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Niveau d’identification de l’action et comportements de vérification

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Master

Reference

Niveau d'identification de l'action et comportements de vérification

NUBER, Nora

Abstract

La littérature a mis en évidence un lien entre un bas niveau d'identification de l'action et les symptômes de vérification. Le but de la présente étude est d'explorer ce lien à l'aide d'une tâche comportementale évaluant de manière quantitative les comportements de vérification.

De plus, nous tentons d'amener des éléments de réponses à la question de la causalité entre bas niveau d'identification et symptômes de vérification. Pour ce faire, nous avons mesuré chez 89 étudiants de 18 à 35 ans leurs symptômes de vérification ainsi que leur niveau d'identification de l'action auto-rapportés. Nous avons également induit un haut (N=46) ou bas (N=43) niveau d'identification de l'action avant d'examiner leurs comportements de vérification dans une tâche comportementale subséquente. Les résultats montrent qu'un bas niveau d'identification de l'action ne prédit pas une plus grande vérification dans notre tâche. Nous tentons d'expliquer ces résultats en remettant en cause la nature de notre tâche, différente de celle des tâches impliquées dans les symptômes de vérification.

NUBER, Nora. Niveau d'identification de l'action et comportements de vérification. Master : Univ. Genève, 2013

Available at:

http://archive-ouverte.unige.ch/unige:30624

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Niveau d’identification de l’action et comportements de vérification

MEMOIRE REALISE EN VUE DE L’OBTENTION DE LA MAITRISE UNIVERSITAIRE EN PSYCHOLOGIE

ORIENTATIONS PSYCHOLOGIE COGNITIVE PSYCHOLOGIE DEVELOPPEMENTALE

PAR Nora Nuber

No étudiant : 07- 404 - 643

DIRECTEUR DU MEMOIRE

Martial Van der Linden (Prof.) et Marie Rebetez (MA) JURY

Martial Van der Linden (Prof.) Marie Rebetez (MA)

Roland Maurer (MER)

GENEVE août 2013

UNIVERSITÉ DE GENÈVE

FACULTÉ DE PSYCHOLOGIE ET DES SCIENCES DE L’ÉDUCATION SECTION PSYCHOLOGIE

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Je tiens à remercier tout particulièrement le professeur Martial Van der Linden et Marie Rebetez pour avoir créé et soutenu ce projet de recherche pendant ces deux ans.

Un immense merci à Marie Rebetez pour sa disponibilité, son soutien, ses bons conseils et sa patience durant ce travail.

Je remercie bien sûr les 46 femmes et 43 hommes qui ont volontiers accepté de participer à notre expérience.

Je suis reconnaissante envers le professeur Roland Maurer pour sa participation en tant que juré de soutenance et pour sa relecture attentive du présent manuscrit.

Une pensée spéciale à Mélody Habluetzel, ma collègue pendant ces deux ans de recherche. Notre soutien mutuel lors des passations et de l’analyse des données était motivant et réconfortant.

Merci à mon amie Natacha Pochon, également étudiante en psychologie, pour avoir pris le temps de relire mon travail et pour avoir apporté un regard neuf et critique sur notre recherche.

Je remercie de manière générale toutes les personnes ayant participé à cette recherche, de près ou de loin, ainsi que toutes les personnes m’ayant soutenue au long de ce projet, dans les bons et les mauvais moments.

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Résumé

La littérature a mis en évidence un lien entre un bas niveau d'identification de l'action et les symptômes de vérification. Le but de la présente étude est d'explorer ce lien à l'aide d'une tâche comportementale évaluant de manière quantitative les comportements de vérification. De plus, nous tentons d'amener des éléments de réponses à la question de la causalité entre bas niveau d'identification et symptômes de vérification. Pour ce faire, nous avons mesuré chez 89 étudiants de 18 à 35 ans leurs symptômes de vérification ainsi que leur niveau d'identification de l'action auto-rapportés. Nous avons également induit un haut (N=46) ou bas (N=43) niveau d'identification de l'action avant d'examiner leurs comportements de vérification dans une tâche comportementale subséquente. Les résultats montrent qu'un bas niveau d'identification de l'action ne prédit pas une plus grande vérification dans notre tâche. Nous tentons d'expliquer ces résultats en remettant en cause la nature de notre tâche, différente de celle des tâches impliquées dans les symptômes de vérification.

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Table des matières

1. Introduction théorique 1

1.1. Les troubles obsessionnels-compulsifs 1

1.2. Les symptômes de vérification 2

1.2.1. Définition 2

1.2.2. Evaluation 3

1.3. Déficit du traitement cognitif de l’action 4

1.3.1. Sentiment d’incomplétude concernant la réalisation de l’action 4

1.3.2. Origine du sentiment d’incomplétude : contrôle anormal de l’action 5

1.4. La Théorie d’Identification de l’Action 6

1.5. Niveau d’identification de l’action personnel et symptômes de vérification 9

1.6. Niveau d’identification de l’action « état » et symptômes de vérification 10

2. Méthode 14

2.1. Participants 14

2.2. Matériel et procédure 14

2.2.1. Consentement de participation 14

2.2.2. Fiche personnelle 14

2.2.3. Behavior Identification Form (BIF) 15

2.2.4. Tâche d’induction d’un haut versus bas niveau d’identification de l’action 15

2.2.5. Tâche de vérification 18

2.2.5.1. Stimuli 19

2.2.5.1.1. Tâche d’empan visuo-spatial 20

2.2.5.1.2. Modification des stimuli 21

2.2.6. Vérification de l’induction 22

2.2.7. Obsessive-Compulsive Inventory-Revised (OCI-R) 22

3. Résultats 24

3.1. Analyses descriptives 24

3.2. Analyses corrélationnelles 25

3.3. Effet du sexe 26

3.4. T-tests 26

3.4.1. Réponses correctes 26

3.4.2. Nombre de vérifications 27

3.4.3. Temps de réponse 27

3.5. Analyses de covariance 28

3.5.1. Effet de l’induction en fonction du score à l’OCI-vérification 28

3.5.1.1. Nombre de vérifications 28

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3.5.1.2. Temps de réponse 29 3.5.2. Effet de l’induction en fonction du score au BIF 30

3.5.2.1. Nombre de vérifications 30

3.5.2.2. Temps de réponse 30

3.6. Vérification de l’induction 31

4. Discussion 32

4.1. Retour sur les résultats principaux 32

4.2. Limites méthodologiques et recherches futures 36

5. Références bibliographiques 40

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1. Introduction théorique

1.1. Les troubles obsessionnels-compulsifs

Les troubles obsessionnels-compulsifs (TOC) sont relativement répandus. On rapporte une fréquence de 2-3% dans la population générale (Rasmussen & Eisen, 1990). Ces troubles débutent généralement durant l’adolescence et touchent de manière égale les hommes et les femmes (DSM-IV-TR, 2003). Ils sont composés principalement de deux facettes : les obsessions et les compulsions. Dépendant des patients, on observe l’existence d’obsessions et/ou de compulsions, les deux facettes n’étant pas systématiquement associées. Les obsessions sont des pensées ou des images récurrentes, particulièrement celles qui provoquent de la détresse. Les personnes ayant des obsessions font souvent des efforts marqués afin de supprimer ces pensées. Les compulsions sont des envies irrépressibles de réaliser certains actes mentaux ou physiques de manière répétée. Elles prennent la forme d’actions récurrentes effectuées de façon ritualisée selon des règles rigides. Elles sont souvent décrites comme servant à réduire l’anxiété provoquée par les obsessions. Les personnes souffrant de troubles obsessionnels-compulsifs reconnaissent, à un certain stade de l’évolution du trouble, que les obsessions et/ou compulsions viennent de leurs propres pensées et qu’elles sont irraisonnables et/ou irréelles. Ces comportements répétitifs ont un impact négatif significatif sur la vie privée, professionnelle et/ou sociale de ces personnes et sont souvent à l’origine de pertes de temps considérables dans leur quotidien (DSM-IV-TR).

Les TOC sont fréquemment considérés comme un trouble unitaire. On observerait donc, chez tous les patients, les mêmes mécanismes en jeu dans l’apparition et le maintien des symptômes obsessionnels-compulsifs. Cependant, plusieurs auteurs reconnaissent l’existence de plusieurs obsessions et/ou compulsions. Par exemple, des chercheurs ont mis en évidence, à l’aide d’une analyse factorielle confirmatoire, l’existence de quatre catégories de TOC distinctes : la vérification, le lavage, le rangement et l’accumulation (Summerfeldt, Richter, Antony & Swinson, 1999). Les obsessions les plus communes sont la peur de contamination, les doutes répétés quant à la réalisation de certaines actions et des besoins de rangements particuliers pour certains objets (DSM-IV-TR, 2003). Les compulsions les plus fréquentes sont la vérification et le lavage (Rasmussen & Eisen, 1992 ; DSM-IV-TR).

Mataix-Cols et al. (2004) ont quant à eux observé des activations cérébrales distinctes pour chaque catégorie de TOC étudiée (le lavage, le rangement et la vérification). Ces résultats vont dans le sens de mécanismes cérébraux distincts dans l’apparition et le maintien des différents symptômes. Ainsi, notre travail s’inscrit dans cette approche différentielle des TOC

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qui suggère l’existence de divers symptômes sous-tendus par des mécanismes distincts au sein des TOC.

Dans le cadre de cette recherche, nous allons nous intéresser spécifiquement aux symptômes de vérification. Ces derniers désignent le fait de vérifier de manière répétée si certaines actions (souvent routinières) ont bien été réalisées. Des auteurs rapportent que les comportements de vérification s’observent également souvent dans une population non clinique (Summerfeldt, Huta & Swinson, 1998). Ainsi, il peut arriver à quiconque de vérifier que la porte est bien fermée à clé ou que la plaque de la cuisinière est bien éteinte. Il serait donc acceptable de considérer les comportements de vérification comme des phénomènes normaux. De plus, chez les individus non cliniques ayant de tels comportements, les mêmes processus cognitifs seraient en jeu dans l’apparition et le maintien des obsessions et des compulsions (e.g. Fullana et al., 2004). Dans ce contexte, la différence entre les individus non cliniques et les patients est plus de nature quantitative que qualitative. Il en découle un intérêt croissant pour une population non clinique pour l’étude des processus cognitifs sous- jacents aux TOC. Notre étude s’inscrit dans cette approche dimensionnelle des TOC. Nous appréhendons les comportements de vérification comme un phénomène normal pouvant être observé chez des personnes non cliniques, phénomène devenant pathologique quand il devient quantitativement trop extrême. Un ensemble complexe de facteurs environnementaux, génétiques, neurobiologiques et psychologiques est en jeu dans l’apparition, l’augmentation et le maintien de ces symptômes. Dans notre travail, nous nous centrerons sur les aspects cognitifs de la vérification. Plus spécifiquement, nous nous intéresserons à la représentation de l’action des individus chez lesquels on observe de tels symptômes. Une représentation de l’action déficitaire semble en effet être l’un des mécanismes en jeu dans l’apparition et/ou le maintien des symptômes de vérification.

Comme nous le verrons par la suite, une représentation de l’action déficitaire serait en fait à l’origine d’un doute persistant concernant la bonne réalisation de l’action. La vérification servirait alors à réduire l’anxiété provoquée par ce doute.

1.2. Les symptômes de vérification 1.2.1. Définition

Les symptômes de vérification sont des compulsions consistant à vérifier de manière répétée la bonne réalisation des actions déjà effectuées et terminées. Les individus vérificateurs vont typiquement vérifier que les portes et les fenêtres sont bien fermées ou que les plaques de cuisson et les lumières sont bien éteintes. Comme mentionné précédemment, ces comportements sont fréquents chez les individus ordinaires. Cependant, la quantité et l’intensité des vérifications distinguent les individus non cliniques des patients.

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Chez ces derniers, la quantité et l’intensité sont assez importantes pour avoir un impact négatif sur leur vie quotidienne (DSM-IV-TR, 2003). Souvent, les comportements de vérification s’observent lorsqu’une personne doute de la bonne réalisation de son action (Coles, Frost, Heimberg & Rhéaume, 2003). Elle répète son action afin de vérifier qu’elle a été réalisée correctement dans le passé, ce qui a comme conséquence de réduire l’inconfort lié au doute. Chez les patients, le doute persiste malgré les vérifications répétées. Ainsi, comme nous en parlerons plus tard, c’est la régulation de l’action qui semble déficitaire chez les patients (e.g. Hajcak & Simons, 2002).

1.2.2. Evaluation

Il existe plusieurs outils servant à mesurer les comportements de vérification. La plupart sont des questionnaires auto-rapportés. Sanavio (1988) a créé le Padua Inventory. La version originale de ce questionnaire contient soixante items mesurant quatre facteurs liés aux comportements obsessionnels-compulsifs (le contrôle mental déficitaire, la vérification, la perte du contrôle de l’action et la contamination). Pour chaque item, la personne doit noter à quel point une pensée ou un comportement la dérange dans sa vie de tous les jours (de

« pas du tout » à « tout à fait »). Il existe également le Yale-Brown Obsessive-Compulsive Scale (Y-BOCS, Goodman et al., 1989). Il contient cinquante items représentant des obsessions ou compulsions relativement fréquentes. La personne doit alors décider si elle souffre actuellement de cette obsession/compulsion, si elle en a souffert par le passé ou si elle n’en a jamais souffert. Un questionnaire auto-rapporté souvent utilisé est l’Obsessive- Compulsive Inventory-Revised (OCI-R, Foa et al., 2002). Il comporte dix-huit items. Pour chaque item, le sujet indique le degré auquel le comportement décrit l’a dérangé durant le mois passé (de « pas du tout » à « tout à fait »). L’OCI-R évalue six facteurs (le lavage, la vérification, les obsessions, la neutralisation, le rangement et l’accumulation). Dans la présente étude, nous avons utilisé la version française de l’OCI-R afin d’évaluer les symptômes de vérification auto-rapportés des participants (Zermatten, Van der Linden, Jermann & Ceschi, 2006). En 2008, Rotge et al. ont créé un outil destiné à évaluer les comportements de vérification de manière comportementale. La tâche consiste en une discrimination visuelle avec délai, où le participant voit apparaître une première image, puis une deuxième image après un délai de 3.5 secondes. Quand la deuxième image apparaît, le sujet doit décider si cette dernière est identique ou différente de la première (phase de choix). Puis, la personne peut soit retourner en arrière (vérifier) et revoir les images, soit continuer (ne pas vérifier) et passer aux images suivantes. Dans les instructions, les auteurs précisent que l’on peut revenir en arrière autant de fois souhaitées et que le but de la tâche est de faire le moins d’erreurs possible, sans limite de temps. Ces auteurs ont donc inventé une tâche instrumentale qui offre la possibilité de vérifier ses choix autant de fois que l’on

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souhaite. L’avantage de cet outil est de mesurer objectivement les comportements de vérification de manière comportementale et quantitative, contrairement aux échelles auto- rapportées. Les résultats de Rotge et al. ont montré un nombre de vérifications significativement plus élevés chez les individus vérificateurs que chez les sujets contrôles.

De manière intéressante, les temps de réponse dans la phase de choix des individus vérificateurs étaient significativement plus longs que ceux des individus non vérificateurs.

Les auteurs présument que ce résultat reflète le doute et l’incertitude plus élevés chez les personnes vérificatrices que chez les autres. Dans ce contexte d’incertitude, la vérification serait donc une stratégie adaptée pour réduire le doute. Notons que, malgré les différences dans les temps de réponse et dans le nombre de vérifications, le taux de réponses correctes ne différait pas à travers les groupes. Cette tâche s’est donc révélée sensible pour discriminer les individus avec et sans symptômes de vérification, ce qui semble montrer sa validité pour mesurer ces symptômes. Dans la présente étude, en plus de l’OCI-R, nous avons utilisé cette tâche afin d’évaluer les comportements de vérification de manière quantitative (réponses correctes, temps de réponse, nombre de vérifications) chez nos participants.

1.3. Déficit du traitement cognitif de l’action

1.3.1. Sentiment d’incomplétude concernant la réalisation de l’action

Comme déjà introduit précédemment, les individus vérificateurs semblent douter de la bonne réalisation de l’action et agiraient pour réduire l’inconfort lié à ce doute (Coles et al., 2003). Contrairement aux individus non cliniques, les vérificateurs douteraient encore de la bonne réalisation de l’action après avoir vérifié. Cette sensation est habituellement appelée

« sentiment d’incomplétude », car les patients ont l’impression d’avoir réalisé l’action de manière incomplète, partielle. Dans une première étude de leur article, Coles et al. ont utilisé un questionnaire auto-rapporté visant à évaluer ce sentiment d’incomplétude. On y trouve des items tels que « quand j’enclenche mon alarme, j’ai le sentiment que je ne l’ai pas vraiment fait correctement1 ». Les participants ont également rempli un questionnaire auto- rapporté évaluant les symptômes de TOC. Les résultats ont mis en évidence une corrélation positive entre les deux questionnaires. Une deuxième étude a voulu distinguer les différents sous-types de TOC. Les résultats montrent que la plus grande corrélation s’observe entre le sentiment d’incomplétude et les symptômes de vérification : plus les individus disent vérifier, plus ils rapportent des sentiments d’incomplétude lors de certaines actions routinières.

1 Il n’y a pas de version française validée de ce questionnaire. L’item réellement utilisé par les auteurs est donc

« when setting my alarm, I have had the feeling it wasn’t done just right ».

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Dans la même idée, Belayachi et Van der Linden (2010) ont mené une étude ayant pour but l’exploration de « l’expérience subjective de faire » (feeling of doing) chez un groupe de vérificateurs sous-cliniques comparé à un groupe contrôle dans une tâche comportementale.

Au vu du sentiment d’incomplétude observé chez les vérificateurs, les auteurs prédisaient une expérience subjective de faire plus basse dans cette population, autrement dit un sentiment moins fort d’avoir fait l’action. Afin de tester leur hypothèse, les auteurs ont repris le paradigme ingénieux d’une étude antérieure (Aarts, Custers & Wegner, 2005). Dans cette tâche, on induit une expérience subjective de faire en présentant aux participants, de manière subliminale, les résultats réels de leur propre action juste avant la réalisation de l’action par le sujet. Cette manipulation a comme effet, dans une population ordinaire, de donner une impression d’avoir soi-même provoqué les résultats obtenus après l’action, alors que ceux-ci sont en réalité aléatoires dans la tâche (le participant ne provoque en fait jamais le résultat de l’action). Les résultats montrent un effet d’amorçage : le sentiment d’avoir soi- même réalisé et provoqué l’action est plus grand dans les essais où il y a un amorçage (présentation subliminale des conséquences de l’action) comparés aux essais sans amorçage. Plus intéressant pour la présente étude, dans les essais avec amorçage, la vérification était corrélée négativement avec l’expérience subjective de faire : plus les participants avaient tendance à vérifier, moins ils avaient le sentiment d’avoir provoqué le résultat de l’action dans ces essais. L’amorçage avait donc moins d’effet sur les participants vérificateurs. Ces résultats suggèrent que ces derniers ont moins d’expériences subjectives d’avoir eux-mêmes réalisé une action comparés aux personnes non vérificatrices. Comme le soulignent les auteurs, si l’on considère que, dans les actions de tous les jours, l’expérience subjective de faire peut constituer un indice important de la réalisation correcte et finie d’une action, une diminution de l’expérience subjective de faire pourrait expliquer le sentiment d’incomplétude souvent rapporté par les individus ayant des symptômes de vérification et expliquerait les doutes de ces personnes quant à la réalisation complète de l’action.

1.3.2. Origine du sentiment d’incomplétude : contrôle anormal de l’action

Il reste encore à déterminer l’origine d’une basse expérience subjective de faire chez les vérificateurs. Les patients vérificateurs semblent avoir une perturbation de la représentation de l’action, en particulier pour les actions routinières. Cette perturbation amène à une mauvaise évaluation des actions réalisées. Pitman (1987), dans la théorisation de son modèle cybernétique des TOC, fait l’hypothèse que cette expérience d’incomplétude provient d’un signal de non-correspondance entre les résultats réels de l’action et les effets attendus de celle-ci. Dans la même perspective, Hajcak et Simons (2002) parlent d’un lien entre un contrôle de l’action anormal et la vérification. Le rôle du système de contrôle de l’action est d’évaluer si les résultats de celle-ci correspondent aux résultats attendus. Quand une

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personne réalise une action, ce système envoie des signaux informant de la réussite ou non de celle-ci par rapport aux résultats attendus. Hajcak et Simons ont trouvé une suractivation de certaines aires cérébrales associées au contrôle de l’action et à la détection d’erreurs dans l’action chez des individus vérificateurs. Sans entrer dans les détails des résultats d’imagerie cérébrale, ces résultats suggèrent que les vérificateurs ont un contrôle de l’action trop actif, à interpréter comme un conflit entre les résultats effectifs et les représentations internes de cette action. Cela mènerait à un « signal d’erreur » récurrent informant d’un échec dans la réalisation de l’action. Ce signal d’erreur pourrait donc être à l’origine du sentiment d’incomplétude chronique, des doutes et des stratégies de vérification de l’action répétées observées chez les patients.

Considérées ensemble, ces études montrent une représentation de l’action déficitaire chez les personnes ayant des symptômes de vérification. Le but de la présente étude est de mieux comprendre le lien entre une représentation déficitaire de l’action et les symptômes de vérification. Plus spécifiquement, nous nous sommes questionnés sur le lien causal existant potentiellement entre ces deux aspects.

1.4. La Théorie d’Identification de l’Action

La représentation de l’action peut être comprise dans le contexte de la Théorie de l’Identification de l’Action (TIA, Vallacher & Wegner, 1987). Cette théorie fait l’hypothèse que chaque acte peut être identifié de plusieurs manières à différents niveaux hiérarchiques, allant de bas niveaux d’identification de l’action vers de plus hauts niveaux. Les bas niveaux d’identification de l’action spécifient comment l’action est accomplie. On se focalise ici sur les aspects procéduraux de l’action, les gestes moteurs réalisés pour réussir l’action. Les hauts niveaux d’identification de l’action spécifient quant à eux le pourquoi de l’action, c’est-à-dire les buts, les effets et les implications de l’action. Relativement aux bas niveaux, les hauts niveaux définissent moins le mouvement et tendent à être plus abstraits2. Prenons par exemple l’action de fermer une porte. On peut identifier cette action comme « tourner une clé dans la serrure », ce qui correspond à un niveau d’identification relativement bas, ou comme

« sécuriser la maison », un niveau relativement haut. Ce dernier niveau se focalise plus sur les buts et les implications de l’action et moins sur les gestes permettant de l’accomplir.

Ainsi, dans la TIA, la représentation d’une action, plus précisément le niveau auquel une action est planifiée, mise en œuvre et évaluée, est explorée par la manière dont les individus identifient leurs actions.

2 Notons que le niveau d’identification de l’action est un concept relatif. En effet, le niveau d’identification d’une action dépend du niveau d’une action avec lequel il est comparé.

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Les auteurs mettent en avant trois principes de base dans l’identification d’une action.

Premièrement, une action est toujours maintenue par son identification dominante. Ce principe reconnaît l’existence d’un contrôle mental conscient de l’action. Ainsi, les individus ont une idée de ce qu’ils veulent ou de ce qu’ils sont en train de faire et gardent cette idée comme cadre de référence dominant pour mener l’action à bien. Par exemple, le fait de faire du vélo pourrait être identifié comme « se rendre quelque part » pour une personne se rendant au travail chaque matin à vélo. Cette idée de « se rendre quelque part » restera dominante jusqu’à l’arrivée sur son lieu de travail, autrement dit jusqu’à la réalisation complète de l’action. Ce principe nous aide à comprendre la stabilité et le maintien d’une action à travers le temps et les circonstances. Les deux derniers principes, quant à eux, rendent possibles la modification d’une action quand cela est nécessaire. Le deuxième principe est le suivant : quand deux niveaux d’identification sont disponibles, il y a une tendance pour le plus haut niveau à devenir dominant. Pour poursuivre avec l’exemple du vélo, l’identification « se rendre quelque part » aura tendance à être dominante sur l’identification « pédaler » (identification de plus bas niveau). Cependant, il arrive que l’action ne puisse être maintenue à un relativement haut niveau et ceci nous amène au troisième principe : quand un acte ne peut être maintenu avec son identification dominante, il y a une tendance à se diriger vers de plus bas niveaux. Dans ce contexte, un relativement bas niveau devient alors dominant. Poursuivons avec l’exemple du vélo : si la personne se retrouve face à un chemin boueux, difficile d’accès, il est possible que son action de faire du vélo doive être identifiée comme « pédaler avec précaution » plutôt que « se rendre quelque part » le temps de passer sur le chemin escarpé. Dans ce contexte, l’identification de plus haut niveau n’est momentanément plus la plus adaptée pour mener à bien l’action. Le niveau d’identification de l’action est donc un processus dynamique et modifiable selon la façon dont se déroule l’action.

On peut alors se demander quels sont les facteurs spécifiques qui déterminent le niveau d’identification pour une action ? Qu’est-ce qui explique la représentation d’une action à un haut niveau ou la tendance à se diriger vers de plus bas niveaux ? Plusieurs types de facteurs semblent influencer le niveau d’identification dominant d’une action à un moment donné, notamment la difficulté de l’action et l’expérience de la personne pour l’acte en question. La difficulté de l’action est bien sûr personnelle. Une action peut être facile pour une personne et difficile pour une autre. De manière générale, plus l’action est difficile, plus l’individu est susceptible d’adopter un bas niveau d’identification. La difficulté peut être décomposée en plusieurs sous-facteurs, que les auteurs ont appelé « indicateurs de maintien » (maintenance indicators) : la relative difficulté de réalisation, la familiarité, la complexité (nombre de sous-actes nécessaires à la réalisation complète de l’action), le

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temps de réalisation et le temps d’apprentissage (le nombre de répétitions nécessaire pour mener l’action à bien). Dans les extrêmes, une action facile, familière, peu complexe, rapidement effectuée et rapidement apprise sera très probablement identifiée à un haut niveau. Notre premier exemple de « fermer une porte » se situe certainement dans cette catégorie pour la plupart des personnes. Au contraire, une action difficile, non familière, complexe, lente à réaliser et nécessitant une longue période d’apprentissage sera sans doute identifiée à de relativement bas niveaux. Un exemple parlant est l’action de « conduire une voiture ». Un débutant se focalisera sur le fait de « tenir le volant avec les deux mains »,

« appuyer sur la pédale doucement », ou « monter le bras pour passer la première vitesse ».

Il identifiera donc l’action de conduire à de relativement bas niveaux, en se focalisant sur les gestes procéduraux permettant la réussite de l’action. A force de répétitions, la conduite s’automatisera et diminuera progressivement en difficulté. Conduire deviendra facile et sera probablement identifié à de plus hauts niveaux tels que « se rendre quelque part ». Cela nous amène au dernier facteur influençant le niveau d’identification d’une action : l’expérience de l’action. Plus on répète une action, plus ses sous-actes de bas niveaux sont intégrés dans des unités plus larges. Si l’on revient à l’exemple de la conduite automobile, le conducteur expert aura automatisé les gestes procéduraux impliqués dans l’action de conduire. Il identifiera alors certainement cette action à de plus hauts niveaux que le débutant (e.g. « se rendre quelque part »). Il n’y a donc pas de « bons » ou de « mauvais » niveaux d’identification en soi. En accord avec cette idée, certains chercheurs ont montré une détérioration des performances lorsqu’une personne identifie une action complexe et non familière à un haut niveau (e.g. Baumeister, 1984). Dans le même esprit, et ceci a son importance dans le domaine des symptômes de vérification, une détérioration des performances est également observée lorsque l’on adopte un bas niveau d’identification pour une action facile et familière (e.g. Langer & Imber, 1979 ; Vallacher, Wegner & Somoza, 1989). Ainsi, le fait de se focaliser sur les aspects mécanistiques d’une action automatisée n’est pas adapté à la réalisation optimale de l’action. En effet, les aspects procéduraux de l’action ont déjà été automatisés et intégrés dans des unités d’action plus larges. Le fait d’avoir à nouveau à l’esprit ces aspects gestuels interrompra le déroulement optimal de l’action. De plus, cela éloigne la personne des buts et des implications de l’action, cette dernière peut alors devenir plus instable dans sa réalisation. Par exemple, Langer et Imber (1979) rapportent plus d’erreurs et une gêne du rythme pour des actions routinières et sur- apprises lorsqu’on les identifie à un relativement bas niveau.

Vallacher et Wegner ont mis en évidence, dans une autre publication, les différences interindividuelles existant dans l’identification des actions (1989). En effet, même si plusieurs indices situationnels favorisent l’adoption d’un certain niveau d’identification de l’action, deux

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mêmes individus n’adopteront pas forcément le même niveau d’identification face à la même action dans le même contexte global. Les auteurs ont créé un instrument, le Behavior Identification Form (BIF, Vallacher & Wegner, 1989), visant à définir ce niveau d’identification de l’action « personnel », que l’on pourrait appeler un niveau d’identification « trait ». Dans ce questionnaire, on présente aux participants une liste d’actions, chacune suivie par deux

« identifications » (haut versus bas niveau). Les participants doivent alors décider laquelle des deux, selon eux, représente le mieux l’action (e.g. fermer une porte, c’est (1) tourner une clé dans la serrure - bas niveau - ou (2) sécuriser la maison - haut niveau). Les résultats montrent que certaines personnes ont un niveau d’identification personnel relativement haut indépendamment des actions réalisées, tandis que d’autres ont un niveau d’identification personnel relativement bas. A un extrême, le bas niveau d’identification de l’action, la personne réalise les actions en ayant à l’esprit ses composantes mécanistiques. A l’autre extrême, la personne ayant un haut niveau d’identification de l’action voit ses actions en termes d’effets, de buts, ou d’implications à long terme. La personne se focalise ici sur les conséquences de l’action.

1.5. Niveau d’identification de l’action personnel et symptômes de vérification

Comme le montre une méta-analyse, le niveau d’identification de l’action semble impliqué dans plusieurs troubles psychologiques (Watkins, 2011). Dans une approche dimensionnelle, les deux extrêmes de niveaux d’identification de l’action personnels (haut et bas) peuvent être impliqués dans certains symptômes psychopathologiques. En effet, on observe un niveau d’identification quantitativement atypique dans plusieurs syndromes, que cela soit en direction de bas ou de hauts niveaux d’identification. Par exemple, Watkins présente des résultats montrant que les patients souffrant de dépression ont un plus haut niveau d’identification personnel que des personnes ordinaires. Le fait d’identifier certains événements négatifs à un haut niveau cultiverait notamment la rumination associée à ses événements. Autrement dit, les personnes resteraient focalisées sur les implications et la signification des événements négatifs et se demanderaient « pourquoi » cela s’est passé, ce qui maintiendrait les ruminations. Une question pertinente pour la présente étude est le lien entre le niveau d’identification de l’action personnel et les troubles obsessionnels-compulsifs.

Belayachi et Van der Linden (2009) se sont intéressés à ce lien. Ils ont invité leurs participants, une population non clinique, à remplir l’Obsessive-Compulsive Inventory- Revised (OCI-R) et le Behavior Identification Form (BIF), des échelles auto-rapportées mesurant respectivement, rappelons-le, la fréquence des symptômes obsessionnels- compulsifs et le niveau d’identification de l’action personnel. Les résultats montrent qu’une seule dimension des TOC est corrélée à un bas niveau d’identification de l’action : la vérification. Plus les participants rapportaient avoir des comportements de vérification, plus

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ils identifiaient les actions proposées dans le BIF à un bas niveau. Les vérificateurs montrent donc un relativement bas niveau d’identification de l’action personnel comparés à une population non clinique ou à des individus ayant d’autres symptômes des TOC tels que le lavage. Ils identifient leurs actions routinières plus selon leurs aspects procéduraux que selon leurs buts. Notons que la plupart des actions répétées par les vérificateurs sont des actions du quotidien telles qu’éteindre les plaques de la cuisinière, éteindre les lumières ou encore fermer la porte. Identifier ces actions habituelles avec un relativement bas niveau rendrait les buts de l’action indisponibles. Or, dans le cas de telles actions routinières, on se représenterait habituellement les actions en termes de buts (Aarts & Dijksterhuis, 2000), ce qui permet de comprendre pourquoi on est en train de réaliser l’action et si on est proche ou non de l’état désiré (Vallacher & Wegner, 1989). Se représenter les buts d’une action familière permettrait en fait un meilleur contrôle de cette action. Au contraire, se représenter l’action à un bas niveau, c’est-à-dire se focaliser sur les aspects procéduraux de l’action, rendrait la représentation du but inaccessible (Boyer & Léniard, 2006). L’inaccessibilité du but ne permettrait pas d’avoir une représentation de la réussite de l’action et pourrait donc être à l’origine du signal d’erreur entre état réel et état désiré et/ou du sentiment d’incomplétude. D’autres chercheurs ont d’ailleurs mis en évidence un lien entre le niveau d’identification de l’action et le sentiment d’incomplétude ressenti par certaines personnes dans leurs actions quotidiennes. Van der Weiden, Aarts et Ruys (2010) ont montré, de manière comportementale, un lien entre bas niveau d’identification de l’action et une basse

« expérience subjective de faire ». Le paradigme utilisé est le même que celui décrit précédemment, utilisé par Belayachi et Van der Linden en 2010 (Aarts et al., 2005). Les résultats montrent que chez les participants se représentant leurs actions à un haut niveau, l’amorçage des conséquences de l’action augmentait l’expérience subjective de faire l’action.

Cependant, chez les participants ayant un bas niveau d’identification de l’action personnel, on n’observait pas cet effet d’amorçage. Ces résultats semblent donc montrer une expérience subjective de faire relativement basse chez les individus ayant un bas niveau d’identification de l’action. Un bas niveau d’identification personnel chez les vérificateurs, menant à ne pas se représenter l’action selon ses buts, pourrait donc être à l’origine du signal d’erreur entre état réel et désiré. Cela mènerait alors aux doutes chroniques concernant la bonne réalisation de l’action et aux comportements de vérification répétés.

1.6. Niveau d’identification de l’action « état » et symptômes de vérification

En contraste avec ce niveau d’identification personnel, « trait », mesuré avec le BIF, il existerait également un niveau d’identification que l’on pourrait appeler « état ». En effet, plusieurs auteurs ont mis en évidence, à l’aide de techniques d’induction, ce niveau d’identification « état », pouvant être défini comme un niveau d’identification flexible,

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dominant temporairement selon la situation. Cela confirme par ailleurs l’aspect dynamique de la représentation de l’action proposée par Vallacher et Wegner (1987). En 2004, Freitas, Gollwitzer et Trope ont créé une tâche visant à manipuler ce niveau d’identification « état » des personnes. Nous l’utilisons d’ailleurs, légèrement modifiée, dans le paradigme de la présente étude. Dans la première condition de l’étude de Freitas et al., les participants étaient invités à lire un texte expliquant pourquoi réaliser une certaine activité. Puis, ils devaient lister trois objectifs importants dans leur vie que l’amélioration et le maintien de leur santé physique pourraient les aider à atteindre. Finalement, ils écrivaient, dans un diagramme à structure hiérarchique, pourquoi améliorer et maintenir sa santé physique. Ces exercices avaient pour but d’induire un haut niveau d’identification de l’action, ils focalisaient les individus sur les aspects abstraits des actions, le pourquoi. Dans une deuxième condition, les personnes devaient lire un texte expliquant comment réaliser une certaine activité. Puis, ils listaient trois moyens d’améliorer et de maintenir sa santé physique.

Finalement, ils écrivaient, dans un diagramme à structure hiérarchique, comment améliorer et maintenir sa santé physique. Ces exercices avaient comme objectif d’induire un bas niveau d’identification de l’action, c’est-à-dire focaliser les participants sur les aspects concrets de l’action, le comment. Les résultats montrent que les participants dans la première condition se focalisaient plus sur les buts des actions d’autrui (le pourquoi) après induction par rapport aux sujets de la deuxième condition. Ces derniers se focalisaient plus sur les aspects procéduraux des actions d’autrui (le comment). La tâche semble donc être capable d’induire une représentation globale des actions centrée soit sur les buts et les implications, soit sur les aspects procéduraux et mécanistiques. Autrement dit, la tâche est capable de modifier le niveau d’identification « état » global des individus. Plusieurs auteurs ont par la suite repris cette tâche, ou en ont développé d’autres relativement similaires, afin d’évaluer l’impact de l’induction d’un niveau d’identification de l’action sur plusieurs variables.

Trope et al. ont montré qu’après l’induction d’un haut niveau d’identification de l’action, on évalue un événement comme plus éloigné dans le futur (Liberman, Trope, McCrea &

Sherman, 2007), plus éloigné dans la passé (Kyung, Menon & Trope, 2010) et moins probable (Wakslak & Trope, 2009) qu’après l’induction d’un bas niveau d’identification de l’action. L’induction d’un haut niveau d’identification de l’action rend donc un événement psychologiquement plus distant que l’induction d’un bas niveau d’identification. D’autres chercheurs se sont quant à eux intéressés à l’impact du niveau d’identification de l’action sur le self-control. L’induction d’un haut niveau d’identification a comme effet de focaliser les individus davantage sur les buts à long terme que sur les aspects instrumentaux des actions, ce qui cause alors un plus grand self-control que l’induction d’un bas niveau d’identification de l’action (e.g. Agrawal & Wen Wan, 2009 ; Fujita, Trope, Liberman & Levin-Sagi, 2006 ; Fujita & Han, 2009). Watkins et ses collaborateurs se sont intéressés à l’influence de

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l’induction d’un haut versus bas niveau d’identification de l’action sur les émotions. Ils ont montré que l’induction d’un haut niveau d’identification de l’action entraîne davantage de réactivité émotionnelle négative après un échec par rapport à l’induction d’un bas niveau d’identification (e.g. Moberly & Watkins, 2006 ; Watkins, Moberly & Moulds, 2008). Watkins, Baeyens et Read (2009) ont par la suite testé une population clinique souffrant de dépression. Rappelons que, chez les personnes dépressives, on observe un haut niveau d’identification personnel comparé à une population contrôle. Les résultats ont montré qu’un entraînement focalisant les patients sur les aspects concrets des actions (bas niveau) réduisait les symptômes dysphoriques des patients par rapport à un groupe contrôle. Vess, Arndt et Schlegel (2011) ont quant à eux montré une estime de soi plus variable après l’induction d’un haut niveau d’identification de l’action par rapport à l’induction d’un bas niveau d’identification de l’action. Considérés ensemble, ces résultats montrent la flexibilité du niveau d’identification de l’action et son impact important sur notre comportement et sur nos interprétations de certains événements. Ils montrent également l’aspect global, inter- situationnel, du niveau d’identification des actions. En effet, après l’induction, la personne identifiera un contexte global, général, à un haut ou bas niveau, indépendamment de la tâche elle-même. Le niveau d’identification de l’action semble donc être un processus cognitif global et non spécifique à certains actes.

A notre connaissance, aucune étude ne s’est intéressée à l’influence de l’induction d’un haut versus bas niveau d’identification de l’action sur les comportements de vérification.

Nous savons déjà qu’un bas niveau d’identification de l’action personnel semble être impliqué dans les symptômes de vérification. Cependant, comme le relèvent Belayachi et Van der Linden (2009), une question reste encore sans réponse : la nature des liens d’influence entre bas niveau d’identification de l’action et comportements de vérification. En effet, comme le soulèvent les auteurs, les analyses corrélationnelles utilisées dans la littérature ne permettent pas de connaître le sens de la causalité entre ces deux construits.

Est-ce la vérification qui oriente progressivement les patients vers un bas niveau d’identification de l’action ? Ou est-ce un bas niveau d’identification qui mène peu à peu aux comportements de vérification ? Le but de la présente étude est donc d’étudier le potentiel lien de causalité entre le bas niveau d’identification de l’action et les symptômes de vérification. Comme le suggèrent Belayachi et Van der Linden, un paradigme d’induction permettrait d’amener des éléments de réponse à cette question. Ils proposent notamment le potentiel lien de causalité suivant : le fait de ne pas avoir accès au but de l’action pendant l’action mènerait les personnes à mal interpréter ce qu’elles viennent de faire et, en conséquence, à douter et à vérifier. Ainsi, nous prédisons qu’un bas niveau d’identification de l’action serait une cause des comportements de vérification. Nous pensons donc que

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l’induction d’un bas niveau d’identification de l’action entraînera plus de comportements de vérification que l’induction d’un haut niveau d’identification.

Afin de tester notre hypothèse, nous avons induit, chez 89 personnes, un haut ou un bas niveau d’identification de l’action à l’aide du paradigme développé par Freitas et al. (2004) que nous avons légèrement modifié. Puis, directement après l’induction, nous avons analysé les comportements de vérification des participants dans une tâche comportementale subséquente. Pour ce faire, nous avons repris et adapté la tâche comportementale proposée par Rotge et al. (2008) destinée à mesurer les comportements de vérification. Plus précisément, nous faisons les prédictions suivantes : l’induction d’un bas niveau d’identification de l’action entraînera un nombre plus élevé de vérifications dans la tâche comportementale que l’induction d’un haut niveau d’identification de l’action. L’induction d’un bas niveau d’identification de l’action entraînera également des temps de réponse plus longs que l’induction d’un haut niveau d’identification. Ce résultat reflèterait le doute et l’incertitude liés à la réponse. Doute qui devrait à son tour mener à plus de vérifications, comme le proposent Rotge et al.

Nous voulions également, à titre exploratoire, étudier le lien entre un bas niveau d’identification de l’action et les symptômes de vérification en fonction du niveau d’identification personnel (« trait ») ainsi qu’en fonction des symptômes de vérification auto- rapportés. Pour ce faire, nous avons aussi invité les participants à remplir l’OCI-R et le BIF.

Nous nous attendons à observer un effet de l’induction uniquement chez certains sous- groupes de personnes (e.g. des individus ayant des symptômes de vérification relativement importants).

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2. Méthode

2.1. Participants

Quatre-vingt-neuf étudiants des Universités de Genève et de Lausanne ont participé à l’étude. Leur engagement était volontaire et la passation de l’expérience ne leur était pas utile à la validation d’un cours. Afin d’éviter au maximum des biais dus aux connaissances dans le domaine des TOC ou de la Théorie de l’Identification de l’Action, nous n’avons pas sélectionné d’étudiants en psychologie. Notre échantillon était composé de 46 femmes et de 43 hommes âgés entre 18 et 35 ans. La moyenne d’âge était de 23.53 ans (ET = 3.18).

Nous avons détecté deux valeurs extrêmes dans l’analyse des résidus. Un participant avait un score de 76 vérifications. Etant bien au-delà de deux écarts-types en dessus de la moyenne (M =16.37, ET = 14.63), il violait les postulats de normalité et d’homogénéité des résidus, nous l’avons donc exclu des analyses. Un autre participant violait également ces postulats. Il avait un temps de réponse médian très grand relativement aux autres (10946.99 ms), également au-delà de deux écart-types en dessus de la moyenne (M=3128.80, ET=1205.38). Nous l’avons donc également exclu des analyses. Au final, notre échantillon se composait de 46 femmes et de 41 hommes (N=87).

2.2. Matériel et procédure

2.2.1. Consentement de participation

Un consentement de participation à la recherche était obtenu de chaque personne (Annexe A). Sur ce document, on expliquait brièvement les objectifs généraux de l’étude

« l’objectif de la présente recherche vise à examiner si/comment le niveau d’identification de l’action influence notre comportement » et donnions des informations sur la procédure, la durée de l’expérience, les inconvénients et les risques éventuels de l’expérience ainsi que sur la protection des données. Nous invitions également les participants à prendre contact avec nous dès septembre 2013 afin de prendre connaissance des résultats. Finalement, nous demandions au participant son autorisation pour utiliser les données à des fins scientifiques et pédagogiques, tout en garantissant l’anonymat de ses réponses.

2.2.2. Fiche personnelle

Une fiche personnelle était ensuite remplie par le participant afin de connaître certaines données personnelles telles que son âge, son sexe ou sa langue maternelle (Annexe B). Quatre-vingt individus étaient de langue maternelle française, les sept autres parlaient le français couramment. Nous demandions également à la personne si elle souffrait ou avait souffert de problèmes neurologiques, psychiatriques et si elle prenait actuellement

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des médicaments. Deux personnes ont rapporté des problèmes neurologiques, huit des problèmes psychiatriques et sept d’entre elles prenaient des médicaments. Cependant, en excluant ces sujets des analyses, les résultats principaux se voyaient inchangés. Ainsi, étant donné leurs scores relativement typiques, nous les avons inclus dans les analyses.

2.2.3. Behavior Identification Form (BIF, Vallacher & Wegner, 1989)

Les participants remplissaient ensuite le BIF. Le BIF est un instrument destiné à mesurer les différences interindividuelles dans le niveau d’identification de l’action personnel. Chaque item du BIF consiste en une action suivie de deux choix, ou deux « identifications ». Une des alternatives représente un relativement bas niveau d’identification de l’action, tandis que l’autre alternative représente un relativement haut niveau d’identification de l’action. La tâche du sujet est de choisir l’identification a ou b, qui, selon lui, décrit le mieux le comportement en question. La consigne insiste sur le fait qu’il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.

On attribue un point à chaque item où le sujet préfère la haute identification. Le score final représente donc le nombre de hautes identifications choisi. Dans la présente étude, nous avons utilisé la version française validée du BIF (Belayachi & Van der Linden, 2008 ; Annexe C). Cette version comporte 23 items et a montré une bonne consistance interne (alpha de Cronbach =.90) ainsi qu’une structure factorielle en un facteur identique à la version classique. Voici un exemple d’item :

1. Lire

a. Suivre des lignes de caractères b. Acquérir des connaissances

Dans cet exemple, la réponse a indique un relativement bas niveau d’identification de l’action de « Lire » (comment lire), tandis que la réponse b indique un relativement haut niveau d’identification de l’action de « Lire » (pourquoi lire).

2.2.4. Tâche d’induction d’un haut versus bas niveau d’identification de l’action (adaptée de Freitas et al., 2004)

Afin d’induire un haut ou un bas niveau d’identification de l’action, nous avons repris la tâche de Freitas et al. Les participants de la présente étude étaient assignés soit à la condition « bas niveau » (n=43), soit à la condition « haut niveau » (n=46). Nous voulions initialement contrebalancer le sexe entre les groupes. Malheureusement, suite à un malentendu dans la planification de nos passations, nous avons uniquement des hommes dans la condition « bas niveau » et uniquement des femmes dans la condition « haut niveau ». Nous avons donc par la suite été très prudents quant à l’interprétation des résultats, l’effet de l’induction étant potentiellement confondu avec l’effet du sexe. Dans les deux groupes, on présentait un texte expliquant comment (condition bas niveau) ou pourquoi

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(condition haut niveau) les participants s’engageraient dans une activité. Dans la version classique de la tâche, l’activité en question était de « participer à une expérience en psychologie ». Dans la condition haut niveau, les participants lisaient un texte expliquant pourquoi participer à une expérience en psychologie (pour trouver le bonheur dans la vie).

Dans la condition bas niveau, ils lisaient un texte expliquant comment ils pourraient trouver le bonheur dans la vie (en participant à une expérience de psychologie). Pour la présente étude, nous avons décidé de modifier ce texte, celui de Freitas et al. nous semblant peu adapté à notre échantillon. En effet, dans l’expérience classique, les sujets doivent participer à la recherche pour valider un cours dans leur cursus académique en psychologie. Les auteurs ont donc utilisé cette information dans leur induction (e.g. « Par exemple, vous êtes en train de participer à une expérience de psychologie. Pourquoi le faites-vous? Peut-être pour vous conformer aux exigences d’un cours. »). Cet exemple était tout à fait pertinent dans le cadre de leur étude. Au contraire, dans notre recherche, nos sujets ne suivaient pas d’études en psychologie, étaient là par leur propre volonté et la participation à l’expérience ne leur permettait pas la validation d’un cours. Nous ne pouvions donc pas connaître les motivations ayant poussé notre échantillon à participer à notre étude et les raisons variaient sans doute d’un individu à l’autre. Utiliser les motivations des sujets à participer à l’expérience pour l’induction aurait donc sans doute été inadapté. Ainsi, nous avons opté pour une autre activité : « Donner son sang ». Cela nous a paru être un exemple beaucoup plus parlant pour une population comme la nôtre, plus hétérogène que celle de Freitas et al.

Dans la condition « bas niveau », les participants lisaient le texte suivant :

Comment quelqu’un pourrait-t-il trouver le bonheur dans la vie ? (en participant à un don du sang)

Il y a toujours une manière de procéder pour chaque chose que nous faisons.

De plus, nous pouvons souvent atteindre les buts généraux que nous avons dans la vie à travers des comportements très spécifiques. Par exemple, comme la plupart des gens, vous espérez probablement trouver le bonheur dans la vie.

Comment pouvez-vous y parvenir ? Peut-être en étant en accord avec vos valeurs. Comment pouvez-vous l’être ? Peut-être en faisant une bonne action.

Comment pouvez-vous faire une bonne action ? En aidant quelqu’un qui en a besoin. Comment pouvez-vous aider quelqu’un qui en a besoin ? Vous pouvez par exemple participer à un don du sang.

Selon la littérature, s’engager dans un tel exercice, dans lequel on doit mettre en lien un de nos buts principaux dans la vie à certaines actions, peut améliorer le sentiment de satisfaction des gens.

Après leur lecture, les participants avaient comme exercice de lister trois moyens d’améliorer et de maintenir leur santé physique. Pour chacun des moyens, ils devaient aussi évaluer à quel point s’engager dans cette activité améliorera et maintiendra leur santé physique sur une échelle en 5 points (1= un peu, 5= vraiment beaucoup). Finalement, les participants dans la condition « bas niveau » complétaient un diagramme à structure hiérarchique

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décrivant comment ils pourraient améliorer et maintenir leur santé physique (Figure 1, diagramme de gauche).

Figure 1. Diagrammes demandant aux participants de penser progressivement à de plus bas niveaux d’identification de l’action (à gauche) pour les participants dans la condition bas niveau versus à de plus hauts niveaux d’identification de l’action (à droite) pour les participants dans la condition haut niveau.

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Les participants dans la condition « haut niveau », quant à eux, lisaient un texte expliquant pourquoi ils s’engageraient dans l’activité de donner son sang :

Pourquoi quelqu’un pourrait-il vouloir participer à un don du sang ? (pour trouver le bonheur dans la vie)

Il y a toujours une raison derrière chaque chose que nous faisons. De plus, nous pouvons souvent déterminer les causes de nos comportements d’après les buts généraux que nous avons dans la vie. Par exemple, vous êtes en train de participer à un don du sang. Pourquoi le faites-vous ? Peut-être pour aider quelqu’un qui en a besoin. Pourquoi voudriez-vous aider quelqu’un qui en a besoin ? Peut-être pour faire une bonne action. Pourquoi faire une bonne action ? Peut-être parce que vous voulez être en accord avec vos valeurs. Et peut-être que vous voulez être en accord avec vos valeurs parce que vous avez l’impression que l’être pourrait vous apporter du bonheur dans la vie.

Selon la littérature, s’engager dans un tel exercice, dans lequel on doit mettre en lien une action à un de nos buts principaux dans la vie, peut améliorer le sentiment de satisfaction des gens.

Après leur lecture, les participants devaient inscrire trois objectifs importants dans leur vie, que l’amélioration et le maintien de leur santé physique pourraient les aider à atteindre. Pour chacun des objectifs, ils devaient évaluer à quel point améliorer et maintenir leur santé physique peut les aider à atteindre ce but sur une échelle en 5 points (1=un peu, 5=vraiment beaucoup). Finalement, les participants dans la condition « haut niveau » complétaient un diagramme à structure hiérarchique décrivant pourquoi ils pourraient améliorer et maintenir leur santé physique (Figure 1, diagramme de droite).

2.2.5. Tâche de vérification (adaptée de Rotge et al., 2008)

Directement après l’induction, on demandait au participant de réaliser une tâche servant à mesurer leurs comportements de vérification. Pour ce faire, nous avons repris la tâche de Rotge et al. directement destinée à évaluer les comportements de vérification dans les TOC. Dans cette tâche, comme dit précédemment, le participant doit réaliser une discrimination visuelle avec délai entre deux images et décider si elles sont identiques ou différentes. Après la présentation d’une croix de fixation ayant une durée de deux secondes, on présentait au participant la première image sur un écran d’ordinateur pendant trois secondes. Puis, après un écran blanc de trois secondes également, une seconde image apparaissait. La tâche était de comparer cette deuxième image à la première et décider si elles étaient identiques ou différentes (phase de choix). Si le participant évaluait les images comme identiques, il devait appuyer sur la touche de gauche (la touche c). S’il les considérait comme étant différentes, il appuyait sur la touche de droite (touche n). La seconde image restait à l’écran jusqu’à ce que le sujet réponde. Après avoir fait son choix, le participant avait deux possibilités. La première était de valider son choix, en appuyant sur la touche de droite (touche n), et de passer à la paire d’images suivante ; la deuxième

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possibilité était de revenir en arrière, en appuyant sur la touche de gauche (touche c), et revoir les deux images à tour de rôle comme précédemment, ce qui lui permettait de vérifier sa réponse (phase de vérification). Après avoir vu les images pour la seconde fois, il devait à nouveau décider si les images étaient identiques (touche c) ou différentes (touche n), ce qui lui permettait de valider sa première réponse ou de la modifier. Le sujet pouvait alors choisir de revenir en arrière à nouveau, et cela autant de fois qu’il le souhaitait. La consigne insistait sur le fait que l’objectif de la tâche était de faire le moins d’erreurs possible et qu’il n’y avait aucune limite de temps. Ainsi, comme le soulignent Rotge et al., ce paradigme expérimental plaçait les participants dans une situation potentielle de vérifications répétitives non restrictive. Après avoir confirmé sa réponse sans avoir recours à la vérification, le participant voyait un message de deux secondes à l’écran (feedback) lui indiquant s’il avait répondu correctement ou pas (« Juste ! » ou « Faux! »). La figure 2 illustre le déroulement complet d’un essai. Afin de se familiariser avec la tâche, le participant avait quatre essais (deux essais avec des images identiques et deux essais avec des images différentes dans un ordre aléatoire) avant de commencer la phase test qui elle comprenait 48 paires d’images à comparer, soit identiques (n=24) soit différentes (n=24) présentées dans un ordre aléatoire.

2.2.5.1. Stimuli

Rotge et al. (2008) n’ont pas contrôlé l’empan visuo-spatial de leurs participants, et ceci représente certainement, comme ils le soulignent, une limite importante de leur recherche. Nous avons donc décidé de le contrôler. Pour ce faire, nous avons procédé en deux étapes : premièrement, nous avons calculé cet empan visuo-spatial antérieurement dans notre procédure. Deuxièmement, nous avons adapté la complexité des stimuli dans la tâche de vérification à l’empan visuo-spatial de chaque participant. Ainsi, la difficulté de la tâche était la même pour tous. Ci-dessous, nous avons détaillé ces deux étapes.

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Figure 2. Exemple d’un essai complet de la tâche de vérification. Cet exemple est tiré d’un participant ayant eu un score de 9 à la tâche d’empan visuo-spatial (voir 2.2.5.1.1. Tâche d’empan visuo-spatial).

Il y a donc 11 carrés noirs dans les images de la tâche de vérification (voir 2.2.5.1.2. Modification des stimuli). La bonne réponse à cet essai est « différentes », le sujet doit appuyer sur la touche de droite (n).

2.2.5.1.1. Tâche d’empan visuo-spatial

Avant la tâche d’induction, on demandait aux participants de réaliser une tâche d’empan visuo-spatial, appelée le Test des Motifs Visuels (Visual Pattern Test (VPT), Della Sala, Gray, Baddeley & Wilson, 1997). Le VPT est un test standardisé mesurant la mémoire à court terme visuo-spatiale. Dans cette tâche, le participant était face à un écran d’ordinateur et voyait une grille apparaître au centre pendant trois secondes, puis disparaître.

Les grilles étaient quadrillées et composées de carrés noirs et blancs. Une fois la grille disparue, le sujet devait reporter sur une feuille le pattern observé à l’écran. Cette feuille comprenait des grilles vierges (les mêmes que celles observées à l’écran sans les carrés noirs) et le participant devait mettre des croix dans les carrés où il pensait avoir observé des carrés noirs lors de la présentation de la grille à l’écran. Le test était à difficulté progressive.

La première grille était relativement facile pour une population comme la nôtre et contenait seulement deux carrés noirs. Dès que le participant avait réussi un niveau (c’est-à-dire avait reproduit sans faute le pattern observé), on passait au niveau supérieur, c’est-à-dire à une grille contenant un carré noir supplémentaire. Pour chaque niveau, quatre essais pouvaient

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être réalisés. Quand le participant échouait les quatre grilles d’un niveau, le test s’arrêtait. Le score final représentait le nombre de carrés noirs maximum que le participant avait réussi à rappeler sans erreur. Brown, Forbes et McConell (2007) rapportent que cette tâche a une bonne validité pour calculer l’empan visuo-spatial. En effet, le codage verbal y est peu fréquent3.

2.2.5.1.2. Modification des stimuli

Comme dit précédemment, nous avons adapté la complexité des images présentées durant la tâche de vérification au niveau d’empan visuo-spatial du participant afin que chacun soit face à une tâche de même difficulté relative, et non absolue. Pour ce faire, nous n’avons pas utilisé les mêmes stimuli que Freitas et al. (2004) mais des patterns de matrices de carrés noirs et blancs, du même type que ceux utilisés dans la tâche d’empan4. Ces patterns ont l’avantage d’être facilement réglables en ce qui concerne leur complexité. En effet, afin de rendre l’image plus ou moins complexe, il suffit d’ajouter ou d’enlever un ou plusieurs carrés noirs (tout en adaptant la taille globale de la grille au nombre de carrés).

Ainsi, pour un sujet ayant un empan visuo-spatial de dix, nous présentions des grilles ayant douze carrés noirs5. Afin de créer ces grilles, nous nous sommes inspirés des grilles de la version B du test des motifs visuels. Pour chaque niveau, nous prenions les quatre grilles et les modifiions de manière systématique, avec toujours les mêmes critères, afin d’obtenir un nombre suffisant de grilles pour notre tâche (48). La moitié de ces 48 grilles était destinée à des essais avec des images différentes, nous devions donc la modifier légèrement. Pour ce faire, nous avons réalisé la plus légère modification possible, c’est-à-dire seulement inverser un carré noir et blanc de chaque grille, tout en vérifiant visuellement que la grille modifiée ressemble le plus possible à la grille non modifiée. Ainsi, nous voulions rendre la tâche assez difficile pour observer des vérifications chez nos participants. Pour les quatre essais en début de tâche, nous prenions les grilles de la version A du Test des Motifs Visuels sans les modifier.

Le nombre de réponses correctes, le nombre de vérifications et les temps de réponse étaient enregistrés pour chaque essai (les temps de réponse étant définis comme le temps

3 Le VPT étant destiné à mesurer un empan visuo-spatial, l’utilisation de stratégies verbales (e.g. compter les carrés) remettrait en cause la capacité de ce test à bien mesurer les habiletés visuo-spatiales de manière

« pure ».

4 Les stimuli utilisés par Freitas et al. étaient des images représentant une certaine forme telle qu’un nuage. Les auteurs rapportent eux-mêmes que le contrôle de la complexité des images est difficile avec de tels stimuli et que ceci représente certainement une limite de leur étude.

5 Six pré-tests nous ont permis d’établir le nombre de carrés optimal pour que la tâche soit assez sensible dans la mesure de la vérification. Avec deux carrés de plus que l’empan visuo-spatial du participant, la tâche semblait ni trop facile (comme c’était sans doute le cas avec des images au niveau d’empan), ni trop difficile (comme c’était sans doute le cas avec trois carrés de plus que l’empan).

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