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PERCEPTIONS SOCIALES ET OCCUPATION DES ESPACES VERTS A GNANZOUA DANS LA COMMUNE DE MARCORY (CÔTE D’IVOIRE)pp. 195-210.

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RÉSUMÉ

Les espaces verts occupent une place importante dans le bien- être social. Ils influencent la qualité du cadre de vie des habitants et les perspectifs du développement durable d’une ville. Du fait des fonctions qu’ils remplissent, ces espaces jouent ainsi un rôle fondamental en milieu urbain. Dans la ville d’Abidjan, les espaces verts existants font l’objet d’occupation anarchique. Ce phénomène est perceptible dans la Commune de Marcory. L’occupation de ces espaces se traduit par la présence des maquis (espace de restauration et de consommation de boisson), des restaurants et des commerces.

La présente étude a pour objectif d’analyser les perceptions sociales de ces espaces verts à Marcory en général, et particulièrement au quartier Gnanzoua. La démarche méthodologique mobilise l’observation directe de 08 espaces verts et des entretiens individuels.

L’analyse révèle trois types majeurs de perceptions sociales, explicatives de l’occupation de ces lieux. Ceux-ci sont perçus comme des réserves foncières, des sources de revenus inexploités et des

Fulbert TRA Enseignant-chercheur Département de sociologie

Université Félix Houphouët Boigny (Abidjan-Côte d’Ivoire) [email protected]

Noël Gueu IGBOU Doctorant en sociologie

Université Félix Houphouët Boigny (Abidjan-Côte d’Ivoire) [email protected]

Revue Africaine d’Anthropologie, Nyansa-Pô, n° 21 - 2016

PERCEPTIONS SOCIALES ET OCCUPATION DES ESPACES VERTS A GNANZOUA DANS LA COMMUNE DE MARCORY (CÔTE D’IVOIRE)

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ABSTRACT

The parklands occupy an important place in the welfare. They influence the quality of the setting of life of the inhabitants and the perspective of the lasting development of a city. Because of the functions that they fill, these spaces play a fundamental role thus in urban environment. In the city of Abidjan, the existing parklands are the subject of anarchical occupation. This phenomenon is audible in the Township of Marcory. The occupation of these spaces results in the presence of the scrubs (space of restoration and consumption of drink), the restaurants and trades. The present survey has for objective to analyze the social perceptions of these parklands in general in Marcory, and especially to the Gnanzoua district. The methodological gait mobilizes the direct observation of 08 parklands and the individual interviews.

The analysis reveals three major types of social perceptions, explanatory of the occupation of these places. These are discerned like fundamental reserves, of the sources of untapped incomes and places auspicious to the lucrative activities.

Keywords: Parklands, urban environment, occupation, social perceptions, Marcory

INTRODUCTION

« L’environnement urbain est une réalité sociale immédiatement sensible, et renvoie à une multiplicité de phénomènes perçus comme posant problème en ville tels que la pollution de l’air, la qualité de l’eau, l’assainissement, le bruit, la dégradation des paysages, la préservation des espaces verts, la détérioration des conditions de vie » (Metzger, 1994, p. 595).

La problématique de la gestion de l’environnement urbain est au cœur des préoccupations majeures de tous les Etats à l’échelle planétaire. Ainsi, la question de l’urbanisation galopante et non maîtrisée a des répercussions néfastes sur l’environnement urbain.

En effet, cette croissance urbaine est accompagnée du phénomène d’explosion démographique. La forte concentration des populations en milieu urbain crée des problèmes qui sont généralement d’ordre

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social, économique et environnemental. La frange de la population dont le niveau de vie est économiquement faible, se tourne vers le secteur informel pour subvenir à ses besoins. Les lieux où cette frange de la population exerce ses activités sont en général les espaces publics tels que les trottoirs et les espaces verts. Aussi, ceux qui sont confrontés aux difficultés d’habitats morcellent-ils les espaces verts pour construire des habitations. Cette situation met en exergue la question de la préservation et le développement des espaces verts en milieu urbain.

Les espaces verts occupent une place importante dans le bien-être global et la qualité du cadre de vie des habitants d’un milieu, et dans les enjeux du développement durable de la ville. De ce fait, ces espaces jouent un rôle important dans les milieux urbains qui se traduit par leurs fonctions qu’ils remplissent. Ce sont entre autres les fonctions sociales, paysagères, écologiques, environnementales, thérapeutiques et économiques. Au niveau social, l’espace vert représente un lieu de rassemblement, de retrouvaille, de brassage de la population au sein de la cité, un espace de vie collective (Kassy, 2010). Concernant les fonctions paysagères, l’espace vert favorise l’embellissement des villes (Lessard et Boulfroy, 2008). Pour ce qui est du volet écologique, il constitue un support à la biodiversité (De Viller et Gryseels, 2007) et améliore la qualité de l’air en absorbant le gaz carbonique pour produire de l’oxygène (Laille et al., 2013). Quant aux fonctions thérapeutiques, les espaces verts améliorent l’état de santé auto-déclaré des habitants ainsi que l’état diagnostiqué par le médecin (Bouzou et Marques, 2016).

Ils améliorent aussi la santé physique et psychique des personnes en favorisant la détente et l’épanouissement (Hiemstra et al., 2008). Sur le plan économique, ces espaces représentent une valeur économique indéniable. En effet, ils contribuent à la valorisation du bâti et l’attractivité du territoire (Larramendy et al., 20014).

La constante augmentation de la population des villes africaines a occasionné de nombreux problèmes d’organisation structurelle et d’aménagement de l’espace urbain (Amontcha et al., 1997) parmi lesquels figure la gestion des espaces verts. Ces espaces qui faisaient autrefois la fierté des villes africaines, sont devenus des souvenirs du passé. Aujourd’hui, les villes africaines à l’instar d’Abidjan sont

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Les premiers espaces verts à Abidjan datent de l’époque coloniale.

A cette période, ce sont les quartiers du Plateau et de Treichville qui ont bénéficié de la création des premiers espaces verts. Après l’indépendance, plusieurs espaces verts ont vu le jour, et cela s’est accentué avec l’avènement des sociétés immobilières dans le cadre de la construction des logements sociaux.

La capitale économique ivoirienne connaît une forte croissance démographique depuis l’indépendance jusqu’à nos jours ; qui a pour causes l’immigration des populations venant de la sous-région et l’exode rural. En effet, la population abidjanaise estimée à 951216 habitants en 1975 (RGP, 1975) est passée à 1929079 habitants en 1988 (RGPH, 1988), à 2877948 habitants en 1998 (RGPH, 1998) pour atteindre le nombre de 4395243 habitants en 2014 (RGPH, 2014).

Cette augmentation rapide de la population constitue une pression sur les espaces verts. Certains espaces verts ont disparu pour cause de morcellement, d’occupations anarchiques, de construction de bâtiments administratifs. À titre d’exemple, l’on peut citer le jardin public de la Radiodiffusion Télévision Ivoirienne à Cocody, le jardin public du lycée classique d’Abidjan Cocody et le jardin public du quartier Biafra Treichville. À Cocody, ces sites abritent respectivement l’Ambassade d’Angola et l’hôtel communal de Cocody. Au niveau de Treichville, le site abrite le Centre de Recherche en Ecologie, le Centre d’Èducation Communautaire pour l’Enfance Amicha François, l’Institut d’Histoire et d’Archéologie, le Commissariat du 29ème arrondissement (Kouamé et Kouamé, 2012). Les espaces verts existants à Abidjan font l’objet d’occupation anarchique.

Le phénomène d’occupation des espaces verts à Abidjan est perceptible dans la Commune de Marcory par la spoliation de ces espaces. Au quartier Gnanzoua appelé aussi Groupement Foncier de Côte d’Ivoire (GFCI), cette occupation des espaces verts se matérialise par la présence des maquis, des restaurants, des commerces. D’où se pose la question de la conservation de ces équipements dans ce quartier. Partant de là, comment les représentations sociales construisent-elles l’occupation des espaces verts à Gnanzoua dans la Commune de Marcory ? La présente étude a pour objectif d’analyser les représentations que les populations se font des espaces verts.

Pour ce faire, nous formulons l’hypothèse que l’occupation des espaces verts à Gnanzoua est liée à la représentation sociale que les populations se font de ces espaces.

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1. CONSIDÉRATIONS MÉTHODOLOGIQUES 1.1. Zone d’étude

La présente étude se déroule à Marcory. La Commune de Marcory (5°18’17» N et 3°59’44» W) est située au sud de la ville d’Abidjan entre la Commune de Treichville et celle de Koumassi. Elle est délimitée au nord par l’axe médian de la lagune Ebrié vers l’est jusqu’à la limite de la Commune de Koumassi; au sud par l’axe médian de la lagune ébrié depuis le milieu de la digue de de Koumassi jusqu’au canal de Marcory (sur le Boulevard de Marseille) ; à l’est par l’autoroute depuis le milieu de la digue de Koumassi jusqu’à l’ouvrage sur le canal d’assainissement de la zone poto-poto puis l’assainissement jusqu’à la lagune Ebrié ; et à l’ouest par le canal de Marcory et l’axe médian de la baie (sur la lagune Ebrié) (Conf. Image 1).

Image 1 : Carte de Marcory Source : Google Maps, 2014

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La population de Marcory est estimée à 249858 habitants (RGPH, 2014) dont 122942 Hommes et 126916 Femmes. La Commune de Marcory s’étend sur une superficie de 12,5 km2 et comprend trois (3) villages et douze (12) quartiers dont Gnanzoua.

La recherche s’effectue au quartier Gnanzoua (voir la partie entourée sur l’image1). Le choix de Gnanzoua s’explique par le fait que ce quartier construit par la société immobilière Groupement Foncier de Côte d’Ivoire (GFCI) regorge un nombre important d’espaces verts.

1.2. Population à l’étude

La population à l’étude est constituée principalement des occupants des espaces verts du quartier Gnanzoua. Ces espaces sont au nombre de huit (8). Ce sont espace Farême, espace Gnanzoua (grand terrain ou SINAP), espace Gnanzoua (au charbon), espace « au fauteuil », espace « Espace malhonnête », espace kpalézo, espace chez Alice, et espace charbon. En plus de cette catégorie d’acteur (les occupants), l’étude prend en compte les habitants riverains de ces espaces ainsi que les pouvoirs publics en charge de leur gestion (les agents municipaux ont été pris en compte).

1.3. Collecte des données

Dans le processus de collecte des données, l’ensemble des 8 espaces verts du quartier sont pris en compte. Le choix de ces espaces s’explique par le fait qu’ils sont tous occupés.

Du point de vue de l’approche analytique, la démarche qualitative est privilégiée. Les techniques de collectes des données utilisées sont la recherche documentaire, l’observation directe et l’entretien semi-directif. En ce qui concerne la documentation, les écrits sur la problématique générale de l’occupation de l’espace public en milieu urbain sont pris en compte. L’observation a porté sur l’univers matériel (les espaces verts, leur état de conservation et de dégradation) et sur les pratiques sociales de leur occupation.

Quant aux entretiens, ils s’articulent essentiellement autour de la perception sociale des usagers de ces espaces.

Le type d’échantillonnage est l’échantillon par choix raisonné. Il comprend cinq (5) chefs de quartier, quatorze (14) occupants des espaces verts, huit(8) riverains de ces espaces et deux (2) agents municipaux.

La taille de l’échantillon est ainsi de vingt-neuf (29) informateurs.

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1.3- Traitement et analyse des données

Les données recueillies ont été dépouillées de façon manuelle.

La technique d’analyse des données utilisée est l’analyse de contenu qualitative. Celle mise en exergue est l’analyse thématique transversale. Au niveau du traitement des données, un traitement sémantique est fait. Le type de traitement sémantique mobilisé est l’analyse lexicale qui consiste à étudier les mots que les enquêtés utilisent. Le traitement des données a été réalisé par axe de réflexion, de manière à répondre à notre objectif d’étude.

2-RESULTATS

2.1- LES PERCEPTIONS SOCIALES DES ESPACES VERTS A GNANZOUA

Nous allons voir dans cette partie du travail comment les habitants de Gnanzoua perçoivent les espaces verts.

2.1.1- Les espaces verts perçus comme réserves foncières La croissance rapide de la population en milieu urbain peut avoir des répercussions destructrices sur les espaces verts. C’est le cas à Abidjan où les populations utilisent les espaces verts afin d’y construire des habitations. Ces équipements qui sont généralement des espaces non bâtis sont ainsi perçus par plusieurs comme des réserves foncières. Cette perception a conduit au morcellement de ces espaces à Ganzoua. Ce morcellement est dans la plupart des cas l’œuvre des personnes dont les logements sont à proximité de ces lieux. À ce sujet un agent municipal disait ceci : « c’est l’habitude des habitants autour des jardins. Quelqu’un qui construit, occupe l’espace qui est derrière ». Ces espaces sont ainsi vus par ces citadins comme une solution au problème de logement auquel ils sont confrontés.

De manière progressive, certains habitants s’approprient ces espaces vus comme ‘’neutre’’ pour bâtir des édifices comme indiquer dans la photographie 1.

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Photo 1 : Un espace vert transformé en restaurant Source : Cliché auteurs, Octobre 2014.

2.1.2- Les espaces verts de Gnanzoua, sources de revenus La question du chômage qui est l’un des problèmes auxquels sont confrontées nos villes a des répercussions sur les espaces verts. Face au chômage de plus en plus grandissant, certains citadins pensent que l’exploitation des espaces verts est une alternative pour subvenir à leurs besoins. La jeunesse qui est la frange de la population la plus touchée par la question du chômage (Office National de la Population, 2015) exploite ces espaces pour subvenir à ses besoins. Cette perception des espaces verts amène certains jeunes de Gnanzoua à mettre ces lieux en location pour l’organisation des manifestations culturelles telles que les funérailles. En plus de la mise en location, ce sont aussi des espaces de vente d’article de toute sorte. Les propos d’un agent municipal illustre cette situation. Il affirmait ceci : « Ces populations qui occupent ces espaces disent qu’ils vivent de ça. D’autres s’installent pour vendre et d’autres mettent en location. ».

Ces espaces font parfois l’objet de vente illicite ; ce qui suscite souvent des conflits entre l’acquéreur et les autres habitants du quartier, manifestant leur mécontentement.

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2.1.3- Des lieux propices aux activités lucratives

Le commerce fait partir des activités économiques pratiquées en milieu urbain. Lorsqu’il s’exerce dans l’informel, il devient un facteur de dégradation de l’environnement. Dans l’agglomération abidjanaise, les espaces publics sont pris d’assaut par le commerce informel.

Cette situation est visible le long des trottoirs et sur les espaces verts. À Marcory, ceux qui sont dans l’informel sont toujours à la recherche d’espace libre pour exercer leurs activités. Ce traduit par la présence des maquis, des ateliers, des dépôts de vente de charbon et des restaurants. Les photos 2 et 3 montrent respectivement un maquis (un espace de restauration et de consommation de boisson) en plein air et un dépôt de charbon de bois dans des espaces verts.

Photo 2 : Espace vert (Espace Gnanzoua) occupé par un maquis dans la Commune de Marcory

Source : Cliché auteurs, Octobre 2014

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Photo 3 : Lieu de vente de charbon de bois dans un espace vert Source : Cliché auteurs, Octobre 2014

2.1.4- Les espaces verts : dépotoirs d’ordures

Les espaces verts participent à l’aménagement du cadre de vie. Ils assurent pleinement cette fonction paysagère lorsqu’ils sont entretenus. Quand ces espaces ne sont entretenus, ils sont transformés en lieux de dépôt d’ordures ménagères. C’est ce qui s’observe à Gnanzoua. L’on note la présence des tas d’ordures ménagères sur ces espaces.

A ce sujet un enquêté dit ceci : « Il faut dire qu’il n’y a rien comme jardin, et le jardin est sale, très sale. Peut-être il y a des gens pour entretenir, ce n’est pas fait. ». Les propos de cet enquêté montrent l’état d’insalubrité des espaces verts de Gnanzoua. Ils relèvent également un dysfonctionnement dans la gestion environnementale de ces lieux.

2.1.5- Les espaces verts de Gnanzoua, des lieux d’insécurité D’un point de vue fonctionnel, les espaces verts sont des lieux de détente, de promenade, de repos. Lorsque les usagers de ces lieux sont régulièrement agressés par les brigands, ces espaces deviennent un problème de sécurité qu’il faut résoudre. Face à l’insécurité

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grandissante dans ces espaces, ceux- ci ne sont plus perçus par la population comme des lieux de repos, mais plutôt comme des lieux d’insécurité. En outre, ces espaces sont devenus des fumoirs à ciel ouvert. Pour l’un de nos informateurs, un agent municipal : « Cet endroit n’étant plus entretenu, était occupé par les drogués et est devenu un lieu d’insécurité ». Un occupant des espaces allant dans le même sens que cet agent municipal relevait ceci : « Le jardin est devenu un camp des drogués. On agresse les gens chaque fois ici ».

2.2- LES FORMES D’OCCUPATION DES ESPACES VERTS A GNANZOUA

À l’analyse de l’occupation des espaces verts de Gnanzoua, deux formes peuvent se distinguer : une occupation temporaire et une occupation permanente. L’occupation temporaire des espaces est caractérisée par une courte durée (deux à trois heures par jour) et la présence de matériels non bâtis. Quant à l’occupation permanente, elle est de longue durée (mois, années). Elle se matérialise par la présence d’édifices sur les sites.

2.2.1- L’occupation temporaire des espaces verts

Trois formes d’occupation temporaire se présentent à Gnazoua.

La première se traduit par la transformation de ces espaces en aire de jeux et en lieu de manifestation culturelle. La seconde est l’emploi de ces espaces comme des terrains de sport. La troisième est leur utilisation pour l’organisation de veillées funèbres. « En général, c’est un espace de recueillement, de rassemblement des jeunes du quartier. Tout dernièrement, on a organisé des activités socioculturelles ici. ». Comme l’exprimait l’un de nos enquêtés.

2.2.2- L’occupation permanente des espaces verts

Ce type d’occupation partielle ou totale des espaces verts se caractérise par la présence des maquis, des restaurants et des kiosques. De plus, nous notons l’extension d’habitation sur ces espaces et leur transformation en parking. Pour justifier leur présence dans ces lieux, certains occupants affirment que ces

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D’autres soutiennent qu’ils paient des taxes aux agents municipaux pour mener librement leurs activités. Les propos d’un occupant des espaces montrent comment ils se servent des taxes pour légitimer leur présence dans ces lieux : « Quand la Mairie vient ici, on paie leur droit et puis ils s’en vont ». De plus, les dits d’un agent municipal vont dans le même sens que celui de cet occupant : « La Mairie fonctionne comme l’État. Toute personne qui s’installe illégalement dans un espace public et qui mène une activité économique, tant qu’il n’est pas encore déguerpi de ce lieu, elle doit payer les taxes». La photo ci-après montre un cas d’occupation permanente d’espace vert par un ferronnier.

Photo 4 : Un espace vert occupé par un ferronnier Source : Cliché auteurs, Octobre 2014

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Le tableau 1 présente l’état d’occupation des espaces verts à Gnanzoua.

Tableau 1 : Liste des espaces verts du quartier Gnazoua de Marcory

Nom de l’espace Situation

géographique Etat actuel Observation

1 Espace Farême

Derrière le Commissariat du 9è Arrondissement, Rue Lion

Extension d’habitation et commerces (maquis, restaurants)

Ombragé par deux grands arbres totalement occupé

2 Espace Gnanzoua (grand

terrain ou SINAP Derrière le foyer des jeunes, Rue Lion

Occupé par les commerçants (maquis), ferronniers et menuisiers

Ombragé par deux grands arbres totalement occupé à moitié

3 Espace Gnanzoua (au charbon)

Derrière la société de transport Soro, Rue de la Vierge

Installation d’habitation et commerces (charbon, boutique)

Ombragé et totalement occupé

4 Espace « au fauteuil » Gnanzoua fauteuil, rue de la vierge

Extension d’habitation et petits commerces (aloco, kiosque à café et maquis

Ombragé par des arbres et moyennement occupé 5 Espace « Espace malhonnête » Gnanzoua parking, rue de la vierge Parking et petits

commerces Entièrement occupé par le parking

6 Espace kpalézo Gnanzoua, Rue

capricorne

Extension en grille et commerces (aloco, maquis,

garage et boutique) Totalement occupé 7 Espace chez Alice Gnanzoua, Rue

capricorne Installation des

commerçants et maquis Totalement occupé

8 Espace charbon Gnanzoua, Rue

capricorne (côté

entrée INJS) Commerçants et maquis Totalement occupé

Source : Mairie de Marcory, Sevices Techniques, 2014 3-DISCUSSION DES RESULTATS

La discussion de nos résultats s’articule autour de deux points essentiels : la représentation sociale et les usages de l’espace puis la variabilité des formes d’occupation des espaces verts.

3.1- Représentation sociale et usages de l’espace L’analyse de l’occupation des espaces verts à Gnanzoua révèle que l’usage de ces espaces découle de la représentation sociale que les populations se font de ceux-ci. Cette analyse va dans le même sens que les conclusions tirées par Nathalie et al. (2012) qui affirment que la perception de l’espace vert est particulière à la pratique réalisée, et la pratique des espaces verts varie ainsi en fonction de ces différents types d’espaces. Cette pratique des espaces verts est influencée par certains facteurs. L’étude d’Arrif (2009) confirme les résultats quand

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du 12ème arrondissement de Paris se représentent le parc de Bercy comme un lieu de bien être psychologique, tandis que les résidents hors du 12ème arrondissement, se le représentent comme un lieu d’activités et de qualité du cadre de vie.

De plus, la représentation des espaces verts est liée notamment à l’état d’abandon de ces espaces. Les résultats rejoignent ceux de Mebirouk (2008) pour qui, les espaces verts dans les ensembles de logements collectifs à Annaba occupent des délaissés de terrains et font l’objet de l’appropriation illicite émanant des marchands ambulants avec des attitudes systématiques de contournement de normes ou des attitudes d’indolence et de démobilisation à l’égard de leur entretien. Il affirme que le revers de ce type d’espaces verts, exclusivement et strictement fonctionnel, trouve son explication dans leur abandon car la prise en compte des seuls besoins élémentaires a conduit à une uniformité malencontreuse.

Les représentations sociales des espaces verts conduisent parfois à des pratiques spatiales positives des usagers. Ces pratiques confirment les résultats de Bendada (2014) quand elle affirme que les représentations sociales que les algérois développent à l’égard des espaces verts publics d’Alger-centre sont très homogènes et positives, ce qui en fait une composante très recherchée et convoitée.

3.2- Variabilité des formes d’occupation des espaces verts L’occupation des espaces verts à Gnanzoua est multiforme et varie selon les catégories d’occupants. Les formes d’occupation de ces espaces corroborent les résultats de Nassa (2009) quand il soutient que l’occupation des espaces publics à Cocody se pose de manière visible et permanente, en des termes différents selon les acteurs concernés. Cette analyse va dans le même sens que les résultats d’Elom (2011) qui affirme que l’occupation abusive des espaces publics par les populations de la ville de Yaoundé pour mener leurs activités commerciales est de fait temporaire, quasi-permanente et permanente.

En outre, cette occupation des espaces verts s’explique également par un manque d’éducation à l’environnement de la population. Ces résultats vont dans le même sens que ceux de Ngur-Ikone (2010) qui affirme que c’est à cause du manque de culture et d’éducation environnementale que les espaces verts de la ville de Kinshasa sont

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devenus des lieux de dépôt des déchets, des spoliations pour des constructions anarchiques, des marchés pirates.

Au cours de l’enquête menée sur le terrain, huit (8) espaces verts ont été recensés. Définis comme des espaces libres, plantés et aménagés en vue du bien-être des citadins, et qui constituent, à ce titre un équipement urbain (Conseil International de la Langue Française, 1992), les espaces verts jouent plusieurs rôles en milieu urbain. Ces rôles qui leur sont assignés découlent de la représentation sociale des populations. En effet, lorsque les espaces verts sont perçus comme des équipements qui ont une importance, cela favorise leur pérennité, leur préservation et leur conservation.

Toutefois, lorsqu’ils sont perçus autrement par les citadins, il est difficile qu’ils soient protégés. Cette situation conduit à leur affectation à d’autre fin. Cela se traduit souvent par leur occupation.

Cette occupation est partielle ou totale selon le cas ; et se manifeste par la présence des commerces, d’habitation, de parking, d’ateliers, pour ne citer que ceux-là.

CONCLUSION

La présente étude se voudrait une contribution à l’analyse de la représentation sociale des espaces verts en milieu urbain abidjanais.

Elle révèle que l’occupation des espaces verts à Gnanzoua dans la Commune de Marcory, révèle trois types majeurs de perceptions de ces lieux.

Le premier est que les espaces verts sont perçus comme des réserves foncières. A ce niveau, ils sont parfois occupés par des habitations. Le second est le suivant : les espaces verts sont perçus comme des sources de revenus inexploitées. La matérialité de ce type de représentation est la mise en location de ces espaces par certains riverains, par exemple. Le troisième type est la conséquence du second : des lieux propices aux activités lucratives ; des lieux de commerce.

Cette perception des espaces verts conduit à leur occupation et dégradation. Ici l’occupation peut être temporaire (lieux de jeux, de manifestation culturelle, terrains de sport) ou permanente (présence

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Pour la pérennité, la sauvegarde de ces équipements qui constituent un patrimoine à léguer aux générations futures, il y a lieu d’éduquer la population à l’environnement ; la sensibiliser sur l’importance de ces infrastructures. Pour y parvenir, les espaces verts devront occuper une place de choix dans la politique environnementale des pouvoirs publics en Côte d’Ivoire.

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Références

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