anguleux correspondent précisément
aux mesures de Sturmpériodiques,
c.à.d.dont
l’angle
de rotation est rationnel.Le Corollaire 1 se déduit immédiatement du
théorème,
enremarquant
quel’application
y 1--+ ce esthölderienne,
et donc envoie un ensemble de dimension zéro sur un autre ensemble de dimension zéro. Le Corollaire 2 estplus faible,
il dit(en
termesgéométriques)
quel’application
ce 1--+ p estsurjective, qu’il
y averrouillage
sur lesfréquences
rationnelles et seulement sur elles.Démonstration du théorème. - Nous avons vu que
quand
la condition de Sturm estremplie,
alorsl’équation
de Mañé admet uneunique
solution.
L’application
ce t--+~~,
est donc biendéfinie,
et continue(pour
la
topologie C°) d’après
leprincipe
dugraphe
fermé. Une deuxièmeapplication
de ceprincipe
nous dit que défini commel’unique
nombrevérifiant
dépendra
lui aussi defaçon
continue de ~.La
principale
difficulté est de montrer quel’application
ce r-+ y estinjective (et donc, forcément, bijective).
Pourcela,
nous allons donner unmoyen de reconstruire ce connaissant y, à
partir
d’une forme affaiblie de la condition de Sturm.DÉFINITION. - Soit p : -~ R une
fonction lipschitzienne.
On diraque p
vérifie
laprécondition
de Sturm pour le demi-cercleCy
=[y,
y +1
/2]
s’il existe uneapplication ~ : ~l
-+ Rlipschitzienne
et une constante,8
E R telles queEn d’autres termes, on demande que p -
f3 puisse
s’écrire comme uncobord
(de
fonctionlipschitzienne)
sur le demi-cercleCy.
Ceci entraîneen
particulier
que la constantef3
vautforcément 03C1d ,
où /vL est lamesure de Sturm
portée
parCy.
La
précondition
de Sturm(pour
un certaindemi-cercle)
est manifeste-ment
impliquée
par la condition de Sturm. Elleprésente
le grosavantage
d’êtrelinéaire ;
le théorème suivantexplicite
cettecondition,
et montrequ’elle
est de codimension un :PROPOSITION. - Pour x E
définissons ey (x)
comme le nombred’itérations
(éventuellement zéro,
oul ’infini)
nécessaires pourquitter
ledemi-cercle
Cy
=[y,
y +1/2] :
Alors une
fonction lipschitzienne
pvérifie
laprécondition
de Sturm pour le demi-cerclecy
si et seulement sioù dx
désigne
la mesure deLebesgue
sur lecercle,
etp’
la dérivée de pau sens des
distributions, qui
est un élément de L°°(1r1).
On notera que lafonction
ey est dansL 1 (~1 ),
donc laformule
ci-dessus a un sens.Démonstration de la
proposition. -
Pouralléger
lesnotations,
nousomettrons
partout
l’indice y, et réutiliserons les indices pour d’autres choses. Examinons d’abord la fonctione (x) .
Soit C =
Ci
=[y,
y+ 1/2]
le demi-cercle dedépart,
et soitCn
={je
E2x
EC’n _ 1 ~
pour n > 1.Chaque en
est une réunion finied’intervalles,
de
longueur
totale 2-n . La fonction e est manifestement la somme de leurs fonctionscaractéristiques :
donc e est bien dans et son
intégrale
vaut exactement 1.Définissons
d (x)
commel’unique
détermination dex /2
contenue dansle demi-cercle C. Cette fonction est bien définie
partout,
sauf en2y.
Elleest donc définie presque
partout
ainsi que toutes ses itérées.Supposons
que p vérifie laprécondition
de Sturm. On a, pour une certainefonction Ç lipschitzienne (cette
condition estessentielle)
et unecertaine constante
/5,
ou, de manière
équivalente,
Dérivant les deux
membres,
on voit que pour presque tout x ETT~
et par
conséquent
Intégrant
cette formule surTB
il vientqui
est la condition donnée dans laproposition ;
celle-ci est doncnécessaire.
Réciproquement,
supposons que cette condition soit vérifiée.Alors on
peut
trouver unefonction 1> lipschitzienne
telle quepresque
partout sur T1, puisque
le second membre est une fonction L °°d’intégrale
nulle. Mais alorsLe
premier
membres’interprète
comme la dérivée(~
+p) (d (x)) ;
cette fonction est donc constante, et laprécondition
de Sturmest
remplie.
Ceci termine la preuve de la
proposition.
0Avant de revenir au
théorème,
faisons encorequelques
remarquessur la
proposition
que nous venons de démontrer. La forme linéaireLy (p)
est visiblement continue en y et en p(pour
la distance deLipschitz) puisque l’application
y H ey est continue deR/Z
dansPlus
précisément :
LEMME. -
L’application e : jL~ ([1)
admet un module de conti-nuité en -kx
log
x pour un certain k. Parconséquent,
pour pfixée, l’ap- plication
y HLy (p)
admet un module de continuité de lamême forme.
En
effet,
écrivonsOn voit facilement que est
lipschitzienne
de constante4n,
et que par ailleurs la norme dern (x) est bornée
par 2-n . Parconséquent,
où on a
posé 8 == ~M 2014 v 1.
Choisissons maintenant n = alors2-n ~
etce
qu’il
fallait démontrer.Revenons maintenant au Théorème B. Choisissons un y
quelconque
dans
R/Z.
Notons la fonction x H a cos 2nx +,8
sin 203C0 x et soit V l’ensemble de toutes les fonctions de cetteforme ;
c’est un espace vectoriel de dimensiondeux,
surlequel
on cherche le noyau deLy.
Remarquons
d’abord queLy
n’est pasidentiquement
nulle surV ;
eneffet,
pour la fonction p*(x) _ -
cos 2~c(x - y ),
on apuisque p*
et ey sont strictementpositives
surCy .
Notre forme linéaire s’écrit doncavec un vecteur
U (y) qui
esttoujours
non nul.Le noyau de
L y
est donc unedroite,
cequi
détermine p à une constantemultiplicative près.
Nous avons presque terminé : nous connaissons la direction de droite de p(autrement
dit nous connaissons 2úJ moduloun)
et nous voudrions connaître la direction de demi-droite. La
précondition
de
Sturm,
par son caractèrelinéaire,
nepeut
pas nous donner cetteinformation, puisqu’elle
nepeut
pasdistinguer
pde -p .
Enrevanche,
le "Lemme
technique
1" nous dit queCy
doit être entièrement contenu dans]6o20140.361, 6o+0.361[,
autrementdit,
on doitavoir
+1 /4 - c~ ~
0.111.
Ceci détermine entièrement 60, et
l’application
60 2014~ y est donc bieninjective.
C’est donc unhoméomorphisme,
et la borne sur y +1 /4 -
60montre
qu’il
est dedegré
+1.Remarquons
enfin que le noyau deLy
dans Vbouge
à la même vitesse queU (y ) ;
parconséquent,
le module de continuité de w(comme
fonction de
y )
sera le même que celui deU ( y ) ,
c’est-à-dire en -kxlog x .
Ceci termine la démonstration du Théorème B. 0
Les formules ci-dessus se
prêtent
très bien à des calculsnumériques,
et
permettent
de calculer legraphe
del’application
w y ou vice-versa.
Voici,
à titred’illustration,
legraphe
del’application
60 H y pour60 E
[0-] ;
pour obtenir legraphe complet
sur unepériode,
effectuer unesymétrie
autour dupoint [-~/4] (Fig. 2).
TAB . 1
p ymin ymax 03C9min Wmax
0 1
-1 /2
0 -0.149550 0.1495501 /6
0.429 + 0.392i1 / 126 1 /63
0.169381 0.1849071 /5
0.308 + 0.444i1 /62 1 /31
0.185846 0.2135091/4 (1+~VÏ5)/8 1/30 1/15
0.216946 0.2662131 /3 (-1 + i ~) /6 1 / 14 1 /7
0.279199 0.3672152/5
-0.329 + 0.288i9/62 5/31
0.374417 0.4048151 /2 -1 /2 1 /6 1 /3
0.420148 0.5798523/5
-0.329 - 0.288i21/62 11/31
0.595185 0.6255832/3 (-1 - i ~)/6 5/14 3/7
0.632785 0.7208013/4 (l-/Vl5)/8 13/30 7/15
0.733787 0.7830544/5
0.308 - 0.444i29/62 15/31
0.786491 0.8141545/6
. 0.429 - 0.392i61 / 126 31 /63
0.815093 0.830619ANNEXE.
QUELQUES
POINTS SUR LE BORD DUPOISSON
Le tableau ci-dessous
énumère,
pour les valeurs rationnelles lesplus simples
de p, l’affixe z dupoint correspondant
sur le bord dupoisson,
l’intervalle des valeurs de y et l’intervalle des valeurs de w
correspondant
à ce
paramètre.
Les nombres Wmin et Wmaxs’interprètent géométriquement
comme les directions des deux
demi-tangentes
en z.(Tableau 1.)
Ainsi,
parexemple,
on voit que cv =1 /4
est contenu dans l’intervalle pour p =1 /4.
Parconséquent,
la mesure maximisante pourp (t)
= sin203C0t est bien la mesure de Sturm deparamètre 1 /4,
commenous l’avions affirmé
(sans démonstration)
au début de cet article.RÉFÉRENCES
[1] S. Bullett, P. Sentenac, Ordered orbits of the shift, square roots, and the devil’s staircase, Math. Proc. Camb. Phil. Soc. 115 (1994).
[2] J.M. Gambaudo, O. Lanford, C. Tresser, Dynamique symbolique des rotations, Comptes Rendus de l’Académie des Sciences de Paris 299 (1984).
[3] B.R. Hunt, E. Ott, Optimal periodic orbits of chaotic systems, Phys. Rev. Lett. 76 (1996).
[4] B.R. Hunt, E. Ott, Optimal periodic orbits of chaotic systems occur at low period, Phys. Rev. E 54 (1996).
[5] O.M. Jenkinson, Conjugacy rigidity, cohomological triviality, and barycentres of
invariant measures, Thèse, Université de Warwick (1996).
[6] O.M. Jenkinson, On barycentres of invariant measures for circle maps, Preprint 97- 28, Institut de Mathématiques de Luminy, 1997, à paraître dans Ergodic Theory
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[7] O.M. Jenkinson, Frequency-locking on the boundary of the barycentre set, Preprint 97-29, Institut de Mathématiques de Luminy, 1997, à paraître dans Experimental
Mathematics.
[8] R. Mañé, Generic properties and problems of minimizing measures of Lagrangian systems, Nonlinearity 9 (1996).
[9] M. Morse, G.A. Hedlund, Symbolic dynamics II. Sturmian trajectories, Am. J.
Math. 62 (1940).
[10] J.P. Veerman, Symbolic dynamics and rotation numbers, Physica 134A (1986).
[11] J.P. Veerman, Symbolic dynamics and order-preserving orbits, Physica 29D (1987).