LACl
DTE IK MÉDECINE ET DE PUAUMACIE DE BORDEAUX
A3STIST E E 1900-1901 N° 42
CONTRIBUTION A L'ÉTUDE
1 N HERNIAIRE
THÈSE roui! LE DOCTOMT EN MÉDECINE
présentée et soutenue publiquement le Ie1' Février 1901
PAR
Emile-Pierre SUSBIELLE
Né à Orthez (Basses-Pyrénées), le
11
mars1876.
/ mm. demons,
• ,
\
boursier,ixaiiiinaleiirs de la lliese pousson
i denucé,
professeur... /'résidant.
professeur...
agrégé ) Jiu/es.
i-eCandidatrépondra auxquestionsqui lui seront
faites
surles diverses
parties de l'Enseignement
médical.
BORDEAUX
IMPRIMERIE Y.
CADORET
17 — hue poquelin-molièke — 17 (ancienne rue
montmÈjan)
1901
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Le Secrétairedela Faculté: LEMAIRE.
I'ardélibérationdu 5 août 1S19, laFacultéaarrêtéqueles opinions émises dans les hèsesqui quileursontdonnerprésentéesni doivent être considéréescomme propres à leursauteurs, et quelle nenteiu
approbation ni improbation.
A LA
MÉMOIRE DE MON PÈRE
A MA
MÈRE
Comme témoignage dema
profonde
reconnaissance, en
souvenir
dessacri¬
ficesqu'elle s'est
imposés.
A MA
SOEUR, A MON BEAU-FRÈRE
Pourvousremerciertousdeux
de la
grande
affection
quevousm'avez tou¬
joursprodiguée.
A mon
Président de Thèse,
Monsieur le
Docteur DEMONS
Professeurde Clinique
chirurgicale à la Faculté de Médecine de Bordeaux,
Officier de laLégion
d'honneur, Officier de l'Instruction publique,
Membrecorrespondantde
l'Académie de Médecine,
Membrecorrespondantdela
Société de chirurgie de Paris.
avant-propos
Ayant
eul'occasion, durant le mois de mai dernier, d'obser¬
ver dans le
service de M. le professeur Démons un cas de
« contusion
herniaire
»grave, nous avons cru pouvoir puiser
dans cette
observation le sujet de notre thèse inaugurale.
Nous laisserons
de côté, dans notre étude, les contusions her¬
niaires indirectes, que
l'on pourrait appeler thérapeutiques et
qui sont le plus souvent consécutives à des taxis exagérés, pour
nenous occuper que
de la contusion herniaire vraie, acciden¬
telle, résultant directement d'un traumatisme extérieur.
Pour
plus de clarté, nous exposerons en quelques lignes le
plan
quenousavons adopté dans notre travail.
Après avoir, dans un premier chapitre, résumé l'historique
de cette affection, nous en
étudierons, dans le chapitre II, l'étio-
logie et la pathogénie; le diagnostic découlant de l'examen
approfondi des symptômes, nous avons fusionné ces deux
études dans un seul et
même chapitre III. Le chapitre IV sera
réservé au
pronostic; dans le chapitre V, nous parlerons du
traitement et nous
terminerons enfin par un exposé rapide des
conclusions.
Dansces
quelques pages, nous n'avons pas la prétention de
faire une étude
complète de la contusion herniaire; cette tâche
eutété au-dessusde nos
forces. Nous avons eu pour simple but,
dans notre modeste
travail, de
grouperles quelques observa-
lions que nous avons
pu trouver, de les analyser et d'en tirer
une déduction
pratique, tant au point de vue du pronostic qu au
point de
vuedu traitement. Ces observations, qui nous servent
de
base,
nousles exposerons au fur et à mesure; elles viendront
- 10 —
confirmer ce que nous avancerons
et, ainsi disposées, facilite¬
ront,
à notre idée dumoins, la
fâche du lecteur.Mais,
avantd'aborder directement
laquestion qui
nous occupe, avant dequitter définitivement
lesHôpitaux
et laFaculté,
nous avons, envers nosmaîtres,
une dette à payer, undevoir à
remplir. Nous
sommesheureux
depouvoir le
faireaujourd'hui.
Tout
d'abord,
nous remercionssincèrement
M. leprofesseur
Piéchaud del'intérêt qu'il
abien
voulu nousporter
en maintescirconstances. Qu'il
soitpersuadé
que nousgarderons toujours gravé dans
notre mémoire le souvenir du maître dans sonpuis¬
sant
enseignement
etcelui del'homme
danssa bontéquotidienne, toujours
en éveil pourtous
ceuxqui
ont été ses élèves.Nos
professeurs de
laFaculté
et desHôpitaux
se sont cons¬tammentdévoués pour nous
donner, soit
dans leurs cours,soit
dans leurscliniques, le meilleur
de leurs vastesconnaissances;
c'est à eux que nous
devons
le peu que noussommes;
qu'ils dai¬
gnent
agréer l'expression de
notreplus entière
reconnaissance.M. le Dr
Verdelet, chirurgien des hôpitaux,
a été pour nousun
guide
sûretdévoué, il
afaciliténotre tâche;
il
adroit aujour¬
d'hui à notre
dévouement
et à notreplus sincère gratitude.
Notre camaradeetami M.
Menier
a bienvoulunous aider dansnos recherches
bibliographiques
etdans
nos traductions delangues étrangères; le
moment est venupour nous
de
lui adres¬ser nos
plus sincères remerciements.
Enfinque
M. le professeur Démons, dont
nous avonsétél'élève,
soit assuré de notre
profonde
reconnaissance pourl'honneur qu'il
nous a fait enacceptant la présidence
de notre thèse.CONTRIBUTION A L'ÉTUDE
DE LA
CONTUSION HERNIAIRE
CHAPITRE PREMIER
HISTORIQUE
Les
grands traités de chirurgie, les ouvrages de pathologie
externe
qui sont
enusage en ce moment dans le monde médical,
sont peu
explicites à l'endroit de la « contusion herniaire ». Il
faut rechercher les
articles de journaux, les communications
faites auxAcadémies, aux
Sociétés de médecine et de chirurgie,
aux
Congrès,
pour ytrouver éparses quelques observations rela¬
tives au
sujet qui
nousoccupe. C'est qu'en effet, comme le fait
remarquer
Thiéry (1), la contusion herniaire, en dehors du taxis,
est chose rare.
Elleadû exister de tout
temps,
unsimple raisonnement nous
force à l'admettre. Les
anciens avaient eu à observer des cas
de
ruptures intestinales. L'épaisseur de l'intestin jouait pour eux
un rôle considérable. «
Les cerfs ont l'intestin si mince et si
(1)Thiery, Sociétéanatomique, oct.
1892.
— 12 -
faible,
écrit Aristole(au dire
deMorgagni) (1)
que,quoique frappé légèrement, il peut
se rompre,la
peau restant encoreintacte ». Tout cela vise bien la contusion
abdominale
et ilestprobable
quela
contusionherniaire
a étélongtemps considérée
comme telle.
Cependant
ellepossède
unesymptomatologie
un peuspéciale
et elle nousparaît mériter
uneplace dans
lanoso¬logie à
côté et commecomplication des
accidentsherniaires.
II nous faut donc arriver
jusqu'au
commencement duxixe siè¬cle pour
voir
mentionner lepremier
cas de contusionherniaire
Ce fut M.Chavigné (2) qui, le premier,
à notreconnaissance,
en
1837,
montra sur un intestin liernié uneperforation
survenue à la suite d'un coupde pied. Le
malade succomba à unepérito¬
nite
suraiguë. La
mômeannée, M. Jobert (3) parle d'un vieillard qui eut l'intestin coupé
parun coupde pied qu'un cheval
luilança
sur une
herniecjont il
étaitporteur depuis longtemps; d'un
mari¬nier,
dontl'intestin
futcrevédans unehernie scrolaleparuncoup de bâtonporté
encetterégion. En 1839, deux observations
inté¬ressantes sont
publiées
coup sur coup parSappey (4)
etChavi-
gnez(5). La
mort survint dans les deux cas, et M.Mercier, qui
discute
l'observation
deChavignez, étudie
lapathogénie, mais
non pas
le traitement
de la contusionherniaire. Velpeau (6), la
même
année, cite
un cas depéritonite herniaire
consécutive à une contusionproduite
par uneballe
morte.Plus
tard, Ward (7) observe
uneperforation
intestinale résultant d'un coupde pied de
cheval dans une hernieingui¬
nale. En
1863,
un casanalogue
estprésenté
parDuguet (8) à la
Société
d'anatomie
et discuté parlui. Il
s'étonne de larapidité
«
effrayante
» aveclaquelle
marchèrent lesaccidents,
constate(1) Morgagni,ln Sociétéanatomique, 1839, p.222.
(2)Chavigné, Soc. d'anatorn., 1837.
(3) Jobert, Archivesdemédecine, 1837.
(4) Sappey,Soc.d'anatorn., 1839.
(5) Chavignez, Soc.d'anatorn., 1839.
(6) Velpeau, Méd.opérai., 1839,IV.
(7)Ward,Tr. path. Soc. London, 1853.
(8) Duguet,Soc. anatom. deParis, 1863,
— 1 { —
que
le fait est rare et terrible, mais 11e parle pas encore rie l'inter¬
vention
chirurgicale comme devant être indiquée. En 1877,
Audouard (1) publie une observation dans laquelle la mort sur¬
vint tout
aussi vite, mais il est aussi muet (pie Duguet sur la
possibilité d'une opération curatrice. Et pourtant quelques
années
auparavant, Rochard (2), dans un cas de contusion her¬
niaire grave
compliquée d'étranglement, avait déjà compris que
l'opération seule pouvait sauver le malade. Elle réussit parfai¬
tement
bien,
comme nousle verrons plus loin, mais une com¬
plication vint enlever le patient le sixième jour après l'inter¬
vention. Le pas en
avant était fait, la route était tracée; à la
suite ducas
relaté
parRochard, la Société de chirurgie, après
la discussion entre
MM. Robert et Chassaignac, décida que l'on
devrait
désormais, après la herniotomie, attirer l'anse herniée
au dehors pour
examiner l'état de l'intestin.
Plus tard,
Verneuil, Trélat et Richelot (3) émirent à ce sujet
des idées
nombreuses, mais toutes concluant à l'intervention :
Verneuil décrivit la
contusion herniaire dans son article « Aine »
du Dictionnaire.
Volk (4),
en1890, consacre sa thèse à l'élude
des
ruptures traumatiques du côlon tranverse, et parle incidem¬
ment de la contusion
herniaire à propos de sa coexistence avec
les
grands traumatismes abdominaux. Thiery (5), en 1892, a
l'occasion d'observer un cas
de perforation intestinale comme
complication de la contusion herniaire; il fait la laparotomie,
qui
neréussit
pasd'ailleurs, car elle fut pratiquée, il le dit lui-
même,
trop tardivement. Mais sur les conseils de M. Verneuil,
il pose comme
nécessaire l'intervention chirurgicale rapidement
exécutée.
En 1899,
M. le professeur Démons (6) ayant eu, dans son
service,
un casde contusion herniaire, consacra une de ses
(1) Audouard, Soc. anat.deParis,
1877.
(2) Rochard, Gazelledeshôpitaux,
1861.
(8)Richelot,-Semainemédicale,
1883.
(4) Volk, Thèse deMunich, 1890.
(5) Thiery, Sociétéanatomique,1892.
(0 Démons, Cliniqueinédite,12 mai
1900.
_ li -
cliniques à l'étude de
cettequestion. Le
malade futopéré
par M.Verdelet; le
résultat fut desplus heureux
:l'intervention
avait été
promptement discutée
etpratiquée
sansperdre de temps.
M. le I>
Verdelet, enfin,
a soumisdernièrement
à la Société de médecine et dechirurgie de Bordeaux (1)
unmémoire
intitulé« Contusion herniaire ». Ce travail nous a été d'une utilité
incontestable;
nous y avonspuisé,
pourainsi dire, l'idée
et leplan de
notre thèse.(i) Séancedu 2novembre 1900.
CHAPITRE
II
éti0l0gie. pathogénie
Lacontusion
herniaire n'a
pasbesoin d'être définie : sa patho¬
génie parait très simple de prime abord, mais si l'on veut appro¬
fondir la
question,
ons'aperçoit qu'on est en présence de sérieu¬
ses difficultés. Un
léger traumatisme peut produire des accidents
fort graves
alors qu'une violente contusion peut même passer inaperçue. A quoi cela tient-il ? les vraies causes nous échap¬
pent. Cependant dans toute contusion herniaire deux ordres de
faits sont à
envisager.
1° Violence du traumatisme ;
2° Etat de l'intestin au moment même
du traumatisme.
I. Violence du traumatisme. —
La violence du traumatisme
doit
évidemment, dans la plupart des
cas,jouer un rôle considé¬
rable au
point de
vuede l'évolution ultérieure de l'affection.
Sans doute un coup
de poing,
uncoup de pied d'homme ou de
cheval, lancés
à unmètre de distance atteignant un intestin déjà
hcrnié doivent
produire immédiatement des phénomènes graves,
mais est-ce à dire que
cette gravité sera en raison directe de la
force vulnérante? nous n'oserions poser
ceci en principe et en
déduire une loi. Dans une de nos
observations,
commecelle de
Thiéry (obs. IV), à la suite d'un écrasement intense, les symp¬
tômes graves
furent longs à apparaître ; dans d'autres, comme
celle de
Sappey (obs. II), à la suite d'une légère contusion les dou¬
leurs vives
apparaissent aussitôt et le diagnostic de perforation
intestinale
s'impose dès le début.
Ce n'est donc pas
le traumatisme qui, à notre avis, paraît
jouer le rôle prépondérant dans la pathogénie de la contusion
- 10 -
herniaire ;
l'état
de l'intestin nous semble avoir une bienplus grande importance.
II. Etat de l'intestin au momentdutraumatisme. —La
première
condition pourqu'il
yait contusion herniaire,
estqu'il
yait her¬
nie. Mais à côté de
cela,
nous aurons à examinerl'intestin
àà divers
points de
vue.1° Vintestin n'est pas
sorti
au moment dutraumatisme, qu'il
soitcontenuou nonparun
bandage
;c'est là
cequi doit probable¬
ment se passer
dans beaucoup de
cas, et cequi explique déjà la
rareté de la contusion herniaire. Le traumatisme
porte
en effetsur le
bandage, celui-ci prend point d'appui
surla paroi abdo¬
minale
qui
sedéfend
et l'intestin nereçoit plus qu'un choc
amorti et indirect : « Dans ces
cas-là,
011 aplutôt affaire
à unecontusionabdominale
qu'à
unevéritable
contusion herniaire »(1).
Dans une de nos
observations (obs. V), le malade
étaitporteur
d'un
bandage, mais
cebandage devait
mal contenir la hernie:d'ailleurs, les
suites ne furent pas graves,puisque
aubout de quelques jours
tout rentra dans l'ordre. L'une desprincipales
conditions de la résistance
intestinale
est donc la mobilité(Mer¬
cier) (2)
;2° Le
péritoine herniaire réagit plus difficilement
cjuele péri¬
toine de la
grande cavité abdominale.
Eneffet, le péritoine qui
constitue le sac de la
hernie,
est soumis d'unefaçon permanente
à de
légers traumatismes,
à toutes sortes de frottements «qui
modifient sa vitalité et amènent des
inflammations passant
sou¬vent
inaperçues. Il n'y
aplus identité
de structure intime entre le sac et le reste dupéritoine
;de là, différence
de réaction àl'égard de l'infection; de là, difficulté
de lapropagation inflam¬
matoire de la
portion extra-pariétale
àla portion intra-pariétale
du
péritoine
»(Moulonguet) (3). Tandis
queM. Moulonguet voit
dans ce fait une cause de
défense, M. Jalaguier (4) le considère
(1) Verdelet, toc.cil.
(2)Mercier, Soc.anat. de Paris, 1839.
(3) Mouiong'uet,Semaine médicale, 1894.
(4)Jalaguier, ln Duplayet Reclus, Traité decliirarg.,VI, p. 414.
- 17 —
au
contraire
comme une causeprédisposante. Si la hernie est ancienne et réductible « elle amène un trouble de nutrition dans
les
tuniques intestinales ; si elle est irréductible, elle expose l'anse
herniée à une
foule de chocs et de froissements devant les¬
quels elle
nepeut se retirer ».
3° Le rôle de la
réplélion intestinale a été très longuement
discuté. Dès1839
déjà, M. Mercier (1) la considérait comme une
cause essentielle de
la rupture. Les liquides étant incompressi¬
bles, si les viscères sont remplis d'un liquide quelconque, si une
issuefacile neleur est pas
réservée, la rupture doit avoir lieu à
la suite d'une
pression
un peuviolente. Cela se comprend pour l'estomac,
pourle
grosintestin, mais pour l'intestin grêle, dans
lequel les liquides peuvent se mouvoir librement, la question est
linpeu
plus obscure. On pourrait peut-être faire quelques réser¬
ves pourun
intestin hernié.
La distension gazeuse ne
joue
pasle même rôle : par ses expériences, Longuet (2) est arrivé à cette conclusion, que la
réplétion intestinale
pardes
gazétait une condition défavorable
à la
rupture, tandis
quela distension parles liquides la facilitait.
La
réplétion intestinale peut donc jouer son rôle, mais elle n'est
pour nous une
condition ni nécessaire ni suffisante.
Nous venons de voir
l'importance de l'intestin dans la patho-
génie de la contusion herniaire, mais il est aussi un organe que
nous ne pouvons passer sous
silence ; nous voulons parler de
Vépiploon. Son rôle est
unrôle de défense, et sa puissance
défensive consiste surtout dans sa
mobilité.
«Cette mobilité
s'exerce avec une sorte «
d'intelligence
»(Cornil). Elle est ana¬
logue
àcelle des leucocytes, qui fuient
ouenglobent les micro¬
bes suivant la virulence de ceux-ci etl'on
peut dire qu'il
ya une
chimiotaxie del'épiploon,
commeil
y aune chimiotaxie du leu¬
cocyte
»(Milian) (3). A côté de cela l'épiploon possède un pou¬
voir
plastique dont les viscères bénéficient avantageusement.
(1) Mercier, Société anatomique, deParis,1839.
(2)Longuet,Sociétéanatomique, 1875.
(3)Milian, Gazelle deshôpitaux, 1899.
Susbielle 2
<( Pour eux,
la membrane, dans
les diversesperforations qui peuvent les atteindre, vient
constituer uneparoi nouvelle qui s'oppose
au passagedes liquides septiques dans la
cavitépéri-
tonéale. Ces faits s'observent surtout
quand l'usure de
laparoi
se fait lentement : la sensibilité de
l'épiploon est mise enjeu
et les adhérences ont letemps de s'effectuer
aupoint
menacé »(Milian) (!).
Au
point de
vuedu sujet qui
nous occupe, nouspourrions peut-être, de
cequi précède, tirer
cetteconséquence
: àla
suite d'unviolenttraumatisme,
uneépiplocèle
ouuneentéro-épiplocèle
seront moinsgraves commesuites
qu'une entérocèle
pure.Nous
pourrons
alors avoir
affaire à uneépiploïte herniaire, dont les symptômes
ne serontjamais
ceuxde l'étranglement véritable
ou de laperforation.
4°La contraction cles muscles abdominaux
joue évidemment
un rôle dans la contusion herniaire;mais
ce rôlesera bien différent suivant les cas :a) Supposons
unindividu porteur de hernie;
au momentde l'accident, la
hernie est rentrée ;devant l'attaque, les muscles
se
contractent,
parréflexe,
pourdéfendre la
masseintestinale;
dès lors la
paroi abdominale
estrigide et les viscères
sont pro¬tégés.
b) Supposons
aucontraire quela hernie soit sortie
au moment del'accident;
sousl'action de la contractionmusculaire, le collet
du sac se rétrécit
plus
oumoins, l'intestin
nepeut plus rentrer;
il est alors
comprimé, écrasé,
entrel'objet vulnérant
et laparoi abdominale sous-jaccnte. Nous
nous trouverons donc enpré¬
sence d'une
perforation
ou d'unétranglement
:ce sontlà
eneffet
les deuxgrandes complications de
toute contusion herniaire.Dans le
chapitre qui suit,
nous allons en étudier lasymptoma- tologie et le diagnostic.
(1) Milian,toc. cit.
CHAPITRE III
symptomatologie. diagnostic
i. Syjitomatologie. — Tout malade atteint de contusion her¬
niaire se
présente à
nousdans deux états
:1°Ou il a
perdu connaissance et est
encoredans l'état de
« choc »
post-traumalique
;dans
ce cas(nous le
verronsdans
le
chapitre du traitement), le médecin doit attendre, avant d'intervenir,
que cepremier collapsus ait disparu;
2° Ou il est revenu de son étourdissement,
peut répondre
auxquestions qu'on lui
poseet permettre ainsi le seul
examencli¬
nique, l'étude approfondie des symptômes d'où résulteront le diagnostic
etle traitement.
Ces
symptômes
sedivisent
endeux
groupes :1° Les
symptômes locaux
; 2° Lessymptômes généraux.
1°
Symptômes locaux.
—Dans l'ordre normal des choses,
cesont eux
qui apparaissent les premiers;ils sont immédiats. L'in¬
terrogatoire du malade
nousfixe déjà
surla façon dont l'acci¬
dent s'est
produit,
surl'origine et la violence du traumatisme.
L'examen
de larégion contuse
nouspermet de constater
ou unesimple ecchymose
ou unempâtement
ou unedouleur profonde
ou
superficielle, mais toujours localisée
auniveau de la hernie.
Cette douleur est
toujours très vive
:le palper
sur cepoint est
presque
impossible. Mais tout s'arrête là; si,
aulieu d'empirer,
1état du blessé
s'améliore, la guérison est
presquecertaine et
dans
quelques jours tout
rentreradans l'ordre. Malheureuse¬
ment,
il
n'en est pastoujours ainsi et les phénomènes généraux
netardent pas
à venir assombrir la scène.
— 20 —
2°
Symptômes généraux.
—La douleur primitivement localisée
s'irradie partout le
ventre, la défense des musclesabdominaux
est
complète, le diaphragme
estimmobilisé, la respiration
estthoracique, le
ventre sepéritonise, le faciès
segrippe, la tempé¬
rature
s'abaisse, le pouls devient insaisissable
etrapide, la langue
est
sècbe, les
extrémités se refroidissent etla mort viendra dans lecollapsus, si le médecin appelé
ne pose undiagnostic immé¬
diat
duquel résultera
unrapide traitement chirurgical.
En somme,
la symptomatologie de la
contusion herniaire est lamêmejusqu'à présent
quecelle de toute
contusionabdominale;
mais il est un
point
surlequel
nousvoulons
un peuinsister
etqui est
presquetoujours la conséquence de
celte contusion her¬niaire : c'est la
paralysie intestinale
consécutive autraumatisme,
le
pseudo-étranglement
oul'étranglement. Ce dernier peut
seproduire d'emblée
laplupart du temps
sousl'action d'un effort.
On
comprend dès lors qu'un violent
traumatismepuisse à lui
seul être la cause déterminante. Irréductibilité
complète de la hernie, sensibilité exquise du
côtédu trajet herniaire,
surtoutau niveau dupédicule, vomissements
lecaloïdesd'abord, hoquets, régurgitations ensuite, suppression complète des selles
etdes
gaz
rendus
parl'anus, voilà
ce que nous aurons à constater sinous avons affaire à un
étranglement
commecomplication de la
contusion herniaire.
Mais ces
symptômes
aurontbesoin
d'être mûrement et sage¬ment
discutés,
carsi lediagnostic de contusion
herniaire estfacile dans laplupart des
cas,le diagnostic du degré des lésions est toujours délicat
et souventimpossible.
II. Diagnostic. —A ce
sujet
nous avonstroispoints importants
à étudier :
1°
Diagnostic de la
« contusion herniaire »;2°
Diagnostic de la
variété de la hernie et des organesqui
peu¬vent être contenus dans cette
hernie;
3°
Diagnostic du degré des lésions.
1° Contusion
herniaire.
— Cediagnostic, très simple dans la plupart des
cas,n'est
pas sansprésenter quelquefois de sérieuses
difficultés. Dès
qu'on
setrouve
enprésence d'un traumatisme
— 21 —
abdominal, il faut soigneusement interroger le malade pour
savoir s'il
n'était
pasauparavant porteur d'une hernie. Dans
l'observation
de Duguet
quenousallons publier, l'individu avait,
jusqu'au jour de son accident, méconnu sa. hernie et l'on était
en droit de
conclure à
unecontusion abdominale, alors qu'on
était réellement en
présence d'une contusion herniaire.
Mais tout
d'abord
voyonsl'observation :
Observation I
M. 1)uguet(1).
Contusionherniaire. Morten25 heuresparrupture
intestinale et
péritonite suraiguë.
Le nomméG..., âgé
de 25
ans,jeune homme de vigoureuse cons¬
titution, conducteur
d'omnibus, jouait le 2 avril, vers deux heures de
l'après-midi,
avec unde
sescamarades, lorsqu'il reçut de lui un coup
de poing
qui fut donné dans l'aine droite, et fut porté sans grande
violence et sans intention hostile. Le coup
produisit,
unedouleur
vive, et en
appliquant immédiatement la main à l'endroit frappé, il
ytrouva, non sans
surprise,
unepetite tumeur. Il put néanmoins se
promener encore
pendant près de deux heures après cet accident,
enfin la souffrance et
l'inquiétude augmentant, il fit appeler un
médecin et fut obligé
de
semettre
aulit où il ne larda pas à être
pris de nausées et
de vomissements. Le médecin qui le vit dans la
soirée et de
qui
nous tenons cesdétails constata dans l'aine droite
une douleur excessive et un
gonflement léger qu'il attribua à la pré¬
senced'une tumeur herniaire. Cette tumeur
fut facilement réduite
parlui, et rentra en
produisant le bruit d'une entérocèle; un verre
d'eau de Sedlitz fut
prescrit
pourle lendemain matin. La nuit se
passasans sommeil,
le malade fut extrêmement agité et vomit des
matières non fécaloïdes.
Lorsque le médecin le revit, le lendemain matin, il fut effrayé des
changements
survenusdans les symptômes généraux et locaux, crai-
(1) Duguet, Soc. anat. de Paris, 1863, avril, p.179.
22
gnit
unerupture et le fitaussitôttransporter
àl'hôpital
Saint-Louis.Là, ilfut
impossible
(le méconnaître l'excessive gravité des symptô¬mes observés. Le faciès était
plombé,
les yeux caves, la respirationcourte et pénible, la peau
froide,
le pouls presqueimperceptible.
Le ventre tendu,ballonné,
douloureux : dans l'aine du côtédroit,
on trouvait une tuméfaction un peu douloureuse et non résistante avec unganglion
bien distinct. L'anneauinguinal
externe, assezlarge,
se laissant pénétrerpar le
doigt
renfermait cependant un contenu dont on ne pouvait déterminer la nature. Lemalade,
qui avait toutesa
connaissance,
affirmait n'avoirjamais
eu dehernie,
ni de tumeurquelconque
dans cetterégion
; il n'avait jamais porté debandage.
Le matin,il avait pris trois verres d'eau de Sedlitz et les avaitvomis,
depuis
le moment où il avait reçu le coup il n'avait point eu de selles.En présence de ces accidents àmarche si prompte et
déjà
arrivésà ce moment àun
degré d'intensité
quilaissait
peud'espoir,
ilétait difficile de nepas rester dans l'incertitude. L'état du maladeempi¬
rait d'instant en
instant, l'agitation
était excessive. M. Trélat futimmédiatement prévenu, mais avant qu'il ne fût
arrivé,
le malade avait succombé.Autopsie.
—L'autopsie
fut faitequatre-vingt-seize
heures aprèsla
mort, et à l'ouverture duventre on découvritde suite tous lessignes
d'une péritonite généralisée. Des gazd'odeurfétides'échappèrent
et l'onaperçutl'épiploon
adhérentdeloinenloinàla paroiantérieure de l'abdomen et contenantdansses mailles des petitsfoyers
de suppu¬ration. Au-dessous de lui les anses intestinales
auxquelles
il adhé¬rait
également
surquelques
points n'étaient pas collées les unes aux autres et pouvaient se mouvoir isolément. On trouvait de tous les côtés despoints
de péritonite marqués par destraînées de matiè¬res caséeusesverdâtresreposant sur lesparois rouges et
dépolies de l'intestin;
cette même altération se rencontraitau niveau du foie etjusque
sur lediaphragme.
La péritonite étaitplus
intense dans les fossesiliaques
que dans les autresrégions
de la cavité abdominale.A
droite, l'intestin,
rouge et couvertdefibrine,
ne présentaitaucune solution de continuité. Maisàgauche onvoyait
unfoyer rempli de
matières vertes,
noirâtres,
fétides et au centre une anse intestinale— 23 —
perforée qui laissait échapper cette matière. L'ouverture existait sur
la facelibre à 05
centimètres environ du cœcum ; elle avait un dia¬
mètred'environ 8 à
10 millimètres,
uneforme presque circulaire,
desbords rouges
et tuméfiés autour desquels existait une rougeur ecchymotique, enfin des parois recouvertes au dehors de plaques
pseudo-membraneuses d'une épaisseur assez considérable. Les pla¬
ques
de Peyer étaient restées saines et on ne trouvait nulle part de
lésion
qui permît de
songerà une affection de nature typhoïde.
Dansla
région de l'aine cxislait
unsac herniaire ayant le volume
d'une
petite noix, émergeant de l'anneau inguinal externe au-dessus
etendedans du cordon et
d'un
grosganglion lymphatique. Ce sac
était
rempli de produits verdâlres et pseudo-membraneux. 11 com¬
muniquait
avecla cavité péritonéale par un collet très large qui
occupait la fossette inguinale moyenne, c'est-à-dire qu'il occupait le
côté interne del'artère
épigastrique et le côté externe du cordon de
l'artère ombilicale.
Il faut
donc, dans les
casoù le traumatisme a porté sur une région sujette
auxhernies, redoubler de prudence et de perspi¬
cacité : la
région contuse, dans
cecas, est « une cavité séreuse
indépendante, dans
unecertaine mesure, de la grande cavité
abdominale »
(Verdelet) (1), la symplomatologie de la contusion
herniaire est un peu
différente de celle de la contusion abdomi¬
nale, elle nécessite
untraitement spécial. Le diagnostic précis
conserve donc son
importance, et l'erreur peut être faite :
«
Beaucoup de hernies étranglées sont considérées comme étant
de date récente alors
qu'elles sont anciennes. Leur présence
était restée occulte;
elle est brusquement révélée par la
cause sous l'influence de
laquelle l'étranglement se produit » (Duguet) (2).
2° Variété de hernie. Son contenu.—
L'inspection seule de la
région traumatisée et douloureuse nous permettra vite de
diagnostiquer à quel
genrede hernie nous avons affaire. Qu'on
(1) ô erdelet, toc. cil.
(2) Duguet, Discussion relative àl'observation
précédente.
se
rappelle seulement
queles hommes,
parleurs
travauxmanuels, leur
moded'existence,
sontplus exposés
queles
femmes à ce genred'accident,
et quela région inguinale
semble leplus
souventatteinte, du
moinsd'après
nosobservations.
Le
diagnostic des
organes contenus dans le sacherniaire
est certainementplus délicat.
Tous les viscères de
l'abdomen,
saufpeut-être le pancréas,
ont été trouvés dans les hernies.
L'estomac,
leduodénum,
peuvent être
compris dans les
herniesinguinales (Golfe) (1);
Ivusmin
(2)
adécouvert
dans une hernieépigastrique étranglée
une
partie du lobe gauche du foie; Koclier (3), la vésicule
biliaire ;Reiehel (4), l'uretère. Le rein, la rate,
lavessie, les ovaires,
lestrompes, l'utérus,
mêmegravide, peuvent suivre
l'intestin dans sesdéplacements pathologiques; mais
ce sont là descomplications trop importantes
pourqu'elles puissent prendre place dans
notretravail; elles
méritent une étudespéciale
: nous ne faisons queles mentionner.
Mais il est
cependant trois
organesqui méritent
de fixer un moment notreattention,
ce sont :a) L'épiploon
;b) Le mésentère
;c) L'appendice.
a) Epiploon.
— «Le
contenu du sac herniaire est leplus
souvent constitué par
l'intestin grêle
et parl'épiploon
»,dit Berger (5). Nous
avonsdéjà
vu quel'épiploon possède des propriétés défensives
etplastiques
;il
nousparait donc
assez bon depouvoir diagnostiquer
saprésence dans
un sac herniaire traumatisé;b) La présence du
mésentère dans le sac herniaire doit être difficile àdéterminer; le
cas deRochard, de Sappey (voir obseryations)
nousle
prouve :il joue
un rôle funeste à tous les(1) J.-R. Goffe,AmericanJournalofObslelrics, 1892.
(2) Kusmin, BerlinerKlinic. Woch., 1893.
(3) Kocher,Correspondenzblattfurschweiz Aerzt., 1893, (4) Reiehel, BerlinerKlin. Woch., 1892.
(5) Berger, InDuplayetReclus, Traitédechirurgie, t. VI.
points de vue; il perd de sa souplesse, est un foyer dangereux
d'hémorrhagies
; parsa dilatation il constitue un excellent
agent d'étranglement et s'oppose ainsi à toute tentative de
réduction.
c) L appendice cœcal a été souvent trouvé dans les hernies
inguinales; dans les cas de péritonite herniaire il peut s'infecter
à son tour; on se
trouve alors en présence d'une appendicite
herniaire, dont les caractères propres ne sont pas faciles à
signaler;
entout cas, comme nous le verrons au traitement,
nous
pratiquerons une herniotomie; nous examinerons l'appen¬
dice s'il est dans
le
sacet s'il nous parait suspect, la résection
enserafaite
aussitôt.
3°
Diagnostic du degré des lésions. — En somme, le diagnos¬
tic,
assezdélicat, des organes contenus dans le sac herniaire
présente
uneréelle importance. Mais combien cette importance
s'efface devant le
diagnostic précis du degré des lésions, qui,
dans la contusion
herniaire
commedans toute contusion abdo¬
minale, devient l'écueil sérieux du plus savant clinicien!
M. le
professeur Démons (1), dans une de ses cliniques, rap¬
prochait la contusion herniaire de la contusion abdominale et
nous disait que
l'appréciation du praticien doit être fondée
sur :
Lavaleur du
traumatisme;
La valeur des
symptômes.
Or un traumatisme
violent peut déterminer : a) Une simple ecchymose superficielle;
p) Une destruction de la vitalité des éléments du sac;
y) Une déchirure de l'épiploon, de l'intestin et des vais¬
seaux;
S)
Un étranglement herniaire.
La
symptomatologie spéciale de cette dernière complication
nous
permettra peut-être de la diagnostiquer rapidement et de
la traiter en
conséquence; mais combien serons-nous embar¬
rassés, tant que
l'affection n'aura pas une allure franche, tant
(1) Démons,clinique inédite,
12 mai 1900.
— 26 —
que nous ne pourrons, au
juste, faire
auxsymptômes locaux
etgénéraux
lapart qui leur
revienl.Au
point de
vuethéorique,
onpourrait
peut-êtrediviser
les contusionsherniaires,
comme les contusionsabdominales,
en caslégers,
moyens et graves, mais aupoint de
vueclinique
cette
classification
estimpossible.
La durée de lapremière
stu¬peur
pourrait-elle
nous faciliter lediagnostic?
Aupoint de
vuede la violence du
traumatisme, peut être,
mais àpropos
des
lésionsviscérales,
nousn'oserions l'affirmer.
Nous devons donc réserver notre
diagnostic,
car à côté del'étranglement
que nous pourronsplus facilement découvrir, il
est une
complication
àlaquelle
nousdevons toujours
nousattendre;
nous voulonsparler de
laperforation.
Observation II
M. Sappey(1).
Rouss.
(Etienne), âgé
de 40 ans,cocher,
remarquable par sa cor¬pulence due au
développement
prédominantdusystèmeadipeux,
estdepuis
six ans affecté d'une hernie ombilicale qu'il a constammentnégligé
de contenir à l'aide d'unbandage.
Cettehernie,
bien que toujoursirréduite,
n'a cependant entraîné aucunaccident,
et la réduction étant demeuréefacile,
sondéveloppement
aétéprogressif;et si l'on veut
ajouter foi au dire du
malade,
la tumeur aurait par¬couru un à un tousles termes d'une progression si lentement crois¬
sante qu'elle aurait
employé
une période de six ans à passer du volume d'un pois à celui d'unhémisphère
de deux pouces de dia¬mètre qu'elle présente
aujourd'hui;
cethémisphère
estétranglé
à sa partie moyenne; le sillonintermédiaire répondant
àl'étranglement
occupe la
ligne médiane,
et donne à la tumeurl'aspect
bilobé; les deux lobes devaient être attribués à la présence du même organe,car ils
paraissaient, disparaissaient
et existaienttoujours
simultané¬ment; leur
disparition s'accompagnait
d'un petit bruit dont le(1) Sappey,Société anatomique deParis.
malade ne donne
qu'une idée fort incomplète; cette tumeur n'alté¬
raiten rien
la santé du malade, et il pouvait librement vaquer à ses
travaux
habituels,
sansqu'elle eût été préliminairement réduite.
Le 21 avril, étant
occupé à
mesurerde l'avoine, l'un de ses pieds
rencontreun faux
point d'appui, il perd l'équilibre et la hernie vient
frapper
contre l'une des vives arêtes horizontales du meuble sur le
bord
duquel il était incliné; aussitôt les douleurs vives se déclarent,
les
téguments, plus tendus, sont rouges, violacés. Un médecin appelé
fait
appliquer six sangsues sur la tumeur; quelques heures plus tard,
le malade est
apporté
àl'hôpital Necker. La tumeur présentait les
caractèresordinaires,
la cicatrice ombilicale avait disparu, la tension,
ladouleur etla rougeur
qui avaient succédé à l'accident, étaient les
seuls
phénomènes
nouveauxqu'elle offrît à l'observation; cependant
le
pouls était plein et
unpeu accéléré, la face commençait à exprimer
de l'anxiété, mais
il n'y avait
pasde nausées, et les phénomènes
généraux étaient à peine à leur début. Des tentatives de réduction
furentfaites, maisne
produisirent
quedes résultats incomplets. Dans
lajournée,
l'état du malade devint beaucoup plus grave, les douleurs
amenèrentdes cris étouffés,
des plaintes entrecoupées, le pouls s'ac¬
céléra et devint
petit, la face s'altéra davantage, les selles conti¬
nuaient à être
supprimées et les nausées étaient plus prononcées et
plus fréquentes. À cinq heures, le malade rejette des matières liqui¬
desjaunâtres.
M. Bérard est appelé et tente de nouveau la réduc¬
tion, mais une
partie de la hernie demeurait toujours irréductible.
Ce
chirurgien, qui, après avoir observé le malade, avait émis l'idée
d'une
perforation traumatique de l'intestin, songea alors à pratiquer
l'opération
àlaquelle il fut conduit par ce raisonnement concluant :
dans l'hypothèse
d'une perforation traumatique, cette opération
n'ajoutera rien
àla gravité de la maladie; si l'on suppose au con¬
traire que
la perforation n'existe pas, l'opération peut avoir les plus
heureux résultats etdoitêtre
pratiquée
;elle le fut aussitôt, et après
1incision des
téguments et du sac, il fut facile de reconnaître que la
tumeurétaitforméepar une anse
intestinale, cet intestin était rouge,
fortementinjecté,
phlogosé, mais aucun point n'étant mortifié, aucune
perforation ne fut
observée
; enconséquence, la réduction fut tentée
de nouveau, etput
être opérée sans nécessiter un débridement pré-
— 28 —
liminaire.
Après
larentrée del'organe
dans la cavitéabdominale,
les quatre lambeauxrésultantdel'incision cruciale des
téguments
furent rapprochés et on prévint une nouvelleéruption
parl'application
sur l'ombilicdeplusieurs
compressesgraduées,
maintenues par un ban¬dage
de corps; aprèsl'opération,
le malade se sentsoulagé;
ilprend de l'eau deSedlitz;
mais cesoulagement
n'est quemomentané, les douleurs reviennent bientôt
plus
vives etplus continues,
point de sommeil, pointLed'évacuations alvines,
soifardente,
nuit laborieuse.lendemain 23, le ventre est douloureux à la pression; il est
tendu,
sonore àl'épigastre,
mat à l'ombilic et dans larégion hypo- gastrique.
Le pouls est petit, la face altérée. On administre de nou¬veaux purgatifs
qui
restentégalement
sans effets ;cependant,
sur les 3 heures du soir, le malade rend une sellecopieuse,
mais alors tous les symptômes avaient pris le caractère leplus
alarmant: nau¬sées
répétées, hoquet,
poulsfiliforme,
altération généraleprofonde.
A 7
heures,
ténesmevésical,
extrémitésfroides,
sensibilitétrès affai¬blie,
poulsinsensible.
Mort à8 heures.Autopsie (quatorze
heuresaprès lamort).
— L'abdomen estarrondi ettendu,matdansla moitiéinférieure,
sonore supérieurement.Après
ladissection du sac qui est conservé en
place,
la peau et unecouche sous-jacentc de dix-huitlignes d'épaisseur
sont enlevées. Larégion
ombilicale est détachée par unecoupe
circulaire,
son anneau estdilaté,
et c'est à travers celte dilatation de six à septlignes
de dia¬mètre que s'était
échappée
l'anse intestinale. Cette anse étaitplacée immédiatement
derrièrel'anneau;
elle était rouge,injectée,
présen¬tait une
longueur
de deux pouces et demi et offrait àses deuxextré¬mités un
rétrécissement remarquable. Ce
rétrécissement
aurait puêtre considéré comme le
résultat d'un
étranglement,
si les circonfé¬rences sur
lesquelles
il portait n'eussentétéblanches,
nacrées, résis¬tantes et n'avaient alteslé par ces caractères
l'impression longtemps
continue de l'anneau ombilical sur les extrémités de l'anse toujours irréduite. Ces
circonférences,
eneffet,
conservent leur diamètreseulement
lorsqu'elles
sontabandonnées
à ellesmêmes,
maisencorenonlorsqu'on
cherche à les ramener audegré
de dilatation des autresparties de l'intestinpar
l'introduction
dudoigt
dans la cavité de cetorgane. Cette anse intestinale
appartient
aujéjunum;
onn'aperçoit
_29
surlasurface
extérieure aucune perforation, niais, en la soulevant,
on reconnaît, à
sept
ouhuit lignes au-dessous de son bord adhérent,
une altération
du mésentère avec coloration noirâtre circonscrite, et,
aucentre de cette
altération,
unpertuis de deux lignes de diamètre.
Pours'assurer
si
cepertuis communique avec la cavité de l'intestin,
on presse
celui-ci
pourfaire circuler les liquides qu'il contient et on
voit ces
liquides sortir
enpetite quantité par cette perforation. Le
liquide qui s'échappe est d'une couleur jaunâtre, trouble, chargé de
goutelettes huileuses provenant de l'huile de ricin que le malade
avait
prise dans la journée et tout à fait analogue à celui qu'on a
observé entreles
circonvolutions des intestins au moment où la paroi
abdominale antérieure a
été incisée. Les gouttelettes d'apparence
graisseuse
ouhuileuse avaient même fait concevoir à priori l'exis¬
tence d'une
perforation. Un stylet introduit par cette ouverture
arrivesansdifficulté
dans la cavité de l'intestin hernié. Une incision
longitudinale pratiquée sur la convexité de celui-ci laisse voir à la
partie postérieure et moyenne de la cavité, sur le bord mésentérique,
unorifice de trois ouquatre
lignes de diamètre, offrant une dispo¬
sitionun peu
infundibuliforme et communiquant avec la perforation
observée dansle mésentère.
Entre
cesdeux orifices, l'un intestinal,
l'autre
mésentérique, existe
uncanal ou même une cavité de sept à
huitlignes
d'étendue dans tout son diamètre, d'apparence ulcéreuse
etancienne, car
les parois qui la circonscrivent sont imprégnées
d'un pus
séreux et
endehors elle est entourée par un tissu noirâtre
formé par
le mésentère et le tissu graisseux qu'il contient entre ses
lames.
dette
perforation de l'intestin existe au niveau de la dépression
médiane qui
donnait à la tumeur l'aspect bilobé. En face de la per¬
foration intestinale, dans
le point opposé et correspondant à la
dépression médiane, il existe une altération caractérisée par un
épaississement
et
unesorte d'induration du tissu cellulaire sous-
muqueux,
dans lequel
unepetite quantité de sang s'est infiltrée, ce
qui lui donne
l'aspect noirâtre.
Autourdela
portion herniée existent des traces étendues de périto¬
nite; toutle
paquet de l'intestin grêle est phlogosé, quelques lam¬
beaux de fausses membranes
anciennes entourent la perforation
— 30 —
mésentérique
et semblent révéler un effort salutaire de la nature pour prévenirl'épanchement
dont la vie du malade étaitdepuis long¬
temps
menacée. Leliquide
épanché est en petite quantité, ce qu'il faut attribuertuellementsoumise laà l'étatde pression latérale àlaquelle
se trouvaithabi¬portion malade du mésentère et, par consé¬
quent, à l'occlusion presque
complète et permanente de l'orifice qui lui donnait passage. Tout le tube
digestif
a été examiné avec soin,et n'a offertaucune traced'altération.
Tous les viscères de l'abdomen étaient normaux, les poumonssains; cependant,
je dois mentionner l'existence de deux ou troisconcrétions fusiformesjaunâtres, dures,
qui ne paraissaient devoir êtrenullementrangées parmi les tubercu¬les; intégrité complète
de tous les autres organes.Nous ferons
simplement remarquer
que,dans
ce cas,
la
per¬foration
intestinale paraît
avoir étéconsécutive à une
inflamma¬
tion du mésentère.
Observation
IIIM.Chavignez (1).
Le 13 septembre
1836,
entra àl'hôpital
Cochin le nommé Jean-Augustin L...,
maçon,âgé
de 51 ans, petit,mais fortement constitué et jouissanthabituellement
d'une santéparfaite.Il nousraconta que le matin de ce
jour,
après sondéjeuner,
il était tombé de huitpieds
de
hauteur,
à califourchon sur un morceau debois,
mais nousapprî¬mes le lendemain que, dans une
rixe,
il avait reçu un coup depied
surSesune hernie
inguinale
qu'il avaitdepuis longtemps
du côté droit.bourses sont violacées et très
tuméfiées,
son pénis, effacé par la distension duscrotum, faitune trèspetite saillie. Dansl'aine droite est une tumeur trèsvolumineuse, allongée,
se confondant avec la tuméfaction desbourses,
elle offre de larésistance,
la peau de la partie supérieure de la tumeur a sa couleur normale, celle de la par¬tie inférieure a la couleur violacée des bourses. La pression
n'y
pro-(1) Cliavignez, Soc.d'anat. Paris, 1839.