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CLÉMENT NOËL «JE CONTINUE MON CHEMIN»

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Academic year: 2022

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Au centre national d’Albertville, après une interview sous contrôle, Clément Noël esquisse un sourire pour le shooting : « ll faut juste me demander... » nous avait-il prévenu lors de l’entretien.

C’EST LA NOUVELLE PÉPITE DU SLALOM FRANÇAIS ET MONDIAL. DÉJÀ TROIS FOIS VAINQUEUR CET HIVER, CLÉMENT NOËL EST L’UN DES CANDIDATS AU GLOBE DE CRISTAL DE LA SPÉCIALITÉ. RENCONTRE AVEC LE VOSGIEN DE VAL D’ISÈRE, QUI ÉVOQUE À 22 ANS SES AMBITIONS, SON RAPPORT À LA VICTOIRE, SON PARCOURS ET SES ENVIES.

Par Emmanuel Bunoz. Photos Sophie Rodriguez.

CLÉMENT NOËL

« JE CONTINUE

MON CHEMIN »

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VIP

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SKI CHRONO 44

L

a ferveur était à peine dissipée. Deux jours après son succès à Chamonix, son premier en France, Clément Noël est de retour au calme au Centre national d’entraînement d’Albertville. Un lundi matin en mode récupération. Après sa séance sur un vélo d’appartement, la nouvelle pépite du slalom s’est installée sur un banc de musculation. Avec une voix calme reflétant bien sa personnalité, et un peu de retenue, le Vosgien de Val d’Isère s’est raconté. Avant d’esquisser un sourire lors de la séance photos.

« Il faut juste me demander…. »

Même quand vous gagnez comme à Chamonix, vous donnez l’impression de rester sous contrôle, sans exubérance. Avez-vous toujours réagi de la sorte ?

« Oui, je pense. J’ai toujours été comme ça. C’est ma manière de manifester ma joie. Ça dépend des gens en fait. Je ne me bride pas.

De toute façon, dans ces cas-là, on ne peut pas forcément le faire.

Quand on passe la ligne d’arrivée et qu’on voit du vert (quand le chrono indique un nouveau leader, ndlr), on ne contrôle pas grand- chose. La victoire me procure de la joie, de la fierté, du soulagement.

Ce sont plein d’émotions qui se mélangent. »

Et cela procure-t-il toujours le même joie de gagner ?

« Ah oui ! Ça fait vraiment la différence avec une autre place. Un podium, c’est bien, c’est forcément une journée réussie mais gagner procure d’autres émotions et ça montre que l’on a été le meilleur sur cette journée-là, que le job a été fait à 100 %. »

Et quand ça ne marche pas, comment le vivez-vous ?

« Ça dépend, ça peut être plus décevant suivant les circonstances, la dynamique dans laquelle je suis, ma façon de skier. Si j’ai donné mon maximum et que je ne suis pas classé terrible (sic), ça permet aussi de me remettre en question pour la suite. Quand il y a de quoi avoir des regrets à cause d’une erreur, d’une faute bête, là c’est différent. Cette année, j’ai plus d’attentes sur les courses par rapport à la saison dernière où j’étais plus insouciant. Maintenant, quand je fais une sortie de piste par exemple, je mets un peu plus de temps à m’en remettre. Je suis en colère pendant quinze minutes, je suis déçu pendant deux jours et après ça va… »

Et quand vous gagnez, vous restez longtemps sur votre petit nuage ?

« Non, pas spécialement ; ça dure l’après-midi après la course et je passe à autre chose. C’est bien de pouvoir savourer mais il faut assez vite se reconcentrer sur la suite. »

Comment vivez-vous les sollicitations comme on a pu le voir à Chamonix et votre nouvelle notoriété ?

« C’est une bonne chose de voir des gens contents, ça ramène beaucoup de choses pour moi, pour le ski français. C’est tout du positif. C’est parfois un peu lourd à gérer et à faire. Mais allez voir les sponsors, faire des séances de dédicaces, ça fait aussi partie du boulot même si on aimerait être plus tranquille. Ce n’est quand même pas trop difficile rassurez-vous (sourire). »

Vous avez désormais changé de statut en étant devenu un personnage du ski français…

« Oui, forcément. Mais on reste skieur français, ça reste un petit sport (sic) assez cloisonné dans notre petit monde. On n’est pas trop sollicité. Le statut, je le ressens sur les courses mais cela ne change pas ma vie quotidienne. Je suis plus connu à l’étranger mais surtout parce que l’on va dans des stations pour y faire des courses de ski.

Je ne pense pas que si je me promène dans la rue en Autriche, hors du contexte, je sois très embêté non plus. »

À l’automne dernier, vous êtes rentré dans la galaxie Red Bull (sans avoir le même contrat qu’Alexis Pinturault l’une des têtes d’affiche).

Comment cela fonctionne-t-il ?

« Cela fonctionne bien. Ils sont présents mais pas trop. Pour eux, le ski est un sport important, ils ont de gros moyens et font tout pour que leurs athlètes aient le plus de facilités possibles. Ils sont à l’écoute des besoins. Red Bull a pris beaucoup de jeunes (Odermatt, Meillard, Vinatzer, Robinson) comme moi ces dernières années.

Mais ça reste un sponsor comme un autre. »

VIP Après l’annulation du slalom de Naeba (Japon) à cause du vent,

Clément Noël, ici lors de sa victoire au Kandahar à Chamonix, sera de retour en piste à Kranjska Gora (Slovénie) mi-mars.

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Vous avez un agent autrichien, c’est ça ?

« Oui. Ce n’était pas obligatoire mais moi ça me va. Il n’est pas tout le temps là. Il ne s’occupe pas des relations avec la presse par exemple (gérées par la Fédération française de ski, ndlr). Il gère mes contrats, fait l’intermédiaire avec les marques. Plus on progresse, plus on peut intéresser des sponsors et plus on peut gagner de l’argent. Mais ce n’est pas le foot. Ça ne se fait qu’au mérite et aux résultats. On n’est pas des influenceurs et on ne vend pas notre image.»

Vous êtes lié à Dynastar et au groupe Excoffier Recyclage. Cette fidélité est importante à vos yeux ?

« Oui, c’est important. Avec Excoffier, j’ai encore un contrat jusqu’à l’année prochaine… enfin je crois. Et je ferai toujours partie de l’Excoffier Alpine Team (EAT). Dynastar, j’ai prolongé de deux ans.

Je ne vois pas pourquoi je changerais alors que ça marche bien. On a une très bonne relation et je n’ai pas besoin d’agent pour discuter avec eux. Je fais tout en direct. C’est facile de parler d’argent et du matériel avec eux. »

Vous paraissez calme. Est-ce toujours le cas ?

« J’ai un naturel assez calme mais ça m’arrive d’être énervé ou un peu plus énergique. »

On parle beaucoup de votre technique dite moderne. Avez-vous toujours eu ce style ?

« On dit sûrement ça parce que je suis jeune. J’ai bien sûr progressé au fil des années mais j’ai toujours skié assez haut sur les appuis, assez direct au piquet. Cette façon de skier correspond à mon gabarit, à mes qualités physiques. J’ai confiance en ma technique.

Il y a toujours des choses à améliorer, des petits détails. La saison dernière, il y a avait des types de piste ou de neige qui m’allaient moins bien. Cette année, c’est moins vrai. Je suis plus polyvalent. Je pense pouvoir rivaliser avec les meilleurs dans toutes les conditions. » L’entraînement, vous aimez bien ?

« Oui… de toute façon, on est obligé (sourire). Parfois on n’a pas envie de se lever hyper tôt pour aller skier sur un glacier mais l’entraînement fait partie du boulot. Et c’est tranquille, il n’y a aucune >>

© Millo MORAVSKI/AGENCE ZOOM

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SKI CHRONO 46

>> pression. Le travail physique, on s’y fait. Je n’étais pas forcément

fan à la base mais on a une bonne ambiance de groupe pour le faire sereinement. Ce n’est pas la partie la plus drôle mais je n’ai pas l’impression de passer ma vie dans les salles de musculation.»

Comment se passe justement la vie dans ce groupe ?

« Je suis arrivé avec Max Rizzo. On a bien été intégrés par les anciens qui ont voulu nous tirer vers le haut. Je suis proche de JB (Grange), de Ju (Lizeroux). Ils m’ont beaucoup apporté au début et continuent à beaucoup m’apporter grâce à leur expérience, sur le ski et l’extrasportif. Je pense leur avoir apporté de la nouveauté et je suis aussi une référence même si je ne suis pas toujours une foudre à l’entraînement. On n’est que quatre (avec Robin Buffet), heureusement qu’il n’y a pas de tension. Mais ça se passe aussi bien quand les géantistes viennent avec nous. »

Et quels sont vos rapports avec Alexis Pinturault ?

« Il n’y a bien sûr aucun soucis. C’est une super bonne référence, une bonne flèche à l’entraînement. Quand il est dans un groupe,

‘’Pintu’’ s’intègre parfaitement. » Êtes-vous un passionné de ski ?

« Oui, j’aime vraiment ça même si je ne suis pas le plus fou de montagne et de ski du circuit, je me tiens au courant de tout. Mais je ne suis pas le plus enclin à aller skier pour moi quand j’ai une journée de repos. Pas du tout même. »

Plus jeune, regardiez-vous les courses à la télé ?

« Je regardais le ski en famille. J’étais venu sur la descente du Kandahar à Chamonix comme spectateur mais je ne me souviens pas vraiment en quelle année. J’ai aussi été lisseur à Val d’Isère pour la Coupe du monde. »

Aviez-vous des modèles, des posters dans votre chambre ?

« Oui, je devais sûrement en avoir. Je suivais beaucoup Ju et JB, quand ils marchaient super bien (il y a dix ans, ndlr). C’était des slalomeurs, ça faisait un beau duo. »

On revient à la case départ. Pourquoi avoir choisi le ski ? C’était une évidence dans les Vosges ?

« On m’a mis très tôt sur les skis, à deux ans, et apparemment j’aimais bien ça. Comme j’avais l’esprit de compétition, je suis allé au club et ça s’est enchaîné comme ça. J’ai fait un peu de foot vite fait et du judo très très vite fait. J’étais pas mal en ski mais je n’étais pas le meilleur dans les Vosges. J’étais très souvent 2e derrière Adrien Voirin, un coureur qui gagnait tout ! Mais il avait un peu plus de mal à gérer son stress sur les courses importantes et j’ai réussi à faire quelques résultats sur les courses nationales. J’étais plutôt bon. Si j’avais été nul, je n’aurais pas insisté. On se pose toujours des étapes clés : si je ne suis pas pris au lycée d’Albertville (le Pôle France) et bien je ne fais plus de ski et je fais un lycée classique ; à la sortie du lycée, si je ne suis pas en équipe de France et bien je ne fais plus de ski non plus et je fais des études. Ce sont des caps que je m’étais fixé. »

Quand vous arrivez ici à Albertville, est-ce un déracinement ?

« Je ne le vis pas mal du tout à l’époque. Au lycée, je connaissais déjà la plupart des gars. À Val d’Isère, j’ai été bien intégré. » Pourquoi avoir choisi Val d’Isère comme station d’adoption ?

« Il y a beaucoup de liaisons entre Val et l’Alsace ou les Vosges.

Victor Schuller avait fait ça avant moi. Mes coaches de l’époque m’avaient dit que c’était le meilleur endroit pour être bon. Je passais mes semaines à Albertville et le week-end je montais à Val chez les Chevallot (le boulanger-pâtissier qui est devenu sa famille d’accueil, VIP

Clément Noël prend la pose sur la piste d’athlétisme, devant un poster de Johan Clarey à Kitzbühel, là où le Vosgien s’est imposé en slalom l’hiver dernier.

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ndlr), j’allais chez ma cousine à Annecy ou je retournais assez souvent dans les Vosges. Ce n’était pas très dur. C’est l’âge où l’on recherche de l’indépendance.»

Être Vosgien et réussir dans le ski, cela crée-t-il une fierté supplémentaire ?

« Non, pas spécialement. Il y a peu de Vosgien qui ont réussi dans le ski de haut niveau mais je montre que c’est possible. Nous avions un bon groupe d’entraînement dans les Vosges avec un bon niveau, avec quatre-cinq coureurs à pouvoir jouer avec les meilleurs Français. Je n’ai pas ressenti spécialement de difficultés. C’était obligatoire pour pouvoir progresser. Je me sens toujours un peu Vosgien, peu importe le nom du club. »

Vous vous dites alors que vous pouvez devenir un champion de ski ?

« Non, je continue mon chemin...»

Qui sont vos grands adversaires de l’époque ?

« C’est Sam Alphand qui était le meilleur. J’ai gagné les Écureuils d’Or en minimes 2. Et l’autre année, comme on a eu deux années de minimes 2, je pense que c’est Mathieu Loriot qui avait gagné. Sinon, il y a avait Lucas Perrier, Théo Letitre, Simon Piolaine, qui sont encore là (dans les groupes fédéraux). On avait une bonne génération. » À l’époque, y avait-il beaucoup d’abandons sur les courses ?

« J’allais vite mais je sortais. En Coupe d’Europe, ça ne payait pas. Il y a eu beaucoup de départ infructueux. Je n’étais pas solide. C’était frustrant. Il ne fallait pas que ça continue car j’allais dans le mur. J’ai eu juste quelques résultats (deux Top 10) à la fin de la saison 2016- 2017. J’ai commencé la saison suivante en faisant 4e et 3e et après je n’ai plus fait de courses en Coupe d’Europe. En Coupe du monde, ça a marché un peu plus vite. J’ai mis cinq départs à marquer des points

(20e à Val d’Isère en 2017), puis cinq courses pour être dans le Top 10 (8e à Kitzbühel en 2018). Et c’était parti. »

Quel est désormais votre objectif ? Gagner le globe de slalom ?

« Je veux continuer comme ça et rester sur le même rythme, terminer le maximum de fois sur le podium. Pour le globe, on n’a pas le droit à l’erreur. Je vais d’abord penser aux courses. Ma saison est déjà belle même sans le globe. Après, pour la saison prochaine, je travaillerai en vue des championnats du monde et pour être le plus régulier en slalom, et faire du géant. »

Est-ce un objectif le géant ?

« On verra. Je suis meilleur en course qu’à l’entraînement. Mais il faut que je m’entraîne et que je progresse1. C’est important de faire une deuxième discipline même si avec notre gros mois de janvier ça donne moins envie d’en faire une autre. »

Est-ce un rêve de gagner le globe, d’être champion du monde ou olympique ?

« Le globe, c’est un accomplissement. C’est sûr que dans ma carrière, j’aimerais bien gagner un globe. Les courses d’un jour apportent des émotions particulières, elles font aussi partie de mes objectifs. J’ai pu voir ce que c’était, les JO et les Mondiaux. Il faut que tout soit parfait le jour J. »

On ne vous connaît pas trop en-dehors du ski. Avez-vous des hobbies, des passions ?

« J’aime bien le sport en général, en faire ou à regarder. Je me tiens au courant. J’aime être à la maison tranquille et voyager pour découvrir de nouveaux horizons du genre vacances tranquille. »

1 Il a pris le départ de son premier géant à Naeba (Japon) et n’a pas fini dans les 30e, 37e.

CLÉMENT NOËL

NÉ LE : 3 mai 1997 à Remiremont SPONSORS : Excoffier Recyclage, Dynastar, Red Bull

PALMARÈS

> Jeux Olympiques

4e en slalom et par équipes en 2018

> Mondiaux

abandon en slalom en 2019

> Coupe du monde

35 départs, 10 podiums au 24/02/2020, 6 victoires au 24/02/2020

«Je n’ai pas l’impression ma vie dans les salles de musculation», dit Clément Noël, qui répond à nos questions installé entre les barres et les haltères.

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