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Texte intégral

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Vol 54:  august • août 2008 Canadian Family PhysicianLe Médecin de famille canadien

1083

Il était une fois …

Roger Ladouceur

MD MSc CCMF FCMF, RÉDACTEUR ADJOINT

C

e  mois-ci  nous  vous  présentons  dans  le Médecin de famille canadien  (MFC)  des  histoires  de  vie,  de  mort  et  de  souffrance.  L’histoire  qui  suit  est  diffi- cile à raconter puisqu’elle aborde des sujets que l’on pré- fère habituellement éviter et qui soulève un malaise: les  relations  entre  les  anglophones  et  les  francophones  au  Canada; l’utilisation de textes non médicaux et non pro- bants en médecine; un auteur tiraillé, fragile et malade; la  souffrance de l’amour et la peur de l’abandon; le suicide; 

et les médecins qui aident la mort. Bref, un ensemble de  thèmes  que  l’on  préfère  généralement  taire  (Chut!)  au  MFC mais qui méritent néanmoins qu’on s’y attarde. 

Il était donc une fois, il y a de cela plusieurs années,  lors d’un congrès de médecine familiale, un atelier pro- posant  d’utiliser  la  littérature  comme  outil  de  réflexion  et  d’enseignement  en  médecine.  Le  sujet  est  intriguant  et invitant. 

Les relations entre les médecins de famille anglophones et francophones

De prime abord, l’allure de ce conférencier surprend et  intrigue.  Il  est  anglophone  et  malgré  un  fort  accent,  il  ose  s’exprimer  dans  un  français  qu’il  a  probablement  appris au high school comme la plupart des Québécois  ont appris sa langue au collège. Il séduit par les efforts  qu’il  fait  pour  s’adresser  à  son  auditoire  dans  leur  lan- gue  maternelle.  C’est  nouveau  et  agréable.  Les  fran- cophones  d’ici  ne  sont  pas  habitués  à  tant  d’égards. 

Habituellement,  lorsque  des  médecins  de  ce  pays  se  rencontrent,  il  suffit  de  quelques  anglophones  parmi  plusieurs francophones pour que la langue des premiers  soit utilisée, peu importe la difficulté que cela pose aux  autres (Chut!). Pourtant, il suffit de peu pour plaire aux  Québécois de ce monde: un «Bonjour» et quelques mots  d’introduction  suffisent  amplement.  Alors  imaginez  l’ef- fet  produit  par  ce  médecin  unilingue  anglophone  qui  propose un atelier en français.

«De retour le 11 avril»

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Il nous invite à lire un extrait de texte d’un auteur qué- bécois que j’ignore complètement. Quel paradoxe quand  même: voilà qu’un lointain médecin anglophone me fait  découvrir un auteur de chez moi (Chut!).

La souffrance d’aimer et d’être abandonné

Il y est question d’un homme malheureux, délaissé par  son  amoureuse  partie  en  Europe  et  qui  broie  du  noir  dans les rues sombres et enneigées de Montréal. La vie  n’a plus aucun sens. Il imagine sa belle là-bas, entourée,  adulée, touchée, aimée. Et lui si seul et si déprimé. Qui  n’a pas déjà éprouvé ce puissant désir de mourir après  une  peine  d’amour,  la  disparition  d’un  être  cher  ou  le  décès d’un enfant? (Chut!)

Le suicide

Il lui écrit: «Il fallait bien que tu l’apprennes; je te le dis  crûment. Et je ne prends pas la peine de te prouver que  j’existe encore, hélas, pour te faire savoir que j’ai tenté  de m’enlever la vie!» (Tais-toi donc!)

De la participation du médecin à la mort

Mais comment peut-on mourir même lorsqu’on le désire  ardemment?  Il  va  voir  l’un  des  ses  amis,  médecin:  «Ça  faisait  plutôt  longtemps  que  je  n’avais  pas  rencontré  Olivier L., mais comme les médecins sont toujours occu- pés à ne plus savoir où donner de la tête…Olivier a pris  un bloc et s’est mis à griffonner quelques mots illisibles  [barbituriques]  …  il  m’a  fallu  quelques  secondes  pour  détacher  quelques  feuilles  d’ordonnance».  Ainsi,  sans  vraiment  le  vouloir,  sans  même  s’en  rendre  compte,  son  ami  a  rendu  possible  cette  mort  qu’il  recherchait. 

Combien  parmi  nous  ont  ainsi  contribué  à  la  mort  de  leurs patients? (Chut!) 

Hubert  Aquin  a  ainsi  pu  mourir  tel  qu’il  le  souhai- tait. Mais, comble de l’absurde, il a été «sauvé» par un  télégramme  que  lui  adressait  son  amour,  intitulé «De  retour le 11 avril» et qui a permis qu’on le découvre in  extrémis. 

C’était  il  y  a  20  ans.  J’étais  jeune,  fougueux,  vivant  et amoureux. Que d’émotions générées par cette soirée,  cette rencontre, cette lecture. Les histoires occupent une  place privilégiée dans nos vies. Elles façonnent nos exis- tences. La mienne voulait rendre hommage à un grand  médecin  anglophone  qui  ignore  la  reconnaissance  que  j’ai pour lui (et il n’est pas le seul que nous adulons) et  à un grand auteur québécois qui n’est plus là pour l’en- tendre puisqu’il s’est donné la mort en 1977.

Faut-il vraiment taire ces histoires? 

Référence

1. Aquin H. Blocs erratiques. Montréal, Qué: Les Quinzes; 1977.

CFPlus

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