EDIZIONI
PÀNINI
IvIODENA
ISTITUTO
DI f/^ I
STUDIRTNASCIMENTALI
I /
IFERRÀRÂ
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o
llt
Sur
/a
conespondanæ
linguistique
de Peiræc
Daniel
Droixhe
Le quâtre-centième anniversaire de la naissance de Peiresc,
en
1980, a donné l'occasion decélébrer
à
nouveau l'homme«féru
d'étymoiogieet
de iinguistique comparée»,qui
«a dirigédes enquêtes
sur
les
langues étrangères,le
breton
commele
copte»l.
Avec non
moinsd'enthousiasme,
on
a rappelé alorsqu'il
avait étudié «toutes les iangues connues» et cherché«à discerner les racines communes, comme
s'il
pressentait les découvertes magnifiques queferont
plustard
1esBopp,
les Bréal, les Meillet» 2.Le
mêmevolume
des Fioretti da qaadricentenairereprodrisait
des extraits de la Panglossiegti
fut
prononcéeà
samort
puis
imprimée danstn
Manumenlam rlînanilmde
1638: ensembled'oraisons funèbres
écrites
en une
quarantainede
langues,dont
le
«saxon», l'albanais,l'«hindou brachmanique»,
le
japonaiset le
quichua3. Cetteforme originale
de «tombeau»mériterait
à elle seule une étude.Elle
fut
suscitée par 1'Âcadémie romaine des Humoristes,dont
1es membres récitèrent les éloges multilingues de Peiresc le 21 décembrc 1,637, devantun
parterre de cardinaux.Le
choix
des langues citées plus haut témoigne déià de certainestraditions scientifiques et de l'esprit du temps. La japonais et 1e quichua étaient relativement
bien
connus,
quand mourut
Peiresc.Il
suffit pour
s'enrendre compte de parcourir
leMithridates d'Adelung.
On
-",enait de réimprimer 1e vocabulaire japonais de jésuite RodriguesGirào (1ère éd. 1603)4
et
1es pressespour
1a Propagande dela
Foi,
au début des années 1630, avaient donné les manuelsdu P.
Co11ado,dont le
Tbesaurus lingaae japonicae resteracomme
un
classique.Les
langues amérindiennes avaientfait
I'objet
d'un
sérieuxdéfriche-ment
dèsle
XVIe
siècle; à côté de plusieurs descriptions des parlersdu
Nlexique,dont
lenahuatl,
on
disposait depuis 1560d'un «art
dela
languedu
Pérou», à laquelle, comme Ie noteJ. H.
Rowe,furent
consacréeshuit
grammaires au moins pendant 1'âge classique.On
attendait encore,
en
1560, de r.raistraités
grammâticauxpour ie
polonais,
l'aliemand, lenéerlandais ou i'anglais (ce1ui de
William Builokar
date de 1586)...De la
Panglosie,les Fiorefti reproduisenten
outre
deux poèmesde
LucasHolstenius,
unCarmen belgiom en flamand
et
une «épitaphe saxonne». L'anglo-saxonn'était
pasmoins
à1'honneur, depuis ces mêmes années 1560 5.
Quant à I'albanais,
il
suscitait aussi de nouveauxintérêts.
La
Renaissance,à
ses débuts,en
avait
déjàrecueilli
le
lexique;
la
connaissances'approfondit
avecles écrits
de
Pierre
Budi,
r.ers
1620,et
surtout
le
Dictionariamlatino-epiroticum de Francois Bianchi, ou Blanchus, publié à Rome
en
1635 par Ia SacréeCongréga-tion. L'auteur
dtt Carmen albaniense est un certain Daniel Cortesius, qui n'a pas laissédavanta-ge de traces, dans les histoires de
la
linguistique, que les auteurs des éloges en quichua ouen
hindi,
Roderic Bamverus, ou Bamuerus, et Joseph N{enesius.Ce dernier se qualifie de «brachmane»
(on
se souvient de l'image fameusedu P.
Schall enmandarin, sans
parler
du syncrétisme duP. Ricci):
on
aimerait que Peirescait
euconnais-sance
de
cette lingaae ramscretafiae brachmanam quele P. Roth
révéleraà l'Europe
sâvânte,trente âns plus
tard,
à travers la présentationqui
en estfaite,
sur sesinformations,
dans laChina illastrata d'Âthanase
Kircher en
1667 6.On
nous rappelle que «Roth apprit le sanskriten
utilisânt un
brahmane ouvert aux idées chrétiennes» et que,lors
du légendaire voyage-«le
plus grand
de I'histoire des missions jésuites»-
oùil
remplaçad'Orville
aux côtés du P.Grueber,
en
1662,ii
«s'était réservé comme compagnonJoseph Nadchir, unIndien
que 1'on prétendâit âgéde
quatre-r-ingt-cinq anset
qui,
plus
ie
iirlr0Ç
aûs àrrp^ràÿa1t,devait
avoir participé à plusieurs voyages du P. de Andrade à Tsaparang» (première mission auTibet)7.
On
voit
que se pose, de façon de plus en plus insistante,la
question de l'accès au sanskritdès les premières décennies de l'établissement des jésuites en Inde: question qui en comporte
l'avènement de la linguistique indo-européenne. Si, au même moment que Sassetti, 1e jésuite
Thomas Stephens, le premier Anglais installé à Goa, parle de 1a «composition» des langues
de l'Inde
et
remarqueson
caractère gréco-latin8,
il
devient d'autant plus
intéressant desavoir quels
furent
les
autres cânaux possiblesd'information sur
celles-ci,voire sur
lesanskrit (étudiés notamment par A. Camps, S. Hughes et J.-C1. Nfuller).
La
personnalité de Peiresc est particulièrementriche
quand i1 s'agitd'ouvrir
ce genre depiste.
Le
«procureur-général dela
littérature»dont parlait
Bayle est aussiun vaillant
secré-taire des recherches contemporaines sur ies langues
-
secrétaire à la mode de la Renaissance,dont
il
adopte 1es confusions mais aussi certaines grandes idées pieines de promesses.Qui
aconsulté sa correspondance en manuscrit sait quel travaux demanderait
un
repérageun
peusystématique des
informations
qu'ellecontient,
dans ce domaine.On
se contenteraici
designaler
i'un
ou l'autrepoint qui
touche à des questions actuelles.Àinsi,
grâceà
Peiresc,nous
pou\-onsétoffer
le
dossierde ce
qui
fut
sansdoute
1a plusbrillante, en
tout
casla plus
générale, de ces idéesen
matièred'histoire
des langues. On connaît mieux, aujourd'hui, latradition qui
annoncela
concept d'indo-européene.Y
figure aupremier rang
l'observation, devenue classique dansle
coursdu XVIIe
siècle, d'afinitétentie
langues germaniqueset
persân.Un
desplus
ardents défenseursde la
thèse d'un apparentementfut,
on le
sait, le
médecinJohannElichmann
(f
1639).
Il
est mentionné brièvement parmi les Conespondants de Peiresc dans les Pay-Bas l0:«I1 savait seize langues. Parl'intermédiaire de Saumaise,
il
envoyades
fastes danois à Peiresc. Saumaise communiquaaussi
à
celui-ciun
curieux alphabet égyptien, qu'Elichmannavait
reçud'un
N{oravien quiavair
vécu
en
Egypte». Nlaisl'Elichmann
qui
nous
intéressele
plus est celui
dont
parleSaumaise, son ami
et
sonpatient,
dans unelettre
à Peiresc,non
datée, reproduite dès 1656par
Antoine
Clément dans sonédition
de la correspondance du «prince des philologues»1r.Saumaise ,v accuse réception
d'un envoi
del'érudit
provençal: des «observationssur
cetteunion
et communion des langues procédentes d'une même matrice»; elles «sontfort
curieu-ses, er rrès beiles».
Il
rapporte ensuite les préoccupations d'Elichmann, qui aurait dressé uneiiste de plus de cinq cents mots persâns d'allure germanique et qui ne
bornait
son examen niau vocabulaire,
ni
à
cesdeux
langues. L'hvpothèsed'une
large convefgeflce européennedemandait d'autres enquêtes.
Nous
ne nous atterderons pasici
àla
fascinante personnalitédu médecin silésien. C'est, par
contre, l'endroit
de signaler 1es difficultés qu'on recontre envoulant approfondir ce
point
d'échange épistolaire.La
lettre
efl question n'est pas reprise dansl'édition, fournie
auXIXe
siècle par Tamtzey de Larroque, deia
correspondance adresséepar
Saumaise à Peirescl2-
édition
appartenant àcette
sériesde
recueilsqui furent
publiés
en
parallèleavec celle
de
la
correspondancegénéraie, imprimée dans la Collection des dacaments inéditu sar lhisToire de France par les soins du
même Tamizey. Celui-ci explique comment
il
a été déçu par leprincipal
dépôtqui
conservela
correspondance de Peiresc:l'Inguimbertine
de Carpentras,ou
setrouvent
les «minutes»de son courrier, premières copies effectuées par un scribe. Elles sont d'une écriture «souvent
difficile
à déchiffrer»13. Elles servirent de base, auXVIIIe
siècie, à d'autres copies réaliséespâr ou pour le
présidentde
Nlazaugues, conservéesà
1a bibliothèque N[éjanesd'Àix-en-Provence.
On
y trouve 1es fautes inhérentes à ce genre detravail,
et certaines légèretés. «Parsuite»,
conclut R.
Lebègue,«on ne
doit
utiliser
les copies N{azaugues quepour
ies lettresdont
les originauxou
les minutesont
dispâru».Tamizey rappelle
que
Saumaiseaurait au moins
adresséà
Peiresc155 lettres
et
que
1eprésident de Mazaugues en possédait encore 45. Nfais le rayon de la Bibliothèque
Inguimber-tine, pour
cette matière, est
vide ra.L'éditeur
n'a trouvé
qu'à
la
Bibliothèque Nationalequinze
lettre
nefigurant
pas dans le recueild'Antoine
Clément. Par contre, I'Inguimbertineconser\re
bien
des lettres de Peiresc à Saumaise: 17 selon Tamizey de Larroque, 21 sous leno.
1876, selon le Catalogue des manascrils établi âu début de ce siècle. Mais Tamizeysoulignaitque le registre en question avart été dépecé, ce qui aurait entraîné la perte de «34 des lettres
de Peiresc à Saumaise», «pâr une autre
non
moins déplorable fatalité».On
ne trouve
pasnon
plus de lettres
originales de Saumaiseà
Peirescà la
BibliothèqueNtéjanes.
Des
copies de 1a correspondance connuey
sont pourtant
conservées. Celle de lalettre concernant Elichmann
y
figure en partie: le ms. 211(1029) la
reprend sous Ie no.XII;
114mâlheureusement, la
fin
du texte, qui nousfournirait
peut-être la date,fait
défaut, un cahierayart été arcaché - nouvelle « déplorable fatalité ». Commencée page 370 , Ia copie se poursuir
p.375
par lafin
d'un autre envoi, daté de rr.ar 7636, alors que celui qui nous intéresse prend place dansun
ensemblede
1634.La
numérotation montre
du
resteune rupture,
qui
neParaît pas avoir frappé
E.
Rouard quandil
dressaen
1838 une Table anaÿtiqae dela
nrrespon-dance de Peiresc dépsde
à la
Bib/iothàqæ Méjanes (manuscit lui-même déposéà la
BibliothèqueNationale,
N.a.
1147).Bref,
il
y
a dans cette série de copies un videpour
la correspondanceallant
de
1634à
1636, époqueoù
Saumaise communique au Provençal cequi
deviendra lagrande thèse de l'école de Leyde sur
le protolype
européen.Vide qui afflige
aussila
corre-spondance adressée par Peiresc à Saumaise te1le que
la
conserve la bibliothèque deCarpen-tras
-
les réponses oùon
attendrait les réactions de l'hommequi
s'intéressait aux langues dumonde.
En
effet, ie dépeçage du ms. 1876 del'Inguimbertine,
signalé plus haut, a égalementatteint les années 1634-1636
(fol.
55-77).Par chance, celui-ci â pourtant épargné une lettre de Peiresc
du 2
octobre 1634(no.
1 1 ,fol.
51
v.
-
54
r.)
qui
répond manifestementà
celleoir
il
est
questiond'Elichmann
et
de
lapârenté
germano-persane.Par
I'intermédiaire
de
Saumaise, Peirescfélicite
l'orientaliste «pour les belles et anciennes (?) originesqu'il
a descendues de la langue scytique, communes àtant
de grandes nations», propose sa collaborationet
soulignel'intérêt
de languesarchai-ques, telles que
le
basque,le
bas-breton,le
galloiset le
wallon. L'«intelligence
des motsprimitifs»
implique I'examenattentif
des parlers non-classiques. Ceci est illustré parl'utilisa-tion
qu'afaite
Saumaise lui-même dumot
«germaniqueou
belgique» ueer, srgnifiant gué oupassâger
pour
expliquer le nom deVerdun.
Pour
cerner 1es préoccupations de Peiresc vers1635, on dispose encore des quelques envois conseryés à la Bibliothèque Nationale et publiés
par Tamrzey, ori
il
est cursivement questiond'Elichmann,
sans référence linguistique, dansles piéces
IV
et
V
(1.6
et
7.11.1636; autres copies dans les «doubles»du
ms.
1029 de IaMéjanes, no.
II-III)
1s.Les relations
qu'entretenait âvecles
Pays-Basl'ami
de Grotius
et
de Rubens devaient lerendre
particulièrement sensibleà
l'apologiedu
néerlandais développée depuisle
fameuxGoropius Becanus. Peiresc
fut
en contâct avecl'un
des représentants les plus typiques, maisle
moins
raisonnable, de cette école flamandequi va
plaiderpour la
haute antiquité de salangue: le Brugeois
Adrien
van Schrieck. Celui-ci avait publié en 1.614 un énormein-folio
autitre
éioquent: Des comrnencements du premiers peaplæ de l'Europe, en partica/ier de l'origine et desfaits
de: Néerlandais.Il avait défendu sa thèse 1'année sui",ante dans des Manitorum red.tndlrr.tîlr/ibri V,
siue Eurapa rediuiua, dontil
annoncel'envoi
à Peiresc dans une lettredu
5 décembre1616 (NIéjanes,
ms.
1031,Xru,
pp,
115sv.).
\rictor
Tourneur
résumait ainsi sesconcep-tions: «Chez
van
Schrieck, quivoit
dans l'hébreu 1a source de toutes les langues,on
trouve une remarque intéressante: i1 a découvert que, chez les âuteurs anciens,le nom
des Ger-mains estinconnu,
mais qu'ils sont désignés sous le nom de Celtes et de Scythes. Quant aunom
des Celtes,il
est, selonlui,
apparenté à l'allemandKahe,dont
on
retrouve en hébreuun homonyme âvec la même significâtion» to. Qu'elle soit de
lui
ounon,
I'idée fera carrière.Face à la
tradition
quitirait
lanotion
de gaulois vers la France en se réclamant de l'antiquitégrecque
(Postel,
Périon,Picard,
Bodin,
d'aprèsTourneur), et
â côté de
celleqü
mettaitplutôt
l'accentsur
la
spécificité celtique (Beatus Rhenanusen
1531ou
François Hotmandans sa Franco-Gal/ia de 1573), une âutre tendance poussait vigoureusement à confondre ou
unifier
domaines germanique et celtique.Inutile
dedire
quellefortune connut
la confusion dans une Allemagneen
quête d'expansion historique-
mais aussi en France,à
l'occasion(Mézerai). Le combat nationaliste pour les Gaulois retentirâ encore dans Ia polémique entre
Pelloutier 17, pasteu. à
Berlin,
cl'une part,Dom
Nlartin et Schoepflin de l'autre, aumilieu
duXVIIIe
siècle.La
lettre
devan
Schrieck à Peiresc, commel'indique
unenote préliminaire,
est écrite «entermes assez ampoulés et d'une manière assez obscure». Son auteur
y
parait continueilementsur
la
défensive, en homme se sachant très controversé: «vous ditesqu'il
y
a beaucoup de genspar
de1àqui
révoquenten doute
si
lesmots
quej'emploie
denotre
langue beigiquesignifient
tout
ce que j'en dis».Ne voulait-il
pas que cette dernièreait
lemieux.o.rrerrré
leDe
§7inghe, deTournai, van
Schrieck peutcroire
que Peiresc «desire sa correspondânce»,mais
ii
répondau
chanoine vanderHaire,
deLille,
ce même5
décembre 1616: «Ce que(vous)
ditès avecMr
de Peiresc que je ne touche quetfop
àtout,
pourquoi, ie vous en prie,eussé-je
fait
autrement, voyânt mes ennemis (j'appelle ainsi les erreurs vulgaires) me tomberen main?» 18.
La
principale «erreurvulgaire»,
ces lettresle
répètent avecle
fort
courant qu'onvient
dementionnèr,
c'estle culte
dela civilisation
gréco-latine.En
matière d'histoire des langues,on
peuttraduire
(comme Ie faisait déjà Jean Picard dans sa Celtopaediade
1556,qui
défendle
principe
d'une «colonisation intellectuelle dela
Grècepar la
Gaule » 1e): «Les Grecs sesont formés, et
ont
formé leur
langagenon
pas de i'hébreuprimitif,
mais dela
langue o_udialecte procédé
par
degréde l'hébreu
de la
postérité
de Japhet,qui
est
la
celtique;
de manière que la grecque entière ne se peut réduire à l'hébraique, maisbien
àla
celtique...».On
a
compris.
L'arbre
généalogiquequi
se dessine ensuiteen pointillé
n'épargneni
«lalangue
indienne»,
ni
la
«moscoutique»,ni
l'«affricaine».Dans
tout
cela,notre
auteur nendéTère
rien à
la
conjecture»(«quand
j'ai
rencontré
quelque chosede
semblable,ie
I'aiomis»).I1
est surtout dommage que ces fausses âssurances âientterni
l'image de laperspecti-ve
flamande,qui
s'avérerapourtant
féconde.Les
philologuesde Leyde de
la
générationsuivante
ur.o.,i
aussi,et
à plus iustetitre,
le
sentiment d'approcher de grandes vérités enmatière
d'histoire
des langues; même «confidence en cequi
est croyableet
démontrable»' Maisleur crédibilité
se.^lo.t
amoindriepar le
souvenir de Becanus, aunom
si pédant, etde
celui
qui
annonçaitun
peuvite
a Peiresc:«j'ai
replânté Ies racines denotre
communeorigine», «je puis
montrer
les nouveaux resurgeons de plusieurs choses occultéesdu
pesantfaix
des siècles passés».Peiresc ne pouvait que partager avec son correspondant la fascination pour l'ancien celtique
ou
l'étrusque. Sacurioiité
ouverte active
un
universalismequi,
pourtant,
ne
semble pas prendre chezlui
la forme âutoritaire
qu'il
revêt
dans 1e monogénétisme.Il
s'intéresse auxi^rgo..
les plus diverses, surtout quand eiles sont susceptibles «de nousfournir
des témoinsduiemps
dès siècles antérieurs àtoute I'Histoire qui
en peutavoir
été écrite». Maison
nevoit
paÀ que Peiresc force les rapprochementspour
les faire entrer dansun
cadre généalogi-questrict.
Il
accorde,il
estvrai,
beaucoup d'importance à ia «langue gauloise ou brettonne»et
il
presse 1e P. Anastase de Nantes, «ce grand génie», de donner au public ses travaux surcelle-ci.I1 «supplie et conjure» le P. Césarée de Roscoff, «gardien des capucins de
Lanion
enBretagne»,
dé-loindre
sesefforts aux
sienspour
décider
le
P.
Anastase(lettre
du
29décembre 1636;
Méi., ms.
1028,pp.
113 sv.; également à 1aBN.)20.
oJe m',en promettrâisdes merveilles».
Et
de rappeler commentil
a stimulé avec succès Ia recherche sur d'autresidiomes.
«J'ai étéinstrument pour faire
desserrerla
langue des Cophtes,ou
anciens Egyp-tiens,doni l'aifait
venir
les giammaires et vocabulaires duLevant;
etil
y
a des plus grandshommes du siècle déjà bien avancés en besogne: 1e R.P. Âthanase
Kircher
ayantfait
à moninstigation
le voyage de Romepour
ceteffet, oir
il
a déiàimprimé un
beauvolume
sur cesuiet,
qui
serabientôt
suivi d'autres d'importance de même matière,et
d'autres Personnes».Kirchei
venait en effet dedonner
son Prodromar cz?tt/s(1636), qui
révé1a aux Européens lalangue orientale;
il
publiera en
1643 laLingaa aeg'lptiaca restitttla 2r. uJe l'aiété (instrument)
pour I'édition d'une traduction latine du texte carthaginois ou punique inséré dans le Plaute,
oir depuis douze ou quinze siècles) personne n'avait entendu note queiconque»: nous sommes
égaiement à l'époque où 1e phénico-punique entre dans Ia culture érudite, en particulier avec
lei
écrits
de Thomas Reinesius(1637),
puis
de Bochart(1646).
Enfin,
confie Peiresc au capucinde
Lanion,
«ie
suisaprès.à extorquer au
R. P. Gilles de
Loches sa grammaireethiopique, déià
bien
avatcée comme vous sâvez...)).Tant
d'informations neuves aurait tourné la tête à plus d'un. Le rêve d'unité de laRenaissan-ce,
sa
passiondes
correspondanceset
de
l'exotismen'avaient
fait
que
crojtre,
dans
ledomainè de l'étude des Iangues.
En
outre, dans cette premièremoitié
duXVIIIe
siècle, leurhistoire changeait décidément de «paradigme», celui de l'hébreu langue-mère devant
affron-ter un
militantisme
celto-germanophile déclaré, avecson
comparatisme européen, devantlesquels
il
cède déjà, pouriort.
r,.re frange dei'opinion
sâvânte. Les écrits devan
Schriecks.
iitrent
à cepoint
de tension, tandis qu'Isaac Pontanus etCluvier,
exâctement au même 116moment (1606-1616), donnent
certainesde
leurs
chartesau
courânt montânt.
On
peutregretter qu'un Pontanus, Danois enseignant en Hollande, alors
qu'il
met en parallèle précisle gaulois et le
breton,
par des versionsdtPater,les
rapproche de l'allemand et dunéerlan-dais.
Le nationalisme allemand ou scandinave du
XVIIIe
siècle portera les choses plusloin -
dansles excès, f intolérance 22, et dans Ia recherche d'un prototype commun. France et Angleterre
restent alors
trop
souyent sous la coupe de l'hébreu langue-mère ou des succédanésorientali-sânts;
V.
Tourneur
cite à iustetitre
Bochart et PierreBorel,
à côtédeJohn
Davies(1632),
dont la tendresse pour l'hébreu attire les moqueries de Boxhorn, ou des moins connus
Âylett
Sammes
(1676), un
discipline de Bochart (c'est-à-direqu'il
mise notammentsur le
phéni-cien), et
Thomas Richards(1153).
Ces retardsont
d{r
peser lorsqu'apparaità la
fin
duXVIIIe
siècie, dansune
grande convergencede facteurs,
la
possibilité de
la
grammaire comparée.Quand
1aFrance,
à
l'époquedes Lumières, connaîtra
la
fièvre
scytho-celtique, celle-cibrouillera les
iugements.On
reniera
i'origine
române
du
français,
au
besoin avec l'aidethéorique del'Enclclopédie. Le provençal lui-même serâ atteint et se fera celtique 23.
Du
tempsde Peiresc, son
parler régional
se contente d'amorcerune
carrièrede
«langue-mère» parrâpport
à ses voisines: rapproché du roman des Serments de Strasbourg par Fauchet(1581)
et
Blaise de Vigenère, i1 estidentifié
avec I'ancienne ianguepar Pierre
de Caseneuve, quesuivront
Pierre
de
Gallaup
de
Chasteuilet
bien
d'autres 2a:c'était
assezpour
qu'on
endéduise «que les
trois
plus
beaux langagesqui
soient
aujourd'huien
Europe,
fitalien,
lefrançais et l'espagnol, se sont formés de i'ancien provençal».
Une
enquête systématique dans les papiersde
Peirescmontrerait
peut-êtres'il
cèdeà
ce noveau mirage,qui,
commele
souligneJ.
Stéfanini, «constituenon
un
détour
dürau
seulpatriotisme p.o.r..rçal,
maisune stâtion
nécessairesur
la voix du
romanisme», dans unedynamique des sciences peu avare de ce type de paradoxe.
Notes
7') Catalage de I'expo;ition Peirest, Arx-en-Provence, Bi-bliothèque Nléjanes, déc. 1980, no. 64.
2) Grrcrnnrr (1981, p.2a). 3) Srxrn (1981, pp. 1.12 sv.).
.l) Qui était également l'auteur d'une grammaire. Cfr. Rour ( 1974). Une traduction fiançaise du Vr'cabulario da lingaa de Japan â été publiée au XIXe siècle.
5) Cfr. R.t,rren ( 1870).
6) Cfr. Muun (1985), qui mentionne notamment les
travaux de R. H.rusr:slr.o.
7) Pr.r'r'r..'er (195a, p. 189). 8) À{unen (1984, pp.38-39).
9) Grâce à Bonfante, Nletcalf, etc. Ne citons que Htln v:rrs (1985).
10) Lenrcrir (19a3, pp.63-64).
17) Salnasii €piÿ. lib€r prinilr, pp.106-1 1 1.
12) Lu carruÿondaùs de Peirrc- 5. Cl. de Saumaise,
<<N[,é-moires de I'Acad. de Dijon», 1881-82, pp. 203 sv. (en tiré à part sous ufl titre Iégèrement différent, 1882).
13) PEIRESC, Lettres à dims. Sapplénent ar torue VII de
l'édition TaniTel de Laroque et errdta, publ. par R. Lpnn"
cre ar.e ia coll. d'4. BressoN, Ed. du C-tr-.RS., 1985, introd.
14) V. en effet \e Catalogre général dr manascrils des
bi-bliotbèqar publiqaes de France, t. XXXVI, 1903. Un
recu-eil intitulé Lettru de M. de Saunaise et de M. de Peirrc
contient de la correspondance entre Ie premier et Du-Puy.
15) Qui ne sont donc pas seulement des doubles de la
série principale. Je remercie N{adame Cl. Sovignet de m'avoir orienté dans les papiers Peiresc, dont on voit la
complexité. Je n'ai pas pu consulter, par ailleurs, les
copic' der m'.. de \lzaugucs effectuéer pour ou pàr
Séguier, dont Nlonsieur J.-F. Foucaud a bien r.oulu me signaler la présence à la Bibliothèque J\lunicipale de
l-î-mes (no.123). Pour la correspondance de Saumaise,
voir J. N. P tytr, Mémoirr poar serair à I'histoire littéraire
des Pay-Ùas,1169, XY.
16) Tounrr:r'r (1905, p. 195).\roir maintenant Strccnns (1984). Cfr. égal. Lsmts (1833).
17) V. Dnorxur (1980, pp. 127 sv.). Le pm-celtisme de Pelloutier est relativement corrigé par l'idée d'une
sour-ce scvthique, plus abstraite et supérieure à Ia source ceJtique proprement dite. Il y a une conscience des de grés d'apparentement, une certâine pondérâtion des rap-ports généalogiques. X{ais des intitulés de chapitres an-noncent encore: «Toutes les contrées de I'Europe éta-ient autrefois habitées par des peuples celtes», «La
lan-gue allemande est un reste de l'ancienne langue des Celtes», etc.
18) A ia suite de Ia lettre à Peiresc.
19) Dr:rcrrs (1912, pp.47 sv.). Comme Beatus Rhena-nus, Picard s'oppose à l'assimrlation entre gaulois et ger-main, en s'appuvânt sur César. II inr.oque la toponymie et les patois pour montrer comment la France, héritière des Celtes, éclaire les origines de Ia civilisation grecque. C'est également le sens de sa Confornité de la
langte;fran-çaise aret le grrc (1565).
20 ) Il est tout de même curieux que Peiresc ne men-tionne pas le dictionnaire français-breton de Guillaume Qurquer de Roscoff, paru en 1626 et qui en étâit, dès 1633, à sa troisième édition. On doit également à un
capucin, Grégoire de Rostenen, Ia meilleure grammaire bretoane du XVIIIe siècle (1738) ainsi qu'un bon dic-tionnaire ( 1752).
21) Cfr.JaNseN (1943).
22) Y . le livre, instructif à plusieurs points de vue, de
Brnonr (1939, spéc. pp. 88-89); ainsi que Punxov ( 1971, pp. 85 sv.).
23) Cfu. Sr'ÉrrNrxr (1969, pp.258 sv.).
24) V., outre SraÀ\rNl (1969, pp.248 sv.), notre étude, à paraître, sur les lectures des Serments.
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