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Article pp.387-394 du Vol.1 n°6 (2011)

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ARTICLE ORIGINAL /ORIGINAL ARTICLE

Les tentatives de suicide appréhendées par un Service d ’ aide médicale d ’ urgence (Samu)

Suicide attempt data recorded by the emergency medical care services (Samu)

L. Plancke · A. Amariei · F. Ducrocq · C. Lemanski-Brulin · L. Hadjeb · T. Danel · P. Goldstein · E. Wiel · G. Vaiva

Reçu le 30 novembre 2010 ; accepté le 28 septembre 2011

© SFMU et Springer-Verlag France 2011

RésuméIntroduction: Si les suicides font l’objet d’une sta- tistique régulière en France, les tentatives sont mal connues d’un point de vue épidémiologique.

Objet et méthode: Les bases d’appel au Samu–Centre 15 du département du Nord ont été exploitées en vue d’apprécier le nombre de tentatives de suicide (TS) et de décrire les person- nes concernées en termes d’âge, de sexe, de résidence et de réitération dans les trois années de l’étude. Les conditions météorologiques du jour, le score de défavorisation du sec- teur de résidence et la temporalité (heure, jour, mois) ont été par ailleurs croisés avec le nombre de gestes enregistrés.

Résultats : Vingt-trois mille deux cent treize appels au Samu–Centre 15 ont concerné une TS entre 2006 et 2008 dans le Nord. Les TS sont plus fréquentes le dimanche, au mois de mai (puis de janvier) et en milieu de soirée ; elles se déroulent, dans près de neuf cas sur dix, au domicile et sont beaucoup plus fréquentes chez les femmes (taux brut de 289 pour 100 000) que chez les hommes (234). Dans le Nord, les ratios standardisés de morbidité (RSM) par TS sont beau- coup plus élevés dans le sud du département rural. Il existe

une forte corrélation (r= +0,66) entre RSM et score de défa- vorisation sociale, par contre, il n’existe pas de liaisons significatives entre le nombre journalier de TS et les mesures météorologiques.

Conclusion: Sans que l’on puisse établir l’exhaustivité de la source employée (toutes les TS ne donnent pas lieu à un appel au service), sous l’hypothèse d’une constance du taux d’exhaustivité dans le temps et dans l’espace, les TS peuvent faire l’objet d’une bonne surveillance épidémiologique à tra- vers les appels au Samu–Centre 15, sous réserve cependant d’une harmonisation des critères d’enregistrement. Pour citer cette revue : Ann. Fr. Med. Urgence 1 (2011).

Mots clésTentative de suicide · Récidive · Conditions météorologiques · Défavorisation sociale

Abstract Introduction: Although regular statistics are avai- lable on suicides in France, the epidemiology of suicide attempts (SAs) is poorly understood.

Aim and procedure: The databases of calls to the Samu Cen- tre 15, le Nord Department, were examined in order to assess the number of people involved in suicide attempts, their age, sex, residence and repeated attempts during the three-year study period. Weather conditions on the day, deprivation score and time (hour, day, month) were also analyzed against the number of attempts.

Results: There were 23,213 calls to the Samu Centre 15 involving SA between 2006 and 2008 in le Nord. Suicide attempts were more common on Sundays, during May (followed by January) and in the middle of the evening;

almost 90% of the cases occurred at home and involved more women (289 per 100,000) than men (234 per 100,000). Standardized morbidity ratios (SMR by SA) in the north were far higher than in the south rural part of the department. A strong correlation (R = +0.66) was found between SMR and the social deprivation score, but almost no correlation was found with weather conditions.

Conclusion: Although the data source used is not exhaustive (not all SAs result in a call to the Samu services), assuming

L. Plancke (*) · A. Amariei · F. Ducrocq · T. Danel · G. Vaiva Fédération régionale de recherche en santé mentale

Nord - Pas-de-Calais, 3, rue Malpart, F-59000 Lille, France e-mail : [email protected]

L. Plancke

Centre lillois d’études et de recherches sociologiques et économiques,

Lille, France

F. Ducrocq · C. Lemanski-Brulin · L. Hadjeb · P. Goldstein · E. Wiel

Pôle de l’urgence, Samu régional de Lille, CHRU de Lille, France

G. Vaiva

Département universitaire de psychiatrie et pôle de l’urgence, CHRU de Lille, France

E. Wiel · G. Vaiva

Université Nord de France, Lille, France DOI 10.1007/s13341-011-0133-1

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that the proportions reported are consistent over time and space, the calls to Samu–Centre 15 can be considered a good epidemiological indicator of suicide attempts, subject, howe- ver, to the recording criteria being consistent. To cite this journal: Ann. Fr. Med. Urgence 1 (2011).

KeywordsSuicide attempt · Recurrence · Weather conditions · Social disadvantage

Introduction

Le suicide fait l’objet d’une statistique ancienne et largement utilisée par les sociologues et les épidémiologistes ; la France connaît un taux de suicide élevé : en 2006, le taux standardisé de décès par cette cause s’établit à 25,2 pour 100 000 chez les hommes et à 8,2 chez les femmes (16,0 pour les deux sexes) ; l’ensemble de ces taux sont cependant en baisse d’environ 10 % entre 2000 et 2006. Le départe- ment du Nord est lui-même une zone de surmortalité impor- tante : en 2006, un taux brut de mortalité de 19,4 pour 100 000 habitants y est enregistré (contre 16,9 en moyenne française métropolitaine). La tentative de suicide (TS) est une réalité plus difficile à appréhender ; en 2002, le chiffre de 195 000 tentatives prises en charge annuellement par le système de soins français est proposé par Mouquet et al. [1], dont 162 000 passant par les urgences (parmi lesquels 71 000 personnes s’y présentant seules).

En 2009, une enquête, un jour donné, menée dans les services de psychiatrie et d’urgence dans la région Nord- Pas-de-Calais (France) établit à 47 le nombre de tentatives régulées par le Service d’accueil médical d’urgence (Samu) du Nord le 10 février 2009 ; il s’agit le plus souvent d’into- xications médicamenteuses volontaires, puis de moyens vio- lents et de phlébotomie. Près de la moitié des patients prenait un traitement psychotrope au long cours, et plus de la moitié d’entre eux était suivie pour troubles mentaux [2]. L’enquête Santé mentale en population générale (SMPG) dans le Nord- Pas-de-Calais établit à 9,7 % la part de la population régio- nale ayant fait au moins une TS durant sa vie (11,1 % des femmes et 8,1 % des hommes) ; l’étude des facteurs de risque fait apparaître que, outre le sexe féminin, un âge com- pris entre 37 et 57 ans (11,8 %), la séparation (21,0 %), un faible revenu, l’appartenance à un foyer ne comprenant qu’une personne (12,7 %), le chômage (15,7 %), l’absence de croyance religieuse (10,7 %), l’absence de pratique reli- gieuse (10,2 %) font augmenter significativement cette pro- portion d’avoir tenté de mettre fin à ses jours [3]. Le taux retrouvé dans l’enquête SMPG est beaucoup plus élevé que celui retrouvé par une enquête réalisée dans six pays euro- péens : selon l’European Study of the Epidemiology of Men- tal Disorders (ESEMED) en 2007, 1,8 % des adultes de

18 ans et plus ont attenté à leurs jours durant leur vie (3,4 % en France). Une régression (modèle de Cox) fait apparaître des risques (odds ratio [OR] ou rapport des cotes) plus élevés chez les personnes les plus jeunes (et diminuant régulièrement avec l’âge), les femmes (rapport de 2,10 par rapport aux hommes), les personnes anciennement mariées (2,00 par rapport aux personnes mariées), résidant dans des zones urbaines d’au moins 100 000 habitants (1,50 par rap- port aux résidents en zones rurales) ou en France (1,85) ; un risque plus élevé de TS est retrouvé chez les personnes souf- frant d’un trouble psychique, notamment chez celles ayant connu un épisode dépressif majeur (3,91) ou une anxiété généralisée (1,98) [4].

En termes de santé publique, la connaissance de la TS présente un intérêt certain dans la prévention de la mortalité par suicide ; on sait en effet que les suicidants ont un facteur de risque de suicide élevé [5]. Dans une méta-analyse, Harris et Barraclough [6] estiment que d’avoir déjà tenté de se sui- cider augmente de 40 fois le risque de suicide par rapport à la population générale. Par ailleurs, des méthodes éprouvées de prévention secondaire existent, comme le rappel des suici- dants dans le mois suivant leur geste [7], ce qui légitime l’intérêt pour l’épidémiologie de la TS.

Méthodes

Afin d’étudier la réalité de la TS dans le département du Nord, une exploitation des données recueillies par le Samu–Centre 15 a été réalisée. Cet article se propose de décrire les TS et leurs auteurs, d’étudier l’influence de quel- ques facteurs (sexe, âge, variables temporelles, climatiques sur leur nombre et la récidive) et de discuter l’intérêt de la source employée dans un suivi épidémiologique de la TS.

Une extraction dans la base des appels au Samu 59 a été réalisée à partir du motif d’appel ; ont été retenus l’ensemble de ceux qui évoquaient une TS chez des sujets de dix ans ou plus (le geste était à l’origine de l’appel où la tentative était révélée lors de l’appel). Le Samu–Centre 15 est le centre de réception et de régulation des appels médicaux de l’urgence ; il est composé de personnels spécialisés en médecine d’ur- gence qui ont pour tâche de trouver la réponse médicale adaptée dans les meilleurs délais. L’appel qui arrive au Cen- tre 15 est d’abord pris en charge par un permanencier auxi- liaire de régulation médicale (Parm) ; celui-ci compile les premiers éléments concernant l’événement (type de détresse, gravité estimée, nom, adresse et coordonnées téléphoni- ques). Tous ces éléments permettent d’activer les secours sans délai. Si le Parm a la possibilité de déclencher immé- diatement les moyens en envoyant une équipe médicale sur des mots clés dans les cas les plus graves, il passe le plus souvent l’appel au médecin régulateur, spécialiste en méde- cine d’urgence. Celui-ci, après quelques questions brèves

(3)

établit un diagnostic et fournit la réponse adaptée à la demande dans les délais les meilleurs.

L’extraction a porté sur les années 2006–2008, soit trois années d’activité ; chaque enregistrement était renseigné sur les items suivants : identifiant, date, heure, sexe, âge, lieu, commune de résidence. Le traitement a d’abord porté sur les TS ayant concerné des personnes domiciliées dans le Nord, puis sur les personnes (certaines ayant fait plusieurs tenta- tives durant la période de l’étude).

Analyses statistiques

Pour comparer le nombre de TS selon la temporalité (mois de l’année, jour de la semaine, heure de la journée) et selon le type de jour (férié/non-férié), le testtde Student de com- paraison de moyennes a été employé. Un coefficient de cor- rélation (Pearson) entre les valeurs des mesures météorolo- giques (température minimale, maximale, millimètres de pluie, vitesse du vent et durée d’insolation), le jour de la tentative et le nombre de tentatives enregistrées le même jour a été calculé. Des ratios de morbidité suicidaire standardisés par sexe ont été calculés par classe d’âge et territoire (les neuf secteurs d’assurance maladie du département), ainsi que le rapport entre nombres de tentatives et de décès par suicide par âge et sexe ; la population prise en compte pour le calcul des taux est la population principale recensée par l’Insee au 1er janvier 2007. À l’échelle des 29 secteurs de psychiatrie adulte (les territoires d’intervention des équipes de psychiatrie adulte publique) [8], un coefficient de corré- lation de Pearson a été calculé entre le ratio standardisé de morbidité (RSM) et le score de défavorisation sociale, ins- piré de l’indice construit par Pampalon et Raymond [9]. Ce dernier prend en compte—à partir des données de l’Insee du recensement de 2006 sur la population de ces secteurs—

une dimension matérielle : scolarité (absence de diplôme), emploi (taux de chômage) et revenu et une dimension sociale de la défavorisation : solitude (part des ménages composés d’une seule personne), veuvage ou divorce et monoparenta- lité. Pour chacune des six variables constitutives du score, une note de 1 (situation la plus favorable) à 4 (la moins favorable) a été affectée au secteur selon la position par rap- port aux quartiles de la distribution (1 pour une valeur infé- rieure au 1erquartile, 2 pour une valeur comprise entre le 1er et le 2equartile…). Enfin, une régression logistique a recher- ché l’influence du sexe, de l’âge et du territoire de résidence sur la récidive de TS durant les trois années de l’étude ; des odds ratios et leur intervalle de confiance de Wald à 95 % (IC 95 %) ont été calculés. Les analyses ont été réalisées sous SAS 9.1 (SAS Institute Inc., Cary, NC) et Excel 2007 (Microsoft, Redmond, WA).

Résultats

Vingt-trois mille deux cent treize TS sont régulées par le Samu du Nord durant la période 2006–2008 (respectivement 7 526, 7 953 et 7 734), soit 7 738 en moyenne annuelle et 21 en moyenne journalière.

Six cent quarante-cinq tentatives sont enregistrées chaque mois en moyenne ; le mois de mai est celui où l’on tente le plus de se suicider (9,2 % des tentatives). Une baisse est enre- gistrée à partir de juin jusqu’à septembre, puis une hausse jus- qu’à janvier, suivie d’une nouvelle et brusque baisse (Fig. 1).

Le dimanche est un jour où l’on tente plus fréquemment de se suicider : 23,1 TS par jour en moyenne [IC 95 % : 22,1–24,1] vs 21,0 TS les autres jours [IC 95 % : 20,6– 21,3] (p< 0,001). Les jours fériés présentent la même parti- cularité : 23,6 TS par jour en moyenne [IC 95 % : 21,2–25,9]

contre 21,2 TS les jours non fériés [IC 95 % : 20,9–21,6]

7,5%

8,0%

8,5%

9,0%

9,5%

PourcentagedesTS

Fig. 1 Répartition des tentatives de suicide (TS) enregistrées par le Samu du Nord selon le mois de lannée, 20062008,n= 23 213

(4)

(p< 0,001). Les jours fériés tombant un dimanche durant les années étudiées présentent une moyenne encore plus élevée : 30,3 TS par jour [IC 95 % : 16,9–43,8] (p< 0,005). On note donc un effet cumulé des dimanches et des jours fériés (Fig. 2).

Les TS sont les moins nombreuses entre cinq et six heu- res, puis leur nombre s’élève régulièrement et atteint son maximum entre 21 et 22 heures (Fig. 3).

Les corrélations entre le nombre de TS enregistrées un jour donné et les conditions météorologiques sont presque nulles : +0,02 pour la pluie, exprimée en millimètre (p= 0,54), +0,02 pour la température minimale, en °C (p= 0,44), +0,01 pour la température maximale (p= 0,77), +0,03 pour la vitesse du vent, exprimée en mètre/seconde (p= 0,26) et 0,00 pour l’insolation, en minute (p= 0,99).

Notre étude infirme donc toute influence météorologique sur l’intensité de la TS.

Près de neuf tentatives sur dix (87,4 %) ont lieu à domi- cile ; une tentative sur dix a lieu dans un lieu non privé (voie publique, établissement…) et s’exprime donc publiquement.

Les autres gestes se déroulent dans d’autres lieux, ou la loca- lisation est inconnue.

En 2006–2007, l’Inserm (CépiDc) enregistre 989 suicides dans le département du Nord ; durant la même période, 14 731 tentatives sont régulées par le Samu 59 (chez des personnes de dix ans et plus), soit 15 fois plus. Le rapport entre nombres de tentatives et de suicides est beaucoup plus élevé chez les femmes que chez les hommes : 31 pour 1 chez les premières, 9 pour 1 chez les seconds (Fig. 4). Par ailleurs, chez les femmes de moins de 25 ans, le rapport est considé- rablement plus élevé (173) que chez leurs aînées ou que chez les hommes de même âge. Le rapport diminue régulièrement avec l’âge ; il devient inférieur à 10 à 40 ans chez les hommes et à 70 ans chez les femmes.

13%

14%

15%

16%

lundi mardi mercredi jeudi vendredi samedi dimanche

PourcentagedesTS

Fig. 2 Répartition des tentatives de suicide (TS) enregistrées par le Samu du Nord selon le jour de la semaine, 20062008,n= 23 213

0%

1%

2%

3%

4%

5%

6%

7%

8%

9%

10%

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23

PourcentagedesTS

Heure de la journée

Fig. 3 Répartition des tentatives de suicide (TS) enregistrées par le Samu du Nord selon lheure de la journée, 20062008,n= 23 213

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Une fois écartées les personnes à l’âge inconnu, celles de moins de dix ans ou dont l’identification était incertaine, 17 508 individus peuvent être dénombrés. Cinquante-sept pour cent sont des femmes et 43 % des hommes (Tableau 1).

Le taux pour 100 000 habitants s’élève à 263. Il est beaucoup plus élevé chez les femmes (289) que chez les hommes (234) ; il est maximum entre 20 et 39 ans (343) pour diminuer ensuite.

Il convient de noter que c’est chez les moins de 20 ans que les différences de genre s’expriment le plus : les jeunes femmes connaissent un taux 2,3 fois plus élevé que les jeunes hommes.

Parmi les territoires de l’assurance maladie, c’est celui de

Tourcoing qui présente le taux le plus faible (227) et celui de Valenciennes le plus fort (312).

Les RSM suicidaires varient de 56 [IC 95 % : 45–68] à 139 [IC 95 % : 124–156] si l’on prend pour référence l’ensemble du département du Nord (Fig. 5).

Le sud du département apparaît nettement comme une zone plus touchée par les TS ; c’est notamment le cas du Cambrésis, du Douaisis, de l’Avesnois, du secteur de Condé-sur-l’Escaut. Dans la métropole lilloise, les secteurs de Loos-Haubourdin, où sont implantés deux établissements pénitentiaires et de Roubaix connaissent également des taux

- 20 40 60 80 100 120 140

15-24 25-34 35-44 45-54 55-64 65-74 75-84 85 et +

RapportTS/dés

Age (années) Femmes Hommes

Fig. 4 Rapport entre nombre de tentatives de suicide (TS) régulées par le Samu du Nord et le nombre de décès enregistrés, selon lâge, 20062007

Tableau 1 Taux bruts de morbidité par tentative de suicide par sexe, territoire et classe dâge, 20062008

Femmes Hommes Total

Tauxa IC 95 %b Tauxa IC 95 %b Tauxa IC 95 %b

Total général 289 279299 234 225243 263 256270

Territoire

Armentières 284 244323 211 176247 249 222275

Cambrai 327 285369 266 226305 297 269326

Douai 291 259323 245 215276 269 247291

Dunkerque 244 217272 223 196250 234 215253

Lille 278 260297 220 202237 251 238263

Maubeuge 289 257322 257 226289 274 251297

Roubaix 297 264329 220 190250 261 238283

Tourcoing 264 231297 186 157215 227 205249

Valenciennes 339 310368 282 254309 312 292332

Classe dâge

1019 ans 299 273324 125 109142 210 195225

2039 ans 345 326364 342 323361 343 330357

4059 ans 381 360401 270 252287 326 313340

60 et plus 96 85108 74 6286 87 7996

aTaux bruts de morbidité pour 100 000 habitants (source : Insee, recensement de la population 2007, exploitation principale).

bIC 95 % : intervalle de confiance à 95%.

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élevés. À l’inverse sont plus épargnés les secteurs de Grave- lines, La Madeleine, Halluin — Quesnoy-sur-Deûle, Villeneuve-d’Ascq, Seclin et Cysoing.

Une corrélation élevée (r= +0,66, p< 0,001) peut être observée entre le RSM de TS et le score de défavorisation sociale (Fig. 6).

Durant les trois années de l’étude, 1 942 personnes tentent de se suicider plusieurs fois, soit 11,1 % des personnes iden- tifiables : 7,8 % des personnes réalisent deux TS, 1,8 % trois tentatives et 1,5 % quatre et plus.

L’analyse bivariée fait apparaître que les femmes suici- dantes font moins de récidives que les hommes, et que ce Fig. 5 Ratios standardisés de morbidité (RSM) suicidaire pour 100 000 habitants de plus de dix ans selon le territoire. Référence 100 = département du Nord

0 5 10 15 20 25

55 75 95 115 135

Scorededéfavorisaonsociale

Ra o standardisé de morbidité suicidaire r=0,66 – p<0,001

Fig. 6 Corrélation entre les ratios standardisés de morbidité suicidaire et les scores de défavorisation sociale des territoires du département du Nord

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sont les 40–59 ans qui réitèrent le plus souvent leur geste (Tableau 2). La régression logistique ajustée par sexe, âge et territoire, confirme la liaison significative avec l’âge et le sexe : les femmes (OR = 0,85 ; IC 95 % : 0,78–0,94) sont protégées par rapport aux hommes, alors que les 40–59 ans sont les plus exposés à la récidive suicidaire (OR = 1,64 ; IC 95 % : 1,39–1,94). Les habitants de deux territoires sont eux aussi significativement plus exposés : ceux de Lille (OR = 1,28 ; IC 95 % : 1,04–1,58) et ceux de Valenciennes (OR = 1,31 ; IC 95 % : 1,05–1,64).

Parmi les récidivants, 71,3 % réitèrent leur geste moins de six mois après (1 088 sur les 1 525 personnes pour lesquelles la dernière tentative intervient avant le 30 juin 2008, afin de disposer d’un recul d’au moins six mois) ; sexe, âge et terri- toire d’assurance maladie n’introduisent pas de différence significative dans cette proportion (χ2avecp> 0,05).

Discussion

La base de données sur l’activité de régulation téléphonique du Samu du Nord en 2006–2008 a fait l’objet d’une extrac- tion ; ont été retenus les enregistrements où la TS était évo- quée en cause ou dans les remarques. Vingt-trois mille deux cent treize tentatives chez des sujets de dix ans et plus ont été

analysées (soit 21 par jour pendant la période de l’enquête) ayant concerné 17 508 personnes distinctes ; le taux de répé- tition en trois années s’élève à 11,1 %. Notre étude fait appa- raître une temporalité très spécifique de la TS : ce sont les mois de mai—et dans une moindre mesure, de janvier, la soirée, les dimanches et les jours fériés qui donnent lieu au plus grand nombre de gestes. Cette temporalité est identique à celle retrouvée dans une étude multicentrique européenne et une autre étude polonaise (qui font ressortir le printemps, les dimanches et les fins de soirée) [10,11]. Comme pour le suicide, ce sont donc à des moments socialement appréciés (congé hebdomadaire, retour du printemps…) que le sujet va ressentir le plus péjorativement sa situation individuelle, ren- due plus difficilement supportable par l’écart perçu entre situation du plus grand nombre et ressenti personnel.

La défavorisation sociale du territoire d’appartenance, mesurée à partir de trois variables exprimant une situation matérielle (absence de diplôme, taux de chômage et faibles revenus) et de trois variables mesurant la situation sociore- lationnelle (solitude, veuvage/divorce et monoparentalité), influence fortement (r= +0,66) le niveau de TS. Les territoi- res les plus défavorisés, dans le sud-est du département du Nord principalement, mais également à Roubaix et à Loos- Haubourdin dans la métropole lilloise, sont aussi ceux où sont enregistrés le plus de tentatives.

Tableau 2 Facteurs influençant la répétition de la tentative de suicide

Part de récidivants (trois années) Régression logistique sur récidive = oui

n % p Odds ratio

[IC 95 %]a

p

Hommes 998 12,1 < 0,001 1

Femmes 1 043 10,4 0,85 [0,780,94] < 0,001

1019 ans 183 8,1

< 0,001

1

2039 ans 814 11,0 1,36 [1,151,61] < 0,001

4059 ans 851 12,8 1,64 [1,391,94] < 0,001

60 ans et plus 94 7,7 0,94 [0,721,21] 0,61

Armentières 107 10,6

0,30

1,15 [0,871,52] 0,31

Cambrai 115 9,3 1

Douai 190 11,0 1,19 [0,941,52] 0,16

Dunkerque 170 10,0 1,07 [0,841,37] 0,59

Lille 529 11,7 1,28 [1,041,58] 0,02

Maubeuge 181 10,8 1,18 [0,921,51] 0,19

Roubaix 179 11,2 1,23 [0,961,57] 0,10

Tourcoing 138 11,3 1,24 [0,961,61] 0,10

Valenciennes 333 11,8 1,31 [1,051,64] 0,02

aIC 95 % = intervalles de confiance à 95 %.

Exemple de lecture : 10,4 % des femmes suicidantes font plus dune tentative de suicide durant la période détude (20062008) ; par rapport aux hommes (référence pour cette variable), elles ont un risque de récidive de près de 15 % inférieur à celui des hommes (0,85).

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Concernant leurs auteurs, alors que le taux annuel de ten- tative pour 100 000 habitants se situe à 263, celui des fem- mes (289) et des sujets âgés de 20–39 ans (343) apparaît comme beaucoup plus élevé. Le ratio entre le nombre de tentatives repérées par notre travail et celui des décès par suicide s’établit à 15 pour 1, mais connaît de très forts écarts selon le sexe (30 pour 1 chez les femmes) et diminue assez régulièrement avec l’âge ; les femmes de 15–24 ans connais- sent un ratio record de 171 tentatives pour un décès.

La répétition de la tentative durant les trois années de l’étude est enregistrée chez un peu plus d’une personne sur dix (11,1 %) ; les hommes sont plus concernés que les fem- mes, alors que ce sont les 40–59 ans qui réitèrent le plus leur geste. Parmi ceux qui renouvellent leur geste, plus de sept sur dix le font dans le semestre qui suit la première tentative.

En 2002, sur la base de 91 000 TS non arrivées directe- ment aux services des urgences [1] et d’une population du département du Nord représentant 4,3 % de celle de la France métropolitaine, il y aurait eu 3 909 tentatives dans le Nord. Le chiffre obtenu par notre enquête (7 738 en moyenne annuelle 2006–2008) est très largement supérieur à celui estimé en 2002. Ce plus grand nombre de tentatives est corroboré par les résultats de l’enquête SMPG qui éta- blissaient à 9,7 % la part de la population du Nord- Pas-de-Calais déclarant avoir fait au moins une TS durant sa vie, contre 8 % dans les autres régions françaises [3]. Mais une autre enquête en population générale auprès des 12–25 ans obtenait un taux de TS durant la vie identique de 5,0 % dans le Nord-Pas-de-Calais et en France en 2005, alors qu’en 2000 il était supérieur dans la région (6,6 % vs 5,8 % en France) [12].

L’utilisation de bases de données recueillies en routine présente indéniablement un intérêt économique par rapport aux enquêtes spécifiques, puisque leur alimentation est jus- tifiée par les besoins du service et ne nécessite pas de bud- gets complémentaires ; elles sont par ailleurs alimentées en permanence et peuvent être consolidées dans des délais courts. Cette source est donc particulièrement utile pour appréhender un geste souvent considéré comme indicateur d’une souffrance psychique, son évolution temporelle et sa répartition géographique.

Cependant, l’exhaustivité des cas ne peut être garantie : les TS qui n’ont pas donné lieu à un appel au Samu ou qui n’ont pas été enregistrées comme telles ne sont pas prises en compte, ce qui pourrait expliquer que le nombre de TS enre- gistré dans la base des régulations des appels d’urgence est inférieur à celui retrouvé par une enquête spécifique dans le même service un jour donné [2].

Conclusion

Le suivi des TS régulées par un service comme le Samu– Centre 15 présente un réel intérêt épidémiologique et de santé publique ; si les chiffres qui en émanent ne peuvent prétendre à une exhaustivité du nombre de gestes suicidaires, et sous l’hypothèse d’un taux de couverture constant dans le temps et dans l’espace, ils rendent compte d’une réalité départementale et infradépartementale et peuvent être suivis à la fois comme indicateur d’une souffrance psychique à un momentt, et utilisés pour apprécier les résultats de program- mes de prévention.

Conflits d’intérêt : les auteurs déclarent ne pas avoir de conflit d’intérêt.

Références

1. Mouquet MC, Bellamy V, Carasco V (2006) Suicides et tenta- tives de suicide en France. Ministère de la Santé, études et résul- tats, no488

2. Alexandre JY, Boss V, Danel T, et al (2009) Enquête sur les ten- tatives de suicide dans le Nord-Pas-de-Calais. Soins Psychiatrie 30(263):8

3. Danel T, J Vilain J, Roelandt JL, et al (2010) Risque suicidaire et tentative de suicide en Nord-Pas-de-Calais. Enseignements de lEnquête santé mentale en population générale. Encéphale 36 (Suppl 3):3957

4. Bernal M, Haro JM, Bernert S, et al (2007) Risk factors for sui- cidality in Europe: results from the ESEMED study. J Affect Disord 101:2734

5. Cedereke M, Öjehagen A (2005) Prediction of repeated parasui- cide after 112 months. Eur Psychiatry 20:1019

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9. Pampalon R, Raymond G (2000) Un indice de défavorisation pour la planification de la santé et du bien-être au Québec. Mala- dies chroniques au Canada, volume 21, no3

10. Polewka A, Szkolnicka B, Targosz D, et al (2004) Fluctuations and seasonality in suicidal attempts. Przegl Lek 61:26973 11. Jessen G, Andersen K, Arensman E, et al (1999) Temporal fluc-

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12. Drass et Ddass Nord-Pas-de-Calais (2007) Les jeunes de 12 à 25 ans dans le Nord-Pas-de-Calais. Baromètre santé. Premiers résultats, Lille http://nord-pas-de-calais.sante.gouv.fr/statistiques/

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Références

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