LE PUITS ET LE PENDULE
. L i a France n'a jamais pu choisir entre une vocation mari- time et un destin continental. Trois façades sur la mer eus- sent dû la déterminer ; une contiguïté de frontières fort étendue pouvait, au contraire, l'axer sur le centre de l'Europe. Nous n'avons jamais adopté une seule ligne de conduite, tour à tour victimes de hasards ou d'options soit terrestres, soit maritimes, louchant vers l'Est pour nous retourner bientôt vers l'Ouest. Libre choix ou contrainte ? Est-ce un destin imposé du dehors, ou un manque d'esprit de suite, la faute de notre inconstance ?
Il en est résulté à travers siècles une succession de positions contradictoires, depuis Philippe le Bel jusqu'à la Ve République.
Ecarquillé, écartelé par ce dilemme, notre pays n'a cessé d'offrir deux faces politiques, formant un dessein, le rompant, hésitant, transportant sa mise d'un bout à l'autre du tapis, ouvrant ses fe- nêtres en sens opposé, pris entre l'aller et le venir, éclectique, équivoque, amphibie. Cette continuelle dispersion eût brisé un génie moins fort, moins souple que le nôtre. Elle en fit souvent le malheur, rarement le bonheur, l'originalité toujours.
Notre histoire ne sera qu'un aspect de cet éternel retour, qu'un interminable roulis entre la terre et la mer. Nous possédons 3 100 km de côtes et 2 000 km de frontières, celles-là invariables comme la nature, les autres changeantes au gré de l'humeur des hommes. A l'amincissement d'une Europe qui s'effile des trois quarts en descendant de l'Oural vers l'Océan atlantique corres- pond une prise de conscience extrême-occidentale qui devient de plus en plus aiguë, approchant du rivage atlantique. En refermant son angle, la pointe se durcit, le problème se simplifie, le dénoue- ment pousse à son terme.
L'Orient et l'Occident livrent sur notre sol peut-être leur der- nier combat. Allons-nous vers la rupture du dilemme, à la suite
LA BEVUE N° 1 4
1 6 2 LE PUITS ET LE PENDULE
d'un engagement définitif, ou vers la disparition du problème lui- même, rendu caduc par l'emploi d'armes nouvelles et par l'usage d'une stratégie démesurée où la géographie n'aura plus de sens ? (1)
Zone de convergence continentale, la France a reçu sa forme historique de cette structure terminale ; elle est un cap, mais un cap qui met le cap sur quoi ? Amarrée au Gulf-Stream, engagée en arrière dans les épines de l'Alpe, elle s'aventure vers l'Atlantique, le nez dans l'humidité océanique, sans pouvoir renoncer à ses fatalités terrestres, pendule condamné à son propre balancement.
Depuis Philippe-Auguste, coincé entre le Plantagenet et le Bar- berousse, jusqu'à Napoléon obligé de dégarnir son front d'Anda- lousie pour renforcer son attaque sur Moscou, l'histoire de la France n'est-elle qu'une suite de tête-à-queue ? Qu'un éternel désé- quilibre ? Une opération Buridan ? Ce clivage Est-Ouest est-il organique, fonctionnel, hasardeux, déterminé ?
D'après certains, ce langage antinomique se réduirait aux ter- mes de liberté et d'autorité, l'océan étant la liberté, tandis que le pouvoir absolu exigerait une assise plus ferme, la terre ; le sol ferme provoquerait le fractionnement, la féodalité, tandis que la mer amènerait l'unité. « A travers toutes les vicissitudes de l'His- toire, écrit Jacques Pirenne, l'humanité est restée divisée entre deux types essentiels de civilisation : les peuples maritimes sont individualistes et libéraux, les pays continentaux sont sociaux et autoritaires ».
Ainsi les expressions gauche et droite aboutiraient à deux ter- mes de géopolitique : atlantisme et continentalisme. '
D'où notre destin bi-frontal, d'où notre recherche séculaire d'un équilibre, entre ces deux constantes. Pour qui sonne le glas ? : Oural ou Atlantique ?
Le décor est-il fixe ? La tragédie est-elle écrite une fois pour toutes, où alternent strophes et antistrophes ? Continuerons- nous à être le lieu de combat de forces telluriques qui nous dé- passent, mettant à l'épreuve la plus prolongée l'élasticité fran- çaise ?
Pourquoi les historiens (2) n'ont-ils pas été plus sensibles à cet éclatant discord ?
Le fléau de la France, est-ce celui de la balance ?
•
(1) Ou bien un tout autre sens.,(V. Raymond Aron : Paix et guerre entre les nations.)
(2) Deux exceptions : Gonzague de Reyhold et Pierre Gaxotte.
LE PUITS ET LE PENDULE 1 6 3
A.T. Mahan, amiral américain, qui, vers 1900, publia un livre sensationnel, intitulé The influence of sea power upon History (où Guillaume II puisa l'idée que l'avenir du Reich devrait être sur l'eau), a posé le problème : la mer est la route la moins chère ; sa maîtrise est nécessaire aux peuples dont l'économie interne est in- suffisante pour les nourrir : Angleterre, Hollande, Espagne, Por- tugal. Ce n'est pas le cas de la France ; la France n'a pas de la mer un besoin vital. Mahan prend ses exemples au début du XVII* siècle; la France compte, alors, deux fois plus d'habitants que l'Angleterre ; c'est une nation peu aventureuse, car possédante, et dont l'aristocratie est peu marine, parce que pas commerçante ; la richesse n'y donne pas le rang ; l'Angleterre au contraire ne compte que trois millions d'habitants, mais affamés ; c'est pourquoi elle a cet esprit naval offensif qui manque aux Français, lesquels ne diront jamais, comme Nelson : « Notre défense est à l'entrée des ports ennemis ; tout ennemi sera anéanti avant qu'il soit à dix milles de ses côtes. » Déjà Bolingbroke constatait que son pays, pareil aux cétacés, pouvait, à l'occasion, aborder un rivage, mais que l'eau restait son élément...
On peut, sans vouloir réduire le rôle souvent admirable de nos marins, affirmer que la France n'a pas le sens du large. Phi- lippe-Auguste remarquait déjà que l'Angleterre pense haute mer ; et nous, à nos côtes ; et Michelet : « Toute notre côte de Bretagne est un cimetière; la mer est anglaise d'inclinaison; elle n'aime pas la France, elle ensable nos ports, elle brise nos vaisseaux ».
Ce qui nous a interdit la domination des mers, ce furent nos richesses naturelles, notre économie équilibrée. Nous avons connu des heures de grande détresse nationale, mais non cette misère endémique de nos voisins anglais. Les écumeurs de mer du temps de la reine Elisabeth s'expliquent par la faim qui les talonne sur terre, dans les cités surpeuplées ; les champs volontairement enlevés à la culture pour servir de pâturages ou de terrain- de chasse de la noblesse, avaient expédié jusque sur les ponts et les entreponts des navires de Sa Majesté une main d'œuvre agricole sans emploi (1). Il vous faut penser au tragique XVIII* siècle an- glais, avec le chômage, l'ivrognerie, la « presse » enrôlant de force les matelots, les émeutes écossaises, la révolte permanente en Irlande, etc.
•
Comme les Romains, comme les Chinois, nous sommes des ter- riens, nous nous définissons par le sol. Nous prolongeons ainsi,
(1) Voir Charles Moraz : Destin du monde; Les bourgeois conquérants*
164 LE P U I T S E T LE P E N D U L E
peut-être inconsciemment, la tradition de l'antiquité classique ; l'océan, au-delà des portes d'Hercule, reste pour nous l'indéfini, le mystère, l'Erèbe, la mort. Pour les Celtes, mourir c'est entrepren- dre le grand voyage occidental ; gone west, disent encore les gangs- ters de Chicago, parlant d'un adversaire abattu.
César rate son premier débarquement en Angleterre ; il ne récidivera que l'année suivante. Guillaume le Conquérant, viking devenu terrien, de même.
Nous nous arrachons à la terre ferme avec peine. Le royaume capétien n'atteint les côtes qu'au XIIP siècle ; un tout petit bout de côte, entre les terres du duc de Normandie et celles des comtes de Flandre. Ce n'est qu'une sorte de Suisse. Pour nous risquer sur l'Océan, c'est à la Méditerranée que nous devrons d'abord em- prunter ses galères; et cela jusqu'à Richelieu (1). Les mers qui nous entourent ne sont, plus ou moins, qu'intérieures : Man- che, Mer du Nord, i Méditerranée. Nos côtes, longtemps, sont étrangères, bretonnes, normandes, flamandes, anglaises, presque pas françaises. « La côte, de la Flandre au Poitou, jusqu'au mo- ment où Louis XI reprend la Normandie, échappait au roi de France » (Lavisse).
Philippe-Auguste, pour soutenir son action en Flandre, fait avancer quatre cents vaisseaux, afin de renforcer son aile gauche ; il manque, lui aussi, sa descente en Angleterre ; après Bouvines, il reprend ses projets de débarquement, risquant l'excommunica- tion, car l'Angleterre est alors l'enfant chéri de Rome ; de dépit, il fait brûler ce qui reste de sa flotte dispersée, disant amère- ment : « Les Français ne connaissent pas les voies de la mer ».
La guerre de Cent Ans commence — mal — par l'anéantisse- ment de la flotte française au port de l'Ecluse. Il nous faudra, comme plus tard sous Louis XIV, comme sous Napoléon, déjà nous rabattre sur la guerre de course, entreprise artisanale, localement efficace, mais sans grande portée. De là aussi datent nos premières tentatives de diversion par l'Ecosse, ou l'Irlande, qui se continue- ront pendant près de trois siècles, descentes toujours malchan- ceuses.
Après le Traité de Troyes, où le roi d'Angleterre reprend son ancien titre de roi de France, qu'il gardera jusqu'à la guerre de Crimée, nous conservons si peu de navires qu'Henry V n'a plus qu'à désarmer la flotte anglaise devenue inutile.
La Maison de Bourgogne fut alors sur le point de prendre la tête d'une France anglo-bourguignonne (2), grâce à « cette bran-
Ci) P. Jouan • Histoire de la Marine française, 1932.
(2) Philippe-le-Bon est le beau-frère du régent Bedford, gauleiter anglais pour là France.
LE PUITS ET LE PENDULE 1 6 5
che félone des Valois », pour parler comme les Armagnacs, allons- nous en hériter une politique continentale ? Le duché de Bourgogne avait, à plusieurs reprises, failli s'ériger en royaume, nous attirant daijs l'orbite de l'Empire germanique, nous imposant une desti- née féodale et terrienne. Par nationalisme, nos historiens osent à peine le dire ; Lavisse et Pirenne nous enseignent pourtant que les ducs de Bourgogne sont, d'abord, des princes du Saint Empire, (« allemand », au XV siècle, n'a pas de sens), un tiers seulement de leurs domaines étant en France. Le traité d'Arras avait affran- chi les ducs de Bourgogne de tout lien féodal envers le roi de France, (du moins l'affirmaient-ils) et leur façade maritime des Flandres les faisait tributaires de la politique anglaise, avant de les faire habsbourgeois. « L'Escaut devient un fleuve bourguignon », (Pirenne). Plus partagée encore que notre sol, plus tiraillée de l'Est à l'Ouest fut la Belgique, lieu de rencontre entre ce que Pirenne nomme les Francs occidentaux et les Francs germaniques.
Ce cercle de Bourgogne faisait partie du Saint Empire. Les Flan- dres se trouvaient vassales de deux souverains à la fois, de l'Em- pereur et du roi de France.
Belgique, Flandres, type de ces pays exondés qui participent de deux éléments et laissent notre frontière nord-est découverte, ex- posée aux coups, depuis la bataille de Bouvines jusqu'à la trouée de la Meuse en 1940, en passant par Fleurus, Steinkerque, Nerwin- den, Jemappes, Waterloo et Charleroi. Aussi la Flandre et l'Artois furent-ils, pendant cinq siècles, plus arrosés de sang que tout autre lieu d'Europe, et Arras cent fois brûlé ; (la ligne Maginot s'arrête au point où elle eût été le plus utile.)
De la découverte du Nouveau Monde, la prise de Constantinople et la fermeture de l'isthme de Suez, on peut véritablement dater l'entrée de la France dans le domaine atlantique.
Ce qui nous fait d'abord défaut, c'est une flotte ; lorsque Henri III veut assiéger La Rochelle, il ne dispose que de deux galères océanes.
Richelieu est la plateforme où tous les manuels d'histoire pren- nent leur première vue d'ensemble d'une position nationale équili- brée entre terre et mer. Ayant divisé nos côtes en districts mari- times, créé les grandes compagnies coloniales, rebâti nos ports, construit une flotte commandée en partie en Hollande, Richelieu prend le titre de Grand-Maître de la Navigation. Il embarque les mousquetaires, réforme la science nautique, fait surgir sur nos
côtes les arsenaux. <
Fouquet continuera cette tradition magnifique ; maître de la
166 LE PUITS ET LE P E N D U L E
Bretagne, il est armateur et, pour son propre compte, capitaliste colonial ; il a placé sur les galères et dans les ports de l'Ouest ses créatures, qu'il entraînera dans sa chute. Comme en toutes choses, Colbert ne fera que l'imiter en le surpassant. Notre no- blesse n'est alors guère marine ; cependant Colbert lui confie la nouvelle flotte française ; très brillamment, elle la commandera , jusqu'en 1789. A son arrivée au pouvoir, Colbert n'a trouvé que trente vaisseaux valides ; il en laissera trois mille. Malheureuse- ment, cette création est « artificielle, toute de prestige, et ne lui survivra pas » (1). Son successeur, Seignelay, manifestera toute l'étendue de son insuffisance ; nous n'alignerons plus qu'une ma- rine déclinante. Après la politique de Richelieu faisant face sur deux fronts, Louis XIV, jeune mais sage, donne la primauté à la défense continentale. Richelieu, offensif, ne pensait qu' « à ouvrir des portes » (si on ouvre les portes, c'est pour sortir).
Louis XIV ne songe qu'à se protéger. « Ne pas découvrir Lille... »
« ... Couvrir Valenciennes ». (On sent, dans ces mots, la peur qu'il a eue, enfant, à voir les Espagnols à Corbie et leurs « coureurs », avant-gardes de la « redoutable infanterie », à Saint-Cloud) (2).
Il n'oubliait pas que depuis un siècle les troupes espagnoles cam- paient à Saint-Quentin.
Cette politique de prudence continue celle de MaZarin ; elle s'appuie sur les excellents traités de Westphalie et des Pyrénées ; amitié avec la Hollande, paix avec l'Angleterre grâce aux subsides que Louis XIV verse à Charles II. Mais la pression des Habsbourg continue à s'exercer sur le monde ; ils sont partout : en Méditer- ranée, de l'Adriatique à Naples, de la Sardaigne à la Toscane, de la Sicile à l'Espagne ; ils sont sur la mer du Nord. Ils pèsent sur notre frontière : en Flandre dix-sept duchés, marquisats, comtés, à nos portes, relèvent encore de l'Empire germanique, dont le chef restera désormais un Habsbourg. A la Triple Alliance, Louis XIV doit répondre en s'assurant d'une prise à revers, grâce à nos alliés traditionnels, Pologne, Suède et Turquie.
(1) R. Jouan : Histoire de la Marine française, 1932.
(2) Pour atteindre Rocroi et l'armée du Roi de France, il avait fallu à ces fantassins espagnols, traverser la Méditerranée, remonter par les pos- sessions des Habsbourg en Italie, gagner les Flandres par la Valteline, par les terres de princes allemands alliés ou d'évêques féaux. L'accession de Philippe V au trône d'Espagne ayant desserré l'étau, les troupes espagnoles ne reviendront plus en Allemagne et en Russie qu'avec la Grande Armée ou avec la division Azul. Ferdinand VII et la Junte de Cadix rendirent la pénin- sule à l'allégeance anglaise. En 1941, le refus de Franco dé livrer le passage à Hitler, puis, dix ans plus tard, l'installation de pipe-lines et de bases na- vales et aériennes américianes, confirmait l'Espagne dans son rôle atlan- tique. L'OTAN, en quittant la France, va-t-il installer un premier glacis ger- manique, couvrant, par-dessus notre tête, un second ouvrage, espagnol celui-là, protégeant une troisième ligne de défense américaine ? Cet immense polygone enveloppant notre hexagone, a déjà fait trembler nos rois : c'était l'Empire de Charles-Quint.
LE P U I T S E T LE P E N D U L E 1 6 7 I
On sait que Louis XIV n'avait guère de goût pour la mer ; il traite Duquesne « d'ours mal léché », il nomme amiral de la flotte un enfant de deux ans, Louis de Bourbon, duc de Vermari- dois, le bâtard qu'il a eu de La Valière ; il se contente de voir évoluer sur le Grand Canal de Versailles les modèles réduits de sa flotte. Beaufort et Vendôme, ses amiraux, sont dépaysés sur mer ; bref, le Grand Roi demeure « fort dégoûté des affaires de la ma- rine ». Néanmoins, il sait que, victorieux sur le Continent, il lui faut se tourner vers la mer et prendre la suite de la séculaire pro- testation française contre la maîtrise britannique dans la Manche et la mer du Nord, contre cet accaparement de l'océan qui se traduit par le droit de visite et le salut du pavillon, intolérables offenses aux fleurs-de-lys.' Aussi le Grand Siècle se met-il à l'école des fameux navigateurs hollandais et britanniques, car « la gloire du roi sur mer » l'exige. Il faut s'opposer à la flotte anglaise, et surtout à l'Acte de Navigation de Cromwell, charte de l'orgueil britannique, braver le mépris de nos voisins qui nous traitent de « gens ridicules et incapables des affaires de la mer ».
C'en est fini de la prudence et de la dissimulation des débuts du règne. L'attaque contre la Hollande, la déclaration de guerre à l'Angleterre vont obliger la France à combattre sur deux fronts.
Malgré de brillants succès sur le Rhin la Quadruple Alliance, la Ligue d'Augsbourg, nous isolent : Angleterre, Hollande, Autriche, Espagne, Savoie, toute l'Europe est contre nous. Notre marine, d'abord sans pareille, s'effondre à la Hougue, et quand s'ouvre la succession d'Espagne, la France est presque épuisée. (Dans les campagnes de 1702 et de 1703, il n'y a pas moins de huit armées françaises sur le Rhin). Malgré la Belgique reprise, malgré les barrages de Vauban, en 1709, nos forces sont à bout. Le traité d'Utrecht permet de constater notre humiliation : Philippe V d'Es- pagne doit renoncer à ses droits sur la couronne de France, Louis XIV reconnaître la maison de Hanovre sur le trône d'An- gleterre ; Dunkerque est rasé, la Flandre évacuée.
Nôtre empire colonial subit les premiers coups qui vont l'ébran- ler, avant de le détruire, au cours du XVIIIe siècle.
Une guerre maritime qui dura neuf ans se déroulait pour la première fois dans le monde entier, du Canada aux Indes. Notre flotte, pour la première fois aussi, supérieure à la flotte anglaise, eût pu nous assurer la maîtrise des mers si nous n'avions été alourdis par le poids d'opérations punitives et d'une guerre de siège interminable, en Flandre et sur le Rhin. Après les défaites de Tourville et d'Estrées devant Barfleur, il ne nous restera que des corsaires, auxquels Versailles ne croit pas (« Le Roi a des affaires plus importantes, à présent »^ déclare Pontchartrain
1 6 8 LE PUITS ET LE PENDULE
à un boucanier malouin qui offre d'attaquer la flotte espagnole en Amérique du Sud (1). L'aversion personnelle de Louis XIV pour le peuple batave, la mort de Charles II, l'arrivée en Hollande et en Angleterre de nos huguenots réfugiés, tout brisait les liens, si heureusement établis au début du règne, avec les puissances ma- ritimes. Et c'est une Angleterre désormais continentale que Louis XIV va trouver devant lui, lorsqu'elle aura obtenu de l'Au- triche la création d'un neuvième électorat, celui de Hanovre. Tout s'enchaîne : profitant de cette nouvelle promotion, l'Electeur de Brandebourg, cessant d'être électeur, va devenir roi de Prusse et adhérer à la grande, fameuse, et fatale coalition de 1701, où, l'Angleterre a, à sa solde, deux cent mille hommes lancés contre nous et en mobilise elle-même, pour la première fois, cinquante mille. Il n'est que de se rappeler l'effroyable hiver de 1709, les plaintes d'une France écrasée sous une dette colossale, saignée à blanc (2) Oudenarde, la chute de Lille, l'échec du débarquement de Jacques II en Ecosse, la ruine des espoirs que Louis XIV avait mis en Pierre le Grand pour une diversion sur les arrières des Habsbourg (car l'Histoire recommence toujours), pour saisir les dangers qu'il y a à vouloir jouer la fortune de la France en même temps sur terre et sur mer.
•
Dès la mort de Louis XIV commence, avec la Régence, la liqui- dation du Grand Siècle. Pour des raisons personnelles, et aussi par un sens plus moderne des tendances et des besoins de la France, le Régent n'appréciait guère l'alliance des Bourbons d'Espagne. Phi- j lippe d'Orléans, libéral d'idées, préférait l'Angleterre et avait senti
que Londres souhaitait un rapprochement franco-anglais. On voit alors s'esquisser un mouvement de bascule : la France, prise dans les rets d'une politique continentale, se détourne et regarde vers les puissances maritimes. L'abbé Dubois, homme de confiance du Ré- gent, est envoyé à La Haye pour négocier avec lord Stanhope une convention qui deviendra la Triple Alliance de La Haye après que les Pays-Bas y auront adhéré.
Le XVIIP siècle, fut le siècle des idées claires et de la poli- tique confuse. Le Conflit Continent contre Océan s'élargit. Notre
(1) Voir Louis André : Louis XIV et l'Europe. y
(2) Inutiles, les subsides payés aux princes allemands depuis Louis XI, Richelieu, Mazarin, « l'argent du Roi », comme on l'appelait sous Louis XIV, les fonds secrets. « La France fut toujours considérée par l'Allemagne comme un banquier (Auerbach), elle n'y compta jamais de clients désintéressés et point d'alliés qui ne fussent pensionnés ; d'ailleurs, presque toujours dupée. »
LE PUITS ET LE PENDULE 1 6 9
diplomatie instable s'essaye à tout : alliances successives, engage- ments, abandons et trahisons, on est loin du bien simple pro- gramme du siècle précédent, qui tenait en un mot : abaissement de la Maison d'Autriche. A l'Est, le centre de gravité se déplace, par suite de l'entrée en scène de la race slave et germano-slave ; Russie et Prusse.
Les conflits du XVIP siècle se déroulaient à quelques heures de Versailles ; au XVIIP, le pendule prend de l'amplitude, on se bat de la Turquie au Mississipi. \
Cependant/trente années de paix avec l'Angleterre, cela compte.
Parent du roi George Ier, par la Palatine, sa mère, le Régent va faire bénéficier la France des fruits d'une heureuse politique maritime et financière, (l'une résultant généralement de l'autre). Il choisit pour premier ministre son précepteur, l'abbé Dubois, pour conseil- ler financier, Law, un aventurier écossais « sorti de la lie du peuple », dit Saint Simon, faussement d'ailleurs. Il multiplie les concessions à l'Angleterre : abandon du prétendant Stuart et des Jacobites, démolition de Mardick, conclusion d'une Triple Alliance avec la Hollande, refroidissement des rapports avec l'Espagne à quoi les prétextes ne manquent pas, grâce au puéril et imprudent complot de l'ambassadeur Cellamare et de la duchesse du Maine.
L'Ambassadeur d'Angleterre règne à Paris, ce qui est mal vu de l'opinion. Saint-Simon blâme notre « servitude pour l'Angle- terre ».
Mais les bénéfices de cette politique sont réels ; notre domaine colonial s'agrandit aux Antilles, les sucriers s'enrichissent. Avec la permission de Londres, notre Compagnie d'Occident, notre Com- pagnie des Indes, la Banque Royale, prennent le plus grand essor.
Nous avons moins de soucis sur le continent où la Hollande, de- venue la tête de pont de l'Angleterre, garde à vue l'Europe, où Stanhope fait surveiller l'Empire par le Hanovre, terre natale de la nouvelle dynastie britannique. L'Europe est alors aussi anglaise qu'elle le sera après Waterloo ; ce n'est pas seulement la Hollande qui est la chaloupe à la remorque du vaisseau de ligne anglais, mais le continent entier.
La mort et la succession contestée de l'empereur Charles de Habsbourg, l'entrée du roi de Prusse en Silésie, notre déclaration de guerre à l'Angleterre vont venir renverser une politique qui avait si bien rétabli nos affaires, mais qui nous entraînera vers de grands désastres. Cette politique pacifique, en nous enrichissant, inquiétait l'Angleterre et la rendait jalouse de nos brillants progrès com- merciaux des années 1720-1740.
Le renversement des Alliances de 1756, pourrait permettre à la France de penser colonialement, d'avoir un avenir sur l'eau.
170 LE P U I T S E T LE P E N D U L E
Nous aimons la Prusse de tout notre cœur, même, et surtout, pen- dant la guerre de Sept Ans ; il en sera ainsi jusqu'à Napoléon III, en passant par Voltaire et par Mirabeau (ce qui n'empêche pas Frédéric II de moquer les ambitions insatiables de la France :
« Il se trouve toujours un petit duché de Luxembourg à envahir, un petit électorat de Trêves à acquérir par traité, un duché de Liège par droit de bienséance, les places de la Flandre et quelques bagatelles semblables... »). Nos encyclopédistes, soumis d'abord à l'influence maçonnique et anglaise, n'ont bientôt plus d'yeux que pour la Prusse (et pour la Russie); Voltaire, qui a commencé dans l'amitié de Bolingbroke, finit dans l'admiration de Frédéric II et l'adoration de la Grande Catherine. (Il a commencé par Londres et a fini par Moscou...). Nos gens d'esprit sont d'ailleurs anticolo- nialistes (voir la lettre de Voltaire à Chauvelin, lui conseillant de nous débarrasser du Canada (1760) ).
Mais cette nouvelle orientation nous engage imprudemment, nous jette au fond de la Bohême, de la Saxe, du Hanovre, nous aventure dans ce centre d'Europe où nous n'avons à recevoir que des coups. Nous gagnerons la Lorraine et nous perdrons le monde.
Non seulement nous commençons à travailler pour le roi de Prusse, mais nous persévérons dans l'erreur en travaillant pour l'impératrice d'Autriche (d'où ce ressentiment inconscient des mas- ses françaises contre Marie-Antoinette, un demi-siècle après). Mon vieux manuel de Mallet disait, très justement, que les trois gran- des guerres du XVIIIe siècle, n'étaient que trois guerres en une : l'austro-prussienne, d'abord ; l'anglo-française, ensuite ; et, pour finir, la guerre de l'Autriche contre l'Espagne, le séculaire duel Habsbourg contre Bourbons ne faisant que changer de lice. Notre dernière victoire devait être Fontenoy. A chacune de ces trois guerres la voix de la France baissait d'un ton. C'est un moment décisif dont on comprend mal la suite : le programme louis-qua- torzième est presque réalisé, nous sommes maîtres du pays wallon, de la Savoie, de Nice... et pourtant, à la paix de 1748, nous rendons tout. Frédéric II eut bien raison de dire : « La victime fut la France ». Elle y perdit l'amitié de la Prusse, et celle de l'Autriche ne lui servit de rien. Après la défaite de Rosbach, nous revenons à cette néfaste guerre sur deux fronts, qui, déjà, avait anéanti les conquêtes du Grand Siècle.
Heureusement, par un retour du balancier, Choiseul viendra jeter les bases d'une politique navale qui dotera bientôt la France de la plus belle marine qu'elle ait jamais eue, la seconde du monde.
Notre lutte contre la maison d'Autriche terminée, le Pacte de Famille va nous permettre de nous raccrocher à ce magnifique galion vétusté et doré : les restes de l'Empire espagnol. Autant
<
LE P U I T S ET LE P E N D U L E 171 d'exemples de la prodigieuse, et — déconcertante pour nos enne- mis — élasticité, que le génie français doit peut-être à son équi- libre entre deux éléments, le solide et le liquide.
Vergennes continua Choiseul : « Pour la France qui depuis un siècle était le centre des affaires en Europe, quelle faiblesse de ne pouvoir protéger ses établissements d'Amérique », dira-t-il.
En 1756, il ne nous restait que vingt-cinq vaisseaux de ligne et frégates ; mais en 1779, nous avions deux cent soixante-quatre na- vires de guerre, dont soixante-dix-huit unités de première ligne.
A partir de Vergennes, et jusqu'en 1789, notre politique restera axée vers l'Océan. Notre flotte « presque anéantie et dans l'avi- lissement » (Choiseul), était à nouveau une menace pour l'Angle- terre, dont les difficultés en Amérique commençaient. Par malheur, notre excessif engagement sur le continent lui avait permis de conquérir et d'affermir des positions stratégiques sur tous les points du globe ; ses unités de combat venaient insulter à nos côtes ; elles débarquaient des troupes à Cancale, à Saint-Cervant, à Cherbourg, à Saint-Brieuc, à Rochefort ; on se croirait revenu à la guerre de Cent Ans.
Ai-je à rappeler que la diplomatie de Vergennes sut introduire la France en tiers dans l'insurrection des colonies américaines ; qu'après l'entrée de l'Espagne à nos côtés, la Ligue des Neutres regroupait l'Europe entière contre la tyrannie de l'Angleterre sur les mers ?
A partir de ce jour, l'aspect atlantique du problème Ouest-Est va, en outre, se dédoubler ; la naissance des U.S.A. viendra réta- blir la balance occidentale que l'entrée de la Grande Catherine dans les affaires de l'Europe venait de déséquilibrer.
•
Albert Sorel nous enseignait (ce qui, dit-on, a vieilli, du moins par son style diplomatique) que la Convention avait continué à son insu la politique de nos rois, et qu'elle se trouva en face des mêmes problèmes ; Capétiens, Valois, Bourbons eussent approuvé cette longue guerre qui, de 1792-93 à 1815, ne fut qu'un duel à mort avec l'Angleterre. De l'autre côté de la Manche, la tradition d'agression contre la France n'est pas moins continue ; on y en- tend un Burke dire : « Le fait que la France est notre voisine doit nous mettre jalousement sur nos gardes, quelle que soit la forme du gouvernement ».
La France pouvait mettre en ligne une marine admirable, mais comme, depuis Colbert, celle-ci était confiée à un cadre d'officiers nobles, notre commandement naval se trouva décapité après 1789,
172 LE PUITS""ET LE PENDULE
et la France républicaine s'élancera sur mer comme sur une pente un char sans conducteur.
Il faudra attendre le Directoire et l'installation définitive de la puissance française en Europe continentale pour que renaissent les éternels projets de débarquement en Angleterre ; ceux-ci au- ront d'ailleurs le sort de tous les précédents. Depuis Guillaume le Conquérant, personne n'a jamais réussi à s'emparer de Londres, (et encore, au lendemain de son entrée à Londres, le Conquérant, dit La Varende, était-il fort inquiet de la précarité de sa conquête).
•
Au fur et à mesure des victoires de nos armées, les Anglais prenaient conscience de la menace : « Regardez la carte de l'Europe : vous n'y voyez maintenant que la France », s'écriait Sheridan aux Communes (1). Pour l'Angleterre, pour Pitt, la Paix d'Amiens ne pouvait être qu'une trêve, tant que les Français n'au- raient pas évacué la Hollande. Pour Bonaparte, c'était une accal- mie pendant laquelle il demeurait hanté par la grandeur de la politique de Vergennes ; mais de Vergennes, il n'avait plus la flotte. Consulté par le Directoire sur les chances d'un débarque- ment en Angleterre, il étudiait la carte des marées et répondait :
« Opérer une descente sans être maître de la mer, est l'opération la plus hardie et la plus difficile ».
Il faut d'abord créer une flotte.
Nos préfets maritimes sont sur les dents ; nous construisons 189 vaisseaux, nous armons 2 000 chaloupes et canonnières. Au camp de Boulogne les soldats de Napoléon défilent sous un arc de triomphe intitulé « Chemin de l'Angleterre ». Il se dit : « Etre maître du Détroit seulement six heures, et je serai maître du monde ». Il est convaincu qu'arrivé à Londres « un parti formida- ble de mécontents se déclarera pour lui » et qu'il proclamera la République.
Cependant, les accrocs surgissent. Dès le temps de Louis XVI, nos marins disaient : « Le Canal de la Manche, asile pour les Anglais, boulevard pour la défense de leur île, est un véritable coupe-gorge pour nous ». En janvier 1804, une première concen- tration d'unité navale est dispersée par le mauvais temps ; il fau- dra attendre le printemps.
« Nous débarquerons cent vingt mille hommes », dit Napoléon.
L'été se passe ; de la Martinique, Villeneuve a l'ordre de des- cendre sur Brest et de se joindre aux forces de l'amiral Gran- taume.
(1) Bertrand de Jouvenel : Napoléon et l'économie dirigée..
LE PUITS ET LE PENDULE
173
Ici commence l'irréparable ; instructions contradictoires, re- tards dans les manœuvres, inexécutions des ordres ; au lieu de monter au Nord, Villeneuve descend sur Cadix... et Trafalgar.
Depuis le 19 juillet, Napoléon attend, sur la falaise de Bou- logne ; il attend l'arrivée de l'escadre qui protégera le passage de 1' « Armée d'Angleterre » et lui permettra de franchir ce fossé d'une trentaine de kilomètres.
Le temps se gâte définitivement.
La fureur de Napoléon contre la tempête, contre Villeneuve, est terrible, eschylienne. C'est la fureur de la terre ferme contre l'élément liquide. Le calme des Anglais fait contraste : « Retirez cette carte d'Europe, dit Pitt, on n'en aura plus besoin avant dix ans ». ,
L'Angleterre a choisi une diversion continentale. Le 23 août, elle obtient, à force de subsides, que l'Autriche déclare la guerre à la France.
Le 30 août, notre flotte est désarmée ; plus de deux mille bâti- ments et douze mille marins inutilisés, deux années perdues. Le camp de Boulogne est levé ; brusquement cent quatre-vingt mille hommes se mettent en route vers l'Europe continentale ; direction Ulm. Il suffira de quatre heures à Napoléon pour dicter le plan de la campagne de 1805, du haut de la falaise de Boulogne.
Avec ou sans les Russes, l'immense attaque tournante contre l'Angleterre va commencer : l'île est « mise en état de blocus conti- nental » ( 1 ). Désormais, chaque fois qu'une nation acceptera le commerce anglais, elle sera annexée. Les décrets de blocus se succèdent, datés de Berlin et d'ailleurs, claqués comme des por- tes au nez de l'Angleterre. « Les frontières naturelles de la France ne sont pas à Calais, mais à Douvres » (2). Cette frontière là sera malheureusement plus difficile à conquérir que celle du Rhin. La conclusion de Napoléon sera celle de von Runstedt : « Nous avions un plan de débarquement, mais étions trop faibles pour le réaliser ».
A aucun moment de l'Histoire ne surgit aussi crûment cette dislocation de notre destin écartelé entre l'Atlantique et le Conti- nent, nulle part n'apparaît aussi tragiquement notre drame amphi- bie que sur cette falaisse de Boulogne où une stèle commémora- tive se dresse encore, à côté des premiers forages du tunnel sous la Manche, ceux d'avant 1914.
Pour s'assurer la victoire, Napoléon offrira le partage du monde à la Russie (comme Churchill et Roosevelt à Staline, à Yalta) ; à
(1) 15° Bulletin, 23 octobre 1804.
(2) Napoléon et l'économie dirigée, B. de Jouvenel .
174 LE PUITS ET LE PENDULE
Tilsitt il mettra aux pieds du Tzar, les provinces danubiennes, c'est-à-dire les bouches de ce fleuve qui est l'artère centre-euro- péenne, la porte de tout l'Est continental, de la Suède à la Tur- quie ; à Erfurt, il ajoutera même, à ses offres, la Baltique.
Lorsque, sept ans après la chute de l'Aigle, on voit, dans les eaux grecques, à Navarin, entre la citadelle et l'îlot de Sphactérie, les flottes française et anglaise bombarder de concert la flotte turque, lorsqu'on aperçoit, combattant côte à côte, les pavillons de l'amiral Codrington sur l'Asia et de l'amiral de Rigny sur la Sirène, on assiste à un spectacle aussi stupéfiant que le défilé andalou, Moli- tor en tête, des maréchaux de l'Empire ralliés au duc d'Angoulême, devant la colline du Trocadéro, à l'autre extrémité du continent.
A nouveau la France joue la carte anglaise, mais Wellington n'est pas dupe. Dès 1816, il écrivait : « Il y a un an, les Français nous ont accuellis en sauveurs, et maintenant ils n'ont point de repos qu'ils ne nous aient congédiés, presque expulsés. » Ce ne sont déjà plus nos alliés, ce sont des occupants ; et la princesse de Lieven écrira : « Polignac n'a été qu'une marionnette mise en place par l'Angleterre ».
La Restauration aura aussi sa politique russe. Le Tzar n'avait-il pas empêché le démembrement de la France, voulu, paraît-il, par l'Angleterre, la Prusse et l'Autriche, et dit à La Ferronays, notre am- bassadeur à Saint Pétersbourg, cette phrase significative : « Des raisons géographiques s'opposent à ce que nous soyons ennemis ».
(à suivre.)
PAUL MORAND