R EVUE DE STATISTIQUE APPLIQUÉE
P. T HIONET
Note sur un point de technique statistique appliquée à l’industrie
Revue de statistique appliquée, tome 12, n
o1 (1964), p. 75-84
<
http://www.numdam.org/item?id=RSA_1964__12_1_75_0>
© Société française de statistique, 1964, tous droits réservés.
L’accès aux archives de la revue « Revue de statistique appliquée » (
http://www.sfds.asso.fr/publicat/rsa.htm
) implique l’accord avec les conditions générales d’uti- lisation (
http://www.numdam.org/conditions). Toute utilisation commerciale ou im- pression systématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou im- pression de ce fichier doit contenir la présente mention de copyright.
Article numérisé dans le cadre du programme
NOTE SUR UN POINT DE TECHNIQUE STATISTIQUE
APPLIQUÉE A L’INDUSTRIE
P. THIONET
Professeur
sanschaire. Faculté des
Sciencesde
PoitiersLa
présente
Note concerne latechnique
de décision sur échantillon utilisée sous le nom de"carte
decontrôle"
dans l’industrie(contrôle
sta-tistique
des fabrications ensérie).
La
technique classique
étantjugée
à certainségards insuffisante ,
on
se proposed’exposer
et decompléter
une méthode due à E. S. PAGE(1)
~ tendant à son amélioration.1. LA
TECHNIQUE CLASSIQUE
La
conception
du contrôle dequalité
est voisine de celle dujuge-
ment
(test)
sur échantillons. Uneproduction
étantfragmentée
parlots , chaque
lot étantreprésenté
par sonéchantillon,
on décide finalement(sur échantillon)
si le lot est ou nonacceptable.
Ici,
la décision est un peu différente :laisser la machine tourner - ou bien arrêter la machine.
Souvent,
lejugement
estporté
au vu de laproportion
depièces
dé-fectueuses dans l’échantillon
("jugement
par tout ourien").
Ici on envisa- ge au contraire une variableX, prenant
des valeurs xl, x 21 ...., 1 xn sur les Npièces-échantillon :
x
est la moyenne desx,
échantillons.Les x sont
supposés
distribués suivant une loi de Gauss d’écart-type
constant. Des informationsantérieures,
on ne retient que la valeur à donner à 6.La moyenne de la loi de Gauss pour un
réglage
donné de la machi-ne est
désignée
par m.Si la machine est bien
réglée,
on a : mSi la machine se
dérègle,
on a :m ~ ~ (o
resteconstant).
On considère ici comme fâcheux que la nouvelle moyenne m aug- mente
trop ;
en revanche on ne fera aucuneobjection
à cequ’elle
diminue(sinon
c’est un secondproblème,
traitéégalement
parPage.).
---
(1) E.S. PAGE : Control charts for the mean of a normal population. Journal of
the Royal Statistical
Society
B, 1954, 1, p.131/35.
PAGE joint ses critiquesà celles de WEILER (A. M. S. 1952, p.
247/54)
Bien entendu, on ne connaît pas m mais
x, qui
est aussi une va-riable de Gauss de moyenne m mais
d’écart-type o/ V N.
Enpratique
on ne
prélève
àchaque réglage qu’un petit échantillon,
disons de N = 10pièces
échantillon.Désignant
alors par B une constante souvent choisieégale
à3, 09 ,
la décision que l’onprend
est dutype
suivant :arrêtez la machine
(et
faites unréglage)
continuez à
produire.
2.
CRITIQUE
DE CETTETECHNIQUE
Après WEILER,
PAGE observe que le choix de B =3, 09
et de N = 10(ou
autreroutine)
est unerègle empirique, éloignée
de toutoptimum.
Aucontraire,
le choix de B et N(autrement
dit deB/ V N
etN)
devraittenir
compte
des considérationsextrastatistiques -
disons :de considérations d’ordre
économique
et industrielAppelons production
mauvaise uneproduction
telle que :k étant choisi
d’après l’opinion
desingénieurs
et variant avec le cas con-cret étudié.
Pour certaines
productions,
il est intolérable que l’erreur deréglage (m - 4) atteigne (0,2) cr,
alors que d’autresfois,
la tolérancepeut
at-teindre 6 voire 2 c. C’est un
problème
detechnique industrielle,
et aussiun
problème
de coût :procède-t-on
auréusinage
ou, au contraire à la mise au rebut despièces gâchées ?
Il existe actuellement
plusieurs
corps de doctrinequi
tendent à in- corporer à latechnique statistique
desconcepts
de natureéconomique (des utilités,
despertes)
etpsychologique (probabilités
apriori).
Si PAGE était
Bayesien,
il considérerait la moyenne m de la ma-chine
déréglée
comme une seconde variable aléatoire(x
étant la pre-mière) ;
il ferait intervenir laprobabilité
apriori
que ledéréglage
m -dépasse
tel ou tel seuil.Apparemment,
PAGE évite des’engager
danscette voie
qui
n’estpraticable
que si l’on adéjà beaucoup
derenseigne-
ments sur le
comportement
de la machine à contrôler(hypothèse
peuréaliste pour un
consultant).
PAGE semble
plutôt disciple
de NEYMAN etPEARSON,
et s’ins-pire
de leur théorie des deuxrisques :
a = le
risque
de refuser uneproduction,
unlot, qui,
en fait estacceptable.
P
= lerisque d’accepter
uneproduction,
unlot, qui,
en fait estdétestable.
1 - P
estappelé "puissance
dutest", puissance
duprocédé
de décision.soit
le
complément
à l’unité de la fonction derépartition
d’une variable de Gauss.Ces deux
risques
sont, dans le casprésent :
a - Probabilité d’arrêter la machine bien
réglée P
= Probabilité de ne pas arrêter la machinedéréglée.
Bien
entendu, P dépend
de k.Calcul de a
et
Calcul de a : : La machine étant
supposée
bienréglée,
et par consé-quent,
m = Il, on a :Calcul de (3
: La machine étantsupposée
malréglée,
si bien queon a :
Il vient :
t1}(B -
kN)
est la"puissance
dutest".
Remarque: Dans les
applications
de la théorie deNeyman
etPearson,
une difficultéfréquente
est que la nature neprésente
pas seulement 2 états entrelesquels
on doit choisir. Dans le casprésent,
on raisonne commesi m était
égal
soit à ~ soità ~
+ k a, alors que m en fait estquel-
conque. Il faut admettrequ’on part
de la situation m - ~.(réglage
par-fait)
et que ledéréglage
seproduit petit
àpetit ;
defaçon
que, si m atteint etdépasse
P. + k (J on ait letemps
de s’enapercevoir.
Optimum
au sens de NEYMAN et PEARSONS’inspirant trop
strictement de NEYMAN etPEARSON,
on songera d’abord : soit à rendre( a
+(3) minimum,
soit à
rendre P
minimum - donc1 - P
maximum - pour a donné.On
s’aperçoit
vite que ces critères conduisent à des absurdités : Cherchons à avoir( a + (3)
minimum -~ 1 + CP(B) - cI> (B -
k1
minimum
-
Supposons
k et N donnés, donc kVN
fixé : Ce minimum suppose B infini.- Si k et B sont
donnés,
le minimumcorrespond
à N infini.De même si on
suppose ~ (B) donné,
le minimum de1 - (D (B -
k’lN) correspond
à N infini.Ceci tient à ce que a
et P
sont eux-mêmes sansgrande significa-
tion.
Optimum
au sens de PAGE .Le
grand
mérite de PAGE est d’avoir vu que lesrisques
par unité d’échantillonavaient au contraire une
signification
très claire :Il résulte de la
règle
de décisionadoptée que ~
est, pourchaque
échantillon
contrôlé,
laprobabilité
d’arrêter lamachine ;
donc (D est en moyenne laproportion
des échantillons dont le contrôle entraîne l’arrêt de la machine. Alors1/0
est le nombre moyen d’échantillons contrôlés entre 2 arrêts de machine.Ainsi
N/ 0
est le nombre moyen depièces
contrôlées entre 2 ar-rêts de machine. Posons
NI (D (u) =
L(u)
est le nombre moyen de
pièces
contrôlées(entre
deuxstop) quand
la ma-chine est bien
réglée.
est ce que devient ce nombre moyen
lorsque
la machine est franchementdéréglée,
c’est-à-direquand
ona:m= ~ + k aAlors les conditions
d’optimum posées
par PAGE sont, pour choi- sir N et B :(si
k > 0 estdonné)
Indifféremment :
Condition P : min L
(B -
kB~),
lié par L(B) =
ConstanteCondition P’ : -. max L
(B),
lié par L(B -
kB~N’) =
ConstanteAutrement dit :
(P)
: minL1
lié parL o
constant(P’) :
maxL o
lié parLl
constantInterprétation physique
Condition P : -.
pour Lb donné,
il est duplus
haut intérêt queLl
soitminimum ;
c’est-à-direqu’on
laisse passer le moinspossible
d’échantil- lons avant des’apercevoir
que la machine estdéréglée.
Condition P’ :
Lo
maximumsignifie qu’on
arrête le moins souventpossible
lamachine, lorsqu’elle
est bienréglée ;
en effet les arrêts pourréglage
entraînent alors uneperte qu’on
a intérêt à réduire.Autrement dit : raisonner pour une valeur donnée de m
équivaut
àsupposer invariable le nombre C de
pièces
contrôlées àl’heure, lorsque
la machine fonctionne. Bien entendu si la machine est bien
réglée,
onsouhaite que C soit
petit
et si elle est malréglée,
on souhaite C trèsgrand.
Calcul de
l’optimum
PAGE a
publié
les résultatsnumériques
de ses calculs effectuésavec une machine
électronique.
Nous allons au contraire leur donner trèssimplement
une formeanalytique.
On
peut
récrire les conditionsd’optimum
comme suit :Dans l’un et l’autre cas, avec :
Extrémum lié
signifie proportionnalité
des dérivéespartielles
par rap-port
à B et N.Posant
ou :
avec :
Nous avons construit par
point (sur papier millimétrique)
la courbeY - ~Y
(X)
à l’aide des tables de F(X)
et de F’(X),
c’est-à-dire des ta- bles donnantl’intégrale
de GAUSS et l’ordonnée de la courbe en cloche de GAUSS[Cf.
Table1] .
Table 1 : Valeurs de la fonction Y - ~Y
(X)
Nous avons
porté
X en abcisse et 2 Y en ordonnée(c’est-à-dire
Yavec une échelle
double).
Soit h l’écart entre les abcisses de 2points
de la courbe.
La formule
établit une
correspondance
entre lespoints
de la courbe d’abcisses(B,
B -h)
defaçon
que la cordejoignant
cespoints
M et M’ soit in- clinée à 45°.Nous avons vérifié cette
propriété
sur les donnéesnumériques
destableaux de
PAGE,
donnant pour diverses valeurs de k et L(B)
les va-leurs
"optimales"
de N et L(B - k vN).
On observequelques
désac-cords
lorsque
h =k VJÑ
assezgrand.
Or le tracé de la courbe 2 ~Y
(B) permet
une déterminationgraphi-
que de h
(B)
si h n’est pastrop petit (de façon
que la corde à 45" et la courbe secoupent franchement).
De toutefaçon
les tables de F(X),
F’(X)
et ~y(X)
sontplus précises
que le dessin.Notre
procédé
de calculparaît
doncplus précis
quel’original (et
en tout cas il est très
pratique).
Il reste en revanche trèsgrossier
sih est
petit,
c’est-à-dire B voisin de la racine del’équation :
Résultat essentiel
A toute valeur de B
correspond (quels
que soient oc,P)
une valeuroptimale
pour h = kN
Suivant le choix fait pour k
(c’est-à-dire
suivant lesexigences
desingénieurs)
il en résulte une valeuroptimale :
La lecture du
graphique permet
de trouver parexemple,
pour :sur la même
parallèle
à 45° lepoint
B - h = -0,
58 d’où :A N = 10
correspond
alors koptimal = 3, 67/ ru
c’est-à-dire :
La lecture du
graphique
nous donne d’ailleurs les résultats suivants :Remarque 1 : S’il est au fond normal
qu’on
abandonne une routine etqu’on
repense le
problème,
onpouvait pourtant
être tenté de choisir apriori
B et N de
façon
à avoir :donc :
donc :
La méthode de PAGE conduit en fait
(Cf. ci-dessus)
à :et d’autant
plus
que B lui-même estplus grand (en
raison de la forme de la fonction ’1’).
Remarque 2 :
Lorsqu’on
a des raisons de choisir kpetit,
les valeurs op- timale s :se rencontrent
également.
Apartir
d’un tableau dePAGE,
on tire faci-lement le tableau suivant :
Chaque
foisque ~ (B -
kVN)
est inférieur à0, 50,
c’est que B - kVN
estpositif.
Bien entendu N reste alors relativement faible.Remarque 3 : Comme on passe de 0 à
NI (D =
L par unesimple
divisicn,on n’a pas
jugé
utile de donner ici d’autres tableaux en fonction deLo
etL 1 (ni
d’ailleurs dereproduire
la fonction ~(B) complément
à 1 de la fonc-tion
intégrale
de GAUSSqu’on
trouvepartout).
A cesujet,
l’article de PAGE renferme de nombreux tableauxnumériques auxquels
on pourra sereporter
éventuellement.Remarque 4 :
: Onpeut objecter
que siLl
estminimum,
pour un écartm - 4 = k a ce ne
peut
être aussi le cas pour m - 4 > k a, par ex-emple :
alors que c’est un
dérèglement beaucoup plus
grave quem - 4
= k o . Le choix deLi
minimumpeut-il
entraînerqu’on s’aperçoive plus
difficilement d’un écart 2 k a que d’un écart k cr ?Ce n’est heureusement pas le cas ; car de toute
façon
on a L =N/ ~ ;
donc :
En outre on
peut
admettre que ledéréglage
estprogressif
etqu’on s’apercevra
assez vite que m - p. atteint(et dépasse)
k o.Enfin, qui
dit : écartsplus grands,
dit aussi : écarts moins vrai- semblables sans allerjusqu’à
attribuer une loi deprobabilité
à m - ~.Conclusion
La
statistique mathématique
s’estengagée depuis quelque ’temps
dans des voies ambitieuses mais où aucuneapplication pratique
n’est pas pos- sible sans se donner aupréalable
un nombre excessif de matériaux tels que :probabilités subjectives,
fonctions derisque,
etc...Il nous a paru intéressant d’étudier et
(nous l’espérons)
de clarifiercette méthode de PAGE
déjà
assez anciennequi
ne faitappel qu’à
unminimum d’éléments
exogènes (le
coefficient k detolérance)
et sembleapporter
néanmoins unprogrès
sensible auprocédé classique
de la cartede contrôle