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Chapitre 16 : Chapitre 16

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Chapitre 16 : Chapitre 16

Par PlumeDeChien Publié sur Fanfictions.fr.

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Albus savait pertinemment qu'il avait avancé ses cartes trop tôt mais heureusement Harry ne relança pas le sujet. Ils pêchèrent en silence pendant une bonne heure, pour avoir de quoi manger à midi. Père et fils ne prononcèrent pas un mot en rentrant non plus. Chacun de son côté faisait mille scénarios et suppositions sur ce qui allait se passer et comment. Albus n'était pas plus sûr de la suite des événements que Harry ne l'était.

Dès leur arrivée Harry prépara les poissons en faisant des efforts visibles pour porter son attention ailleurs que sur son fils. Albus, lui, se dirigea dans la réserve pour chercher ce qui scellerait à jamais le destin de sa relation avec son père, que ce soit en bien ou en mal.

Quand il était revenu dans le salon son père s'était subtilement arrêté. Il restait pourtant le regard fixé sur sa tâche mais tous les autres sens aux aguets. Albus avait imaginé tellement de façons de présenter cela sans blesser son père. Aucune simulation n'était concluante. Entre désinvolture, arrogance, dramatisation, colère, il n'y avait pas un ton pour traduire ce qu'il ressentait vraiment et surtout qui permettrait à son père de l'écouter jusqu'à la fin.

Il aimait avoir le contrôle de la situation mais dans ce cas précis il savait que tout lui échapperait tôt ou tard. Albus s'installa donc à table en sachant pertinemment qu'il allait avoir à faire face à un des moments les plus durs de sa vie. Il prit une profonde inspiration et son père se tourna.

- Qu'est-ce que c'est que tout ça ?

En premier lieu, la surprise, Albus l'avait prédis. Par « tout ça » son père faisait référence à la quantité respectable de nourriture qu'il venait de poser devant eux. Des soupes. Des quiches.

Des tartes. Des boissons. Des tourtes. Des ragoûts. Il les avait caché avec un sort que son père n'avait pas remarqué.

- Ce sont des choses que maman nous a envoyé.

- Ginny ? Quand ça ?

- Tous les jours depuis que nous sommes arrivés.

- Mais pourquoi les as-tu … Qu'importe on va pouvoir les manger mainten … - Non.

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Harry se stoppa net dans son mouvement. Il avait déjà le bras tendu vers un assortiment de petits gâteaux salés. Il fixait son fils qui, même sans s'en rendre compte, s'était muni de sa baguette.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? - Je ne te laisserais pas manger ça.

Outre l'interdiction en elle-même, Harry était surtout marqué par le ton ferme presque violent de son fils. Il ne comprenait plus rien à ce qui arrivait, ou ne voulait pas comprendre dans quelle direction ces actions les menaient. Albus sortit alors une petite fiole de sa poche.

- Tu vas finir par m'expliquer ce qui se passe ?

- C'est une potion que je me suis entraîné à faire avec le professeur Prince.

Albus paraissait subtilement de moins en moins sûr de lui. Il se tenait un peu moins droit et forçait la raideur de son cou pour donner une fausse impression de sûreté. En ce moment il était un volcan d'émotions que son père ne parviendrait jamais à percevoir. Il lisait cela dans ses yeux. Son père était attristé. Albus n'avait pas prévu cela, pas tout de suite en tout cas.

- Et elle fait quoi cette potion ?

Les mots calmes de son père le remmenèrent à la réalité. Que faisait-il ici ? Et s'il avait tout faux depuis le début ? Plus jamais Harry ne pourrait le supporter dans la famille. James non plus. Lily finirait sûrement pas lui pardonner mais … il aurait tellement de problèmes. Son père ferait-il en sorte que l'information ne sorte pas de cet endroit ? De toute façon il était allé trop loin pour faire marche arrière. Il allait devoir assumer son choix quel qu'en soit l'issue.

- C'est une potion de détection. Une seule goutte sur un aliment ou dans un verre provoque un changement de couleur si un certain produit est détecté.

- Et qu'est-ce que cette potion est censée détecter au juste ?

Son père savait la réponse. Il devait la savoir. Peut-être voulait-il simplement qu'il verbalise ces accusations. Comme une manière de tester sa détermination. Cela n'empêcha pas sa voix de sortir semblable aux murmures de quelqu'un au bord des larmes. C'est ce qu'il était. Et s'il avait tout faux ?

- L'amorentia et ses dérivés.

Harry ne regardait même plus la fiole. Il fixait son fils. Ses mains tremblaient légèrement. Le silence qui suivit pesa des tonnes. Harry n'osait pas lui demander de répéter, il n'avait que trop bien entendu la première fois. Albus attendait que son père fasse quelque chose, n'importe quoi, qui lui dirait comment agir ensuite mais il semblait figé dans la pierre.

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Soudain les doigts de sa main droite se décrispèrent avec les à-coups d'une tâche difficile . Il lui tendit ensuite son bras de la même façon laborieuse pour saisir le flacon que son fils tenait toujours. Albus savait qu'il aurait dû craindre que son père ne détruise tant d'heures de travail, mais il savait aussi que ce ne serait pas le cas.

Il versa, dans un mouvement presque douloureux à voir, quelques gouttes de potions sur

chacun des aliments. De là où il était Albus les vit tomber mais n'était pas à la bonne place pour les voir atteindre leur objectif.

- Alors ?, souffla Harry.

- La potion reste blanche si rien n'est anormal. Elle vire au rouge pour l'amorentia, au rose pour ses dérivés directs et au orange pour des composants similaires mais dont l'effet peut diverger et donc qui demande de plus amples analyses.

Albus s'était appliqué à réciter cela sans émotions, comme une formule apprise par cœur mais quand une larme roula le long de la joue de son père, il perdit toute contenance. Il se leva et crut que ses propres poumons ne s'ouvriraient plus jamais pour de l'air. Sur chacun des plats brillait un confetti rose vif.

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Albus n'arrivait à penser à rien. Outre sa première larme, son père n'avait eu aucune réaction.

Lui-même n'avait pas repris à respirer que quand il n'y avait plus tenu. Il commençait à voir flou et sentait le vent se lever alors même qu'ils étaient à l'intérieur. Les murs craquèrent et devant lui tous les cadeaux empoisonnés que leur avait fait sa mère gonflait comme des ballons.

Rien que de penser à elle comme « sa mère » lui donnait envie de hurler et de vomir tout à la fois. Les drôles de ballons explosèrent mais cela n'apaisa en rien la rage d'Albus. Elle avait osé commettre l'un des actes les plus ignobles au monde sur quelqu'un qu'elle appelait un ami.

Albus était malade de sentir son sang couler dans ses veines. Il préparait son plan depuis des mois mais avait toujours espéré que tout cela n'était que le fruit de son imagination. Sa tête chauffait et ses yeux piquaient.

- Albus.

La voix de son père le ramena à la réalité avec la puissance d'un coup de poing. Il sentit la bile au fond de sa gorge. Un seul mot d'Harry lui avait suffi à comprendre à quel point il était

dévasté. Ses paroles étaient monotones et ses yeux comme morts. D'un geste Albus lui confisqua sa baguette.

Le salon était un champ de bataille. Albus ne pensait pas s'être laissé aller de la sorte mais le rangement viendrait après. Il se sentit coupable mais n'eut pas le temps d'y accorder une

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pensée. Il s'approcha de son père, s'assit à ses côtés et lui passa un bras autour des épaules.

À peine eut-il fait cela que Harry s'effondra dans l'étreinte de son fils. Il cacha son visage contre son torse et demeura immobile.

Albus garda les bras autour de son père. Il aurait voulu en avoir plusieurs paires de plus pour pouvoir le couvrir tout entier, le réchauffer, le protéger, lui faire savoir qu'il était là. Il voulait que personne ne touche à son père ou ne le perturbe en cet instant.

Harry Potter. Le Garçon-qui-a-survécu. Le Sauveur. Le Héros. Une légende vivante. Pourtant contre lui, Albus ne sentait qu'une coquille vide, un être en lambeaux. Son père avait-il atteint ses limites ? Avait-il connu trop de malheur pour un seul homme dans une même vie ? Albus avait souvent espéré savoir exactement comment s'était déroulé la Bataille et quel avait été l'état d'esprit de son père lorsqu'il s'était rendu, seul, vers une mort assurée.

Il avait toujours cru qu'envers et contre tout, son père s'était alors changé en héros et avait marché vers Voldemort la tête haute et la détermination dans l'âme. Mais après tout, Harry était un homme comme les autres, il avait sûrement pleuré et maudit le destin puisqu'il en était ainsi.

Et à bien y réfléchir, il était plus probable qu'il se soit rendu dans la forêt interdite recroquevillé sur lui-même afin de ne pas dépasser de sa cape d'invisibilité. Son père était un homme comme les autres à qui il arrivait encore un malheur innommable.

Après plusieurs heures passées sans bouger, Albus attira à eux une couette avec sa baguette pour couvrir son père. Ce dernier avait une respiration lente et faible mais qu'Albus percevait sans mal dans le silence total de la pièce. Ce léger son était la seule chose qui le rassurait un temps soit peu sur l'état de son père.

Il était 5h40 le lendemain matin lorsque le ventre de Harry gronda. Albus était tenaillé par la faim depuis bien plus longtemps que cela, mais il avait l'avantage d'avoir un estomac discret. Il prépara, à distance, de quoi manger un peu. Il choisit des ingrédients assez faciles à manger mais nutritifs.

- Papa, il faut que tu manges.

- Je n'ai pas faim.

Albus eut du mal à reconnaître la voix de son propre père. Elle était rauque et sans aucune vitalité. Il n'avait pas parlé plus fort qu'un murmure et pourtant chaque mot avait résonné pour Albus comme s'il eut crié.

- Je ne te laisserais pas sans manger. Si tu ne le fais pas toi-même, je te forcerais.

Ils avaient tant été près l'un de l'autre qu'au moment où Albus s'éloigna simplement pour s'asseoir à côté de son père il ressenti un vide. Il en frissonna. Harry ne bougeait pas mais il était aurore, la gestuelle était devenue un second langage pour lui. Albus se plaça de façon à ce que son père comprenne clairement qu'il ne mangerait lui-même qu'une fois qu'Harry s'y mettrait aussi.

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Cela fonctionna. Harry commença à manger. Ses gestes étaient mécaniques et sans volonté, Albus en était attristé. Il ne savait pas quoi faire. Serait-il obligé de s'occuper de son père comme on prend soin d'un enfant jusqu'à ce qu'il retrouve ses esprits ? Il faudrait aussi qu'il écrive aux autres après cela, mais quoi dire. Cette vérité ne pouvait pas être simplement couchée sur une feuille. Devrait-il mentir alors ?

Non. Il n'écrirait tout simplement rien. De toute manière l'heure n'était pas à la rédaction. Albus évalua rapidement leurs réserves de nourritures. Évidement ils avaient largement assez pour qu'ils puissent se permettre de rester quelques jours cloîtrés ici mais la nourriture fraîche leur ferait le plus grand bien. Après les poissons de la veille, il faudrait improviser.

Mais le fil de pensées d'Albus fut stoppé au moment où Harry se leva. Albus s'était tant attendu à ce que son père reste prostré quelques heures au moins qu'il ne comprit pas tout de suite ce qui se passait. Harry n'avait rien regagné de sa vitalité mais il était debout. Albus aurait pu trouver mille explications et plus encore de motivations aux mouvements de son père mais il ne pouvait que réagir. En le regardant marcher malgré tout vers le dehors, une seule pensée traversa l'esprit d'Albus. « Et si c'était cette force-là qui avait fait de lui un héros par deux fois ».

- Tu viens Albus ? Le soleil va se lever.

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