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Un portrait authentique du Cardinal Schinner

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Academic year: 2022

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UN PORTRAIT AUTHENTIQUE DU CARDINAL SCHINNER

IL faut avouer que les portraits de Schin- ner, connus jusqu'ici, répondent bien peu à l'image que se font du fameux Cardinal ceux qui ont étudié de près cette grande figure de notre histoire, et qui se le re- présentent a u t r e m e n t que monté sur un palefroi et brandissant en é n e r g u m è n e , la lance ou l'estoc.

Il est difficile, en effet, de reconnaître dans le gros paysan, absolument ahuri sous une pourpre d'em- prunt, que nous montre la galerie des évêques du couvent des P . P . C a p u c i n s , de Sion, un des h o m m e s les plus remarquables de son t e m p s , de se dire que cet œil inintelligent a vu clair comme personne dans la politique tortueuse de son é p o q u e ; que de cette bouche niaise sont tombées des paroles d'une élo- quence irrésistible, de l'aveu de tous ses historiens!

N'oublions pas que Schinner était un prélat de la Renaissance, un diplomate r o m p u aux finesses du

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8 ANNALES VALAISANNES

métier, le familier des cours, l'ami et le correspon- dant des esprits les plus cultivés : théologiens, phi- losophes, humanistes, du commencement du sei- zième siècle.

Or, si l'on doit se garder de juger les hommes sur la mine, si beaucoup de personnages illustres — sans excepter Alexandre-le-Grand et Charlemagne — ont été peu favorisés sous le rapport du physique, on ne se les représente pas cependant avec l'air hébété et la tournure grotesque que des peintres maladroits ou peut-être malintentionnés, ont prêté au vaincu de Marignan. Le reflet du génie est toujours visible, même sur le visage le plus disgracié, et certains por- traits, dus au pinceau du profond phsychologue qu'é- tait Holbein, nous en fournissent absolument la preuve.

Très sceptique, à l'égard de la ressemblance des nombreux portraits de Schinner que nous possédons en Valais, et que je tenais tout au plus pour de mé- chantes copies d'un original disparu, je finis par me persuader que ce dernier avait été détruit lors de l'in- cendie de Tourbillon, avec tant d'autres richesses, lorsqu'un ami, M. Durrer, le très érudit archiviste de Stanz, crut l'avoir retrouvé à Côme, dans la col- lection des marquis Rovelli.

Occupé à réunir des matériaux pour son Histoire de la garde suisse des papes, M. Durrer poursuivait incidemment le même objet que moi, mais avec plus de succès, comme j'ai pu m'en convaincre dans la suite, en me rendant à Côme même.

Grâce à l'extrême obligeance de M. Guissani, ins-

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LE CARDINAL SCHINNER

D'après le portrait de l'ancien musée Jovinianum à Côme.

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pecteur provincial des m o n u m e n t s historiques, qui m'introduisit dans le palais Rovelli dont le proprié- taire était absent à ce moment-là, il me fut donné d'examiner attentivement la peinture qui fait le sujet de cette communication, et même d'en prendre un croquis. C'est ce qui m'a permis de relever un ou deux détails qui m'avaient échappé sur la r e p r o - duction en phototypie du tableau, et de r e m a r q u e r par exemple, q u e , contrairement à ce que nous mon- trent toutes les autres effigies, Schinner, bien que relativement jeune, avait déjà les cheveux blancs.

Le portrait de Côme est pour moi d'une authen- ticité incontestable, puisqu'il provient de la fameuse galerie de l'historien Paul Jove. Celui-ci, d'abord médecin du cardinal Jules de Médicis, puis évèque de Nocère, avait connu personnellement le Cardinal de Sion qu'il avait rencontré à plusieurs reprises, aux diverses époques de sa vie; il savait donc à quoi s'en tenir sur le degré de fidélité de cette peinture au bas de laquelle se lit en toutes lettres l'inscription

peinte et repeinte : MATTHAEVS CARDINALIS SEDVNENSIS, et qu'il a, du reste, fait reproduire,

en tête de son Elogia virorum bellica virtute illus- trium .

C'est donc un document historique du plus haut intérêt pour nous, et tout imparfait qu'il soit, et en dépit des retouches qu'il a subies, ce portrait est a u - trement plus expressif, plus suggestif, que les ré- pliques que nous en possédons.

Le nez, énergiquement aquilin, est d'une ligne très pure, et ne rappelle en rien le profil de bélier

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des copies; sous le sourcil argenté, le regard, calme et profond, conserve toute sa valeur. La bouche, très mince et quelque peu narquoise, fait songer à ces mots de François Ie r au pape Clément V I I , lors de l'entrevue de Bologne : « L'éloquence du Cardinal de Sion m'a donné plus de tablature que toutes les piques de ses c o m p a t r i o t e s ! », et tout le visage res- pire une distinction que les contemporains de Schin- ner se plaisaient déjà à reconnaître, et qui fit grande impression sur le Sénat de Venise. Il n'est pas jus- qu'aux rapports confidentiels des officiers bâlois à la bataille de Pavie qui ne parlent de l'allure imposante du cardinal guerrier dont l'affabilité envers ses com- patriotes s'alliait toujours à beaucoup de réserve et de dignité.

O n ne saurait, au point de vue iconographique, attacher trop d'importance aux monnaies de Schin- ner, dont la frappe est si imparfaite, si barbare, qu'elles ne peuvent avoir la prétention de reproduire fidèlement les traits du modèle. E n présence de ce prélat à la large face épicurienne, au cou de taureau, on s'est m ê m e d e m a n d é si le médailliste n'avait pas voulu simplifier sa tâche, en substituant sans façon à la figure de Schinner celle du pape Alexandre VI, dont ces monnaies se rapprochent étrangement. (V.

le portrait d'Alexandre V I , par Pinturrichio).

N o u s n'insistons ici que sur la valeur documentaire du portrait de C ô m e . Cette toile, de 0.82 cent, sur o,57, n'est a s s u r é m e n t point une œuvre d'art, et ne semble pas avoir été peinte d'après nature, bien que sa facture décèle une certaine habileté. Ce n'est p r o -

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bablement q u ' u n e copie, mais copie ou original, elle est bien supérieure à tous les autres portraits, qui depuis cette époque, ont été censés représenter le cardinal Mathieu Schinner, et sans doute bien plus près de la réalité.

Ceux de la galerie des évêques au couvent des P . P . Capucins de Lucerne, comme celui de la salle de la Bourgeoisie à Sion -que, ni les uns ni les au- tres, ne remontent au delà du dix-septième siècle — n'en sont que de maladroites imitations, ainsi que je l'ai déjà dit. On ne s'est m ê m e pas gêné pour grati- fier Schinner d'une barbe qu'il n'a jamais portée, et pour agrémenter son costume d'un col qui est un anachronisme, à la place de l'hermine, débordant de la pourpre cardinalice, sur l'original de C ô m e .

M. D u r r e r a cru voir une certaine analogie entre le portrait de Côme et le soi-disant cardinal Alidosi du musée de P r a d o , à Madrid. S'agit-il d'un seul et même personnage, et Schinner aurait-il posé devant Raphaël ? C'est là une hypothèse attrayante et qui peut se soutenir mais p o u r se prononcer avec certi- tude, pour voir dans cette ressemblance autre chose qu'une simple coïncidence, une parenté physique accidentelle, il faut attendre que la découverte de quelque autre effigie authentique de l'illustre Valai- san nous fournisse un nouveau point de comparaison.

J. MORAND, archéologue cantonal.

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