MINISTERE DU LOISIR, DE LA CHASSE ET DE LA PECHE DIRECTION REGIONALE DU NOUVEAU-QUEBEC
SERVICE DE L'AMENAGEMENT ET DE L'EXPLOITATION DE LA FAUNE
CAMPAGNE 1986 D'ETIQUETAGE DE SAUMONS DE LA RIVIERE GEORGE:
RAPPORT DES ACTIVITES DE TERRAIN
MICHEL LAPLANTE TECHNICIEN DE LA FAUNE
OCTOBRE 1986
COMPOSITION DE L'EQUIPE DE TERRAIN
Michel Laplante, technicien de la faune, M.L.C.P.
Stas Olpinski, biologiste, Centre de Recherche de Kuujjuaq Elyjah Sam Annanack
Lucassie Billy Etok Adamie Etok
Silacie Annanack
REMERCIEMENTS
Johnny Adams du M.L.C.P. et Réjean Dumas du Centre de Recherche de Kuujjuaq (C.R.K.) qui, par leur habilité à parler l'inuktituk et leur connaissance des communautés inuit du Nouveau-Québec, ont contribué au bon déroulement de l'étude. Egalement à Louis Roy, Mario Leclerc et Gilles Harvey du M.L.C.P., pour l'aide technique et le support appor- tés lors des travaux de terrain.
1
TABLE DES MATIERES
Composition de l'équipe de terrain Remerciements
1.0 2.0
Introduction Méthodologie
1
2 2.1 Période d'opération et localisation du camp 2
2.2 Méthodes de capture 2
2.3 Cage de rétention 4
2.4 Déroulement des opérations 4
2.5 Manipulations et marquage 4
3.0 Résultats 6
4.0 Discussion 9
4.1 Engins de pêche 9
4.2 Cage de rétention 9
4.3 Manipulations et marquage 9
5.0 Recommandations 11
1.0 INTRODUCTION
C'est en vue de mieux connaître la biologie du saumon atlantique (Salmo salar) de la rivière George et d'en estimer la population en
montaison que le Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche (M.L.C.P.) en collaboration avec le Centre de Recherche de Kuujjuaq (C.R.K.) de la Société Makivik, a procédé à une étude de capture et de recapture à l'été 1986. A celle-ci s'est ajoutée une opération de marquage d'ombles chevaliers (Salvelinus alpinus) devant aider à préciser la distribution de la population de la rivière George.' Enfin, une bonne quantité de données biologiques sur ces deux es- pèces a été récoltée par la même occasion.
L'équipe technique de base sous la responsabilité d'un biolo- giste du C.R.K. et d'un technicien de la faune du M.L.C.P., était formée de quatre inuit de la communauté locale de Kangiqsualujjuaq engagés sur la base de l'expérience qu'ils ont acquise lors d'un
projet simulaire effectué en 1985. A cette équipe s'est joint pour des périodes de durée variable, du personnel à l'emploi du M.L.C.P. et du C.R.K.. Leur présence permit notamment de faciliter les rapports entre blancs etinuit et d'intensifier l'effort de pêche. La bonne coopération entre le M.L.C.P. et le C.R.K. a gran- dement contribué à la réalisation des objectifs.
Le présent rapport se veut un bilan des activités de terrain.
Il porte une attention particulière au déroulement des opérations de pêche et de marquage. La présentation des données et l'analyse dé- taillée des résultats feront l'objet d'autres documents.
1
2 2.0 METHODOLOGIE
2.1 Période d'opération et localisation du camp
Le projet s'est déroulé du 24 juillet au 27 août, soit durant 5 semaines. Le début des travaux a été fixé à partir d'indications fournies par les pêcheurs de Kangiqsualujjuaq selon lesquelles les
premiers saumons en montaison a être capturés (5 à 10) l'ont été la semaine précédent notre arrivée. Une faible portion de la popu- lation a donc pu remonter la rivière avant le début des opérations.
La capture de saumons dès le premier jour de pêche confirme cette possibilité. Cependant, aucun saumon n'a été capturé par les pêcheurs locaux après la fin des travaux de marquage, ce qui porte à croire que la montaison était, à ce moment, terminée.
Comme l'avaient recommandé les inuit de la communauté locale, le campement a été installé au point 58033'00"N par 65059'59"0 soit à 26 kilomètres de Kangiqsualujjuaq et à 11 kilomètresenavaldu point toujours soumis à l'influence des marées (figure 1). C'est un lieu où,selon l'opinion locale, les saumons auraient tendance à se regrouper durant la montaison.
2.2 Méthodes de capture
Les filets trémails de 45m X 2.5m à mailles intérieures de 6.5cm et à mailles extérieures de 40.5cm ainsi que les filets maillants de 60m X 2.5m X 12cm furent les engins les plus em- ployés et les plus efficaces. Ils sont tendus depuis la berge vers le large dans un endroit propice, c'est-à-dire, où un cou- rant faible à nulle permet à l'engin de pêcher sur toute sa hauteur et où la profondeur et la nature du substrat permettent d'espérer la présence de saumons. Une fois le filet installé, les opérateurs (2 par filet) demeurent à proximité dans l'atten- te d'éventuelles captures. Au fur et à mesure que la marée pro- gresse, le filet est déplacé de façon à toujours garder une extrémité en contact avec la berge. Plusieurs saumons ont été capturés à quelques pas de la rive.
Les filets de dérive ainsi que les cannes à pêche de type lancer léger auront très peu été utilisés. Les quelques essais effectués n'ont apporté aucune capture chez les espèces visées.
L'absence de sites propices à leur emploi ainsi que l'impres- sionnante largeur de la rivière dans ce secteur ont nui à leur efficacité.
•
59°00'58°30'
58°00'
59°00'
58°30'
58°00'
66°00' 65°30'
Légende
♦ Campement
Secteur de pêche
Meilleur site de pêche
r
Limite supérieure des maréesBaie d'Ungava
Kangiqsualujjuaq
•
Rivie e George
Echelle
1 H I-1 H H Ei
10km 0 10km
66°00' 65030'
Figure 1. Localisation de l'étude
4 2.3 Cage de rétention
Après le marquage, les saumons étaient placés dans des cages de rétention faites de toiles et de vexar, disposées à
proximité des sites de captures, afin de permettre leur récupé- ration. Cette opération devait permettre premièrement, de dis- tinguer les saumons trop affaiblis par la capture et les mani-
pulations pour survivre et, deuxièmement, de limiter l'impor- tance de la dévalaison.
2.4 Déroulement des opérations
Les premiers jours permirent d'évaluer l'efficacité des dif- férents engins de pêche. Après constatations, les filets trémails et maillants apparurent offrir les plus grandes possibilités.
Dès lors, tout les efforts furent concentrés à la recherche de sites propices à leur emploi, sous différentes périodes de marée.
De plus, ces premiers temps ont servi à familiariser chacun avec les méthodes de manipulation, de marquage et de prise de données.
Après quelques essais, le meilleur site apparut être dans une baie du côté est de la rivière juste à l'aval des derniers rapides sur son cours tel qu'indiqué à la figure 1. A cet en- droit la salinité de l'eau chute brusquement. Le substrat y est principalement composé de blocs et d'argile qui, par marée haute, laisse continuellement échappper des bulles d'air ou de gaz inodore. Un faible affluent déverse ses eaux au fond de la baie. L'accès au site de pêche est limité par l'ampleur que' prend le rapide à marée basse. Les sorties ont donc été plani- fiées en fonction de l'accessibilité au site. A noter que ce rapide est inexistant à marée haute et que l'amplitude de la grande marée dépasse 10m dans l'embouchure de la rivière.
Trois ou quatre équipes de deux personnes, opérant chacune un seul filet, ont pêché dans la baie une ou deux fois par jour selon le rythme des marées. Très peu de saumons ont été cap- turés par marée basse malgré l'utilisation de différentes tech- niques à différents endroits. De même, les tentatives nocturnes sont demeurées infructueuses et furent donc délaissées au pro- fit des pêches matinales et de soirée.
2.5 Manipulations et marquage
Lorsqu'un saumon s'emmaille, il bondit habituellement hors de l'eau. Sa présence peut ainsi être aisément décelée. Il en va différemment pour les autres espèces qui obligent à vérifier
fréquemment le long du filet. Il est aussi possible, en gar- dant une main sur le ralingue supérieure, de sentir tout mou- vements brusques produits par la capture d'un poisson.
Chaque fois qu'un saumon est capturé, il est démaillé dans l'eau le plus rapidement possible même si pour cela quelques mailles de filet doivent être coupées. Sitôt libéré, il est mis dans la boite à mesurer préalablement remplie d'eau fraîche.
Il y est mesuré et marqué avec une étiquette de type spaghetti que l'on place sous la base de la nageoire dorsale. La nageoire adipeuse est ensuite perforée à l'aide d'une pince emporte-pièce pour permettre une identification même après la perte de l'éti- quette. La présence d'ectoparasites et de blessures est notée, s'il y a lieu. Puis le saumon, de par son aspect, est qualifié de "frais", i.e. un saumon qui a séjourné plus d'un an en mer, de castillon, i.e. un saumon qui a séjourné un an en mer, ou de
"maigre", i.e. un saumon de couleur argentée mais d'une maigreur remarquable. Des écailles sont prélevées pour les cas incer- tains et dans tout les cas de "maigre". Le sexe est déterminé par la forme de la tête et par la présence ou non d'un crochet sur la mâchoire inférieure. En dernier lieu, on applique du bleu de méthylène sur les marques et sur toutes blessures appa- rentes. Le saumon est finalement relâché à distance du filet de façon à éviter toute recapture impromptue.
Toute l'opération doit s'effectuer le plus rapidement possi- ble, tout en évitant de stresser inutilement l'animal. Parce que plusieurs saumons pénètrent souvent simultanément dans les filets, certains passeront plus de temps emmaillés et seront
probablement plus faible après les manipulations. Il faut alors favoriser l'oxygénation des branchies en remuant le pois- son d'avant en arrière dans l'eau fraîche. Cette pratique est très efficace; elle a notamment permis de réanimer un castil- lon qu'on eu cru mort.
Les étapes du marquage sont les mêmes pour l'omble cheva- lier mis à part la perforation de l'adipeuse, trop petite pour le permettre. Une étiquette de couleur différente leur était réservée.
Comme les saumons sont plus sensibles que les autres es- pèces à la capture, la priorité leur fut accordée en tout temps. Cette politique ne fut pas sans contribuer au taux élevé de mortalité des ombles chevaliers.
5
3.0 RESULTATS
Au total 273 saumons ont été capturés. De ce nombre 20 (7.3%) se sont échappés, certains lors des manipulations mais la plupart pendant le démaillage, et 8 (2.9%) sont morts ou ont été sacrifiés en raison de leur faiblesse. Du côté des ombles chevaliers, 458 ont été captu- rés dont 20 (4.4%) se sont échappés et 137 (29.9%) sont morts dans les filets.
Ainsi donc, 245 saumons et 301 ombles chevaliers ont pu être mar- qués et, pour la majorité, relâchés en bonne condition. Il aura fallu tout près de 363 heures de pêche au filet pour atteindre ce résultat;
soit une moyenne de 1.33 heures par saumon capturé et de 0.79 heure par omble chevalier. A cela s'ajoute 46 ombles de fontaine (Salve- linus fontinalis), 6 touladis (Salvelinus namaycush), 21 grands coré- gones (Corregonus clupeaformis) et 5 chabots (Cottus sp.).
Le tableau 1 présente l'effort et le succès de pêche selon les différents engins utilisés. Par ailleurs, la figure 2 illustre les variations de l'effort de pêche dans le temps, variations dont la cause fut sans doute les nombreux déplacements entre le campement
et le village suscités par la relative proximité de ce dernier.
6
Tableau 1. Efficacité relative des différents engins de pêche
Type d'engin Effort de pêche/hre
% d'utili- sation
Nbre de sau- mons captu- rés
% de cap- tures
Succès Nbre de sau- mons/hre
Nbre d'ombles chevaliers
% de cap- tures
Succès Nbre d'ombles chevaliers/hre
Trémail 45m X 2.5m
6.5cm
303h45 min. 83.7 247 90.5 0.813 403 88.0 1.327
X 40.5cm
Maillant 30m X 2.5m X 12cm
13h35 min. 3.7 1 0.4 0.074 6 1.3 0.442
Maillant 60m X 2.5m X 12cm
34h30 min. 9.5 25 9.1 0.725 49 10.7 1.420
Dérive 30m X 2.5m X 12cm
2h35 min. 0.6 0 0 0 0 0 0
Ligne 8h30 min. 2.3 0 0 0 0 0 0
Total 362h55 min. 99.8 273 100.0 0.752 458 100.0 1.262
40-
36—
CD E
32 — w
ta)
28 — z
24 - W
20 — (A a)
=
16a) 12
_0 s_
o 8
eW
CD-
77 4
4-) 4--0 L.L./ 4-
25 27 29 31 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20 22 24 26
Juillet Août
Figure 2. Variation de l'effort de pèche dans le temps
4.0 DISCUSSION
4.1 Engins de pêche
L'emploi du filet trémail (45m) a prouvé son habilité à cap- turer les poissons sans endommager leurs branchies. Cependant, la dimension des mailles de la nappe intérieure (6.5cm) était trop grande. En effet, les plus petits saumons et ombles che-
valiers s'y enfonçaient jusqu'aux yeux ce qui premièrement, serrait les machoires ensemble empêchant toute respiration, et deuxièmement, blessait les yeux et portait les muscles s'y rat- tachant à s'exorbiter.
Les filets maillants à maille de 12cm avaient l'avantage de ne pas mailler les gros spécimens trop sévèrement. Par contre, ceux de tailles inférieurs y pénétraient jusqu'à la nageoire dorsale forçant l'opérateur à couper quelques mail- les. La longueur originale de 30 mètres a du être doublée devant l'ampleur des marées afin de limiter le nombre de dé- placements du filet. Cette pratique a permis d'augmenter considérablement l'efficacité de l'engin.
4.2 Cage de rétention
Après quelques essais, il s'est avéré que les individus le moindrement faible ne récupéraient pas à l'intérieur des cages comme prévu, mais sombraient plutôt au fond, en ne voyant pas d'issues. En revanche, les individus en meil- leure forme n'y demeuraient que quelques secondes; le temps de trouver une sortie autour du couvercle. De plus, l'ac- tion des marées, très forte par moment, forçant l'utilisa- tion de cages mobiles inadéquates. Comme les saumons fai-
bles relâchés après oxygénation en eau libre semblaient mieux récupérer, l'utilisation des cages de rétention fut abandonnée. Cela n'aura pas été sans favoriser la déva- laison, comme l'a prouvée la recapture de deux saumons en aval du lieu de capture initial, quelques 30 minutes plus tard.
4.3 Manipulations et marquage
Compte tenu que la valeur de l'estimation dépend de la survie des saumons marqués, une attention particulière a été portée à la manipulation afin de minimiser la mortalité.
Cependant, il est difficile d'évaluer la qualité du travail des aides inuit sur ce plan. A notre connaissance, plusieurs poissons ont été démaillés hors de l'eau et l'impact sur leur viabilité quoique probablement mineure ne peut être déterminé.
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Parmi les saumons étiquettés, notons la présence de deux petits individus de 375 et 415mm. A signaler aussi qu'un des saumons marqués n'a que le trou à l'adipeuse pour l'identifier du au malfonctionnement du fusil marqueur.
Fait intéressant à noter, la résistance aux manipulations des saumons "maigre"est supérieure à celle des saumons frais.
Leur peau retient mieux les écailles et donc en limite la per- te. Leur vitalité s'est surtout vérifiée pendant leur séjour dans un bac de plastique rempli d'eau, employé lors de cap- tures simultanées. Alors que la majorité des saumons "frais"
y viraient sur le dos, ceux-ci y semblaient à l'aise. De leur côté, les ombles chevaliers, ont une capacité de récupé- ration très élevée. L'épaisse couche de mucus les recouvrant contribue à augmenter leurs chances de survie.
La détermination du sexe à partir du crochet et de la forme de la tête tant pour le saumon que pour l'omble cheva- lier doit être interprétée avec précaution. A cette époque de l'année, les caractères sexuels secondaires n'ont pas atteint leur développement maximal et peuvent même parfois être inapparant. En conséquence, ces données peuvent par- fois varier avec le jugement des différents opérateurs.
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5.0 RECOMMANDATIONS
Les recommandations qui suivent découlent de l'expérience acquise lors de la présente étude. Elles pourront contribuer à la réalisation de projets similaires.
1 ° Les filets trémails utilisés devraient avoir les dimensions sui- vantes: 60m X 2.5m avec une nappe intérieure à mailles de 3.8cm ou 4.5cm et des nappes extérieurs de 40.5cm.
2° Les filets maillants de 60m X 2.5m X 12cm ont prouvé leur utilité car ils offrent légèrement moins de résistance au courant et peu- vent être employés à titre de filets dérivants. Leur usage doit donc se poursuivre.
3° Les cages de rétention ne peuvent être employées dans leur forme actuelle dans les régions où la marée joue un rôle. Pour favo- riser leur emploi, on doit leurs donner un caractère plus per- manent à proximité des sites de captures.
Les aiguilles des pistolets marqueurs doivent être en quantité suffisante pour permettre leur remplacement. Elles sont diffi- ciles à nettoyer et une vieille aiguille peut favoriser l'infec- tion autour de l'étiquette.
L'équipe technique devra être formée de personnels qualifiés pour conserver une certaine rigueur scientifique à la prise de données. La collaboration de main-d'oeuvre locale est aussi indispensable. Toutefois, le champ d'activité de cha- cun devrait correspondre à ses possibilités et à sa forma- tion. L'expérience antérieure d'étude de même type est aussi souhaitable.
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