M. B ARBUT
Intégrales et mesures
Mathématiques et sciences humaines, tome 20 (1967), p. 1-28
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INTEGRALES ET MESURES M. BARBUT
Introduct ion
en vuedu Calcul des Probabilités
Cette introduction fait suite à mon article: "De Pascal à
Savage:
unchapitre
de
l’algèbre linéaire,
le Calcul desProbabilités" (M.S.H.
nl15,
pp.15-28, 1966),
dans
lequel j’essayai
de montrercomment,
dans le casf~ni, l’algèbre linéaire peut être,
via lesaléas numériques
etl’espérance,
la clef du Calcul desProbabilités;
cet article
appelait
une suite surle
casinfini,
dont lapublication
est rendueurgente
par la mise enplace
de la secondeannée
du D.U.E.L. dePsychologie
etSociologie.
Les
enseignants devront,
eneffet,
au cours del’année,
non faire unethéorie
détaillée
del’intégration,
de la mesure et desdensités,
mais essayer de fairecomprendre
auxétudiants
ce que recouvre unsymbole
tel quecit ,et,,
c om-meiïhcedi
se relie àl’algèbre linéaire
et au Calcul desProbabilités
dans le casfini,
y que les étudiants aurontétudiés préalablement.
Je propose donc aux ensei-gnants
deuxidées
directrices*.et unparti pédagogique.
Les idées directrices d1abord:
S’appuyer
sur une bonnecompréhension de ce qu’est
une formelinéaire
dans lecas
fini; procéder
parapproximations à partir
de cas.Linéarité
etapproximations
sont les deux"idées force";
ellesrésultent
d’ailleurs de la structure de groupe
abélien (linéarité) ordonné compact (approxi-
nativement
fini)
deP,-..
v ’T"ne seule
propriété
de9 (qui peut
lui servir dedéfinition, quant à
sontype d’ordre,
parcomplétion d"un
ordre densedénombrable)
suffit d’ailleurs à compren- drel’esprit
de laplupart
desdémonstrations:
toute suitedénombrable
monotonemajorée
ypossède
un supremum. Onpeut
soit admettre cettepropriété très
intui-tire
y soit laprendre
commedéfinition,
soit ladémontrer
àpartir
d’unedéfinition équivalente (par
les coupures parexemple).
Cepeut
être en tout cas une occasionde faire
réfléchir l’étudiant ’à
l’un des sens du motcontinu;puis à
son lien avecce
qu’on appelle continuité
d’une fonction.Le cas
pédagogique
ensuite :Je n’ai
traité
avecquelque détail
que del’intégration
et de la mesure sur unensemble dénombrable
et surm(le premier
de ces caspermettant
de mieux com-prendre
cequi
se passe dans lesecond;
mesemble-t-il),
y ce sont les seuls caspratiquement
utiles pourl’enseignement
que nous visons. En tout cas,je
n’intro-duis des notions telles que celle
d’additivité dénombrable, puis
de tribuqu’à
partir
du moment où leproblème posé
faitcomprendre
lanécessité
de leur intro-duction. La notion de
tribu,
parexemple,
estparfaitement superflue
tant que l’onn’a pas à
définir d’intégrales
surR,
parrapport
à une mesurecontinue;
et rien neme semble
plus
redoutable pour lesdébutants
que de leur"balancer" d’emblée
leclassique triplet (S~,a,~ ).
,Comme j’ai uniquement pensé
auxnécessités
du Cours de Calcul desProbabilités, je
n’aidéfini l’intégrale
deLebesgue-Stieltjes
que dans le caspositif,
et non dansle cas
plus général où l’on n’exige
que lacontinuité
del’intégrale,
y defaçon
à ne pasallonger
encore unexposé déjà
volumineux.D’autre
part,
dans leparagraphe 1, je n’ai
fait querésumer
sommairement lespoints
du cas fini surlesquels
ons’appuie;
le lecteur trouvera desdéveloppements
dans mon article M.S.H. nO
15 cité
supra.Lectures
complémentaires recommandées:
,- Pour un
exposé
moinsarchaïque :
J.NEVEU,
"Les BasesMathématiques
duCalcul
des
Probabilités", (Masson), Chap. I, II,
y IV.- Pour la
génèse
desidées:
H.LEBESGUE, "Leçons
sur1’,intégration
et laRecherche des Fonctions
Primitives", (Gauthier- Villars),
ou’
E.
BOREL, "Leçons
sur laThéorie
desFonctions",
(Gauthier-Villars).
TABLE
1.-
RAPPEL
DES I DEES E33EXT,IELLE3 DU CAS F 1 N l l.a.Vectoriel réticulé des aléas numériques
Si
A =={1y 2,
...,n
est un ensemblefini,
muni d’une mesure deprobabilité
p, dont la distribution de
probabilité estP = (P1’ P2 Y
..., YPn)’
chaque application
f:A2013~Ry ou !R
est le corpsordonné
des nombresréels,
ydéfinit
un
aléa numérique.
A
L’ensemble des
aléas numériques définis
sur A est identifiable à l’ensemblela
desapplications
de A dans R. Cet ensemblepeut
ttre muni d’une structure de vectorielréticulé,
enposant:
-
Addition
-
Homothéties
- Ordre
L 1 ordre 4
edéfini
parmajoration
uniforme(sur A)
entreapplications,
deA’
dans R munit de
e
d’une structure de treillis(ou
ensembleordonné réticulé) compatible
avec la structure de vectoriel.- Treillis en
posant:
Supremum
Infimum
max
min
-
Compatible
avec la structure de vectoriel:1~b. l’espérance déf inie
par une mesurePour un vectoriel
réticulé
desaléas numériques définis
surA, l’espérance
parrapport à
la mesure p estdonnée
par:P
est uneapplication
deEf~
dans 1Rqui
est:1) Linéaire : 2) Positive:
3) Normée :
:On dit que c’est une forme
linéaire,
ypositive
ynormée
duvectoriel
La
positivité équivaut
à la monotonie:. 1 et 2
signifient
donc quel’espérance
est unhomomorphisme
deR~
muni de sonaddition,
seshomothéties
et de son ordre dans R muni de sonaddition,
seshomothéties
et son ordre.’
Etant
normée, l’espérance
est a fortioribornée
_ en ce sens que si une fonction f estbornée (uniformément)
par un nombrek,
sonespérance
est un nombre finiqui
ne
dépend
que de k et de la fonction f .1. c.
La
mesuredéf ï n ie par l’espérance
Réciproquement,
si l’on ne suppose pas apriori
l’ensemble Aprobabilisé
parune mesure de
probabilité
p, à touteapplication
Ilinéaire,
ypositive
etnormée
de ~ dans IR correspond
une mesure deprobabilité p I
induite par I sur A.pI
est défini par la restriction de I aux fonctionscaractéristiques
desparties
deA;
siBeA,
la fonctioncaractéristique CPB
de B estdéfinie
par:Si l’on pose:
PI
est une mesure deprobabilité
surA:
Désignons pas Z A
l’ensemble desparties de. A
muni de sa structured’algèbre
booléenne
au moyen desopérations Uy ûy
et del’inclusion
C .L’équivalence
entre mesu.res de
probabilités
p :L
--~IR et formesalinéaires positives, normées
1 :IR A
--~.(~ estrésumée
par lediagramme (commutatif) :
y
Si on se donne I
(resp.p)
onpeut compléter
lediagramme
par p(resp. I);
le liens’établit
d’ailleurs par ladiagonale
dudiagramme:
Celle-ci
est ladistribution
deprobabilité
de la mesure p, ou encore le vecteur des coefficients
(covecteurs)
de la formelinéaire
I: -1 ci; Les deux modes de calcul de l’espérance
On a
indiqué
quel’espérance
E d’uneapplication
f : A -R(ou aléa numérique)
se calcule par laformulep:
La sommation se fait par
rapport
audépart
A de f.Mais la fonction
(application),
fdétermine
sur A unepartition
en classes~,y~ constituées
deséléments ayant
mêmeimage
y:L’ensemble
des classesA ~
ouquotient A~f,
est encorrespondance bijective
avec
l’image
fA def, qui pe~t
êtrefactorisée
selon lediagramme
surj. inj.
En
regroupant
dans la somme(I)
tous leséléments
de Aappartenant
à unemême classe,
on obtient une secondeexpression
del’espérance, où
la sommation sefait
par rapport à l’arrivée:
Ce second mode de calcul de
1’espérance correspond à
unefaçon très
usuellede calculer
les
moyennes,; sagénéralisation
au cas où A est infini est l’une des clefs de ladéfinition
del’intégrale
selon H. LEBESGUE.2. -
CAS LES PRINCIPE2.a.
L’intégrale est définies
parapproximation
Si A est
infini,
l’ensemblelRA
desapplications
de Adans R
esttoujours
unvectoriel
réticulé. L’usage
estd’appeler intégrales
les formes Ilinéaires, posi- tives, bornées
de ce vectoriel(Cf. 1 - 6).
Uneintégrale normée (si
une fonctionf est
constante,
sonintégrale
I(f)
estégale
à cetteconstante) pourra,toujours
être interprêtée
commel’espérance
de fconsidérée
comme unaléa numérique.
Les
difficultés
et lesidées
nouvelles vontprovenir
de ce que les calculs(linéaires)
ne vontplus _pouvoir
se faire que parapproximations: approximations
au
départ R4
del’intégrale I,
car ce vectoriel nepossède
pas de basedénombra- ble,
c’est-àoooodire unepartie
que l’onpuisse décrire
avec des mots finis et telle que tout vecteur soitcombinaison linéaire
d’un nombre fini de cesvecteurs;
ap-proximations
àl’arrivée R ,
y ouplus précisément, continuité
del’inté rale
en cesens que deux fonctions
(éléments de R A) proches
l’une de l’autre devront avoir des valeurs del’intégrale
voisine.La
démarche
va donc consister à essayer dedécrire
sinon toutentier,
toutau moins une
grande partie
de cet ensemble(les
fonctionsbornées)
defaçon approximative
par des fonctions accessibles auealcul
detype fini; puis
àdéfinir l’intégrale
de sorte que celle des fonctions accessibles an calcul soitelle-même
calculable,
etqu’elle
soit continue:l’intégrale
f sera alorsapproximativement égale
à celles(calculables)
desapproximations (calculables)
de f.2.b. Approximation des f onctions: topologie de la convergence uniforme
Pour
définir
desapproximations (une topologie)
dans il y a bien desfaçons
deprocéder;
celle quel’on adopte
icidécoule
naturellement de la structure d’ordre deR A;
on aposé
en effet:f est
uniformément (pour
toutx) inférieure
à g.Cette
définition
de l’ordre munitR A
de sa structure de treillisdistributif compatibhe
avec sastructure
de vectoriel(f
g ~t:j h,
f +h £
g +h).
Il est donc naturel de dire
que f
et g sont deux fonctionsproches
l’une del’autre si
leur différence (vectorielle)
estpetite
au sens de l’ordredéfini
supra. On pose ainsi:
désigne
la fonction constanteprenant
lavaleur 6 . RÀ
est ainsi muni de latopologie
dite de la convergence uniforme.2.c.
Les f onct i ons étagées approchent un i f ormément 1 es f onct i ons bornées
Dans cette
topologie, toute
fonctionbornée peut
ttre arbitrairement appro-chée
par des fonctionséta es, c’est-àoooodire
neprenant qu’un
nombre fini de va-leurs : f est
étagée
si et seulement si sonimage fA
est finie.Si en effet f est
bornée, c’est-à-
dire telle que son
image
fA soit com-prise
entre deux nombres m etM,
onpeut partitionner
l’intervalle[m,M]
en
points
de division:Yi+ 1 ...yk = M
de telle sorte que le
plus grand
desintervalles
(yi, Yi+1)
ait une lon-geur
inférieure à 8 .
Soit
Ai
lapartie
de A dont lesélé-
ments ont une
image comprise
entre yi(inclus)
et tAi={x:
xe A, yi
f xLes
parties Ai
constituent uneparti-
tion de A. La fonction
étagée y qui
pout
tout iprend
la valeuryi
surAi
est-
majorée (uniformément)
parf ~
etest telle que:
De
même,
la fonctionétagée y qui prend
la valeur yi+I surAï majore f,
et
l’on
a:y
et, y
sont donc deux fonctionséta ées qui approchent
fà
moins etqui l’encadrent :
A
toutepartition finie
de l’intervalle[m, M],
onpeut
ainsi faire corres-pondre
un encadrement de f par deux fonctionsétagées.
2.d.
L’intégration des fonctions étagées :
mesuresOr une fonction
étagée
cp ,prenant
les valeurs yo, Y1,y~, ... ,
yk, estc ombinaison
linéaire
defonctions. caractéristiques d!-ensembles (qui
sont des fonc- tionsétagées)
où
YAi
est la fonctioncaractéristique
de lapartie Ai
de A surlaquelle Y prend
la valeur
y,
i(cf.
par.1.c. ) .
Si doncl’intégrale
I( cp ) de cp étagée existe,
on a en
vertu
de lalinéarité
del’intégrale:
On sait donc calculer
l’intégrale
de toutes les fonctionsétagées
dès que l’on sait calculer celle de toutesles fonctions caractéristiques, c’est-à-dire,
comme on l’arappelé
auparagraphe t.c., dès
quel’on
saitdéfinir
une mesure m sur A.2.e. L’intégrale des f onct i ons étagées déf i n i t
parcontinuité celle des f onctions bornées
Pour les fonctions
étagées,
leproblème
del’intégrale
est ainsiramené,
commedans le cas
fini,
à celui des mesures sur A. Avant de traiter cettequestion,
mon-trons que si
l’on
a une mesure sur.A.~
alorsl’intégrale
de toute fonctionbornée peut
bienêtre définie
parcontinuité
au moyen de celle des fonctionsétagées,
commeon le souhaitait. Posons comme dans 1.c.:
2.e. 1. - Soient y et y les deux fonctions
étagées
encadrant fbornée définies
comme on
l’a indiqué plus
hautà partir
d’unepartition y y 1_ ... y
deOn a :
° " k
(linéarité
del’intégrale).
Donc: *
m(A)
est un nombre fini(1
si l’onveut);
I( y - y )
est donc arbitrairementpetite. Puisque
d’autrepart :
Alors : (monotonie - positivité
del’intégrale)
et I
(f)
est doncapproximable
àS près
par I( ou I ( qJ ) .
~.e.2. -
Enoutre, lorsque 6
tend verszéro,
I( q ) et I ( qJ )
tendent versnul
même
nombre biendéfini, qui est,
pardéfinition, l’intégrale
de f.On n’en donnera pas ici de
démonstration complète,
mais le lecteiw saisira cephénomène
de convergence enprenant
despartitions
dueplus
enplus
fines de~m’M~;
alors I
( croît,
et I( y ) décroît.
La c.rois’sance de I( cp ),
parexemple
se voit en considérant une subdivision
1 - 2013 "1 1+ 1 à
laquelle
une subdivision en classes ’
° * * " 1
de la classeA..
Pour laJ 1
y
tassociée
à cetteon a, pour le terme corres-
l,e ."l’16.7
à l’intervalle done :Le nombre
à déterminer
I(f) peut
donc être"pris
en sandwich" entre deux suites de nombres dutype
I( cp )
et I( y )
calculables(ce
sont des sommesfinies),
lapremière
suitecroissant,
la secondedécroissant,
etl’écart
entre lesdeux suites tendant
à zéro;
il est biendéfini (si
les nombres I( cp )
et I( ~ )
le
sont).
,N.B. - La
définition
del’intégrale I (f )
d’une fonctionbornée
f deA
dans~
R au moyen de ses
approximations
par la minorante I( y )
et lamajorante
I( y )
repose sur cettepropriété
dutype
d’ordre de Rque toute suite croissante
(resp. décroissante) majorée (resp. minorée)
y
possède
une limite: la suite des I(
est croissante etmajorée
par l’une
quelconque
des I( y ).
Cette
propriété
deR,
lacompacité, qui peut
d’ailleurs lui servir dedéfinition
àpartir
ducorps des
rationnels(qui
lui n’est pascompact)
est cellequi justifie
quel’on
prenne, dans lesquestions
traitées ici,
R comme ensembled’arrivée,
et non un autre ensembleplus
"naturel" de nombres tel que lecorps Q ordonné
derationnels,
ou l’anneau
ordonné 0
des nombresdécimaux.
2.f. -
L’additivité dénombrable
Mais cette
définition
par passage à la limite introduitsubrepticement
unecondition
supplémentaire
sur les mesures. On a eneffet
fait tendre8
verszéro;
on a ainsi fait tendre vers
l’infini
le nombre despoints
de division surlm,Ml
et le nombre
correspondant
des classesA.
de A. Les calculs faits n’ont donc de sensque
sil’égalité:
valable
lorsque
lesA.
sont desparties disjointes
reste vrailorsque
k tendvers
l’infinie c’est-à-dire
si lesA.
sont eninfinité dénombrable.
C’est doncà
cause des
nécessités
de latechnique à’ M roximation
que l’ons’intéresse
enthéo-
rie del’intégrale
nonà
toutes les mesures, mais seulementà
cellesqui
satisfontà
la condition restrictived’additivité dénombrable (ou cr - additivité).
pour toute famille
dénombrable
departies disjointes.
On sait que lespropriétés (des mesures):
et
. sont des
conséquences
de(
a)e
etéquivalent à l’additivité
finie.2.g. - On est ramené
auproblème des
mesuresLa
démarche
suiviejusqu’ici peut
serésumer
par lediagramme:
Comme on le verra
plus loin,
un nouveau passageà
la limiteportant
sur desfonctiqns,
,ladéfinition de l’intégrale
àcertains
fonc-tions
.
, ~).. , , .-~ ,.,_ , , .’,’
Tout est donc
conditionné
par cequi
se passeà
la source,c’est-à-dire
par lapossibilité
dedéfinir
des mesuresqui,
onl’a
vu, doivent gtre additivementdénom-
brables,
sur un ensembleA.
C’est ici que la nature de
A, qui jusqu’ici
n’avaitjoué
aucunrôle, prend
uneimportance capitale.
- ou bien
A
est telqu’on puisse définir
des mesures, pourlesquelles
toutepartie
deÀ
est mesurable(on
verra que c’est le cas siA
estdénombrable);
alors la
question
estréglée: à chaque
mesurecorrespond
uneintégrale,
et toutefonction
bornée
estintégrable.
- ou
bien (c’est
le cas siÀ =Ôi)
A est tel que l’on nepuisse y’ définir
demesure que sur une
sélection
de sesparties,
mais non surtoutes. Alors
ne serontintégrables que
les fonctionsbornées
telles que lesparties A~1
duparagraphe 2.c.
appartiennent toujours à
cettesélection.
1Comment il faut faire cette
sélection
pour que lesparties qui
la constituent soientsupport
d’une mesure, et pour que les fonctions lesplus "utiles"
soientintégrables
c’est ce que l’on examinera sur le cas(par. 4).
3. - MESURES ET
INTEGRALES
SUR UN ENSEMBLE DENOMBRABLESi a =
~1~ 2y
...~i~ ... est un ensemble dénombrable,
une fonction de A
dans R
(aléa numérique)
estdonnée
par la suite des valeursprises:
Dire que f est
bornée signifie
que tous les nombresf.
sontsitués
dans unintervalle,
ou encorequ’il
existe un nombre k bornant leurs valeurs absolues:3 k, )fie 1 fi 1
k(attention
à l’ordre desquantificateurs).
On dit souvent que f est une suitebornée.
L’ensemble des fonctionsbornées
de A dans lft formeévidemment
un vectoriel.3.a. -
Construction intuitive des
mesuresLes mesures
positives
etbornées
sur Apeuvent,
comme dans le casfini,
êtredéfinies
defaçon atomique c’est-à-dire
en affectant àchaque élément i E
A unnombre
0,
de sorte que Em. 1
^ 1(s’il s’agit
d’une mesure deprobabilité).
On s’en rend facilement
compte
enconsidérant l’antique procédure
"Achille et la Tortue". Sur lesegment
on choisit unpremier iiitervalle, d’origine
0et de si
longueur m1(0 4 1);
~ 1 ,
on choisit ensuite ’ l’intervalle restant unsegment
on choisit
m3’
etc .... Ceprocédé peut
continuerindéfiniment,
en raison de lapropriété
de IR d’êtreindéfiniment
divisible(dense
enso i, ) :
entre deuxpoints,
on
peut toujours
eninsérer
untroisième.
Le cas"Achill,e
et la Tortue’ est celuioù chaque point
de subdivision est choisi au milieu de l’intervalle restant.Si l’on pose:
n
est la mesure de lapartie
finie~1~2~
...~n de Ay
Pt le restea n
(==1 - Mn)
est celle de lapartie complémentaire; lorsque
n tend versl’infini, n
R
n
tend par construction vers
zéro.
les distributions"tronquées":
sont
d’ailleurs
des fonctionsétagées tendant,
encroissant, uniformément
vers la distribution:Lorsque A
est l’ensembleordonné
des entiers2
3 ... n... 1 e
leprocédé indiqué
n’est autreque C’!’1ui
de la construction de la,
on se
r
de croie
qu’il
en esttoujours ainsi;
A n’être pasordoiiné,
ou bien avoir un ordre
qui
n’a rienà
voir avec l’ordre denumérotation
(exemple : A
est l’ensembleQ
desrationnels). %-y
3. b. -
Exemples
Les deux
exemples
usuels de telles distributions sont: la distribution dePascal,
ou
géométrique:
c’est lagénéralisation "d’Achille
et laTortue"; à chaque étapey
le reste R n est
égal
àrn~ où
r(0
rI)
est leparamètre
choisi unefois pour toutes de la distribution. On a:
On.
peut
voircette
distribution commerésultant
d’un processusvisualisé
sur lafigure
ci-contre.La distribution de
Poisson,
pourlaquelle:
qui
intervient enparticulier
d’unepart
comme distribution limite de la distribution binomialek e p (I - e) k‘p lorsque
leparamètre
9 de celle-ci est del’ordre
de
grandeurp
de X et k d’autrepart,
dans les processusexponentiels.
k
3. c. -
Critère
pourreconnaître
une mesurebornée
Les mesures
bornées
sur un ensemble Adénombrable
sontdéfinies
par dessuites
de nombrespositifs
m. ; mais toute suite de nombrespositifs
nedéfinit
pas une mesure; il faut non
seulement
pour cela que le "termegénéral"
m, tendevers
zéro lorsque
i tend vers l’i.nfini(contre-exemple classique: m.= 1~ ;
;Mi
est alors de l’ordre de
grandeur
delog i )
mais quela
suitesatisfasse lau
critère plus
restrictif dit deCauchy (dont
on remarquera lecaractère
definitude) :
Ce
critère équivant à
dire queRn
de la somme Emi
tend verszéro lors q ue
n tend versi’infini,
c’est une conditionnécessaire et
suffisantepour que la
suite,
croissante avec n, des nombres nbornée,
donc1 ’
qutelle
convergelorsque
n ~oo.de
résultant
est intuitif(figure ci-contre):
choisir v > k
( 6 )~ puis
faire tendre hvers l’infini
( v
+ h =n);
J estcroissante
(avec h)
et bornéepar M. + 8 y
donc elle converge: ils’agit toujours
de la
propriété
d.ecompacité
deR, qui
adéjà été évoquée
auParagraphe ~’. e.
On montre par ailleurs
(on
ne le fera pas ici:technicité
de ladémonstration,
qui
est dumême type
que cellequi
vient d’êtreesquissée)
quelorsque
la suitem = ( mi Y
10152k, ...., m, i ... )
l est à sommes finiesM n bornées (V n),
ou, defaçon équivalentes
satisfait au critère deCauchy, c’est
bien une mesure en ce sensque pour toute
partie X
etA,
le nombreest bien
défini,
comme fonction du seul ensemble X :autrement
dit,
cette somme nedépend
que deX,
et non de l’ordre danslequel sont
pris
leséléments
deX, lorsqu’on
fait les sommations.3.d.- L’intégrale des fonctions bornées
L’ensemble des mesures
positives bornées (ou
deprobabilité)
sur Adénombra-
ble est
ainsi
bienprécisé:
c’estl’ensemble
des"séries"
à termespositifs
con-vergentes.
Achaque
mesure mcorrespond
uneintégrale, Ime définie
surl’ensemble
des fonctions
bornées
de A dans R. On a:’
Le critère
deCauchy
est valable non seulement pour lesséries
à termespositifs,
mais pour toute somme. Il
s’écrit alors,
pour une somme determes positifs
ounégatifs
ui :... ,
v -
Ce critère de convergence nous assure de la convergence,
lorsque
n tend versl’infini,
des sommespartielles:
’En, effet:
r m eut être rendu
inférieur
à £donné
en choisissantOr E
ipeut être
renduinférieur ( 6 donné)
en choisissant vv K
assez
grand.
_
3.e.-
Extension de l’intégrale à des f onctions
nonbornées
Si, quelque
soit la distribution m =(ml,
M2 ymiy ...),
telle quemi > 0,
et Emi
m,Im
estdéfinie
surl’ensemble
des fonctionsbornées
pour
chaque distribution m donnée y il
y a des fonctions f nonbornées
pour les-quelles Im(f)
est encoredéfinie,
c’est-à-dire pourlesquelles
lasérie
"Z
mifi
converge; le cas leplus important
estcelui où A,
estl’ ensemble i éÀ
1 1Hes
entiers naturelsmuni
desa structure arithmétique,
etoù
l’onprend
pour fsoit la fonction
identique (on considère l’aléa égal
à i avec laprobabilité mi),
soit les fonctions
puissances (on considère
les moments del’aléa précédent).
Par
exemple,
pour la distribution dePascal,
on a commeespérance
et tous les moments sont
définis;
demême,
pour la distribution de Poisson. L’es-pérance
est: _ .et tous les moments sont
définis.
Par
contre,
si l’onprend:
ceci
définit
une mesurebornée,
pourlaquelle
ne sontdéfinis
que les moments d’or dre hinférieur à
a - 1.N.B. - Pour le vectoriel des fonctions
bornées
de A(dénombrable)
dans l’en-semble des covecteurs
(formes linéaires
sans la condition depositivité)
est cons-titué
par l’ensemble des"séries
absolumentconv;;genté3", c’est-à-dire
des suitesJl
=(u1a
...yu , ...)
telles
que lui 1
converge. L’ ensemble de ces u constitue le vectoriel dual du vectoriel des fonctionsbornées;
les mesurespositives
sont unepartie
de ce vec-toril
(correspondant
à l’orthantpositif (1)
du casfini).
’ Sur le vectoriel des fonctions
bornées
de ~, dansR,. l’intégrale
lu (lu (f):.::: i- e 2 Â
ui si elle n’estplus
monotone(positive)
estcependant’
JL c A
.toujours
contimie ait sens de latopologie
de la convergence uniforme.La condition sur les distributions u, -=- . ui converge,
équivaut (critère
deCauchy) à
ce qv,e toutes les sommes1.
v+pÔ [ui)
soientbornées
(critère
deCauchy) à
ce que toutes les sommes finies S1 ui 1
soientbornées Vp):
ces distributions sont souvent dites"à variations bornées".
4. MESURES ET INTEGRATION
SUR ÏR
Dans le cas où
A l’idée
directrice pour la construction des mesuresest que
pouvoir intégrer
les "bonnes" fonctions: fonctionsmonotones
fonctions
continues,
fonctions en escalier( c’ est à-d.ire étagées,
mais pour les-quelles
les en.semblesAy (par. 2.c)
sont des unionsd’intervalles
deIR).
D’autrepart,
la structure de groupeabélien
ordonnéde R
comme .. ensemble dedépart
vajouer
un rôleessentiel;
x c’est d’ailleu.rs parrapport à
cette structure que leconcept
de "bonne" fonctionprend
son sens.4.a.
Intégrer les bonnes fonctions :
mesurerles intervalles
4.a.1.-- Il faut des mesures telles que pour toutes les "bonnes"
fonctions,
et lesfonctions
étagées
leur servantd’approximation,
les ensemblesAi
°x :
x 8A, Yi 4
f xYi4I j
soient
mesurables;
i.l Pstéquivalent (additivité) d’exiger
que soient mesurables tous les ensemblesS y
On a en effet:
(différence ensembliste);
donc:
4.a.2.-
Pour les fonctions f monotonesdeB dans R ,
les ensemblesSy
sont les(1)
Ensemble des points à coordonnées toutes positives.demi-droites ouvertes à
droite ] - ce , y [,
dontl’extrémité
y est exclue(en
tout
point
decontinuité
def ~ fig.’ 1) ,
oufermées
àdroite 1 - 00 y y] (pour
certaines
discontinuités
def ~ fig. 2).
Comme d’autrepart,
on ne considère pour l’instant que les fonctionsbornées,
onexclut - 00 .
4. a. 3. - Pour toutes les fonctions
continues (qui
constituent unvectoriel), S_-
est une uniond’intervalles ouverts,
en nombrefini,
ou eninfinité dénombrable
Fig.3
4.a.4. -
Les fonctionsétagées
encadrant une fonction continue sont donc des esca-liers ;
pour lesescaliers,
les S sont des unions d’intervalles(ouverts
ou fer-més : discontinuités).
y4.a.5. -
Toute mesure pourlaquelle
sont mesurables lesintervalles, c’est à-dire~
on
l’a
vu, les demi-droites ouvertes deIR,
permet donc,
si elle satisfait à la condition1 a ) d’additivité dénombrable
d’intégrer:
- les fonctions
monotones,
doncplus généralement
les fonctions"à
variationsbornées":
combinaisonslinéaires
de fonctions monotones(cf.
par.4).
- les fonctions continues ,
- les escaliers: donc elle
permet
le calculapproché
desintégrales
pour lesfonctions à
variationsbornées
et les fonctions continues.-
plus généralement,
toutes les fonctions obtenues comme limites uniformes desprécédentes;
enparticulier,
les limites uniformesd’escalier,
ou fonctionsréglées, qqi
estplus
vaste que celui des seules fonctions continues.4.b. - Fonctions de répartition
’4. b.1. -
Lapremière
choseà définir sur est
donc la mesured’une
demi-droite1 - m y [.
Posons:La fonction
M(y)
doitévidemment être
monotone nondécroissante:
’"’ ,~, r B=A 1) y’ ~ y -M(y’ ) b M(y)
qu’une
mesure est monotone de l’ordred’inclusion 113 dans A à
l’ordre ~
dans R. Bienentendu,
elle estpositive:
En
outre,
on pose par convention(- 00
est exclus des mesurespossibles).
Si m doit
être
une mesure deprobabilité,
il faut en outre que m soitnormée:
Donc,
àchaque
mesure mparmi
cellesqui
nousintéressent
estassociée
une fonc- tion M : R >]R
satisfaisant aux conditions 1 à 4énoncées;
M est lafonction de
répartition
de m.4.b.2. -
Au moyen de la fonction derépartition M,
la mesure d’un intervalle[ y, Y’ [
ouvert àdroite, fermé
àgauche,
s’exprime
par :-
~l ( [ Y, Y’ ] 1 " M (y’ ) - M (y)
Si
y’
tend endécroissant
vers y,l’intervalle
E
y,y’ [
tend l’ensembleatomique y
qu’il
contientquelque
soity’
> y On pose par convention:Cette limite
existe,
la suite des nombres M(y
+h) étant
monotonedécrois- santé,
etbornée inférieurement.
On a
donc,
pour toutélément
Posons pour
abréger:
Deux cas sont alors
possibles:
- ou
bien,
3r est unpoint
decontinuité
deM,
ce
qui signifie
pardéfinition
de lacontinuité
que M(y
+0)
=M(y);
alorsm _
0- ou
bien,
y est unpoint
dediscontinuité
deM,
et l’on a: - -Par
contre,
siy’
t restantfixe,
y tend en croissant versy’,
l’ensemblelimite
de [
y,y’[
est vide(y’
n’est pasélément
dey~ y’ );
on a donc:La fonction de
répartition
M doitdonq
êtrecontinue
àgauche;
il fautajouter
une
cinquième condition nécessaire
pourqu’une fonction
M soit fonction derépar-
tition d’une mesure m:
5) Continuité
àgauche:
M(y - 0) =
M(y)
Avec la notation M
(y
+0),
les mesure d’intervalless’expriment
par:fermé
:semi ouvert
à gauche:
ouvert :
4.b.3. -
Achaque
mesure m estassociée
une fonction derépartition M, récipro- quement, à chaque
fonction derépartition M, c’est-à-dire
àchaque
fonctionM :
R-R
satisfaisant aux conditions 1 à5
supra,correspond
une mesure m, pourlaquelle
les intervalles se mesurent comme on vient del’indiquer; considérons
les unionsdénombrables
d’intervalles:On
peut toujours
supposer lesJ n disjoints,
et l’on a:La
série
du second membre converge,puisqu’elle
est à termespositifs
etbornée (par m(R) = 1).
m ainsidéfinie
àpartir
d’une fonction derépartition permet
doncd’intégrer,
on l’a vu~ ena),
toutes les fonctionsutiles;
mais en ,fait, beaucoup
d’autresparties
de]R
sont mesurables pour ces mesures.4.c. -
Fonctions de répartition et
mesurestotalement discontinues
4.c.1. -
Décomposition
des fonctions derépartition.
Une fonction de
répartition peut présenter,
_... , _ on vient de levoir,
. desdiscontinuités,
des sauts:M (y + 0) - M (y) = m
y
> 0
D’après
lacontinuité
àgauche,
la valeurprise
par la fonction M aupoint
y est la borneinférieure
dusaut,
et estlimite des valeurs
prises à gauche
de y..Les sauts d’une fonction de
répartition
sont en nombrefini,
ou eninfinité dénombrable;
eneffet,
comme la somme des valeurs m de ces sauts estbornée
par1~
il y a, pour tout entier ne un nombrefini
y de sauts(au plus
n -1) d’amplitude supérieure ,
SoitD
leur ensemble.- n
Posons~ pour
tout y e IR :La fonction D est un escalier
(en
un sens un peudifférent
de celuiadopté jusqu’ici:
l’ensemble des valeursprises peut
être infinidénombrable)
monotonecroissant et continu
à gauche;
c’est une fonction derépartition (à l’homothétie
près);
et l’on a en tout saut:La
différence:
définit
donc defaçon évidente
une fonction derépartition continue
àgauche
et à droite.On a ainsi une
décomposition unique
de toutefonction de
répartition
M en une somme dedeux fonctions de
répartition
M := D + C
D
appartient
au vectoriel desescaliers,
C àcelui des fonctions
continues; plus précisément,
s’il
s’agit
des intersections de ces vectorielsavec le
1/2
c8ne(orthant positif
du casfini)
des fonctions de
répartition;
ces intersections sontdisjointes.
’
On
peut
doncétudier séparément
les mesuresdéfinies
par une fonction derépartition
en escalier d’unepart,
continue d’autrepart;
on verra que c’est des secondes que viennent lesdifficultés.
’
4.c.2. -
Cas d’une fonction derépartition en
escalier.. Soit D une fonction de
répartition
en escalier de R dansR,
etD
sonensemble
dénombrable
de sauts:~
est encoreappelé
lesu ort
deD,
et de lamesure
mD
luicorrespondant.
Comme lasérie
x
E
55 m x
converge, la formule:
x
e &7j
"définit
sansambiguïté
la mesure de toutepartie X
deR~
et l’onvérifie aisément
quemD
satisfait à tous les axiomes des mesures; donc à toute fonction deréparti-
tion en escalier
correspond
une mesuredéfinie
sur l’ensemble P(R)
desparties
deR.
Par
contre,
toute fonctionbornée
f estintégrable,,
et l’on a:On voit que l’on est exactement
ramené
au cas où A estdénombrable (par. 3)
à ceci