TH` ESE
de Doctorat de l’Universit´e de Limoges
Sp´ecialit´e Math´ematiques et Applications
pr´esent´ee par
Abdelkader Necer
Suites r´ ecurrentes lin´ eaires et s´ eries formelles en plusieurs variables
Directeur de th`ese : Guy Robin
Soutenue le 17 d´ecembre 1998 devant le Jury compos´e de :
Rapporteur D. Barsky Universit´e de Paris 13
Rapporteur G. Christol Universit´e de Paris 6
Examinateur T. Berger Universit´e de Limoges
Examinateur G. Rhin Universit´e de Metz
Examinateur G. Robin Universit´e de Limoges
Examinateur A. Salinier Universit´e de Limoges
alg´ebriques des suites r´ecurrentes lin´eaires `a coefficients constants ou polynomiaux sur des modules sur des anneaux commutatifs unitaires. D’abord, nous ´etendons aux anneaux de Fatou (ou compl`etement int´egralement clos), un r´esultat concernant les familles de suites r´ecurrentes lin´eaires annul´ees par un id´eal de type fini de l’anneau des polynˆomes.
Ensuite, nous ´etablissons, par des moyens ´el´ementaires d’alg`ebre commutative, que les ensembles de suites r´ecurrentes lin´eaires sur des modules sont stables par d´ecimation et emboˆıtement et que si les suites sont `a valeurs dans une alg`ebre alors la stabilit´e, pour la produit de Hadamard, est assur´ee. Nous caract´erisons ´egalement dans cette partie les anneaux dans lesquels les suites r´ecurrentes lin´eaires sont les suites p´eriodiques et nous montrons que sur ces anneaux l’´etude de certaines suites r´ecurrentes lin´eaires `a coefficients polynomiaux se ram`ene `a celle des suites r´ecurrentes lin´eaires `a coefficients constants.
La deuxi`eme partie de ce travail a pour objet l’´etude des propri´et´es, li´ees essentiellement au produit de Hadamard, des multi-suites r´ecurrentes lin´eaires et des s´eries rationnelles en plusieurs variables. Nous donnons quelques caract´erisations des s´eries reconnaissables et nous nous int´eressons `a l’analogue de la conjecture de Pisot sur le quotient de Hadamard dans le cas de plusieurs variables.
Abstract : We are interested, in the first part of this work, in algebraic properties of linear recurring sequences with constant or polynomial coefficients over modules over com- mutative and unitary rings. In particular, we extend a result about families of sequences annihilated by a finitely generated ideal of polynomials over the ring of rational integer to the completely integrally closed rings. We show that the module of linear recurring sequences is invariant by entrelacment and decimation (or extraction) and, in the case when the sequences are in a algebra, then we rediscover, by elementary methods, that the set of linear recurring sequences over commytative rings is closed under the Hadamard product. We caracterize also the rings on which every linear recurring sequence has a pe- riod and show that on those rings the study of certainP-recursive sequences is equivalent to the study of linear recurring sequences.
In the second part of this work we study some properties of multi-sequences and rational series in several variables. We give some caracterizations of recognized series and we obtain some partial ansewrs to the Pisot conjecture of Hadamard quotient in several variables.
Remerciements
Mes remerciements vont d’abord `a G. Robin qui m’a convaincu de (re)commencer mes ´etudes doctorales. Il m’a beaucoup encourag´e et a su m’´ecouter lors de la pr´eparation de cette th`ese.
J’exprime ma gratitude la plus sinc`ere `a D. Barsky et G. Christol qui m’ont fait l’honneur d’accepter la tˆache d’ˆetre rapporteurs. Je les remercie ´egalement pour leur soutien et l’amiti´e qu’ils m’ont prodigu´es depuis longtemps.
L’int´erˆet de T. Berger pour mon travail, sa diponibilit´e et son amiti´e me touchent beaucoup.
Il a accept´e d’ˆetre le pr´esident du jury. J’en suis honor´e.
Je remercie sinc`erement G. Rhin d’avoir accept´e de faire partie du jury ainsi que pour son accueil chaleureux `a l’universit´e de Metz.
Mes remerciements vont ´egalement `a A. Salinier pour son invitation `a Limoges, sa gentillesse et sa participation au jury.
Merci `a B. Benzaghou qui le premier m’a initi´e `a la recherche en Math´ematiques.
A J.-P. B´ezivin pour son aide pr´ecieuse et ses conseils judicieux.
A J.-P. Allouche pour son amiti´e et toutes les enrichissantes discussions que nous avons eues.
A Dominique et Marie pour leur g´en´erosit´e, leur hospitalit´e et leurs encouragements.
A tous les coll`egues du d´epartement de Math´ematiques de l’universit´e de Limoges. Par leur s´erieux, leur disponiblit´e et leur joie de vivre ils ont su instaurer, avec beaucoup d’intelligence, d’agr´eables conditions de travail au sein du d´epartement.
A M. Guerletin, N. Tchefranoff et Y. Pinol. Leur d´evouement n’a d’´egal que leur gentillesse et leur bonne humeur.
Qu’il me soit permis de saluer ici mes proches et mes amis. La pr´esence chaleureuse de certains parmi eux et le soutien, qui ignore les distances, des autres, `a des moments pas toujours faciles, m’ont beaucoup aid´e.
Merci `a Djahida. Elle a su m’aider `a aller de l’avant avec beaucoup de patience et de courage.
Table des mati` eres
Notations v
Introduction vii
1 Suites r´ecurrentes lin´eaires sur un module et syst`emes r´ecursifs 1
1.1 D´efinitions et exemples . . . 2
1.2 R´esultats pr´eliminaires . . . 4
1.3 Familles de suites et anneaux de Fatou . . . 6
1.4 Syst`emes r´ecursifs . . . 9
1.5 Alg`ebre de Hadamard . . . 15
1.6 D´ecimation et emboˆıtement de suites . . . 17
1.7 S´eries formelles et suites r´ecurrentes lin´eaires . . . 20
2 P´eriodes et suites r´ecurrentes lin´eaires `a coefficients polynomiaux 23 2.1 P´eriodes de suites sur un module . . . 24
2.2 Anneaux localement finis et suites p´eriodiques . . . 26
2.3 Suites r´ecurrentes lin´eaires `a coefficients polynomiaux . . . 29
2.4 Syst`emes p´eriodiques . . . 32
2.4.1 Suites r´eguli`eres sur un corps commutatif . . . 35
2.4.2 Exemples . . . 36
3 Multi-suites r´ecurrentes et s´eries rationnelles 39 3.1 D´efinitions et notations . . . 40
3.2 Caract´erisations des k-suites r´ecurrentes lin´eaires . . . . 43
3.3 S´eries rationnelles et s´eries reconnaissables . . . 48
3.3.1 Propri´et´es de base . . . 48
3.3.2 El´ements Hadamard-inversibles . . . .´ 56
4 Quotient de Hadamard 63 4.1 Rappels et ´enonc´es des r´esultats . . . 64
4.2 D´emonstrations des r´esultats . . . 67
Bibliographie 75
Notations
A Anneau commutatif unitaire
A[x1. . . , xk] Alg`ebre des polynˆomes en les variables commutativesx1. . . , xk
A[[x1. . . , xk]] Alg`ebre des s´eries formelles en les variables commutativesx1. . . , xk
Alk(A) Alg`ebre des s´eries alg´ebriques en les variables commutatives x1. . . , xk
LM(f) Ensemble des suites surM annul´ees par f
LM(f) Ensemble des suites P-r´ecursives surM annul´ees par f
M Un A-module
Mh(A) Alg`ebre des matrices carr´ees d’ordreh sur A Mh,r(A) Alg`ebre des matrices h×r sur A
R Anneau unitaire (non commutatif)
Rk(A) Ensemble des s´eries rationnelles enk variables surA Rsk(A) Ensemble des s´eries semi-simples en k variables surA Rrk(A) Ensemble des s´eries reconnaissables enk variables surA S(M) Ensemble des suites `a valeurs dans M
Sk(M) Ensemble des suites index´ees par Nk `a valeurs dans M Sp(M) Ensemble des suites p´eriodiques `a valeurs dansM
SPU(M) Ensemble des suites r´ecurrentes lin´eaires `a coefficients polynomiaux unitaires `a valeurs dans M
SR(M) Ensemble des suites r´ecurrentes lin´eaires `a valeurs dansM SRk(M) Ensemble des k-suites r´ecurrentes lin´eaires `a valeurs dans M δdu La suite (u(dn))n≥0
Ed(u0, . . . , ud−1) Emboˆıtement des suites u0, . . . , ud−1
M ⊗AN Produit tensoriel sur A des modules M et N f¯g Produit de Hadamard des s´eries f et g f∗g Produit de Cauchy (usuel) des s´eriesf et g u¯v Produit de Hadamard des (multi)-suites u etv τ u La suite (nu(n))n≥0
Xu La suite (u(n+ 1))n≥0
Introduction
Leur ˆage, leur richesse ainsi que la diversit´e de leurs champs d’application font des suites r´ecurrentes lin´eaires un sujet tellement vaste et si riche en r´esultats qu’il faudrait plusieurs ou- vrages, en plus de ceux qui existent d´ej`a, pour faire le tour de toutes leurs propri´et´es. On trouve dans [9] une tr`es bonne introduction aux suites r´ecurrentes lin´eaires ainsi qu’une bibliographie qui, jointe `a celle qu’on trouve dans [20], int´eressera certainement tous ceux qui voudront en savoir plus sur ce passionnant sujet. Notre principal int´erˆet ici est d’´etudier quelques aspects de deux diff´erentes g´en´eralisations de la notion de suite r´ecurrente lin´eaire. La premi`ere est celle qui consiste `a consid´erer des suites r´ecurrentes lin´eaires `a coefficients polynomiaux (ou suites P-r´ecursives) sur des modules. La seconde g´en´eralisation, consiste, partant du constat que les termes d’une suite r´ecurrente lin´eaire sur un corps sont des coefficients d’une s´erie rationnelle,
`
a ´etudier les multi-suites form´ees des coefficients de s´eries rationnelles en plusieurs variables.
La premi`ere partie de ce travail (chapitres 1 et 2) est consacr´ee `a l’´etude de quelques propri´et´es alg´ebriques des suites r´ecurrentes lin´eaires `a coefficients constants ou polynomiaux sur les modules sur un anneau commutatif unitaire. La seconde (chapitres 3 et 4) traite des multi- suites (k-suites) dont les s´eries g´en´eratrices sont des fractions rationnelles et surtout des multi- suites r´ecurrentes lin´eaires qui constituent un cadre o`u beaucoup de r´esultats, connus dans l’´etude classique des suites r´ecurrentes lin´eaires, sont encore valides.
Chapitre 1
Soient A un anneau commutatif unitaire, M un A-module et S(M) le A-module des suites surM, c’est-`a-dire leA-module des applications deNdansM. Grˆace `a l’application de d´ecalage (le shift) qui `a tout ´el´ement (u(n))n∈N de S(M) associe l’´el´ement (u(n + 1))n∈N, que l’on identifie `a la multiplication par l’ind´etermin´ee x, on munit de mani`ere standard S(M) d’une structure deA[x]-module. Ceci permet de d´efinirSR(M), leA[x]-module des suites r´ecurrentes lin´eaires comme ´etant le sous-module du module de torsion de S(M) form´e des ´el´ements dont l’annulateur est un id´eal cofini (ou encore un id´eal contenant un polynˆome deA[x] de coefficient dominant inversible).
On trouve dans Kurakin et al ([20]) un bon historique et une ´etude approfondie des suites r´ecurrentes sur un module. En particulier, ´etant donn´e un id´eal I de type fini de A[x], les auteurs se posent la question de savoir `a quelles conditions le sous-module LM(I) des suites annul´ees par I n’est pas trivial. Ils donnent une r´eponse dans le cas o`u l’anneauA est l’anneau des entiers rationnels. Soit, par exemple,I =< p1, . . . , pr >o`ur ∈N. Pour queLZ(I) soit non trivial, il faut et il suffit que p1, . . . , pr aient une racine (un entier alg´ebrique) commune dans Q, la clˆoture alg´ebrique de Q.
Dans ce chapitre on ´etend ce r´esultat aux anneaux de Fatou (ou compl`etement int´egralement clos). L’apport le plus important dans ce chapitre est, cependant, de retrouver certains r´esultats connus dans le cas o`u A est un corps commutatif et li´es `a la stabilit´e de SR(M) pour les op´erations d’emboˆıtement, de d´ecimation et pour le produit de Hadamard (si on suppose que M est une A-alg`ebre associative, commutative et unitaire). Soient r un entier naturel positif et C(x) un ´el´ement de Mr(A[x]), l’alg`ebre des matrices d’ordre r `a coefficients dans A[x]. En consid´erant le syst`eme C(x)U = V dans S(Mr), on montre que, si le d´eterminant de C(x) a un coefficient dominant inversible dans A (ce qui se traduit par le fait qu’un d´eterminant d’une matrice explicite `a coefficients dans A est inversible dans A), alors les solutions sont dans SR(Mr). Ce r´esultat est ensuite appliqu´e pour prouver, par des m´ethodes ´el´ementaires, la stabilit´e de l’ensemble des suites r´ecurrentes lin´eaires sur un module par d´ecimation, par emboˆıtement et, sur un anneau, pour le produit de Hadamard. On retrouve, par exemple, que certaines suites de vecteurs d´efinies par des r´ecurrences dont les coefficients sont des matrices sont en fait des suites r´ecurrentes lin´eaires. Dans cette partie on a renonc´e, volontairement, `a utiliser l’´ecriture explicite du terme g´en´eral des suites r´ecurrentes lin´eaires et ce pour au moins deux raisons. C’est, d’abord, dans l’espoir que les m´ethodes utilis´ees pourraient servir `a l’´etude de suites dont on ne connaˆıt pas l’´ecriture du terme g´en´eral, et ensuite, pour la raison, qui du reste implique la premi`ere, et qui r´eside dans la conviction que la r´ecurrence, elle mˆeme, (( exprime beaucoup de propri´et´es de fa¸con bien plus simple qu’une formule opaque ))1.
Chapitre 2
En pratique, par exemple dans la th´eorie des codes correcteurs d’erreurs ou la g´en´eration de nombres pseudo-al´eatoires, on s’int´eresse `a une classe importante de suites r´ecurrentes lin´eaires,
`
a savoir la classe des suites p´eriodiques sur un corps commutatif ou encore sur des espaces vectoriels et plus r´ecemment sur des modules.
Dans ce chapitre, apr`es une ´etude sommaire du A[x]-moduleSp(M) des suites p´eriodiques, on s’int´eresse aux anneaux (et modules) dans lesquels toute suite r´ecurrente lin´eaire est p´eriodique.
On ´etablit qu’un anneau A dans lequel toute suite r´ecurrente lin´eaire est p´eriodique est un anneau localement fini, c’est-`a-dire que tout sous-anneau de A de type fini sur le sous-anneau engendr´e par 1 est fini (ou encore dans l’anneau A les ´el´ements r´eguliers sont des racines de l’unit´e dansA). Ces anneaux constituent en un sens une g´en´eralisation des alg`ebres associatives localement finies (sur des corps commutatifs). Des exemples de tels anneaux sont fournis par les anneaux finis, les sous-corps de la clˆoture alg´ebrique d’un corps fini ou des produits finis de ces derniers anneaux.
On s’int´eresse ensuite au sous-module SPU(M) de S(M) form´e des suites r´ecurrentes lin´eaires
`
a coefficients polynomiaux unitaires c’est-`a-dire, les suites u deM telles que : P0(n)u(n+h) +· · ·+Ph(n)u(n) = 0 ∀n ∈N,
o`u h est dans N∗ et, pour tout i ∈ {0, . . . , h}, Pi est dans A[x] ; avec, pour tout n ∈ N, l’´el´ement P0(n) inversible dans A. On montre en particulier que SPU(A) est une A-alg`ebre pour le produit de Hadamard et que les suites r´ecurrentes lin´eaires `a coefficients polynomiaux
1. D. Ferrand dans [16]
unitaires sont, sous certaines conditions, p´eriodiques et que le calcul de leur p´eriode se ram`ene au calcul de la p´eriode d’une suite r´ecurrente lin´eaire.
Chapitre 3
Dans ce chapitre on se place, pour k dans N∗, dans Sk(M), le A-module des multi-suites
`
a valeurs dans M et on pr´esente quelques concepts fondamentaux et r´esultats de base des k-suites r´ecurrentes lin´eaires. Ce sont les suites index´ees par Nk et dont l’annulateur dans A[x1, . . . , xk] contient des polynˆomes unitaires de la forme q1(x1), . . . , qk(xk). On ´etudie, l`a encore sans recourir `a la formule explicite du terme g´eneral, les propri´et´es li´ees au produit de Hadamard, `a l’emboˆıtement et `a l’op´eration inverse et on retrouve des r´esultats concernant les p´eriodes de ces suites. On montre, en particulier, que les valeurs des k-suites r´ecurrentes lin´eaires sont grosso-modo les valeurs prises par les it´er´es d’endomorphismes de modules et qu’une k-suite u deS(A) est lin´eaire si et seulement si elle v´erifie :
u(n1, . . . , nk) = X
(i1,...,ik)∈F
vi1(n1)· · ·vik(nk), ∀(n1, . . . , nk)∈Nk, o`uF est un sous-ensemble fini deNk.
Dans une seconde partie de ce chapitre, on s’int´eresse d’abord aux s´eries g´en´eratrices des suites deSk(A) et surtout aux s´eries rationnelles et on ´etablit la correspondance entrek-suites r´ecurrentes lin´eaires et s´eries reconnaissables. Ensuite, dans le cas o`uAest un corps commutatif, on montre que les ´el´ements Hadamard-inversibles de l’alg`ebre des s´eries reconnaissables sont les emboˆıtements de s´eries super-g´eom´etriques. Ce qui se traduit sur les k-suites r´ecurrentes lin´eaires par : une k-suite r´ecurrente lin´eaire u est Hadamard-inversible si et seulement si il existed dans N∗ et une extension alg´ebrique L deA tels que
u(dn1+i1, . . . , dnk+ik) =ci1,...,ikαni11· · ·αnikk, ∀(n1, . . . , nk)∈Nk, o`u
∀(i1, . . . , ik)∈Nk, ci1,...,ik ∈L∗ et (αni11. . . αnikk)∈L∗k. Chapitre 4
Le dernier chapitre a pour objet l’´etude du probl`eme du quotient de Hadamard. Soient K un corps commutatif de caract´eristique nulle et B un sous-anneau deK de type fini sur Z. Soient f etg deux s´eries rationnelles `ak variables surK (k∈N∗). On suppose que les coefficients du quotient de Hadamard h def etg sont dans B. La s´erie h est-elle alors rationnelle?
Dans le cas d’une variable, le th´eor`eme de van der Poorten fournit une r´eponse affirmative `a cette question (voir [34]). Si k >1 on donne suivant une id´ee de J.-P. B´ezivin, des r´eponses `a cette question dans les cas suivants :
– la s´erie f est rationnelle et la s´erie g est une s´erie (reconnaissable) dont les coefficients sont des produits de suites r´ecurrentes lin´eaires,
– la s´erief est reconnaissable etgest une s´erie reconnaissable dont les coefficients sont les valeurs surNk d’un polynˆome.
On g´en´eralise ´egalement, au cas de plusieurs variables, le th´eor`eme de B´ezivin de la version approch´ee de la conjecture de Pisot ([5]) : si les coefficients de la s´erie h sont d´ecompos´es en une somme d’´el´ements entiers et d’´el´ements dont la croissance est g´eom´etrique, alors la s´erie dont les coefficients sont entiers est rationnelle.
Note.— La derni`ere partie du deuxi`eme chapitre et le dernier chapitre ont d´ej`a ´et´e publi´es, voir [22] et [23].
Chapitre 1
Suites r´ ecurrentes lin´ eaires sur un module et syst` emes r´ ecursifs
Apr`es la d´efinition et l’´etude de certaines propri´et´es alg´ebriques des suites r´ecurrentes lin´eaires sur des anneaux commutatifs, nous d´emontrons, dans une premi`ere partie de ce chapitre, des r´esultats qui g´en´eralisent ceux plus connus dans le cas de corps commutatifs. Nous caract´eri- sons, en particulier, les suites r´ecurrentes lin´eaires sur un module en termes d’endomorphisme de modules (proposition 1.2.1 et son corollaire) et nous g´en´eralisons un r´esultat concernant les familles de suites r´ecurrentes lin´eaires surZaux anneaux de Fatou (proposition 1.3.4). Il s’agit de savoir `a quelle condition l’ensemble des suites annul´ees par un id´eal de type fini de l’alg`ebre des polynˆomes est non trivial.
Dans la seconde partie du chapitre, nous nous int´eressons aux syst`emes r´ecursifs que nous appliquerons pour d´emontrer des propri´et´es de stabilit´e. Nous g´en´eralisons, dans le th´eor`eme 1.4.1 et son corollaire 1.4.1, les r´esultats obtenus, dans le cas particulier o`u l’anneau de base est R, par B. Zay dans [36] au cas d’un anneau commutatif unitaire et `a des syst`emes non homog`enes. Ces r´esultats sont ensuite appliqu´es pour retrouver, sans passer par l’alg`ebre uni- verselle d’un polynˆome et sans utiliser le produit tensoriel, la stabilit´e du module des suites r´ecurrentes lin´eaires sur un module par d´ecimation et emboˆıtement (voir la proposition 1.6.2 et le corollaire 1.6.1). Nous retrouvons, ´egalement, dans le th´eor`eme 1.5.1, le r´esultat obtenu dans [11] et qui ´etablit la stabilit´e, pour le produit de Hadamard, de l’ensemble des suites r´ecurrentes lin´eaires, sur un anneau commutatif unitaire.
1.1 D´ efinitions et exemples
Dans ce chapitre, on notera A un anneau commutatif unitaire d’´el´ement neutre 1. Son groupe des ´el´ements inversibles sera not´eU(A) et M d´esignera un module surA.
On notera S(M) l’ensemble des suites `a valeurs dans M. Un ´el´ement u de S(M) sera not´e (u(n))n≥0.
On d´esignera par P, l’alg`ebre A[X] des polynˆomes `a coefficients dans A. Pour d∈N, p(X) = Pd
i=0piXi ∈ P, u= (u(n))∈S, et pour toutn ∈N, on pose (p(X)u)(n) =
Xd i=0
piu(n+i).
Muni de l’addition usuelle des suites et de cette multiplication par les scalaires, not´eepu,S(M) a alors une structure deP-module qui prolonge celle de A-module.
Soit u∈S(M). On d´esigne parIu l’id´eal annulateur deu dans P. i.e., Iu ={p∈ P ; pu= 0}.
D´efinitions
Soit u∈S(M). On dit que u est une suite r´ecurrente lin´eaire (sur M) si Iu contient un poly- nˆome unitaire.
L’id´eal Iu est alors appel´e id´eal caract´eristique de u et les polynˆomes unitaires de Iu des po- lynˆomes caract´eristiques de u.
Un polynˆome caract´eritique de degr´e minimal d est appel´e polynˆome minimal de u. On dit alors que la suite u est de longueur (ou d’ordre) d.
Notation
L’ensemble des suites r´ecurrentes lin´eaires sur M sera not´eSR(M).
Proposition 1.1.1 ([20]) Soient A un anneau commutatif unitaire et M un A-module.
a) L’ensemble SR(M) des suites r´ecurrentes lin´eaires sur M est un P-module.
b) Soit u ∈ S(M). Pour que u soit une suite r´ecurrente lin´eaire il faut et il suffit que son annulateur Iu dans P soit cofini (ou encore que le A-module Pu soit de type fini).
Preuve
Le a) est ´evident. Montrons le b). Soit u= (un)n≥0 une suite `a valeurs dans M. Si la suite u est r´ecurrente lin´eaire alors l’id´eal Iu est cofini : le quotient de P par Iu est un A-module de type fini. En effet, siIu contient par exemple le polynˆomep(X) =Xh+ah−1Xh−1+· · ·+ah de P, alors le module quotient P/Iu est une image homomorphe de P/pP qui est unA-module de type fini.
Inversement, siIu est cofini alors la suiteuest une suite r´ecurrente lin´eaire. En effet, supposons que P/Iu soit engendr´e par g1 +Iu, . . . , gs +Iu o`u s ∈ N et g1, . . . , gs sont dans P. Soit
d= max1≤sdeg(gi). la famille (Xi+Iu)0≤i≤d est alors une famille g´en´eratrice de P/Iu et par cons´equent, pour n ≥d, il existea0, . . . , ad dans A tels que :
Xn+Iu = Xd
j=0
aj(Xj+Iu).
Ce qui signifie que le polynˆome unitaireXn−Pd
j=0ajXj est dansIu. 2
Remarques
1. Dans la d´efinition d’une suite r´ecurrente lin´eaire sur M, on peut remplacer, sans perte de g´en´eralit´e, polynˆome unitaire par polynˆome ayant un coefficient dominant inversible dans A.
La proposition pr´ec´edente est une traduction du fait qu’un id´eal deP est cofini si et seulement s’il contient un polynˆome unitaire ou, ce qui revient au mˆeme, un polynˆome dont le coefficient dominant est inversible.
2- Si on suppose que A est un corps et que M = A, on retrouve la d´efinition classique des suites r´ecurrentes lin´eaires sur des corps commutatifs (voir [21] ou [9]).
3- Contrairement au cas o`u A est un corps, une suite r´ecurrente lin´eaire sur M peut poss´eder plusieurs polynˆomes minimaux unitaires. Soit A un anneau commutatif unitaire dans lequel on peut trouver un ´el´ement idempotent a diff´erent de 1. La suite u de S(A) donn´ee par : u(n) = a, ∀n∈N a pour polynˆomes minimauxX−1 et X−a.
4- La multiplication par X n’est autre que l’op´eration de d´ecalage (le shift) qui `a la suite u(n)n≥0 associe la suite u(n+ 1)n≥0. Dire que u est une suite r´ecurrente lin´eaire de polynˆome minimal p(X) =Xh−a1Xh−1− · · · −ah ∈ P, revient `a dire que la suiteu est d´efinie par ses premiers termes u0, . . . , uh−1 et la relation
u(n+h) = a1u(n+h−1) +· · ·+ahu(n), ∀n ∈N. (1.1) Exemples
1- La suite r´ecurrente la plus c´el`ebre et sans doute la plus ancienne est la suite de Fibonacci.
Elle est `a valeurs dans Zet est d´efinie par :
u(0) = 0 u(1) = 1 et u(n+ 2) =u(n+ 1) +u(n) ∀n ∈N. Le polynˆome minimal deu dans Z[X] est le polynˆome X2−X−1.
2- La suite congruente (en anglais, congruent sequence) utilis´ee dans la g´en´eration de nombres pseudo-al´eatoires `a cause de ses bonnes propri´et´es de distribution est une suite r´ecurrente lin´eaire. On peut la d´efinir sur un A-module quelconque M par :
∀n∈N, u(n+ 1) =au(n) +x o`u (u(0), x)∈M2, et a ∈A.
Le polynˆome (X−1)(X−a) est un polynˆome caract´eristique de u
Les suites ((arithm´etiques)) et((g´eom´etriques)) surM sont obtenues `a partir de la suite uen prenant respectivement a = 1 et x = 0. En pratique on prend pour M des produits de Z/lZ o`ul ∈N (voir par exemple [25]), ce qui explique l’appellation de ces suites.
3- Soient M un A-module de type fini, φ un endomorphisme de M (φ ∈ EndA(M)) et x un
´el´ement arbitraire deM. Soit u= (u(n))n≥0 l’´el´ement de S(M) d´efini par : u(0) =x et u(n+ 1) =φ(u(n)) ∀n ≥0.
La suiteuest une suite r´ecurrente lin´eaire surM. En effet, commeM est de type fini,φv´erifie, une ´equation de la forme :
φh−a1φh−1− · · · −ah
o`u h ∈ N et (a1, . . . , ah) ∈ Ah (voir par exemple [2]). Ce qui montre que le polynˆome Xh−a1Xh−1 − · · · −ah de A[X] est un polynˆome caract´eristique de u.
4. Soit A un anneau commutatif unitaire. Soit s ∈ N, p1(X), . . . , ps(X) des polynˆomes sur A et soit α1, . . . , αs des ´el´ements de A. Pour n ∈ Z, on identifie n et n·1 et on consid`ere dans S(A) la suite V = (vn)n∈N donn´ee par :
vn = Xs
i=1
pi(n)αni, ∀n ∈N.
On sait que la suite V est une suite r´ecurrente lin´eaire sur A, si A est un corps (voir [9]). En fait, mˆeme si A n’est pas un corps, c’est encore une suite r´ecurrente lin´eaire sur A (consid´er´e comme A-module) au sens de la d´efinition ci-dessus. En effet, comme l’ensemble des suites r´ecurrentes lin´eaires sur A est un A-module, pour montrer que V est une suite r´ecurrente li- n´eaire, il suffit de le faire pour la suite V telle que vn = nkαn,∀n ∈ N. Or cette suite est une suite r´ecurrente lin´eaire de polynˆome caract´eristique (X−α)k+1.
5- Le A-module des suites r´ecurrente lin´eaires sur M est un sous-module de TorsP(S(M)), le sous P-module de torsion duP-moduleS(M). Il est en g´en´eral, contrairement au cas o`uAest un corps, strictement contenu dans celui ci. Pour s’en convaincre, il suffit de prendre A = Z, M le quotient deZ[Xi, i∈N] par l’id´eal J =<2Xi+1−Xi, i∈N>etu= (u(n))n∈N o`u, pour tout n dans N, u(n) d´esigne la classe de Xn modulo J. On a alorsu∈TorsZ[X](S(M)) car
AnnZ[X](u) = (2X−1)Z[X]
mais u n’est pas une suite r´ecurrente lin´eaire (u /∈SR(M)).
1.2 R´ esultats pr´ eliminaires
L’exemple 3 ci-dessus est un cas particulier du r´esultat suivant qui montre qu’en fait les suites r´ecurrentes lin´eaires sur un module sont grosso-modo les valeurs prises par les it´er´es d’endo- morphismes de modules de type fini. Commen¸cons d’abord par la
Remarque 1.2.1 Soit u = (u(n))n≥0 un ´el´ement de SR(M) de polynˆome caract´eristique p(X) = Xh − a1Xh−1 − · · · −ah ∈ P. La suite u est en fait `a valeurs dans un A-module M0 de type fini sur A. En effet, grˆace `a l’´egalit´e 1.1 on voit que, pour tout n dans N, u(n) ∈ M0 =Au(0) +· · ·+Au(h−1). Plus pr´ecisemment, soit B le sous anneau de A engendr´e par les coefficients de p(X). On a alors
u(n)∈Bu(0) +· · ·+Bu(h−1) ∀n∈N.
En fait, si m d´esigne la caract´eristique de A alors B = Z/mZ[a1, . . . , ah] et les valeurs de la suite u sont bien evidemment dans un B-module de type fini. Par exemple les valeurs d’une suite r´ecurrente lin´eaire sur un corps commutatif K de caract´eristique nulle (donc contenant une copie de Z) sont dans un sous-anneau de K, de type fini sur Z. La r´eciproque n’est pas vraie comme on le voit sur l’exemple de la suite suivante qui n’est pas r´ecurrente lin´eaire :
0,1,0,0,1,0,0,0,1,0,0,0,0,1,0, . . . .
Proposition 1.2.1 SoientA un anneau commutatif unitaire,M unA-module etuun ´el´ement de S(M). Les assertions suivantes sont ´equivalentes :
i) u∈SR(M),
ii) il existe un A-module M¯, un endomorphisme φ de M¯, un ´el´ement v0 de M¯ et ψ un mor- phisme de A-modules de M¯ dans M tels que :
u(n) =ψ(φn(v0)) ∀n∈N.
Preuve
1. Soient u ∈ S(M), p(X) = Xh−a1Xh−1 − · · · −ah ∈ P un polynˆome caract´eristique de u et M0 le A-module Au(0) +· · ·+Au(h−1). On prendra pour ¯M leA-module M0h et pour φ l’endomorphisme de ¯M d´efini par :
φ(x1, . . . , xh) = (x2, x3, . . . , Xh
i=1
aixh+1−i), ∀(x1, . . . , xh)∈M .¯
Pour v0 = (u0, . . . , uh−1) et ψ la derni`ere projection de ¯M sur M0, on v´erifie qu’on a bien : u(n) = ψ(φn(v0)),∀n ∈N.
2. Inversement, on sait d’apr`es l’exemple 3 ci-dessus que la suite (φn(v0))n≥0 est dans SR( ¯M).
Il s’ensuit, grˆace `a la lin´earit´e de ψ que u est dansSR(M). 2 Remarque
Si le polynˆome caract´eristique de la suite ua un coefficient constant qui est un ´el´ement inver- sible de A alors l’applicationφ est en fait un isomorphisme de ¯M dans ¯M.
Corollaire 1.2.1 Soit A un anneau commutatif unitaire. La donn´ee d’une suite r´ecurrente lin´eaireusurA est ´equivalente `a la donn´ee d’un entier positifh, d’une matriceQdansMh(A), d’un vecteur colonne v0 dans Mh,1(A), d’un vecteur ligne α∈M1,h tels que :
u(n) = αQnv0, ∀n∈N.
Preuve
C’est une simple traduction matricielle de la proposition pr´ec´edente. Si la suite (u(n))n≥0 est une suite r´ecurrente lin´eaire surAde polynˆome caract´eristiquep(X) =Xh−a1Xh−1−· · ·−ah
alors la matrice Q n’est autre que la matrice compagnon dep(X) (ou de u) :
Q=
0 1 . . . 0 ... ... . .. ...
0 0 . . . 1 ah ah−1 . . . a1
;
le vecteur v0 est le vecteur initial, c’est-`a-dire le transpos´e du vecteur (u0, . . . , uh−1) et α = (1,0, . . . ,0).
Inversement, si u est une suite sur A v´erifiant l’´egalit´e ci-dessus alors le polynˆome caract´eris-
tique de Q est un polynˆome caract´eristique de u. 2
Remarque
Si on suppose que A est un corps on retrouve ainsi la proposition 1.1 obtenue par G. Hansel ([17]) dans la cas de suites r´ecurrentes sur un corps commutatif.
Corollaire 1.2.2 Soient A un anneau commutatif unitaire, M un A-module, r un entier po- sitif et V = (u1, . . . , ur) un ´el´ement du P-module S(M)r. On suppose qu’il existe une matrice Q dans Mr(A) telle que XV = QV. Alors les suites u1, . . . , ur sont des suites r´ecurrentes lin´eaires sur M de polynˆome caract´eristique det(XI−Q).
Preuve
Elle provient de l’´egalit´eV(n+ 1) =QV(n), ∀n ∈Net de la proposition ci-dessus. 2 Remarque
Ce corollaire est un cas particulier du th´eor`eme 1.4.1 sur les syst`emes r´ecursifs (voir section suivante).
1.3 Familles de suites et anneaux de Fatou
Soit P un sous-ensemble non vide de P. On d´esigne par LM(P) le sous ensemble de S(M) form´e par toutes les suites annul´ees par P:
LM(P) = {u∈S(M) ; pu= 0, ∀p∈P}.
Proposition 1.3.1 ([20]) Soient A un anneau commutatif unitaire,M un A-module et P un sous-ensemble non vide de P. Alors, LM(P) est un sous-module du P-module S(M). De plus si l’id´eal < P > engendr´e par P dans P est cofini alors LM(P) ⊂ SR(M). Inversement, si LM(P)⊂SR(M) alors < P > est contenu dans un id´eal cofini.
Preuve
CommeLM(P) = LM(< P >) on peut supposer que P est un id´eal de P.
1. Il est facile de v´erifier qu’un polynˆome caract´eristique d’une combinaisonP-lin´eaire de deux suites sur M est le produit des deux polynˆomes caract´eristiques.
2. Supposons P cofini et soit p un polynˆome unitaire dans P. Soit u un ´el´ement de LM(P).
On alors pu = 0 ou encore u ∈ SR(M). Inversement, supposons que LM(P) ⊂ SR(M) et montrons que P est contenu dans un id´eal cofini. Soit p ∈ P et u ∈ S(M) tel que pu = 0.
Comme u ∈ SR(M), soit pu un polynˆome minimal de u. La division euclidienne de p par pu
montre quepu divisep. Donc P est contenu dans l’id´eal engendr´e par des polynˆomes minimaux
des ´el´ements de LM(P). 2
Remarques
1. On peut avoirLM(P)⊂SR(M) sans que l’id´eal< P >soit cofini comme c’est affirm´e dans [20]. Soit A=M =Z. Consid´erons l’id´eal P de Z[X] engendr´e par 2X. On a
LZ(I) = {(α,0,0, . . .)/ α∈Z}
= LZ(J)
o`uJ est l’id´eal XZ[X]. On a bienLZ(J)⊂SR(Z) et I non cofini.
2. Soient A un anneau commutatif unitaire, M un A-module etP un sous-ensemble non vide deP. Le sous-module LM(P) de S(M) peut ˆetre r´eduit `a z´ero. On a par exemple
LZ(<2X−1>) = {0}.
On sait que sur un corps commutatif K tout sous-espace vectoriel deS(K) de dimension finie et stable par l’op´eration de d´ecalage est form´e de suites r´ecurrentes lin´eaires surK. Le r´esultat suivant (qu’on trouve ´egalement dans [20]) en est une g´en´eralisation au cas de suites sur des modules.
Proposition 1.3.2 Soient A un anneau commutatif unitaire, M un A-module et E un sous- module du P-module S(M). Si on suppose que E est un A-module de type fini alors E est contenu dans SR(M).
Preuve
Soit r ∈ N et E = Au1+· · ·+Aur. Comme E est un P-module Xui ∈ E pour tout i dans {1, . . . , r} et donc il existe une matrice carr´ee Q dans Mr(A) telle que :
X
u1
... ur
=Q
u1
... ur
.
Le r´esultat est donc une cons´equence du corollaire 1.2.2. 2 Nous aurons besoin dans la suite de la proposition suivante.
Proposition 1.3.3 Soient A un anneau commutatif unitaire, M un A-module, h un entier positif et f un polynˆome unitaire de degr´e h dans P. Soit u∈LM(f). On a :
la suite u est compl`etement d´etermin´ee par son vecteur initial (u(0), . . . , u(h−1));
1. les suites u1, . . . , ur engendrent le A-module LM(f) si et seulement si les vecteurs initiaux des suites u1, . . . , ur engendrent le A-module Mh;
2. si le A-module M est de type fini alors LM(f) l’est aussi ; 3. le A-module LA(f) est un P-module cyclique.
Preuve
Elle est bas´ee sur l’isomorphisme de A-modules entre LM(f) et Mh et qui `a toute suite dans LM(f) associe son vecteur initial. Le g´en´erateur du P-module LA(f) est la suite basique (ou r´eponse impulsionnelle) sf ∈ LA(f) dont le vecteur initial est (0,0, . . . ,1). On trouvera dans [16] une preuve de ces r´esultats et dans [20] une g´en´eralisation du point 4 au cas deLM(f).2 Soit I un id´eal non nul de P. On sait, comme le montre la remarque 2 ci-dessus, que LM(I) peut ˆetre nul. `A quelles conditions ce sous module deS(M) n’est pas trivial? On trouve dans [20] une r´eponse `a cette question dans le cas o`u A=M =Z. L’objet de la proposition (1.3.4) qui suit est de g´en´eraliser ce r´esultat aux anneaux de Fatou.
D´efinition 1.3.1 Soit A un anneau commutatif unitaire int`egre de corps des fractions K. On dit que A est un anneau de Fatou lorsque la propri´et´e suivante est satisfaite : si une u suite d’´el´ements de A v´erifie une r´ecurrence du type
u(n+h) +a1u(n+h−1) +· · ·+ahu(n) = 0, ∀n ∈N
o`u les coefficients a1, . . . ah sont dans K et o`u l’ordre h de la r´ecurrence est minimal alors a1, . . . ah sont dans A.
Avec nos notations, un anneauA commutatif unitaire int`egre de corps des fractions K est un anneau de Fatou si la propri´et´e suivante est v´erifi´ee : si une suite u ∈S(A) a pour polynˆome minimal pdans K[X] alors p∈A[X]. On encore, si u∈S(A) et u∈SR(K) alors u∈SR(A).
D´efinition 1.3.2 Soit A un anneau commutatif unitaire int`egre de corps des fractions K. On dit que A est un anneau compl`etement int´egralement clos si la condition suivante est v´erifi´ee : si x∈K, d∈A\ {0} et ∀n ∈N, dxn ∈A alors x∈A.
On trouvera dans [13] la preuve du th´eor`eme suivant ainsi qu’une bibliographie concernant les anneaux de Fatou et leur passionnante histoire :
Th´eor`eme 1.3.1 Les anneaux de Fatou sont les anneaux compl`etement int´egralement clos.
Revenons maintenant `a nos familles de suites. On a la
Proposition 1.3.4 Soient Aun anneau de Fatou de corps des fractionsK, run entier positif et I =< f1, . . . , ft> un id´eal de type fini de A[X]. Les assertions suivantes sont ´equivalentes : i) le A-module LA(I) est non trivial ;
ii) les polynˆomes f1, . . . , ft ont une racine enti`ere (alg´ebrique) commune dans une clˆoture alg´ebrique K¯ de K. Soient α1, . . . , αr les racines enti`eres communes de f1, . . . , ft. Soit, pour j ∈ {1, . . . , t},
fj(X) = (X−α1)sj1· · ·(X−αr)sjrgj(X)dansK¯[X]
o`u sji ∈N∗ ∀i∈ {1, . . . , r}. Alors LA(I) =LA(f) o`u
f(X) = (X−α1)s1· · ·(X−αr)sr dans K[X]¯ avec si = min1≤j≤t(sji), ∀i∈ {1, . . . , r}.
Preuve
Montrons que i) implique ii). Supposons que LA(I) est non nul. Il existe donc une suite unon nulle dans S(A) telle que fiu = 0 pour tout i dans {1, . . . , t}. Comme K[X] est principal, il existe un polynˆome unitaire f ∈ I, de degr´e minimal k dans K[X] tel que : I = f K[X].
On donc f u = 0 et f divise fi dans K[X], pour tout i dans {1, . . . , t}. Or A est un anneau de Fatou, donc, pour tout i dans {1, . . . , t}, f ∈ A[X] et par suite f divise fi dans A[X]. Il s’ensuit que I =f A[X].
En faitf peut ˆetre obtenu comme polynˆome caract´eristique d’une matrice que nous allons ex- pliciter. SoitU1, . . . , Ukune base duA-moduleLA(I) etV le vecteur transpos´e de (U1, . . . , Uk).
Il existe alors une matrice Q dans Mk(A) telle que XV = QV. On en d´eduit, d’apr`es le co- rollaire (1.2.2), que les suites U1, . . . , Uk sont annul´ees par le polynˆome caract´eristique q(X) de la matrice Q. La famille des suites U1, . . . , Uk ´etant g´en´eratrice on voit queLA(I)⊂LA(q).
Par cons´equent f divise q, mais comme ils ont mˆeme degr´e ils sont ´egaux. Ce qui ach`eve la premi`ere partie de la proposition. La seconde d´ecoule de la d´ecomposition de f dans ¯K[X].
La r´eciproque est imm´ediate. 2
1.4 Syst` emes r´ ecursifs
Soit r ∈ N∗, I = {1, . . . , r} et m1, . . . , mr des entiers rationnels strictement positifs. Soit uj = (ujn)n≥0, (j ∈I), une famille de suites de nombres r´eels de termes initiaux uj0, . . . , ujmj−1, (j ∈ I). Soit ci,j,l ( (i, j) ∈ I2; 0 ≤ l ≤ mj) des nombres r´eels. On suppose que les suites
u1, . . . , ur v´erifient le syst`eme d’´equations :
m1
X
l=0
c1,1,lu1n+l + · · · +
mr
X
l=0
c1,r,lurn+l= 0,
m1
X
l=0
c2,1,lu1n+l + · · · +
mr
X
l=0
c2,r,lurn+l= 0,
... ... ...
m1
X
l=0
cr,1,lu1n+l + · · · +
mr
X
l=0
cr,r,lurn+l = 0,
(1.2)
pour tout n∈N et que
det¡¡
ci,j,mj
¢¢
1≤i,j≤r 6= 0 . (1.3)
Dans [36], en r´eponse `a une question de V. E. Hoggat, Jr. (voir [18]), B. Zay d´emontre que les suitesu1, . . . , ur sont des suites r´ecurrentes lin´eaires r´eelles et ont toutes le mˆeme polynˆome caract´eristique. Nous nous proposons, dans cette section, d’´etendre son r´esultat `a des syst`emes r´ecursifs (homog`enes ou non) sur des modules sur des anneaux commutatifs. On appliquera le th´eor`eme principal pour retrouver, dans les deux sections suivantes, des r´esultats concernant les suites r´ecurrentes lin´eaires sur des alg`ebres.
Mais auparavant, signalons que, sur un corps commutatifK, le passage des suites `a leurs s´eries g´en´eratrices permet de donner une autre d´emonstration du r´esultat de B. Zay. Rappelons (voir par exemple [21]) que si u = (un)n≥0 est un ´el´ement de KN et si u(X) est sa s´erie g´en´eratrice dans K[[X]], alors pourl ∈N∗, la s´erie g´en´eratrice V(X) de la suiteV = (un+l)n≥0, translat´ee deu, est donn´ee par :
XlV(X) = u(X)−
l−1
X
i=0
uiXi.
En injectant toutes les s´eries g´en´eratrices de u1, . . . , ur et de leurs translat´ees dans le syst`eme 1.2 on obtient un syst`eme lin´eaire de r´equations `a coefficients dans K[X]. Les solutions de ce syst`eme sont alors des fractions rationnelles. Ce qui signifie que les suites u1, . . . , ur sont des suites r´ecurrentes lin´eaires.
Soit donc Aun anneau commutatif unitaire etM unA-module. On garde les mˆemes notations que ci-dessus et on cherche `a d´eterminer les suites u1, . . . , ur de M dont les termes initiaux uj0, . . . , ujmj−1 ( j ∈I), sont dans M et qui satisfont `a :
C11(X)u1 + · · · +C1r(X)ur = 0,
... ...
Cr1(X)u1 + · · · +Crr(X)ur = 0,
(1.4) o`u
Cij(X) =
mj
X
l=0
ci,j,lXl ∈ P, ∀(i, j)∈I2. (1.5)
On supposera, en outre, que
det¡¡
ci,j,mj
¢¢
1≤i,j≤r∈U(A). (1.6)
Le r´esultat de B. Zay, obtenu dans [36], est alors un cas particulier du
Th´eor`eme 1.4.1 Pour toute famille uj0, . . . , ujmj−1, ( j ∈I) d’´el´ements de M, le syst`eme 1.4 poss`ede une unique solution u1, . . . , ur o`u u1, . . . , ur sont des suites r´ecurrentes lin´eaires sur M de longueur inf´erieure ou ´egale `a Pr
j=1mj. Preuve
L’existence et l’unicit´e d’une solution du syst`eme 1.4 est assur´ee par la condition 1.6. Montrons que les solutions sont des suites r´ecurrentes lin´eaires.
Posons
C(X) = (Cij(X))1≤i,j≤r. C’est un ´el´ement de Mr(P). Soit
V =
u1
... ur
.
Le syst`eme 1.4 est ´equivalent `a :C(X)V = 0.
L’anneau P ´etant commutatif, la matrice C(X) est alors, d’apr`es le th´eor`eme de Cayley- Hamilton ([7]) , racine de son polynˆome caract´eristique,
P(Y) =Yr+ar−1(X)Yr−1 +· · ·+a0(X)∈Mr(P)[Y].
On a donc
P(C(X))V = 0 et C(X)V = 0.
Par cons´equent
a0(X)ui = 0 ∀i∈I.
Remarquons que le d´eterminant de C(X) est, au signe pr`es, le polynˆome a0(X). Ce dernier a un coefficient dominant inversible dans A. En effet, si
det(C(X)) = X
σ∈Sr
²σC1σ(1)(X)· · ·Crσ(r)(X), le coefficient dominant de ce d´eterminant est donn´e par :
X
σ∈Sr
²σC1σ(1)mσ(1)· · ·Crσ(r)mσ(r) = det(Cijmj)∈U(A).
On a montr´e ainsi, que pour tout i ∈ I, l’id´eal Iui contient un polynˆome unitaire de degr´e inf´erieur ou ´egal `a Pr
j=1mj. Ce qui ach`eve la d´emonstration du th´eor`eme. 2
Remarques
1. Si A[X] est principal (c’est-`a-dire si A est un corps), on peut arriver au mˆeme r´esultat en utilisant la m´ethode des facteurs invariants. La matrice C(X) est ´equivalente `a une matrice diagonale, disons
D(X) = diag(D1(X), . . . , Dr(X))
o`uDi(X) divise Di+1(X) pour touti∈ {1, . . . , r−1}. Dans ce cas, le polynˆome Dr(X) est un polynˆome caract´eristique des suites u1, . . . , ur.
2. Soit M2 = MN2 l’ensemble des 2-suites sur le A-module M. Comme dans le cas des suites surM, M2 est muni canoniquement d’une structure de A[X, Y]-module. Pour d∈N,
u= (umn)(m,n)∈N2 et p(X, Y) = X
0≤i,j≤d
pijXiYj ∈A[X, Y], on pose
(p(X, Y)u)mn = X
0≤i,j≤d
pijum+i,n+j ∀(m, n)∈N2.
SoitC(X, Y) une matrice d’ordreret `a coefficients dansA[X, Y]. Si on suppose que le syst`eme C(X, Y)u = 0 poss`ede des solutions u1, . . . , ur dans M2, alors, en rempla¸cant dans la preuve du th´or`eme A[X] par A[X, Y], on voit que ces solutions sont toutes annul´ees par un mˆeme polynˆome dans A[X, Y].
Le r´esultat reste ´egalement valable si on consid`ere des k-suites, c’est-`a-dire des ´el´ements du A-module MNk, pour k dans N∗ (voir le chapitre 3).
Corollaire 1.4.1 [Cas non homog`ene] On utilise les mˆemes hypoth`eses et notations que ci- dessus. Soient C(X) dans Mr(P), W1, . . . , Wr des suites r´ecurrentes lin´eaires sur M et W le vecteur transpos´e de (W1, . . . , Wr). On suppose que la matrice C(X) v´erifie la condition 1.6.
Alors le syst`eme
C(X)u=W (1.7)
poss`ede une unique solution u= (u1, . . . , ur)o`u les suitesu1, . . . , ur sont des suites r´ecurrentes lin´eaires sur M ayant mˆeme polynˆome caract´eristique.
Preuve
Soit, comme ci-dessus, P(Y) = Yr +ar−1(X)Yr−1 +· · · +a0(X) ∈ Mr(P)[Y] le polynˆome caract´eristique de C(X).
On a
C(X)ru+ar−1(X)C(X)r−1u+· · ·+a0(X)u= 0. (1.8) Or C(X)u=W, donc
C(X)r−1W +ar−1(X)C(X)r−2W +· · ·+a0(X)u= 0. (1.9) On pose pour touti dans {1, . . . , r},
Wi =ai(X)C(X)i−1W avec ar(X) = 1.