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La règlement des differends dans les activités spatiales commerciales /

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(2)
(3)

LE REGLEMENT DES DIFFERENDS DANS

LES ACTIVITES SPATIALES COMMERCIALES

Frédéric: Meyer

Fac:ulty of Law

McGill University, Montreal

September 2000

Copy# 1

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Master of Air and Space Law

(4)

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(5)

Résumé

Certaines caractéristiques des activités spatiales commerciales, notamment la rapidité exceptionnelle de leur développement, le cadre juridique et le milieu particuliers dans lesquels elles se développent ou encore les risques importants auxquels leurs participants sont confrontés génèrent pour ces derniers des besoins bien spécifiques en tennes de règlement des différends.

Une analyse systématique de tous les mécanismes à disposition pennet de conclure que l'arbitrage est et restera certainement à l'avenir le mode de règlement le plus confonne aux intérêts des acteurs de l'espace commercial.

Abstratt

Various characteristics of commercial space activities, such as their exceptionally rapid development, the special environment and legal framework in which they develop or the significant risks their participants are facing generate for the latter specifie needs in terms of disputes settlement methods.

A systematie analysis of ail existing mechanisms reveals that arbitration is and is likely to remain in the future the mode of settlement which is the most appropriate to the interests of the commercial space actors.

(6)

Remerciements

Je tiens à remercier les professeurs Michael Milde et Ram Jakhu, mes directeurs de thèse, pour leur précieuse assistance et leur patience.

Je souhaite également remercier tous ceux qui m'ont apporté leur soutien, tant matériel que moral, dans la réalisation de cette entreprise, en particulier mes employeurs et mes parents.

(7)

(8)

INTRODUCTION p. 9 CHAPITRE 1

ACTIVITES SPATIALES ET DROIT DE L'ESPACE: EMERGENCE ET EVOLUTION

1. Développement des activités spatiales .

/.1 Des activités purement exploratoires aux premières «applications »de

l'espace . 1.2 Commercialisation et privatisation .. 1.2./ Conln,ercia[isatio" . /.2.1./ Généralités . /.2.1.2 Télécommunications . 1.2.1.3 Télédétection . 1.2.1.4 Lancement .. 1.2.1.5 Perspectives . /.2.2 Privatisation . /.2.2./ Généralités . /.2.2.2 Télécommunications . 1.2.2.3 Télédétection . J.2.2.4Lancement .. J.2.2.5Perspectives .

2. Droit spatial«commercilll» .

2.J Introduction .

2.2 Principales règles de droit international public ayant une

influence sur les activités spatiales commerciales .

2.3 Réglementations nationales .

2.3./ Réglementation des services de lancement alLl: Etats-Unis .

2.3.2 Réglementation des services de lancement de la société Arianespace ..

2.4 Droit privé de ['espace .

2.5 Conclusion . p. 10 p. 10 p. 13 p. 13 p. 13 p. 14 p. 15 p. 16

p.

17 p. 18 p. 18 p. 19 p.20 p. 20 p. 21 p. 22 p. 22 p. 25 p. 28 p. 31 p. 34 p. 36 p.40

(9)

CHAPITRE II CONTRATS DE

LANCEMENT

p.70 p. 73 p. 55 p. 55 p. 56 p. 56 p. 58 p. 59 p.60 p.60 p. 62 p. 63 p. 65 p. 68 p. 68 p.69 p.69 p. 41 p. 42 p. 43 p. 45 p. 45 p.47 p. 48 p. 50 p. 51 p. 53 p. 53 p. 54 Qltalijicatioll juridique . Natltre internationale . Introduction .

Parties aux contrats de lancement .

Objet des contrats de lancement .

Nature des contrats de lancement .

Risque réglementaire .

Principales obligations des parties aux contrats de lancement .

Obligation principale de l'entreprise de lancement .

Obligation principale du client .

6.2. / FL'Cation dLt pril: .

6.2.2 J\tIodalités de paiement .

7. Régime juridique en cas de mauvaise exécution des contrats

de lancement .

7. / Introdllctiol, .

7.2 Régime contractuel en cas de retard ..

7.2./ Importance du/acteur temps ..

7.2.2 Report sur requête du client .

7.2.3 Report sur requête d'Arianespace .

7.3 Régime contractuel en cas d'échec du lancement ..

7.3./ IntrodLlction .

7.3.2 Régime de responsabilité concernant/es tiers .

7.3.2./ Clauses concernant/es tiers non intéressés .

7.3.2.2 Clauses concernant les tiers intéressés .

7.3.3 Régime de responsabilité inter partite .

7.3.3./Introduction .

7.3.3.2 Clauses de renonciation .

7.3.3.2.J Généralités .

7.3.3.2.2 Validité des régimes de responsabilité inter partite:

l'exemp/e du cas Martin Marietta .

7.3.3.2.3 Avenir des régimes de responsabilité inter partite .

l.

2.

3.

4.

4./ 4.2

s.

6.

6.1 6.2

(10)

CHAPITRE III

REGLEMENT DES DIFFERENDS

1. Règlement des différends en droit international

public de l'espace ..

/.1 Introdllctiolz .

/.2 Règlement des diffërends dans les traités élaborés par le CUPEEA .

1.2./ Traité de ['espace .

/.2.2 Convention sur la responsabilité .

/.3 Règlement des diff'érends dans les autres textes de droit

spatial i"ternational .

1.3./ Gélzéra/ités ..

1.3.2 Règlement des différends dans le cadre de la Convention de l'ESA .

/.3.3 Réformes souhaitables .

/.3.3.1 Amendement des instroments existants ..

/.3.3.2 Initiative de l'ILA ..

2. Règlement des différends dans l'industrie de lancement .

2.1 /ntrodzlction ..

2.2 Caractéristiques de ['industrie de lancement .

2.2./ Industrie de dimension internationale ..

2.2.2 Statllt mil:te des acteurs ..

2.2.3 Particularités liées au marché ..

2.2.3.1 Marché concu"entiel .

2.2.3.2 Concentration des acteurs .

2.2.4 Implication de haute technologie ..

2.2.5 Autres .

2.3 Modes de règlement des différends disponibles ..

2.3./ Mode judiciaire ..

2.3.1.1 Généralités .

2.3.1.2 Avantages et inconvénients .

2.3./.2.J Portée et effectivité de la décision .

2.3.1.2.2 Position des parties ..

2.3./.2.3 Confidentialité . p. 75 p. 75 p. 76 p. 77 p. 78 p. 80 p. 80 p. 81 p. 82 p. 84 p. 85

p.

89 p. 89 p.90 p.90 p. 91 p.92 p.92 p. 93 p.94 p. 9S p.96 p.97 p.97 p.98 p.99 p. 101 p.l0l

(11)

., 3 1 i 4 C ' . ;j ' d'" d'" 1

.:.. . ._. ompetences speC'.Jlques e o'galle eCISIOlllle .

2.3.1.2.5 Place pOlir une sollitiolltransactiollnelle .

2.3.1.2.6 COlÎts et rapidité de la procédure .

2.3.1.2.7 Remarque conclusive ..

2.3.2 i\;[odes llonjudiciaires .

2.3.2.1«Alternative Dispute Resolution » ..

2.3.2.1.1 Généralités .

2.3.2.1.2 Avantages et inconvénients .

2.3.2.1.2.1 Portée et effectivité de la décision .

2.3.2./.2.2 Position des parties .

2.3.2./.2.3 Confidentialité ..

2.3.2./.2.4 Compétences spécifiques de l'organe

décisionnel .

2.3.2./.2.5 Place pour llne solution transactionnelle .. 2.3.2./.2.6 Coûts et rapidité de la procédure .

2.3.2./.2.7 Remarque conclusive .

2.3.2.2 Arbitrage .

2.3.2.2.1 Généralités .

2.3.2.2.2 Avantages et inconvénients .

2.3.2.2.2.1 Portée et effectivité de la décision .

2.3.2.2.2.2 Position des parties .

2.3.2.2.2.3 Confidentialité .

2.3.2.2.2.4 Compétences spécifiques de l'organe

décisionnel .

2.3.2.2.2.5 Place pour une solution transactionnelle .. 2.3.2.2.2.6 Coûts et rapidité de la procédure .

2.3.2.2.2.7 Remarque conclusive . p. 103

p.

104 p. 104 p.104 p. 105 p. 105 p. 105 p. 107 p.l07 p. 107

p.

108

p.

108

p.

109

p.

109 p.109 p. III p. III p. 115 p. 115 p. 117 p. 118 p.118 p. 119 p. 120 p. 120

CONCLUSION p. 123 BIBLIOGRAPHIE p. 124

(12)

INTRODUCTION

La nécessité pour les acteurs du secteur spatial commercial de se doter de mécanismes de règlement des différends appropriés est aujourd'hui affirmée par de nombreux auteurs.

Cela peut paraître surprenant si l'on considère que les activités spatiales commerciales ne constituent qu'une branche ordinaire du commerce international, disposant à ce titre de l'ensemble des modes de règlement des différends traditionnels.

Cette opinion s'avère plus pertinente en revanche si l'on tient compte des particularités du secteur spatial et des besoins bien spécifiques - en termes de règlement des différends - en résultant pour ses acteurs.

Afin d'identifier ces besoins et de mettre ainsi àjour les critères présidant à la détermination du mode de règlement le plus adéquat, il est indispensable de se pencher au préalable sur le développement, à la fois récent et tùlgurant, des activités spatiales. Leur évolution et en particulier l'émergence des phénomènes de commercialisation et de privatisation de l'espace feront donc l'objet de la première partie de cette étude.

Les régimes juridiques auxquels les activités spatiales commerciales se trouvent soumises seront ensuite abordés. Leurs spécificités, leurs carences ainsi que la portée exceptionnelle de la pratique contractuelle dégagée par les participants seront mises en évidence dans ce contexte.

Cette pratique contractuelle, parfois singulière et en tout cas révélatrice des préoccupations des acteurs, sera enfin exposée à travers l'exemple très significatif -des contrats de lancement.

Les besoins des intervenants ainsi identifiés, la question du mode de règlement des différends le plus approprié sera alors abordée. Tout d'abord, les mécanismes de droit international public à disposition des premiers acteurs de l'espace seront sommairement décrits. Puis les diverses méthodes de règlement envisageables pour le secteur commercial, en particulier pour l'industrie de lancement, seront passées en revue. Leurs mérites respectifs seront évalués en fonction des différents critères que les précédents chapitres auront permis de dégager.

(13)

1.

/./

CHAPITRE 1

ACTIVITES SPATIALES ET DROIT DE L'ESPACE:

EMERGENCE ETEVOLUTION

Développement des activités spatiales

Des activités purement exploratoires alL'tpremières «applications» de l'espace

Les premières années de la « conquête spatiale» ont été marquées par la compétition

effrénée que se livraient Soviétiques et Américains' qui, dans le contexte tendu de la guerre froide. voyaient dans l'espace avant tout la possibilité de démontrer la supériorité de leur système politique et de surveiller le territoire ennemi (au moyen de satellites de reconnaissance). Ce sont donc des objectifs de prestige international et de défense nationale qui ont guidé les deux grandes puissances d'alors dans la détennination de leurs programmes spatiaux depuis le début des années cinquante:!. Cette approche, qui s'est traduite par le développement d'une intense activité dans les domaines de l'exploration et de la recherche3, a notamment donné lieu au lancement

1Couston M., Droit Spatial Economique - Régimes Applicablesàl'Exploration de L'Espace,

Sides, 1993. p. XlI; Fouquet1.P. et Le Gall J. Y.,Commercial Use ofSpace in Europe: From a Matter of Independenee ta al~atterofBusiness.inResearch and Invention in Outer Space-Liability and [ntelleetllal Property Rights, Sa'id Mosteshar Editor, Kluwer, Dordrecht, 1995.

~.53; PeyrefitteL.•Droit de L'Espace.Dalloz. Paris, 1993. p.92.

- Couston M.,op. cit., ibidem; Les dirigeants politiques des Etats-Unis et d'Union soviétique trouvaient dans la conquête de l'espace un intérêt sur le plan de la politique intérieure, de par l'engouement de l'opinion publique pour les grands projets spatiaux; voir à cet égard Wirin W. B., Quo Vadis? Space Law in the

2r

t

Century, in Proceedings of theThirty-Fifth Colloquium on the Lawcf Outer Space (ci-après: «(Co/loquium ))) 1992. nSL. 1992, p. 194ss.

J Van Traa..Engelman H.L., Commercial Utilizat;on of Outer Space - Law and Practice.

Kluwer. Dordrecht. 1993. p. 18; Boeckstiegel K. H .• Chair 's lntroductory Remarks, in

At/inutes de la Conférence: Défis en Droit Aérien et Spatial - Faire face à l'Avenir, in Annales de Droit Aérien et Spatial. McGill (ci-après: «ADAS )). vol. XXII, tome 1, 1997, p. 340 ; Commercial Space Activi/ies: Their Growing Influence on Space Law, in ADAS. vol. XII, 1987, p. 175 ; Eigenbrodt S.• Out to Launch : Private Remedies for Outer Space Claims, in Journal or Air Law and Commerce. vol. 55, 1989. p. 185; Turk F.• L 'Evolution des

Obligations du constructeur vis-à-vis de son client - «( De l'obligation de moyens à

l'obligation de résultaI )). in L'Exploitation Commerciale de l'Espace. Droit Positif. Droit Prospectif, CREDIMINI. Litec, Paris. 1992, p. 203 ; à noter toutefois le lancement à des fins commerciales d'un satellite américain en 1962 déjà; voir Kahn P., Situations d'un Droit

(14)

de Spoutnik Ile 4 octobre 1957, ainsi qu'à l'alunissage d'Apollo Il en juillet 1969. Elle a prévalu jusqu'au début des années soixante-dix, lorsque l'utilisation à des fins civiles des technologies ainsi développées est devenue envisageable-1.

Dès la moitié des années soixante, la communauté internationale a en effet pris conscience des possibilités extraordinaires qu'offraient les satellites, en matière de communication surtout. C'est ainsi que certains gouvernements occidentaux ont entrepris de coopérer dans le cadre d'une organisation intergouvernementale (lntelsat), afin d'établir un système global de télécommunications par satellites. Cette organisation a trouvé sa forme définitive en 1973 et est devenue réellement opérationnelle dans la seconde partie de la même décennie. Par la suite, d'autres organisations du même type, mais régionales (lntersputnik, Eutelsat et Arabsat) ou à vocation différente (Inmarsat) ont été constituéess.

Parallèlement, diverses initiatives ont vu le jour tant en Europe qu'aux Etats-Unis dans les domaines du lancement (programme Ariane, navette spatiale) et de la télédétection (programme américain Landsat 6).

L'apparition de ces premières «applications » a certainement constitué un pas décisif en direction de la commercialisation de l'espace. Compte tenu toutefois de l'importance des coûts liés à ces activités7, les profits étaient alors par trop insignifiants pour que l'on puisse véritablement parler de commercialisation de l'espaces.

Commercial Spatial, in L'Exploitation Commerciale de l'Espace, Droit Positif. Droit Prospectif. CREDIMINI, Litec, Paris, 1992, p. 91 .

.. Couston M., op. cit., ibidem; Kayser V., An Achievement of Domestic Space Law: V.S. Regulation ofPrivate Commercial Launch Services, in ADAS, vol. XVI, 1991, p. 341.

SCouston M., op. cit., p. 69;VanTraa-Engelman H.L., op. cit., p.11Iss.

6 En Europe, les premières expériences (civiles) en matière de télédétection ont été plus

tardives. Ainsi la France a-t-elle été le premier pays à entreprendre un tel programme et ce n'est qu'en 1986 que son satellite SPOT a été lancé; quant à l'Agence spatiale européeMe (ci-après: «ESA ))), elle a lançé son premier satellite de télédétection en 1991 seulement; A noter également la constitution, dès les années soixante-dix, sous l'égide de l'E5RO, d'Eumet5at; voir Van Traa-Engelman H.L., op. cit., p_ 190s5 et 231ss et Villain R., Perspectives des Applications Spatiales à l'Horizon de Dix Ans, in L'E.:rploitation Commerciale de l'Espace, Droit Positif. Droit Prospectif, CREDIMINI, Litec, Paris, 1992, p. 6855.

7Pour une indication des montants investis dans l'espace par les gouvernements entre 1957 et

1980. voir Dula A, Private Sector Activities in Outer Space, in International Lawyer, vol. 19.

(15)

Le fait que le secteur des télécommunications était encore organisé en service public et réglementé en conséquence s'érigeait par ailleurs en obstacle à une approche purement commerciale des activités satellitaires9• Du reste. les participants

demeuraient exclusivement les gouvernements, leurs agences ou leurs représentants au sein des organisations intergouvernementaleslO, qui seuls etaient en mesure d'investir

les montants nécessaires tout en supportant un risque très important.

Certes. des entreprises privées étaient amenées à prendre part à la construction de satellites ou de véhicules spatiaux. Elles le faisaient cependant pour le compte des gouvernements et n'étaient dès lors impliquées qu'indirectement. laissant àcharge de ces derniers les risques spécifiques à de telles activités. Ce type de participation existait d'ailleurs depuis les toutes premières expériences des années cinquante et ne constituait donc pas un phénomène nouveau consécutif à l'apparition des

"

. d lt 11

«app lcatlonS» e espace .

Ce sont ainsi principalement la recherche. l'exploration puis le développement, sous une forme primitive - soit non commerciale - de certaines «applications»

salellilaires qui ont marqué les vingt premières années de la conquête de l'espace.

8 Kayser V., art. cit.• ibidem; Commercial Exploitation of Space: Developing Domestic Regulation, in ADAS, vol. XVII, tome l, 1992, p.187.

9Même si le but statutaire d'Intelsat se voulait«commercial»; voir Matte N. M., [nte/sat, in Aerospace Law: Telecommunications Satellites, Butterworths & Co. (Canada) ltd.• Canada,

1982, p.lIt.

10 D'Angelo G. V., Aerospace Business Law, Greenwood, Etats·Unis, 1994, p. 113; Turk F.•

op. cit., ibidem. A noter cependant que les Etats-Unis étaient représentés au sein d'Intelsat et d'Inmarsat par la compagnie privée Comsat; voir Couston M.• op. cit., p. 118, Van Traa-Engelman H.L.,op. cit.• p. 117 et Gantt J.B., The Commercialisation ofSpace - Twenty Years ofExperience: Some Lessons Learned, in Journal ofSpace Law, vol. 12. no. 2, 1985, p. 109ss.

Il Boeckstiegel K. H.,Space Law Pas! and Future: the Challenges of the XXXlst Century, in

ADAS, vol. XVII, tome 1, 1992, p.IS; Kayser V., An Achievement of Domestle Space Law: V.S. Regulation of Private Commercial Launch Services. in ADAS, vol. XVI, 1991, p. 341; Private Involvement in Commercial Space Activities. Legal Issues and Recent Trends, in

Colloquium 1994, p. 315; Tatsuzawa K., Policy and Law in Space Commercialization, in Legal Aspects of Space CommerciaJization, Edited by K. Tatsuzawa, CSP Japan Inc, Tokyo,

(16)

/.2 Commercialisation et privatisation

/.2./ Commercialisatioll

/.2.1./ Généralités

Sur l'initiative des dirigeants politiques des pays concernésl:!, les activités spatiales ont

intégré, dès le début des années quatre·vingt, une dimension nouvelle qui n'a cessé de prendre de l'importance depuis lors. En effet, la rentabilité - notion jusqu'alors peu compatible avec l'espace - est progressivement devenue l'objectif prioritaire des participants!3. Certes, les gouvernements n'ont jamais totalement abandonné la recherche et l'exploration et les expériences menées actuellement par les Américains et l' ESA autour de Mars en sont la meilleure illustration. Ces programmes sont cependant conduits davantage dans une optique de profits à long terme que pour de simples raisons de prestige1o$.

Les activités spatiales, en s'orientant vers la rentabilité, sont donc entrées dans une phase de commercialisation!5. Les principales raisons de cette évolution sont les suivantes: d'abord, les progrès techniques réalisés ont pennis d'accroître la capacité des satellites tout en réduisant les risques. Cela s'est notamment traduit par une baisse des coûts qui, bien entendu, était la condition préalable à une exploitation

12 Tatsuzawa K., op. cit., p.llss; Vereshchtin V.S. et Silvestrov G.V., Space

Commercialization in the Soviet Union: Facts, Policy and Legal Issues, in Legal Aspects of fface Commercializ~tion,Edited byK.Tatsuzawa,CSPlapan Inc, T.okyo. 1992,.p: 32ss.

Couston M., op. Clt., p. XIII, 255; Van Traa·Engelman H.l., op. Clt., p. 18; Wlnn W.B., an. cit.,p. 194.

loi Boeckstiegel K.H., supra, note Il, p.22 et Commercial Space Activities: Their Growing Influence on Space Law,inADAS, vol. XII, 1987, p. 176; Wirin W.B., an. cit., p. 195.

15En effet, selon la définition généralement admise, le caractère «commercial» d'une activité

doit être retenu dès l'instant où celle·ci est exercée àdes fins de profit; voir Couston M.,op. cil., p. XVss; Tatsuzawa K., op. cil.• p. ID; Van der Dunk F.G., Pandora's Box? The Basic Legal Framework for Doing Business with a Space Station: an Inventory of Problems, in Legal Aspects of Space Commercia/ization, Edited by K. Tatsuzawa, CSP Japan Ine, Tokyo.

1992, p.lISss; Van Traa·Engelman H.L., op. cil., p.19; Qizhi H.E.. Legal Aspect of Space Activities, in Colloquium 1990, p. 58. Pour une élaboration sur la notion de commercialisation

de l'Espace. voir notamment Silvestrov G.V., The Notion of Space Commercialization, in

(17)

économiquement viablel6. Ensuite, la commercialisation offrait aux Etats-Unis un

moyen de rentabiliser, dans une certaine mesure, les investissements énormes consentis dans le but d'envoyer des hommes sur la lunel7. Les grands projets spatiaux de nature exploratoire ne suscitaient par ailleurs plus le même enthousiasme dans l'opinion publique qu' au début de l'ère spatiale. Ils paraissaient ainsi moins justifiés du point de vue de la politique intérieure, en particulier dans un contexte de récession économique généraliséel8• Les Américains et les pays de l'ex-Union soviétique ont en

outre vu dans les applications commerciales de l'espace la possibilité de reconvertir le matériel militaire devenu superflu consécutivement à la fin de la guerre froide et à la signature des accords de désannementl9. Enfin, les gouvernements ont compris que l'utilisation de l'espace à des fins commerciales constituerait un instrument très important d'expansion économique, tant pour l'industrie aérospatiale elle-même que pour les autres secteurs indirectement impliqués20.

Les activités spatiales faisant aujourd'hui l'objet d'une exploitation commerciale sont encore peu nombreuses puisqu'elles se limitent aux télécommunications, à la télédétection et aux services de lancement21•

, .2./.2 Télécommunications

En matière de communications par satellite, la commercialisation peut être considérée comme une réussite!!. Non seulement, les organisations intergouvernementales mentionnées précédemment sont pour la plupart devenues capables de fonctionner d'une manière autonome et rentable, de sorte qu'elles ont fait l'objet ou se trouvent en voie de privatisation!3, mais encore de nombreux opérateurs nationaux ou

16Tatsuzawa K.. op. Cil.• p. 10.

17Fouquet J. P. et Le Gall J. Y.. op. cit., ibidem.

18Couston M., op. cit., p. 255; Wirin W.B.•an.cit. p.195. 19Couston M.• op. cit., p. XIIIss; Wirin W.B., supra note 18.

20Couston M., supra note 19.

21 Boeckstiegel K.H .• Commercial Space AClivities: Their Growing Influence on Space Law.

in ADAS, vol. XII. 1987. p. 176; Villain R., op. cit., p. 615S.

22 Frankie E.A.•Evolution of

us

Commercial Space Policies and Procedures, in Research and

Invention in Outer Space - Liabi/ity and Intel/ectua/ Property Righls, Sa'id Mosteshar Editor,

Kluwer, Dordrecht. 1995, p.59; Villain R., supra note 21; Van Traa-Engelman H.l., op- cit.. p. 79; D'Angelo G.V., op.cit.,p. 29; Dula A.,art.cit., p.l64ss.

13 GanU J.B., art.cit. p 110; Sagar D., The Privatisation of Inmarsat: Special Problems, in

International Organisations and Space Law. Proceedings of the Third ECSl Colloquium.

(18)

internationaux ont-ils intégré le marché. De plus. l'apparition de nouvelles fonctionnalités satellitaires, telles la radiodiffusion directe par satellites ou la téléphonie mobile:!" ont accru les perspectives de profit dans le secteur. A noter également que le caractère monopolistique et étatique des entreprises nationales:!5 de télécommunications, qui dans une certaine mesure s'érigeait en obstacle au développement du marché, a considérablement perdu de sa portée ces dernières années avec la tendance généralisée à la libéralisation.

/.2./.3 Télédétection

Les activités de télédétection ou plus précisément de diffusion des données recueillies par les satellites d'observation:!6 sont entrées plus récemment en phase de commercialisation27, ce avec un succès variable selon les pays et les politiques

adoptées àcet égard. En effet, si en France le succès commercial de Spot-Image est incontestable, les Etats-Unis ne peuvent se prévaloir d'un résultat également convaincant s'agissant de la commercialisation de leur système Landsat28• Il est par

ailleurs trop tôt pour tirer des conclusions quant à la réussite commerciale des initiatives plus récentes - privées29 ou publiques30- conduites dans le domaine. Mais

International Organisations and Space Law. Proceedings of the Third ECSL Colloquium.

R.A. Harris Ed., The Netherlands. 1999, p. 24755 ; Roisse C., Restrucluring of EUlelsal : Current Process and Future Developments, in International Organisations and Space Lal~·.

Proceedings of the Third ECSL Colloquium. R.A. Harris Ed., The Netherlands, 1999, p. 253ss.

24 Voir par exemple Frankie E.A., op. cit., p. 60; Van Traa-Engelman H.L., op. cit., p. 213ss;

Dula A., supra note 22.

25Couston M., op. cil., p. XVI.

26 La miseà disposition de segments spatiaux à des fins d'observation ne peut être considérée,

étant donné l'étroitesse du marché et le fait que cette phase des activités de télédétection soit généralement financée par des fonds publics, avec le protectionnisme national en découlant au niveau du choix des entreprises appelées à participer, comme faisant l'objet d'une exploitation commerciale; voir Villain R., op. cit., p.68ss.

27Villain R., ibidem.

211 Frankie E.A., op. cit., p.60ss. A noter toutefois que si la société Spot-Image tire des

bénéfices de la vente des données, le programme Spot quant à lui n'est pas financièrement autonome, spécifiquement s'agissant du développement du segment spatial; voir Villain R., op. cit., p. 72.

29Voir en particulier les projets Space Imaging et Orbimage.

JOTels les projets du Canada, de la Russie, de l'Inde. du Japon, du Brésil. de la Chine ou de

(19)

les nombreuses possibilités d'application de ces données31 laissent présager une expansion de ce marché.

/.2.1.4 Lallcelnenl

Le troisième type d'activités spatiales faisant l'objet d'une exploitation commerciale est le lancement32•

Outre leur aspect spectaculaire, les opérations de lancement revêtent une importance fondamentale puisqu'elles conditionnent la conduite de toute autre activité dans l'espace3J. Elles ont par ailleurs des retombées industrielles considérables en tant que

les participants directs ont recours à nombre de sous-traitants pour mener àbien leurs entreprises.

Le marché du lancement n'est certes pas totalement concurrentiel au sens économique du terme, les opérateurs étant encore largement tributaires de la politique, de la réglementation et de l'aide matérielle ou financière des gouvernements ou organisations dont ils dépendene4, qui représentent d'ailleurs une grande partie de leur

clientèle35. Il n'en demeure pas moins cependant que les acteurs de cette industrie se

livrent, depuis plus de dix ans déjà, une bataille commerciale particulièrement serrée36.

Le succès le plus remarquable en ce domaine est sans conteste celui d'Arianespace, qui domine le marché du lancement au-delà de toutes espérances depuis une quinzaine

31 Ces domaines d'application, sur lesquels l'impact des activités de télédétection est sans

précédent, sont notamment: la cartographie, la recherche de ressources naturelles, la météorologie. l'environnement, la prévision de catastrophes naturelles. etc.; voir Van Traa-Engelman H.L.• op.cit.,p. 231.

32Manin P.-M., Droit des Activités Spatiales, Masson, Paris, 1992, p.10055.

33 Peyrefitte L., op. cit., p. 95; Boeckstiegel K.H., Commercial Space Activities: Their Growing Influence on Space Law, in ADAS, vol. XII. 1987, p. 177; Van der Dunk F.G.,

Commercial Space AClivities: an ln ventory of Liability - an Invenlory of Problems, in Colloquium 1994, p. 168.

34 Voir notamment D'Angelo G.V., op. cit., p. 122ss; l'affaire TCI représente une excellente illustration de l'importance du rôle des Etats dans le domaine du lancement. et des distorsions du marché pouvant en résulter; voiràcet égard Couston M., op. cit., p.173ss.

3S Kessidjian C., Activités Commerciales dans l'espace, inL'Exploitation Commerciale de

l'Espace. Droit Positif, Droil Prospectif, CREDIMINI, Litec, Paris, 1992, p. 133; Frankie E.A.• op. cit.• p. 64; Villain R., op. cit., p. 73ss; D'Angelo G. V., op. cit.• p. 124.

36ChappezJ., Arianespace: Première Société Commerciale de Transport Spatial, in Journal du Droit International, 1983, p. 695ss; Nesgos P.O.• Commercial Space Transportation: A New Induslry Emerges,in ADAS. voL XVI, 1991, p. 393.

(20)

d'années37• Il convient par ailleurs de ne pas négliger les perfonnances de certaines

entreprises privées américaines~ainsi que d'opérateurs extrême-orientaux ou des pays de rancienne Union soviétique apparus plus récemment sur le marché38• Les

entreprises de lancement classiques seront en outre~ dans un avenir probablement assez proche, confrontéesà la concurrence de véhicules de lancement réutilisables39•

Bien que la capacité et la durée de vie des satellites tendent à augmenter et que les lancements multiples deviennent techniquement réalisables"o~ le nombre de lancements commerciaux ne devrait pas diminuer à court terme, vu la demande générée par les nombreux projets en cours"'!.

/.2./.5 Perspectives

Il serait aléatoire, étant donné les obstacles financiers, techniques ou politiques auxquels toute activité d'un type nouveau se voit confrontée~de se lancer dans des prédictions précises quant à l'avenir de la commercialisation de l'espace",2. Il est toutefois probable que cette tendance se confirme"3. En effet, outre les perspectives

prometteuses relevées ci-dessus dans les domaines des télécommunications, de la télédétection et du lancement, d'autres «applications» de l'espace sont susceptibles d'intégrer une dimension commerciale dans le futur.

D'abord, les possibilités offertes par les satellites en matière de navigation ou de positionnement vont probablement conduire àl'émergence d'une industrie de taille~,

31Frankle E.A., op. cit., p. 61ss~ Villain R., op. cit., p. 76.

38 Chappez J., Le COIltrat de Livraison en Orbite, in L'Exploitation Commerciale de l'Espace.

Droit Positif, Droit Prospectif, CREDlMlNl, Litec, Paris, 1992, p. 183; Nesgos P. D., art.cit.,

~. 393ss~ Villain R., supra note 37.

9Nesgos P. D.,

an.

cit. p. 395.

.wVillain R., op. cit., p. 73ss.

-II Voir notamment les projets New ICa et Skybridge dans les domaines de la téléphonie

mobile et du multimédia.

-11 Boeckstiegel K.H., Space Law Past and Future: the Challenges of the XXX/st Century, in

ADAS, vol. XVII, tome l, 1992, p.16ss.

"J Boeckstiegel K.H., Reconsideration of the Legal Framework for Commercial Space

Activities, in Colloquium 1990, p. 3 et 8; lntroductory Remaries, in Research and Invention in

Outer Space - Liability and [ntelleetual Property Rights., Sa'id Mosteshar Editor, Kluwer, Dordrecht, 1995, p. 2; Galloway E.. Expanding Space Law into the 2

r

t Century, in Colloquium 1992, p. 58; Wirin W.B., art. cit. p. 194ss; D'Angelo G.V., op. cit., p. Ill; Van Traa-Engelman H.L., op. cit., p.17.

(21)

même si les systèmes actuellement en place ne font pas l'objet d' une exploitation commerciale.

Ensuite, les expériences en microgravité constituent probablement l'une de ces « applications» dont l'utilisation à des fins commerciales, spécialement dans l'industrie pharmaceutique. est la plus réaliste. Mais ces activités ne sont à ce jour menées qu'à titre expérimental et leur utilisation industrielle ne verra sans doute pas le

. • "5

Jour a court tenne .

Enfin, parmi les «applications» envisageables à très long terme, la transmission d'énergie solaire par voie satellitaire, l'exploitation de ressources naturelles de la lune ou de Mars, ou encore le transport au moyen d'avions aérospatiaux..6 peuvent être évoqués.

/.2.2 Privatisation

/ .2.2./ Généralités

La participation directe du secteur privé aux activités spatiales a vu le jour parallèlementàla commercialisation"7•

La notion de privatisation se distingue de celle de commercialisation en ce qu'elle ne dépend pas du but de l'activité exercée, mais du statut des participants48•

En matière spatiale, elle s'est concrétisée principalement par le transfert d'activités étatiques en main d'entités privées, mais également par l'élaboration directe par ces dernières d'«applications» nouvelles49• D'autres acteurs de l'économie privée, tels les oiS Raynaud l.P., Aspects Contractuels des Opérations en Micro-gravité, in Research and

Invention in Outer Space - Liabi/ity and Inte/lectual Property Rights, Sa'id Mosteshar Editor,

Kluwer, Dordrecht, 1995, p. 27ss; Villain R., op. cit., p. 72ss; voir également infra note 54.

46 Dierleriks-Verschoor I.H.Ph., An Introduction to Space Law, Kluwer, DeventerlBoston,

1993, p. 76ss; Van Traa-Engelman, op. cit., p. 72; Boeckstiegel K.H., supra note 33;

Reconsideration of the Legal Framework for Commercial Space Aclivities, in Colloquium

1990, p. 8; Dula A., art. cit., p. 162; Kayser V., Private Involvementin Commercial Space Activities. Legal Issues and Recent Trends, in Colloquium 1994, p. 328.

.a'Couston M., op. cit., p. XIII; Diederiks-Verschoor LH.Ph., op. cit., p. 99; Van Traa-Engelman H.L., op. cit., p. 277; Boeckstiegel K. H.,Chair's Introductory Remaries, in ADAS.

vol. XXII, tome 1, 1997, p. 340; Commercial Space AClivities: Their Growing Influence on Space Law, in ADAS, vol. XII, 1987, p. 177; Bourély M.G., La Production du Lanceur Ariane, in ADAS, vol. VI, 1981, p. 310; Kayser V., Private Involvement in Commercial Space Activities. Lega/lssues and Recent Trends, in Colloquium 1994, p. 315.

48Van Traa-Engelman H.L., op. cit., p. 277; voir aussi les références supra note 15. 49 Couston M., op. cit., p. XIV; Qizhi H.E., supra note 15.

(22)

assureurs ou les investisseurs privés, ont par ailleurs été logiquement conduits à prendre part indirectement à ces activités50.

Les raisons de cette évolution sont de deux types: d'abord, elles tiennent à la commercialisation elle-même; en effet, le potentiel nouveau de rentabilité des activités spatiales a naturellement suscité l'intérêt d'entités privées5l. Ensuite, facteur

ayant également contribué à une orientation plus commerciale de ces activités, les coûts énormes liés aux entreprises spatiales et les perspectives limitées d'amortissementàcourt tenne ont poussé les gouvernements, en période de restriction budgétaire. àse désengager progressivement, laissant une partie de ces dépenses àla charge du secteur privé, tout au moins dans les domaines où cette approche s'avérait envisageables:!. Les dirigeants des pays et organisations intergouvernementales intéressés ont donc suivi des politiques, voire adopté des lois visant à favoriser l'émergence d'intérêts privés dans les activités spatiales commercialement exploitables53•

Les trois domaines faisant l'objet d'une exploitation commerciale ont été confrontés au phénomène de la privatisations",.

/.2.2.2 Télécommunications

S'agissant des communications par satellites, l'implication directe d'opérateurs privés ou privatisés55 dans les domaines de la téléphonie et de la télévision traditionnelles

SO Couston M., op. cit.. p. XV; Kahn P.• op. cit., p. 95; Van Traa-Engelman H.L.,op. cit., p.

278.

SI D'Angelo G.V., op. cit.• p. 101; Kayser V., Commercial Exploitation ofSpace: Developing

Domestic Regulation, in ADAS. vol. XVII, tome 1. 1992, p.187.

S2Couston M., op. cit., p. XIII et 255; Tatsuzawa K., op. cit., p. 10; à noter cependant, dans le

cas d'Arianespace, que la privatisation répondait avant tout à des motifs pratiques. Eneffet~ le choix. d'une structure privêe offrait des avantages de flexibilité indispensables pour intégrer le marché, qu'une structure de type intergouvernemental ne pouvait offrir; voir références infra note 57.

53Pour une description détaillée des initiatives prises par les gouvernements aux Etats-Unis et

en Europe. voir notamment Van Traa-Engelman H.t.,op. cit., p. 282s5 et 303ss; Couston M., op. cit., p. 105ss et 149ss; voir en outre KayserV., Private lnvolvement in Commercial Space Activities. Legal Issues and Recent Trends, in CoUoquium 1994, p. 320ss etinfrasection 2.3.

54A noter que des entreprises privées sont déjà actives dans la recherche en microgravité, bien

que ce type d'activité ne fasse pas encore l'objet d'une exploitation commerciale; voir Couston M., op. ciL, p. XIV; MoehlenhofC.H.. Aspects of Contracts lnvolving Research Centres, in Research and Invention in Outer Space - Liabi/ity and lntellectual Property Rights, Sa'id Mosteshar Editor, Kluwer, Dordrecht, 1995, p. 35ss.

(23)

peuvent être cités comme exemples de privatisation consécutive à un appui gouvernemental initial. Quant aux nouvelles «applications » en matière de téléphonie mobile ou de radiodiffusion directe. elles émanent directement d'initiatives privées et illustrent bien la seconde forme de privatisation, à savoir la création, par le secteur privé. de nouvelles activités commercialess6.

/.2.2.3 Télédétection

Dans le domaine de la télédétection. il est clair en revanche que l'apparition de sociétés privées de commercialisation des données telles Spot-Image en France ou RSI au Canada est issue de la première forme de privatisation, soit le transfert de systèmes publics en mains d'entités privées.

/.2.2.4 Lancement

Enfin. l'industrie privée du lancement a émergé selon ce même procédé en Europe, avec la constitution en 1980, par les pays de l'ESA engagés dans le programme Ariane, d'Arianespace, société privée de commercialisation du lanceurs7, ce avec la réussite mentionnée plus haut.

Aux Etats-Unis, c'est en 1982 que la première compagnie privée de lancement a tenté, sous la raison sociale SSI, d'intégrer ce marché de sa propre initiative. L'environnement réglementaire inadapté de l'époque a toutefois empêché la réalisation de ce projet58• Ce n'est ainsi que plusieurs années plus tard, suite à l'adoption par le Congrès de divers aménagements législatifs voulus par le gouvernement américain et

à l'accident de Challenger en 198659, qu'une industrie américaine privée de lancement

a réellement pu émerger, soit par la privatisation de systèmes de lancement classiques

55 Kayser V.,Private Involvement in Commercial Space Activities. Legal Issues and Recent Trends, in Colloquium 1994, p. 319 et 326; Nesgos P.O., Recent Developments in Commercial Space Law. in ADAS, vol. XXII, tome 1. 1997,p.434.

56Frankie E.A., op. cit., p. 60.

57Cou5ton M., op. cit., p. 6955 ; Bourély M.G., art. cit., p. 279ss ; Kayser V., Commercial Exploitation of Space : Developing Domeslic Regulation, in AOAS, vol. XVII, tome l, 1992,

p., 194.

58D'Angelo G.V.. op. cit., p. 11355; Kayser V.,An Achievement ofDomestic Space Law: U.S. Regulation ofPrivate Commercial Lallnch Services, in AOAS, vol. XVI, 1991, p. 349ss.

59Voir infra section 2.3 et Nesgos P.O.,Commercial Space Transportation: A New Industry

(24)

développés sous l'égide de la NASA, soit par l'apparition sur la scène commerciale de lanceurs privés de plus petite dimension60. Aujourd'hui. l'industrie américaine de

lancement est riche de nombreuses compagnies privées offrant divers types de services de lancementfi\ •

Enfin, la tendance à la privatisation dans le domaine du lancement se dégage également. et sous diverses formes, dans les autres pays actifs sur ce marché, notamment la Russie, la Chine et le Japon62.

Le phénomène de privatisation des lanceurs se doit tout de même d'être relativisé. En effet, il a été dit plus haut que l'implication des gouvernements dans l'industrie de lancement, par voie de subventions ou en tant que clients des entreprises. demeurait prépondérante et freinait, par les distorsions en résultant sur le marché, le processus de commercialisation du secteur. Ces interventions étatiques s'opposent bien entendu également à une réelle privatisation, ce d'autant qu'elles peuvent parfois prendre la forme d'une participation directe des gouvernements au capital des compagnies de lancement63•

/.2.2.5 Perspectives

La nature aléatoire des activités spatiales, le développement incertain des marchés y relatifs et la fonction de service public de certaines d'entre elles constituent autant d'obstacle à un désengagement total des gouvernements, ce même à longue échéance64•

60 Kuskuvelis LI.,Space Insurance, in Legal Aspects ofSpace Commercialization, Edited by

K. Tatsuzawa, CSP Japan Inc, Tokyo, 1992, p. 69; Kayser V.• Private lnvolvement in Commercial Space Activities. Legal Issues and Recent Trends, in Colloquium 1994. p.320.

6\ Pour une liste de ces compagnies au début des années quatre-vingt-dix, voir Nesgos P.D.,

Commercial Space Transportation: A New lndustry Emerges. in ADAS. vol. XVI, 1991, p.

394; D'Angelo G.V.• op. cit.• p. 123; Kuskuvelis 1.1., op. cit.• p. 67; Meredith P.L.. Risk Allocation Provisions in Commercial Launch Contracts, inColloquium 1991, p. 264ss.

62Kuskuvelis 1.1.. op. cit.• p. 67.

63 L'Etat français. soit pour lui le CNES, détient par exemple un pan imponante du capital

social d'Arianespace; voir à ce sujet ChappezJ•• Arianespace: Première Société Commerciale de Transport Spatial, in Journal du Droit International, 1983, p. 704ss; voir également Couston M., op. cit., p. 89ss.

6-& Voir notamment D'Angelo G.V., op. cit., p. 29 et 124; Kayser V., Private lnvolvement in Commercial Space Activities. Legal Issues and Recent Trends. in Colloquium 1994, p.327.

(25)

Nonobstant ces réserves, la tendance à la privatisation des activités spatiales devrait se poursuivre dans les années à venir, au vu notamment des problèmes budgétaires

1 1 fi ' 65

auxque s es gouvernements se trouvent con rontes .

C'est dire que le développement des activités de l'Homme dans l'espace sera en grande partie tributaire de la capacité du secteur privé à assurer de manière autonome sa participation à de telles entreprises. Or, cette capacité dépendra, entre autres facteurs, d'un encadrement juridique adapté, offrant une prévisibilité suffisante aux acteurs et investisseurs privés66.

La question de l'adéquation de l'environnement réglementaire aux besoins des opérateurs privés, qui sera évoquée dans la section suivante, revêt donc une importance fondamentale.

2. Droit spatial«con.n.erciai»

2.1 Introduction

L'apparition d'une activité humaine nouvelle donne nécessairement lieu à l'élaboration de règles destinéesàorganiser les rapports sociaux qui en découlent. Ainsi, àl'instar de nombreuses autres disciplines, les premières expériences conduites dans l'espace ont donné lieu à l'émergence d'un droit spécifique67. A la différence

cependant de ces autres disciplines, l'évolution spectaculaire des activités spatiales a contraint les Etats, initialement seuls impliqués, à élaborer très hâtivement des normes visantà fournir un encadrement adéquat, voire à anticiper l'évolution de la technique

6S Boeckstiegel K. H., Chair's Introductory Remarks. in ADAS, vol. XXII, tome 1, 1997, p.

340; Van Traa-EngelmanH.L., Legal Requirements Constituting a Basic Incentivefor Private Entreprise lnvolvement, in Space Policy, vol. 12, no 2. 1996, p. 119ss et in Colloquium 1995,

&;

~:~ston

M., op. cit., p. 255; Kahn P., op. cit., p. 95 et 96; Silane F.A., Civil Liabi!ity in

Commercial Space Ventures under United States Law, in L'Exploitation Commerciale de

l'Espace, Droit Positif, Droit Prospectif, CREDIMINI, Litec, Paris.. 1992, p. 233; Boeckstiegel K.H., Introductory Remaries, in Research and Invention in Outer Space

-Liability and /nte//ectua/ Property Rights, Safid Mosteshar Edilor. Kluwer. Dordrecht, 1995. p.2.

67Van Traa-Engelman H.L.,op. cit., p. 5; Manin P.M., op. cit., p. 13; Maniatis D., The Law Governing Liability for Damage Caused by Space Objects: From State Liability to Private Liabi/ity,in ADAS, vol. XXII, tome 1. 1997, p. 371.

(26)

par l'adoption de règles applicables àdes activités qui n'existaient alors que sous

..Lorme e projets .d . oS

Cette précipitation a conduit à la création, en 1958 déjà et sous l'égide des Nations Unies, du Comité sur l'utilisation pacifique de l'espace extra-atmosphérique (ci-après:

« CUPEEA »)età la coditication en un temps record d'un droit international public de l'espace, sous la forme de cinq traités: le Traité sur les principes régissant les activités des Etats en matière d'exploration et d'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, y compris la lune et les autres corps célestes, du 27 janvier 1967 (ci-après: « Traité de l'espace»), l'Accord sur le sauvetage des astronautes, le retour des astronautes et la

restitution des objets lancés dans l'espace extra-atmosphérique du 22 avril 1968, la Convention sur la responsabilité internationale pour les dommages causés par les objets spatiaux du 29 mars 1972 (ci-après: « Convention sur la responsabilité»), la

Convention sur l'immatriculation des objets lancés dans l'espace extra-atmosphérique du 12 novembre 1974 (ci-après: «Convention sur !'intmatriculation ») et l'Accord régissant les activités des Etats sur la lune et les autres corps célestes du 18 décembre

1979 (ci-après :« Accord sur la lune»).

Les quatre derniers traités mentionnés constituent pour l'essentiel des élaborations de principes énoncés par le Traité de l'Espace69, principes dont cette étude ne traitera que

sommairement et uniquement en tant qu'ils exercent quelque influence sur les activités commerciales et privées.

A l'exception de l'Accord sur la lune, ces textes, qui ont par ailleurs été complétés par quatre résolutions de l'Assemblée Générale de l'ONU7o, sont rapidement entrés en

vigueur et ont fait l'objet d'une très large ratification.

Ils contiennent deux types de dispositions, soit d'une part celles qui énoncent des principes généraux relatifs au statut de l'espace71 et, d'autre part" celles qui détenninent le régime applicable au développement d'activités spatiales72•

68MartinP.-M., op. cit., p. 14.

69VanTraa~EngelmanH.L., op. cit., p. 14.

70 Ces résolutions portent respectivement sur la télédiffusion directe par satellite (Ga Res.

27/92), la télédétection (Ga Res. 41/65), l'utilisation de sources d'énergie nucléaire dans l'espace (Ga Res. 47/68) et les bénéfices spatiaux (Ga Res. 51/(22).

71 Pour un exposé de ces principes, voir notamment Christol C.Q.. The Modern International

Law ofOuter Space, Pergamon Press Inc., Etats-Unis, 1982.

72Sur cette distinction entre les règles du Traité de l'espace conférant un statut à l'espace et

celles de nature «fonctionnelle», voir notamment Galloway E., JVhich Method of Dispute Settlement in Space Law can he Considered being tlle most Effective and which has the Greatest Chances of Realisation?,in Seulement of Space Law Dispute. the Present State of

(27)

Si les premières, très généralement acceptées, s'imposent aujourd'hui comme des normes de droit coutumier, tel n'est pas le cas des secondes qui, parce qu'elles sont parfois imprécises et en tout cas peu adaptées à la réalité commerciale et privée des activités spatiales. sont sources de trop nombreuses incertitudes pour les intervenants. Cenains Etats ont donc pourvu à l'inadéquation de ces règles «fonctionnel/es» de droit international public par l'adoption de réglementations précisant les conditions d'exercice, par les personnes tombant sous le champ d'application de ces textes, de leurs activités spatiales73.

Le droit des activités spatiales commerciales trouve dès lors ses sources sur trois niveaux, soit le droit international public7", les réglementations nationales et bien sûr

le droit privé, dont la nature est pour rheure principalement contractuelle75•

Dès l'instant où les règles de droit international public ont précédé l'émergence des activités spatiales commerciales, les lois nationales subséquentes, tout comme la pratique contractuelle, sont dans une large mesure influencées par les traités76•

Seule une compréhension de ces interactions et de l'évolution du cadre juridique dans lequel les industriels, les opérateurs, les investisseurs et les assureurs, tout comme les prestataires de services de lancement, sont contraints d'évoluer pennet de saisir les

Lan' and Perspectives offilrther Developments, édité par K.H. Boeckstiegel. Carl Heymans

Verlag KG, Allemagne, 1980, p.160ss; Couston M., op. cit.,p. XVII; Bourély M.G., Quelques Réflexions au Sujet des Législations Spatiales Nationales, in ADAS, vol. XVI, 1991, p. 247.

73 Boeckstiegel K.H.. Reconsideration of the Legal Framework for Commercial Space

Activities, in Colloquium 1990, p. 3; Kayser V., Commercial Exploitation of Space: Developing Domestic Regulation, in ADAS, vol. XVII, tome l, 1992, p.187.

74 Les règles de droit international public propres à influencer le déroulement des activités

commerciales sont nombreuses et ne se résument pas àcelles contenues dans les traités dits

«spatialLT:». Elles se trouvent en effet également dans des accords de nature technique (UIT)

ou commerciaux (Accords U.S.A. - Chine de 1988 etc.); voir Couston M., op. cit., p. XXII et XXIII; Boeckstiegel K.H.. The Law Applicable to Contracts on Space Activities, in

Colloquium 1982, p. 206; Reconsideration of the Legal Framework for Commercial Space Activities, in Colloquium 1990, p. 4ss; ces règles peuvent en outre être tirées d'accords de

coopération revêtant diverses formes. A ce dernier égard, l'accord intergouvernemental concernant la station spatiale internationale (ci-après: « [GA ») et les memoranda l'accompagnant peuvent être cités en exemple. Un examen étendu de ces textes dépasserait toutefois le champ de cette étude.

75 Couston, op. cit., p. XVIss; Manin P.-M., op. cit., p. 15; Salem M., Les Incidences des

Accords Internationaux sur le Droit Commercial: Le Traité sur l'Espace et l'Exploitation Commerciale, in L'Exploitation Commerciale de l'Espace. Droit Positif. Droit Prospectif,

CREDI~lINI, Litec, Paris. 1992, p. 115; Kayser V., Commercial ExplOitation of Space: Developing Domestlc Regulation, in ADAS, vol. XVII, tome 1, 1992, p.189; Lyall F., Space Law - What Law or Which Law?, in Colloquium 1991, p. 240.

76 Boeckstiegel K.H.. The Law Applicable ta Contracts on Space Actlvitles, in Colloquium

(28)

enjeux auxquels ils se voient confrontés. En particulier, la nécessité de déterminer le mécanisme de règlement des différends optimal pour ces divers intervenants ne peut être perçus qu'en étant conscient du contexte normatif tridimensionnel (droit international public, réglementations nationales et droit commercial privé) très spécifique qui entoure leurs activités.

2.2 Principales règles de droit international public ayant une injluence sur les activités spatiales commerciales

Il a été dit que le droit international public de l'espace élaboré par le CUPEEA, qui historiquement représente la première source de droit applicable aux utilisations commerciales et privées de l'espace, n'était pas entièrement satistàisant par la manière dont il les réglementait. En effet, à l'époque de sa conception" seuls les Etats et les organisations internationales étaient actifs dans l'espace. Certes, la possibilité de voir ce type de disciplines endosser une dimension commerciale et privée n "a jamais été totalement exclue77. Les traités ne tiennent cependant pas compte des conséquences de cette évolution puisqu'ils ne régissent pas spécifiquement les modalités d'exercice, par des entités privées, d'activités spatiales commerciales78•

La première question qui s'est posée face au développement de la commercialisation était donc celle de savoir si ce phénomène n'était pas tout simplement illicite au regard du droit international public de l'espace.

L'idée d'une exploitation de l'espace à des fins de rentabilité pouvait en effet sembler contraire aux tennes de l'art. 1 du Traité de l'espace, selon lequel: «l'exploration et l'utilisation de l'espace extra-atmosphérique ( ... ) doivent se faire pour le bien et dans l'intérêt de tous les pays, (... ) el/es sont l'apanage de l'humanité toute entière». Cette disposition, qui pose le principe du respect de l'intérêt commun, a donné lieu àdes interprétations divergentes s'agissant notamment de son caractère plus ou moins

n Voir notamment Boeckstiegel K.H.,Commercial Space Activi/ies: Their Growing Influence on Space Law, in ADAS, vol. XII, 1987, p. 180; Kayser V.. Privale lnvolvement in Commercial Space Activities. Legal Issues and Recent Trends, inColloquium 1994, p. 317.

(29)

impératifï9, de la définition même de la notion d' « apanage de l'hunlallité »IW ou

encore de la portée des termes « utilisation de ['espace »81. On ne s'attardera

cependant pas sur ces controverses dès lors que la doctrine unanime ~'accorde aujourd 'hui à reconnaître la licéité de la commercialisation des activités spatiales. De plus, la récente résolution des Nations Unies sur les bénéfices spatiaux82, qui apporte

des précisions quant à l'interprétation de l'art. 1 du Traité, n'affecte pas le droit d'exercer de telles activités&3.

La question s'est également posée de savoir si le régime instauré par les traités autorisait l'intervention directe d'entités privées dans les activités spatiales. La doctrine majoritaire soutient que l'intervention des privés doit être considérée comme licite, au moti f qu'aucune disposition du Traité de l'espace ou des autres conventions en dérivant ne la prohibe expressément. Cette thèse se trouverait renforcée par la teneur de l'art. IX dudit Traité qui, en évoquant l'activité des «ressortissants » des Etats parties, laisse entendre que la participation d'entités privées doit être admise. L'art. VI du Traité de l'espace confirme également ce point de vue en instaurant une responsabilité internationale de « /'Etal approprié» à raison des activités spatiales conduites par les entités non gouvernementales relevant de celui·ci84•

Il est donc comlnunément admis que les activités commerciales menées dans l'espace par des personnes privées ne sont pas contraires au droit international public.

Cela étant posé, il convient de dégager les règles dudit droit qui exercent une influence concrète sur la conduite de telles activités.

En premier lieu., les grands principes applicables à l'ensemble des activités spatiales, privées ou étatiques, commerciales ou poursuivant d'autres buts civils ou militaires, doivent êtres mentionnés. Ces principes sont celui déjà évoqué du respect de l'intérêt

79 Couston M. op. cit., p. 30; Salem M., op. cit., p. 112; Kayser V., An Achievement of Domestic Space Law: V.S. Regulation ofPrivate Commercial Launch Services, in ADAS, vol.

XVI, 1991,p.342.

80 Salem M., op. cit., p. 114; Qizhi H.E., an. cit.• p. 58; Kayser V., Private Involvement in Commercial Space Activities. Legal Issues and Recent Trends, in Colloquium 1994, p. 316S5.

81 VanTraa-EngelmanH.L..op. cit.,p.20;CoustonM.•op. cit.,p.XXVss.

82Ga Res. 51/122.

ln Voir notamment Benke M.,Schrogl K.-U., The VN Committee on Peacefil! Uses of Outer Space: Adoption of a Declaration on "Space Benefits" and ather Recent Developments, in

Revue Allemande de Droit Aérien et Spatial, vol. 2, 1997. p. 22855.

84 Van Traa.Engelman H.L., op. cit., p. 22ss et 279s5; Couston M., op. cit., p. 3S5;

Wassenbergh H.A.,Principles ofOuter Space Law in Hindsight, K1uwer, Dordrecht, 1993, p.

99; Kayser V.• Commercial Exploitation of Space: Developing Domestlc Regulation, in

(30)

communS5, ainsi que ceux de non appropriation86,d'utilisation pacifique de l'espace et

d'immatriculation des objets spatiaux87 •

Deux dispositions méritent ensuite d'être mises en évidence, non seulement parce qu'elles exercent une influence très marquée sur la conduite d'activités spatiales par des entités privées, mais aussi car elles illustrent l'inadéquation déjà relevée du droit des traités par rapport à la réalité actuelle du secteur spatial. Ce sont les articles VI et

VIldu Traité de

r

espace, qui portent sur la responsabilité des Etats parties.

Selon l'art. VI et comme cela vient d'être dit, «/'Etat approprié» endosse la responsabilité internationale des activités nationales, gouvernementales ou non, menées dans l'espace. li doit à ce titre s'assurer de leur conformité aux principes posés par le Traité de l'espace. Autrement dit, cette disposition impose à cet « Etat approprié» de délivrer une autorisation aux entités non gouvernementales engagées dans l'espace et de surveiller de manière continue leurs activités. Il s'agit là du corollaire indispensable du droit accordé aux entités privées de développer des activités spatiales88: chaque Etat est libre de laisser les personnes privées dont il

répond déployer des activités dans l'espace, pour autant qu'il remplisse son obligation internationale de contrôle sur celles-ci89•

Le Traité de l'espace est muet quant à la définition d'« Etat approprié»90. De même, il ne fournit aucune précision sur la manière dont le contrôle doit être exercé, s'agissant tant des modalités de délivrance de l'autorisation que de celles d'exécution de la surveillance continue. C'est dire que le Traité laisse aux Etats parties le soin de parer comme ils l'entendent, notamment par le biais de réglementations, à ces incertitudes91•

8SArt. 1du Traité de l'espace et GA Res. 51/122.

86Art. Ildu Traité de l'espace.

87Art. III, IV et VUI du Traité de l'espace et Convention sur l'immatriculation.

88 Bourély M.G., Quelques Réflexions au Sujet des Législations Spaliales Nationales, in

ADAS, vol. XVI. 1991,p.245.

119Tatsuzawa K.• op.cit., p. 19; Van Traa-Engelman H.L., op. cit., p. 281

90 Les diverses thèses soutenuesàcet égard s'opposent en général sur le point de savoir quel

critère, entre celui de la territorialité (Etat du siège de la personne privée), de la nationalité ou encore de «"Etat de lancement») (prévu par les conventions de 1972 et 1975) doit être retenu aux fins de détennination de «"Etat approprié»; voir notamment Couston M., op. cit., p. 8; Van Traa-Engelman H.L., op. cit., p. 281; Kayser V., An Achievement of Domestic Space

Law: V.S. Regulation of Private Commercial Launch Services, in ADAS, vol. XVI, 1991, p. 342; Boeckstiegel K.H., Reconsideration of the Legal Framework for Commercial Space Activities, in Colloquium 1990,p.5.

91 Salem M., op. cit.. p. 109; Boeckstiegel K.H., supra note 90; The Law Applicable 10

(31)

L'art. VII du Traité institue pour sa part une responsabilité de « ,'Etat de lancement»

à raison du dommage causé par l'objet lancé à un autre Etat partie ou aux personnes relevant de cet autre Etatn.

Ce régime de responsabilité entre sujets de droit international a incité les «Etats de lancement » potentiels à prendre des mesures visant à s'assurer de la capacité des personnes privées pour lesquelles ils pourraient être tenus de répondre à les indemniser le cas échéant. C'est ainsi qu'ils subordonnent en général l'octroi d'une autorisation de lancement (art. VI du Traité de l'espace) à la conclusion, par le requérant, d'une assurance couvrant le dommage qu'ils seraient amenés à payer conformément à l'art. VII93• A noter qu'afin de favoriser l'industrie privée de lancement, ces Etats ont par ailleurs adopté des règles de répartition de responsabilité libérant en général les opérateurs privés de tout devoir d'indemnisation à partir d'un ceMain montanë4• L'art. VII du Traité de respace, dès lors qu'il contraint les Etats

responsables d'activités dommageables conduites par des privés à régler leurs rapports avec ces derniers, a donc une influence indéniable sur les utilisations commerciales de l'espace par des entités non gouvernementales, en particulier celles dont la vocation est le lancement d'objets spatiaux.

2.3 Réglementations nationales

Les mesures nationales de réglementation, tout comme celles mises en place par les Etats membres de l'ESA afin de réguler les services de la société Arianespace, constituent la deuxième source de droit des activités spatiales commerciales.

92 La Convention de 1972 apporte certaines précisions concernant cette disposition, tentant

notamment - en vain - d'apporter une définition satisfaisante des termes «Etat de lancement».

93 Boeckstiegel K.H., Commercial Space Activities: Their Growing Influence on Space Law.

in ADAS, vol. XII, 1987, p. 183; Wassenbergh H.A., op. cit.• p. 24; A noter que «['Etat approprié» selon l'art. VI ne correspond pas forcément àcc l'Etat de lancement» selon l'art.

VII (et la Convention sur la responsabilité), de sorte qu'en pratique, les Etats ont étendu le plus possible le champ d'application de leur réglementation nationale, afin de s'assurer de la soumission de toute entité dont ils pourraient se voir imputer la responsabilité à cette double obligation d'assurance et d'indemnisation. Cette constatation vaut en particulier pour les Etats-Unis; voir notamment à cet égard Nesgos P.D., Commercial Space Law: Practical Examples Re/ating to Con tracts. lnsurance and Finance, in Colloquium 1994, p. 309 et Kayser V.• Private Involvement in Commercial Space Activities. Legal Issues and Recent Trends. in

Colloquium 1994, p. 318.

(32)

li a été expliqué que ces normes découlaient en grande partie de la délegation de l'art. VI du Traité de l'espace. Elles tendent en outre et comme déjà relevé à apporter le complément nécessaire aux règles énoncées de manière trop imprécise dans les textes de droit international public afin de permettre au secteur privé de conduire des activités spatiales commerciales dans un cadre juridique satisfaisanë5•

Les Etats-Unis ont mis en place, suiteà l'adoption des traités spatiaux ou au cours de leur conception96, un dispositif réglementaire impressionnantl:H, ce sous la forme de

lois spécifiques applicables à chaque activité exercée à des fins commerciales. Au nombre de ces lois peuvent notamment être cités le Communications Satellite Act de

19649~, le Land Remote Sensing Commercialisation Act de 1984, amendé en 199299,

et surtout le Commercial Space Launch Act de 1984, amendé en 1988 et codifié en 1994 (suite à la révision d'un point mineur) sous le titre de Commercial Space Transportation - Commercial Space Launch Activities (ci-après: «CS

LA

») 100.

En Europe occidentale, le nombre de pays ayant pris des mesures comparables par voie législative est étonnamment restreint puisque seules la Suède101 et la Grande-Bretagne102ont adopté de telles lois un. Contrairement à la méthode choisie aux Etats-Unis, où chaque loi réglemente une activité définie, ces textes portent sur l'ensemble des activités spatiales commerciales, sans distinction. En pratique, leur portée demeure relativement limitée dans certains domaines, tel celui du lancement, dès lors

95QizhiH.E., art,. cil.,p.59.

96 A noter cependant que le National Aeronautics and Space Act a été voté par le congrès en

1958 déjà. soit bien avant l'adoption du Traité de l'espace. Mais plus que de créer un cadre légal pour les activités commerciales, il visait alors à rationaliser les activités spatiales gouvernementales américaines, ce afin d'être en mesure de relever le défis lancé par les Soviétiques par le lancement de Spoutnik1;voir Galloway E.•art. cit., p. 57 et Salem M.,op. cit., p. 108.

97 Voir notamment Couston M., op. cit., p. 105ss; Kayser V., Privale Involvemenl in Commercial Space AClivities. Legal Issues and Recent Trends, in Colloquium 1994, p. 321.

98 76Stat.419.

99 Publ.L.No. 98-365, 98. Smt.4S1.

100 49 USC 2601-23; voir Van Der Dunkf.G.. Private Enterprise and Public Interest in tlze

European (( Spacescape» - Towards Harmonized National Space Legislation for Pr;vate Space Activities in Europe. Thèse,Leiden~ 1998, p. 1115s.

101Act on Space Activities (1982:963). 102Outer SpaceBill, 1986.

103 Couston M., op. cit., p. 149s5; Tat5uzawa K., op. cit., p. 20; Oesterlink R.. Private Law

Concepts in Space Law, in Legal Aspects of Space Commercialization, Edited by K. Tatsuzawa. cSP Japan Inc, Tokyo. 1992, p. 45; Manin P.-M.., op. cil., p. 19; Bourély M.G.,

Quelques Réflexions au Sujet des Législations Spatiales Nationales, in ADAS. vol. XVI. 1991, p. 246 et 26155.

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