M ATHÉMATIQUES ET SCIENCES HUMAINES
B. M ONJARDET
Avant-propos
Mathématiques et sciences humaines, tome 43 (1973), p. 5-6
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AVANT-PROPOS
par
B. MONJARDET
L’actualité se
charge périodiquement
de remettre en lumière le thème del’agrégation
despréférences,
cequi
n’a rien d’étonnant si l’on réfléchit à tous les domaines de la vie sociale et même individuelle où il estprésent ;
ce thème a d’ailleurs unelongue
histoirequ’avait
brillammentesquissée
G.-Th. Guilbaud dans son article d’économieappliquée,
en 1952 : o Les théories de l’intérêtgénéral
et leproblème logique
del’agrégation
». Partant des travaux deCondorcet,
l’auteur évo-quait,
entre autres, ceux deBorda, Cournot, Paréto, Walras,
pour en arriver par des voies person- nelles aux résulats alors tout récents d’Arrow(1951). Depuis
cettedate,
les recherchesmathématiques
sur
l’agrégation
despréférences
se sontdéveloppées
defaçon quelque
peudisparate
mais néanmoinscontinue ;
enschématisant,
on peutdistinguer
dans l’ensemble de ces travaux deuxgrands
types de méthodes : les unes que nousqualif ierons
dedescriptives
oustatistiques,
les autres dethéoriques
ou
d’axiomatiques.
Dans lespremières,
on étudie desrègles d’agrégation,
desprocédures
de votesusuelles ;
on relève leurspropriétés,
éventuellement lesparadoxes auxquelles
elles conduisent. C’est ainsi que Condorcet montre lesparadoxes
de larègle
oùchaque
votantindique uniquement
son can-didat
préféré ;
il définit alors une nouvellerègle
-majorité simple
sur tous lescouples
de candidats -dont il
s’aperçoit qu’elle
conduit à un nouveauparadoxe :
l’intransitivité éventuelle de lapréférence
collective. Dans le second type de méthodes dont Arrow fut le
pionnier,
on définit apriori
lesprincipes
que doit vérifier uneprocédure
de vote et on en déduit la forme de cesprocédures ;
onsait que les axiomes
posés
par Arrow conduisaient à uneprocédure
dictatoriale. Cette méthodeaxiomatique
s’estdéveloppée depuis
sousl’impulsion
de différents auteurs et on en trouvera l’essen- tiel dans le livre récent de A. K. Sen : Collective choice and socialwelfare (1970).
On pourra consul.ter aussi certaines contributions du numéro
spécial
du Journalof
mathematicalsociology,
consacréau choix collectif
(juillet 1972) ;
les travaux menés dans ce cadre consistent essentiellement en uneexploration
minutieuse des variantes de laproblématique
arrowienne : ces variantes concernent lanature des
préférences
individuelles ou collectives. On peut en effet affaiblir ou renforcer de diverses manièresl’exigence
pour cespréférences
d’être despréordres
totaux ; elles concernent aussi le choix des axiomes, cequi
conduit à une discussion sur leurindépendance.
On peut ainsi parexemple
obtenir des théorèmes d’existence de
procédures
nondictatoriales,
en limitant la souveraineté desvotants ou en se bornant à des
préférences quasi-transitives.
On peut faire une
première
remarque sur cette méthodeaxiomatique ;
par définition même elle est liée à un débat nonmathématique,
d’ordreéconomique, sociologique, juridique, éthique
mê-6
me, sur la validité des
hypothèses
conduisant à retenir tel type depréférence
ou tel axiome. Dansce débat le rôle du mathématicien n’est pas de trianeher mais d’éclairer en montrant les
conséquences
des
hypothèses
retenues ; la condition étant que ceshypothèses
soientmathématiquement
formali-sables,
cequi
est souvent le cas dans ce contexte des décisions collectives.Une autre remarque concerne la nature de l’outil
mathématique
utilisé dans cesrecherches ;
ils’agit
presque exclusivement del’algèbre
des relationsbinaires ;
il semblevraisemblable,
bienque peu
d’exemples
le confirment encore,qu’on puisse
utiliser avecprofit
des instrumentsplus puis-
sants, que ce soient ceux de
l’algèbre
et enparticulier
de la théorie des treillis ou certains de ceuxutilisés en théorie des
graphes.
Le
premier
type deméthodes,
que nous avonsqualifiées
dedescriptives,
étudie lespropriétés
de
procédures
de votes ou même se limite àanalyser
l’ensemble despréférences exprimées
par les votants,quitte,
si cespréférences paraissent
suffisamment cohérentes à lesagréger
en unepréférence collective ;
on trouveradéveloppé
ce dernierpoint
de vue dansl’ouvrage
de A.Degenne, Techniques
ordinales en
analyse
des données,Statistique (1972).
Les articles de ce numéro deMathématiques
etsciences humaines relèvent exclusivement de cette
approche descriptive.
L’article de F.Mimiague
et J.-M. Rousseau fait suite à des travaux antérieurs sur la
probabilité
de l’effet Condorcet. Lanote de E.
Jacquet-Lagrèze
étudie lesprocédures
de vote à seuil a et montre enparticulier qu’au
choix d’un certain seuil
correspond
l’exclusion de certains circuits dans legraphe
de lapréférence
collective. Dans l’article de J.
Feldman,
on définit desprocédures
de votes par la méthode mé-trique classique
enstatistique descriptive :
chercher un résumé des données à « distance minimum » de cesdonnées ;
ici les données étant des ordres totaux, on définit suivant le choix del’expression
« distance minimum » des ordres centraux, médians ou moyens par rapport aux données. L’article sur
les ordres médians étudie
plus particulièrement
lespropriétés
de ces ordresmédians,
pour uneopi-
nion,qui
n’est pas nécessairementcomposée
d’ordres totaux. Cette démarchestatistique
conduit ainsià des types de
problèmes
formellementanalogues
à ceux rencontrés dans d’autres contextes : compa- raison parpaires,
choix enprésence
de critèresmultiples, analyse hiérarchique
et classification auto-matique,
etc. ; dans tous ces cas on a un ensemble de données constitué par des relations et oncherche soit à résumer ces données soit à leur
ajuster
un modèle d’un certain type ; dans les deux cason utilise souvent la