r>.
On I
^
iWRP
40
G
i-iO
-M
u3
G
OI (A 01 ii
Gai
O)
N°40
1997
O)
en is
o>
Perspectives d § cumentaires
en é ltcati n
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OI (A 01 ii
Gai
O)
N°40
1997
O)
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Perspectives d § cumentaires
en é ltcati n
1997
Perspectives Documentaires
en Éducation
1997
Perspectives Documentaires
en Éducation
EN ÉDUCATION
estpublié troisfois paranparleCentredeDocumentationRecherche de
l'Institut NationaldeRecherchePédagogique
Conseillers
àla rédaction
Jean-MarieBarhier,professeur auConservatoirenationaldesarts et métiers-JackyBeillerot,professeur ensciencesdel'éducationàl'Université deParisX-Michel Bernard,professeuràl'UniversitédeParisII-
Alain Coulon,professeuren sciencesdel'éducationàl'Universitéde ParisVIII-FrançoiseCros,professeurensciences del'éducationàl'IUFM
deVersailles-Jean-ClaudeForquin,professeur ensciences del'éducationà
l'INRP- JeanGuglielmi, professeur ensciencesdel'éducationàl'Université deCaen,directeurdel'IUFMdeCaen-JeanHassenforder,professeur émériteàl'INRPetàl'UniversitédeParisV-Geneviève
Lefort
- Andrée Tiberghien, maîtrederechercheauCNRS-Lyon-GeorgesVigarello,professeurensciences del'éducationàl'UniversitédeParisV.
Rédaction
Rédacteurenchef:ChristianeÉtévé
Secrétairederédaction :Marie-FrançoiseCaplot Équipederédaction:MarlèneBa,
Monique
Caujolle,Agnès Cavalier, JacquesCottard,NancyFrosio,
Nelly
Rome, EdithSebbahÉdition & Fabrication
Informatique:ChristinePiquemal-Baluard,Thu Dung N'Guyen Maquette:JacquesSachs(couverture),PhilippeChampy (intérieur) Miseenpage:CRI-37130LaRiche
Lesopinionsexpriméesdanslesarticlesn'engagentquelaresponsabilitédesauteurs.
Lapartie bibliographiqueOuvrages etrapportsestextraitede labanque de données EMILE1(INRP-CDR).
Rédaction:Centre deDocumentationRecherchede1TNRP 29,rued'Ulm,75230ParisCedex05
-
Tél.:0146 349051Abonnements:ServicedesPublicationsde 1TNRP 29,rued'Ulm,75230ParisCedex05
-
Tél.:0146 349081EN ÉDUCATION
estpublié troisfois paranparleCentredeDocumentationRecherche de
l'Institut NationaldeRecherchePédagogique
Conseillers
àla rédaction
Jean-MarieBarhier,professeur auConservatoirenationaldesarts et métiers-JackyBeillerot,professeur ensciencesdel'éducationàl'Université deParisX-Michel Bernard,professeuràl'UniversitédeParisII-
Alain Coulon,professeuren sciencesdel'éducationàl'Universitéde ParisVIII-FrançoiseCros,professeurensciences del'éducationàl'IUFM
deVersailles-Jean-ClaudeForquin,professeur ensciences del'éducationà
l'INRP- JeanGuglielmi, professeur ensciencesdel'éducationàl'Université deCaen,directeurdel'IUFMdeCaen-JeanHassenforder,professeur émériteàl'INRPetàl'UniversitédeParisV-Geneviève
Lefort
- Andrée Tiberghien, maîtrederechercheauCNRS-Lyon-GeorgesVigarello,professeurensciences del'éducationàl'UniversitédeParisV.
Rédaction
Rédacteurenchef:ChristianeÉtévé
Secrétairederédaction :Marie-FrançoiseCaplot Équipederédaction:MarlèneBa,
Monique
Caujolle,Agnès Cavalier, JacquesCottard,NancyFrosio,
Nelly
Rome, EdithSebbahÉdition & Fabrication
Informatique:ChristinePiquemal-Baluard,Thu Dung N'Guyen Maquette:JacquesSachs(couverture),PhilippeChampy (intérieur) Miseenpage:CRI-37130LaRiche
Lesopinionsexpriméesdanslesarticlesn'engagentquelaresponsabilitédesauteurs.
Lapartie bibliographiqueOuvrages etrapportsestextraitede labanque de données EMILE1(INRP-CDR).
Rédaction:Centre deDocumentationRecherchede1TNRP 29,rued'Ulm,75230ParisCedex05
-
Tél.:0146 349051Abonnements:ServicedesPublicationsde 1TNRP 29,rued'Ulm,75230ParisCedex05
-
Tél.:0146 349081SOMMAIRE
ÉTUDES
Itinéraire de recherche
Collégiens,lycéens,étudiants:vers unesociologiedesjeunes scolarisés
parRégineBoyer 7
Chemin de praticien
Enseignerenlycéeprofessionnel:savoir-fairepédagogique, pédagogie du savoir-faire
parSimoneRannou 19
Chemins de doctorant
- "Lefrèredemonfrèren'est pas monfrère"
Étudedelarelationdefratrieetdesplacesgénéalogiques dans lafamillerecomposée
parChristianeGinsberg-Carrê 31
- Uneaventured'écrituresingulière
parAnneLazar 41
-Commenttraiterlacontradiction performative:"Soyezautonomes !" ?
parÉlianeRothier-Bautzer 55
- Lemaître-docteur:chimère, pédagogue... ?
par MarcWeisser 67
Repère bibliographique
Jeuetéducation
par GillesBrougère 79
Innovations et recherches
àl'étranger
par Nelly Rome 95
Observatoire
desthèses concernant l'éducation
123
BIBLIOGRAPHIE COURANTE
Ouvragesetrapports 145
Adressesd'éditeurs 191
Summaries 193
SOMMAIRE
ÉTUDES
Itinéraire de recherche
Collégiens,lycéens,étudiants:vers unesociologiedesjeunes scolarisés
parRégineBoyer 7
Chemin de praticien
Enseignerenlycéeprofessionnel:savoir-fairepédagogique, pédagogie du savoir-faire
parSimoneRannou 19
Chemins de doctorant
- "Lefrèredemonfrèren'est pas monfrère"
Étudedelarelationdefratrieetdesplacesgénéalogiques dans lafamillerecomposée
parChristianeGinsberg-Carrê 31
- Uneaventured'écrituresingulière
parAnneLazar 41
-Commenttraiterlacontradiction performative:"Soyezautonomes !" ?
parÉlianeRothier-Bautzer 55
- Lemaître-docteur:chimère, pédagogue... ?
par MarcWeisser 67
Repère bibliographique
Jeuetéducation
par GillesBrougère 79
Innovations et recherches
àl'étranger
par Nelly Rome 95
Observatoire
desthèses concernant l'éducation
123
BIBLIOGRAPHIE COURANTE
Ouvragesetrapports 145
Adressesd'éditeurs 191
Summaries 193
1
ETUDES
1
ETUDES
COLLEGIENS, LYCEENS,
ÉTUDIANTS :
VERS UNE SOCIOLOGIE
DES JEUNES SCOLARISÉS
Régine Boyer
La rédaction
de sonpropre itinéraire
de rechercheoffre l'opportunité d'une
mise enordre d'un trajet
profes¬sionnel. C'est
un point d'orgue qui
suspend le mouve¬ment
des enquêtes, desréunions,
desconceptions
de projets, desinterventions,
desrapports
ou articles en cours,bref de l'ordinaire. Mais
cepoint d'orgue subit néanmoins la contrainte du quotidien
:il
est éclaté, dispersé en demultiples
arrêtsde tempsinégaux etinsuffisamment
maîtrisés.Alors l'insatisfaction grandit et avec elle la tentation de renoncer d'autant que la tentative de mise en ordre se double d'une miseen scène desoi pour deslecteurs, proches ou inconnus. Jusqu'où accep- tera-t-on ledévoilement ? Pour quietpour quoi ?Lesfilspersonnels, institutionnels, scientifiques, politiques se mêlent dans la production derecherche.S'agit-ildetenteruneauto-socio-analyse ?
L'entrée dans levif du sujetestrégulièrementprécédée del'énoncé dequestions etréticences suscitéespar larédaction d'un itinérairede recherche. Je n'y aurais pas manqué. Mais est-ce la rhétorique d'un nouveau genre ou une réelleinterrogation surles finalités eteffets de cetterubrique?
Itinéraire de recherche
Perspectivesdocumentaires enéducation,n°40, 1997
COLLEGIENS, LYCEENS,
ÉTUDIANTS :
VERS UNE SOCIOLOGIE
DES JEUNES SCOLARISÉS
Régine Boyer
La rédaction
de sonpropre itinéraire
de rechercheoffre l'opportunité d'une
mise enordre d'un trajet
profes¬sionnel. C'est
un point d'orgue qui
suspend le mouve¬ment
des enquêtes, desréunions,
desconceptions
de projets, desinterventions,
desrapports
ou articles en cours,bref de l'ordinaire. Mais
cepoint d'orgue subit néanmoins la contrainte du quotidien
:il
est éclaté, dispersé en demultiples
arrêtsde tempsinégaux etinsuffisamment
maîtrisés.Alors l'insatisfaction grandit et avec elle la tentation de renoncer d'autant que la tentative de mise en ordre se double d'une miseen scène desoi pour deslecteurs, proches ou inconnus. Jusqu'où accep- tera-t-on ledévoilement ? Pour quietpour quoi ?Lesfilspersonnels, institutionnels, scientifiques, politiques se mêlent dans la production derecherche.S'agit-ildetenteruneauto-socio-analyse ?
L'entrée dans levif du sujetestrégulièrementprécédée del'énoncé dequestions etréticences suscitéespar larédaction d'un itinérairede recherche. Je n'y aurais pas manqué. Mais est-ce la rhétorique d'un nouveau genre ou une réelleinterrogation surles finalités eteffets de cetterubrique?
Itinéraire de recherche
Perspectivesdocumentaires enéducation,n°40, 1997
La recherche contre renseignement ?
J'aurais dû devenir professeur de philosophie. Le
suivi
d'études supérieures dans cette disciplinepouvait-il
mener unefille
ailleurs, sur leplan
professionnel, au milieu des années 60 ? Le professorat étaitlaprofession lamieuxacceptéeparlesparents,lesmiens en toutcas;
il
cumulaitlavisibilité
socialeetcequi leur apparaissaitcomme unengagementàmi-temps.Leplein-temps professionneldesfemmesn'était
pas répandu autour de nous,ni
ailleurset, de plus, celles-là étaient souventcélibataires. Ce n'étaitpas un avenir concevable. Si travail il yavait, ilnepouvaitêtrequesubordonnéauxautresetvrais aspectsde lavied'unefemme.Mesparentsignoraient, faut-illepréci¬ser,lesconditionsconcrètesdel'exerciceduprofessorat.
D'après Les héritiers, j'avais 15% dechances objectives de pour¬
suivre
des études supérieures et un avenir plus que probable en Lettres. J'avaischoisila philosophieparceque, selon l'expérience que m'en avaitdonnéemonprofesseurdeterminale, ony
posaitdesques¬tionsexistentielles. Le souci dela conversion professionnelle de mes diplômes m'était alors complètementétranger, mais je crois que je savaisquejenevoulaispas êtreprofesseur.
Laconfrontationdemesinterrogationsdejeuneprovincialeavec les enseignements de licence à la Sorbonne et les conditions dans les¬
quellesils sedéroulaient furentrudes.
Il
n'estpeut-êtrepasinutile
de rappeler, en 1997, que les amphisd'alors
craquaient, que les TD regroupaientjusqu'à une centaine d'étudiants, du moins au premier trimestre. Deplus, l'enseignement dephilosophieparisien abritait un nombreimportantdevieuxmessieurs,extrêmement savants et distin¬gués, qui s'adressaient à d'indignes et incultes sujets. Alors le choix des cours utiles,
pour
l'examen s'entend, occupait etévitaitde réflé¬chir
sur l'aventure intellectuelle qu'on croyait avoir choisi de vivre.L'utilitarisme
àcourt
terme et les tentativesd'affiliation
au métier d'étudiant(1)dominaientlespréoccupations denombred'entrenous, quiprenions conscience delasévéritédelasélection, danslesspéciali¬tésproprementphilosophiques dumoins.
La rencontre, obligatoire alors, avec l'enseignement de sociologie me
fournit
l'occasion de développer l'intérêt intellectuel voué à mes études etd'ébaucher un
projet professionnel. Les cours de J.-C.Passeron etles travauxpratiquesd'enquête organisésparC.Grignon m'imposèrent l'existence de régularités objectives indépendantes des
La recherche contre renseignement ?
J'aurais dû devenir professeur de philosophie. Le
suivi
d'études supérieures dans cette disciplinepouvait-il
mener unefille
ailleurs, sur leplan
professionnel, au milieu des années 60 ? Le professorat étaitlaprofession lamieuxacceptéeparlesparents,lesmiens en toutcas;
il
cumulaitlavisibilité
socialeetcequi leur apparaissaitcomme unengagementàmi-temps.Leplein-temps professionneldesfemmesn'était
pas répandu autour de nous,ni
ailleurset, de plus, celles-là étaient souventcélibataires. Ce n'étaitpas un avenir concevable. Si travail il yavait, ilnepouvaitêtrequesubordonnéauxautresetvrais aspectsde lavied'unefemme.Mesparentsignoraient, faut-illepréci¬ser,lesconditionsconcrètesdel'exerciceduprofessorat.
D'après Les héritiers, j'avais 15% dechances objectives de pour¬
suivre
des études supérieures et un avenir plus que probable en Lettres. J'avaischoisila philosophieparceque, selon l'expérience que m'en avaitdonnéemonprofesseurdeterminale, ony
posaitdesques¬tionsexistentielles. Le souci dela conversion professionnelle de mes diplômes m'était alors complètementétranger, mais je crois que je savaisquejenevoulaispas êtreprofesseur.
Laconfrontationdemesinterrogationsdejeuneprovincialeavec les enseignements de licence à la Sorbonne et les conditions dans les¬
quellesils sedéroulaient furentrudes.
Il
n'estpeut-êtrepasinutile
de rappeler, en 1997, que les amphisd'alors
craquaient, que les TD regroupaientjusqu'à une centaine d'étudiants, du moins au premier trimestre. Deplus, l'enseignement dephilosophieparisien abritait un nombreimportantdevieuxmessieurs,extrêmement savants et distin¬gués, qui s'adressaient à d'indignes et incultes sujets. Alors le choix des cours utiles,
pour
l'examen s'entend, occupait etévitaitde réflé¬chir
sur l'aventure intellectuelle qu'on croyait avoir choisi de vivre.L'utilitarisme
àcourt
terme et les tentativesd'affiliation
au métier d'étudiant(1)dominaientlespréoccupations denombred'entrenous, quiprenions conscience delasévéritédelasélection, danslesspéciali¬tésproprementphilosophiques dumoins.
La rencontre, obligatoire alors, avec l'enseignement de sociologie me
fournit
l'occasion de développer l'intérêt intellectuel voué à mes études etd'ébaucher un
projet professionnel. Les cours de J.-C.Passeron etles travauxpratiquesd'enquête organisésparC.Grignon m'imposèrent l'existence de régularités objectives indépendantes des
consciencesetvolontésdesindividus. Cetterévélationouvrit unappé¬
tit nouveau deconnaissance,à acquérir etmonnayer néanmoins dans le cadre universitaire. C'est ainsi que j'entrepris de faire accepter la préparation d'un mémoire de sociologie pour l'obtention d'une maî¬
trised'enseignement dephilosophie;lescirconstances decréationdu diplôme de maîtrise m'aidèrent sans doute comme l'ouverture de G. Balandier,déjàcélèbreprofesseuretdirecteurdesCahiersinternatio¬
nauxde sociologie. Ce premier travail de recherche, pourtant appré¬
cié(2), me fit surtoutsaisirl'étenduedemon ignoranceen matière de sociologieetrechercherdesréponsesà laquestion"commentdevenir sociologue etoù?".
Jenesaisplus commentj'appris l'existenced'un enseignementpré¬
paratoire à la recherche en sciences sociales à l'École Pratique des Hautes Études. C'étaitunesortedeDEAavantl'heuredont lesensei¬
gnements s'étendaient sur deux années. J'acquis là une formation éclectique dans un univers cosmopolite, puisqu'étudiants français et originaires d'Europe du sud, d'Amérique latine ou du Nord s'y côtoyaient. La diversité des enseignants nous amenait à étudier avec sérieux les écrits de Marx, Althusser et Poulantzas, à commenter et tenterd'incorporer "lemétierdesociologue", et, toutautant, à assimiler
"l'analyse empirique de la causalité" et les connaissances en mathéma¬
tiquesetstatistiquesqu'elleexigeait.
Une entrée tâtonnante dans la vie active
Au début des années 70, le marché du travail en sciences sociales était passablement fermé. Du moins lesvoies royales des universités parisiennesetduCNRS. Des filesd'attenteseconstituaient au travers des chargesde cours à l'universitéetdes vacationsau CNRS. J'ai été de ces chargés de cours de 1er cycle, "maîtres-auxiliaires" du supé¬
rieur, mais les délais incertains de l'insertion, l'âpreté de la compéti¬
tionetl'opacitédescritères derecrutementmedécouragèrent. L'offre, et
l'acceptation, d'un bref contrat
àdurée déterminée
àl'OFRATEME(3) définirent alors les contours d'uneentrée dans une certaine forme de recherche, d'une spécialisation en sociologie et d'unethématique detravail.
Des instituts et services dépendants de l'administration consti¬
tuaient en effet un marché du travail de rechange pourles aspirants chercheurs en sciences sociales. Il s'agissait d'instancescommandi- consciencesetvolontésdesindividus. Cetterévélationouvrit unappé¬
tit nouveau deconnaissance,à acquérir etmonnayer néanmoins dans le cadre universitaire. C'est ainsi que j'entrepris de faire accepter la préparation d'un mémoire de sociologie pour l'obtention d'une maî¬
trised'enseignement dephilosophie;lescirconstances decréationdu diplôme de maîtrise m'aidèrent sans doute comme l'ouverture de G. Balandier,déjàcélèbreprofesseuretdirecteurdesCahiersinternatio¬
nauxde sociologie. Ce premier travail de recherche, pourtant appré¬
cié(2), me fit surtoutsaisirl'étenduedemon ignoranceen matière de sociologieetrechercherdesréponsesà laquestion"commentdevenir sociologue etoù?".
Jenesaisplus commentj'appris l'existenced'un enseignementpré¬
paratoire à la recherche en sciences sociales à l'École Pratique des Hautes Études. C'étaitunesortedeDEAavantl'heuredont lesensei¬
gnements s'étendaient sur deux années. J'acquis là une formation éclectique dans un univers cosmopolite, puisqu'étudiants français et originaires d'Europe du sud, d'Amérique latine ou du Nord s'y côtoyaient. La diversité des enseignants nous amenait à étudier avec sérieux les écrits de Marx, Althusser et Poulantzas, à commenter et tenterd'incorporer "lemétierdesociologue", et, toutautant, à assimiler
"l'analyse empirique de la causalité" et les connaissances en mathéma¬
tiquesetstatistiquesqu'elleexigeait.
Une entrée tâtonnante dans la vie active
Au début des années 70, le marché du travail en sciences sociales était passablement fermé. Du moins lesvoies royales des universités parisiennesetduCNRS. Des filesd'attenteseconstituaient au travers des chargesde cours à l'universitéetdes vacationsau CNRS. J'ai été de ces chargés de cours de 1er cycle, "maîtres-auxiliaires" du supé¬
rieur, mais les délais incertains de l'insertion, l'âpreté de la compéti¬
tionetl'opacitédescritères derecrutementmedécouragèrent. L'offre, et
l'acceptation, d'un bref contrat
àdurée déterminée
àl'OFRATEME(3) définirent alors les contours d'uneentrée dans une certaine forme de recherche, d'une spécialisation en sociologie et d'unethématique detravail.
Des instituts et services dépendants de l'administration consti¬
tuaient en effet un marché du travail de rechange pourles aspirants chercheurs en sciences sociales. Il s'agissait d'instancescommandi-
tairesetproductrices d'études, leplussouvent orientées versl'actionà
court terme. L'OFRATEME, organisme sous tutelle
du
Ministère de l'Éducationnationale,abritaitainsiundépartement derecherchedont les travaux ne relevaientexplicitement d'aucune discipline universi¬taire,mais devaient analyserlesconditionsd'introductionetd'appro¬
priation
del'audiovisuel
etdel'informatique
dans l'enseignement.Éclairer les décideurs et contribuer à
définir
des plans de formation opérationnels pour les enseignants constituaientles objectifs du ser¬vice,dumoins ceux que j'apercevais.
Quelquessemaines avantl'issue demon contrat,J. Perriault,direc¬
teurdudépartement mefit unepropositiondéterminante. Unesociété d'étudessouhaitant répondreà un appel d'offresduCNRS enparte¬
nariat avec un organisme d'État,
l'avait
sollicité pourune collabora¬tion.
Il m'invitait
àtravailler
avec cette équipe extérieure, faisantvaloir
que,sinousétionssélectionnés, jepourraisêtreengagéeàplein tempspourdeuxans.J'acceptailapropositionet,dansla mesureoùle projet fut effectivement retenu, commençai à devenir, pour moi et pourd'autres, sociologuedel'éducation.L'appel d'offresportaitsur la concurrence des modes deformation
etd'information
scolaire et extra-scolairechez les adolescents.Cettethématique, imposée,fut
tout aussi déterminante dans mon itinéraire puisquej'en
ai conservé la trame au traversdenombreuxavatarsinstitutionnels.Culture de classe, culture "jeune"
et culture scolaire
Lethème del'appeld'offresrenvoyaitàundiscoursambiantsur,à
la fois, la
multiplication
des lieuxinformatifs
et éducatifs (médias notamment) et l'émergence d'une culture "jeune". L'investigation menée a été limitée à des élèves de l'enseignement professionnel et industrielpourdecomplexes raisonsinstitutionnelles.Il
en estressorti néanmoins un premier enseignement. "L'adolescent", "le jeune"étaient des artefacts car l'appartenance sociale de ces élèves, tous d'origine ouvrière, infléchissait l'ensemble des résultats.
Au
portrait largementdiffusépar lesmédiasd'unejeunesse"une",transclassiste, construisantsespropres valeursetmanières devivres'opposaientces garçonsde 15 à 17ans, aux activités extra-scolaires réduiteset contrô¬lées. Eux-mêmes, leurs parents etprofesseurs se rejoignaient pour tairesetproductrices d'études, leplussouvent orientées versl'actionà
court terme. L'OFRATEME, organisme sous tutelle
du
Ministère de l'Éducationnationale,abritaitainsiundépartement derecherchedont les travaux ne relevaientexplicitement d'aucune discipline universi¬taire,mais devaient analyserlesconditionsd'introductionetd'appro¬
priation
del'audiovisuel
etdel'informatique
dans l'enseignement.Éclairer les décideurs et contribuer à
définir
des plans de formation opérationnels pour les enseignants constituaientles objectifs du ser¬vice,dumoins ceux que j'apercevais.
Quelquessemaines avantl'issue demon contrat,J. Perriault,direc¬
teurdudépartement mefit unepropositiondéterminante. Unesociété d'étudessouhaitant répondreà un appel d'offresduCNRS enparte¬
nariat avec un organisme d'État,
l'avait
sollicité pourune collabora¬tion.
Il m'invitait
àtravailler
avec cette équipe extérieure, faisantvaloir
que,sinousétionssélectionnés, jepourraisêtreengagéeàplein tempspourdeuxans.J'acceptailapropositionet,dansla mesureoùle projet fut effectivement retenu, commençai à devenir, pour moi et pourd'autres, sociologuedel'éducation.L'appel d'offresportaitsur la concurrence des modes deformation
etd'information
scolaire et extra-scolairechez les adolescents.Cettethématique, imposée,fut
tout aussi déterminante dans mon itinéraire puisquej'en
ai conservé la trame au traversdenombreuxavatarsinstitutionnels.Culture de classe, culture "jeune"
et culture scolaire
Lethème del'appeld'offresrenvoyaitàundiscoursambiantsur,à
la fois, la
multiplication
des lieuxinformatifs
et éducatifs (médias notamment) et l'émergence d'une culture "jeune". L'investigation menée a été limitée à des élèves de l'enseignement professionnel et industrielpourdecomplexes raisonsinstitutionnelles.Il
en estressorti néanmoins un premier enseignement. "L'adolescent", "le jeune"étaient des artefacts car l'appartenance sociale de ces élèves, tous d'origine ouvrière, infléchissait l'ensemble des résultats.
Au
portrait largementdiffusépar lesmédiasd'unejeunesse"une",transclassiste, construisantsespropres valeursetmanières devivres'opposaientces garçonsde 15 à 17ans, aux activités extra-scolaires réduiteset contrô¬lées. Eux-mêmes, leurs parents etprofesseurs se rejoignaient pour
ignorer tout apport formateur de ces activités et familles et ensei¬
gnantss'entendaient, tacitement, sur une division commode du tra¬
vailéducatif. Opérantun découpagedu territoireenfant, lespremiers s'attribuaientla formation dela personnalité etl'éducation morale et les seconds la transmission des savoirs et la formation générale et technique.Chacun, subsidiairement,déniaittouteformed'implication ou detélescopage avecles attributionsdel'autre.C'étaitnierlecarac¬
tèremulti-dimensionneldetoutmessage,etdumêmecoupladivision sociale,l'existence declassesetculturesdifférentesau seind'un même espacesocial. La ruptureentre lediscours scolaire etcelui du groupe d'appartenancesemarquait pourtantdans l'échec de la transmission des savoirs scolaires, notamment non professionnels. La greffe de significationss'inscrivant suroucontred'autressignifications organi¬
sant lemême domaine neprenait pas. La diversité et
l'irréductibilité
des discours et actes qui coexistaient dans un même espace social s'était imposée à nous etnousconvoquions lesconceptsd'"arbitraireculturel"
et de "violence symbolique"pour
rendre compte des don¬néesrecueillies. L'École apparaissaitcomme unappareil d'inculcation culturelle dans une société inégalitaire où la position de classe com¬
mandaitl'accèsaux modes deformation etd'information (4).
Produire des connaissances surces cultures concurrentes de la culturescolaire, restituer aux élèves leurs appartenances et héritages multiples,lesconsidérer comme points de convergenceetdeconfron¬
tations de multiples instances socialisatrices me paraissait alors urgent.
Pratiques de loisirs, rapport au savoir et à l'École
L'occasion de progresser dans ce sens ne me
fut
donnée que quelques annéesplustard, danslecadre,cettefois, del'INRP. De pro¬fondes réorganisations d'organismes sous tutelle du
Ministère
de l'Éducation nationale avaient, en 1976,produit
l'INRP. Le départe¬mentderecherche del'OFRATEMEenfaisait partie, mais laconstitu¬
tion d'un
département de psycho-sociologie de l'éducationm'était
apparueplus
proche de mes intérêts et compétences etj'y
avais demandémon déplacement, rendu possibleparlastabilisationdema situation.ignorer tout apport formateur de ces activités et familles et ensei¬
gnantss'entendaient, tacitement, sur une division commode du tra¬
vailéducatif. Opérantun découpagedu territoireenfant, lespremiers s'attribuaientla formation dela personnalité etl'éducation morale et les seconds la transmission des savoirs et la formation générale et technique.Chacun, subsidiairement,déniaittouteformed'implication ou detélescopage avecles attributionsdel'autre.C'étaitnierlecarac¬
tèremulti-dimensionneldetoutmessage,etdumêmecoupladivision sociale,l'existence declassesetculturesdifférentesau seind'un même espacesocial. La ruptureentre lediscours scolaire etcelui du groupe d'appartenancesemarquait pourtantdans l'échec de la transmission des savoirs scolaires, notamment non professionnels. La greffe de significationss'inscrivant suroucontred'autressignifications organi¬
sant lemême domaine neprenait pas. La diversité et
l'irréductibilité
des discours et actes qui coexistaient dans un même espace social s'était imposée à nous etnousconvoquions lesconceptsd'"arbitraireculturel"
et de "violence symbolique"pour
rendre compte des don¬néesrecueillies. L'École apparaissaitcomme unappareil d'inculcation culturelle dans une société inégalitaire où la position de classe com¬
mandaitl'accèsaux modes deformation etd'information (4).
Produire des connaissances surces cultures concurrentes de la culturescolaire, restituer aux élèves leurs appartenances et héritages multiples,lesconsidérer comme points de convergenceetdeconfron¬
tations de multiples instances socialisatrices me paraissait alors urgent.
Pratiques de loisirs, rapport au savoir et à l'École
L'occasion de progresser dans ce sens ne me
fut
donnée que quelques annéesplustard, danslecadre,cettefois, del'INRP. De pro¬fondes réorganisations d'organismes sous tutelle du
Ministère
de l'Éducation nationale avaient, en 1976,produit
l'INRP. Le départe¬mentderecherche del'OFRATEMEenfaisait partie, mais laconstitu¬
tion d'un
département de psycho-sociologie de l'éducationm'était
apparueplus
proche de mes intérêts et compétences etj'y
avais demandémon déplacement, rendu possibleparlastabilisationdema situation.A. de Peretti, quim'avait accueillie avecbienveillance, dirigeaitce
département.
Il
envisageait alorsune recherche sur les dissonances culturellesaffectantlesrelations entreleslycéensetlesenseignants.Le malaise des professeurs et latransformation delavie quotidienne au lycéeface àdespublicshétérogènesconstituaientundesélémentsdu débat public surl'École encedébutdesannées80.Undécalage entre la culture savante de l'École etcelle de ses nouveaux destinataires était mis en avant, transformé, par glissement, en décalageculturel entre élèves et enseignants, ces derniers étant supposés adhérer auplus
près à laculture
savante. L'enquête nationale engagée avec M. DelclauxetA. Bounoure(5) portaitsurles pratiquesculturelles et modes de vie des lycéens et professeurs. Elle ad'abord
montré la diversité interneencedomainedelapopulationlycéenne,confirmant l'artefactdu
"jeune" déjà mise en évidence dans la recherche précé¬dente. Parmilesélèves
du
secondcycledel'enseignementsecondaire, lespratiquesculturelleslesplusclassiquesetélitistesétaientprésentes commel'étaientlespluspopulaires, attribuéespar lesenscommunau jeuneouvrier plutôt
qu'au lycéen. Quant aux enseignants, s'ils sedémarquaient de l'ensemble dela population françaisepar une pro¬
pension supérieure aux sorties culturelles et uneinclination,déclarée, plus forte
pour
les genres lesplus légitimés en matière delecture, musique et cinéma, ils sedifférenciaient aussi fortement entre eux selonleur disciplined'enseignement,sexe,situationdefamilleet pro¬fession du conjoint. L'activiste culturel voisinait ainsiavec le sportif bricoleur.
Cette diversificationdes pratiques et goûtsculturels deslycéenset enseignants remettait en question les représentations ambiantes du nouveau lycéenet de son évidente distance à la
culture
classique comme celle del'enseignant, d'évidenceenosmoseavecelle.Elleinvi¬taitaussià segarder d'extrapolerdepratiques etgoûtsenmatièrede loisirs à un rapport uniqueetprédéfini au savoir et à la culturesco¬
laire. La distance à la pratique de la culture légitimée de nombreux enseignants
n'impliquait
pas leur doute à l'égard des savoirs ensei¬gnés au lycée pas plus que la mise en questiondes critères du juge¬
mentprofessoral et de manièreplus générale des valeurs de l'Ecole.
La connaissancedespratiquesdeloisirsdeslycéensetdesfacteursqui les canalisent
n'informait
pasmécaniquement sur leurs rapports au savoiretàlaculturede l'École,carceux-cin'étaientpasdéterminésde manière univoque.A. de Peretti, quim'avait accueillie avecbienveillance, dirigeaitce
département.
Il
envisageait alorsune recherche sur les dissonances culturellesaffectantlesrelations entreleslycéensetlesenseignants.Le malaise des professeurs et latransformation delavie quotidienne au lycéeface àdespublicshétérogènesconstituaientundesélémentsdu débat public surl'École encedébutdesannées80.Undécalage entre la culture savante de l'École etcelle de ses nouveaux destinataires était mis en avant, transformé, par glissement, en décalageculturel entre élèves et enseignants, ces derniers étant supposés adhérer auplus
près à laculture
savante. L'enquête nationale engagée avec M. DelclauxetA. Bounoure(5) portaitsurles pratiquesculturelles et modes de vie des lycéens et professeurs. Elle ad'abord
montré la diversité interneencedomainedelapopulationlycéenne,confirmant l'artefactdu
"jeune" déjà mise en évidence dans la recherche précé¬dente. Parmilesélèves
du
secondcycledel'enseignementsecondaire, lespratiquesculturelleslesplusclassiquesetélitistesétaientprésentes commel'étaientlespluspopulaires, attribuéespar lesenscommunau jeuneouvrier plutôt
qu'au lycéen. Quant aux enseignants, s'ils sedémarquaient de l'ensemble dela population françaisepar une pro¬
pension supérieure aux sorties culturelles et uneinclination,déclarée, plus forte
pour
les genres lesplus légitimés en matière delecture, musique et cinéma, ils sedifférenciaient aussi fortement entre eux selonleur disciplined'enseignement,sexe,situationdefamilleet pro¬fession du conjoint. L'activiste culturel voisinait ainsiavec le sportif bricoleur.
Cette diversificationdes pratiques et goûtsculturels deslycéenset enseignants remettait en question les représentations ambiantes du nouveau lycéenet de son évidente distance à la
culture
classique comme celle del'enseignant, d'évidenceenosmoseavecelle.Elleinvi¬taitaussià segarder d'extrapolerdepratiques etgoûtsenmatièrede loisirs à un rapport uniqueetprédéfini au savoir et à la culturesco¬
laire. La distance à la pratique de la culture légitimée de nombreux enseignants
n'impliquait
pas leur doute à l'égard des savoirs ensei¬gnés au lycée pas plus que la mise en questiondes critères du juge¬
mentprofessoral et de manièreplus générale des valeurs de l'Ecole.
La connaissancedespratiquesdeloisirsdeslycéensetdesfacteursqui les canalisent
n'informait
pasmécaniquement sur leurs rapports au savoiretàlaculturede l'École,carceux-cin'étaientpasdéterminésde manière univoque.Des élèves agents aux élèves acteurs
De nouveaux travaux devaient alors, selon moi, tenir deux objectifs : explorerde manière renouvelée les relations entre cultures scolaire etextra-scolaire ; réinterroger la dispersion des lycéensdans des
profils
culturels divers, et, à l'inverse, la concentrationd'une
frange de lycéennes, fortement caractérisées scolairement et sociale¬ment, dansdesprofilsspécifiques(6).Ladiversitélycéenne enmatière de pratiquesculturellesn'avait pu,eneffet, êtrefortementassociéeni
à l'appartenance scolaire,ni à l'appartenance socialedans la majorité des "types" dégagés. En revanche, une variable discriminante, peu étudiéeàcemoment,s'était imposée:l'appartenance sexuelle.
Dans le même temps, la crise des paradigmes hégémoniques tou¬
chaitles travaux sociologiquesetles limites dela recherche de déter¬
minants structurels étaient largementressenties. Nous avions, dans des enquêtes extensives, tenté d'objectiver les comportements des jeunesgens et desjeunesfilleset dedéterminerlesprincipes devaria¬
tion tant des pratiques que des modalités de relation entre les pra¬
tiques. Mais celles-ci n'apparaissaient pas comme l'intériorisation univoquedestructures objectives dessinantdesdestins sociaux.Lejeu de l'acteur dans des espaces globalement déterminés, la (les) percep¬
tion^) qu'il construitde cesespacess'imposaient dorénavant comme unniveau d'analyse pertinentpermettant dedépasser la miseen évi¬
dence degrandesdéterminationssociales.
Leslycéensvivaient leurscolaritéetleur viepersonnelleetfamiliale sur le mode de la
dualité.
Commentpercevaient-ils leur double
registre de vie, comment le géraient-ils subjectivement, dans quelles références à l'avenir, avec quelles lectures et reconstructions deleurs positionsocialeetscolaire?L'expériencedeslycéens,considérésdans leurglobalitéd'individus,etlessignificationsqu'ils yattachentpassè¬rent alors au premier plan de nos préoccupations. D'abord appré¬
hendé comme agent,
l'élève devint
unacteur
social,bâtissant l'articulation
de ses expériences scolaire et extra-scolaire. Ce travail s'enracinaitcertesdansdespositions et trajectoiressociales,mettaiten jeu des positions dans l'espace scolairemaissonrésultatnesedédui¬saitpasmécaniquementdecespositions.
L'évolutionméthodologiquealla depairavecl'évolution théorique.
Auxenquêtesnationalesparquestionnairesallaientsesubstituerl'ob¬
servation et
l'entretien conduits
sur et avec despopulations
res-Des élèves agents aux élèves acteurs
De nouveaux travaux devaient alors, selon moi, tenir deux objectifs : explorerde manière renouvelée les relations entre cultures scolaire etextra-scolaire ; réinterroger la dispersion des lycéensdans des
profils
culturels divers, et, à l'inverse, la concentrationd'une
frange de lycéennes, fortement caractérisées scolairement et sociale¬ment, dansdesprofilsspécifiques(6).Ladiversitélycéenne enmatière de pratiquesculturellesn'avait pu,eneffet, êtrefortementassociéeni
à l'appartenance scolaire,ni à l'appartenance socialedans la majorité des "types" dégagés. En revanche, une variable discriminante, peu étudiéeàcemoment,s'était imposée:l'appartenance sexuelle.
Dans le même temps, la crise des paradigmes hégémoniques tou¬
chaitles travaux sociologiquesetles limites dela recherche de déter¬
minants structurels étaient largementressenties. Nous avions, dans des enquêtes extensives, tenté d'objectiver les comportements des jeunesgens et desjeunesfilleset dedéterminerlesprincipes devaria¬
tion tant des pratiques que des modalités de relation entre les pra¬
tiques. Mais celles-ci n'apparaissaient pas comme l'intériorisation univoquedestructures objectives dessinantdesdestins sociaux.Lejeu de l'acteur dans des espaces globalement déterminés, la (les) percep¬
tion^) qu'il construitde cesespacess'imposaient dorénavant comme unniveau d'analyse pertinentpermettant dedépasser la miseen évi¬
dence degrandesdéterminationssociales.
Leslycéensvivaient leurscolaritéetleur viepersonnelleetfamiliale sur le mode de la
dualité.
Commentpercevaient-ils leur double
registre de vie, comment le géraient-ils subjectivement, dans quelles références à l'avenir, avec quelles lectures et reconstructions deleurs positionsocialeetscolaire?L'expériencedeslycéens,considérésdans leurglobalitéd'individus,etlessignificationsqu'ils yattachentpassè¬rent alors au premier plan de nos préoccupations. D'abord appré¬
hendé comme agent,
l'élève devint
unacteur
social,bâtissant l'articulation
de ses expériences scolaire et extra-scolaire. Ce travail s'enracinaitcertesdansdespositions et trajectoiressociales,mettaiten jeu des positions dans l'espace scolairemaissonrésultatnesedédui¬saitpasmécaniquementdecespositions.
L'évolutionméthodologiquealla depairavecl'évolution théorique.
Auxenquêtesnationalesparquestionnairesallaientsesubstituerl'ob¬
servation et
l'entretien conduits
sur et avec despopulations
res-treintes. L'approche de ces mondes mentalement construits par les individus etorganisant leurs discours et pratiques exigeaitd'autres instruments.
La gestionpardes lycéensd'originesscolaire etsocialevariées des deuxdimensions deleur vie quotidienne- scolaritéetloisirs- consti¬
tua doncl'objetd'une nouvelleenquêtequalitative.
Desinteractions fortes entrelesrapports auxétudes,auxloisirsetà
l'avenir et, une foisencore la diversité lycéenne, s'imposèrent. Des stratégiesdiversifiées, plus oumoins élaborées, exprimaientdes per¬
ceptions etutilisations divergentes duchamp scolaire, la gammedes loisirscomme l'investissementqu'on yengageaitétaient trèsouverts, lathématiquedufuturlargement différenciée.Positionsocialeetposi¬
tionscolaire intervenaientpour décliner,àl'intérieur despopulations féminines et masculines, toute une gamme de comportements etaspi¬
rations, fortement infléchis par les lectures différentes que les uns et lesautresfaisaient de leurs positions.
Or, fillesetgarçonsn'avaientpas lesmêmes repèrespourles appré¬
hender et organiserleurprésentetleuravenir. Lalecturemasculinese
faisaitparrapportàlapositionpaternelle,notammentdanssadimen¬
sion professionnelle. Quasiment toujours aux prises avec un triple impératif
-
devenirépouse,mère,femme active-
lesjeunes fillespre¬naienten compte les positions maternelle etpaternelle sans trouver des modèles d'identification satisfaisants qui leur permettent de se
situerd'emblée, comme les garçons.
À
la différence deceux-ci, les jeunes filles apparaissaient contraintes à l'invention de définitions d'elles-mêmes empruntantauxmodèles féminins et masculins àleur disposition.Ainsi traçaient-elles tout unéventaild'identitésprojetées, allantdelasoumission oude laruptureaveclanorme auxcompromis diversifiéstentantdeconcilierréalisation professionnelleetrôlesfémi¬ninstraditionnels(7).
Ces profondes différences informaientet modelaient le présenten résonnant autant surla scène scolaire quesurcelle du temps libre et deson occupation.D'autres travaux, réalisésau débutdesannées90,
l'ont égalementmontré(8).
treintes. L'approche de ces mondes mentalement construits par les individus etorganisant leurs discours et pratiques exigeaitd'autres instruments.
La gestionpardes lycéensd'originesscolaire etsocialevariées des deuxdimensions deleur vie quotidienne- scolaritéetloisirs- consti¬
tua doncl'objetd'une nouvelleenquêtequalitative.
Desinteractions fortes entrelesrapports auxétudes,auxloisirsetà
l'avenir et, une foisencore la diversité lycéenne, s'imposèrent. Des stratégiesdiversifiées, plus oumoins élaborées, exprimaientdes per¬
ceptions etutilisations divergentes duchamp scolaire, la gammedes loisirscomme l'investissementqu'on yengageaitétaient trèsouverts, lathématiquedufuturlargement différenciée.Positionsocialeetposi¬
tionscolaire intervenaientpour décliner,àl'intérieur despopulations féminines et masculines, toute une gamme de comportements etaspi¬
rations, fortement infléchis par les lectures différentes que les uns et lesautresfaisaient de leurs positions.
Or, fillesetgarçonsn'avaientpas lesmêmes repèrespourles appré¬
hender et organiserleurprésentetleuravenir. Lalecturemasculinese
faisaitparrapportàlapositionpaternelle,notammentdanssadimen¬
sion professionnelle. Quasiment toujours aux prises avec un triple impératif
-
devenirépouse,mère,femme active-
lesjeunes fillespre¬naienten compte les positions maternelle etpaternelle sans trouver des modèles d'identification satisfaisants qui leur permettent de se
situerd'emblée, comme les garçons.
À
la différence deceux-ci, les jeunes filles apparaissaient contraintes à l'invention de définitions d'elles-mêmes empruntantauxmodèles féminins et masculins àleur disposition.Ainsi traçaient-elles tout unéventaild'identitésprojetées, allantdelasoumission oude laruptureaveclanorme auxcompromis diversifiéstentantdeconcilierréalisation professionnelleetrôlesfémi¬ninstraditionnels(7).
Ces profondes différences informaientet modelaient le présenten résonnant autant surla scène scolaire quesurcelle du temps libre et deson occupation.D'autres travaux, réalisésau débutdesannées90,
l'ont égalementmontré(8).
Pratiques éducatives familiales et socialisation de sexe
L'ensembledeces résultatsaconduit versunenouvelleorientation de travail. Un espace de socialisation non encore abordé, la famille, devait être pris en compte. Or ledomaine était, en France, étonnam¬
mentpauvreenproductions.On avaitmisenévidence,dès lesannées 70, le lien
fort
entreorigine
socio-culturelle, résultats scolaires et études suivies, mais les actions mises enuvre
par les parents en direction deleurs filleset garçons,les projetset valeursqui les sous- tendentétaient peu étudiés, du moins en ce qui concerne lesadoles¬cents.Lepostulatselonlequella classesocialedéterminaitlesmodèles d'éducation était probablementencore suffisamment vivace. Des tra¬
vaux, notamment suisses (9), avaient pourtant ouvert une nouvelle perspectiveenconsidérantlegroupefamilialcommeunsystèmed'ac¬
tion
auto-organisé,porteur d'un
projet autonome résultantd'une
dynamique propre, elle-même définieparletype de cohésion interne au groupe etson mode de gestiondes rapports à l'environnement.Cette perspective ne négligeait en rien les conditionnements sociaux externes, mais elle mettait l'accentsur une activité propre du groupe familial médiatisant lesrelations entreposition declasse etpratiques éducatives.
Une
nouvelle
enquêtequalitative fut
donc engagée auprès de familles appartenant aux couches moyennes d'une part, aux milieux populairesd'autre part. Toutesavaientdesenfants collégiens,scolari¬sésen4èmeou3ème.L'intérêt pourla genèsedescomportementssco¬
laires etculturels masculins et féminins orientait, en effet, vers des élèves plus jeunes dans la mesure où les classesd'âge que touche le lycéeprésententdes garçonsetdesfillesdéjàpartiellement autonomi-
sésparrapportàleurs parents.
Si l'analyse des entretiens n'a que faiblementmis en évidence des différencesmarquantlesconceptionsetpratiques éducativesà l'égard des filles etdesgarçons, d'autres enseignementsont pu être dégagés.
L'existence de modèles et visées différenciés comme de formes et degrés variés de mobilisation familialeà l'égard de la scolarité, des loisirsetde lavie quotidienneestclairement apparue. Desconfigura¬
tions originales se sontdégagées, articulantmodes de vie, formes de cohésion familiale, méthodes et styles éducatifs. Elles sont partielle-
Pratiques éducatives familiales et socialisation de sexe
L'ensembledeces résultatsaconduit versunenouvelleorientation de travail. Un espace de socialisation non encore abordé, la famille, devait être pris en compte. Or ledomaine était, en France, étonnam¬
mentpauvreenproductions.On avaitmisenévidence,dès lesannées 70, le lien
fort
entreorigine
socio-culturelle, résultats scolaires et études suivies, mais les actions mises enuvre
par les parents en direction deleurs filleset garçons,les projetset valeursqui les sous- tendentétaient peu étudiés, du moins en ce qui concerne lesadoles¬cents.Lepostulatselonlequella classesocialedéterminaitlesmodèles d'éducation était probablementencore suffisamment vivace. Des tra¬
vaux, notamment suisses (9), avaient pourtant ouvert une nouvelle perspectiveenconsidérantlegroupefamilialcommeunsystèmed'ac¬
tion
auto-organisé,porteur d'un
projet autonome résultantd'une
dynamique propre, elle-même définieparletype de cohésion interne au groupe etson mode de gestiondes rapports à l'environnement.Cette perspective ne négligeait en rien les conditionnements sociaux externes, mais elle mettait l'accentsur une activité propre du groupe familial médiatisant lesrelations entreposition declasse etpratiques éducatives.
Une
nouvelle
enquêtequalitative fut
donc engagée auprès de familles appartenant aux couches moyennes d'une part, aux milieux populairesd'autre part. Toutesavaientdesenfants collégiens,scolari¬sésen4èmeou3ème.L'intérêt pourla genèsedescomportementssco¬
laires etculturels masculins et féminins orientait, en effet, vers des élèves plus jeunes dans la mesure où les classesd'âge que touche le lycéeprésententdes garçonsetdesfillesdéjàpartiellement autonomi-
sésparrapportàleurs parents.
Si l'analyse des entretiens n'a que faiblementmis en évidence des différencesmarquantlesconceptionsetpratiques éducativesà l'égard des filles etdesgarçons, d'autres enseignementsont pu être dégagés.
L'existence de modèles et visées différenciés comme de formes et degrés variés de mobilisation familialeà l'égard de la scolarité, des loisirsetde lavie quotidienneestclairement apparue. Desconfigura¬
tions originales se sontdégagées, articulantmodes de vie, formes de cohésion familiale, méthodes et styles éducatifs. Elles sont partielle-
ment disjointes despositionssociales des famillesetlaissent
voir
des groupes sociaux plus fins, organisés par des trajectoires, des expé¬riences,desambitionsetprojetsvoisins(10).
La jeunesse scolarisée en Europe
L'incessantesuccession destravauxempiriquesneprésentepasque des avantages. Elle est fortement liée au mode de fonctionnement d'une
institution
maisdonneaussilesentimentdetravauxinsuffisam¬mentapprofondistant danslaconceptualisation que dans l'analyse.
Mon
parcoursm'avait
sensibilisée, chemin faisant, à une double caractéristique destravaux
concernant la jeunesse scolarisée : ils étaient dispersés entre des domaines institués de la sociologie et d'autres sciences sociales et, finalement, peu nombreux. On ne peut que constater, en effet, quetantles sociologuesdel'éducation queles chercheurs en sciences de l'éducation ontpeu investi ce domaine.Il
me parut alors pertinent deproposer une recherche bibliographique internationaleetcomparative visantàmettre en perspectivecechamp de la jeunesse scolarisée tel
qu'il
est abordé en France.Il
s'agissait d'accroîtrelaconnaissance desquestionssoulevéesparla jeunesse en formationdansdifférents pays autantquededégagerdesorientations théoriquesetméthodologiques éventuellement divergentesetpropres ànourrir
les perspectives françaises. Tout récemment achevé (11), effectuéenpartenariatavec deschercheursallemands,britanniqueset portugais etsoutenu parl'Unioneuropéenne, cetravail devraittrou¬ver un prolongementavecl'organisation
d'un
colloque surlesjeunes àl'école en Europe.Le cheminement retracé peut paraître linéaire, fortement organisé par l'approfondissement d'un champ thématique. Est-ceun choix de lignedereconstruction?
Il
manque,certes,àlavéritéduparcoursdes étudesponctuelles, despansderecherchequis'écartaient,ounon,del'intérêt
dominant.Il
manqueaussilapartdel'actualitédans ladéfini¬tiondesobjetsetdesapproches: actualitésociale etscientifique,briè¬
vement évoquées, mais aussi institutionnelle. L'INRP, maintes fois réinterrogé sur ces missions durant
vingt
années, s'est, en réponse, redéfini.L'injonctionàlaconformité aumondescientifiqueaincontes¬tablement fait évoluer
lestravaux
et modes defonctionnement
internes. Elle s'est traduite, pourmoi, par unecertification universi- ment disjointes despositionssociales des famillesetlaissentvoir
des groupes sociaux plus fins, organisés par des trajectoires, des expé¬riences,desambitionsetprojetsvoisins(10).
La jeunesse scolarisée en Europe
L'incessantesuccession destravauxempiriquesneprésentepasque des avantages. Elle est fortement liée au mode de fonctionnement d'une
institution
maisdonneaussilesentimentdetravauxinsuffisam¬mentapprofondistant danslaconceptualisation que dans l'analyse.
Mon
parcoursm'avait
sensibilisée, chemin faisant, à une double caractéristique destravaux
concernant la jeunesse scolarisée : ils étaient dispersés entre des domaines institués de la sociologie et d'autres sciences sociales et, finalement, peu nombreux. On ne peut que constater, en effet, quetantles sociologuesdel'éducation queles chercheurs en sciences de l'éducation ontpeu investi ce domaine.Il
me parut alors pertinent deproposer une recherche bibliographique internationaleetcomparative visantàmettre en perspectivecechamp de la jeunesse scolarisée tel
qu'il
est abordé en France.Il
s'agissait d'accroîtrelaconnaissance desquestionssoulevéesparla jeunesse en formationdansdifférents pays autantquededégagerdesorientations théoriquesetméthodologiques éventuellement divergentesetpropres ànourrir
les perspectives françaises. Tout récemment achevé (11), effectuéenpartenariatavec deschercheursallemands,britanniqueset portugais etsoutenu parl'Unioneuropéenne, cetravail devraittrou¬ver un prolongementavecl'organisation
d'un
colloque surlesjeunes àl'école en Europe.Le cheminement retracé peut paraître linéaire, fortement organisé par l'approfondissement d'un champ thématique. Est-ceun choix de lignedereconstruction?
Il
manque,certes,àlavéritéduparcoursdes étudesponctuelles, despansderecherchequis'écartaient,ounon,del'intérêt
dominant.Il
manqueaussilapartdel'actualitédans ladéfini¬tiondesobjetsetdesapproches: actualitésociale etscientifique,briè¬
vement évoquées, mais aussi institutionnelle. L'INRP, maintes fois réinterrogé sur ces missions durant
vingt
années, s'est, en réponse, redéfini.L'injonctionàlaconformité aumondescientifiqueaincontes¬tablement fait évoluer
lestravaux
et modes defonctionnement
internes. Elle s'est traduite, pourmoi, par unecertification universi-taire (12) et, aussi, une observance plus grande des formes acadé¬
miques de valorisation des recherches. Parallèlement,
l'implication
dans le réseau CNRS "Jeunesses etSociétés" (13), emmené par G.Mauger et O. Galland, aconstitué une socialisation à la communauté scientifique qui n'étaitpas donnéeapriori.Mais l'instauration, à l'ins¬
titut,
de la présentation régulière de projets d'équipes devant un conseilscientifique, puis la créationd'unités de rechercheclairement identifiées m'apparaissent comme de puissantes incitations à consti¬tueretaccumuleruncapital, à faire reconnaître une thématiqueetse faire reconnaîtreà traverselle. L'unité"Éducationetuniversculturels desjeunes", dont
j'ai
laresponsabilité, aété créée en 1990. Lesmodes et formes de socialisation dela jeunesse et les articulations entre les socialisations familiale, scolaireetextra-scolaireconstituent la théma¬tique fédératrice de ses travaux. Longtemps centréssur les lycéens, ceux-ci se sont étendus plus récemment aux collégiens etétudiants.
Une même
ligne directrice
lesoriente
cependant :approcher
et comprendre l'expériencejuvéniledanssesdiversesdimensions, adop¬ter une
définition
ouverte de l'éducationincluant
tant le système scolaireque les instances socialisatriceset formatives horsécole. À sa mission de recherche,l'unité
adjointdésormais une mission depro¬ductions de ressources. L'objectifest de rassembler,synthétiseretdif¬
fuser, autraversd'outilsvariésetadaptésà despublicsdiversifiés, les connaissances éparses sur la jeunesse scolarisée que de nombreux organismesproduisent.L'intégrationdecesmissionsestportéeparun projet: la création
d'un
centre de recherches et ressources sur les jeunesscolarisés,collégiens,lycéens,étudiants.RégineBOYER
INRP
Notes
(1) Ceconstat,aposteriori,conduitàs'interroger,parparenthèse,surlanou¬
veauté desnouveauxétudiants.Sont-ce lesétudiantsqui ontchangéou leregard etl'orientationduregardquel'onporte sureux?
(2) BOYER,R. Analysed'écrits "technocratiques". Cahiers internationauxde sociologie,1970,vol. XLVII,p.165-174.
(3) Officefrançais destechniques modernesd'éducation.
(4) BOYER,R., LACAS,F.etMOINOT,G.,Laconcurrencedesmodesdeforma¬
tion etd'informationscolairesetextra-scolaireschez lesadolescents.Paris:Édi- taire (12) et, aussi, une observance plus grande des formes acadé¬
miques de valorisation des recherches. Parallèlement,
l'implication
dans le réseau CNRS "Jeunesses etSociétés" (13), emmené par G.Mauger et O. Galland, aconstitué une socialisation à la communauté scientifique qui n'étaitpas donnéeapriori.Mais l'instauration, à l'ins¬
titut,
de la présentation régulière de projets d'équipes devant un conseilscientifique, puis la créationd'unités de rechercheclairement identifiées m'apparaissent comme de puissantes incitations à consti¬tueretaccumuleruncapital, à faire reconnaître une thématiqueetse faire reconnaîtreà traverselle. L'unité"Éducationetuniversculturels desjeunes", dont
j'ai
laresponsabilité, aété créée en 1990. Lesmodes et formes de socialisation dela jeunesse et les articulations entre les socialisations familiale, scolaireetextra-scolaireconstituent la théma¬tique fédératrice de ses travaux. Longtemps centréssur les lycéens, ceux-ci se sont étendus plus récemment aux collégiens etétudiants.
Une même
ligne directrice
lesoriente
cependant :approcher
et comprendre l'expériencejuvéniledanssesdiversesdimensions, adop¬ter une
définition
ouverte de l'éducationincluant
tant le système scolaireque les instances socialisatriceset formatives horsécole. À sa mission de recherche,l'unité
adjointdésormais une mission depro¬ductions de ressources. L'objectifest de rassembler,synthétiseretdif¬
fuser, autraversd'outilsvariésetadaptésà despublicsdiversifiés, les connaissances éparses sur la jeunesse scolarisée que de nombreux organismesproduisent.L'intégrationdecesmissionsestportéeparun projet: la création
d'un
centre de recherches et ressources sur les jeunesscolarisés,collégiens,lycéens,étudiants.RégineBOYER
INRP
Notes
(1) Ceconstat,aposteriori,conduitàs'interroger,parparenthèse,surlanou¬
veauté desnouveauxétudiants.Sont-ce lesétudiantsqui ontchangéou leregard etl'orientationduregardquel'onporte sureux?
(2) BOYER,R. Analysed'écrits "technocratiques". Cahiers internationauxde sociologie,1970,vol. XLVII,p.165-174.
(3) Officefrançais destechniques modernesd'éducation.
(4) BOYER,R., LACAS,F.etMOINOT,G.,Laconcurrencedesmodesdeforma¬
tion etd'informationscolairesetextra-scolaireschez lesadolescents.Paris:Édi-