COLLECTION « MON ROMAN POLICIER »
Le suicide de M. Boitard
Roman policier inédit par CLAUDE ASCAIN
CHAPITRE PREMIER
LA SURPRISE DU PÈRE LAURENT
— Eh, Laurent... Il est sept heures et demie 1. —• Oui, oui... J'ai bien vu. T'en fais pas, j'y vais.
Il prit tout de même le temps d'achever le bout de cigarette commencé. Après la bouffée ultime, il se décida. i
— Tu t'occupes de la loge, Estelle ?
—■ Bien sûr. N'en v'ia une question !
— Bon, bon, te fâche pas. J'suis de bonne hu- meur, moi !
En effet, le père Laurent était de bonne humeur.
Il sortit en sifflotant et monta au premier étage. Il était chargé de la mise en état, avant l'arrivée du personnel, dans les locaux commerciaux de la maison. Jérôme et Boita-pd-. ^
Toiffr droits rèÇthmès
Sur la plaque de cuivre on lisait « Commission- Exportation ».
La journée s'annonçait belle. On était au samedi matin.
La perspective de passer l'après-midi à califour- chon sur une chaise devant la voûte et de regarder défiler voitures et passants, suffisait à remplir d'aise le brave concierge. Ses désirs étaient comme son âme : simples et sans détours.
Arrivé sur le palier, il tira son trousseau dans un brinquebalement métallique. Avec des gestes comptés, il prit la clef qui s'adaptait.
Cric, crac. Il entra, sifflotant toujours sa ren- gaine.
Il se trouvait dans le grand bureau, celui où tra/- vaillait le personnel. Pupitres et machines à écrire. La maison comportait une demi-douzaine d'em- ployés qui commençaient ponctuellement leur beso- gne à neuf heures. Le père Laurent avait grandement le temps et il le savait. Il accomplit ses gestes habituels, sans hâte.
Quand le dernier grain de poussière eut disparu de la dernière table, quand le dernier encrier eut été dûment vérifié et empli, il s'en fut chercher son bâton de cire qu'il rapporta sur l'épaule, comme un fusil.
Au fond, sur les deux côtés, on voyait deux portes. A droite, une inscription en lettres d'émail noir sur une plaque blanche : « M. Jérôme ». A gauche, idem pour M. Boitard.
Cette dernière pièce était sans fenêtre et s'aérait par un vasistas au verre dépoli, au-dessus, de la porte. Le père Laurent — qui affirmait professer un
grand amour pour l'air et la lumière — à preuve, s'pas, sa cure du samedi après-midi et du dimanche sur le trottoir de la rue de Paradis — n'avait jamais compris pourquoi M'sieu Boitard se plaisait telle- ment dans ce cagibi.
— On n'peut même pas y rester sans une lampe allumée, toute la journée, marmonnait-il. Mais - c'était son affaire à cet homme. Des, goûts et des couleurs...
La vérité était que M. Boitard, lorsqu'il s'enfer- mait dans la petite pièce y jouissait d'un silence total, quasi absolu. Pas de bruits du dehors, pas même les allées et venues de la pièce principale. Il n'avait pas hésité dans son choix, abandonnant à son associé le bureau dont les deux fenêtres donnaient sur la rue tapageuse. Bien entendu, M. Jérôme n'avait eu garde de protester ! Il faut dire également que M. Boitard était un 1 homme d'une soixantaine d'années environ. Céliba- taire. Et maniaque, par surcroît. Tandis que M. Jérôme, son. cadet d'au moins vingt ans, manifestait une grande activité physiques; au point qu'il ne paraissait même pas son âge, en rai- son d'une sveltesse, faite à la fois de muscles et de souplesse sportive.
M. Jérôme était en quelque sorte l'avenir. M. Boi- tard, lui, représentait le passé. Pour être impartial), ajoutons qu'il participait beaucoup au présent.
Le concierge allait se retirer, sa besogne termi- née, lorsque, machinalement, il leva les yeux vers le vasistas. Il constata qu'il était fermé, chose inhabi- tuelle.
— Bon sang, heureusement que je l'ai vu... Faut tout d'même aérer...
Au même moment, il constata encore autre chose.
La lumière électrique n'était pas éteinte dans la
N° 18
Participant d’une démarche de transmission de fictions ou de savoirs rendus difficiles d’accès par le temps, cette édition numérique redonne vie à une œuvre existant jusqu’alors uniquement
sur un support imprimé, conformément à la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012 relative à l’exploitation des Livres Indisponibles du XXe siècle.
Cette édition numérique a été réalisée à partir d’un support physique parfois ancien conservé au sein des collections de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.
Elle peut donc reproduire, au-delà du texte lui-même, des éléments propres à l’exemplaire qui a servi à la numérisation.
Cette édition numérique a été fabriquée par la société FeniXX au format PDF.
La couverture reproduit celle du livre original conservé au sein des collections de la Bibliothèque nationale de France, notamment au titre du dépôt légal.
*
La société FeniXX diffuse cette édition numérique en vertu d’une licence confiée par la Sofia
‒ Société Française des Intérêts des Auteurs de l’Écrit ‒ dans le cadre de la loi n° 2012-287 du 1er mars 2012.