S ÉMINAIRE N. B OURBAKI
J EAN C ERF
Travaux de Smale sur la structure des variétés
Séminaire N. Bourbaki, 1962, exp. n
o230, p. 113-128
<
http://www.numdam.org/item?id=SB_1961-1962__7__113_0>
© Association des collaborateurs de Nicolas Bourbaki, 1962, tous droits réservés.
L’accès aux archives du séminaire Bourbaki (
http://www.bourbaki.ens.fr/
) implique l’accord avec les conditions générales d’utilisa- tion (
http://www.numdam.org/conditions). Toute utilisation commer- ciale ou impression systématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou impression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright.
Article numérisé dans le cadre du programme Numérisation de documents anciens mathématiques
http://www.numdam.org/
TRAVAUX DE SMALE SUR LA STRUCTURE DES
VARIÉTÉS
par Jean CERF
113
Séminaire
BOURBAKI14e année, 1961/62,
n°230
Février 1962
Cet
exposé
estconsacré
auxprincipaux théorèmes récemment démontrés
par S.sur la structure des
variétés différentiables (cf.
SMALE[9], ~10~ ~ [11]).
L’article
essentiel est maintenant[11~~
dont lesrésultats contiennent
ceux ob- tenusprécédemment.
On utilise desaméliorations
deprésentation
dues à J. MILNORet A. HAEFLIGER.
1.
Principaux résultats.
a. Le
théorème
sur le h-cobordisme et sesapplications.
La notion de h-cobordisme a
été
introduite par R. THOM dans[12] (sous
le nomde
J-équivalence).
C’est un aff aiblissement de la notion dedifféomorphisme.
Définition
1. - Soient V et V’ deuxvariétés
connexes,compactes,
sansbord, orientées.
On dit que V et V sont h-cobordantes s’il existe une va-riété
Wcompacte, orientée,
telle que :1° Le bord àW de W
(muni
de l’orient,ationinduite)
a deuxcomposantes
connexes dont l’une
s’identifie
à V et l’autre à - V’(i.
e.~ V’ munie de l’orientationopposée).
2° Les
applications
d’inclusion V ~ W et V’ ~ W sont deshoniotopie-équivalences.
SMALE
démontre dans [11]
lethéorème
suivant.THEOREME
1. - Soit n unentier ~, 5 ;
soient Vet
V’ deuxvariétés
dedimension n ~
compactes,
sansbord, orientées.
Si Vet
V’ sontsimplement
connexes et
h-cobordantes,
alors il existe undifféomorphisme
de V sur V ’conservant
l’orientation
~ d’unefa on plus précise,
soit ~~ une variétéréalisant
le h-cobordisme de V et V’
(comme
dans ladéfinition 1) ;
alors ~~ estdifféomorphe à
V x l .COROLLAIRE 1.
("Conjecture
de Poincaré différentiable pourn >
6") . -
Soit nun
entier >
6 . Toutevariété différentiable V ,
de dimension n ~qui
a lety~e
d’homotopie
de lasphère
esthoméomorphe
àSn;
defaçon plus précise,
la structure
différentiable
de Vpeut être définie
par recollement de deux sous-variétés difféomorphes
à la n-boule ferméeDn .
[Démonstration. -
Onenlève
de V deux n-boule s dedifférentiables fermées
sans
point
commun ; 3 soit Wl’adhérence
de cequi reste ;
onapplique
lethéo- rème
1 àW.]
Bien
entendu,
il n’est pasquestion
d’affirmer que V estdifféomorphe
àSn,
puisqu’on suit, depuis MILNOR, qu’il peut
exister surSn
des structuresdiffé-
rentiables distinctes. Mais lethéorème
1(et
son corollaire1) joints
auxrésul-
tats de et MILNOR et
KERVAIRE [5],
donnentd’importants renseignements
sur ces structures.
Soit en effet
i
l’ensemble de toutes les structuresdifférentiables
surSn
obtenues par recollement de deuxboules,
ensemble quel’opération
"somme"munit d’une structure de groupe
abélien.
Lesméthodes
de latopologie algébrique
étant inadéquates
àl’étude
directe de l’ensemble de toutes les structures dif-férentiables
deSn
et du groupe MILNOR a introduit un ensembleOn
(dont l’opération
"somme" fait aussi un groupeabélien) :
c’est celui desvariétés ayant
letype d’homotopie
deSn 1
deux tellesvariétés étant identifiées
si elles sont h-cobordantes. MILNOR et KERVAIRE ont obtenu desrésultats très complets
sur les groupes Ils ont montré queen est fini pour tout
n ~ etils ont
donné
unprocédé
de calcul de l’ordre de Ils onttrouvé
enparti-
culier :
Compte
tenu de cesrésultats,
ondéduit immédiatement
duthéorème
1 et de soncorollaire 1 le corollaire suivant.
COROLLAIRE 2. - Pour
n ~ 5 ,
le groupern
etle groupe On sont canonique-
ment
isomorphes,
et s’identifient à l’ensemble de toute s les structures diffé- rentiables deSn;
cet ensemble est fini. Enparticulier,
pourn = 5 , 6 , 7 , 8 , 9 , etc.
le nombre de structuresdifférentiables
surSn (y compris
la structuretriviale)
estrespectivement 1 , 1 , 28 , 2 , 8 ,
etc.(cf.
le tableauci-dessus).
TRAVAUX DE SMALE SUR LA STRUCTURE DES
VARIÉTÉS
Remarque. -
Pourn,~~ 3 ,
on saitdémontrer
directementqu’il n’y
a pas de structuredifférentiable
non triviale surSn ;
on ne connait pas le nombre de structuresdifférentiables
deS4 .
COROLLAIRE 3. -
Soit n 5 ,
soit C unevariété compacte
contractile de di-mension
n ; sin 6
et si le bord aC de C estsimplement connexe ;
ousi
n =
5 et oC
estdifTéomorphe à S ;
alors C estdifféomorphe
audisque
fermé D~ .
[Démonstration. -
Pourn > 6 :
onenlève
del’intérieur
de C une n-bouledifférentiable fermée,
et onapplique
lethéorème
1. Pour n =5 :
on recolle Cà la boule
D5 ; puisque 9
=0 ,
lavariété
obtenue est h-cobordante àS5 ;
d’après
lethéorème 1~
elle est doncdifféomorphe
àS5 ; or,
sur toutesphère
Sn , l’adhérence
ducomplémentaire
d’une n-bouledifférentiable fermée
est une n-bouledifférentiable.]
COROLLAIRE 4.
"Conjecture
de Sch~nf lies différentiable pourn >~
4 fi. -Soit n > 4 ,
soit f unplongement différentiable
de lasphère Sn
dansRn+1 ;
1~ adhé~rence
de lacomposante bornée
de f estdifféomorphe.
à la boulefermée Dn+ . (Autrement dit,
ilexiste
unplongement
f fayant même image que f , tel que
f’puisse
seprolonger en un plongement
deDn+ . )"
[Démonstration. -
C’est uneconséquence immédiate
du corollaire3
et duthéorème
de
Mazur,
valable pour tout entier n : toutplongement
continu deSn
dansRn+1 ~ qui peut
seprolonger
en unplongement
de la couronneSn x - [ 1 , + 1 ] ,
peut
seprolonger
en unplongement
de cf. parexemple
DOUADY~2~.~
Remarque. -
Pourn 2 ,
on sait que toutplongement différentiable
deSn
dans
R peut
seprolonger
en unplongement différentiable
deCOROLLAIRE
5. "Hauptvermutung
pour le s boule s et le ssphères
dedimension >,
6 ".-Pour n
6 ,
il y a une seule structure combinatoire(à
uneéquivalence près)
surla boule
Dn ;
mêmerésultat
pour lasphère Sn .
[Démonstration. -
Soit ~ unetriangulation
deDn ;
3 on sait(cf.
parexemple
MILNOR
C7~~
p.16) qu’il
existe surDn
une structuredifférentiable compatible avec 5
3 cette structure esttriviale ; donc, d’après
unthéorème
de J. H. C.WHITEHEAD
[14J,
latriangulation ~
est triviale. Pour obtenir le mêmerésultat
relatif àSn,
onapplique
lerésultat
relatif àDn
àl’adhérence
ducomplémen-
taire d’un
n-simplexe
d’unetriangulation
deSn ]
Remarque. -
LaHauptvermutung
aété démontrée
pour toutes lesvariétés
de di-mension 3 HING) .
b.
Généralisations diverses.
H. HAEFLIGER
[3]
aétendu
la notion de h-cobordisme au cas despaires
de va-riétés orientées ; (une
tellepaire
est uncouple (V ~ M)
devariétés orientées,
où la
sous-variété
M de V est munie de la structure induite parV ).
Ladéfinition
estanalogue
à ladéfinition
1 : il suffit deremplacer partout "variété"
par
"paire
devariétés".
SMALEdémontre
lethéorème
ci-dessous.THEOREME
1 ~ , -Soit ~1 ~ M)
unepaire
devariétés
connexes,compactes,
orien-tées,
la dimension de Métant 5 ;
soit deMt ) .
Si(~ ~ ~j
et(V ~ M’)
sonth-cobordantes,
et si =n~ (V - 1~ - 0 ~
alors toutepaire
(W ~ N) réalisant
le h-cobordisme de(V, M) et (Ù~ ~ M~)
estdifféomorphe
à
(V , M)
x I(ce qui entraîne que (V , M)
etMI)
sontdifféomorphes).
En
plus,
onpeut
se donner à l’avance ledifféomorphisme
de M x Z surN ,
etle
prolonger
en undifféomorphisme
de V x I sur W .Ce
théorème
ad’importantes applications
à lathéorie
des noeuds(HAEFLIGER))
SMALE
démontre
directement lethéorème 1~ ;
$ ladémonstration
esttrès analogue
àcelle du
théorème
1.D’autre
part
SMALEgénéralise
comme suit le corollaire 3 duthéorème
1 :COROLLAIRE
3 ~ . -
Soit(V ~ M)
unepaire
devariétés compactes
connexes y telleque :
(a)
M est sansbord ;
(b) =0;
(c) (dimension V ) ~.
6 et codimensionM > 3 ;
$(d)
l’inclusion de M dans V est unehomotopie-équivalence.
Alors V est
difféomorphe
à unfibre
en boules fermées sur M . Si enplus
M c V - V est
difféomorphe
à unvoisinage
tubulaire de M dans V .[Démonstration. -
On se borne au cas oùôV ;
onconsidère
unvoisinage
tubulaire T de M dans V -
ôV ;
uneapplication simple
duthéorème
dedualité
de
Poincaré
montre queV T réalise
le h-cobordisme de ÔT etôV . ]
TRAVAUX DE SMALE SUR JL4 STRUCTURE DES
VARIÉTÉS
c.
Existence sur les variétés compactes simplement connexes de fonctions diffé-
rentiables ayant
le nombreminimum
deoints critiques compatible avec l’homologie.
THEOREME 2. - Soit V une
variété compacte,
sansbord, simplement connexe, de
dimension 6 ; soit
pour touti y p(i) le i-ième
nombre de Betti deV ,
et soit
q (i)
le nombre degénérateurs
d’unedécomposition canonique
du sous-groupe de torsion de
H. (V) .
Alors il existe sur V une fonction excellente(cf. 2, a)
dont lei-ième
nombretypique ( ) Mi
estégal
àp(i)
+c[(i)
+q(i - 1) (autrement dit,
M. a laplus petite
valeurcompatible
avec
l’homologie
deV ).
Cas
particulier :
s’iln’y
a pas de torsion dansl’homologie
deV ,
alors onpeut
choisir sur V une fonction excellente telle queM.
=p(i)
pour tout i .De ce
théorème,
SMALEdéduit
notamment le corollaireci-après.
COROLLAIRE. - Soient V et V’ deux
variétés compactes,
sansbord,
de dimen-sion
n ~
6 . Soit f : V -~ V unehomotopie-équivalence tangentielle ,
i. e.une
homotopie-équivalence
telle quel’espace tangent
T à V soitéquivalent
àf"(T’) ;
siV, ôV et ôV:
" sontsimplement connexe s ~
et siH.(V)=0
pour i
~. n/2 ,
y alors il existe undifféomorphisme
f’ :V-~V~ , homotope
à f.On notera que le
théorème
2 est unepuissante généralisation
du corollaire 1 duthéorème
1(conjecture
dePoinc8J:-é).
2.
Quelques résultats préliminaires.
a. Fonctions excellentes
(ou
"deMorse").
Soit
W unevariété
de dimension n , de bordsoit 03C6
une fonction declasse
C :
è W -~[0 , 1] .
Soit c eW 3
on dit que c est unpoint critique
de(p
si,
en =0
$(p(c) s’appelle
la valeurcritique correspondant
à c .On dit que c est non
dégénéré (ou
deMorse)
si ladérivée
seconded
(p est de rang n en c(autrement dit,
si dans unsystème
decoordonnées
localesarbitraire,
le déterminant hessien
est £
0 enc ).Si
c est unpoint critique
deMorse pour (p y
alors il existe( )
C’est-à-dire le nombre depoints critiques
d’indice i.un
système
decoordonnées
localesd’ origine
c dansW ,
tel que dans cesystème
Cf
s’écrive :
m
s’appelle
l’indice dupoint critique
c ; 3 c’est un entiercompris
entre 0 et n ; en un minimumrelatif,
l’indice est0 ;
en un maximumrelatif,
l’indice estn . Un
point critique
nondégénéré
estnécessairement isolé.
THEOREME
W unevariété
de bordÔW
3 il existe une f onction (p de classeC~ :
W -~[0 , 1] ,
telle que :a.
b. cp
n’a pas depoint critique
dansà W ;
c. tous les
points critique~s
c~sont de Morse.
d. en deux
points critiques distincts,
les valeurs de (p sont distinctes.Une telle
fonction ~
est dite excellente(2) .
Si W estcompacte
et (p ex-cellente,
tp n’aqu’un
nombre fini depoints critiques.
b.
Théorèmes d’isotopie de Whitnex.
[N.
B. - Lesénoncés
ci-dessous sont ceuxqui
servent dans lasuite ;
il existedes
résultats plus
forts due à WHITNEY~15~~ ~16~~
WU WEN TSUN[17]
et surtoutHAEFLIGER
[4].]
THÉORÈME
I. - Soient V unevariété
et X unesous-variété fermée
deV ;
soitX’ une
variété ;
onsuppose
V et X’ compactes(dénombrables
à l’infini suf-firait) ; si
(dimension X)
+(dimension X~) (dimension V) -
1 .Alors,
pour touteapplication
différentiable f : X~ -~V ,
il existe uneapplica-
tion f t arbitrairement voisine de f telle que
f’ (X~) n X - ~ . Si
f estun
plongement,
onpeut prendre
pour f ’ unplongement isotope__j_
f(3).
( )
Enfait
MORSE montre même que les fonctions excellentes formentun
ouvertpartout
dense dans l’ensemble des fonctionsvérifiant (a) (muni
de laC - topologie).
Lethéorème
de Morse est uneconséquence immédiate
du"théorème
detransversalité"
de Thom(cf. [12]).
(3)
C’est le cas dès que f’ est assez voisin de f .TRAVAUX DE SMALE SUR LA STRUCTURE DES
VARIÉTÉS
THEOREME II, - Soient V une
variété
et X unesous-variété
deV ;
soit X’une
variété.
On supposeV ~
Xet
X’compactes,
connexes, sansbord ;
on sup- pose enplus
:~(a) n~ (V) _ 0 ; rc1 (V -. X)
= 0(cette dernière
conditionétant automatiquement remplie
si codimension X >2 ).
(b) (dimension V ) ~. 5 3
(c) (codimension X ) ~ 2 ,
codimension X’ >2 ;
(d) (dimension X )
+(dimension X’ ) =
dimension V .Soit
b=f(X’) o X (nombre
d’intersection def(X’) et X ).
Pour tout
plongement
f : X~ -~V ,
il existe unplongement f ~ ~ isotope
àf f tel que
coupe Xen
boints
transversalement en chacun d’eux.THEOREME III. - Soit V une
variété
de dimension n ; soit f unplongement différentiable
de lasphère S~
dansV ;
on su osen /
2m +2 ; alors
si fest
homotope
à 0 dansV 9 f (Sn;
borde undisque
dans V.c.
Variétés à bords g suppression
et introduction recolle-.ment.
(cfo [1], [8])
Une
n-variété différentiable
à bordanguleux
est unevariété
Vqui peut
avoirsur son bord des
singularités analogues
à celles du cube1 :
lesmodèles
sont lesparties
deRn définies
par dessystèmes d’inégalités
dutype
{ x~-m ~ 0 s ... 9 x n-1 >, 0 ~ n ~ 0 }
où m est un entier tel que(pour
lesvariétés
à bordordinaires,
on se borne àm = 0 ). On a
une notion deface, d’
arête, etc. ,
d’une tellevariété ;
;. une face a desvoisinages
tubulairesqui
sont desfibrés
de fibre[0 , 1]
3 une arête a desvoisinages
tubulairesfibrés
en secteurs circulaires convexes. Onpeut "supprimer
unearête" (en
"ouvrant" les secteurs circulaires d’un
voisinage tubulaire) ;
onpeut
aussi"introduire une arête" le
long
d’unesous-variété
convenable dubord ;
lerésul-
tat de chacune de ces
opérations
est biendéfini
à undifféomorphisme près.
Recollement. - Soit V une
variété (au
sensci-dessus) compacte,
de dimension n 9 soit A une sous-variété fermée de dimension(n - 1)
dea v ;
soient demême Vi R et Ar l’ Soit f un
diff éom~orphisme
sA... A’ . Soit Wl’espace
to-pologique
obtenu par recollement de V et V suivant A et A’ à l’aide def ;
identifions V et V’ à leurimage
dansW ;
onpeut
munir W d’une struc- turedifférentiable compatible
avec celles de V etV’ ;
deux telles structuresse
déduisent
l’une de l’autre par unhoméomorphisme
de W laissant stables V et V et induisantl’identité
sur V nV
3 lavariété
ainsi obtenue(définie
àun
difféomorphisme près)
se note(4)
Propriétés
del’opération
"recollement" :1° Si
f’==gof
où g est undifféomorphisme
deV’ ,
donc enparticulier
sif est
isotope
àf ,
on a undifféomorphisme :
2°
L’opération
de recollement est associative au sens suivant : si on recolle à V~-f
V’ unetroisième variété compacte
VU par undifféomorphisme
h ~ h’(où
h et h’ sont
respectivement définis
sur dessous-variétés compactes
de dimen-sion
(n - 1)
de V etV’ ),
on a undifféomorphisl0153 :
3.
Présentations
anses.Anses. - Soit ~~. une
variété différentia.ble
à bord(au
senshabituel) ;
$ soitn la dimension de
M ;
3 soit m un entier tel que0 j m~
n , et soit f unplongement :
Soit V =
M f (Dm
x on dit que1’image h m
deDm
x dans V estune anse d’indice m de
V ~
et que V(qu’on
noteM-f h )
estobtenue à
partir
de M par attachement de l’ansehm
à l’aide de f .Exemples. -
Attacher à M une anse d’indice0 ~
c’est faire la sommedisjointe
de M et de
Dn ;
attacher une anse d’indice n y c’est "boucher un trou".Quelques définitions relatives
aux anses : Soit V =M -f hm .
a.
l’ image
par f deDn-m s’appelle
la surface d’ attachement deh .
b.
l’image
par f de x{0} s’appelle
lasphère
d’attachement de(~
Pourdéfinir V ~- V~ ~
on commence parsupprimer
lesangles
de A etA’ ,
puis
on introduit desarêtes
lelong
du bord de A etA’ , qui
deviennent ainsi des faces de V et V’respectivement
3 ondéfinit
alors la structuredifféren-
tiable deV ~- V ~
à l’ aide devoisinages
tubulaires de A et At dans V et V’respectivement.
TRAVAUX DE SMALE SUR LA STRUCTURE DES
VARIÉTÉS
c. la
sphère {o}
x s’identifie à unesphère
deàV qu’on appelle sphère
transverse dehm .
Présentations par
anse.s. - Soit W unevariété compacte,
etsoit (p
une fonc-tion excellente sur
W , donnée
par let,héorème
de Morse(cf. 2, a) .
Pour~ E [0 , 1 J t
on pose :~p _ ~ ~0 ~ ~~ _ W ~~) . Soient ~ et Ç’
deux valeurs noncritiques
de ~p .- S’il
n’y
a aucune valeurcritique dans )§ , §’ ( , alors W(~)
etW (~ ~ )
sont
difféomorphes.
- S’il y a un seul
point critique
c tel que la valeurcritique correspondante
y soit dans
)~ ~’( ~
alors W(~t~
estdifféomorphe
à unevariété
obtenue enattachant à une anse d’indice
égal
à l’indice m de c .[Il
suffit de montrer que pour e assezpetit, W (y
+e)
estdifféomorphe
àune
variété
dutype (W (y - E) ) .. h ;
3 ceci seramène
à unproblème
localqu’on
résout
en seplaçant
auvoisinage
de c dans unsystème
decoordonnées où 03C6 s’exprime
par la formule(1)
de2,
a. Ondéfinit
alors un"voisinage cylindrique"
Z de c
(hachuré
sur lafigure 1 ) ~ analogue
auxclassiques voisinages
cy-lindriques
deMORSE,
telque
(W (y - s) )
u Z soit à la foisdifféomorphe
àW(y
+e)
et à unevariété
du
Il en
résulte
queW est
difféomorphe
à unevariété d’anses ("handlebody")
ob-tenue en attachant une anse
à
puis
une deu-xième
anse à lavariété figure
1ainsi
obtenue,
et ainsi de suite(un
nombre fini defois) ;
onécrit
ceci(en
con-venant d’omettre les
parenthèses qu’il
faudrait mettre àchaque
fois àpartir
de lagauche) :
anses de
W
$(2)
est une,présentation
par ansesassociée
à (p . En intercalant entre les valeurscritiques
de (p des nombres~. ~
onpeut
aussi associer à (pun
difféomorphisme :
La
propriété d’associativité
des recollements(cf. 2, c)
est valable pour le se- cond membre de(2’)
; onpeut
donc faire lEs. recollements àpartir
de ladroite ;
3on trouve ainsi une
présentation
dont la suite d’indices s’obtient àpartir
decelle de
(2)
en renversantl’ ordre,
et enremplaçant chaque
indice par soncomplé-
mentaire ;
cetteprésentation
est dite duale de laprésentation (2).
Ceprocédé s’applique
aussi bien àn’importe quelle présentation (non nécessairement associée
à une fonction
cp ) ;
3 onpeut
d’ailleurs reconstituant pourchaque
anse unefigure analogue
à lafigure 1) définir
pour touteprésentation
une fonction p telle que cetteprésentation
soitassociée
laprésentation
duale est alorsassociée
à lafonction - 03C6 .
Réarrangement des anses ; présentations ordonnées. -
Soit M unevariété
de dimension n ; 9 soit avec m ; $ lasphère
transverse X deh~
est de dimension(n -
m -1) ;
$ lasphère
d~ attachement X’ deh~~
estde dimension
(m’ - 1) ;
on a :Donc, d’après
lethéorème
I deWhitney (cf. 2, b),
onpeut déplacer
unpeu
X’par
isotopie,
de manière que son intersection avec X deviennevide ;
cetteisotopie peut
seprolonger
à la surface d’attachement deh , .
Onpeut alors,
d’une
part, rétracter h~
sur unvoisinage
tubulaire arbitrairementpetit
de saboule
transverse ; et,
d’autrepart, rétracter
la surface d’attachement dehm’
sur un
voisinage
arbitrairementpetit
deXI ;
les surfaces d’attachement deh~
et
h ,
seront alorsdisjointes,
y donc enparticulier hm
ethm’
serontper-
mutables. On en
déduit
laproposition
suivante.PROPOSITION 1. - Pour toute
variété compacte
W de dimension n ~ il existe uneprésentation
où, pour tout
m(0 m ~ n~ ~
les ansesd’indice
msont attachées indépendam-
ment les unes des autres.
TRAVAUX DE SMALE SUR LA STRUCTURE DES
VARIÉTÉS
COROLLAIRE. - Sur toute
variété compacte W ,
il existe une fonction excellenteayant
lapropriété
suivante : si on range lespoints critiques
par ordre de valeurscroissantes,
la suite de leurs indices est nondécroissante.
(C’est
à peu de chosesprès
ce que SMALEappelle
une "nicefunction".)
4.
Démonstration
d’ unlemme fondai
lEMME
FONDAMENTAL ("Handlebody theorem"). -
Soient met
n deux entiers telsque m 2 et n - m > 4 . Soit
Mune variété compacte
dedimension
n ;soit
Q
unecomposante connexe
deôM ; soit
V unevariété
obtenue en recollant à Mune anse
h d’indice
m lelong
d’unesous-variété
deQ ; soit
W unevariété
obtenue en recollant r anses d’indice
(m+1)
àV.Si:
(a) (Q)
= 0(b) la composée
desapplications canoniques
est
zéro.
Alors
Wpeut être obtenue
enrecollant (r - 1)
anses d’indice(m
+1) à
M .
..
La
démonstration
du lemme fondamental utilise deux lemmes.LEMME 1. - Soit
M unevariété compacte
de dimension n ; soient V et W deuxvariétés
de la forme :le s r anse s d t indice
(m
+1) ét ant attachées indépendamment
les unes desautres. Si
la sphère
transverse dehm
ne coupe pas lessphères
d’attachement des ansespour i = 1 , ... , r - 1 ;
3 et coupe transversalement et en un seulpoint
lasphère
d attachement de l’ansehrm+1 ; alors
Wpeut être
obtenueen recollant
(r - 1)
anses d’indice(m + 1)
à M .[Démonstration
du lemme 1. - Onpeut permuter h
avec les ansesh1m+1 ,..., hr-1m+1;
on est donc ramené au cas r = 1 . En
remplaçant
au besoin l’anseh
par unvoisinage
assezpetit
de sasphère d’attachement,
onpeut
supposer quehm
est une
sous-variété
deh m
et deh m+1 ~ difféomorphe
àDm
xrésultat analogue
pour nM ; diaprés llassociativité
du recollement(cf. z~ c) ~
ona donc :
Or est
difféomorphe (une
fois lesarêtes supprimées)
àD~ ;
et lavariété
à’ attachement de(hm hm+1)
à M estelle-même
obtenue par recolle-ment de
Dm
x à xD n-m
lelong
deS~
xD~~~- ,
elle est doncdifféomorphe
àDn-1 ;
donc W e stdiff éom()rphe
àM.]
IEMME 2. -
Soit
V unevariété compacte
de dimension n ;soit Q
une compo-sante connexe de
èV ; soit
W = V - l’attachement se faisant lelong
d’une
sous-variété de Q ;
3 on supposem ~ 2 et (n -
3 .Soit
X une sous-variété
de dimension(n -
m -1) de Q ; soit
b le nombre d’intersection de lasphère
d’attachement de avec X(ou l’opposé
de cenombre).
Soit fun plongement
deSm
dansl’intérieur de Q
naW ;
il existe un autre telgement f’ , isotope
àf ,
tel que le nombre d’intersection f o X soitégal à
oX)
+ b .[Démonstration
du lemme 2. - Soitx 0
e et soit S’ t lasphère "paral.
lèle"
à lasphère
d’ attachement dedéfinie
commeimage canonique
deSm
xtxt * D’après
lacondition m ~ 2 ~ (Q - X)
est connexe ; onpeut
doncj oindre
unpoint
def (S~
à unpoint
de S’ 1 par un chemin sanspoint
doublede
(Q - X) ;
$ on"étire" f (S~
lelong
de cechemin
parisotopie ~ j usqu~à
amenerf (Sn;
àêtre tangent
à S’(avec
ou sanscoïncidence
de l’orientation : les deux sontpossibles d’après l’hypothèse (n - m) ~ 3 ) ;
3 par une nouvelleisotopie,
onfait
coïncider f(SU;
avec S’ lelong
d’ unpetit m-disque ; enfin,
par unetroisième isotopie,
ondéforme
cedisque
sur le bordde h~~ ~ j usqu~à
l’amenerà
coïncider
avec soncomplémentaire
surS’ ;
on ditqu’on
a "fait sauterau-dessus de
h ~ ".]
Démonstration
du lemme fondamental. - Soit X lasphère
transverse deh~ .
L’hypothèse homologique (b) entraîne qu’il
existe unm-cycle
de Vqui
soitcombinaison linéaire des
m-cycles
... ,Qr
définisrespectivement
par lessphères
d’attachement de~1 ~ ... ~
et dont le nombre d’intersectionavec X soit 1 . Cette combinaison linéaire
peut
être obtenue par une suited’opérations élémentaires ;
chacune de cesopérations peut
être traduiteTRAVAUX DE SMALE SUR LA STRUCTURE DES
VARIÉTÉS
géométriquement
à l’aide du lemme2,
cequi permet
de se ramener au cas où lasphère
d’attachement de a un nombre d’intersection avec Xégal
à 1pour i =
r ,
et à 0 pour1 i (r - 1) .
L’application
r foisrépétée
des
théorèmes
I et II deWhitney permet
de se ramener au cas du lemme 1.5. Démonstration
duthéorème
1.Soit W une
variété
de dimension nréalisant
le h-cobordisme de’svariétés
V et Vtsimplement
connexes ; on supposen ~
6 . On va montrer queW est
diff éOIDOrphe
à V x 1 .On munit W d’une
présentation
par anses d’indices nondécroissants :
où toutes les anses de
même
indice sontindépendantes
les unes des autres.On va
supprimer
successivement toutes les anses. On posea. Suppression
des anses d’indice 0 . -Les
anses d’indice 0 sont autant de nouvellescomposantes
connexes(difféomorphes
àDn+1 ) qu’on
arajoutées
à Vx I ;
commel’application (W~) -,
est unisomorphisme,
ces nouvellescomposantes
doivent se "tuer"déjà
dansWl ;
donc enchangeant
au besoin l’ordre des anses d’indice1 ,
on aura undifféomorphisme :
b.
Suppression
desanses d’indice
1 . - Ontravaille
sur uneprésentation
dutype (3),
avecr o
= 0 .L’anse h~
estdéfinie
par uneapplication
f :
D"-~ ~
telle que c V x{1} ;
soit q unpoint
dubord de
D~-l ;
onconsidère l’arc C~
= x{q}) ;
lesextrémités
deC peuvent être jointes
par un arc sanspoint
doubleC~
de V x{1} ;
et pour des raisons de dimensionC~ peut éviter
les autres anses d’indice 1 et2 ;
C1
uC2 définit
un lacet C denécessairement homotope
àzéro (car
d’unepart
=0 ;
et d’autrepart n~(W~ ,
=0 ). Donc d’après
lethéorème
III deWhitney (cf. 2, b),
C borde undisque
dansW~ ;
attachons àW~
une nouvelle anseh~
d’indice2,
dont lasphère d’attachement
soitC ;
puisque
C borde undisque
dansW2’ h2 peut être tuée
par une anseh3
d’indice
3 ;
de sorte que, 2014
~1
D’après
lelemme 1, h2
tueh1 .
c.
Suppression des anses d’indice
m supposedéjà supprimées
les ansesd’indice
m -1 ,
de sortequ’on
a uneprésentation :
On
applique
le lemme fondamental avecM y
dans lesreles respectifs
de
M, V , W [c’est légitime
car d’unepart ni (a~
= 0puisque ni (~)
=0 ;
et d’autre
part l’hypothèse homologiqùe (b)
du lemme fondamental estvérifiée ,
car est
isomorphe
àHm(W , M) , qui
estnul].
Le lemme f ondamental
permet
donc desupprimer h .
d.
Suppression
des anses d’indice mpour
suppose sup-primées
les anses d’indice n -3 ,
et on passe à laprésentation
duale(cf. 3) ;
3celle-ci n’a que des anses d’indice
0 ~ 1 , 2 ~ 3 ;
on lessupprime
comme ci-dessus ;
3 on noteraqu’en
tuant les anses d’indice 1 on faitappardtre
des ansesd’indice
3 ;
on tue les anses d’indice 2 sans faireapparaître
de nouvellesanees;
les anses d’indice3
doiventnécessairement disparaître
dumôme
coup.6.
Démonstration
duthéorème
2.La
démonstration
utilise le lemme ci-dessous.Soit M une
variété compacte simplement
connexe de dimensionn ~
6 .Soit
m unentier ~ n/2 . Alors
il existe unevariété compacte simplement
con-nexe X
telle que :T’RAV’AUX DE SMALE SUR LA STRUCTURE DES
VARIÉTÉS
b. Il existe sur
Xm
une "nice function" f(cf.
corollaire de laproposition 1) ayant le
nombre minimum desingularités compatible
avecl’homologie
deXm .
c. Il existe un
plongement
1 : X ~M ,
tel quel’homomorphisme
induit par
i
soitbij ectif pour j ~
m - 1 etsurj ectif pour j =
m .[Démonstration
du lemny. - Elleprocèd.e
parrécurrence
sur m. PourXl ,
onprend
unn-disque.
Soitk 5 n/2 ;
on suppose construit on identifie à sonimage
parim-1 . D’après
lethéorème
deHurewicz relatif,
1 ’ homomorphisme
est
bijectif. Considérons
d’autrepart
la suite exacteSoit ... ~
Y )
Unsystème
degénérateurs
de obtenu de lafaçon
suivante : onprend
d’unepart l’image
d’unsystème
minimal degénérateurs
de H
(M) ~ et
d’autrepart
onrelevé
unsystème
minimal degénérateurs
de l’ima~ge
de
dans Onreprésente
leséléments
~ (Yj.) ~ "* ~ ~ (YJ ~ ~~(M ~
parplongements
transversaux à et dont les
images
sont deux à deuxdisjointes.
A l’aidede
voisinages
tubulaires desimages
de cesplongements,
on attache à desanses d’indice m ; la
sous-variété Xm
de M ainsi obtenue a toutes les pro-priétés voulues.]
Démonstration
duthéorème
2. - Soit m =partie entière
den/2 ;
soientX c
M etf ~ donnés
par lelemme
$ soitK l’adhérence
de M -X . Alors
pour
i ~
m ; donc par dualitéH~ (K) =
0pour j >,
n - m .Donc, d’après
lethéorème
des coefficientsuniversels, I~ _ ~(K)
est sans torsion.Soient maintenant
Y n-m- le
K et g ~donnés
par lelemme ; d’après
lethéorème
1 ’ ,
onpeut
supposer queYn-m-1
=K ,
de sorte que M =X u Yn-m-1 ;
en reco1-lant le
long
deà X m
la fonction f et la fonction(1 - g)
on obtient unefonction
qui
a lespropriétés
voulues.128
BIBLIOGRAPHIE
[1]
CERF(Jean). - Topologie
de certains espaces deplongements,
Bull. Soc. math.France,
t.89, 1961,
p.227-380 (Thèse Sc.
math. Paris.1960).
[2]
DOUADY(Adrien). - Plongements
desphères, Séminaire Bourbaki,
t.13, 1960/61,
n°
205,
6 pages.[3]
HAEFLIGER(André). -
Knotted(4k - 1) -spheres
in6k-space (à paraître).
[4]
HAEFLIGER(André). - Plongements différentiables
desvariétés
dans desvarié-
tés,
Comment. Math.Helvet.,
t.36, 1961,
p.47-82.
[5]
KERVAIRE(M.)
and MILNOR(J.). - Groups
ofhomotopy spheres (à paraître).
[6]
MILNOR(J.) . -
Differentiable manifolds which arehomotopy spheres. - Princeton,
Princeton
University, 1959 (multigraphié).
[7]
MILNOR(J.). - Microbundles
and differentiable structures. -Princeton,
Princeton
University, 1961 (multigraphié).
[8] Séminaire
CARTAN :Topologie différentielle,
t.14, 1961/62 (à paraître).
[9] SMALE (Stephen). -
GeneralizedPoincaré’s conj ecture
in dimensionsgreater
than
four, Annals
ofMath.,
Series2,
t.74, 1961,
p.391-406.
[10]
SMALE(Stephen). -
Differentiable andcombinatorial
structures onmanifolds, Annals
of Math.(à paraître).
[11]
SMALE(Stephen). -
On the structure of manifolds(à paraître).
[12]
THOM(René). -
Les classescaractéristiques
dePontrj agin
desvariétés
trian-gulées, Symposium
internacional deTopologia algebraica [1958. Mexico] ;
p.
54-67. - Mexico,
Universidad nacionalautonomica, 1958.
[13]
THOM(René). -
Un lemme sur lesapplications différentiables,
Bol. Soc. mat.Mexicana, Série 2,
t.1, 1956,
p.59-71.
[14]
WHITEHEAD(J.
H.C.). -
OnC1-complexes,
Annals ofMath.,
t.41, 1940,
p.
809-824.
[15]
WHITNEY(Hassler). -
Differentiablemanifolds,
Annals ofMath.,
t.37, 1936,
p.