Images, textes e t sociétés
A ctualité d es approches s tru c tu rales
L’analyse
structurale
e
Claude François Baudez (EP 2063 Archéologie des Amériques)
Postulats, m éthode et résultats
L'analyse structurale des représentations en deux ou trois dimensions, picturales ou architecturales, repose sur deux postulats :
• le répertoire iconique constitue un système ; pour une culture d o n née, sur un territoire et un tem ps donnés, les signifiants iconiques sont en nom bre limité; la valeur sém an tiq u e du signe d é p e n d étroitement des relations que c e signe entretient a v e c les autres élém ents du systèm e (rapports syntagm atiques) ;
• les im ages sont structurées, c'est-à-dire que leurs élém ents ou signes n'acq u ièren t tout ou partie d e leur sens q u e p a r rapport aux autres élém ents d e l'im age (rapports paradigm atiques).
Le travail se situe à deux niveaux. Sur une im age, on recherche d e s principes d'organisation perm ettant d'exprim er des oppositions, plus ou moins fortes (im ages contradictoires e t variantes) ; symétrie bilatérale (gauche/droite, haut/bas, face/dos) ou alternance (rech erch e des oppositions). L'analyse et la com paraison d e séries d'im ag es d e m êm e structure viennent ensuite : exam en des substitutions, confirmation des oppositions, des variantes e t des synonymes ; mise à jour des associations, co-relations e t co-variations (intervention d e la sémiotique e t d e la symbolique).
Quant aux résultats, ils concernent le d é g a g e m e n t du sens des icônes e t d e leurs éléments, e t la d é c o u v e rte des principes d'organisation des images : hypothèses sur les systèm es symboliques e t classificatoires d e la culture c o n c e rn é e .
Exemples
Couples d'o ppositions : le monstre b ic é p h a le
Le répertoire iconographique d e la sculpture m onum entale m aya, qu'elle soit in d é p e n d a n te ou asso ciée à l'architecture, utilise fréquem m ent pour représenter la terre ou le ciel, un monstre reptilien pourvu d'une tê te aux deux extrémités d e son corps. Les têtes, g én éralem ent contrastées, d e c e tte c ré a tu re (fig. 1) s'o p p o sen t trait à trait, dans le traitement des mâchoires, des yeux, du nez, des ornements, d e la coiffure, etc. Ici, une d e s tête s est antérieure, vivante e t tient dans sa gueule une im age anthropom orphe du m aïs; l'autre est postérieure, d é c h a rn é e , a le front m arqué du glyphe du soleil, surmonté d e l'em blèm e tripartiteâ.
Tout indique q u e le sculpteur a délibérém ent c h erch é à décrire un ensem ble d'oppositions significatives par des im ages contrastées, e t qu'il ne s'agit p as ici d e variantes a y a n t le m êm e sens. C h a q u e term e n'acquiert son sens q u e p a r opposition à un autre, e t l'on peut alors rechercher des substitutions qui m ettent en lumière des term es a p p a re n té s e t des équivalences : ainsi, le sens d e « mort » des b a n d e s croisées d a n s l'em blèm e tripartite est obtenu p ar les divers cas où le glyphe cimi (mort) se substitue à elles. L'opposition d e s têtes du monstre cosm ique est une des illustrations d e l'opposition fo n d am en tale dans la p e n s é e cosm ologique m aya e n tre soleil-noctume-mort-sec e t terre-diurne-vivante-humide.
Images, textes e t so ciété s
Variantes e t oppositions : frises de situation
-L'analyse structurale p ro c è d e par comparaisons, e t celles-ci ne peu v en t être fructueuses q u e si les deux ensembles à com p arer sont à la fois suffisamment sem blables e t suffisamment différents. Le p ro b lèm e majeur posé à l'a nalyste est la distinction entre les variantes e t les oppositions.
Les frises qui se trouvent sous les pieds des protagonistes des scèn es illustrées sur les piliers d e la Maison D d e Palenque ont assez d'élém ents communs pour être considérées c o m m e des variantes ou diverses réalisations d e la frise aquatique, une frise décrivant un milieu humide e t en particulier les eaux souterraines (fig. 2). En co n séq u en ce, on peut considérer q u e l'ensem ble des scèn es décrites sur ces piliers a lieu d a n s le m êm e environn em ent, indiqué précisém ent p ar la frise aquatique.
En revanche, le bas d e ch acu n des p a n n e au x principaux des tem ples du g roupe d e la Croix est c h a q u e fois différent : une b a n d e céleste sous les pieds des protagonistes d e la Croix (fig. 3a) ; en bas du p a n n e a u du Soleil, une frise présentant en alternance une tê te solaire et le glyphe c a b a n , terre (fig. 3b) ; enfin une frise aquatique sur celui d e la Croix feuillue (fig. 3c). L'artiste a ici c h e rc h é à contraster des environnements différents, pour indiquer a ue la prem ière sc è n e se passait au ciel, la s e c o n d e dans l'infra m o n d e sec, e t la troisième dans le m onde souterrain humide.
Images d e m êm e structure : le cosm ogram m e vertical
Des images d e structure sem blable sont supposées avoir la m êm e signification à condition q u e les différences observables dans leur contenu puissent être considérées c o m m e des variantes e t non c o m m e des oppositions. Personne ne conteste q u e les stèles 6, 11, 14 e t 25 d e Piedras Negras traitent du m ê m e th èm e (fig. 4). Le roi est assis dans une niche, entourée d 'un c a d re rectangulaire ouvert vers le b a s e t form é d'une b a n d e céleste a v e c une tête reptilienne aux deux bouts : d 'un c ô té la tê te est vivante e t dans le bon sens ; d e l'autre, la tê te est inversée e t squelettique (on aura reconnu l'opposition décrite plus haut des deux têtes du monstre cosmique). La b a n d e cé le ste désigne le monstre cosm ique b icéphale e t c é le ste à c a u s e des signes astronomiques qui la co m p o sen t et à c a u se d e sa form e d e voûte au-dessus du roi. L'oiseau quetzal qui la dom ine doit désigner un corps céleste, e t représente plus vraisem blablem ent le soleil : i est unique et dans une position zénithale. Le dos d e la stèle I d e Quirigua p o ssè d e la m êm e structure e t un contenu très sem blable : un an cêtre royal dans une rich e en to u ré e d 'u n e b a n d e céleste surm ontée du quetzal. La seule différence notable est q u e les deux têtes con trastées aux bouts d e la b a n d e sont ici rem placées par deux têtes sem blables d'un oiseau, sans d o u te un hibou, qui expriment une variante d e représentation du ciel. Une autre variante nous est p ro posée sur le linteau 3 du tem ple IV d e Tikal (fig. 5) : le monstre aux têtes contrastées qui fait voûte au-dessus du roi e t au-dessus duquel est p erc h é le quetzal, a ici un corps d e serpent au lieu d e la b a n d e céleste ; le monstre c e p e n d a n t désigne toujours le ciel, c e q u e confirment d e nombreux autres exemples. Si l'on prend c h a c u n e d e ce s im ages isolément, les interprétations peuvent varier ici e t là ; c e n'est qu'en les considérant dans leur e n sem b le qu'elles prennent sens en se confortant l'une l'autre.
Compositions architecturales d e m êm e structure
Les édifices 10L-12 e t 10L-24 d e C opân sont des c o sm o g ra m m e s à vocation scénique, structurellement hom ologues. Dans les deux cas, on fait fa c e à un escalier en haut e t au ce n tre duquel se trouve un sujet; deux autres créatures se trouvent sur les côtés, a v e c un bras tendu vers l'escalier, e t trois dalles sur le sol d e la cour à son pied sont alignées a v e c ces sculptures. Les d eux structures d a te n t du dernier quart du Ville siècle e t font partie d e l'ensem ble construit par le roi Soleil levant au som m et d e l'acropole. Les deux « scènes » figurées par les édifices 12 et 24 sont d e s représentations d e la terre e t du m o n d e inférieur, mais sous ses deux a sp ects o p p o sés e t com plém entaires, illustrés p a r les deux têtes c o n trastées du monstre terrestre. L'édifice 12 représente l'infra m onde a q u a tiq u e d 'où é m e rg e n t les esprits d e la végétation. C 'est l'aspect nourricier d e la terre qu'exprim ent les créatures reptiliennes d e s frises aquatiques, le monstre cauac, le crocodile, le crapaud, les ba ca b s, etc. À l'asp e c t vivant, fertile, aquatique, du m o n d e souterrain, s'o p p o se l'infra m o n d e com m e d em eu re des morts e t du soleil p e n d a n t la nuit, q u e représente l'édifice 24. Ici les acteurs du rite d e sc e n d a ie n t les m arches, alors qu'ils les m ontaient sur l'édifice 12. Des jaguars, d e s créatures squelettiques e t grimaçantes, des patrons du sacrifice e t d e l'auto-sacrifice, des couteaux e t d e s boucliers constituent l'imagerie d e c e pôle négatif.
L'analyse d e l'iconographie révèle l'existence d e croyances organisées selon un m odèle dualiste. Les édifices 12 e t 24 montrent q u e les mythes qui d év elo p p aien t ce s c ro y a n c e s étaient actualisés par d e s rites exécutés dans des décors construits spécialem ent pour c e t usage.
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Im ages, textes e t so c ié té s
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Im ages, tex tes e t so c ié té s
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"i f i ■•i I»! Ml I I I I I I Ml ill U Figure 3 : Palenque, g ro u p e d e la Croix, frises à la b a se d e s p an n e au x d e la Croix (a), d u Soleil (b), d e la Croix feuillue (c).V-V
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Figure 5 : Tikal, linteau 3 du tem ple 4.
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