A NNALES DE LA FACULTÉ DES SCIENCES DE T OULOUSE
C HARLES F ERT
Nécrologie
Annales de la faculté des sciences de Toulouse 4
esérie, tome 16 (1952), p. 7-10
<http://www.numdam.org/item?id=AFST_1952_4_16__7_0>
© Université Paul Sabatier, 1952, tous droits réservés.
L’accès aux archives de la revue « Annales de la faculté des sciences de Toulouse » (http://picard.ups-tlse.fr/~annales/) implique l’accord avec les conditions générales d’utilisa- tion (http://www.numdam.org/conditions). Toute utilisation commerciale ou impression sys- tématique est constitutive d’une infraction pénale. Toute copie ou impression de ce fi- chier doit contenir la présente mention de copyright.
Article numérisé dans le cadre du programme Numérisation de documents anciens mathématiques
http://www.numdam.org/
ANNALES
DE LA
FACULTÉ DES SCIENCES
DE L’UNIVERSITÉ DE TOULOUSE,
. POUR LES SCIKNCES MATHEMATIOUES ET LES SCIENCES
PHYSIQUES.
NÉCROLOGIE
Marcel PICHOT
Notre Faculté a été cruellement
éprouvée,
lors de la rentrée scolaire d’octobre1951,
par laperte prématurée
de deux de ses membres lesplus appréciés, disparus
àquelques
heuresd’intervalle,
Marcel PICHOTet Antoine MERLAND.
Né le 23 octobre
1889,
àVincennes,
Marcel PICHOT avait terminé en1907,
àToulouse,
où sa f amille venait de sefixer,
ses études secondairesproprement dites,
commencées à Brive et continuées àLimoges. Après
deux années de
mathématiques spéciales,
il étaitaffecté,
en octo-bre
1910,
à la Faculté des Sciences de Toulouse enqualité
de boursierde licence issu du Concours.
Les deux annés de service
militaire, prescrites
par lalégislation
envigueur, retardèrent jusqu’en
octobre 1912 ses études de Licence. Il f ut à ce moment l’élève du Professeur BOUASSE enPhysique,
duDoyen
SABATIER en
Chimie,
et il obtenaitbrillamment, en juillet 1914,
legrade
de licencié ès sciencesphysiques
et le titre de lauréat de laFaculté, lorsque
la mobilisationgénérale
vint arrêter son élan versl’agrégation.
Il sera
question
un peuplus
loin dés services de guerre de Marcel PICHOT. Démobiliséen juillet 1919,
il fit preuve d’un méritequ’on
nesaurait
trop souligner,
en se remettantd’arrache-pied
au travail etcumulant le gros effort
préparatoire
àl’agrégation
avec lacharge
dedélégations d’enseignement
successives àCastelsarrasin,
Toulouse etRodez;
mérite sanctionné par le succès définitif au concoursd’agré-
’
gation
de1920, après
une seule année depréparation.
Le
premier
etl’unique poste d’agrégé
de Marcel PiCHOT dansl’enseignement
secondaire fut une chaire de sciencesphysiques
auLycée
de garçons deMontauban,
chairequ’il
occupa seulementpendant
une année scolaire. Il était en effet
nommé,
en1921,
chef de Travaux dePhysique
dans notreFaculté,
où il devaitsuccéder,
en1937,
commeprofesseur titulaire,
à son ancien maître Marcel LAMOTTE.. Docteur ès sciences
physiques
en1926,
avec une thèse srlr lescourbes de
déformation
desgrès,
soutenue en Sorbonne devantun jury
où
siégeaient
Jean PERRIN et PaulLANGEVIN,
Marcel PICHOTcomplétait
au cours des années suivantes ses recherches dans ce domaine difficile
8
de
l’élasticité,
et en faisaitl’objet
d’une nouvellepublication
au Journalde
Physique.
,La viscosité des solutions
colloïdales, puis
la sédimentation des sus-pensions d’argile furent,
par lasuite, l’objet
de sesprincipales préoccu- pations
dans l’ordre de la recherche. L’intérêt du deuxièmesujet
n’était pas seulement de pure
science,
mais aussi d’économierégionale,
comme en
témoignent
les étudespubliées
par PICHOT sur les débits solides de Ja Garonne et de sesaffluents,
ainsi que les travaux pour- suivis par lui encollaboration
avec lesingénieurs
duport
autonome deBordeaux en vue de la
précipitation
artificielle de ces débits.Il convient avant tout de mettre
l’accent,
même si aucuneprécision
concernant leur
objet
et leur résultats nepeut
êtredonnée,
surl’impor-
-tance des recherches
scientifiques poursuivies
par Marcel PICHOT dans des domaines intéressant la défense nationale. Au cours de lapremière
guerre
mondiale,
il étaitdevenu, après
unlong séjour
dans l’artillerie de campagne, unremarquable
chef de section derepérage
par le son.Trois belles
citations,
avec lesgalons
de sous-lieutenant et de lieutenant,témoignent
de la valeur de ses services de guerre, de mêmequ’après
sa démobilisation sa
promotion
augrade
decapitaine
et la croixde
chevalier de la
Légion
d’honneur à titre militaire. Lecapitaine PICHOT,
resté volontairement dans les
cadres,
a, du reste,repris
du service enseptembre
1939 et fait la campagne de 1939-1940 dans des conditionssur
lesquelles
abondent lestémoignages
lesplus
chaleureux.Au cours de ces dernières
années,
en dehors des recherches d’ordre militaire deplus
enplus actives;
c’est autour des ultra-sons et de lamagnéto-striction,
dont les travaux de LANGEVIN avaient lespremiers
montré toute
l’importance,
que s’étaitprincipalement
cristallisée l’acti- vité du Professeur PICHOT et des fidèles chercheurs de son laboratoire.Cette activité
scientifique
de trente années s’estpoursuivie
sansbruit,
sans sollicitation de
puissants
moyensmatériels,
avec une discrétionsans doute excessive eu
égard
au climat de notretemps,
etparallè-
lement à des
enseignements
nombreux etimportants
donnés tant à laFaculté
qu’à l’Ecole
nationaled’Électrotechnique
etd’Hydraulique.
Trop
insouciant de sa santédepuis quelque temps
chancelante, notrecollègue
avaitrepris
dès lespremiers jours
d’octobre toute sonactivité
après cependant
une crise sérieuse survenuependant
lapériode
des vacances; la mort est venue le
frapper
à sonposte
de combat. , Lesobsèques
du Professeur PICHOT se sont déroulées devant unefoule recueillie
comprenant,
en outre de sescollègues parmi lesquels
il ne
comptait
que desamis,
ungrand
nombre d’étudiants venus mar-quer par leur
présence
toute leur affection et toute lareconnaissance
dont ils l’entouraient pour la manière dont il
comprenait
son métier ,de
prof esseur.
R. DELTHEIL.
Antoine MERLAND
Antoine MERLAND est né le 3 février
1899,
à Saint-Laurent- dans l’Ardèche.Après
brillantes étudessecondaires,
baccalauréatjuin
1916. Sapréparation
auxgrandes
écoles estinterrompue
par la guerre. Le 18 avril1918,
il estappelé
auxarmées,
où il reste mobiliséjusqu’au
24octobre
1919 dans un corps d’artilleriespécialisé
dans lerepérage
par le son.MERLAND
reprelld
ses études dès sa démobilisation.Reçu
au concoursd’entrée à
l’École
NormaleSupérieure
en1921,
il est licencié ès scien-ces
physiques
et ès sciencesmathématiques
dès 1923. -L’année
suivante,
ilprépare
unDiplôme d’Études supérieures
dePhysique
sous la direction d’un maîtreexceptionnel,
AiméCOTTON,
pour
lequel
il conserveratoujours beaucoup
d’admiration etbeaucoup
d’affection. ,
En avril 1924, le résultat de ce
premier
travail de recherches faitl’objet
d’un mémoire trèsremarqué, publié
par la Revued’Optique :
« Sur la méthode de MM. MICHELSON et COTTON pour l’étude des sys- tèmes
optiques
».En juillet 1924,
trois mois àpeine après
la soutenance duDiplôme d’Études supérieures,
MERLAND est reçu àl’Agrégation
dePhysique.
Trois ans lui ont suffi pour
parcourir
lecycle
des éfudes de sciencesphysiques
del’École
NormaleSupérieure; cycle qui
serépartit
norma-lement sur
quatre
années.Il
accepte
aussitôt leposte
deprofesseur agrégé
auLycée
de Bour-ges. Ses
qualités
deprofesseur
se révèlent dès cepremier
contact avecdes élèves.
Un an
plus tard, l’appel
du laboratoire le ramèneauprès
de sesmaîtres
parisiens,
avec une bourse de recherches.’ En octobre
1927,
leposte
deprofesseur
dePhysique
dans la classe deMathématiques spéciales
lui estproposé
auLycée
de Douai. L’inté- .rêtqu’il porte
àl’enseignement l’emporte
à nouveau et ilaccepte
ceposte, qu’il
conservependant
trois ans.Puis,
il vient auLycée
de Tou-louse, où, de
1929 à1942,
ilenseigne
dans lesclasses
deSaint-Cyr,
deNavale,
deSpéciales.
Estimé de tous ses
collègues,
aimé de ses-élèves,
sonprestige
deprofesseur
s’est affirméchaque jour davantage.
Cependant,
legoût
de la recherche nel’a j amais quitté,
et il n’a pasperdu
contact avec le laboratoire. Enliaison
avec dont il a été le collaborateur auxarmées,
il étudie différentsproblèmes
intéressant la Défense nationale.
En
1938;
peuaprès
lanomination,
àToulouse,
de M. leprofesseur
G.
DuPouY,
comme lui ancien élève de A.CoTTON,
il amorce laprépa-
ration d’une thèse de doctorat par des recherches sur la
polarisation
rotatoire
magnétique
dans les bandesd’absorption
des sels de terres,
rares en solution aqueuse. - - -
Peu
après,
deuxième guerre mondiale le voit à nouveau auxarmées,
où il estappelé
àcommander
une batterie derepérage
par leson. La Croix de guerre, une citation à l’ordre du
Corps d’armée,
et,peu,
après,
sapromotion
augrade
decommandant, marquent
son10
action
pendant
lapénible
campagne de 1940.Démobilisé,
il retrouveson
enseignement
auLycée,
ses recherches à la Faculté des Sciences.. En
1942,
leposte
de chef de Travauxpratiques
dePhysique, chargé
de
renseignement
du P. C.B.,
étant devenu vacant, ilquitte
ses élèvesdu
Lycée
afin de se consacrerplus complètement
à sa thèse.Avec un dévouement
inlassable,
il donne un lustreremarquable
àl’enseignement pratique
de laPhysique.
Malgré
le service très lourdqu’il accepte
deremplir, malgré
les diffi-cultés
d’approvisionnement
en matérielqui
ont caractérisé cettepériode,
il
poursuit
ses recherches. En1948,
ilprésente brillamment,
à la Faculté des Sciences deParis,
une thèse de doctorat ès Sciencesphysiques
surla
polarisation
rotatoiremagnétique
dans les bandesd’absorption
dessels de terres rares en solution aqueuse. Il a
la joie
de voirson jury présidé
par sonmaître,
leprofesseur CoTTON,
assisté de M. ledoyen CABANNES
et de M. leprofesseur
KASTLER.Peu
après,
MERLAND est nommé maître de conférences. Chef du Service dePhysique
du P. C.B.,
ilréorganise
son laboratoire d’ensei-gnément.
Ce laboratoire estaujourd’hui
l’un des mieux installés de notreFaculté,
et il enétait jllsten1ent
fier.La soutenance de sa thèse n’a pas
interrompu
ses recherches. Il s’oriente vers l’étude des ondes hertziennescentimétriques
et de leursapplications,
et réunit autour de lui une belleéquipe
de chercheursqu’il guide
avec sa maitrise et sa bienveillance habituelles.- MERLAND est revenu très
fatigué
d’unepériode
militaireaccomplie pendant
le mois d’aoîlt 1951. Il s’alita peuaprès.
A son retour à Tou-louse,
ses amis furentdouloureusement surpris
des ravages causés par,
la maladie
qui
lefrappait.
Au début d’une nouvelle annéescolaire,
’
’
ses
scrupules
deprofesseur
désireux de retrouver et deguider
sesélèves étaient un
témoignage
émouvant de la conscienceprofessionnelle
et de la bienveillance
qui
ontmarqué
la carrière de M. MERLAND.Il est mort le 28 novembre
1951, quelques
heures avant soncollègue
et
ami,1VI.
PICHOT.. Charles FERT.
Après
l’Assemblée de laFaculté,
le Comité de rédaction des Annales de la Faculté des Sciences de Toulouse s’inclinerespectueusement
devant la douleur des familles de nos
collègues
etapporte
à la mémoire des Professeurs Marcel PICHOT et Antoine MERLANDl’hommage
leplus
fervent et le