R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
T. A NTONIADOU P. B ESSE
A. L. F OUGÈRES
C. L E G ALL
D. B. S TEPHENSON
L’oscillation atlantique nord (NAO) et son influence sur le climat européen
Revue de statistique appliquée, tome 49, n
o3 (2001), p. 39-60
<http://www.numdam.org/item?id=RSA_2001__49_3_39_0>
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L’OSCILLATION ATLANTIQUE NORD (NAO)
ET SON INFLUENCE SUR LE CLIMAT EUROPÉEN
T.
ANTONIADOU1,
P.BESSE1,
A.L.FOUGÈRES1,
C. LE
GALL1,
D.B.STEPHENSON2
1. Laboratoire de
Statistique
et Probabilités, UMR CNRS 5583, Université Paul Sabatier, 31062 Toulouse cedex 4 2.Département
deMétéorologie,
Université deReading
RÉSUMÉ
Cet article a pour
objet
l’étude del’impact
des variations depressions
enAtlantique
nord sur le climat
européen.
Il regroupe les études de trois séries, depressions
mensuelles enIslande, et de
températures
mensuelles etjournalières
enAngleterre.
Ces séries sont à la foisexaminées sous un
angle descriptif
et deprédictibilité, puis
sous un aspect multidimensionnel, par le biais de différentesanalyses
en composantesprincipales,
et finalement dupoint
de vueplus particulier
du comportement des valeurs extrêmes. Nous retrouvons des résultats bienconnus concernant une tendance au réchauffement mais, de
façon plus précise,
nous mettonsen évidence une modification sensible du climat en hiver et
plus particulièrement
en cequi
concerne les
températures
extrêmes lesplus
froides.Mots-clés :
Analyse
en composantesprincipales,
Longuedépendance, Données fonctionnelles,
Valeurs extrêmes, Climat, NAO.
ABSTRACT
This
study
addresses climate variations in the North Atlantic and Europeanregions.
Itis based on 3 time series :
monthly
mean sea-level pressure in Iceland, andmonthly
anddaily
mean temperatures in central
England.
The series areexplored using descriptive techniques
to examine
predictability,
multivariatetechniques
such asPrincipal Component Analysis,
andextreme value model fits. The
changes
in Iceland pressure areresponsible
for the well-knownwarming
trend in winter temperatures since the 1960s,particularly
onextremely
cold values.Keywords : Principal
componentanalysis,
Long memory process, Extreme values, Climate, NAO.Introduction
Le travail décrit dans cet article est
développé
dans le cadre duprojet européen STOEC 1 (Storm-Track
upper Ocean interaction and theimpact
onEuropean Climate) qui
vise à mettre en relation des indicateurs et modèlesclimatologiques
del’Atlantique
1 Il fait partie du projet de l’Union Européenne ENV4-CT97-0499 et a été financé par la Commission Européenne. http ://www.met.rdg.ac.uk/cag/STOEC.
40 T ANTONIADOU, P. BESSE, A. -L. FOUGÈRES, C. LE GALL, D. B. STEPHENSON
nord avec les évènements
météorologiques
observés enEurope.
L’un des indicateurs leplus
utilisé est le N.A.O.(North
AtlanticOscillation)
dontl’acronyme désigne
les variations des
champs
depression atmosphérique
dansl’Atlantique
nord. Il estprovoqué
par laprésence
d’unanticyclone
dans larégion
desAçores
et d’unsystème dépressionnaire près
de l’Islande. Des indices de NAO sont habituellement construitsen considérant la différence entre séries normalisées de
pressions :
une stationislandaise
(Stykkisholmur/Reykjavik)
et une de celles de la zone des hautespressions (Açores, Lisbonne,
ouGibraltar). Néanmoins,
du fait des très fortes corrélations et afin desimplifier
certainsproblèmes
de saisonnalité ainsi que de limiter les causes debruits,
cette étude se focalise sur la seule série des moyennes mensuelles despressions
en Islande au niveau de la mer.
Wanner
(1999)
propose uneprésentation «grand public» 2
de NAO. Une valeurtrès
positive correspond
à unsystème dépressionnaire
en Islandequi
provoque l’entrée de masses d’air humides maistempérées
surl’Europe
du nord. Enrevanche,
pour des valeurs de NAOnégatives,
les flux maritimes sont déviés vers le sud enassociation, l’hiver,
à un climat froid et sec. L’étude de cephénomène
a débuté il y a de nombreuses années(Teisserenc
de Bort1883,
Walker1924,
van Loon etRogers 1978),
elle connaîtun
regain
d’intérêtimportant (Hurrell 1995, 1996) conjointement
à celui suscitépar son très
médiatique
cousin El Nino. Les différents auteurs ontmontré,
par des outils élémentaires(corrélations, analyse
encomposantes principales),
les liaisons intervenant entre la série de NAO et d’autres mesures(précipitations, températures)
réalisées sur le continent
(voir figure 1).
D’autre part, des éléments decomparaison
des
caractéristiques
de NAO avec El Nino sont obtenus enconsidérant,
non pas lephénomène lui-même, qui
est mesuré par une série detempératures
à la surface de la mer, mais la série des moyennes mensuelles despressions
au niveau de la mer àDarwin
(Australie) qui
lui est directement reliée.Il est évidemment de
première importance
d’étudierl’impact climatique
d’unphénomène
comme NAO et d’êtrecapable
d’enprévoir
l’évolution à court et mêmelong
terme. Cet articleprécise
les difficultés d’un telobjectif
et fournit despremiers
résultats. Nous nous intéressons donc à différentes séries :
- Les séries liées à NAO
(pression
enIslande)
sont accessibles àpartir
du site :World
Monthly
Surface StationClimatology3.
- La série CET des moyennes mensuelles des
températures
centrales en An-gleterre
débute en 1659. C’est laplus longue
des séries detempératures
enreg- istréesdisponibles
pour des étudesclimatiques.
Le Professeur Gordon Man-ley
est àl’origine
de la construction de cetteprécieuse
série. Elle est main- tenantrégulièrement
mise àjour
par le BureauMétéorologique
duRoyaume
Uni. Elle
représente
une moyenne calculée surplusieurs
stations du centre del’Angleterre. Manley (1974)
et Parker et col.(1992)
en décrivent la construction.Le
principe
de considérer une moyenneplutôt
que lasimple
observation d’une stationpermet
entre autres desuppléer
à des valeursmanquantes.
Cette série faitapparaître
une tendance linéaire montrant un réchauffement de l’ordre de2 voir aussi le site www.met.rdg.ac.uk/cag/NAO.
3 www.scd.ucar.edu/dss/datasets/ds570.0.html
FIGURE 1
Évolution conjointe
d’unetempérature
centrale(moyenne
deplusieurs stations)
en
Angleterre
l’hiver(moyenne
de décembre àmars)
et de lapression
observée en Islande au niveau de la mer La corrélation linéaire est de
0, 71.
FIGURE 2
Tendance linéaire
explicitant
leréchauffement
des moyennes hivernales destempératures
centrales enAngleterre.
42 T ANTONIADOU, P. BESSE, A.-L. FOUGÈRES, C. LE GALL, D.B. STEPHENSON
0,5°C
par siècle pour les moyennes des mois d’hiver(figure 2)
mais seulement de0,2°C
pour les mois d’été. La série mensuellecomplète
estaccessible. 4
- Les valeurs
journalières 5
de latempérature
centrale enAngleterre
ontégalement
été recenséesdepuis
1772 sur la based’enregistrements historiques (Parker
et col.1992)
et ont étéexploitées
dans des étudesclimatiques
récentes(Jones et col. 1999).
-
Enfin,
la sériedisponible
de 1882 à 1998participant
à l’indice décrivant SO(Southern Oscillation)
c’est-à-dire lessystèmes
derégimes dépressionnaires
duPacifique
sud associés à El Nifio. Les données sontdisponibles
sur un site duNOAA
(National
Oceanic andAtmospheric Administration) 6 .
La
climatologie
a,historiquement,
contribué audéveloppement
de certainsoutils
statistiques (Walker,
1924 parexemple)
et unegrande palette
de méthodes estmise en oeuvre dans cette
discipline. L’objet
dutravail,
dont cet article est unepremière étape,
est de montrer enquoi
certains outilsstatistiques plus
récentspeuvent apporter
des
éclairages
nouveaux sur lesphénomènes
étudiés. Unepremière partie
s’intéresseaux
propriétés intrinsèques
des séries(autocorrélation)
et fournit ainsi des indicationssur leur
prédictibilité
saisonnière et interannuelle. La deuxièmepartie
décrit lesaspects multidimensionnels;
desanalyses
en composantesprincipales,
considérant les sériesdécoupées
en courbesannuelles,
donnent despremières
indications surl’impact
de NAO sur latempérature.
Cetimpact
estprécisé
en étudiantplus
finementles distributions des valeurs extrêmes des
températures journalières
dans une troisièmepartie.
1.
Description
etprédictibilité
des sériesDans ce
paragraphe,
nous cherchons àreprésenter
la structure dedépendance
de ces données en étudiant tout d’abord des fonctions de corrélation des séries
chronologiques.
Alors que lephénomène tropical
El Nifioprésente
de bonnespropriétés
deprédictibilité (Besse
et col.2000),
il semble que l’instabilité dessystèmes climatiques
sous des latitudes moyennes rende touteprévision
à l’horizon d’une oudeux saisons
beaucoup
moins fiable. Ceci est illustré encomparant
lespropriétés stochastiques
de deux séries saisonnières similaires : lapression
moyenne observéeau niveau de la mer à Darwin en Australie
(Southern Oscillation),
directement liée à El Nifio, avec lapression
en Islande.1.1. Prédictibilité saisonnière Soit
4 www.cru.uea.ac.uk/ mikeh/datasets/uk/cet.htm
5 Elles nous ont été aimablement communiquées par Briony Horton du Bureau Météorologique du Royaume Uni et sont soumises à des restrictions d’utilisation.
6 nic.fb4.noaa.gov/data/cddb/
l’ensemble des observations d’un processus aléatoire à valeurs dans R effectuées p = 12 fois dans l’année
pendant
unepériode
de n années. Ces données sontreprésentées
par la sériechronologique {X k; k = 1,...,T = p n}.
Nous considérons d’abord la fonction d’autocorrélation
(normée)
de la série :Sans
perte
degénéralité,
onpeut
supposer quek = (i - 1) p + j ~ k’ = (i’ - 1)
x p +j’
et donc i ~ i’. L’estimateur de la fonctiond’autocorrélation, fi x,
estdonné en fonction
de j, j’
et dudécalage
annuel h = i’ -i,
par la relation suivante :où
est l’estimateur de la covariance et
XJ = n 03A3n-1i=0 Xip+j.
Legraphique
de lafigure
3 illustre l’estimateur
Px
de la série despressions
enIslande,
sur un intervalle de trois ans. Les différentes courbesreprésentent
les autocorrélations estimées entre lapression
moyenne d’un moisparticulier
et lespressions
moyennes de tous les mois de l’intervalle. On remarque que la série mensuelle despressions
en Islande secaractérise par de très faibles
autocorrélations;
on observe le mêmetype
de résultats pour la série destempératures.
Enrevanche,
cellecorrespondant
à El Nino(figure 4) présente
des autocorrélations relativement élevéesjusqu’à
une décroissancegénérale appelée
«barrière deprintemps».
Cette autocorrélation autorise uneprévision
correctede El Nino
plusieurs
saisons à l’avance(Besse
et col.2000)
sans néanmoins franchir cette fameuse barrière deprintemps.
Enrevanche,
pourNAO,
très peu de cohérenceapparaît
d’un mois à l’autre à cause de très fortes instabilités aux latitudes moyennes.Le défi d’une
prévision
de NAO semble donc difficile à relever. Différents outils sont testés dans un travail en cours.Nous considérons maintenant deux séries
chronologiques {Xk; k
=1,..., T
=p x
n}
et{Yk;
k =1,
..., T = p xn},
issues de l’observation de processus réels. La fonction de corrélation croisée03C1XY(Xk, Yk,)
entre les termes des séries est définie de manièreanalogue
à la fonction d’autocorrélation(1)
et son estimateur est donné par la relation(4).
Le
graphique
de lafigure
5 illustre l’estimateur de la corrélation croisée entre la série mensuelle despressions
en Islande et celle destempératures
enAngleterre
44 T ANTONIADO U, P. BESSE, A. -L. FOUGÈRES, C. LE GALL, D.B. STEPHENSON
FIGURE 3
Autocorrélations de la série mensuelle des
pressions
en Islande sur 3 ans.FIGURE 4
Autocorrélations de la série mensuelle des
pressions
en Australie sur 3 ans.pour différents
décalages.
Lapression
enjanvier
est successivement corrélée avec latempérature en janvier puis
enfévrier,
mars... Même chose pouravril, juillet
et octobre.On remarque que la
pression
est corrélée avec latempérature
à la mêmepériode
etque cette corrélation est
plus importante
pour les mois d’hiver. Ceci montre que laMois FIGURE 5
Corrélations croisées entre les deux séries mensuelles
(pressions
en Islande ettempératures
enAngleterre)
pourdifférents décalages.
Lalégende
associant typesde
ligne
et mois estidentique
à celle desgraphes précédents.
connaissance d’une des deux séries
peut
fournir des indications sur lecomportement
de l’autre à la mêmepériode.
Enrevanche,
les corrélations entre mois décalés sont très faibles. Il semble peu vraisemblable que la connaissance d’une série mensuelle aide à laprévision
saisonnière de l’autre.FIGURE 6
Évolution
de la corrélation croisée et sansdécalage
entre lapression
et la
température
moyennes d’hiver.46 T. ANTONIADOU, P. BESSE, A. -L. FOUGÈRES, C. LE GALL, D.B. STEPHENSON
Enfin,
legraphique
de lafigure
6 illustrant l’évolution de la corrélation croisée entre lesséries,
montre que celle-ciaugmente
en valeur absolue avec letemps.
Cecia été obtenu en considérant les séries des moyennes hivernales
(décembre
àmars)
depression
et detempérature.
L’estimation de la corrélation croisée(4)
sansdécalage
de ces séries est calculée sur une fenêtre
glissante
fixée arbitrairement aux 50 annéesprécédant
l’année de référence. Elle met donc en évidence un accroissement sensibleen valeur absolue de cette corrélation avec le
temps
révélant une relation deplus
enplus présente
entre les deux sériespendant
l’hiver.1.2. Prédictibilité interannuelle
Nous nous intéressons maintenant aux séries annuelles
agrégeant
les moyennes mensuelles d’hiver(décembre
àmars)
en une seule valeur moyenne afin de comparer le comportement àplus long
terme des séries depression.
Lesfigures
7 et 8présentent
le
spectre,
la fonction d’ autocorrélation et la varianceempirique agrégée
de ces sériesannuelles de
pressions
hivernales. Pour lapression
enIslande,
lespectre
n’est pas«plat»
comme on l’attendrait pour unphénomène
associé à un bruit blanc mais croît pour les faiblesfréquences.
L’autocorrélation décroîtrapidement
avec ledécalage
mais révèle des
persistances
de mêmesigne jusqu’à
10 ans. La varianceempirique
d’un échantillon de n années successives
(variance agrégée)
décroîtplus
lentementque la fonction
1/n
attendue pour la moyenne d’un bruit blanc ou de celle d’un processus à courtedépendance (AR1).
Ces résultats ont conduitStephenson
et col.(2000)
àsuggérer
que la série des indices de NAO l’hiverprésente
unelongue dépendance
caractérisée par unexposant
de Hurst de0,64.
Cetexposant prend
sesvaleurs entre
0,5 correspondant
à l’absence delongue dépendance
et 1. Différentes méthodes d’estimation sont décrites par Beran(1994).
Cecomportement
se retrouvedans de nombreux autres
phénomènes
naturels(débits
derivières)
ouéconomiques (indices
deprix).
Il sera intéressant d’étudier si cettepropriété
delongue dépendance peut
être modélisée et aider à laprévision
de la série.La
comparaison
avec la même série despressions
en Australie est instructive(figure 8).
Contrairement àNAO,
lespectre
resteplat
aux bassesfréquences,
l’autocorrélation ne
persiste
pas avec ledécalage,
et la varianceagrégée
décroît biencomme
1/n.
2. ACP des séries lissées
Les moyennes mensuelles de la
pression
en Islande et celles de latempérature
en
Angleterre
ont été considérées dans la sectionprécédente
comme des observations de processus aléatoires réels etreprésentées
par des sérieschronologiques.
Cesdonnées
peuvent également
être considérées comme des observations discrétisées d’un processus aléatoire(Xi)iEZ
à valeurs dans un espace fonctionnel.Supposons
que n
trajectoires
Xi, i =1,...,
n du processus ont été mesurées en p instants de discrétisation{t1, t2,..., tp}. Ainsi,
les donnéespeuvent
êtrerangées
dans unematrice X d’éléments : xij
= xi(tj),
z ==1,... n, j
=1,...
P.Nous nous intéressons à
l’analyse
encomposantes principales
de ces donnéesfonctionnelles. Différentes
approches
ont étéproposées (Ramsay
etSiverman,
1997FIGURE 7
Indicateurs de
longue dépendance
de la série des moyennes hivernales en Islande.Dans chacune des
figure,
la courbe enpointillés correspond
à la courtedépendance : a)
le spectre d’unAR(1), b)
l’intervalle deconfiance
à 95% pour la nullité desautocorrélations, c) hyperbole 1/n
etd)
en coordonnéeslogarithmiques.
pour une
revue)
pour construire un estimateur des éléments propres. Ellesreposent,
laplupart
dutemps,
surl’hypothèse
que lestrajectoires
xi, i= 1,...,
nprésentent
despropriétés
derégularité
et que les observations xi(tj),
i ==1,..., n, j
=1,...,
p sont bruitées auxpoints
de mesures. Uneapproche
récente(Besse
etcol., 1997)
consiste àintégrer
les contraintes derégularité
sur lestrajectoires
dans leproblème
de réductionde la dimension de
l’espace qui
les contient. Plusprécisément,
leparamètre
delissage
et la dimension sont sélectionnés simultanément par minimisation d’un critère lié à la
qualité
del’espace
estimé.2.1.
Lissage optimal
Afin d’étudier
conjointement
les deux processus(de pression
et detempérature)
et de mettre en évidence leur
liaison,
nous proposons uneapproche
similaire à cellede Besse et col.
(1997)
maisdécomposée
en deuxétapes.
Elle consiste à réaliser dansun
premier temps
uneapproximation
nonparamétrique
destrajectoires
des processuspuis
à estimer les éléments propres. Cetteapproche
nécessite depréciser
les valeurs de deuxparamètres
delissage correspondant
aux deux processus. Leprincipe adopté
dans48 T ANTONIADO U, P. BESSE, A. -L. FOUGÈRES, C. LE GALL, D. B. STEPHENSON
FIGURE 8
Indicateurs de
longue dépendance
de la série des moyennes hivernales en Australie.Dans chacune
des figure,
la courbe enpointillés correspond
à la courtedépendance : a) le
spectre d’unAR(1), b)
l’intervalle deconfiance
à 95% pour la nullité desautocorrélations, c) hyperbole 1/n
etd)
en coordonnéeslogarithmiques.
ce travail a pour but de maximiser la corrélation entre les processus.
Intuitivement,
il
s’agit
d’extraire lapartie régulière
destrajectoires
du processus laplus
en relationavec l’autre processus.
Dans la
pratique, l’approximation
nonparamétrique
est unlissage
des séries{Xk;k = 1,...,
T = p xnl
et{Yk; k
=1,...,
T = p xn}
centrées : les moyennesclimatiques
sont retranchées afin d’éliminer la forte composante saisonnière. Lelissage
par la méthode du noyau a été utilisé car mieuxadapté
à deslongues
sériesque le
lissage spline.
Lesparamètres
delissage 8
et f sont obtenus en maximisant la corrélation linéaire et sansdécalage 03C1(03B4, f)
des deux séries lissées centrées.Le tableau 1
présente
un extrait des valeurs du critèrep(b, f)
calculé en faisantvarier les
paramètres
delissage.
Celui-ci exhibe unoptimum global.
Les valeurs desparamètres 03B4
= 1.8 et f = 2.0 sont alors retenues.L’ACP des tableaux
X~Y et XX,
contenantrespectivement
les données lissées detempérature Y~k, k
=1,..., T et
celles depression X5, k - 1,..., T,
sontprésentées
dans les sections suivantes. Les résultats obtenus sont
comparés
à ceux de l’ACPclassique
des données brutes.TABLEAU 1
Corrélation des séries en
fonction
desparamètres
delissage
03B4 et 1.2.2. ACP de courbes de
température
FIGURE 9
Éboulis
des valeurset fonctions
propres de l’ACP des tableaux des données brutes(à gauche)
et lissées(à droite)
detempérature.
L’ACP des données
brutes, qui apparaissent
trèsbruitées,
neprésente
que peu d’intérêt. La décroissance des valeurs propres(cf. figure 9)
est trèslente,
seul le50 T ANTONIADOU, P. BESSE, A. -L. FOUGÈRES, C. LE GALL, D.B. STEPHENSON
premier
vecteur propre, un peutrivial,
semble fiable. L’axe associé(effet taille) distingue
entre années chaudes et années froides.Lorsque
l’ACP est combinée à unlissage,
d’autres axesapparaissent
commepertinents
dans ladécomposition (figure 9). Compte
tenu de la formeparticulière
des vecteurs propres, celle-ci ressemblebeaucoup
à unedécomposition
en série de Fourier. Celasignifie, qu’une
foislissée,
la série centrée se
comporte approximativement
comme un processus stationnaire à accroissementsindépendants
avecdécalage
àl’origine.
FIGURE 10
Représentation
des individus sur les deuxpremiers plans
de l’ACP des courbesannuelles lissées de
température.
Laligne
brisée relie les 25 dernières années.FIGURE 11
Représentation
des variables(les mois)
de l’ACP des courbes annuelles lissées detempérature.
La
représentation
des individus dans l’ACP des courbes detempérature
men-suelle
(figures
10 et11)
révèle la tendancedéjà signalée
etamplement
médiatisée : lamajorité
des 25 dernières annéesapparaissent parmi
cellesqui
sont en moyenneplus
chaudes(Axe 1).
Leplan (2,3)
de cette même ACPapporte
des résultatsplus originaux.
Il attribueprincipalement
ce «réchauffement» moyen aux hivers. Eneffet,
les 25 dernières années se
projettent
dans ledemi-plan
associé à des hiversplus
douxque la moyenne
générale.
2.3. ACP de courbes de
pression
L’étude des courbes annuelles de
pression
conduit aux mêmes conclusions quant à l’intérêt de lisser les données. Du fait de leurplus
forteperturbation,
lelissage
doitêtre
plus important.
Lacomparaison
des deuxanalyses
révèlequelques
différences dans la structure de corrélation(premier
vecteurpropre) :
les mois lesplus
corréléssont
juillet, août, septembre,
pour lestempératures
etfévrier,
mars,avril,
pour lespressions.
Les vecteurs propres suivants sont très similaires.Ces ACP ne sont
qu’une première approche,
d’autrespistes
sont en coursd’investigation
pour mettre en relation lesaspects
fonctionnels des sériesclimatiques
comme, par
exemple, l’analyse canonique
incluant une contrainte derégularité
sur lesfacteurs
canoniques (voir Leurgans
etcol., 1993). L’objectif
est alors dedécomposer
les séries en deux composantes, l’une révélant la
partie
corrélée dusignal,
l’autre soncomplémentaire.
3. Minima des
températures
hivernalesjournalières
enAngleterre
Une mise en relation de la série des
températures
enAngleterre
et de la sériedes
pressions
en Islande a été effectuée dans la sectionprécédente
en terme devaleurs
«centrales»,
en faisant usage de l’ensemble des deux séries. Cette liaisonpeut également
êtreenvisagée
en terme de valeurs«extrêmes», l’objectif
étant alors derépondre
à desquestions
dutype :
lapression
en Islande influe-t-elle sur la distribution destempératures
minimales enAngleterre?
Cepoint
de vue nécessite un recours à d’autresmodèles,
relevant de la théorie des valeurs extrêmes.3.1. Modélisation
À
la base de toute modélisation des valeurs extrêmes se trouvel’hypothèse
fondamentale d’existence d’un domaine
d’attraction, présentée
ici dans le cadreunivarié et pour les maxima : étant donné un échantillon
Xl, ... , Xn
de fonctionde
répartition F,
on supposequ’il
existe des suites réelles(an)n, (bn)n,
avec an >0,
et une fonction de
répartition
nondégénérée
G telles queOn dit alors que F
appartient
au domaine d’attraction de G.L’équation (5)
entraine(Fisher
&Tippett (1928),
Von Mises(1954),
Jenkinson(1955))
que G est du type52 T. ANTONIADOU, P. BESSE, A. -L. FOUGÈRES, C. LE GALL, D.B. STEPHENSON
suivant :
pour tout x tel que 1 +
03BE(x - 03BC)/03C3
>0,
lesparamètres
03BC ~IR, 03C3
> 0et 03BE
E IRétant
respectivement
desparamètres
delocalisation,
d’échelle et de forme. De telles distributions sontappelées
distributions de valeursextrêmes,
et leur forme diffère suivant lesigne de 03BE : si 03BE
>0,
les queues de la distribution sont detype Fréchet,
à décroissancepolynomiale. Si 03BE 0,
ladistribution,
detype Weibull,
admet une bornesupérieure
dusupport
finie03BC - 03C3/03BE,
et est par suite à queues courtes.Enfin,
lecas 03BE
= 0(cas
limitelorsque 03BE
~0)
est letype Gumbel, représentant
les queues à décroissanceexponentielle.
Sousl’hypothèse
de l’existence d’un domained’attraction,
différentes méthodes de modélisation ducomportement
des valeurs extrêmes ont étéproposées
dans la
littérature,
faisantappel
à la structureparticulière
des distributions des extrema(voir
parexemple Smith, 1989,
ou Coles &Tawn, 1991).
Si l’estimation de cette loipeut
être abordée dans unepremière approche
en utilisant les maximasur une
période
detemps fixée,
une alternativebeaucoup plus
efficace consiste àajuster
sur les observationsdépassant
un certain seuil un processus de Poisson nonhomogène
d’intensité caractérisée par les troisparamètres
/-1, aet 03BE (voir Smith, 1989,
ou Davison &Smith, 1990) : l’équation (5) équivaut
en effet à la convergence du processusponctuel 1 (i/ (n
+1), Xi),
i =1,..., n}
dans desrégions
de la forme(s, t)
x(u, +oo)
vers un processus de Poisson nonhomogène
d’intensitéLe
comportement
des observationsdépassant
un certain seuil upeut
ainsi êtremodélisé, l’ajustement
se faisant parexemple
par maximisation de la vraisemblance du processusponctuel.
Les résultats
asymptotiques
standards motivant cette méthode supposent des séries d’observationsindépendantes
et stationnaires. Le contexte environnemental danslequel
nous nous trouvons ici rend ceshypothèses
fortementimprobables;
différents
types
dedépendance
sont àprévoir,
comme unenon-stationnarité,
pouvant inclure tendance etsaisonnalité,
et unedépendance temporelle
à court terme et àlong
terme.
En vue de
pallier
leproblème
denon-stationnarité,
nous examinerons lecomportement
destempératures
hivernales enAngleterre,
entre le 1 er décembre et le 31 mars,après suppression
d’une tendance linéaire estimée à 0.67°C sur l’ensemble de la série.Signalons
l’existence de résultatsasymptotiques
concernant les maxima de processusayant
des formesspécifiques
de non-stationnarité(voir
parexemple Leadbetter, Lindgren
&Rootzen, 1983),
toutefois difficiles à utiliser enpratique, lorsque
la forme de la non-stationnarité est inconnue. Unefaçon
usuelle deprocéder
consiste à
incorporer
la non-stationnarité dans la structure même desparamètres : ainsi,
laprise
encompte
d’unchangement
dans la variabilité des extrêmes est renduepossible
en considérant unparamètre
d’échelle 03C3 de la forme 03C3 =03C3(t) =
a +03B2t.
L’introduction de cette
dépendance
linéaire au niveau des différentsparamètres
M, 0,et 03BE n’ayant quasiment
pas modifié lesrésultats,
nous n’avons pas retenu ce modèle pour la suite.Le deuxième
type
dedépendance
fondamental à considérer est celui de ladépendance temporelle
à court etlong
terme. Les méthodes de valeurs extrêmes étant relativement robustes en cas de faibledépendance
àlong-terme (voir
parexemple Leadbetter, Lindgren
&Rootzen, 1983),
nousnégligerons
cettedépendance
dans lecadre de cette
première approche.
Ladépendance
à court-terme constituequant
à elle une évidence : lestempératures
en-dessous d’un certain seuil ont tendance à êtregroupées,
formant des «zones de froid» à l’intérieurdesquelles
ladépendance
estimportante.
Même si de nouvellesapproches
de modélisation de cettedépendance
à l’aide de chaînes de Markov
(voir
parexemple
Bortot &Tawn, 1999),
ont étéproposées,
elles font encorel’objet
de recherches. Laprincipale approche
utiliséeen
pratique
pour l’étude de maxima consiste à identifier des groupes d’observations au-dessus d’un certain seuilpouvant
être considérés commeindépendants,
et à neconserver que le maximum sur
chaque
groupe. Deux groupes seront considéréscomme
indépendants
s’ils sontséparés
par un nombre "suffisant" dejours,
définissantun intervalle de classe
(Smith, 1989).
L’examen de différents intervalles de classe d’unepart,
et de différents seuils d’autrepart 7
a étéeffectué,
conduisant à retenir un intervalle de classe de4 jours,
ainsi que la valeur seuil de 00C,
au-delà delaquelle
unerelative stabilité des estimations des
paramètres
de la loi extrême a pu être constatée(voir figure 12).
Cette valeurprésente
deplus
une connotation naturelle de seuilphysique.
FIGURE 12
Estimations par maximum de vraisemblance des
paramètres
03BC, oret 03BE
enfonction
du
seuil,
avec les intervalles deconfiance correspondant à ± 1.96 fois
les erreurs standardisées.
3.2.
Évolution temporelle
L’utilisation des données de
températures
hivernales détendancialisées entre l’hiver 1799-1800 et l’hiver 1997-1998 aconduit, après
unajustement
du processusponctuel
des observationsdépassant
0 comme décrit dans la sectionprécédente,
à uncomportement
del’opposé
du minimum detempérature
sur un hiver enAngleterre
de7 Nous remercions S. Coles pour la mise à disposition de ses programmes Splus, sur le site http ://www.maths.lancs.ac.uk/ coless.
54 T. ANTONIADOU, P. BESSE, A. -L. FOUGÈRES, C. LE GALL, D.B. STEPHENSON
type
Weibull(03BE 0).
L’étude de ce comportement a été successivement réalisée enconsidérant la série des
températures
sur les deuxsiècles, puis
sur le 19ème siècle et sur le 20ème siècle. Les différentes valeurs desparamètres
obtenus sontregroupées
dans le tableau
2, qui présente également
la valeur estimée de la bornesupérieure
du support M -03C3/03BE.
Dans chacun des cas, lequantile
d’ordre 1 - p de la fonction derépartition extrême,
soit xp -G-1(1 - p), appelé
niveau retour, a été estimé et estreprésenté
en fonction de sapériode retour -1/ log(1 -p) (figure 13),
définie comme letemps
moyen d’attente entre 2dépassements
successifs de xp par le processus de Poisson.FIGURE 13
Graphe
des estimations des niveaux retour pour lesopposés
des minima detempératures
hivernales enAngleterre,
au 19èmesiècle,
au 20èmesiècle,
et sur les deux siècles.
L’étude faite siècle par siècle tend à révéler une évolution de la distribution des minima entre le 19ème et le 20ème siècle. La
figure
14permet
de vérifier la relativequalité
del’ajustement
dumodèle,
à l’aide dugraphe
desquantiles.
3.3.
Influence
de NAOAfin de mesurer l’influence de la
pression
en Islande sur le comportement des minima detempératures
hivernales enAngleterre,
les observationsjournalières
detempérature
ont été scindées en deux groupes, l’uncorrespondant aux jours
«à fortepression»
enIslande,
et l’autre auxjours
«à faiblepression».
Lapression
est dite«forte»
lorsqu’elle
estsupérieure
à la médiane des moyennes depressions
sur unhiver. Notons ici que l’étude est faite en utilisant les données de l’ hiver 1823-1824 à
FIGURE 14
Diagnostic graphique
desajustements
par la méthode du seuil ayant conduit à lafigure
13 : degauche
àdroite, graphe
desquantiles
pour les 2 siècles,le 19ème et le 20ème siècles.
TABLEAU 2
Estimations par maximum de vraisemblance des
paramètres
de la distribution de valeursextrêmes,
utilisées pour lesfigures 13,
15 et16,
et estimation de la bornesupérieure
du support de la loi de Weibull obtenue. L’erreur standardisée associée est donnée entreparenthèses.
56 T ANTONIADOU, P. BESSE, A. -L. FOUGÈRES, C. LE GALL, D.B. STEPHENSON
l’hiver
1996-1997, période
pourlaquelle
despressions
mensuelles étaientdisponibles.
L’estimation du niveau retour pour les
opposés
des minima detempératures
hivernalesen
Angleterre
entre 1823 et1997,
effectuée enpartitionnant
ainsi les observations endeux groupes à «forte» et «faible»
pression,
a conduit aux résultats illustrésfigure
15.
FIGURE 15
Graphe
des estimations des niveaux retour pour lesopposés
des minimade
températures
hivernales enAngleterre,
sur les deuxsiècles, correspondant
aux
jours
à« forte »
ou à« faible » pression
en Islande.Le modèle
ajusté
aurait tendance à refléter une différence decomportement
des minima de
températures
suivant lapression,
avec notamment une concavitéplus marquée
de la courbecorrespondant
aux bassespressions.
Un telphénomène peut
ne pas sembler
étonnant,
lespériodes anticycloniques
étantgénéralement propices
àdes froids
plus marqués.
La mêmeanalyse
effectuée en considérantséparément
les19ème et 20ème siècles
apporte
les résultats illustrés par lafigure
16.Le
changement
decomportement
desopposés
des minima detempératures évoqué plus
haut entre le 19ème et le 20ème semblerait par cesajustements
êtreprincipalement
dû au sous-groupecorrespondant
aux «bassespressions»,
avec uneaugmentation
trèsmarquée
de la concavité de la courbe des niveaux retour. Notons toutefois que l’examen desgraphes
desquantiles
amène à conclure que sil’ajustement
de ce modèle sur les données des deux siècles
peut
sembler relativementsatisfaisant,
il est de moins bonnequalité lorsque
les deux siècles sontajustés séparément.
Néanmoins,
sans se focaliser sur laprécision
des estimations desparamètres,
il estpossible
de considérer comme fiables les tendances affichées.L’analyse
de l’influence de lapression
en Islande sur les minima detempératures
hivernales en
Angleterre
effectuée ici n’est certesqu’une première approche
duFIGURE 16
Graphe
des estimations des niveaux retour pour lesopposés
des minimade
températures
hivernales enAngleterre,
au 19ème siècle àgauche,
et au 20ème siècle à
droite, correspondant
auxjours
à«forte »
ou à« faible » pression
en Islande.problème.
Le recours aux modèles bivariés de valeurs extrêmes semblebeaucoup plus prometteur (voir
parexemple
de Haan & deRonde, 1998,
de Haan &Sinha, 1999,
ouCapéraà
&Fougères, 2000), permettant
une étudeprécise
de ladépendance
entre
pressions
extrêmes en Islande ettempératures
extrêmes enAngleterre.
Cecinécessite l’obtention des données
journalières
depression,
et feraprochainement l’objet
d’une étude. D’autres méthodesd’analyse plus
finespourront
être mises enoeuvre, comme celles de Ledford & Tawn
(1997, 2000)
etColes,
Currie & Tawn(1999).
Conclusion
L’observation d’une tendance au réchauffement du climat est un
phénomène qui
estlargement médiatisé,
nous le retrouvons ici aussi lors dupremier
examen desdonnées. De
façon plus précise
cetravail,
par l’utilisation detechniques statistiques récentes,
révèle desaspects
moins triviaux de l’évolutionclimatique.
- Les
comportements
des fonctions d’autocorrélation des différentes séries ren- dentsceptique
vis à vis de leurprédictibilité
saisonnière.Néanmoins,
les en-jeux
liés à laprévision
sont tels que cetobjectif
ne peut être abandonné sansétude
plus approfondie prenant
notamment encompte
lespropriétés
delongue dépendance.
- Nous avons noté un accroissement de la corrélation entre les deux séries de