INTESTIN GRÊLE DU PORC
II. — STRUCTURE HISTOLOGIQUE DES PAROIS ET PLUS
PARTICULIÈREMENT
DE LA TUNIQUE MUQUEUSEEN FONCTION DE L’AGE DE L’ANIMAL
N. VODOVAR Station centrale de
Nutrition,
Centre national de Recherches
zootechniques, Jouy-en-Josas (Seine-et-Dise)
SOMMAIRE
Les quatre
tuniques qui
forment laparoi
de l’intestingrêle,
sont, chez le Porc, bien distinctessur toute sa
longueur
et à toutâge.
L’épaisseur de la séreuse et de la muqueuse,
qui
varie peu avec les segmentsconsidérés, aug-
mente
plusieurs
fois avecl’âge
del’animal,
maisl’image topographique
enchange peu.
L’aspect histologique
de la celluleuse est très variable suivant les segments, à cause des élé-ments
qu’elle
renferme :glandes
de Brünner, élémentslymphoïdes
etformations lymphatiques ;
il varie au cours de la croissance avec l’évolution de ces éléments. La
caractéristique importante
dela celluleuse du porc est de ne se
plisser qu’exceptionnellement (pas
de valvulesconniventes),
cequi
a des
conséquences
sur leprofil
de la lumière intestinale, sur la forme et l’orientation des villosités et sur la surface de latunique
muqueuse.La
tunique
muqueuse, avec ses trois couches, diffère, suivant les segments,plus
que les autres.Elle est, au cours de la croissance, en transformations continuelles, à causede la formation et de l’évo- lution des villosités. Ces dernières sont
cylindriques
à la naissance, ainsi quependant
lepremier
stade de leur formation au cours de la croissance,
puis
elles deviennentrapidement coniques ;
enfin,à cause de la
jonction
de deux ou plusieurs axes de stroma par leur tissuconjonctif,
elles évoluentvers des formes très diverses, difficilement assimilables à des
figures géométriques
définies.Les dimensions des villosités et leur surface sont variables suivant les segments de l’intestin et suivant
l’âge
de l’animal. A la naissance, la surface libre de la coucheépithéliale
bordant la lu- mière intestinale est d’environ i ooo cin2 ; elle atteintprès
de 15 m2chez le porc de 220jours.
Dans l’ensemble,
l’histologie
etl’image topographique
destuniques
séreuse et musculaire de l’intestin grêle du porc présentent desanalogies
avec celles de l’intestin humain.Cependant
la celluleuse et la muqueuse sont bien différentes de la celluleuse et de la muqueuse de l’intestin humain.INTRODUCTION
Jusqu’à présent,
à notreconnaissance, l’histologie
etl’histocytologie
desparois
de l’intestin
grêle
du Porc n’ont été étudiées que d’unefaçon
trèsfragmentaire.
Lastructure de ces
parois
est souvent assimilée à celle de l’intestinhumain,
surlequel
ont été faites de nombreuses études.
Nous avons étudié la
topographie histologique
desparois
de l’intestingrêle
du
Porc,
engénéral,
et ledéveloppement
de latunique
muqueuse avec la formation desvillosités,
enparticulier,
enessayant
de suivre et de comparer les différentesétapes
de cette évolutiondepuis
la naissancejusqu’à l’âge
adulte.Nous avons abordé cette étude
cinétique
de latunique
muqueuse du Porc comme uneétape préliminaire
nécessaire aux observationsultérieures
sur le niveau et le mécanisme del’absorption
deslipides
et sur les transformations que ceux-ci subis- sent au cours de leur passage à travers la muqueuse intestinale .En
effet, malgré
lesprogrès
trèsimportants
réalisés dans ce domaine par la biochimie etl’histologie
durant les dix dernières années(travaux
effectués pour laplupart
sur des rats et dessouris),
de nombreuxproblèmes
n’ont pas encore trouvé de solution.Nous ne savons pas avec
certitude,
si lepouvoir
absorbant de la zoneépithéliale d’absorption
estle
même sur toute lalongueur
de l’intestin et pour toutes les sub-stances ou, au
contraire,
s’il existe des niveaux déterminés oupréférentiels
pourl’absorption
des substances de nature différente. Le mécanismed’absorption,
laforme de
pénétration
dans la celluleépithéliale
de certains nutriments tels que leslipides,
leur voie d’acheminementjusqu’aux
lactéales centrales et aux vaisseauxsanguins,
ainsi que leurs transformationsphysiques
etchimiques
aux différentsniveaux de la muqueuse
intestinale,
sont autant dequestions
à résoudre en toutou en
partie.
I. -
MATÉRIEL
ETTECHNIQUES
MATÉRIEL
,Les intestins
grêles
ont étéprélevés
sur des animaux de raceLarge
Il’hile .- . a) sur 20porcelets dont 6 ,
nouveaux-nés,
4 porcelets de 24 heures,
4 porcelets de 48 heures,
6
porcelets
de 12jours,
.’
ayant tous, à la naissance, un
poids
normal,soit 1, 0 6 0 kg
en moyenne ; les sixpremiers
ont étésacrifiés avant d’avoir tété, c’est-à-dire avant que la flore microbienne, l’alimentation et d’autres facteurs extérieurs aient pu exercer une influence
quelconque ;
les autres ont été nourris exclusi-vement au lait maternel : -
b) sur 8 porcs en croissance de r zo à 140jours pesant de 4j à 55 kg ; r) sur 20porcs adultes entre 200et 230
jours,
pesant de 95 à io5kg;
d) sur 2 porcs de
plus
de 3 ans, pesant 223 et 245kg.
,Tous ces animaux ont
présenté
undéveloppement
normal, leur état sanitaire était bon et ils avaient été soumis à unrégime
alimentaire standard semblable.TECHNIQUES :
prélèvement
et fixationPour les porcelets, le
prélèvement
a été faitaprès
anesthésie à l’éther ou au chlorofonne ; dèsque l’animal ne
réagit plus
à la douleur il est ouvert ventralement. L’intestin estprélevé
soit enpartie,
soit en entier. .Pour
l’histologie topographique
de l’intestingrêle
et, enparticulier,
pour l’étude de latunique
muqueuse, nous avons retenu deux
procédés
de fixation :’
i o
) Fixation par extension, sur l’animal vivant de
préférence.
’
2
°) Fixation par extension,
également,
immédiatementaprès prélèvement.
Dans les deux cas, il est important
d’injecter
dans le segment d’intestin,prélablement ligaturé,
une
quantité
convenable du fixateur choisi pour éviter la contraction de la muqueuse avant que sa forme ne soit stabilisée et pourempêcher
unesurpression
interne<lui
la distendrait. Il faut éviterau cours du
prélèvement
et de la fixation, d’exercer une actionmécanique
brutale sur l’intestin caril se
produirait
une déformationprofonde
de toutes lestuniques
et, enparticulier,
la séreuse serait arrachée. Pour les gros animaux, la fixation a été faite suivant le secondprocédé,
immédiatementaprès
l’électrocution et avant lasaignée.
Deux minutes environ
après l’injection
du fixateur dans la lumière intestinale, lapièce est plongée
dans le même fixateur, dont le volume minimum doit être 20fois celui de lapièce.
Tous les autres
procédés
de fixation que nous avonsessayés (sans
extension,après prélèvement
de la
tunique
séreuse ou destuniques
séreuse etmusculaire...)
provoquent des déformations desparois. (Une portion
d’intestin fixé parsimple
immersion, subit une rétractiontelle, que l’épaisseur
de la
paroi double).
Les animaux ont
pris
leur dernier repas au minimum ¢ heures et au maximum ¢8 heures avant d’être sacrifiés.Les fixateurs
employés
pour les tissus destinés à l’étude del’histologie topographique
sont :la solution
picroformique (de Bouin),
le formol à ro p. 100
préalablement
neutralisé.Pour les examens
cytologiques,
lespetites pièces
ont été fixées avec lesliquides
deFlemming,
de
Champy,
deRegaud,
ainsi que parpostchromatisation de 5 jours après
unséjour
de 48 heures dans le formol neutre.Après fixation,
lespièces coupées
etdéshydratées
sont éclaircies à l’essence de cèdre,qui
nousa donné de meilleurs résultats que le
xylol
ou le toluènequi
durcissent et déforment lespièces.
L’inclu-sion est faite à la
paraffine,
les coupes sont faites à 3 !., 5 et 7 y, et montées au baume du Canadaou au « Technicon o.
Environ 10 ooo coupes
représentant
les différents niveaux de l’intestingrêle
du porc, du duodénum à la valvule deBauhin,
et de la naissance àl’âge
adulte, ont été examinées.Différentes méthodes de coloration ont été
pratiquées
et notamment celles àl’hématoxyline-
éosine-vert lumière et à la
trioxyhématine-éosine-vert
solide (GABE,1954 ),
pour latopographie
générale ; latriple
coloration deFlemming,
deCajal,
et la fuchsine d’AItmannpicrate
de vert deméthyle (GA BE ,
1947), pour la mise en évidence d’élémentsparticuliers.
Les observations ont été faites au
microscope
Wild, lesmicrophotographies
avec le Contarex et la chambrephotographique
Wild n° 2.Pour
chaque prélèvement,
nous avons d’abord étudié lapartie proximale
dujéjunum-iléon,
dont la
topographie générale
se retrouve sur toute lalongueur
de l’intestingrêle, puis
le duodénum et la partie distale dujéjunum-iléon,
parce que ces deux dernièresportions
de l’intestingrêle
ren-fennent en outre des éléments tels que les
glandes
de Brunner et des formationslymphatiques.
II. -
RÉSULTATS
- OBSERVATIONMICROSCOPIQUE
Une coupe transversale ou
longitudinale, perpendiculaire
à laparoi
den’importe quel segment
de l’intestingrêle
du porccompris
entre lepylore
et la valvule de Bau-hin,
àn’importe quel âge
del’animal,
montretoujours quatre tuniques
distinctes(fig.
7, 9,10 ), qui présentent
des différences suivant lesegment
observé et suivantl’âge
du porc.De l’extérieur vers l’intérieur se succèdent :
la
tunique
séreuse(feuillet
viscéral ou séreusepéritonéale),
la
tunique musculaire,
la
tunique
sous-muqueuse(ou celluleuse),
la
tunique
muqueuse.Après
la naissance et au cours de lacroissance,
c’est surtout latunique
muqueusequi
subit l’évolution et la transformation laplus importante.
a) TUNIQUE
SÉREUSE OU SÉREUSE r!RITO:!!AI,!(fig.
10 etII )
C’est la
plus
externe et laplus mince
desquatre ;
sonépaisseur
varie de 20 y à la naissance à 70 !. àl’âge adulte ;
elle est assez uniforme sur toute salongueur,
si l’on fait
exception
d’îlots d’accumulation de matières grasses dont le nombre etl’importance
varient avec lessegments,
avec lesanimaux,
etqui
sont, engénéral, plus
nombreux dans lapartie proximale du j éj unum-iléon
que dans le reste de l’intestin.La couche externe de la séreuse a 8 à 10fL
d’épaisseur
chezl’adulte ;
elle com-prend
une seule assise de cellulesépithéliales aplaties,
à contourshexagonaux
enmajorité,
sans membranebasale,
maisqui possèdent
desprolongements
anastomosésavec les cellules du tissu
conjonctif
de la couche interne. Cettedernière, épaisse
d’en-viron 60 y chez le Porc adulte est formée de fibres
conjonctives
assezlâches,
maispeu
élastiques.
Elle est maintenue en contact avec latunique
musculaire par une sorte d’accolement assez solide chez leporcelet,
de sorte que souvent, en enlevant latunique séreuse,
on enlève aussi latunique
musculaire. Chezl’adulte,
cet acco- lement est relativementplus fragile
et les deuxtuniques
seséparent plus
facilement.b) T UNIQU
E
MUSCULAIRE(fig.
10 etII )
Relativement uniforme sur toute la
longueur
de l’intestingrêle,
elle est forméede deux couches de fibres
lisses,
dontl’épaisseur
totale est d’environ 50 y chez leporcelet
à la naissance et atteint 220 y environ àl’âge
adulte. La couche externe,constituée de fibres
longitudinales,
est assezcompacte ;
entre les faisceaux de fibresse trouvent des infiltrations
plus
ou moinsimportantes
de tissuconjonctif (fig. 23 ).
La couche
interne,
formée de fibresannulaires,
est, à toutâge,
deux foisplus épaisse
que la
précédente ( I4 o
yenviron) ;
les faisceaux de fibres dont la sectionrectangulaire
est arrondie aux
angles (fig. 17 ),
sont souventséparés
par du tissuconjonctif
pro- venant de la sous-muqueuse. Leplexus d’Auerbach, logé
entre les deux couchesmusculaires,
est formé de fibres à grosses maillesrectangulaires
et pourvues de nombreuxganglions qui
sont, chez lePorc,
assez volumineux. A cause du rôlequ’elles jouent,
ces deux couches sontappelées
« muscle moteur intestinal n(DuBR!uIr,
etBA
U DRIMONT, I95(!).
c) TUNIQUE
SOUS-MUQUEUSE OU C!I,I,UI,!US!(fig.
9, 10 etII)
Limitée vers l’extérieur par la couche de fibres lisses annulaires de la
tunique musculaire,
elles’appuie
à l’intérieur à la muscularis mucosae de latunique
muqueuse.Le tissu
conjonctif
dont elle est constituée est trèsdélicat ; sa jonction
avec la couchede fibres lisses de la
tunique
musculaire est trèsfragile,
serompt
facilement et per- met deséparer
d’un côté lestuniques
séreuse etmusculaire,
de l’autre lestuniques
muqueuse et sous-muqueuse. Cette
séparation
est facilitée par l’absence deplisse-
ments dans la sous-muqueuse
(pas
de valvules conniventes chez lePorc).
Outre desvaisseaux
sanguins
etlymphatiques particulièrement nombreux,
la sous-muqueuse renferme sur toute salongueur
des élémentslymphoïdes
et des follicules clos(fig.
21,22
, 23,
24 ), inégalement répartis,
maistoujours
abondants dans lapartie
distale del’intestin et souvent
agminés
surplusieurs
dizaines de centimètres carrés enplaques
de
Peyer.
Dans leduodénum,
la structure de la celluleuse est encorecompliquée
par la
présence
desglandes
de Brunner(fig.
1, 2, 19 et20 ), qui
sont nombreuses sur-tout dans le
premier segment,
entre lepylore
etl’ampoule
deVater,
où débouche le canalcholédoque.
Lacelluleuse,
dans cetterégion,
estcomplètement disloquée
surtout son
pourtour
et dans toute sonépaisseur.
Au fur et à mesurequ’on s’éloigne
del’ampoule
de Vater et surtoutaprès
le débouché du canalpancréatique (une vingtaine
de centimètres
après
lepylore
chezl’adulte),
le nombre et la grosseur desglandes
deBrunner diminuent et la celluleuse se
reforme,
encommençant
par larégion qui
borde la
tunique
muqueuse(fig. 20 ).
Dans lapartie
distale duduodénum,
lesglandes
de Brunner sont
présentes
seulement sur la courbure interne etdisparaissent complé-
tement au niveau de
l’angle duodéno-jéjuno-iléal.
L’ensemble de ces éléments donne à cettetunique
unaspect
incohérent et uneépaisseur inégale qu’on peut
évaluer à80 !.
environ au début duduodénum,
chez lesnouveaux-nés,
et àplus
de 300 y chez le porc adulte. Sonépaisseur
tout aulong
des2/3
dujéjunum-iléon
varie entre 30 et 50 y chez lesporcelets
et entre 140et 250chez
les adultes. Dans lapartie
termi-nale de l’intestin
grêle
etplus particulièrement
sur la courbure extérieure des anses,l’épaisseur
atteintparfois plus
du double à cause des formationslymphatiques
trèsnombreuses.
d) TUNIQUE
MuQuEUSE : son évolution avecl’âge (fig.
1, 3, 4,7
,
8,
m, 12, 13, 14, 19 et24)
La couche interne de la
tunique
muqueusequi
borde la lumière intestinale(épithélium intestinal),
formée d’une seule assise decellules,
est d’uneépaisseur
assezuniforme
( 34 y
en moyenne chez leporcelet nouveau-né,
40 y chezl’adulte).
Du côté externe, elle est en contact avec la
tunique
sous-muqueuse,qui,
du faitde l’absence de valvules
conniventes, joue
le rôle d’uneplate-forme
surlaquelle
lamuqueuse effectue des
glissements
par l’intermédiaire de son muscle(nauscularis mucosae) ;
ce muscle seprésente
sous la forme d’une lame de fibres lisses situées surdeux
plans :
les unes externes, d’orientationlongitudinale,
les autres internes etannulaires. Il est innervé par le
plexus
de Meissner et animateur de mouvements de la muqueuse(Dusx!um,
et BAUDRIMONT,ig 5 g).
Sonépaisseur
chez leporcelet
nouveau-né est de 7 à 10 y, chez l’adulte de 35 à 45 !.
Le tissu
conjonctif (chorion), placé
entre la coucheépithéliale
et la muscularismucosae se
présente
sousdes aspects topographiques
très différents en fonction del’âge
du porc, suivant lesegment
d’intestin observé et saposition
dans l’axe de la villosité ou dans la couchesous-jacente.
. La
tunique
muqueusepossédant
lapropriété
de faire mouvement sur son sup-port
et de seplisser
surelle-même engendre,
dans la lumièreintestinale,
desprojec-
tions assez
régulièrement espacées
et uniformes chez leporcelet nouveau-né,
serréeset de formes très
hétérogènes
chez le Porcadulte,
ce sontles.villosités, (fig.
3, 4,8, 9 et i2).
&dquo;L’aspect général
de latunique
muqueuse est donc variable suivant lessegments
considérés et il évolue avec
l’âge.
Nous avons étudiéquelques étapes
de cette évolu-tion,
d’abord sur desporcelets,
de la naissance à i2jours, puis
sur des porcs en crois-sance et enfin sur des animaux adultes.
1 0
)
Porcelets de la naissance à douzejours
Une coupe
perpendiculaire
à la muqueuse dans lapartie proximale
dujéjunum-
iléon de nouveau-né
(fig. 4 )
nous montre deuxaspects
non décritsjusqu’à présent
dela
tunique
muqueuse, suivant que l’on observe lapartie
située entre les villositésou les villosités
proprement
dites. Les surfacesintervilleuses,
sontplanes
ouparfois légèrement plissées,
de dimensions assezrégulières,
et forment une sorte d’anneauplat
autour dechaque
villosité. Les trois couches de la muqueuse se succèdent hori-zontalement ;
seul le chorion estparfois
déformé par des élémentslymphoïdes
etdes formations
lymphatiques plus
ou moins volumineuses suivant lesegment
etl’âge.
L’épaisseur
moyenne de latunique,
pour cettepartie,
varie entre 80 et 110 !., sui-vant le niveau.
Les villosités
apparaissent
comme desprojections cylindriques
de latunique
muqueuse dans la lumière intestinale.
En somme, tout se
présente
comme si latunique
muqueuse, au cours de la vieembryonnaire,
s’était soulevée au niveau de la muscularis mucosae sur un nombreimportant
depetites
surfaces assezrégulièrement réparties,
de forme circulaire et de diamètre assez constant d’environ85 et
comme si la muqueuse environnantces surfaces soulevées avait
glissé
verselles,
enprovoquant
la formation de ces pro-jections.
Il fautcependant souligner
que l’évolution des villosités n’est pas terminée à la naissance et sepoursuivra pendant
toute lapériode
de croissance. A lanaissance,
les villosités ont une forme exclusivementcylindrique
à sommet arrondi(fig.
1, 3 ;4 et
6) ;
elles sont constituées par un axe de tissuconjonctif
très peuabondant,
finet
délicat, appelé
« stroma », pourvu de lamelles de musclelisse,
d’uneartériole,
d’une veinule et d’un seulcapillaire lymphatique
par axe et recouvert d’unerangée
decellules
épithéliales.
Cette structure trèsparticulière
estcapable
dechanger
de forme et de volume en réduisant sa
longueur
sans faire varier salargeur (V
ERZAR
et MeDouG9!,!, 193 6). (Nous
reviendrons sur chacun des éléments desvillosités.)
Leur hauteur est
variable, comprise
entre 300 et 700 !. ; leur nombre est d’envi-ron 9°0 au cm2.
L’épaisseur
de latunique
au niveau des villosités estapproximati-
vement
cinq
foisplus grande qu’au
niveau des espaces intervilleux.En faisant des coupes successives à différents
niveaux,
nous avons constaté que lesparties
intervilleuses restaient assez uniformes sur les3/5
environ de la sur-face du
jéjunum-iléon,
àcompter
del’angle duodéno-jéjuno-iléal.
Sur lapartie
dis-tale et au fur et à mesure
qu’on
serapproche
de la valvule deBauhin,
ces espaces deviennent deplus
enplus grands,
cequi
entraîne une diminution du nombre des villosités par unité de surface. Dans ces dernierssegments
de l’intestingrêle,
le cho-rion contient de
plus
enplus
d’élémentslymphoïdes,
de follicules clos et deplaques
de
Peyer (ces dernières,
surla fin,
seprolongent
surplusieurs
centimètres et occu-pent
les2/3
environ dupourtour
del’intestin).
Dans la
partie
duodénale et surtout entre lepylore
et le débouché du canalcholédoque
et du canalpancréatique,
au niveau des espacesintervilleux,
la muqueusecommence
déjà
à seplisser
et il y a un début de formation decryptes plus
ou moinsprofondes (fig.
I et3 ).
Lesglandes
de Brunner, nombreuses dans la sous-muqueuse, sontégalement présentes,
parendroits,
dans la muqueuse(fig. i),
à la surface delaquelle
elles débouchent assez souvent.En ce
qui
concerne les villositésproprement dites,
leur formecylindrique
restela même sur toute la
longueur depuis l’angle duodéno-jéjuno-iléal jusqu’à
la val-vule de Bauhin. Dans le duodénum et surtout dans la
portion
laplus proche
dupylore,
à côté de la forme
cylindrique,
se trouvent, parendroits,
des formesplus
ou moinsconiques,
cequi
se traduit par uneaugmentation
du diamètre de leur base.Si l’on tient
compte
de lalongueur
et du diamètre de l’intestin à cetâge,
la sur-face calculée de la
tunique
muqueuse bordant la lumière intestinale est d’environ 430cm 2 , mais,
en tenantcompte
del’augmentation
de surface due aux villosités(environ
40000o sur la totalité del’intestin),
nous arrivons(sans compter
les micro-villosités),
à une surface d’environ r o0o cm2.Cet
aspect
desvillosités,
au moment de lanaissance,
nereprésente qu’un
stadede l’évolution de la muqueuse, que nous avons suivie en faisant des coupes de l’in- testin
grêle
deporcelets (sacrifiés
à 24heures, 4 8
heures et 12jours),
à des niveauxcorrespondant
auxprécédents.
De la forme
cylindrique qu’elles
avaient à lanaissance,
les villosités sontpassées
en
partie,
en 24heures,
à une formelégèrement conique, phénomène qui
s’accentueà
4 8 heures,
pour aboutir à r2jours
à un diamètre de base souventprès
du double de celui du sommet : il nous a paru que la transformation laplus
active se faisait dansla
partie proximale
dujéjunum-iléon.
Ilapparaît
aussi de très nombreuses nouvellesvillosités,
de 300 à 750 ,u. dehauteur,
dont la formation semble suivretoujours
lemême processus, à savoir : soulèvement de la
tunique
muqueuse,projections cylin- driques
de la muqueuse dans la lumièreintestinale, qui s’élargissent
à la base etdeviennent
coniques.
Quant
aux espacesintervilleux,
ils diminuentrégulièrement.
A 12jours
ils sonttrès réduits et les
parties
intervilleusesplanes
deviennent rares. A cestade,
le relief de la muqueuse bordant la lumière intestinale est un ensemble deprojections sépa-
rées par des creux à
profil plus
ou moinslarge
et au fonddesquels
se trouventdéjà
des
cryptes
de faibleprofondeur,
dontquelques-unes,
avec leur cheminement con-tourné,
ressemblent à desglandes
entourées par le tissuconjonctif
du chorion. C’est le début de la formation de ce que l’onappelle
souvent « coucheglandulaire
de lamuqueuse ».
A ce stade encore, les coupes
perpendiculaires
à l’axe des villosités sont, sur toute lahauteur, circulaires,
avec des diamètres différents. La surface dechaque
villo-sité est libre sur toute sa
hauteur,
la formation et l’accroissement de chacune n’étant pasgênés
par les villositésadjacentes.
I,e nombre de cesvillosités,
par unité desurface,
aaugmenté
assez sensiblement(approximativement
1150 à 1 300projec-
tions au
cm 2 ) ;
elles sont, en mêmetemps,
devenuesplus
volumineuses et leur dia- mètre de base varie entre i5o et 200 y, mais elles renfermenttoujours
une seule lac-téale
centrale,
une artériole et une veinule. A i2jours,
le nombre des villosités a presquetriplé
sur l’ensemble de l’intestingrêle (environ
i 100 ooo au lieu3 85 ooo).
La surface de la muqueuse bordant la lumière intestinale a
plus
quetriplé (à
causesurtout de l’accroissement très
rapide
des dimensions del’intestin).
Cette évolution est relativement uniforme sur l’ensemble de l’intestingrêle,
sauf pour lapartie
ter-minale et, en
particulier,
àl’approche
de la valvule deBauhin,
où elle estplus
lente.2
°)
Porcs eu croissctrzceLa formation de nouvelles villosités et la transformation de celles
qui
existentdéjà
sepoursuivent
au cours de la croissance : chez les porcs de 120 à 140jours,
latunique
muqueuse est sensiblement modifiée parrapport
à celle desporcelets
de12
jours.
Lesvillosités,
àpartir
de leur base et sur une hauteurimportante,
sont en con-tact les unes avec les autres par leur couche
épithéliale :
c’est laconséquence
del’augmentation
de leur nombre et dudéveloppement
de cellesqui
existentdéjà.
De ce
fait,
unegrande partie
de la surface de la coucheépithéliale
n’estplus
libreet se trouve
emprisonnée
dans descryptes clui
se sont formées autour de la presque totalité des villosités.Ces
cryptes
de I,ieberkühn(fig. S) plus
ou moinsprofondes
suivant la hauteursur
laquelle
sont en contact les villositéscontiguës,
chetninent dans tous les sens(aucun
facteur d’orientation desplissements
n’a pu être décélé chez lePorc),
dans letissu
conjonctif
du chorion et forment une couched’apparence
nouvelle et assezparticulière (fig.
7,fi,
g etio),
donnantl’impression qu’il
s’estproduit
desinvagina-
tions de
l’épithélium,
alorsqu’en réalité,
en lecomparant
à la muqueuse, tellequ’elle
est au moment de la
naissance,
on voitqu’il s’agit d’expansion
du chorion. Surcoupes histologiques,
lesfragments
visibles de cescryptes
ontl’aspect
deglandes :
c’estpourquoi
on lesappelle
souvent «glandes
de Lieberkülm », bienqu’il
nes’agisse
pas de véritablesglandes.
Cette « coucheglandulaire
» s’étend sur toute lelongueur
del’intestin
grêle,
ne faisant défautqu’au
niveau des formationslymphatiques,
nom-breuses dans sa
partie
terminale. Lerapport
entre la hauteur libre de la villosité et celle de la coucheglandulaire
est difficile àexprimer
par unegrandeur numérique ;
à
partir
de cetâge,
parconséquent,
la surface libre de latunique
muqueuse seraégalement
difficile à déterminer. Pour que lerapport
réel entre ces deux zones soit conservé sur coupeshistologiques,
lesprocédés
deprélèvement
et de fixationjouent
un rôle
important ;
ladéshydratation,
l’éclaircissement et l’inclusion sont desétapes susceptibles
aussi de modifier cerapport
et doivent êtrepratiqués
avecbeaucoup
de soin.
(Des techniques
différentes nous ont donné des résultats sensiblement diffé-rents.)
Malgré
lesprécautions prises
etcompte
tenu des mouvements continuels de l’intestingrêle
au cours de ladigestion,
d’unepart,
et de ceux de latunique
muqueuse, d’autrepart, qui
font que les villosités se collent et se décollent sansarrêt,
le calcul de la surface libre tellequ’elle
est au cours de ladigestion
varie d’un animal à l’autre et nepeut
êtrequ’approximatif.
Sur coupe transversale ou
longitudinale
desparois,
la forme de lapartie
libredes
villosités,
à cetâge,
est souventconique, plus
rarementcylindrique
oulamelleuse, toujours
moinsprécise
que chez leporcelet.
Chez cedernier,
la base des villlositésse trouve au même niveau sur toute la surface de la muqueuse
(fig. 4 ) ;
nous pou- vions donc penser que l’ensemble desvillosités,
en se resserrant, chez le porc encroissance,
serait en contact, par leurépithélium,
sur une mêmeprofondeur
et que lescryptes
entoureraient d’unefaçon plus
ou moins circulaire chacune d’elles.Or,
il n’en est rien : les villosités sont souvent réunies par deux ouplusieurs, jusqu’à
deshauteurs
différentes,
nonplus
par le contact de leur coucheépithéliale
en formantdes
cryptes,
mais par leur axeconjonctif, après
soulèvement de la coucheépithé-
liale. Ce soulèvement entre deux ou
plusieurs
villosités et la réunion de leurs axesconjonctifs
sont des transformations courantes de la muqueuse chez le Porc. Cetteévolution, qui, jusqu’à présent,
n’a pas étésignalée
chez d’autresespèces
provoqueun
changement profond
de l’ensemble du relief et de la forme des villosités : le nombre de lactéalescentrales,
d’artérioles et deveinules,
pour une villosité ainsiformée,
est
égal
au nombre des axesconjonctifs
réunis. Uncomparant
lesprofils
de villo-sités
coupées perpendiculairement
à leur axe et à des hauteurs différentes(fig.
15 etr6),
on ne trouveplus
leprofil circulaire,
mais les formes lesplus
diverses. Sil’union de deux ou
plusieurs
axesconjonctifs
se fait sur toute la hauteuradjacente,
on a des formes de villosités
qui changent,
suivant que les coupes sont faitesparal-
lèlement ou
perpendiculairement
auplan
del’union ;
enconséquence,
seules lescoupes
perpendiculaires
à l’axe des villosités ont pu nousrenseigner
sur la formevéritable de ces dernières.
Dans la
partie proximale
duduodénum,
la coucheglandulaire
a de 300 à 400[Ld’épaisseur,
lesparties
libres des villosités sontréduites, excepté
immédiatement autour des débouchés du canalcholédoque (ampoule
deVater)
et du canalpancréa- tique ;
lapartie
distale du duodénum et les2/3
dujéjunum-iléon
ont, àpartir
del’angle duodéno-jéjuno-iléal,
un relief semblable :l’épaisseur
de la coucheglandu-
laire varie entre 20o et 300u, et la hauteur des villosités entre 400et
600
en moyenne.La
partie
distale dujéjunum-iléon
évolueplus
lentement : la coucheglandulaire,
ainsi d’ailleurs que les villosités
(qui
ont tendance às’aplatir),
se transforment irré-gulièrement )(fig. 1 8) ;
nous y avons noté uneaugmentation importante
des élémentslymphoïdes,
des follicules clos et surtout desplaques
dePeyer.
Le nombre des villo-sités,
sur l’ensemble de lasurface,
est, en moyenne, d’environ l 400aucnt 2 ,
leur dia-mètre est
compris
entre 200 et 300 !, leur hauteur entre 400 et 600 11-.Si on tient
compte
de ces éléments et del’augmentation
des dimensions de l’intestingrêle
entre 12 et 120jours,
le nombre des villosités est voisin de 15 mil- lions et leur surfacepeut
être évaluée à 7m 2 ,
les micro villosités mises àpart.
3
&dquo;)
Porcs adultesLa structure de la
tunique
muqueuse de l’intestingrêle,
étudiée sur des coupes de laparoi
effectuées sur 20porcs de 200à 23ojours
à des niveaux différentsprésente
une
homogénéité
del’image topographique, compte
tenu des niveaux deprélève-
ment et de la
position
sur lepérimètre
de laparoi.
Topographiquement,
sonaspect
est semblable à celui que nous avons vu chez les porcs de 110 à 140jours,
mais la coucheglandulaire
est devenuebeaucoup plus importante
pour l’ensemble de latunique ;
dans les deuxpremiers segments
du duo-dénum,
sonépaisseur
est de 300 à 450fL; pour le reste du duodénum et sur une lon- gueur d’environ 10mètres, soit les2/3
dujéjunum-iléon,
elle varie entre 200et 300!..Sur le tiers terminal de l’intestin
grêle,
la coucheglandulaire
estirrégulière,
lesglandes
de Lieberkühn sont
dispersées
et, parendroits,
inexistantes. Cet état est la consé- quence de laprésence,
dans cettepartie
del’intestin,
de très nombreuses formationslymphatiques qui occupent
unegrande partie
del’épaisseur
de laparoi
et devien-nent de
plus
enplus importantes
avecl’âge.
Il semble
qu’à
ce stade de la vie iln’y
aitplus
formation de nouvellesvillosités,
mais que les villositésexistantes,
outre leur resserrementqui
aprovoqué
la forma-tion d’une couche