HAL Id: hal-02327584
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L’inégalité des chances d’installation à la terre
Guenhaël Jegouzo, Ronald Jaubert
To cite this version:
Guenhaël Jegouzo, Ronald Jaubert. L’inégalité des chances d’installation à la terre. Revue de Droit Rural, Editions techniques et économiques / LexisNexis (en ligne), 1979, 28 p. �hal-02327584�
INSTiTUT NATiONAL DE LA RECHERCHE AGRONOMIQUE
Station
d'Economieet
de Soc'iologie Rurajes de Rennes65,
rue
deSaint
Brieuc -
35042 RTNNES CEDEXi , t_ l.N.R.Â,.
-
l;i,Ëirit'iilrl-;'ÉCONOMlf
ll,;rrA[-E BTBLTOTHEQUE l1h.#
a'^/n&o*-_[L''inêga1ité
des chancesd'installation
à la
terre
par Guenhaë1 Jégouzo, chercheur
à
I,INRAet Ronald
Jaubert, êtudiant
en agronornie-
mars 1979J" I
1
En 1970
et
1971, des enquêtesont été
effectuées en Bretagne surle
devenir desfils
et
filles
d'agriculteurs exp'loitants.
L,un desobjec-tifs
était
de déterm'inerà
la
fois
combienquittaient
la terre
et
qui
1efaisaient.
Nous avonsappris
en même temps combienet
qui
restaient
dans1'agriculture.
Il
apparaissait
que dansla nouvel'le
agr.iculture à
faible
coefficient de
main-d'oeuvre,qui
était
issue dela
,'modernisation',, uneforte
sélection s'exerçait
à I
'entrée
et
aumaintien
(1).
Neresta.it
pas quile
souhaitait
i
parm'i ceux quiparta'ient, certains déclaraient
qu,i1sauraient
préféré
semaintenir
;
quelques-unsd'entre
euxavaient
d,ailleurs
commencer
leur vie
professionnelle
commeactifs
agricoles
(Z).
Il
en étaitainsi
tout au moins chez
les
garçonscar les
filles
s'en
allaient
davantage, sauf en Haute-Bretagne.Les
informations
que1'on
a
puavoir
par
la
suite,
so.it
pourl,guest
soit
pourd'autres régions,
confirment que 1es enfantsd,agr.iculteurs
nrontpas
tous
les
mêmes chances dedevenir
agriculteurs. Elles
montrent auss.ique 1es mêmes mécanfsmes
sont à
l'oeuvre partout
:
le
devenir
des jeunes dumilieu agricole
est
partout
corrélé à
la
situation
socio-économique deleurs parents.
Pourpréciser ce type
d'inégaiité
sociale,
avant d,exposer 'les processusqui
1'engendrent, negardons
les
fa.its,
pour 1a par.t oùceux-ci
sont
connusrc'est-à-dire
de manière incomplèteet
jamais entièrementsat'isfaisante
pour répondre auxinterrogations
du chercheur.Le
constat
statistique
Chez
les
jeunesd'origine agricole
-
ce sont
euxqui
fournissentI'essent'iel
du recrutement dera
',vraie,'
paysannerie, dans 1aplupart
desrégions
-
les
taux d'entrée
dansI'agriculture et
demaintjen
à
la
terre
(essent'iellement comme
exploitants) varient
se'lonplusieurs
facteurs,
dans une conjoncture donnée
et
pour une rég.iondonnée:
selonle
sexe commecn
vient
de
I'indiquer
et
pour chaque sexe, selonla
nature
et
le
"f(1)
référence
bibliographique no1
;
enpart.iculier
pages g9â
93.(2)
Tout donne à.penser que 1e nombie de'candiàatseit'p1us-cievc
en 1979niveau de
la
formation
scola'ire,
selonle
nombre defrères
et
soeurs, selonla dimension
économ'iquede
l'expioitation
desparents,
selonle
mode defaire-valoir
(1).
Choisissant de présenter
et
dediscuter
la
thèse deI'inéga1ité
des chances, nous sommes conduits à accorder
un'intérêt part'iculier à
l''influence
dela
situation
économique desparents,
et spécialement
à
la dimension del'exploitation familiale,
sans pourautant
oublier
les autres
facteurs.
Defait,
chaque fois qu'i1 estpossible
de comparer cequi
sepasse dans
la petite,
1a moyenneet la
grandeagricu'lture,
onvoit
que laprobabilité
dumaintien
des enfantsà
la terre
(à
titre
exclusif
ou princ'i-pa1)est 1a p'lus
faible
dansies petites exploitations.
La tendancen'est
cependant pastoujours
aussi affirmée
pourles
filles
que pour 1es garçons. Dans chaquecasr
les
évaluations
restent
part'ielles,
cequi
empêche deproduire
ici
desstatistiques
de portée généralesur les
chances comparéesd'installation
â
la
terre
selon queI'on
est
'issu de 1apet'ite,
de 1a moyenneou de 1a grande
agriculture.
Encore
faudrait-il
distinguer,
pour desraisons
év'identes, selonla
taille
dela
famille.
Les enquêtes bretônnesle
font
bien apparaître.Mais
quelle est'l'importance
relative,
dansle
devenir desjeunes,
de 1ataille
dela
famille
et
dela dimension
deI'exp'loitation
familiale
?Quelle
relation
ouinterrelation
s'établit
entre
la
féconditê
desfamilles
agricoles
et leur
position
économique?
11n'existe
paspour'le
moment deréponse généra1e"
A surface éga'le, 1a
proportion
d'enfants
d'agr.icuiteurs
qui deviennentagriculteurs varie
aussi
selonle
mode defaire-valoir.
Elle
est
plus
forte
en cas depropriété
exclusive
ou dominante qu'en cas defermage prépondérant.
c'est
ce qu'ind'ique 1asituation
des reprisesaprès
attribution
de
l'IVD:'les
propriétaires ont plus
souvent unsucces-seur fam'i1ia'l que
les
fermiers,
que11e quesoit la
classe desurface,
etmême quand
celle-ci
est
élevée(2)
(3).
Les
situations
se compfiquent un peu p'lus quand ontient
comptede
facteurs
â
la
fois
économiqueset
culturels;
ajnsi
enest-il
de laf0-Tfs'49]!
d'un rappel.
Pour desprécisjons
et des développements,
voir
nos
publications
antêr'ieures, dontcelle
faite dans
le
nb'69 de éetterevue.
(2) mals
l'IVD
n'est
pas upéri eure
à 4
foi s(3) êtude en
cours avecs
attri
buêe quandla
surface
del,exploitation
estI.
la
J. B ran
S.M
t
J
nature
et
du niveau dela
formation
scolaire.
Cettescolarisation
varie elle-mêmeselon
1aposition
économique desparents,
majs commecette
liaison n'est
pastotale,
on peutvoir que
pour une nature donnée ou un niveau donné deformation,
ia
probabilité
derester
est inéga1e
selon la dimension de 1'exp1o'itat'ion desparents.
C'est surtout
pour 1es formationsbasses que de
telles
disparitês
existent.
Elles
s'atténuent
quandle
niveauscolaire s'élève
-
encore que 1esécarts soient
très
importants pour undiplôme comme
le
Brevet de TechnicienAgricoje
-
pourdevenir
plus
réduitesquand 'les jeunes
ont
accédéà
I'enseignement supérieur 1ong.Ces d'ivers
résultats
autonisent
à
conclure qu'en France-
et
cec'ise constate
aussi
dansd'autres
pays-
l'origine
sociale
et familiale
jnfluence nettement 1aprobabilité
del'installation
à
la terre,
et
qu'auxinégaiitês
dansla
pos'ition
desparents,
enparticul'ier
dans laposit'ion
économique, correspond une inêgaTtê dansles
chancesqu'ont les
enfants
de pouvoirs'installer
â la
terre.
Mais, comme onl'a
déjà
plus'ieursfois
soul.igné,cette disparité
est
loin
d'être
telle
queles
chancesseraient
pnesquenulles
dans]a
petite
agriculture
et proches
de 100 % dansia
grande.L''inéga1ité
des chancesest sans doute
devenueplus
visible
quandI'exode
agricole
a
atteint
une ampleur consr:dérable.Entre
1950et
1975 ona assistê à
une exclusion massivehors
deI'agriculture
de jeunes nês dans'la
pet'ite
et
moyenne-petite paysannerie.Dans une
agriculture
deplus
enpius compétitive, I'hêritage
socio-économiquen'a-t-il
pas deplus
en plus compté pourI'entrêe dans la branche
? Plus
l'origine
éta'it
modeste, p'lusrares ont
éte les jnstallations à
1aterre, la
situation
extrêmeétant
celle
des fami 1 1es pauvres ( 1).La recherche des causes de I
'i
négal itê
des chances0n
conçoit bien
que 1a pauvreté des parents dissuade 1es jeunesde
rester
et incite
les
parents eux-mêmesà
faire partin
leurs
enfants ("Nous voulons pournotre
enfant,
pour nosenfants,
unevie
autre
que ce11eque nous avons"
disaient les
petits
paysans! eni960,
aux enquêteurs de I TINSEE)(2). La pauvreté
paysanne contemporaine, pauvreté modernisée, estsans
conteste
un obstacle important au majntienà
la terre.
Inversement,CTpour
1a pauvreté enagricuiture,
se
reporter à
la
référencebibliogra-phique no 8.
1e dêpart
est
perçupar
beaucoup comme un moyen de mettre aufin
au dénuement.B'ien des économistes considèrent encore que
la
diminution desinstallat'ions
à la
terre
a
fait
reculer
la
pauvreté paysanne. sans se rendre compte que dans de nombreuxcas,
celle-ci
a
étê
seulementtransfêrée
dansd'autres
secteurs êconomiques' dans uneautre catégorie
sociale,
ceile
desouvriers
nonqualifiés.
Les
relations entre
pauvretéet
maintienà
la terre
sont
comp'lexes. Certainsfils
de pauvresrestent
et
bien
des enfants de non-pauvres partent. Certainsfils
depetits
cultivateurs
nepeuvent-ils
pas espêrers'enrichir
dans
l'agriculture
?
Lessituations
sont variées
car
on observe dansle
casd'agriculteurs
devenusriches
à
partir
d'uneposition
basse quela
réussitea parfois
exigé d'eux
trop
de"sacrifices"
pourqu'i1s conseillent à
leurs enfants derester.
Il
faut
bien
envenir à
une anaiysedétaillêe des
multiples
obstac'lesà l'installation.0n
ne reprendra pas cependantici
l'examen detous
1esmotifs,
causes
et
conditions
deréalisat'ion
deI'exode.
Saufà souiigner
quele
déve-loppement de
la
soc'iétéindustrielle
et
la
création
d'emplois non agricolesexpliquent
très
largement pourquo'ile
taux
d'installation
de jeunesà
1aterre
a
beaucoup diminuéentre
1950et
1975(1).
En seréfêrant à
la
distinc-tion
classiqueentre facteurs
d'appe1et
facteurs
de refoulernent, on dêvelopperaseulement 1'analyse des seconds. A
titre
d'illustration, on exposera dans la
deuxième
part'ie
decette
note
unesituation rencontrée
en zoned'agriculture
riche
:
la Seine-et-Marne.
Quelques remarques
prêfiminaires
s''imposent poursituer
1a portée del'êtude :
-
0npourrait
penser que 1a question des obstaclesà
l'instajlation
à
la
terre
se pose essentiellementà
propos des jeunesqui
partent
alors qu'i1s
aura.ient souhaitéêtre
agriculteurs.
Ceserait
accordertrop
d'importanceà la
dis-tinction
entre
"ne paspouvoir"
et
"ne pasvouloir":
la
nécessitên'est-e1]e
pas souventintériorisée
sous forme de prêfêrence ?-
0n ne disposepas
d''informations
permettant de déterminersi
les obstacles
ont
tendanceà
augmenter oubien à
diminuer au cours desdernières
années.-
0ntrajte'ici
essentiellement deI'accès
aumétier
d'agricuiteur
exercé àtitre
exclusif
ou principal. Le casde
I'agricu]ture
exercéeà
titre
secon-daire
(appelée souvent"à
tempspartiel")
doit
cependantêtre
évoqué, caril
existe
desrelations
dansles
évolutions
de ces deuxunivers
agricoles.-
La premièrepartie
présente un ensemble deréflexions
dont on nefournit
pas
toujours
la vérification
empirique;
unepartie de celle-ci
peut être trouvée dansles
documentscités
enréférence.
D,autrepart,
'l,analysen'est
pastoujours
datée;
la situation concernée
est
approximativementcelle
dela
pêrioded'après 1960.0n
s'est
efforcé
detenir
compte dedonnées
très
récentes,
enparticulier
d'après
1975.fffiCterence
bi b1 i ographi que no 6.'l i i
tr
Première
partie
:
les
mécanismes del'élimination
des jeunesd'orig'ine
modeste0n peut
faire
l'hypothèse
que dans unesociété
de consommation demasse, où un
certain
nombre de modèlesculturels
tendentà
se généraliser en s'imposant auplus
grand nombre,le
fils
de paysanrQUelequesoit
sononigine, aspire,
ie
plus
souventrà "vivre
commeles
autres,,.
celui
qu.iest d'origine
modeste setrouve
menacé de ne paspouvoir
le
faire
en devenantagriculteur,
compte tenu desconditions
danslesquelles
i1
pourrait
1edevenir. Héritant
de peu decap'ital matériel
et
d'uh
faible
cap'ita1 desavoir,
il
a
peu de chancesd'atteindre
la
"viabilité"
qui permet la
"parité".
Sonprojet
derester à
la
terre
se heurte à deux obstacles immédiats:
'le
manque deterre etlou 1e
manque de femmes.Section
L.
Le manque deteme
par
rapport
à
la
demande:
I'inêqalité
deschances d'accès au sol
L'accès au sol
est
deplus
enplus
souvent analysé en termes d'accèsà
unemploi.
La premièrecondition
pours'installer est
bien
detrouver
dela
terre
à
occuper.I1
faut
ajouter aussitôt
en"quantité
jugêe suffisante,'car
les
jeunes acceptent de moins en moinsd'avoir une
petite
surface.
Lademande de
terre
augmenteaussi
chezles agriculteurs
enplace.
par contre,1a
quant'ité
d'ispon'ib'le deterres à
usageagricole tend,
elle,
à
diminuer.Aussi
I'accès
ausol
fait-il
I'objet
d'une concurrencetrès vive.
Lesmécanismes
d'attribution
desterres
sont
tels que
plus
ona
uneorigine
modeste, moins on
a
de chances d'accéderà
une quant'ité deterre
jugêe minimale.La quantité gl obalement disponible de te
rres
à
usageagricole
d'iminueLa
superficie agricole
totale
a
diminuë de 941 000 hectares entre1970
et
1975. Leterrito'ire
nonagricole
a,
]ui,
gagné 393 000 ha(1).
(1)
source:
INSEE, annuaire det977, Parfois I'extension
dutemitoire
nonagricole
peutêtre
une conséquenceet
non une cause durecul
de 1'espaceCette réduction
atteint
peut-être surtout
I'espace
occupêpar
'les"vrais"
agriculteurs
(ceuxqui
exercentla
profess'ionagricole à
titre
ex-clusif
ou principa]) ou ceux qu'iaspirent à
l'être.
Eneffet,
le
nombred'actifs non
agricoles
qui à
titre
secondaireont
uneexploitat'ion
agricole,
semble ne pas diminuer ou diminuer moins
(1).
ce quifajt
penser que ]e volume desterres
quecette
catégorie
occupe vanie peu. Uncertain
nombrede ces
exploitations
disparaissent
maisd'autres
secrêent.
Faut-jl
consi-dérer
que'le
cumuld'activ'ités
-
éventuellement au niveau du couple-
rêdu'itle
nombre de placesoffertes
aux jeunesd'origine
modestepar 1'agriculture,
dite
rentable,
exercéeà
titre
exclusif
?
Cela peutêtre
vrai
dans certainesrégions
et
inexact
dansd'autres
;
seule
une êtude approfond'iepermettrajt
de
le
déterminer.
Le cumul de professions peut'lui-mêmeêtre une
conséquencedu manque de
terre
:
certains
fils
depet'its
paysans deviennent ouvriers-paysans(2).
Un
autre
phénomènelimite
I'offre
deternes dans'les
rêgionstouris-tiques
oules zones de rés'idence seconda'ire.
Certainspropriétaires
deterres libérées les
mettent en réserve en attendant deles vendre
à
unprix
é1evê.Cette pratique
risque
d'être
doublement défavorable auxcandi-dats
aumétier
agrico'le;
elle
rédu'it
les
quantités
offertes
et contribue
â
faire
augmenterles
prix
sur
le
marché desterres
restées
agricoles.0n
rencontre des
situations
extrêmes danscertaines régions
de montagne, envoie
dedésertification,
où desterres sont
laissées
enfriche
alors
quedes jeunes
seraient prêts
à
les
occuper, sans même se préoccuper des normesdominantes de
rentabilité.0n
aurait
pucroire
que dans detelles
rég'ions,'la
diminution
très
rapide de
la
popu'lationagricole
entraîne
uneaugmenta-tion, elle
aussi
rapide,
del'offre
deterres
à
exploiter;
te1 n'est
pasle
cas.(1)
L'êvolution
depuis
1955n'est
connue que pourle
nombretotal
d'exploi-tations
oùle
chef
a
une activitéextérieure,
QU€celle-c'i
soit
secondaireou
principale.
Notons que 1etotal de ces
exploitations
occupait
14 % duterritoire
agricole
(S.A.U.) en
1970. Leursuperficie
moyenneest
rela-tivement
fai
ble.(2) Pour
desfaits
récents,
voir les
rêsultats
d'une enquêtelocale
deP.
Daucéet
M. Ganache (iNRA-Rennes, étude en cours).7
La demande
individuelle
deterre des
agriculteurs
et des
candidats à 1a profession augmen teUn nombre important de cand'idats
potentiels
aumétier
n'acceptent pas des''installer
sur
depetites
surfaces.
Beaucoup de ceuxqui
l'exercent
déiâ
souhaitent euxs'étendre,
éventuellernent pour pouvoirinstaller
unfils.
ceux quiont
le
plus
deterres
nesont
pastoujours
ceuxqui
endemandent
le
moins; i'l
a
mêmeêté
souvent remarqué queplus
1asuperficie
exploitée
est
grande,plus
1asuperficie
jugée souhaitabjel'est
également.Le besoin de
terre
s'est
élevé
sousl'influence
non seulement du pnogrès technique mais des nouveaux modèles de consommation" Beaucoupd'a-griculteurs déià
installés,
conrme de candidatsà
1aprofession,
ont
pensê(on
leur a
fait
penser) quer pouFvivre
mieux,il fallait
consommerplus,
donc
produire
plus, donc
intensifier
etlou avoir
plus
deterre.
La mise enp'lace de
la
pofitique
dela
SMi nepouvait
queles
conforter
danscette
idée. Cettepénétration
enmilieu agricole
de nouveaux modèlescultureis,
ajustés
à
la
soc'iété de consommation, seréalise
par des canaux variês.Il
faut
souligneric'i
le
rôle
del'école
pource
qui
concerneles
nouveauxcandidats au
métier.
Au cours desvingt
dernières
années,1esenfants
nésà
ia
campagne, comme ceux desautres
milieux, ont été
scolarisés
de plusen
plus
tôt et
deplus
en p'lustard,
mêmesi
par
ailleurs
la
disparité
deschances
scolaires
s'est
maintenue.Cette
scolarisation
accruea été
souventrecherchée
par
1es parentsdont
1a préoccupationéta'it
d'assurer
1e placementde
leurs
enfants
hors de 'l'agriculture.
0na
vuainsi
les
famil'les
agricolesabandonner en
partie
leurs
réticences
traditionnelles
â 'l'égard
del'école"
Le
résultat atteint a-t-i1
correspondu aubut
recherché?
Les nouveaux modesde
scolarisation ont été à 1'origine
d'unedéculturation plus
précoceet
plus
intensede'la
jeunessed'origine agricole,
conduisant enpart'iculier
à
unrefus
desprivations
subiespar
1esparents,
uneaspiration
accrue à"vivre
commeles
autres".
Il
sevérifie
que p'lus basest le
niveauscolaire
des
enfants,
moinsjls
ont
quitté
la
terre.0r,
fajt
significatif,
cette
liajson statistique
joue
essentiellement dansla petite
et une partie
de 1a moyenneagriculture,
comme onI'a
déjà
indiqué (1).
Un
autre
phénomène explique quela
demande deterre des
jeunes
soit
qlo-balement en augmentation
:
1'âge d'accessionâ
la
gestion'tend
à
s'abaisser.Du
fait
d'uneévolution
généra1e des moeurs, 1es jeunesveulent
acquérirplus
rapidementleur
autonomie, enparticulier
leur autonomie
financière.
L'âge au mariages'abaisse
dans l'ensemble dela
société
(cf. infra).0r,
au même moment,'l'âge
au décèss'élève
;
1aprobabilité
pour 1es parentsde
mourir
diminueà
chaqueâge.
La question del'écart
d'âgeentre
le
fils,
qui
a
desprétentions
à
la
succession,et le
père,
QUi souhaite semajntenir
en p1ace,a
pris
ainsi
deplus
enpius
d'importance au cours desdix
dernières années.Elle n'a
pastoujours
été résolue,
bien
que diversessolutions aient été
trouvées
:
le
fils
prend temporairement un emp'loi desalarié agricole
quaiifié
ou bien un mét'ier non agricole;certains
consti-tuent
uneassociation
père-fi1s,
sous forme ou non de GAEC.Le besoin de
terre
est
tel
que'le
CNJAa
fait
del'âge
dela retraite
un problème pofitique. Un abaissement important de
cet
âgea été
obtenuquand
l'IVD
a
été
créée.
Maisla libération
de places"rentables"
ou enmesure de
le
deven'ir avec ou sans regroupement deterre,
n'est
toujours pas assez napide augré
des jeunessyndicalistes.
La périoded'après
1970est
caractér'iséepar
un double ralentissement du volume desterres
libérêes annuellement. Le nombre de ceuxqui
arrivent
à
i'âge de la
retraite
diminueen
valeur
absolue,les effect'ifs
d'agriculteurs
des générat'ions concernées(1905
à
1919)étant plus restre'ints.
La proport'ion deretraités
qu'i cèdentleurs
terres,
notammentà
I'occasion
d'uneattribution
d'IVD'
baisseelle
aussi
sansdoute.
Selon unestat'istique
établie
en 1978par
l,u.c"c.M.A.,
environ
4millions d'hectares
(sansprécision)
seraient
occupésà cette
date par
desretraités (pluriactjfs inclus).
0npourra'it
être
tenté
decroire
quele
manque deterre
est
b'ienrelatif,
qu'i1 y
a
là
un volume deterre
qui,
s'jl
devenaitdisponible, pourrait
satisfaire
un nombre trèsélevé
de candidatsà
ia
profession.
MaisI'imprécis'ion
de 1'enquête risquede
fausser certaines appréciations.
Lorsquele
retraité
n'occupeplus
quequelques hectares,
'i1 a
assez souventdéjà
Iibéré
unepartie
de sonexp'loita-tion
auprofit
peut-être d'un enfant,
et la terre
qu'il
a
conservée poursubs'ister
ira,
lors
du décès, compléterI'exploitation
du successeur. Lorsque9
dans
le travail et la
gestion; i'exploitation est,
endro'it,
au nom du père maisle
fils
est,
enfait,
dans unes'ituation
proche decelle
d'un
co-exploitant
(1). une
étudefaite
par
1e CNASEA, en 1.976, dansla
Creuse,sur
les
installations
d'agriculteurs
illustre
bien
cettequestion
(2).
Plus dela
moitié
des prem'ièresinstallat'ions
sont
le
fajt
d'aides familiaux
âgés deplus
de 35 anset
certains ont plus
de 60 ans. Lesexploitations
deretraite
ou deretraités
correspondentà
bien
d'autres types desituation
-
danstel
exemple onprévoit
queie pet'it-fils
succêdera-et
il
est
bien
difficile
d'appréc'ierce
qui
peutêtre
attendu,
en termed'installation
dejeunes, d'un
abaissement de 'l tâge d'abandon deI'activitê
ou de'la
qua'lité
d'exp'loitant.
Au
total,
1a demande deterre
à
exploiter tend,
sans cesseet
à peu prèspartout,
à
dépasserl'offre.
L'intensité de
la concurrence entre
candidatsà
ia terre,
à
p'lus deterre,
varie
selonles
régions maiselle
est
devenue un phénomène généra1, 1es régionsdites d'accueil
fa'isant
peut-être
exception.
Qui 1'emporte dansla
compétition ?Comment se
fait
la
sélection
?La
terre
est
d'aborddisponible
dansle cadre
familial. La
successionpère-fils
oubeau-fils reste
le
mode 1eplus
courantd'installation.
L'héri-tage
est 1a première vo'ie
d'accès ausol.
Cethéritage
est
bien
sûr
très iné9a1.si
1es parentsn'ont
que peude
terre,
les
enfants n'auront
dedroits
quesur
peu dèterre.
Quand'lesquantités
susceptiblesd'être
reçuesdes parents
sont inférieures
au minimumsocialr
les
fils
considèrent souventqu'i
1s
ne peuvent pass'instal
1er (3) .
Ce premier mode de
sélect'ion
entre
cand'idatsà
1'occupation dusol
ioue
aux dépens des ieunesdont
les ascendants
nesont
pasagriculteurs.
Si
la
diminution
des entrées dans1'agriculture
(exercéeà
titre
exclusif
ou
principa])
a été
très
importantedurant
le
troisième
quart
du 20è siècle chezles
jeunesd'origine
agricole,
elle
aété
encorsplus
grande, sauf1'exception
de certa'ines r'égionset
decertaines périodes,
chez ceux qu.i(1) Les convent'ions d'enquête
contribuent,
dans bjen descas,
à
surévaluer 1,'importancerelative
desagriculteurs
"âgés"r cê1" 1'enquêteur ayant desdifficultés
à
déterminerqui
du père ouAi-iiis
est
le
vrai
àf'.f"d'exploi-tation,
aura tendance àchoisir
le
p'lus vieux.(2)
CNASTAet
ADASEA dela
Creuse,(ana1ysedesinscriptionsàlal.,lSAdei972a1975),lrrffi
sont
nés en dehors deI'agriculture
(1).0n
peut supposer que 1esposs'i-bilités
d'accéderà
unequantité
minimale deterre
sesont
encore p'lusréduites
pourles
seconds que pour 1es premiers. En cas de candidaturesmultiples
-
cas assezfrêquent,
sauf peut-être
danscertaines
régions de montagne-
les
SAFER accordent généra'lement unepréférence,
sinon unepriorité,
auxfils
d'agriculteurs
;
mais on nesait
pas cequ'i'l en est
par
a'illeurs.
Entout
cas,
en
7970, onconstatait
pourla France
entière,
que 1aproportion
de chefsd'exploitation
(A
titre
exclusif ou
principa'l) nés horsde
lragriculture
diminuait
quand'lasuperficie
augmentait (un surcinq
en-dessous de5 ha,
unsur
c'inquante au-delà de 20hectares) (2).
Pour
les
jeunesd'origine
agricole, 1es
possibilités
detrouver
dela
terre
hors dumilieu
familial
sont-elles,
elles
aussi,
très
inéga1es ? Lesterres libérées
par I'exode agrico'le
vont-elles
à
ceuxqu'i
sont capabiesde payer
]e
plus cher,
qu'i1
s'agisse
deprix
dela terre ou
de pas deporte
?
Pastoujours,
comme ona
pule
constater
enfaisant
des enquêtestrès
détaillées
(3). Les
facteurs
qui
influencent
l'attribution
desterres
hors dumilieu
familial
sont eneffet
multipies.
Il
n'y
a
pas"1ibre"
con-frontation
del'offre
et
deia
demande,l'Etat
intervient
directement ouindirectement
(achatset
ventes des SAFER,contrôle
des cumuls, polit.iquedes
prêts fonciers,
conditions
d'attribution
del'lVD
liêes
à
la
destination desterres)"
Une mention spécialedoit
être
faite
ici
à
I'aide
aux migrationsrurales
instituée
en
1947, Lebut
est
d'inc'iter
les agriculteurs
ou candidatsà
1aprofession
situés
dans desrégions à
forte
pression démographique às'installer
dans des régionsdites
d'accueil
où desterres
sontdisponibles
(4).Le
bilan
91oba1 desinterventions
deI'ttat
n'est
pasfacile à
établir (5).
S'agissant
deI'installation
desjeunes,
il
a été
souventrelevé
que 1apolitique
desstructures
avait
surtout
contribué à
1'agran-dissement des
exploitations existantes
;
mais 1'agrand'issement peut êtrele
fajt
de jeunesqui
sesont
installés
depuis peu, oubien
l'agrandissement1
z
) )
référence b'ibl iographique
n'
7 ,]l
faudrait
compléter cepoint par
une analyse dela
situatjon
dans1'agriculture
à
tempspartiel.
référence bibliographique
no b.Le nombre de
bénéficiaires
nes'est
élevé qu,à 301g au cours de lapériode
1963-1973.rêférence bi bl i ographi que no 5. (3)
(4)
11.
peut
être réalisé
par
unagriculteur
âgé mais en prév'ision de l'établisse-mentd'un
fils. Il
avait
été
iugé
d'abord souhaitable de permettreà
ceuxqui
étaient
entrés
dans1'agricu'lture
de pouvoiry
rester
enatteignant
un m'inimumsocial. Mais
1'objectif
n'a
jamaisété
de réserver autoritairementles
terres
à ceuxqui
enavaientle plus
besoin:
les
agricu'lteurs
modesteset
leurs
enfants.Finalement, beaucoup
d'enfants
depetits
nes'installent
pas parcequ''i1s
n'héritent
que de peu deterre
et
de peud'argent,
et
parce que 1aterre
libérée
par
1'exodeagrico'le
est
enpart'ie
accaparée pard'autres
mieuxdotés.
Sans douteexiste-t-il
bien des cas defils
depetits
cultivateurs
qui ont
commencéleur
carrière
sur
peu deterres
et
ont
puagrandir leur
exp'loitation par
1asuite.
Selon uneopinion
très répandue,
la
mobilité
soc'ialesera'it p'lutôt
forte
enagriculture.
Quelssont les
faits
? Selonde premières études
(1), les ascensions
à
partir
d'une
origine
basse nesemblent pas
statistiquement
assez nombreuses pour qu'un nombreélevé
dejeunes
d'origine
modeste puisse espérertenter
leur
chance.0n peutappli-quer
ic'i un raisonnement
tenu par
Pierre
BOURDiEU dans 1'analyse desinégaiités
soc'iales des chances
scolaires.
Si
les
"probab'iIités
objectives"
sont faibles
quand
I'origine
est
basse,'les
"espérancessubject'ives"
auront tendanceà rester
faibles,
d'où
un processusd,auto-élimination.
Pourquoi I
'iné
gai'ité
des chances d' occuper unequantité suffisante
de teme s'établit-elle
non seulement selon Ia tai I Ie de
I 'expl oitat'ion
des parents mais selonla
taille
dela famille
et
le
mode defaire-valoir
?|Vlême quand
ia
superficie
occupêepar
1es parentsest
importante oumoyenne, 1es descendants
risquent
de rnanquerde
terre dès
lors
qu,i'l y
aplus d'un
garçonet
d'une
fille
en moyennepar
fami11e. Lesurplus
démogra-phiqueexiste
bien danstoutes
les
strates
del'agriculture,
mêmesj
uncertain
nombred'agriculteurs
ou d'agricultricessont
stér'iles
ou non féconds. L'exodeagricole existe
aussi
dansla
grandeagriculture,
alors
même que 1enombre de grandes
exploitations
s'accroit.
Et
ce
nombre augmentealors
mêmeque
tous
1es grosagriculteurs
ayant desenfants
n'ont
pas de successeurfamilial.0n
pourrait s'attendre
à ce que au moins unenfant
reste
dansce
cas.
Des jeunes nés dans 1a moyenne ou grandeagriculture
nesont-ils
pas mis dans
f
impossibilité
ce
s'installer
en ra'ison deI'ampleur
dessoultes
a
payer auxco-hér'itiers
?
L'excès defortune
dela famille
pourrait
avoir
le
mêmeeffet que
i'excès
de pauvreté quant au ma'intien des enfantsà
la
teme.En
réalité, le rôle
dessoultes
est
difficile
à
apprécier.
D,unepart, la
majorité
des jeunesqui
s'installent
sont
fermiers,
même quand1es parents
sont
propriétaires,
La quest'ion du financementd'un
achat éventuel deterre
setrouve
donc reportée dans 1e temps. 11 nrenreste
pasmoins que 1e
jeune
sa'it à I'avance,
et
bien
avantqu'i1
ne s'insta11e,qu'i1
auratôt
outard
à acheter. D'autre
part, 1es
propriétaires
exploitantsont plus
souvent un successeur que 1esfermiers
alors
quele
montant dessoultes
setrouve
rêduit en cas
de fermage. Maispar
ailleurs, et tout
aumoins
jusqu'à
une pêrioderécente,
1esfermiers avaient plus
d'enfants
enmoyenne que 1es
propriétaires exploitants.
D'autre
part,
les
droits
reconnus aux enfants d'occuper enpriorité la terre
exploitée
par
les
ascendants sontrestés
moins impontants pourles
fils
defermiers
que pourles
fils
depropriétaires. Enfin,
bien
des fermes d'isparaissent parce que 1es bâtimentsne
sont
pas entretenus ousont
vendusà
des non-agriculteurs.Finalement, 'les processus qu'i engendrent 1e manque de
terye
sontmultiples.
Les jeunesd'origine
modeste nesont
pasles
seuls
atteints
s'i
cesont
eux quile sont'le
p1us. Enfonction
du nombre d'hectaresoccupés
par
ies
parents,
du nombred'enfants
dansla
fami11e, del,écart
d'âge
entre
pèreet
fils,
enfin
du mode defaire-valo'ir
(avec unepropor-tion de
terres
enpropriété qui
est
très
variable
puisqu'a'llant
de0
à100 %),
il
s'établit un assez
large éventail
des chances d'accéderâ
unequantité
minimale de terres, dansle
cadrefamilial
d'abord,
et
en dehorsde
celui-ci.
Cette
d'ispersion des chances ne doit pasfaire
oublier
que 'lesvaleurs
1esplus
faibles
sont
liées
à
uneorigine
modeste.Pourquoi ne pas
intensifier
en se contentant de peu deterres
?L'analyse précédente peut
paraître
peu conva'incantecar
bien
des systèmes de production permettentd'obtenir
une productionet
un revenu élevéspar
actif
alors
que 1a surfacepar
actif
est
restreinte. Si
les13.
c'est
faute
en partie d'avoirintensifié,d'avoir eu
recours auxproduc-tions
horssol. Leurs
enfants
nepourraient-i1s
pas,
eux,1e
faire
?
Lerisque pour'les
ieunes nés dans1'agricuiture
pauvre ou modeste de devenir pauvres ou modestes en prenantla successjon
desparents,
neserait-il
pas
plus
théonique que rée1?
LaS.M.I.
ex'igée pourbénéficier
des aidesfinancières
pub'liquesest
unesuperficie
évaluée enpolyculture
à I'aide
de
coefficients
pour 1es productions horssol et les
product'ions végéta1esspécia1es. ces aides
qui, cumulées,
compensent un peul,insuffisance
deI'héritage
familial,
peuvent doncêtre
considérées enthéorie
commeiarge-ment accessibles.
L'intensification
est
effectivement
un moyen adoptépar
desfils
depetits
ou moyens paysans pours'établir.
EnD.J.A., ra
sMI physiquesemble assez souvent
faible
par rapport
à
la
SMI pondérée. Pourtantil
ne
faut
pas sous-estimer 'l'importance des obstac'les que rencontrent danscette voie les
jeunesd'origine
modeste. S'i on pense souvent qu'i1 existe unecorrélation
négativeentre
1asuperficie
de1'exploitat'ion
et 1a
présenceou
I ''importance des é'levages hors sol,
tel
n'est
pastoujours
le
cas.
Danstelle
zone des Côtes-du-Nord, onconstatait
en 1976que, toutes
classesd'âge
confondues,'laproportion
d'exploitants
ayant unatelier
d'é'levageintens'if
éta'it de
25 % en-dessous de 20ha,
S0 %entre
20 et 29 haet
de69 %
au'deià,
mais sans que 1'on sache où sesitue la cause et où
I'effet.
L'analyse des obstacles
à
I'intensificat'ion mériterait
â
elle
seulede
longs développements. Contentons-nousici
de que'lques généra1ités. Toutd'abord,
1'absenceou
I'insuffisance
deI'aide
financière
des parents risque de conduire au surendettement.Il
existe
des exemples decette
situation
dans
l'échantillon
de jeunesexploitants
que 1e CNASEAa
étudié en
Lgl6(1)
et
dans
les cas
cités,
unfort
niveau d'endettement setrouve
associéâ
unrevenu
agrico'le
faible
sinonnégatif.
Deuxièmement,intensifier
suppose desconnaissances techniques
et
une capacité degestion
qui
risquent
defaire
davantage
défaut
aux ieunesd'origine
modeste. Comme onI'a
rappe'lé précé-derunent' cesderniers
ont
été
moins longtempset
moinsbien scolarisés
queles
autres.
Cetteconstatation n'épuise
pasle
sujet
mais nesaurait
être tenue pour né91 igeabl e.IrE
nEl4Y, " Ladotation
aux jeunes agri cu'lteurs.
Analyse dela
situation
de17?
j
eunesagriculteurs
installés
en lg73-74" t Economie Rurale no!25,
LgTB,pp.
37-45.
L'étude
concerne sept dépar tenenr
I sèr"e
,
Landes,
Lozère, Haute-Vienneet
Vosges.En
conclusion,
pêusrinstallent
parce que peuont
la
chance detrouver
unequantité
socialementsuffisante
deterres à
exploiter.
Pours'établir
il
faut,
souvent,être un
moyen ou un groshér'itier.
L'apprêcia-tion
du minimumsocial
deterre
varie
pourtant
beaucoup selonies
régions.Ainsi,
dansla
Manche, nombre de jeuness'installent
encoresur
defaibles
superficies.
11y
a
euenviron
320premières'installations
en 1976 dansce
département;
dans un tiers des casla
SMIn'était
pasatteinte,
et
i1 n'y
avait
pas de production horssol
(1). Tous ceux
qui
restent
n'êchappent pas
à
unesituation
êconomiquedifficile,a'lors
même que lapauvretê empêche beaucoup de
rester.
Prendre
la suite des
parents,
c'est
succédertantôt au père
et
tantôt au beau-père. Pour
rendre comptede'la
diversité
et de la
comp'lexitédes situations,
il
faut faire
intervenir
les
conditions
de mariage. Lesjeunes
d'origine pius
basseont-ils
beaucoup de chances de se marier en dehors deleur
groupe?
L'homogamiesociale
n'est
pastotale;
on se mariecependant
plus
souvent dans son groupe d'appartenance que nele
voudrait'le
hasard (2).tncore
faut-il
trouver
unefi
11e qu'i accepte
d'être
agricul-trice
ou femmed'agricu'lteur"
0r,
I'exode
agricoie
a
été
encoreplus
impor-tant
pour.les
fil'les
que pour 1es garçonset
il
enest
encore ainsi après 1975 (3). Mais 1e manque de femmesatteint
essentiellement ceux quimanquent de teme. 1 2 3 ) ) )
Source
:
ADASEAde
la
Manche.pour des développements,
cf.
la
rêférencebibliographique
no 5.15.
Section
2. Le
manque de femmes: f
inégalité
des chances matrimonialesIl
nes'agit
paslà
nonplus
d'un
obstacle absoluà
l'installation
comme
le montre
ia
fréquence, chezles
chefsd'exploitation
en p1ace, ducélibat
prolongé oudéfinitif.
Mais'l'impossibilité
de se mariera incité
parfois
desagriculteurs
à
changer demêtier
;
surtou!
bien
des candidatsà
1aprofession
agricoie ont
renoncéà
leur
projet
par
crainte
derester
seul.
Une comparaisonéclairante
à
cet égard
est
celle
de 1anuptialité
chez
les
jeunesd'origine
agrico'le
selonqu'ijs
restent à
la terre
ouqu'i'ls
la
quittent:
les
seconds se marient davantage ouplus
vite,
alorsmême qu'un grand nombre
d'entre
euxsont
ouvriers
non quafifiés.
Cette
situation
n'aurait-elle
pas changé au cours des dernièresannées
?
Si
certaines évolutions
sesont
produites,
1e manque de femmespersiste
et
aujourd'hui
commeavant,
'la
menace decélibat
qu,.impliqueencore assez souvent
I'installation
à
la
terre
est
inéga1e selonl'origine
et la
position
socio-économique(1).
La menace de cél i bat persi ste
Cependant
le
recensement démograph'ique de 1975indique qu'à
'l 'âge de20-29 ans
et 30-39
ans,
la
proportion
d'agriculteurs célibataires est
plusfaible
qu'en
1968;
le
taux decélibat
ar
pôrcontre,
augmentéa
l,âge
de40-49
ans.
Le célibatagricole est
donc endiminution,
pour 1es génêrations plusrécentes,
au mo'ins sous sa formeprov'isoire
ou pro'longée. Mais comme 1'âge dumariage
a
eu tendanceà baisser,
au moinsjusqu'en
1973, dans I'ensemble de'la population
française,
la
disparité
entre mil'ieu
agricole
et
I'ensemble ducorps
social
s'est maintenue
pour 1esplus
jeunes,
et
conserve même en 1975à
peuprès
1a même ampleur relativequ'en
1.968.(1) Pour des
dêveloppementset
enparticulier
pour 1a diversité dess'itua-tions régionales'
sereporter
aux références bibliograph'iques no2 et
t2.En
outre, 1a
nuptialité
agricole à
1'âgede
20-29 ans continueà
être
bien
inférieure
dans certa'inesrégions.
0nle voit
sur
ie
graphiqueci-joint
qui'ind'ique
comment sesitue
la
proportion,
dans chaque rég'ion,d'agriculteurs
non mariés (aidesfamiliaux
et
exp'loitants
confondus)cl'une
part
par
rapport à
la
situation
moyenne dans l'ensemble del'agri-culture française, d'autre part
par
comparaison avecla
situation
moyennedans I'ensemble de
la
populationactive française
(1).
(1) source des données
:
RGP de 1975,résultats
du sondage au1/5è.
Leserreurs
aléatoires
sont
souvent assez 'importantes,lés
effect'ifs
d'agr.i-cul
teurs
mariés ou non-mariésétant
fa'ibles
;
aussi
certai nes rég'ionsont-elles été
regroupées. 0nretiendra surtout
la tendance d'ensemble.
0na
tout au moins
vér'ifié
qu'à
I'intérieur du groupe
d'âge 20-29 ans,le
poidsrelatif
des 20-24et 25-29 ans différait
peu régionalement. La Basse-Normandiefait
exception avec proportionnellement davantagede
plus jeunes,
cequi
peutcontribuer à expliquer
1aposit'ion
delJ ('r O r:J ctl O H È C) lJ (r) c) H N) O F ct C)
o
it
llrlil riillllÏ
liil iilî iillr iilntil;l tiliilitII
lili lir{ li ll I iHlifrlH+lli
H idil Il-IJrJ krl l ffifi1ffi 9l tôl -'d l-'j"}i (Dllorl i lll l:rrl t5iil#iti til lfr ln\ idDl I'l r.l q, F+{ iiro lHlrk fiil rdli(f +1fi tiiil til rl' g ilib liill i i I lI it lli illl tiill iiltt ll fiil ililtii
itlttit ilt i lltflli'i+l itii lli:lli'i tiililii lli{ tliffi [l,[i lll illl iilt til1 lillill il1 lllll,i ltit iili liililill il lI it11lli illitl illll Ililt lrl; iiiili tl il liillll liili lliil l ilili ill iitl I I li li I I I I i liiii ll illl I I liii ili ti it li it I ti 1'1 I I iiif1fl'11t i,i l|lilil iillli iiilllii lftl lii lill iilit liil il il I ! I iilli t1it11 firl ilt iill |il li itlill 1::l;rL iliii iiitl li tj iliiliIl
faut
d'autant
moins vite conclureà
unenette
amélioration dela
situation
quela baisse du
célibat,
constatéeex-post,
ne prouve pas queles
difficultés
de semarier
ont
été,
ex-ante,
moindres. Lefait
nouveaude
la
période
1968-1975n'est
pas,
eneffet, que 1es
filles
ont
moinsquitté
'l
'agriculture,
c'est
plutôt
que'les
garçons en ontfait autant.Un
ensemble de données montrent que 1edéséquilibre
des sexesa
diminué enmilieu
agricole
non pas parce queplus
de femmesont
accepté d'épouser uncultivateur
majs parce queplus
drhommesont
renoncé aumétier
dela terre.
Ceserait,
au mojns en partie' parce que 1esinstallations
dansI'agn'iculture ont
dinrinuê, que 'lecêlibat
y
aurait
diminué.Alors que'le
taux
denuptialité
agricole s'est
accru,
ie
nombre annuel de mariagesd'agriculteurs
n'a pas cessé de
décliner,
et
n'a
iamaisété
aussi
faible
que maintenant (10 312en
Lg76J. Les donnéesAu
tàUeau
ci-ioint,
issues deI'Etat Civi1,
sou'lignent 'l 'amp'leur de'la
chutedans
le
nombre annuel de mariagesd'agricu'lteurs
et
desalariés agricoles,
aucours du
troisième quart
du 20èsiècle.
L7,6 % des Françaisqui se
mariaienten 1953
travaillaient
dansT'agriculture
; il
n'est
plus
ainsi
que de4,3
%en 1976,
salariés
inclus. Parmi
les
filles
d'agricûlteurs
qui se
marient,
laproportion
decelles qui
épousent unagriculteur n'a
jamaisété
aussi
faible
qu'en
L976.Tableau.
Evolution
après 1950 du nombre annuel de mariages de paysans et desalariés agricoles
(a)nombre de mari ages d 'agri cu1
-teurs (1) nombre de mariages de sa I ari és agri co1 es (2) nonibretotal
de mariages d'actifs
agricol es(3)=(1)+(2)
nombre de dansI'e
de'la
po franç (4) marlages nsembl e pu1ation
aise(3)/(4)
en% 5 ( ) i953 1959 1.960 7967 1968 1969 t970 1971 1972 t973 197 4 r975 7976 L4 767 L4 352 13 868 L2 842 13 017 13 270 12 805 11 376 35 388 29 346 26 938 11 029 10 312 6 6 5 5 5 4 4 5 5 5 019 048 693 5?7 113 650 384 630 934 643 19 035 13 255tL
726 20 780 20 400 19 561 18 369 18 130t7
920 17 189 17 006 16 963 15 955 54 423 42 3B 601 664 345 s7B 356 615 380 829 393 686 406 416 416 5?r 400 740 394 755 387 379 374 003 308 426 320 Bzt 319 944 6'0 5'7 5'1 4r7 4'5 4'3 4'3 4'3 4,37 4,26 17,6 13 ,312r!
0n constate que
la
diminution
dans le nombre absolu de mariagesd'actifs
agricoless'est
ralentie
après 1967-1968. Poursituen
1a portée de cetie tendance,ii
faut
serappeler
que beaucoup de ceuxqui
se sont mariés au cours decette
périodeappar-tiàirnent
aux génêrationsplus
riombreusesde
I'après-guerre.a)
les
données manquent pour 1954a
1958et
pour 1961à
1966.19.
Il
peutparaître
paradoxal que 1e nombre de mariages agricolescontinue
à
baisseralors
qu'unefraction
croissante
descultjvateurs
quise
marient,
épousent unetiite
qui
déclarent
au moment du mariage exercer une profession nonagricole.
Ce phénomèneaurait
pulaisser croire
que 1esgarçons
restés
à
la
terne
trouvent
plus
facilement
une épouse hors del'agri-culture.
Enréalité, le
nombre defilles
d'origine
nonagricole qui
êpousentun
agriculteur,
diminuelui
aussi
envaleur
absolue. Bon nombre de ces épousesd'agriculteurs qui
exercent unmétier
nonagricole
sont
desfilles
néesà
la campagne,9ui reviennent en quelquesorte
à
la
terre
à
I'occasion
deleur
mariage. Mais ces
retours
n'ont
pasété
assez nombreux pour empêcherla
diminution
dutaux
net
d'exode desfilles
decultivateurs, ni celle
du nombrede mariages
d'agriculteurs.
Tout au moins,ce type
de mariagea
puparfois
faciliter
I'installation
à
la
terre,
car
le
salaire
nonagricole
de l'épouseévite au
jeune couple detrop restreindre
sa consommationà
un moment où les investissements dansl'exploitation
sont
importants(cf.
infra).
S'il
faut
conclure que, dans bien desrégions,
1e manque de femmesreste
assez souventauiourd'hui
un empêchement aumaintien
à
la
terre,
encorefaut-i1
préciser
pourqui
il
enest ainsi.
Ce
sont
1es jeunesd'origine
modestequi
sont menacés decélibat
Cette
affirmation
se fonde sun lefait
que,
quand ona
pu connaîtrel'état
matrimonial desagriculteurs
selonla
classe
de surface deleur
expioi-tation
(sansque'le
système de productionsoit
précisé),
il
est
apparu quele
surdéveloppement ducélibat
n'existe
passtatistiquement
au-delà de 20 ha.A
partir
de 50ha,
1esexploitants
se marientautant
queles cadres supérieurs
et
membres de professionslibéra1es,
catégorie
sociale
nonagricole
qui
semarie 1e p1us. Par
contre,
'lesplus
petits
cultivateurs
se marient moins que 1es 0Set
les
manoeuvres,catégorie
nonagricole
qui,
aveccelle
despersonnels de
service,
se mariele
mo.ins.Encore faudrait-il concil'ier