24 | La Lettre du Rhumatologue • N° 418 - janvier 2016
ACTUALITÉS À L’ACR 2015
Figure 2. Survie de l’anti-TNF en fonction du groupe de traitement.
Figure 1. Incidence d’AdAb à 1 an selon les groupes de traitement.
Spondyloarthrites
Spondyloarthritis
Thao Pham*, Daniel Wendling**
* Service de rhumatologie, hôpital Sainte-Marguerite, CHU de Marseille.
** Service de rhumatologie, CHU de Besançon.
Spondyloarthrite axiale
Les csDMARD limitent-ils l’immunogénicité des anti-TNF ?
Il n’y a actuellement pas suffisamment d’arguments pour associer un traitement de fond conventionnel (csDMARD) aux anti-TNF, que ce soit pour optimiser
l’efficacité ou pour améliorer le taux de rétention du traitement. Cependant, une méta-analyse récente rapporte que la comédication anti-TNF- méthotrexate (MTX) limite la formation d’anticorps antimédicament (Antidrug Antibodies [ADAb]), avec un OR de 0,52 (IC
95: 0,28-0,95). L’effet de la sulfa- salazine (SSZ) sur l’immunogénicité des anti-TNF n’a pas été étudié. Le travail de A. Martínez et al. avait pour but d’étudier l’effet du MTX et de la SSZ sur la formation d’AdAb dans une cohorte de patients atteints de spondyloarthrite (SpA) traités par infliximab (IFX) ou adalimumab (ADA), de relever les éventuelles différences de formation d’ADAb entre le MTX et la SSZ et d’analyser l’évolution clinique en fonction des AdAb et des traitements. Leur cohorte (composée de 1 cohorte espagnole et 1 néer landaise) comprenait 204 patients atteints de SpA, très majori tairement des spondylarthrites ankylosantes (SA), dont 75 traités par IFX et 129 traités par ADA, et un suivi clinique et biologique était prévu à M0, M6 et M12. Les caractéristiques des 153 patients inclus dans l’étude étaient les suivantes : 61 % d’hommes, âge moyen : 47 ans, HLA-B27+ : 72 %, ancienneté moyenne de la maladie : 11 ans, durée du traitement par anti-TNF : 5,4 ans, BASDAI : 5,9. Les traitements associés étaient le MTX dans 10 % des cas, la SSZ dans 23 % des cas, la combinaison MTX + SSZ dans 8,5 % des cas et un anti-TNF en mono- thérapie dans 59 % des cas. Au cours de l’année de suivi, 40 patients ont développé des ADAb (6 sous IFX et 34 sous ADA). Aucune différence significa- tive n’a été observée entre les caractéristiques des patients ADAb+ et ADAb−. La proportion de patients avec ADAb était respectivement de 37, 7 et 17 % dans les groupes anti-TNF en monothérapie, combo anti-TNF + MTX et combo anti- TNF + SSZ (figure 1).
La différence était statistiquement significative entre les groupes monothérapie et combo, et non signifi- cative entre le groupe SSZ et le groupe MTX.
La proportion de patients atteignant un faible niveau de la maladie, défini par un score BASDAI inférieur à 4 et une CRP normale, était de 19 % dans le groupe ADAb+ et de 34 % dans le groupe ADAb− (p = 0,03).
La variation du BASDAI entre l’inclusion et M12 était
significativement plus importante dans le groupe
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» L’ixékinumab, un anti-IL-17A, a montré son efficacité clinique et structurale.
» Dans l’extension des études FUTURE, les résultats montrent le maintien de l’efficacité et de la tolérance du sécukinumab.
psoriasique Ixékinumab
Highlights
Ankylosing spondylitis:
» The inhibition of IL-17 may have a structural effect.
» Tofacitinib (anti-JAK) is effi- cacious.
» Treatment with secukinumab is associated with low radio- graphic progression at 2 years.
Psoriatic arthritis:
» Sulfasalazine could be an alternative to methotrexate to reduce the immunogenicity of TNF inhibitors.
» Ixekinumab, an IL-17A inhibitor, showed clinical and structural efficacy.
» The results of the extension of the FUTURE studies show the maintenance of efficacy and safety of secukinumab.
Keywords
Spondyloarthritis Sulfasalazine Tofacitinib Secukinumab Psoriatic arthritis Ixekinumab combo avec MTX que dans le groupe monothérapie
(p = 0,04). L’association avec la SSZ ne faisait pas mieux que la monothérapie en termes de varia- tion du BASDAI. Enfin, la survie de l’anti-TNF était plus longue pour les patients cotraités par SSZ ou par MTX que pour les patients en monothérapie (figure 2). Ainsi, le traitement concomitant d’un csDMARD (MTX ou SSZ) chez les patients sous anti-TNF est associé à une formation d’ADAb moins importante, à une meilleure réponse et à une meil- leure survie de l’anti- TNF. En conclusion, le traite- ment concomitant avec un csDMARD (MTX ou SSZ) chez les patients sous anti- TNF est associé à une formation d’ADAb moins importante, à une meil- leure réponse et à une meilleure survie de l’anti-TNF.
Y a-t-il une place pour les inhibiteurs de JAK dans la spondyloarthrite ?
◆ Le tofacitinib dans la spondylarthrite ankylosante
➤ Le rôle de l’inhibition de JAK STAT in vitro et in vivo a été étudié par l’équipe de R. Lories (abstr. 984) dans 3 différents modèles murins de SpA : souris avec délétion spécifique d’A20 ( inhibiteur de la voie de signalisation NF-κB) dans les cellules myéloïdes (A20myelKO), souris DBA/ 1 et souris modèle d’arthrite induite par anticorps spécifiques du collagène de type II (CAIA). Les souris étaient traitées oralement par tofacitinib ou par placebo. Le tofa- citinib a permis d’obtenir une réduction des signes d’arthrite et/ou d’enthésite dans les 3 modèles et une diminution de la néo formation osseuse, sans effets indésirables sur la différenciation ostéo blastique.
Cependant, le gavage par tofacitinib était à doses élevées, très supérieures proportionnellement à celles proposées chez l’homme, ce qui ne permet pas de conclure à un effet spécifique du traitement.
➤ L’étude de phase II de D. Van der Heijde (abstr. 5L), randomisée et contrôlée, a, quant à elle, évalué en double insu 3 doses de tofacitinib per os et un placebo sur 12 semaines chez l’homme dans la spondyloarthrite radiographique. Le critère principal d’évaluation était la réponse ASAS 20 à la 12
esemaine selon un modèle bayésien de prédiction de la réponse. Les critères secondaires étaient le taux de réponse observée à l’ASAS 20, l’ASAS 40, l’ASDAS-CRP, le BASDAI 50, le BASFI, le BASMI et les scores SPARCC d’imagerie IRM sacro-iliaque et du rachis (IRM à T0 et à S12) ainsi que l’évaluation des effets indésirables et des paramètres biologiques.
➤ L’inclusion concernait 208 patients ayant une SA selon les critères modifiés de New York, naïfs de bio- médicament, avec un score BASDAI et une douleur au rachis supérieurs à 4 et une réponse inadéquate ou une intolérance aux AINS. Les patients ont été rando- misés en 4 groupes, pour recevoir soit un placebo, soit du tofacitinib 2 fois par jour à la dose de 2, 5 ou 10 mg. L’âge moyen était de 41 ans, l’ancienneté médiane de la maladie de 3 ans ; un DMARD était associé dans 30 % des cas. Les patients étaient HLA- B27+ à 85 %, leur BASDAI et leur ASDAS-CRP moyens à l’inclusion étaient, respectivement, de 6,7 et de 3,7.
➤ Les résultats cliniques (tableau) sont globale- ment en faveur d’une efficacité du tofacitinib dans la SA par rapport au placebo, pour le groupe 10 mg selon le modèle bayésien (objectif principal atteint) et surtout pour le groupe 5 mg, sans effet-dose. Il n’a pas été observé de signe nouveau d’intolérance.
Tableau. Tofacitinib et spondyloarthrite axiale radiographique : résultats cliniques à la 12
esemaine.
Pourcentages Placebo
(n = 51) TOFA 2 mg × 2/j
(n = 52) TOFA 5 mg × 2/j
(n = 52) TOFA 10 mg × 2/j (n = 52) ASAS 20
aEstimé selon le modèle 40,1 56,0 63,0 67,4
bASAS 20 observé 41,2 51,9 80,8*** 55,8
ASAS 40 observé 19,6 42,3* 46,2** 38,5*
BASDAI 50 observé 23,5 46,2* 42,3* 42,3*
a