Déterminant
Olivier Sellès, transcrit par Denis Merigoux
Table des matières
1 Formes n-linéaires alternées 2
1.1 Applicationsn-linéaires . . . . 2
1.2 Propriétés des applicationsn-linéaires . . . . 3
1.3 Applicationsn-linéaires alternées . . . . 4
1.3.1 Définition et exemple . . . 4
1.3.2 Propriétés des applicationsn-linéaires alternées . . . . 4
2 Déterminant dans une base 6 2.1 Petite histoire . . . 6
2.2 Théorèmes et définitions . . . 8
3 Déterminant d’un endomorphisme et d’une matrice carrée 9 3.1 Déterminant d’un endomorphisme . . . 9
3.1.1 Théorème et définition . . . 9
3.1.2 Résultats importants . . . 10
3.2 Déterminant d’une matrice carrée . . . 11
3.2.1 Faits de base . . . 11
3.2.2 Propriétés du déterminant d’une matrice carrée . . . 12
4 Développement par rapport à une rangée, comatrice 14 4.1 Matrice déduite, cofacteur, développement par rapport à une rangée . . . 14
4.2 Comatrice . . . 16
4.2.1 Formule de la matrice inverse . . . 17
4.2.2 Formule deCramer . . . 18
5 Complément : quelques déterminants classiques 19 5.1 Déterminant deVandermonde. . . 19
5.2 Déterminant deHurwitz . . . 20
5.3 Déterminant deCauchy . . . 21 6 Complément : polynôme caractéristique d’un endomorphisme et d’une matrice 21
1 Formes n -linéaires alternées
1.1 Applications n-linéaires
SoitnPN˚,E1, E2, . . . , En, F desK-espaces vectoriels, f :E1ˆE2ˆ ¨ ¨ ¨ ˆEnÝÑF est diten-linéaire lorsque pour toutjP v1, nw,f est linéaire par rapport à saj-ième variable :@a1, a2, . . . , aj´1, aj`1, . . . , an, l’application
ϕj : Ej ÝÑF
xÞÑfpa1, a2, . . . , aj´1, x, aj`1, . . . , anq est linéaire.
Pour n “ 2, on dit que f est bilinéaire. Lorsque E1 “ ¨ ¨ ¨ “ En “ E et F “K, on dit que f est une forme n-linéaire surE.
Exemples
(1) Soit E un K-espace vectoriel, alors f : KˆE ÝÑE pλ, xq ÞÑλ¨x
est bilinéaire d’après les axiomes d’un espace vectoriel.
(2) g : LpEq ˆEÝÑE pϕ, xq ÞÑϕpxq
est bilinéaire. Plus généralement, si E et F sont des K-espaces vectoriels, h : LpE, Fq ˆEÝÑF
pf, xq ÞÑfpxq
est bilinéaire.
(3) PourE “R3,r : EˆE ÝÑE px, yq ÞÑx^y
est bilinéaire et pourE “R2,ppa, bq,pc, dqq ÞÝÑac`bdqui est le produit scalaire standard est une forme bilinéaire surR2.ppa, bq,pc, dqq ÞÝÑad´bcest aussi bilinéaire. Déterminons la forme des formes bilinéaires sur R2. Soit ϕ une telle forme, bc2 “ pe1, e2q, x “ pa, bq “ ae1`be2 et y“ pc, dq “ce1`de2. Alors
ϕpx, yq “ ϕpae1`be2, ce1`de2q
“ aϕpe1, ce1`de2q `bϕpe2, ce1`de2q car ϕp¨, yq est linéaire
“ apcϕpe1, e1q `dϕpe1, e2qq `bpcϕpe2, e1q `dϕpe2, e2qq
“ acϕpe1, e1q `adϕpe1, e2q `bcϕpe2, e1q `bdϕpe2, e2q car ϕpe1,¨q etϕpe2,¨q sont linéaires La réciproque étant claire, toute forme linéaire sur R2 est du type
pa, bq,pc, dq ÞÝÑacα`adβ`bcγ`bdδ avec α, β, γ, δPR
Plus généralement, soit E unK-espace vectoriel de dimension nPN˚,B “ pe1, e2, . . . , enq une base de E etpe˚1, e˚2, . . . , e˚nq sa base duale. Soitϕ:E2 ÝÑKbilinéaire, alors, pour x, yPE,
ϕpx, yq “ ϕ
˜ n ÿ
i“1
e˚i pxqei,
n
ÿ
j“1
e˚j pyqej
¸
“
n
ÿ
i“1
e˚i pxqϕ
˜ ei,
n
ÿ
j“1
e˚j pyqej
¸
car ϕp¨, yq est linéaire
“
n
ÿ
i“1
e˚i pxq
n
ÿ
j“1
e˚j pyqϕpei, ejq car @iP v1, nw,ϕpei,¨q est linéaire
“
n
ÿ
i“1 n
ÿ
j“1
ϕpei, ejq looomooon
ai,j
e˚i pxq loomoon
xi
e˚j pyq loomoon
yj
ϕ est donc du type
˜ n ÿ
i“1
xiei,
n
ÿ
j“1
yjej
¸
ÞÝÑ ÿ
i,jPv1,nw2
ai,jxiyj avec @i, j P v1, nw2, ai,j P K. Si on pose
M “ pai,jqpi,jqPv1,nw2 PMnpKq,X“
¨
˚
˝ x1
...
xn
˛
‹
‚etY “
¨
˚
˝ y1
...
yn
˛
‹
‚, alors on aa ÿ
pi,jqPv1,nw2
ai,jxiyj “tXM Y
(4) Soit E un K-espace vectoriel, n P N˚, ϕ1, ϕ2, . . . , ϕn des formes linéaires sur E. Alors px1, x2, . . . , xnq P EnÞÝÑϕ1px1qϕ2px2q ¨ ¨ ¨ϕnpxnqest n-linéaire surE.
1.2 Propriétés des applications n-linéaires
Sous espace vectoriel des applications n-linéaires Soient E, F deux K-espaces vectoriels, n P N˚. Si f, g:EnÝÑF sontn-linéaires et αPK, alorsαf `g est aussi n-linéaire.
L’ensemble LnpE, Fq des applications n-linéaires deEn dans F est un sous-espace vectoriel deFpEn, Fq.
Démonstration Montrons par exemple la linéarité par rapport à la première variable. Soientx2, x3, . . . , xnP E, pourx, yPE etαPK,
pαf `gq pλx`y, x2, . . . , xnq “ αfpλx`y, x2, . . . , xnq `gpλx`y, x2, . . . , xnq
“ αλfpx, x2, . . . , xnq `αfpy, x2, . . . , xnq `λgpx, x2, . . . , xnq `gpy, x2, . . . , xnq
“ λppαf `gq px, x2, . . . , xnq ` pαf `gq py, x2, . . . , xnqq
Un calcul bien utile Soit E un K-espace vectoriel de dimension n P N˚, F un K-espace vectoriel, B “ pe1, e2, . . . , enq une base de E, x1, x2, . . . , xp P E. Soit M “ MatBpx1, x2, . . . , xpq, c’est-à-dire que @j P v1, pw, xj “
n
ÿ
i“1
Mri, jsei. Soit enfin f PLppE, Fq, on a alors
fpx1, x2, . . . , xpq “ f
˜ n ÿ
i1“1
Mri1,1sei1, x2, . . . , xp
¸
“
n
ÿ
i1“1
Mri1,1sfpei1, x2, . . . , xpq Or @i1P v1, nw,fpei1, x2, . . . , xpq “ f
˜ ei1,
n
ÿ
i2“1
Mri2,2sei2, x3, . . . , xp
¸
“
n
ÿ
i2“1
Mri2,2sfpei1, ei2, x3, . . . , xpq D’où enfinfpx1, x2, . . . , xpq “
n
ÿ
i1“1 n
ÿ
i2“1
Mri1,1sMri2,2sfpei1, ei2, x3, . . . , xpq
“ ¨ ¨ ¨
“
n
ÿ
i1“1
¨ ¨ ¨
n
ÿ
ip“1
Mri1,1s ¨ ¨ ¨Mrip, psf`
ei1, ei2, . . . , eip
˘
“ ÿ
pi1,...,ipqPv1,nwp
Mri1,1s ¨ ¨ ¨Mrip, psf`
ei1, ei2, . . . , eip
˘
a. «Left to the reader ! »
Un p-uplepi1, i2, . . . , ipq d’éléments dev1, nw s’identifie à une application dev1, pwdansv1, nw. On a donc aussi fpx1, x2, . . . , xpq “ ÿ
sPFpv1,pw,v1,nwq
Mrsp1q,1s ¨ ¨ ¨Mrsppq, psf`
esp1q, esp2q, . . . , esppq˘
Condition de nullité SoientEetF deuxK-espaces vectoriels,f PLnpE, Fq,px1, x2, . . . , xnq PE, supposons que DjP v1, nwtel quexj “0. Alors fpx1, x2, . . . , xnq “0.
En effet, l’application ϕ:xPE ÝÑfpx1, . . . , xj´1, x, xj`1, . . . , xnq est linéaire deE dansF doncϕp0Eq “ 0F.
1.3 Applications n-linéaires alternées 1.3.1 Définition et exemple
Soient E etF deux K-espaces vectoriels, nPN˚, f PLnpE, Fq. On dit quef est alternée si pour tout n-uple px1, x2, . . . , xnq tel qu’il existei‰j tels quexi“xj, alors fpx1, x2, . . . , xnq “0F.
On remarque que pourn“1,L1pE, Fq “LpE, Fqet toutef PLpE, Fqest alternée. La notion d’application alternée n’a donc d’intérêt que pourně2.
Exemple PrenonsE “R2,F “R, et posons pour x“ pa, bq ety “ pc, dq, fpx, yq “ad´bc.f est bilinéaire et alternée : sia“cetb“d, alorsfpx, yq “ab´ba“0.
Soit ϕ:R2ˆR2 ÝÑRbilinéaire alternée,bc2“ pe1, e2q,x“ pa, bq “ae1`be2 ety“ pc, dq “ce1`de2 des éléments de R2. On a alors
ϕpx, yq “ ϕpae1`be2, ce1`de2q
“ acϕpe1, e1q looomooon
0
`bcϕpe2, e1q `adϕpe1, e2q `dbϕpe2, e2q looomooon
0
“ bcϕpe2, e1q `adϕpe1, e2q De plus, 0 “ ϕpe1`e2, e1`e2q
“ ϕpe1, e1`e2q `ϕpe2, e1`e2q
“ ϕpe1, e2q `ϕpe2, e1q ñϕpe1, e2q “ ´ϕpe2, e1q
Ainsi, ϕpx, yq “ pad´bcqϕpe1, e2q.ϕest donc du type pa, bq,pc, dq ÞÝÑλpad´bcq avecλPR, et la réciproque est claire.
1.3.2 Propriétés des applications n-linéaires alternées
SiE etF sont deuxK-espaces vectoriels, on noteAnpE, Fql’ensemble des applications n-linéaires alternées de En dansF.
AnpE, Fq est un sous-espace vectoriel deLnpE, Fq.
Applications symétriques et antisymétriques
Soient E et F deux K-espaces vectoriels, nPN˚. Pourf :En ÝÑF et σ PSn une permutation de v1, nw, on note
pσ‹fq: EnÝÑF
px1, x2, . . . , xnq ÞÑf`
xσp1q, xσp2q, . . . , xσpnq˘
On dit quef est symétrique si @σPSn,pσ‹fq “f et antisymétrique si@σPSn,pσ‹fq “εpσqfa.
a. εpσqest bien entendu la signature de σ. Pour ceux qui auraient manqué un épisode, se reporter à la section 18.5 du cours complet page 308.
On a vu que :
– @σ1, σ2 PSn,@f PFpEn, Fq,σ1‹ pσ2‹fq “ pσ1˝σ2q ‹f;
– @σ PSn,@αPK,@f, gPFpEn, Fq,σ‹ pαf `gq “αpσ‹fq ` pσ‹gq.
Soit f PAnpE, Fq, alorsf est antisymétrique.
Démonstration Soit ně2, τ une transposition de Sn, on note τ “τi,j avec i, jP v1, nwet iăj. Montrons que τ‹f “ ´fb. Pourx1, x2, . . . , xnPE f est alternée donc
0 “ fpx1, . . . , xi`xj, . . . , xj`xi, . . . , xnq
“ fpx1, . . . , xi, . . . , xi, . . . , xnq looooooooooooooooomooooooooooooooooon
0
`fpx1, . . . , xi, . . . , xj, . . . , xnq
`fpx1, . . . , xj, . . . , xi, . . . , xnq `fpx1, . . . , xj, . . . , xj, . . . , xnq looooooooooooooooomooooooooooooooooon
0
Ainsifpx1, . . . , xj, . . . , xi, . . . , xnq “ ´fpx1, . . . , xi, . . . , xj, . . . , xnq ôτ ‹f “ ´f.
Maintenant, soit σPSn, on sait queσ “τ1˝τ2˝ ¨ ¨ ¨ ˝τr où τ1, τ2, . . . , τr sont des transpositionsc. Ainsi, σ‹f “ pτ1˝τ2˝ ¨ ¨ ¨ ˝τrq ‹f
“ pτ1˝τ2˝ ¨ ¨ ¨ ˝τr´1q ‹ pτr‹fq
“ pτ1˝τ2˝ ¨ ¨ ¨ ˝τr´1q ‹ p´fq
“ ´ pτ1˝τ2˝ ¨ ¨ ¨ ˝τr´1q ‹f
“ ¨ ¨ ¨
“ p´1qrf
“ εpσqf
Remarque Si 2ˆ1K ‰0K et sif :EnÝÑF est antisymétrique, alors f est alternée.
En effet, soit px1, x2, . . . , xnq PEn tel qu’il existe i, jP v1, nw2 avec iăj tels que xi “xj “a, alors on a fpx1, . . . , xi, . . . , xj, . . . , xnq “ fpx1, . . . , a, . . . , a, . . . , xnq
“ fpx1, . . . , xj, . . . , xi, . . . , xnq
“ pτi,j‹fq px1, x2, . . . , xnq
“ ´fpx1, x2, . . . , xnq Ainsi, 2fpx1, x2, . . . , xnq “0 d’où le résultat.
b. On rappelle queεpτq “ ´1.
c. Voir la section 19.4.2 du cours complet page 345.
Combinaisons linéaires dans les applications alternées Soit f P AnpE, Fq, px1, x2, . . . , xnq P En, j P v1, nwety PVectpx1. . . , xj´1, xj`1, . . . , xnq. Alorsfpx1, . . . , xj `y, . . . , xnq “fpx1, x2, . . . , xnq.
En effet, par exemple, pour j“1,y“
n
ÿ
k“2
λkxk donc
fpx1`y, x2, . . . , xnq “fpx1, x2, . . . , xnq `
n
ÿ
k“2
λkfpxk, x2, . . . , xnq looooooooomooooooooon
0
carf est alternée
Familles liées et applications alternées Soit f P AnpE, Fq, px1, x2, . . . , xnq P En. Si px1, x2, . . . , xnq est liée, alors fpx1, x2, . . . , xnq “0F.
En effet, px1, x2, . . . , xnq est liée donc D pα1, α2, . . . , αnq PKnz t0u tel que
n
ÿ
k“1
αkxk “0E. Soit j P v1, nw tel que αj ‰0. Alors
xj `
n
ÿ
i“1
i‰j
αi αj
xi looomooon
yPVectppxiqi‰jq
“0
D’après ce qui précède,
fpx1, x2, . . . , xnq “ fpx1, . . . , xj`y, . . . , xnq
“ fpx1, . . . ,0, . . . , xnq
“ 0F
Transition : vers le déterminant SoitE unK-espace vectoriel de dimensionpetnąp. Alors toute famille px1, x2, . . . , xnq PE est liée donc@f PAnpE, Fq,fpx1, x2, . . . , xnq “0 doncAnpE, Fq est réduit à l’application nulle.
Que se passe-t-il pour pěnet en particulier pourp“n?
2 Déterminant dans une base
2.1 Petite histoire
Dans la suite,Eest unK-espace vectoriel de dimensionnetB“ pe1, e2, . . . , enqune base deE. On s’intéresse aux formes n-linéaires alternées deAnpE,Kq.
Donnons-nous une application f PAnpE,Kq,px1, x2, . . . , xnq PEn,M “MatBpx1, x2, . . . , xnq, c’est-à-dire que Mri, js est la i-ième coordonnée de xj dans B, ou encore Mri, js “ e˚i pxjq avec pe˚1, e˚2, . . . , e˚nq la base duale deB.
On a vu que
fpx1, x2, . . . , xnq “ ÿ
sPFpv1,nw,v1,nwq
Mrsp1q,1s ¨ ¨ ¨Mrspnq, nsf`
esp1q, . . . , espnq˘
SoitsPFpv1, nw,v1, nwq, sisn’est pas injective, alorsDiăjtel quespiq “spjq “kdoncf`
esp1q. . . , ek, . . . , ek, . . . , espnq 0 carf est alternée. Ainsi, sisn’est pas injective,s ne contribue pas à la somme. De plus, sis est injective,s
est bijective pour des raisons de cardinal donc fpx1, x2, . . . , xnq “ ÿ
σPSn
Mrσp1q,1s ¨ ¨ ¨Mrσpnq, nsf`
eσp1q, . . . , eσpnq˘ loooooooooomoooooooooon
pσ‹fqpe1,...,enq
“ ÿ
σPSn
Mrσp1q,1s ¨ ¨ ¨Mrσpnq, nsεpσqfpe1, . . . , enq carf est alternée donc antisymétrique
“ fpe1, e2, . . . , enq ÿ
σPSn
Mrσp1q,1s ¨ ¨ ¨Mrσpnq, nsεpσq loooooooooooooooooooooooomoooooooooooooooooooooooon
ϕpx1,x2,...,xnq
Par définition, le déterminant est
ϕpx1, x2, . . . , xnq “ ÿ
σPSn
εpσqe˚σp1qpx1q ¨ ¨ ¨e˚σpnqpxnq Étudions de plus près cette application ϕ.
– Montrons d’abord qu’elle est n-linéaire. Soit σ P Sn, ´
e˚σp1q, . . . , e˚σpnq¯
sont des formes linéaires sur E doncϕσ :px1, x2, . . . , xnq PEnÝÑ e˚σp1qpx1q ¨ ¨ ¨e˚σpnqpxnq est n-linéairea. ϕest combinaison linéaire des ϕσ doncϕestn-linéaire.
– Montrons queϕest alternée. Soitpx1, x2, . . . , xnq PEntels queD1ďiăjďntels quexi “xj, montrons que ϕpx1, x2, . . . , xnq “ 0. Soit τ la transposition qui échange i et j, An le groupe alternéb. On a donc An“ tσPSn|εpσq “1u etSnzAn“ tσPSn|εpσq “ ´1u. Ainsi, on décompose l’expression de ϕ:
ϕpx1, x2, . . . , xnq “ ÿ
σPAn
εpσqϕσpx1, x2, . . . , xnq ` ÿ
σPSnzAn
εpσqϕσpx1, x2, . . . , xnq
“ ÿ
σPAn
ϕσpx1, x2, . . . , xnq ´ ÿ
σPSnzAn
ϕσpx1, x2, . . . , xnq
L’applicationsPAnÞÝÑs˝τ PSnzAnest bien définie et bijective de réciproquesPSnzAnÞÝÑs˝τ PAn. Or, lorsquesdécritAn,s˝τ décritSnzAn donc ÿ
σPSnzAn
ϕσpx1, x2, . . . , xnq “ ÿ
sPAn
ϕs˝τpx1, x2, . . . , xnq. De plus, poursPAn:
ϕs˝τpx1, x2, . . . , xnq “ e˚spτp1qqpx1q ¨ ¨ ¨e˚spτpiqqpxiq ¨ ¨ ¨e˚spτpjqqpxjq ¨ ¨ ¨e˚spτpnqqpxnq
“ e˚sp1qpx1q ¨ ¨ ¨e˚spjqpxiq ¨ ¨ ¨e˚spiqpxjq ¨ ¨ ¨e˚spnqpxnq
“ e˚sp1qpx1q ¨ ¨ ¨e˚spjqpxjq ¨ ¨ ¨e˚spiqpxiq ¨ ¨ ¨e˚spnqpxnq car xi“xj
“ ϕspx1, x2, . . . , xnq On a donc enfin
ϕpx1, x2, . . . , xnq “ ÿ
σPAn
ϕσpx1, x2, . . . , xnq ´ ÿ
sPAn
ϕspx1, x2, . . . , xnq
“ 0K
ϕest donc une formen-linéaire alternée. De plus,ϕpe1, e2, . . . , enq “ ÿ
σPSn
εpσqϕσpx1, x2, . . . , xnqet pourσ PSn,
ϕσpx1, x2, . . . , xnq “
n
ź
k“1
e˚σpkqpekq
“
n
ź
k“1
δσpkq,k
a. Voir exemple (4) page 3.
b. Voir section 18.5 du cours complet page 308.
SiDkP v1, nwtel que σpkq ‰k, c’est-à-dire siσ‰Idv1,nw, alorsϕσpe1, e2, . . . , enq “0. Ainsi, ϕpe1, e2, . . . , enq “ ε`
Idv1,nw
˘ loooomoooon
1
ϕIdv1,nwpe1, e2, . . . , enq looooooooooooomooooooooooooon
1
“ 1
ϕ‰0AnpE,Kqet d’autre part, sif PAnpE,Kqest telle quefpe1, e2, . . . , enq “1, alorsf “fpe1, e2, . . . , enqϕ“ϕ doncϕest la seule application n-linéaire alternée deEn dansKqui prend la valeur 1 en pe1, e2, . . . , enq.
2.2 Théorèmes et définitions
Soit E un K-espace vectoriel de dimension nPN˚,B“ pe1, e2, . . . , enq une base de E. On a alors les résultats suivants :
(1) Il existe une uniqueϕPAnpE,Kq telle queϕpe1, e2, . . . , enq “1.ϕs’appelle le déterminant relativement à la baseB et se note detB.
(2) Pour tout f P AnpE,Kq, on a f “ fpe1, e2, . . . , enqdetB donc AnpE,Kq “ VectpdetBq donc dimAnpE,Kq “1.
(3) Pour px1, x2, . . . , xnq PEn,
detBpx1, x2, . . . , xnq “ ÿ
σPSn
εpσq
n
ź
k“1
e˚σpkqpxkq
“ ÿ
σPSn
εpσq
n
ź
k“1
Mrσpkq, ks où pe˚1, e˚2, . . . , e˚nq est la base duale deB etM “MatBpx1, x2, . . . , xnq.
Remarques Tous ces résultats découlent du fait que detB PAnpE,Kq.
(1) Si l’un desxi est nul, alors detBpx1, x2, . . . , xnq “0.
(2) Sipx1, x2, . . . , xnq est liée, alors detBpx1, x2, . . . , xnq “0.
(3) Pour px1, x2, . . . , xnq PEn,pλ1, λ2, . . . , λnq PKn, detBpλ1x1, λ2x2, . . . , λnxnq “
˜ n ź
k“1
λk
¸
detBpx1, x2, . . . , xnq
En particulier, detBpλ1e1, λ2e2, . . . , λnenq “
n
ź
i“1
λi.
(4) Calculons les déterminants pour les trois premières valeurs de n.
– Pour n“1,E “Vectpeq,B“ peq,x“αε, detBpxq “α.
– Pour n“2, B“ pe1, e2q,x “ae1`be2,y “ce1`de2, on a MatBpx, yq “ ˆa c
b d
˙
et S2 “ tId, τ1,2u.
On a alors
detBpx, yq “ 1e˚1pxqe˚2pyq ` p´1qe˚2pxqe˚1pyq
“ ad´bc
– Pour n“3,B“ pe1, e2, e3q,x1, x2, x3 PE,M “MatBpx1, x2, x3q “ pmi,jqi,jPv1,3w , on a l’ensemble des permutations dev1,3wqui est le suivant :S3 “ Id, τ1,2, τ1,3, τ2,3,`
1 2 3˘ ,`
1 3 2˘(
. Ainsi, detBpx1, x2, x3q “ m1,1m2,2m3,3´m2,1m1,2m3,3
´m3,1m2,2m1,3´m1,1m3,2m2,3
`m2,1m3,2m1,3`m3,1m1,2m2,3
(5) Soit jP v1, nw, siyPVect´
pxiqi‰j¯ , alors
detBpx1, . . . , xj`y, . . . , xnq “detBpx1, x2, . . . , xnq
(6) detBpx1, . . . , xj, . . . , xi, . . . xnq “ ´detBpx1, . . . , xi, . . . , xj, . . . xnq. Plus généralement, pour σPSn, pσ‹detBq px1, x2, . . . , xnq “detB
`xσp1q, xσp2q, . . . , xσpnq˘
“εpσqdetBpx1, x2, . . . , xnq Théorème
Soit E unK-espace vectoriel de dimensionn,B une base deE etpx1, x2, . . . , xnq une famille de vecteurs deE de longueur n. Alors
px1, x2, . . . , xnq est liéeôdetBpx1, x2, . . . , xnq “0 Par contraposée,
px1, x2, . . . , xnq est une baseô px1, x2, . . . , xnq est libreôdetBpx1, x2, . . . , xnq ‰0 Démonstration
ñ « Djàvu ! »
ð Par contraposée : supposons quepx1, x2, . . . , xnqest libre, c’est donc une baseCdeE. detC PAnpE,Kqdonc detC“detCpe1, e2, . . . , enqdetB où B“ pe1, e2, . . . , enq. En particulier,
1 “ detCpx1, x2, . . . , xnq
“ detCpe1, e2, . . . , enqdetBpx1, x2, . . . , xnq detCpe1, e2, . . . , enq ‰0 car detC‰0AnpE,Kq donc detBpx1, x2, . . . , xnq ‰0.
3 Déterminant d’un endomorphisme et d’une matrice carrée
3.1 Déterminant d’un endomorphisme 3.1.1 Théorème et définition
Soit E unK-espace vectoriel de dimension finienPN˚,f PLpEq. Alors il existe un uniqueλPKtel que pour toute baseB de E et@ px1, x2, . . . , xnq PEn,
detBpfpx1q, fpx2q, . . . , fpxnqq “λdetBpx1, x2, . . . , xnq λest le déterminant def et se note detf.
Démonstration
Unicité : soit λPKqui convienne etB une base deE. Alors
detBpfpe1q, fpe2q, . . . , fpenqq “λdetBpe1, e2, . . . , enq looooooooooomooooooooooon
1
On n’a pas le choix pourλ: on doit prendre λ“detBpfpe1q, fpe2q, . . . , fpenqq.
Existence : soit B une base de E, l’application ϕB :px1, x2, . . . , xnq PEn ÝÑ detBpfpx1q, fpx2q, . . . , fpxnqq est n-linéaire (car f est linéaire et detB est n-linéaire) et alternée (car detB est alternée). Ainsi, ϕB PAnpE,Kq donc ϕB est proportionnelle à detB : DλB PK tel que ϕB “λBdetB. Montrons que λB ne dépend en fait pas deB.
Soit B et C deux bases de E, montrons que λB “ λC. detC P AnpE,Kq donc Dµ P K˚ tel que detC “µdetB donc pour px1, x2, . . . , xnq PEn,
detCpfpx1q, fpx2q, . . . , fpxnqq “ λCdetCpx1, x2, . . . , xnq
“ λCµdetBpx1, x2, . . . , xnq
mais aussi detCpfpx1q, fpx2q, . . . , fpxnqq “ µdetBpfpx1q, fpx2q, . . . , fpxnqq
“ µλBdetBpx1, x2, . . . , xnq Puisque detB ‰0AnpE,Kq,µpλC´λBq “0 donc λC“λB carµ‰0.
Remarque Avec les notations du théorème, si f P LpEq, et si Bpe1, e2, . . . , enq est une base de E, alors detf “detBpfpe1q, fpe2q, . . . , fpenqq.
Ainsi, si f “αIdE, detf “detBpαe1, αe2, . . . , αenq “αn. 3.1.2 Résultats importants
Critère d’inversibilité
Soit E un K-espace vectoriel de dimension finie,f PLpEq. Alorsf PglpEq ôdetf ‰0.
En effet, soitB“ pe1, e2, . . . , enqune base deE,fest un isomorphisme si et seulement sipfpe1q, fpe2q, . . . , fpenqq est une base deE, c’est-à-dire si detBpfpe1q, fpe2q, . . . , fpenqq “detf ‰0.
Propriétés multiplicatives du déterminant
#
" !
SoitE unK-espace vectoriel de dimension finie. On a les résultats suivants : (1) Pour f, gPLpEq, detpf˝gq “detfdetg“detpg˝fq.
(2) Pour f PLpEq etnPN, detpfnq “ pdetfqn. (3) Pour f PglpEq, detf´1“ 1
detf. Plus généralement, pour nPZ, detpfnq “ pdetfqn. Démonstration
(1) Soit B“ pe1, e2, . . . , enq une base deE, alors
detpf ˝gq “detBpfpgpe1qq, fpgpe2qq, . . . , fpgpenqqq
Or,@ px1, x2, . . . , xnq PEn, detBpfpx1q, fpx2q, . . . , fpxnqq “detfdetBpx1, x2, . . . , xnq d’où detpf˝gq “ detfdetBpgpe1q, gpe2q, . . . , gpenqq
“ detfdetg (2) Récurrence surn, on a bien detBpIdEq “1.
(3) ψ : pglpEq,˝q ÝÑ pK˚,ˆq f ÞÑdetf
est un morphisme de groupes donc @xPglpEq, ψ` x´1˘
“ pψpxqq´1 d’où le résultat.
Remarque et définition
On vient de voire que ψ : glpEq ÝÑK˚ f ÞÑdetf
est un morphisme de groupes de pglpEq,˝q dans pK˚,ˆq et on définit SLpEqcomme étant Kerf “ tf PglpEq |detf “1u. SLpEqest un sous-groupe deglpEqappelé groupe spécial linéaire.
Multiplication par un scalaire Pourf PLpEq etαPK, detpαfq “αndetf où n“dimE.
En effet, soitB“ pe1, e2, . . . , enq une base deE,
detpαfq “ detBpαfpe1q, αfpe2q, . . . , αfpenqq
“ αndetBpfpe1q, fpe2q, . . . , fpenqq
“ αndetf 3.2 Déterminant d’une matrice carrée 3.2.1 Faits de base
Soit M PMnpKq, on pose
detM “detbcnpc1pMq,c2pMq, . . . ,cnpMqq Il est clair queM “Matbcnpc1pMq,c2pMq, . . . ,cnpMqqdonc
detM “ ÿ
σPSn
εpσq
n
ź
k“1
Mrσpkq, ks
En pratique, detM s’écrit aussi
detM “
Mr1,1s ¨ ¨ ¨ Mr1, ns
... ...
Mrn,1s ¨ ¨ ¨ Mrn, ns
Exemples –
a c b d
“ad´bc –
m1,1 m1,2 m1,3
m2,1 m2,2 m2,3
m3,1 m3,2 m3,3
“ m1,1m2,2m3,3 ´ m2,1m1,2m3,3 ´m3,1m2,2m1,3 ´m1,1m3,2m2,3 `m2,1m3,2m1,3 ` m3,1m1,2m2,3
Déterminants classiques
On a aussi det Diagpα1, α2, . . . , αnq “α1¨ ¨ ¨αn car si bcn“ pe1, e2, . . . , enq,cipDiagpα1, α2, . . . , αnqq “αiei.
Mieux, siM PTSnpKq, alors detM “
n
ź
i“1
Mri, is.
En effet, soit σ PSnz tIdu, alors Di P v1, nw tel que σpiq ą i. En effet, dans le cas contraire, @k P v1, nw, σpkq ďkdoncσp1q ď1 etσp1q P v1, nwdoncσp1q “1, puisσp2q “2, etc. On a donc@kP v1, nw,σpkq “kdonc σ “Id, ce qui est faux. On a alorsMrσpiq, is “0 car M est triangulaire supérieure donc
n
ź
k“1
Mrσpkq, ks “0.
σ ne contribue pas à la somme, il ne reste donc que le terme qui correspond à Id d’où detM “ εpIdq
loomoon
1 n
ź
k“1
Mrk, ks
3.2.2 Propriétés du déterminant d’une matrice carrée (1) SiM PMnpKq, alorsM PglnpKq ôdetM ‰0.
En effet, on sait que
M est inversible ô pc1pMq,c2pMq, . . . ,cnpMqq est une base de Kn ô detbcnpc1pMq,c2pMq, . . . ,cnpMqq ‰0
ô detM ‰0
(2) Soit E un K-espace vectoriel de dimension finienPN˚,B une base deE.
(a) Pour px1, x2, . . . , xnq PEn, detBpx1, x2, . . . , xnq “detMatBpx1, x2, . . . , xnq.
(b) Pour f PLpEq, detf “detMatBpfq.
Montrons ces deux propriétés.
(a) Soit M “MatBpx1, x2, . . . , xnq, on a vu que
detBpx1, x2, . . . , xnq “ ÿ
σPSn
εpσq
n
ź
k“1
Mrσpkq, ks
“ detM (b) En écrivantB“ pe1, e2, . . . , enq, on a alors
detf “ detBpfpe1q, fpe2q, . . . , fpenqq
“ detMatBpfpe1q, fpe2q, . . . , fpenqq
“ detMatBpfq (3) Pour A, BPMnpKq,kPN,pPZ:
– detpABq “detAdetB; – detAk“ pdetAqk;
– si APglnpKq, detA´1 “ 1
detA et detAp“ pdetAqp.
En effet, soient a, b P LpKnq les applications canoniquement associées à A et B. Alors a˝b est cano- niquement associée à AB donc detpABq “ detpa˝bq “ detadetb “ detAdetB. Puis par récurrence,
@k P N, detAk “ pdetAqk et on a bien det In “ 1. Les propriétés inhérentes au morphisme de groupes ψ: glnpKq ÝÑK
AÞÑdetA
assure le dernier résultat.
Remarques
– ϕ: MnpKq ÝÑK AÞÑdetA
est surjective, pourλPK,λ“det Diagpλ,1,1, . . . ,1q.
Avec les notations précédentes, Kerψ ou l’ensemble des matrices de déterminant 1 est un sous groupe de pglnpKq,˝q noté SLnpKq.
– SiAPMnpKq est telle que detA“1, alorsAPglnpKq donc SLnpKq “ tAPMnpKq |detA“1u.
– Si E est un K-espace vectoriel de dimension nPN˚, f PLpEq etB une base deE, alors f PSLpEq ô MatBpfq PSLnpKq.