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Osmund Bopearachchi (CNRS, UMR 8546, Archéologies d’Orient et d ’Occident)
Le b u t d e c e papier est d e présenter l'armure e t les armes des Indo-Scythes telles qu'elles sont décrites sur leurs monnaies, d e dresser des parallèles a v e c les récentes découvertes archéologiques e t enfin de discuter de leur im p a c t sur l'art du G a n d h â ra 1. Notre source d'inform ation la plus prolixe est leur m onnayage caractérisé par la figuration au droit d'un cavalier lourdem ent armé. L'identification d e c e personnage, non diadém é, à un roi se fa it g râ c e à la légende qui associe le nom d e l'ém etteur au titre du roi en grec e t en Prakrit. Le roi ca ta p h ra c ta ire a p p a ra ît dès le m onnayage d e Mauès2. Les rois Indo-Scythes com m e Vononès a ve c Spalahorès3, Vononès e t Spalgadam ès4, Spalahorès e t Spalagadam ès5, Spalirisès6 et Spalirisès avec Azès7 ont co m m e principal ty p e m onétaire « le roi à cheval vêtu de la c a ta p h ra c te e t po rta n t une lance «sur leurs séries monétaires d 'a rg e n t e t sur quelques séries d e bronze. Azès I (Fig. 5)8 e t Azilisès9 a d o p tè re n t le même type sur la plupart d e leurs monnaies. Sur les monnaies attribuées habituellem ent à Azès II, le roi cavalier tient le fouet (Figs 2 & 4)10. C epend ant, sur quelques séries d'Azès et d'Azilisès, le roi est montré portant un vêtem ent civil qui ne présente a u cune ressemblance a ve c le c a ta p h ra c ta ire habituellem ent figuré sur la plupart d e leurs monnaies (Figs 1, 3 & 7)11.
Le port d e l'armure lourde par des cavaliers est attesté au Proche-Orient dès le VIIe siècle av. J.-C12. Les auteurs classiques tém oignen t d e son existence dans l'arm ée séleucide e t dans celle des Parthes13. On ne peut pas passer sous silence l'armure chinoise. La d écouve rte d e guerriers en terre cuite dans le Mausolée des empereurs chinois Qui Shihuang du IIIe siècle av. J.-C. est d'une grande im p o rta n ce 14. Certains guerriers, en particulier les généraux po rte n t une cuirasse p ro tégea nt la poitrine, le dos, e t les épaules. La section d e fa c e de l'équipem ent qui fait environ 96,5 cm d e long couvre la poitrine e t l'abdom en. Quelques 160 pièces de bronze de 4 c m 2 furent utilisées pour confection ner c e vê te m e n t15. Certaines cuirasses furent aussi façonnées
I Pour une é tu de a p p ro fo n d ie sur c e sujet, voir O. Bopearachchi, 2003, p. 19-45. 2 R.C. Senior, 2001, 16.1, 21.1, 22.1 e t 23.1. 3 Ibid., 65. 4 Ibid.. 67. 5 Ibid., 69. 6 Ibid., 71. 7 Ibid., 74 e t 75. 8 Ibid.. 80. 82, 83-93. 9 Ibid., 50-60.
113 Ibid., 95-99 pour Azès e t 32-37 pour Azilisès. I I Ibid., 81.
12 R.D. Barnett, 1970, pl. XV. C e relief représente les ca m pagnes d'Assurbanipal contre les Arabes. Au som m et du relief, sur l'extrême droite, on pe u t voir un cavalier lourdem ent arm é tirant une flèche d e son arc.
13 Polybe. 30. 25. 9-10 ; Plutarque, Lucullus, 26 a n d 28; Plutarque (Crassus) 24-27 ; Am m ien Mqrcellin, XX. 7. 2 ; XXV. 3. 4, XV. 5. 2, XVIII. 8. 4-7, XXIV. 6. 8.
14 Voir par exemple. F. Blanchon, I. Robinet, J. Giès and A. Kneib, 1999, p. 55-75. 15 Ibid., 1999, p. 62, Fig. 22.
à partir d e cuir incrusté de m orceaux d e bronze, d o n t la partie ava n t e t arrière porte ch a c u n e onze rangées
d e pièces en bronze incrusté16. L'utilisation d'écailles de bronze com m e parties com posantes de l'armure sont connues aussi par des trouvailles archéologiques en Chine : des écailles d e fer d'un casque de la période des Royaumes c o m b a tta n t appartien nent au royaum e Yan17 ; l'armure d e fer d e Xi Han (113 ap. J.-C.) d e Liu Sheng dans le M ancheng (H ebei)18 ; le c a p a ra ç o n d'un cheval (IVe siècle ap. J.-C.)19 e t le ca ta p h ra cta ire de Xi Jin d a ta n t de 265-317 ap. J.-C.20 sont aussi répertoriés en Chine21.
La c a ta p h ra c te portée sur les monnaies par le cavalier indo-scythe est com posée de quatre éléments principaux : le corset ave c un haut col m ontant, les protections des bras, celles des cuisses e t un casque. Il n'est pas clair sur les monnaies si les trois premiers éléments, le corset, les protections des bras e t les jambières é taient assemblés ensemble ou si ils é taient portés séparément. À Aï Khanoum, les archéologues français ont d é c o u v e rt séparém ent des pièces d'armure lourde : une jam bière, une paire d'épaulière e t un corset. Le corset é ta it fa it d'un assemblage d'écailles arrondies, la jam bière, d e lamelles annulaires e t l'épaulière d'écailles lancéolées dans sa partie supérieure, rectangulaires dans sa partie m édiane e t d'un système d e fixation22. Par contre, la c a ta p h ra c te à col m ontant — bien que la partie inférieure soit perdue — portée par le soldat du clan d'Héraus sur la seconde frise du mur nord du com plexe palatial d e Khalchayan est représentée d'une seule p iè c e 23. Le dessin proposé par M.V. Gorelik pour la reconstitution d'une arm ure Han trouvée dans le tumulus d'Erchintzianzu en M ongolie est aussi caractérisé par un corset, des protections des bras et des jam bes assemblés ensemble com m e si ils ne form aient qu'une seule p iè ce 24.
La p ièce maîtresse de la c a ta p h ra c te éta it le corset25. Le corset ou thorax fa it d e plaques rectangulaires trouvé par les chercheurs français à Aï Khanum constitue le meilleur exem ple préservé d e ce typ e trouvé en Asie C entrale26. C ette armure défensive fut une contribution im portante des Scythes d'Asie Centrale. Un détail, clairem ent visible sur certaines monnaies, est le haut col rigide qui prolonge le corset. Les effigies de Tanlismaidates sont pourvues d e c e m êm e typ e d e col sur son m onnayage. De même, les guerriers figurés sur les plaques d'O rlat portent un protège-cou similaire (Fig. 6)27. Ce haut col prolo n g e a n t certainem ent la cuirasse p ro té g e a it dans un c o m b a t rapproché l'une des parties les plus vulnérables du corps humain.
La popularité de la c a ta p h ra c te portée par les Indo-Scythes dans la région du G andhâra, se remarque dans l'art bouddhique. Alfred Foucher attire l'attention sur les représentations d e soldats portant une lourde arm ure d'écailles dans les reliefs du G andhâra28. Ces soldats sont habituellem ent dépeints com m e ceux de M âra30 com m e des guerriers isolés ou com m e des gardiens30. Ils portent une arm ure d escend ant jusqu'aux genoux, en général leurs bras ne sont pas protégés31.
16 Ibid. 1999, p. 70, Fig. 27.
17 Yang Hog, 1980, pl. V, no. 4, p. 14, no. 11. 18 Ibid., pl. VIII, no. 5. p. 18 e t pl. XXXVII. p. 25-6. 19 Ibid.. pl. XIII, no. 1.
20 Ibid., p. 42. 21 Ibid.. p. 42.
22 Voir Fr. Grenet, J.-C. Liger e t R.D. d e Valence, 1980, pis. XXXVII e t XXXVIII. 23 Voir B. Ja. Staviskij, 1986, p. 227. Voir aussi M.V. Gorelik. 1987. p. 368, Fig. 7. 24 M.V. Gorelik, 1987, p. 117 e t p. 369, Fig. 8.
25 Les troupes p ortant des corsets faits d'écailles sont signalées dans l'arm ée d e Cyrus co ntre les Grecs. Xénophon dans son Anabasie d é crit co m m e n t l'arm ée de Cyrus é ta ie n t arm ée de cuirasse, d e jam bières e t d e casques (A nabase. VIII. 5.6). M.V. Gorelik (1987, p. 369, Fig. 1) a proposé une reconstruction o f c e tte arm ure des Perses selon la description d e Xénophon.
26 Voir Fr. G renet e t a l. , 1980, pl. XXXVIII, a.
27 Cinq plqques d'os — deux grosses e t trois petites — a ve c différentes scènes gravées furent trouvées dans le cim etière d'O rlat à 50 km d e Sam arcande en Ouzbékistan p ar l'Uzbekistan Arts Expedition (UzIskE). Le tumulus n° 2 dans lequel deux corps furent inhumés, a révélé ces plaques d'os. Trois d'entre elles présentent un intérêt pour notre étude. Sur la plus intéressantes des deux grandes plaques (13,5 x 11cm) est illustrée une scène d e bataille (Fig. 6). sur la seconde g rande plaque figure une scène d e chasse tandis qu'une des trois plus petites montre un c o m b a t singulier entre deux soldats. Les deux dernières plaques sont d'un moindre intérêt en c e qui nous co n ce rn e puisqu'elles supportent respectivem ent un c o m b a t d e deux cham eaux e t un griffon. C oncernant les publications variées d e ces plaques, voir l'excellent résumé proposé par, J.Ya. Ilyasov and D.V. Rusanov, 1997/8, p. 107. Pour des dessins d e ces plaques, Ibid. pis. 146 a n d 147.
28 A. Foucher, 1905-18, p. 402. 29 A. Foucher, 1905-18, figs. 202 e t 204.
30 A. Foucher, 1905-18, figs. 202 e t 204 ; A.H. Dani, 1968. pl. 22 ; J. Marshall, 1960, Fig. 114 ; J. Rosenfield, 1967, pis. 62, 62A. 81, 100, 127 ; W. Zwalf, 1996, figs. 124, 178, 185, 434.
31 II y a quelques exemples où les guerriers p ortent un casque d e m é ta l, voir par exemple. F. Tissot, 1985, pl. XVIII, nos. 10 et 11. figs. 265, 268 e t 269.
La seconde com posante de la c a ta p h ra c te est la protection du bras. L'exacte structure d e c e tte partie et sa relation a v e c le corset ne sont pas clairem ent indiquées sur les monnaies indo-scythes. On peut rem arquer toutefois sur certaines monnaies, la structure annulaire des manches. La paire d'épaulières trouvée à Aï Khanoum semblerait indiquer qu'elles é ta ie n t attachée s au corset indépendam m ent. En relation avec cela, une paire de protège-bras composés d'anneaux d e tailles graduées de fer ou d 'a cie r se che va u ch a n t fut exhum ée du site indo-scythe et indo-parthe d e Sirkap à Taxila32. Ces protections de bras étaient com posées d e lames métalliques en form e d'anneaux33. On pe u t voir la m êm e caractéristique sur la c a ta p h ra c te portée par le soldat victorieux d e Khalchayan34. La m anche de mailles semble être form ée de lamelles d e m étal concentriques attachée s les unes aux autres.
Le bas du corps é ta it protégé par une jupe d'écailles. C et élém ent typique des monnaies indo-scythes (Figs 2, 4 & 5) est aussi porté par les guerriers des plaques d'O rlat (Fig. 6) où son a g e n ce m e n t est plus com préhensible. C om m e on peut le voir clairem ent le guerrier to m b é d e cheval porte une jupe fendue en deux com posée d'une partie frontale e t dorsale, Si l'on considère le poids de l'armure e t l'absence d'étriers, c e tte structure éta it nécessaire pour pouvoir m onter à cheval com m e l'ont fa it rem arquer J. Iliasov et D. V. Rusanov35. Aucun té m o ig n a g e littéraire ou autre ne m entionne c e tte ju p e tte qui diffère d e la grecque par sa form e e t s'en rapproche par sa structure.
Le dernier élém ent visible sur les monnaies est le casque. Un exam en minutieux révèle qu'il y en a vait de diverses sortes : e n g lo b a n t a v e c ou sans couvre-joues e t visière, plus large pourvu seulem ent d'une visière et m êm e parfois d'une form e conique. Le prem ier typ e est le plus com m un. On pe u t le rapprocher de celui de Kelermès dit conventionnellem ent « du Koban »36. Parmi les casques e n g lo b a n t ou de ty p e ca lo tte citons aussi le casque d'or gravé d e scène de c o m b a t provenant d e Perederiieva Mohyla37. À partir du Ve siècle, les Scythes em ployèrent des casques grecs38. Plusieurs casques de type a ttique ont ainsi é ta ie n t retrouvés dans les tumuli39. Les guerriers d e la scène d e bataille d e la plaque d'O rlat portent des casques a ve c des couvre- joues e t des plumets (Fig. 6). G.A, Pugacenkova pense que les couvre-joues d'O rlat sont identiques à ceux du c a ta p h ra cta ire de la frise d e Khalchayan40. Au coeur m êm e des territoires occupés par les Indo-Scythes, à Shaikhan Dheri (Charsadda), a été d é co u ve rt un ensemble de petites plaques percées de trous sur leur pourtour, identifiées com m e des éléments d'un casque par F.R. Allchin41. Un casque fut aussi trouvé à Sirkap et consistait en un bol ovale a v e c une série d e bandes étroites horizontales martelées dessus42.Comme en c e qui c o n ce rn e le corset, le souvenir des casques indo-scythes se retrouvent — en proportion minime — dans les reliefs du G andhâra sur les guerriers d e l'arm ée d e M ara43.
Parmi les armes énumérées ci-dessus, la lance é ta it l'arme par excellence du cataphracta ire. Les sources classiques m entionne nt la la n c e c o m m e la seule arm e défensive des c a ta p h ra cta ire s qui c o m b a tta ie n t en colonnes contre l'infanterie44. Sur ces monnaies, la lance, portée par le roi de la main droite, passe en diagon ale derrière le cou du cheval (Fig. 5). C ette position perm ettait, en l'absence d'étriers.
32 J. Marshall, 1951, p. 555, no. 91.
33 Une protection du bras similaire à celles décrites sur les monnaies fu t trouvée dans la kourgane d e Stara d a té e du IVe e t IIIe ap. J.- C. Pour un dessin, voir M.V. Gorelik, 1987, p. 369, Fig, 4.
34 Pour un dessin, voir M.V. Gorelik, 1987, p. 368, Fig. 8. 35 J.Ya. Ilyasov a n d D.V. Rusanov, 1997/8, p. 115-6. 36 I. Lebedynsky, 2001, p. 170.
37 L'Or des Rois, no. 124. 38 I. Lebedynsky, 2001, p. 171. 39 L'Or des Rois, nos 91-92. 40 G.A. Pugachenkovo. 1987, p. 61, 41 F.R. Allchin. 1970.
42 J. Marshall, 1951, p. 550, no. 91.
43 F. Tissot. 1985, Fig. 268 e t dessins, pis XVIII, 10 ; XIX, 6 e t 15.
44 Xénophon, Cyropédie, VII. 1.2; Plutarque, Lucullus, 28. 3 (traduction de R. Flacelière e t É. Chambry, Paris. 1972) : « Car la seule arme de ces cavaliers cuirassés, c'est la lance : ils n'ont pas d'autres moyens d e défense ni d 'atta q u e , à cause du poids e t d e la rigidité d e leur équipem ent, qui leur donne l'air d e gens emmurés ».
d'absorber une partie du c h o c lors des confrontations45. Héliodore dans ses Éthiopiques (IX, 15.6) décrit co m m e n t au d é b u t du IIIe siècle l'épieu du cavalier est poussé droit en avant, sa partie a v a n t a c c ro c h é e au col du cheval, sa poigné e à la croupe46. Le relief d e Tang-e-Sarvak d é p e in t un guerrier à cheval p o rta n t une la n ce de la main droite qui passe derrière le cou du cheval47. Une autre manière, peut-être moins e ffica ce , est d e tenir la lance contre le flan droit du cheval. Non figurée sur les monnaies, c e second m aniem ent, typiq u e m e n t sarmate, est illustré sur les plaques d'O rlat (Fig. 6).
Sur les monnaies, les têtes des lances en form e de losange sont clairem ent visibles. Des têtes d e lances similaires furent trouvées dans les fouilles du te m p le de l'Oxus48. La lance portée par le soldat à l'armure d'écailles sur la stèle d e Tryphon est touché par une tê te de fer en form e d e feuille de laurier49. Toutefois le roi cavalier portant une lance sur les monnaies est représenté dans une a ttitude héroïque.
Sur les monnaies habituellem ent attribuées à Azès II, le roi à cheval ne porte plus la lance mais brandit d e v a n t lui un fouet (Figs 1, 2, 4, & 7)60. Le fo u e t des peuples des steppes ou nagaïka, fa it d'une lanière d e cuir a tta c h é e à une poignée rigide, éta it une arm e redoutab le c a p a b le de d é ca p ite r un ennemi. Dans une des trois scènes dépeintes sur le vase d e Voronej d a té e du IVe siècle av. J.-C., l'un des deux Scythes conversant porte un fouet dans la main droite51. Parmi les autres représentations iconographiques du fo u e t scythe, celle du vase du kourgane G aim onava Mohulia est aussi à retenir52. La to m b e d'un Scythe enterré au c ô té de son c o m p a g n o n et d'un serviteur excavée dans la nécropole d e Koul-Oba près de P anticapée (IVe siècle av. J.- C.) co n te n a it entre autres objets un carquois, une é p é e e t un n agaïka 53. En Asie Centrale aussi, des fouets furent exhumés de nombreuses tombes scythes. Un des plus luxueux provient de la nécropole d'Issyk, à environ 50 km à l'est d'Alm a Ata, d a té e d e la fin du IVe siècle e t du d é b u t du IIIe siècle av. J.-C. Là, dans la to m b e d'un jeune homme, les archéologues découvrirent un ruban d'or enroulé autour d'une poignée qu'ils identifièrent a v e c raison à un fo u e t nagaïkcfi4.
Absent des monnaies au typ e du roi-cataphractaire à la lance, l'arc e t les flèches dans le goryte sont associés au roi c a ta p h ra cta ire brandissant le fo u e t (Figs 1, 2, 4, & 7) ou la hache (Fig. 3). L'arc est l'arme offensive par excellence des Scythes, réputés pour leur ta c tiq u e d e c o m b a t consistant à simuler la fuite pour d é c o c h e r des flèches par derrière. Leur arc se caractérisait par sa petite taille (60 à 80 cm très rarem ent 1 m) e t a v a it une structure com posite (âm e de bois renforcée des deux côtés pa r d'autres matériaux plus flexibles). G. A. Pugacenkova classifie l'arc dépeint sur la p la q u e d'O rlat co m m e é ta n t Hsiung-nu55. C et arc est attesté dans l'iconographie scythe56. L'arc figuré sur les monnaies d'Azès II a des caractéristiques similaires. Le relief funéraire d'Athénios d e Panticapée (Kerch) d é p e in t un goryte a v e c un arc Flsiung-nu à la corde libre57. Les chasseurs représentés sur la seconde grande p la q u e d'O rlat tirent sur le gibier avec des arcs similaires dits Hsiung-nu (Fig. 6)58. Bien que ces détails ne soient pas clairem ent gravés sur les monnaies indo-scythes, il y a de grandes chances que l'arc figuré dans le goryte soit du typ e Hsiung-nu.
Les monnaies d'Azilisès ou d'Azès II d é p e ig n a n t le roi à cheval portant un fo u e t sont caractérisées par la représentation du goryte qui a p p a ra ît sur le c ô té g a u ch e du roi. Mais sur la grande plaque d'O rlat d e la scène d e bataille, le goryte est représenté sur le c ô té droit (Fig. 6). Ce détail est aussi clair sur une des trois petites
45 M.l. Rostovtzeff e t al., 1936, p. 446.
46 Héliodore, IX, 15, 5 : « L'épieu horizontal darde au loin sa pointe. Il est soutenu du c ô té du fer par un lien a tta c h é au co l du cheval, tandis q u e sa poignée est fixée à la croupe. Ainsi il ne cè d e pas sous les chocs, mais a id e la m ain du cavalier, qui n'a q u 'à diriger le coup. Celui-ci se raidit e t s'arc-boute pour faire une blessure plus profonde, et son élan est si im pétueux qu'il transperce to u t c e qu'il trouve d e va n t lui. e t souvent d'un seul c o u p em b ro ch e deux ennemis à la fois » traduction. J. Maillon, Paris, 1960.
47 T.S. Kawami. 1987, p. 255. Fig. 19 (cat. no. 41).
48 Voir Drevnosti Tajikistana : Katalog vistavki, Dushanbe, 1985, p. 90-1, nos. 197-8 e t 200. 49 Voir A.T. Knipovich, 1949, p. 84-86, Fig. 41; M. Mielczarek, 1999, Fig. XVIII.
50 R.C. Senior, 95-99 pour Azès e t 32-37 pour Azilisès. 51 Voir V. Schiltz, 1994, Fig. 128 A.
52 Voir V. Schiltz, 1994, Fig. 128.
58 Voir V. Schiltz, 1994, p. 156-7. Pour des boules d'or e t une lanière d e fo u e t d e Mohyla (IVe siècle av. J.-C. ) voir E.D. Reeder, 1999, nos. 14 a n d 156.
54 Pour une excellente illustration d e c e fouet, voir K.A. Akishev, 1978, Fig. 5, p. 50, pl. 32, 55 G.A. Pugachenkova, 1989, p. 143-4.
56 Voir V. Schiltz. 1994, Fig. 125 pour la scène d é p einte sur le vase d e Koul-Oba.
57 Yu. M. Desyatchikov, 1972, p. 72. Fig. 3, voir aussi J.Ya. Ilyasov and D.V. Rusanov, 1997/8, p. 153, pl. XI, no. 3. 58 J.Ya. Ilyasov a n d D.V. Rusanov, 1997/8, p. 146, pl. IV, no. 2 ; voir aussi B.A. Litvinskiy, 1966, p. 53, pl. 1 e t p. 54, pl. 2.
plaques d'O rlat d é criva n t un c o m b a t entre deux guerriers59. G. A. Pugacenkova a observé que le goryte vu sur la p laque d'O rlat est com posé très clairem ent de trois parties, une pour l'arc e t les deux autres pour les flèches60. Pugacenkova croit que le goryte figuré sur la grande p laque d'O rlat est directem ent a tta c h é à la selle61, C ependant, co m m e on p e u t le voir clairem ent sur c e tte plaque, le guerrier tirant à l'arc, probablem ent dans une position agenouillée, porte le goryte a tta c h é à sa ceinture. Le m êm e détail est visible dans le c o m b a t singulier des deux guerriers de la petite plaque d'Orlat62. Sur les monnaies, le m ode de fixation du goryte n'est pas clair puisqu'il a p p a ra ît derrière le flan du cheval.
Parmi les armes figurant sur les monnaies, la hache est celle qui pose le plus d e problèm e. Le type principal où elle figure est celui du roi sur un cham eau bactrien (Fig. 3)63. L'arme tenue par le personnage fut identifiée de diverses manières : croix64, hache65, ankus66 ou fo u e t67. En nous fo n d a n t sur divers docum ents ta n t iconographiques que littéraires nous pouvons a va n ce r que l'arme est bien une hache. Notre premier argum ent repose sur la légende rapportée par Hérodote d e la succession d e Targeitos le premier homme, fils de Zeus, l'a n cê tre scythe. Sous son règne s'abattirent du ciel des objets d'or, une charrue, une hache, une c o u p e qui to m b è re n t sur la terre d e Scythie. Les deux aînés furent repoussés par l'or, tandis que le plus jeune pu t les saisir, é ta n t désigné ainsi co m m e le ch e f des trois classes d e la société iranienne symbolisées par ces objets, les agriculteurs, les guerrier e t les prêtres68. Notre second argum ent sera la somptuosité des haches découvertes dans les kourgans scythes qui tém oigne de l'im portance de c e tte arm e e t de sa fonction d 'a p p a ra t69. Notre dernier argum ent sera la présence d e la h a ch e aux côtés d e l'arc, du goryte e t de l'épée dans l'équipem ent d'un guerrier figuré sur une stèle du IV9-V® siècles av. J.-C. tém oignan t d e l'usage traditionnel d e c e tte arm e chez les Scythes70.
Un point im portant sur lequel nous voudrions term iner c e passage en revue d e l'équipem ent du roi c a ta p h ra cta ire sur les monnaies indo-scythes est celui du h a rnache m ent d e sa monture. C ontrairem ent au cavalier, le cheval n'est pas protégé. Nous savons par diverses sources que les chevaux des cataphractaires perses e t parthes portaient un revêtem ent protecteur soit d e cuir soit d e c o tte de maille71. L'absence d'une telle protection est é tonna nte c a r elle rend la m onture vulnérable co m m e l'illustre par ailleurs une scène d e la p laque d'O rlat m ontrant un cheval à terre m ortellem ent blessé e t son cavalier désarçonné : il est clair que dans les batailles rangées la première cible devait être le cheval (Fig. 6). Bien que l'une des plaques d'Orlat montre le c o m b a t singulier d e deux cataphractaires, il est fort probable, qu'une fois à terre, la c a ta p h ra c te d evait être un h a n d ica p plus qu'un a to u t dans c e typ e d'affrontem ent. Avant d e passer à la description du harnachem ent tel qu'il est figuré sur les monnaies indo-scythes, nous voudrions souligner que divers indices nous perm ettent de supposer, malgré tout, l'existence d'une protection pour les chevaux. Ainsi à Taxila, les fouilles ont révélé une grande pièce form ée d e 18 plaques accrochées les unes aux autres que Marshall identifie com m e une partie d'un c a p a ra ç o n 72. La frise de Khalchayan tém oigne aussi d e l'existence d'une structure en c ô te de maille pour p rotéger le cheval à partir du c o u 73. Com m e on pe u t s'y attendre, en raison du m anque d'espace, d'autres détails, com m e la selle, à part la muserolle, ne sont pas tous visibles sur les monnaies indo-scythes. Bien plus la sous-ventrière est c a c h é e par la ju p e d e mailles du cavalier. C epend ant, on p e u t clairem ent observer un détail présent sur les monnaies e t sur la grande plaque d'O rlat : la fausse m artingale qui rejoint l'anneau sur le poitrail
59 Voir J.Ya. Ilyasov a n d D.V. Rusanov, 1997/8, p. 147, pl. V, 1. 60 G.A. Pugachenkova, 1989, p. 145.
61 G.A. Pugachenkova. 1989, p. 151.
62 Voir aussi J.Ya. Ilyasov a n d D.V. Rusanov, 1997/8, p. 120. 63 Sur le ch a m e a u bactrien, voir O. Bopearachchi. 2004. 64 A. Cunningham. 1840. p. 877.
65 R.B. W hitehead, 1914, nos. 305-7 ; R. Ghirshman, 1946, p. 91 ; R.C. Senior, 2001, 81.
66 M. Mitchiner, 1975/6, type 761-2 ; O. Bopearachchi & W. Pieper, 1998, no. 255 ; O. Bopearachchi, O. e t A. ur Rahman, 1995, no. 734. 67 P. Gardner, 1886, Azès, nos. 178-180.
68 Hérodote, IV, 4, trad. Ph. E. Legrand. 69 I . Lebedynsky, 2001, p. 168. 70 L'Or des Rois, no. 133.
71 Am m ien M a rce llin , XXIV, 6.8 ; voir aussi pour les cas parthes le graffiti d e Dura Europos (M.l. Rostvotzeff e t al., 1936, p. 440-9, pis. XXI- XXIII e t le relief d e Tang-e-Sarvak (T.S. Kawami, 1987, p. 255, Fig. 19).
72 J. Marshall, 1951, p. 555, no. 91. 73 K. Abdullaev, 1995, Fig. 4, no. 7.
du cheval (Figs 2, 4 & 6).
La caractéristique la plus intéressante du harnache m ent du cheval des Indo-Scythes est le traitem ent de la queue. Il est clair que la partie supérieure d e la queue m ontrée sur les monnaies Indo-Scythes est recouverte d'un fourreau d e cuir, La trouvaille d e deux fourreaux d e cuir d e Pazyryk ornés d e motifs décoratifs, prouve qu e le tressage d e la queue e t son recouvrem ent é ta ie n t coutum iers74, C om m e on pouvait s'y attendre, la queue couverte n'est pas une caractéristique du cheval d é p e in t dans les monnaies indo grecques75. Mis à part sur les monnaies indo-scythes c e détail est visible sur les monnaies d'Héraus76 e t sur l'unique m onnaie d e N ashtên77. Un traitem ent similaire d e la queue est visible sur la scène d e bataille d'Orlat (Fig. 6).
L'équipem ent du roi c a ta p h ra cta ire figuré sur les monnaies indo-scythes nous a p p o rte un élém ent non négligeable d'appréhension des nom ades conquérants du royaum e indo-grec, pa r ailleurs très peu connus. Il est indéniable que la c a ta p h ra c te et les armes m ontrent leur a p p a rte n a n c e à la com m unauté scythe, Le choix d e c e ty p e com m e droit principal du m onnayage est révélateur d e l'idéologie des nouveaux maîtres des régions du G andhâra. Le roi se présente com m e ch e f d'arm ée. Il choisit l'éq uipem ent d'élite d e ces corps. La c o nfection d'une c a ta p h ra c te d e va it être longue e t son c o û t élevé. La supériorité d e c e t é q uipe m e nt sur ceux des peuples voisins était sans d o ute un élém ent dissuasif d'agression, Le choix des armes auxquelles est associé le port d e la c a ta p h ra c te est aussi sym ptom atique d'une a p p a rte n a n c e culturelle au m onde scythe e t d'une volonté d e p ro paga nde. En effet, les armes, outre leur fonction défensive, o n t dans ces représentations le rôle d'a ttribut du pouvoir.
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Fig. 1. Dessin d 'a p rè s une m o n n a ie d'Azilisès : le roi p o rta n t un v ê te m e n t c iv il e t te n a n t le fo u e t (Dessin p a r François Ory)
74 Voir S.I. Rudenko, 1953, p. 227, Fig. 140a e t 141. Voir aussi J.Ya. Ilyasov e t D.V. Rusanov, 1997/8, p. 153, Fig. XI. 1, pour une reproduction des dessins d e Rudenko.
75 Voir pa r exemple, pour le type d e droit d e la m onnaie d'A ntim aque II, O, Bopearachchi, 1991, series 1. pis. 14 a n d 15 ; pour le type d e revers d e Philoxène, ibid, séries 1-9, pis. 43 e t 44; pour les types d e revers d 1 Hermaios a n d Cdlliope ibid, séries 1 e t 2, pl. 52. e t pour types d e droit d'Flermaios, ibid., séries 6-8, pis. 523 e t 54; pour les types d e revers d'Flippostrate. ibid., séries 3-7, pis. 64 e t 65.
76 E.A. D avidovich (1979, p. 18, pl. 1) propose d e voir dans les grénetis visibles sur la queue du ch e va l des monnaies d 1 Fléraus cinq ou six noeuds. Voir par exemple, J. Cribb, 1993.
Fig. 2. Dessin d 'a p rè s u n e m o n n a ie d'Azès II : le roi à c h e v a l vê tu d e la c a ta p h ra c te , te n a n t le fo u e t
(Dessin p a r François Ory)
Fig. 3. Dessin d 'a p rè s u n e m o n n a ie d'Azès I : le roi sur un c h a m e a u b a c trie n te n a n t u n e h a c h e
(Dessin p a r François Ory)
Fig. 4. Dessin d 'a p rè s u n e m o n n a ie d'Azès II : le roi à c h e v a l vê tu d e la c a ta p h ra c te , te n a n t le fo u e t
(Dessin p a r François Ory)
Fig. 5. Dessin d 'a p rè s u n e m o n n a ie d'Azès I : le roi à c h e v a l vê tu d e la c a ta p h ra c te , te n a n t la la n c e
Fig. 6. Dessin d e la p la q u e d 'O rla t guerriers re p ré se n ta n t u n e sc è n e d e b a ta ille (Dessin p a r François Ory)
Bibliographie
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