A NNALES DE L ’I. H. P., SECTION A
A. C RUMEYROLLE
Structures spinorielles
Annales de l’I. H. P., section A, tome 11, n
o1 (1969), p. 19-55
<http://www.numdam.org/item?id=AIHPA_1969__11_1_19_0>
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19
Structures spinorielles
A. CRUMEYROLLE (Faculté des Sciences de Toulouse)
Vol. XI, n° 1, 1969, Physique théorique.
SOMMAIRE. 2014 Le
chapitre premier
donnequelques compléments,
d’uncaractère assez
technique,
sur les groupes de Clifford et leurs sous-groupesfondamentaux, qui
à notre connaissance n’avaientjamais
faitl’objet
d’un
exposé systématique.
Nous avonsrésumé,
dans les tableaux despages 30 et
31,
les divers résultatsrappelés
ou nouvellement obtenus.Le
chapitre
II donne uneapproche
que nous croyons inédite de l’étude des variétés à structurespinorielle
dontl’importance géométrique
a étémise en lumière par les travaux de Lichnerowicz et de Milnor. Cette
approche s’inspire
de l’étudeapprofondie
desalgèbres
de Clifford selonChevalley.
Elle nous
permet
de construireexplicitement
desrepères spinoriels
et dedonner une condition d’existence sur une variété
pseudo-riemannienne
d’une structure
spinorielle complexe,
conditionqui s’exprime
par lapossi-
bilité de construire sur ces variétés un
champ
de sous-espacescomplexes
totalement
isotropes
de dimension maximale.Le
chapitre
IIIdéveloppe
dans la mêmeoptique quelques
notions debase sur les connexions
spinorielles.
CHAPITRE PREMIER
QUELQUES COMPLÉMENTS
SUR LES GROUPES DE CLIFFORD ET LEURS SOUS-GROUPES FONDAMENTAUX Dans le
chapitre premier,
les notations sont pour l’essentiel celles de N.Bourbaki
[2, a].
Nous nousrestreignons,
saufspécification contraire,
à la20 A. CRUMEYROLLB
considération d’un espace vectoriel E de dimension finie sur
R,
muni d’uneforme
quadratique Q
nondégénérée.
B étant la forme bilinéairesymétrique associée,
nous trouvons commode deprendre B(x, x)
=Q(x). L’algèbre
deClifford de
Q,
notéeC(Q)
estl’algèbre quotient
del’algèbre
tensorielleT(E)
de
E par
l’idéal bilatèreengendrée
par les éléments de la formeLa
signature
deQ
est, saufspécification plus précise,
absolumentquel-
conque.
I. -
Rappels
succincts sur les groupes de Clifford[2, a].
Le groupe de Clifford de
Q
est le groupemultiplicatif
G des élémentsinversibles g de
C(Q)
tels quegxg -1
EE,
dx E E.On note
G+
l’ensemble des élémentspairs
deG, G+
est le groupe de Cliffordspécial.
Posant =
l’application
g - est unereprésentation
de G dans E et :
Ker lp
= Z nC*(Q),
Zdésignant
le centre deC(Q)
etC*(Q)
l’ensembledes éléments inversibles de
C(Q).
Pétant l’antiautomorphisme principal,
pourg E G, n pair,
oug E G+,
n
impair, N(g) = P(g)g
est un élément de R*. Nousappelons
groupe de Clifford réduit le noyauGo
de N si n estpair,
et groupe de Cliffordspécial
réduit le noyau
Go +
de N si n estimpair.
Il est bien connu que N est unhomomorphisme
de G(n pair)
ou deG+ (n impair)
dans R*.Nous définirons maintenant un revêtement de
O(Q), n pair,
et deSO(Q),
n
impair ;
nousappellerons
groupesspinoriels,
selon uneterminologie provisoire,
des sous-groupes de G ou deG+, qui
donnent ces revêtements.Au
préalable,
nous établirons deuxlemmes,
essentiels pour lasuite, qui
sont d’ailleurs valables enremplaçant
R par un corpsquelconque
Kcommutatif.
II. - Lemme i.
(e~),
i =1, 2,
..., n, est une baseorthogonale
deE,
onrappelle [2, a]
que si Xi est un élément de E non
isotrope,
Ui, ui étant lasymétrie
par
rapport
àl’hyperplan orthogonal
à xi. Nousénonçons
leLEMME 1. - Soit uiui ... UIJ.
En
effet, a )
est immédiatquand h
estpair,
alors g EG+. Quand
h estimpair
or de
on tire : d’où
Dans le cas
b)
h est nécessairementpair,
car le déterminant de ui estnégatif
et u est dans
SO(Q),
le résultat est al ors immédiat. Notons queb )
ne s’étendpas à
G,
si n estimpair,
car Z est alors non trivial.En
abrégé,
onpeut
dire que le lemme 1exprime
que :Pour tout g, élément de
G,
si n estpair,
deG+
si n estimpair,
... xk, où les xi ... xk ne sont pasisotropes
et kpair
si n = 2r + 1.III. Lemme 2.
Si x est un élément de E non
isotrope
et si y -~ xy, alors Det9x= (x)2~.
Prenons x pour l’élément ei d’une base
(ei) orthogonale,
donc telle queOrdonnons les éléments d’une base usuelle de
C(Q),
~...~dans l’ordre
lexicographique :
22 A. CRUMEYROLLB
avec il
> 1.2°-1
éléments commencent par el ;9e;
estbijective
etenvoie
les éléments
qui
commencent par ei sur les2"-1
autres éléments de la base(à
un coefficientnumérique près al)
et vice versa. 8etdésignant
lasignature
de la
permutation
il vient
puisqu’il
y a2211-2
inversions dans lapermutation.
Ainsi
Det 0x
=(x )2".
Conséquence :
selon le lemme 1 et
I V. - Définitions.
A
quelques
variantesprès,
on définit usuellement[4, b], [7]
un groupespinoriel
en considérant :Soit le sous-groupe
Spini (Q)
des éléments g deG(n = 2r),
ou deQ+(n
= 2r +1)
tels que Det89
= 1.Soit, quand C(Q)
est unealgèbre
matricielle le sous-groupeSpin2 (Q)
des éléments B de
G(n
=2r),
ou deG+(n
= 2r +1),
tels queOn sait
[4, a] [7]
que cesalgèbres
matricielles sont dans les deux cas de dimension22’’.
Elles interviennent dans lesreprésentations spinorielles
ou
semi-spinorielles.
C’est un exercice facile laissé au
lecteur,
d’établir que si :V. -
Comparaison
des groupesspinoriels
et des
groupes
de Clifford réduits.Il est immédiat
que Det B 1
= 1équivaut
àDet 0B
=1,
doncSpini (Q)
=Spin2 (Q).
De même on voit queG0 ~ Spini (Q), n pair,
Spini (Q),
nimpair.
PROPOSITION 1.
a) Go
estidentique à Spini (Q) si n
= 2r etQ définie positive.
b) Go +
estidentique à Spini (Q)
= 2A- + 1 etQ définie.
c)
Dans tous les autres cas le groupe deClifford pair),
ouspécial impair)
est un sous-groupe d’indice 2 deSpini (Q).
Restreignons
N àSpini (Q)
et calculonsN(Spini (Q)).
n = 2r. S’il existe XE
E,
tel queN(x)
=(~)~ 0,
jeappartient
à Get on
peut
calculer A réel tel que~(~-)~
= -1, N(Spini (Q)
={ - 1, 1 }
et Spin1 Q G0 ~{- 1, 1}.
S’il n’existe aucun élément x ~ E tel que
(x)2
0 alorsN(g)
> 0 pour tout élément deGo
etGo
=Spini Q.
n = 2r + 1. Prenant ~ ~
3,
s’il existe deux éléments x et y tels que0,
onpeut
déterminer À réel tel que~(x)~)~
= 20141,
Si
Q
estdéfinie,
pour = u, g EG+,
g =03BBx1
... xh, hpair (lemme 1), N(g)
> 0 etGo+ = Spin 1 Q.
Notons que si n =
1, Det Og
=N(g)
doncGo + = Spinl Q.
VI. -
Algèbre
de Lie deSpini Q.
Revêtement de
O (Q ), n pair,
deSO (Q ),
nimpair.
Pour
l’intelligence
de cetarticle,
résumons brièvement certains résultatsexposés
dans le livre deChevalley [4, a].
Posons
= ~p ~ Spin 1 Q.
L’algèbre
de Lie du groupemultiplicatif C*(Q)
estC(Q),
le crochet[X, Y]
étant XY - YX = ad
X(Y),
cp s’identifie à lareprésentation adjointe
Adde G et
24 A. CRUMEYROLLB
G est un sous-groupe de Lie
topologique
deC*(Q)
dontl’algèbre
deLie
~(G)
estl’espace engendré
linéairement par les éléments(xy),
x, y EE,
et par un élément z, non
trivial,
du centre Z si n estimpair.
~.(G+)
estengendré
linéairement par les seuls éléments(xy),
x, y EE,
sa dimension1 )
+ 1 pour tout n.
n
pair, (resp r.(Go +),
nimpair)
est l’ensemble des éléments X E(resp ~.(G+),
nimpair),
tels que + X =0,
comme on le déduit aisé- ment de(3),
il en résulte facilement :On voit aussi que
L(Go +)
estengendré
linéairement par lesj, (e~)
étant une base de E.Déterminons maintenant
l’algèbre
de Lie deSpin! Q.
Considérons le sous-espace F deC(G) engendré
linéairement par lesproduits j, (ei)
étant une base deE,
de dimension2014201420142014 .
Si on suppose lerepère orthogonal,
on déduit deeie j = -
et despropriétés
de la trace :Si n =
2r, C(G) == C(G~)
est de dimensionn(n - 2 1)
+ 1 et on a pourbase les i
j
et 1. Si ~, ER*, 8~
a pour trace À.. 211 et exp(À . 2")
= 1entraîne que ~. =
0,
ainsi F =C(Spinl Q).
Si n = 2r +
1,
on raisonne de la même manière surC(G+)
et on aboutitau même résultat. On a donc :
PROPOSITION 2.
- L’algèbre de
Lie deSpini Q est engendrée
linéaire-ment par les
produits
ij
où(e~
constitue une base de E. Sa dimensionn(n - 1)
est 2
.
PROPOSITION 3. La restriction de 03C6 à
Spin1 Q
est uneapplication
ouverte.
De
(3)
on tire = adX, désignant l’application
tangente. estinjective
carXl Y - YX1 = 0,
pour tout Y entraîne queXl
E Z nF,
doncX 1
= o.est
donc unisomorphisme
de F sur Si X est un élé-ment d’un
voisinage ~
de O dansF,
par X -~ expX,
~ esthoméomorphe
à un
voisinage
‘17 de l’identité dansSpin1 Q.
Dès lors la chaîne d’homéo-morphismes
locauxmontre que est ouverte à l’identité donc
partout.
On a donc les
isomorphismes topologiques :
le lemme 2 assurant que
(Spint Q)
estégal
àSO(Q)
pour nimpair
et àO(Q)
pour npair (Det 0~
>0,
si n >1).
Remarquant
que ker estdiscret, ker 03C61 = { 2014 1,
1},
on a donc établique
Spin1 Q
est un revêtement.Remarques.
1 ~ Certains auteurs définissent
Spin 1 Q
en serestreignant
à la compo- sante connexe de l’identité.(Spini Q)
est alors lacomposante
connexe deSO(Q)
dans tous les cas.20 Les considérations
précédentes
montrent queGo+
etSpini (Q)
ontmême
algèbre
de Lie. On établit[4, a]
que siQ
est définieGo +
est connexe.Il en est encore de même si n >
2, Q
non définie. Si n =2, Go +
a deux com-posantes
connexes siQ
est non définie.La composante connexe de l’identité de
Spin! Q
est doncGo + (sauf
sin = 2 et
Q
nondéfinie) .
En
résumé,
les flèches montantesindiquant
des inclusions strictes et les cadres lescomposantes
connexes del’identité,
onpeut
dresser les tableauxrécapitulatifs
suivants :26 A. CRUMEYROLLE
n = 2r
Q définie positive
Q
nondéfinie
Remarquons
queSpin 1 Q
est connexe si et seulement si n estimpair
et
Q
définie.VII. - Le
groupe
« Pin » et legroupe
«Spin
».Les
développements précédents
laissentéchapper
le revêtement deO(Q) lorsque n
estimpair.
Pourpallier
cet inconvénient il est nécessaire de définir un autre groupe de Clifford. Nous nous proposons degénéraliser
les résultats donnés par
Atiyah,
Bott etShapiro
pourQ
définienéga-
tive
[1].
et
désigne
icil’automorphisme principal
deC(Q),
le groupe deClifford
cede
Q
est le groupe r deséléments g
deC*(Q)
tels que :Désignant
par pel’application
x 2014~ est unerepré-
sentation de r dans E. On
pourrait
facilement établir que le noyaude p
est
R* ;
on définiraitN(g)
= sig E h, N(g)
est dansR*,
N estun
homomorphisme
de r dans R* etO(Q).
Posons
r+
= r nC+(Q).
Nous établissons la PROPOSITION 4.Pour n =
2r,
G estd’après
le lemme1,
l’ensemble deséléments g
de28 A. CRUMEYROLLE
C*(Q)
de laforme g
=À.X1
... xk, À E R* et xi ... Xi nonisotropes
Inversement soit u E
O(Q),
u = ui ... u~, avec les notations du lemme1 ;
comme ui =
et p(xi
...x~)
= u, xi ... xhappartient
à F ets’applique
sur u de sorte que =
O(Q).
Si
p(g), g E r,
estégal
à u, g= Â.XI
... xh,donc g appartient
à G.Il est évident que =
SO(Q)
et que lecomplémentaire
der+
dans rse
projette
sur lecomplémentaire
deSO(Q)
dansO(Q).
Pour n = 2r + 1. De la même manière
si g
EG~, alors g
E F. SiuE0(Q),
u = ui ... uh,
posant
Ui = -p(x1
.. ,xh)
= u; or il est évident directement que xi ... xh est dans F et =O(Q).
Enfin sip(g), g
Er, est égal à u, g
=03BBx1
... xh E G. Si h estpair,
g eG+ =0393+ et p(0393+)
=SO(Q).
Si h est
impair, g
EG,
mais non àr+, p(y)
EO(Q) - SO(Q).
Remarque.
- Ilapparaît
que r est constitué par l’ensemble des éléments deC*(Q)
de la forme03BBx1x2
... xk, .î E R* et xi nonisotrope, i =1,
2 ...k,
x; E E. Cela nous
suggère
unedéfinition
directe.L’ensemble des éléments de
C*(Q)
de laforme 03BBx1x2
... xk contitue un groupe(vérification immédiate)
notér,
le sous-ensemble de ces élémentsavec k
pair
constitue un sous-groupe de0393 appelé r+ .
Le lemme 1 montre bien la raison de l’insuffisance de G pour « revêtir »
O(Q). Quand
n estimpair,
c’est lacondition g
=AXI
... xh, h nécessai- rementpair, qui
constitue un obstacle. Leremplacement
de~(~) == 2014 ~
= Ui et la
suppression
de cet obstacle assurent le succès de la deuxième méthode.Définitions.
Considérons le sous-ensemble de r constitué par l’ensemble des
éléments g
tels
que |Ñ(g)| =
1(ou
si l’onpréfère, |N(g)| = 1, puisque
...xJ.
C’est un sous-groupe fermé que l’on
pourrait
tout aussi biendéfinir, d’après
le lemme
2,
parDet 8g
= 1. Ce sous-groupe est noté PinQ.
On
appelle
alorsSpin Q
le sous-groupe de PinQ
que p envoie surSO(Q),
c’est-à-dire :
Il serait sans difficulté de montrer que
(p,
PinQ)
et(p, Spin Q)
donnentdes revêtements de
O(Q)
etSO(Q) respectivement.
Dans le cas n =
2r, g
est dansSpin Q
si et seulementsi g
=03BBx1x2
... xh, h pair et DetOg
= 1. Si n >2,
on a vu que lacomposante
connexe de l’identité de PinQ
estGo+, elle est contenue
dansG+
commeSpin Q,
doncc’est aussi la
composante
connexe deSpin Q.
Ainsi
Spin Q
etSpini Q
= PinQ
ont mêmecomposante
connexe de l’identité(Go +
pour n >2),
donc mêmealgèbre
deLie,
résultatqui
découled’ailleurs de la théorie des revêtements.
Toujours
pour n = 2r comparonsGo +
etSpin Q.
Il est évident queSpin Q.
Si
Q
est définieet g
ESpin Q, N(g)
>0,
doncN(g)
= 1 etSpin Q
=Go +, Spin Q
est donc connexe.Si
Q
n’est pas pdéfinie, N(g) ( )
0 estpossible
p et~{-1,1}.
.Go
+Remarques.
Tout élément de PinQ
étant de la forme g =03BBx1x2
... xk, xi nonisotrope,
ER*,
et tout élémentg’
deSpin Q
d’une formeanalogue
mais avec k
pair,
avec deplus N(g) = N(g’) =
±1,
il est évident queSpin Q
est d’indice 2 dans Pin
Q. D’après
les théorèmesd’isomorphismes
sur lesgroupes
donc
SO(Q)
esttoujours
d’indice 2 dansO(Q).
De même
La considération de N montre que - 1 ,
1 } si Q n’est
asLa considération de N montre que
Go
+ ~{ 2014 1,
1}
siQ
n’est pasdéfinie,
doncSO(Q) 1
est d’ordre 2 dansSO(Q).
Combinant les deux résultatsprécédents
on voit queSO(Q) 1
est d’indice 4 dansO(Q).
Onretrouve ainsi
indépendamment
le résultat bien connu : Le groupe de Lorentzgénéralisé a 4
composantes connexes pour toute dimension.Enfin nous noterons que si
Q
estdéfinie,
pour toutedimension, Spin Q
est connexe. Ce résultat très
simple
n’avait pas soncorrespondant
pourSpini Q.
30 A. CRUMEYROLLB
TABLEAUX RÉCAPITULATIFS
n=2r+1
Q définie
CHAPITRE II
VARIÉTÉS DIFFÉRENTIELLES
A STRUCTURE SPINORIELLE
V est une variété
réelle,
de dimension n, de classe C°° munie d’une struc- turepseudo-riemannienne.
La formequadratique
fondamentaleQ,
decomposantes
gafJ en coordonnéeslocales,
est donc nondégénérée
en toutpoint,
designature quelconque,
mais en raison de la continuité cettesigna-
ture est
partout
la même.ANN. INST. POINCARÉ, w-X 1-1 3
32 A. CRUMEYROLLE
I.
- Algèbre
deClifford
d’une variétépseudo-riemannienne.
L’algèbre
de CliffordCv(Q)
de V est lequotient
del’algèbre
tensorielle 0 deschamps
de vecteurs différentiables de V par l’idéal bilatère Jengendré
par les éléments de 0 de la formeEn
chaque point
x EV, Cv(Q)
induit naturellement unealgèbre
de CliffordCx(Q)
sur lesréels,
de dimension2", quotient
de 0Tx (Tx
espacetangent
à V enx)
par l’idéal bilatèreengendré
par les éléments de la formeOn sait que
Cx(Q)
est en tantqu’espace
vectorielisomorphe
àl’algèbre
extérieure
ATx [2],
un telisomorphisme
associe à la baseOn
peut
considérer queCx(Q)
est tout aussi bien induite parl’algèbre
de Clifford
Cu(Q),
où U est un ouvert de V contenant x. Si U est le domainede coordonnées
(x~), Cu(Q)
est unealgèbre
sur l’anneau des germes des éléments de " de dimension2"
de base 1 ...~2014)
et ilexiste encore un
isomorphisme Coo(U)
linéaire avecAD1(U).
Plus brièvement on
peut dire,
avec unléger abus,
queCv(Q)
est un fibrévectoriel,
de groupe structuralO(Q),
« fibré enalgèbre
localement trivial » ; à toute section locale deA(V)
se trouve associée une section deCv(Q)
quenous
appellerons
unchamp
local différentiable cliffordien.II. -
Représentations spinorielles.
Nous revenons à la considération de
l’algèbre C(Q)
d’un espace vecto- riel E de dimension n sur un corps K commutatif.10 = 2r.
C(Q)
estcentrale, simple [2].
Toutes lesreprésentations
irréductibles deC(Q)
sont doncéquivalentes [2].
Siplus particulièrement Q
est d’indicemaximum r
[2],
donc neutre,l’algèbre C(Q)
estisomorphe
à celle des endo-morphismes
d’un espace vectoriel S de dimension 2r. Il estclassique [2]
de construire une
représentation
irréductible(ou spinorielle)
deC(Q)
enutilisant une
décomposition
de Witt deE,
E = F E9F’,
où F et F’ sont dessous-espaces totalement
isotropes
maximaux(en abrégé
s. t. i.m.),
etprenant
S = AF de sorte que cettereprésentation spinorielle p’
est telle que si(~ 11)
E F xF’, //(~) = ~
et//M
=2t]L (çA multiplication
extérieureà
gauche produit
intérieur droit paryy).
Nous utiliserons
lorsque Q
est neutre desbases,
dites bases de Witt deE,
xi, ..., X" ~i, ’ ’ .?J~ telles que les x;(resp Yi)
constituent une base de F(resp F’)
avec3~) =
de sorte que F et F’ sont mis naturelle-ment en dualité.
Définissons
f
= yl y2 ... Yr,f
est définie à un facteur scalaireprès,
les yiengendrant
unesous-algèbre
deC(Q) isomorphe
à AF’.LEMME 1. - On peut trouver une
représentation spinorielle p’
dansS =
AF,
telle que pour tout uappartenant
à S et tout élément w deC(Q) :
Nous donnerons de ce
lemme,
constamment utilisé dans[4, a],
une démons-tration directe.
Définissons p par
p(w)(uf)
=wuf,
p est unereprésentation
deC(Q)
dansC(Q)/,
p estinjective puisque C(Q)
estsimple,
et en raison de la dimension deC(Q)f qui
est visiblement2~ l’image
deC(Q)
par p est End(C(Q) . f ).
p est une
bijection
deC(Q)
surl’algèbre
End(C(Q)f ),
donc unereprésen-
tation
spinorielle
deC(Q).
Enappelant
il’isomorphisme
linéaire deC(Q)f
sur S défini par
p’
est unereprésentation équivalente
à p deC(Q)
dans S et(p’(w) . u) f -- wuf.
(Un
calcul de routinepermettrait
de vérifier quep’
est lareprésentation
ainsi
désignée plus haut, cependant
ce résultat estinutile).
Nous avons
supposé Q
neutre, si tel n’est pas le cas et si K =R,
nouscomplexifions
E enE~,
étendonsQ
enQ’
et considéronsl’algèbre C(Q’) isomorphe
à lacomplexifiée
deC(Q). Q’
est neutre et les considérationsprécédentes
sont valables(Si
K étaitquelconque
onplongerait
K dans K"algébriquement clos).
C+(Q)
estcentrale, simple [2].
Si deplus Q
est d’indice maximum r,.C+(Q)
estisomorphe
à End S avec dim S = 2’.34 A. CRUMEYROLLE
C + (Q)
estisomorphe
àC(Qi) où, C(Qi)
estl’algèbre
de Clifford del’espace
F E9F’,
tel que~o
étant nonisotrope,
F eF’ E9 (ço)
soit unedécomposition
de Witt deE,
avecQ1(y) _ -
E F E9 F’.Q1
est neutre. sereprésente
commeC(Q) lorsque n
= 2r.C+(Q)
admet donc une
représentation spinorielle
p +qui peut
seprolonger
dedeux manières
inéquivalentes
enreprésentation
irréductible p deC(Q) (On
pose p = p+ olp, ou p+ avec = ul + u2, ou ui - u2, siu = ui + u2z E
C(Q),
z étant un élément non trivial du centre de carré1,
ui et u~appartenant
àC + (Q) ;
on serapportera
au livre deChevalley [4, aD.
Remarque.
Revenant au cas K =R,
lesreprésentations
irréductiblesprécédentes (n
=2r,
ou n = 2r +1)
donnent desreprésentations
de PinQ qui
sont irréductibles carC(Q)
s’obtient par combinaisons linéaires d’élé-ments de Pin
Q
comme on le voit aisément.Les éléments des espaces de
représentation
étantappelés spineurs
nousne
parlerons plus
bas que de variétésspinorielles
etpoint
de variétés «pino-
rielles ». De
plus
en seplaçant
dansC+(Q)
lesreprésentations
çet p
sontidentiques.
III. -
Spineurs. Repères spinoriels.
Champs
locaux despineurs.
n=2r.Comme nous l’avons
déjà dit,
unspineur
est un élément d’un espace vectoriel de dimension finie 2r surlequel opère
unereprésentation
irré-ductible de
l’algèbre
de CliffordC(Q).
Nous prenons pour espace de base un espace E de dimension n sur
R,
muni d’une forme
quadratique Q
nondégénérée. Supposons
que dans unrepère
orthonormé(ei ,
e2 ...e~),
et pour fixer les idées que
k (n - k).
On a unedécomposition
de Wittde
E~
enprenant :
Nous dirons que
(~ 1,
...,~ ~ " -~ ~) (noté
constitue la base de Witt associée à la base orthonormée réelle(ei)
deE~.
A une base réelle .1t deE~
est donc associéeinjectivement
par leprocédé précédent
une basede Witt W.
Cependant
si on se donne une base de Wittquelconque
deE~,
le calcul inverse de celui que nous venons de faire donne une base ortho- normée de
E~
et rien ne nouspermet
d’affirmer que c’est une base de E.Elle
provient
d’une base orthonormée de E par un élément deO(Q’), Q’
com-plexifié
deQ.
Soient g =
(ç b
et W =(xi, Y j)
deux bases de Witt associées à des bases réelles orthonormées deE~
par leprocédé précédent,
telles que la deuxième base réelle se déduise de lapremière
par un élément T deO(Q). Soit g
E PinQ,
l’un des deux éléments tels quep(g)
= i, g est défini ausigne près (*).
est une base de
C(Q’)f U
= yi ...Yr),
espace desspineurs
pour larepré-
sentation p du II.
Si on
remplace Q
par une autre base de Witt Q’ associée à une base réelle orthonormée deE~ :
on
peut remplacer g par g’ =
yg et ~ par(On
note que e;, = T EO(Q),
pourtout 1, équivaut
à’i’
=-r(ç)
et’1 j’
~-r(r j)
pour tout i et toutj).
Nous pourrons convenir de dire
que West
« au-dessus » de R et J’ « au-des-sus » de ~R/. Observons que
ne sont définis
qu’au signe près,
de sorte que l’on a « au-dessus » d’unrepère 3t,
lesrepères ~
et( - ~).
Si #
est l’élément de défini par unspineur rapporté
aupremier repère lf, #’
l’élément de C2" défini par ce mêmespineur
dans lerepère ~’,
(*) Pour la commodité des notations, p désigne ici l’application appelée 03C6 dans le chapitre premier (Pin Q =
Spini
Q pour n = 2r).36 A. CRUMEYROLLE
alors
#’ = (p(y)) ~
où(p(y)) ~
estconsidéré,
avec unléger
abus de nota-tion comme
endomorphisme
de C2r.W étant
fixée, J
estunivoquement
associé à(Jt, g),
nousappellerons (jt, g)
un «repère spinoriel
» deC(Q’)f «
au-dessus » de 3t.Un
spineur,
élément deC(Q’)f,
oùopère
àgauche
PinQ,
est donc par- faitement défini par untriplet
g,~),
cetriplet pouvant
être choisi d’une infinité de manières. Deuxtriplets (A, g, ~)
et(jt’, g’, ~’) définiront
lemême spineur, si et seulement si,
posant y = (g, g’
E Pin Q)
Cela
suggère
la définition suivante :[5], j7] :
DÉFINITION 1. - Un
spineur
« attaché à unereprésentation complexe
pi de PinQ
» est une classed’équivalence
detriplets (j{"
g,~),
3trepère
ortho-normé réel de
E~,
g E Pin EC2’, (9i.’, g’, #’)
étantéquivalent
à g, si et seulement si les relations(1)
sontvérifiëes
en prenant Pl au lieu de p.Avec les notations de Lichnerowicz
j7],
~, = z, ~,’ =z’,
z’ = z~,(1)
s’écritavec p 1 au lieu de p :
Nous conviendrons de dire dans tous les cas que
(.1t, g)
est unrepère spinoriel, g)
et(J~’, g’)
définissent le même espace despineurs,
si etseulement si :
Notons bien que
g) ~ (9i., - g).
On observera
qu’un spineur
au sens de la définition 1 n’est niréel,
nicomplexe,
car dansl’espace complexe
dereprésentation opère
seulementPin
Q
et non PinQ’.
Dans cequi suit,
on choisira lareprésentation
p.PROPOSITION 1. - W =
(xj, Yj)
étant une base de Witt associée à unrepère
réelorthonormé,
et choisie unefois
pour toutes, toutrepère spinoriel
peut se
définir
par 2r éléments deC(Q’)
de laforme
où SZ =
(~i,
est une base de Witt associée à unrepère
variable réel ortho-normé,
tel que W =En
effet,
si Q est associée à R et si lescomposantes de 03C8
dans lerepère spinoriel (~, g)
sont onpeut identifier #
àet cette identification est
intrinsèque,
car dans lerepère g’), = (~,~ r~l’),
appartenant
au même espace despineurs,
decomposantes
est identifié de la même manière àDonc
d’après (1), (3t, g)
s’identifie ... ... yr}.
On note
cependant
que le choix de W est arbitraire. Cela donne de l’inté- rêt à laproposition
suivante.PROPOSITION 2. - Soient W =
Yj),
W’ =(xi., y~.)
= W desbases de Witt associées à des
repères
orthonormés réels. Posons :Alors ~ et ~’
définissent
le même espace despineurs
si et seulement si :(8
= 1équivaut
à ~ ESpin Q
siQ définie négative,
E = 1 siQ
estdéfinie positive).
Le
diagramme (4)
ci-dessous fixant lesnotations,
et
(~,, g), (9i,’, g’)
définissant le même espace despineurs,
on a nécessaire- ment,puisque
A’ =Or
de sorte que
38 A. CRUMEYROLLB
Les remarques concernant 8 viennent de la
comparaison
deGo, Spin Q
et Pin
Q [chapitre premier].
Réciproquement : Si f ’
=el,
montronsque J
et J’définissent
le même espace despineurs.
Il estpermis d’après
les résultatsantérieurs
de suppo-ser
que R = R’;
alors :f ==ç it
...03BEihg03B4-1 f’ = ~03BEi1
... il suffitdonc d’établir que
De
f’ = E f
on tire cequi
entraîned’après [4
a,chapitre III]
queRemarque.
Si(, ~)
et( ~’, ~’)
définissent le mêmespineur,
nécessai-rement les s. t. i. m.
définis
par y1y2 ... yr etyl
...yr
sontidentiques.
Changement
dereprésentation.
Une
représentation spinorielle p’ remplaçant
lareprésentation
p, alors il existe unisomorphisme
0 des espaces desreprésentations
tel que :0
peut
être considéré comme élément deGL(2~,
étant défini commeprécédemment,
nous dirons que est unrepère spinoriel
au-dessusde
~.pour
lareprésentation
p. Cette définition est bienintrinsèque
card’après (5) :
Deux
spineurs
définis par leséléments #
et#’
de C2r etcorrespondant
auxreprésentations
p etp’
se déduisent l’un de l’autrepar 03B8
si et seulement si§(lf) = #’(0(lf~),
c’est-à-dire si leurscomposantes
dans ~ et0(~)
sontégales.
Revenons à la variété V de dimension n = 2r. Un
champ
local despineurs
au-dessus de
U,
ouvert deV,
sera uneapplication
différentiable de U dans C2r : x-~~
telle que pour tout xfixé, x E U, "’"
soit unspineur
pourl’algèbre
de Clifford
C~(Q’)
au sens donné par la définition 1.Avec la
représentation
pparticulière utilisée,
sisont définis comme
plus
haut au-dessus deU,
unchamp
local despineurs
au-dessus de U sera défini par
avec les conditions usuelles de différentiabilité.
Avec les notations de
Lichnerowicz,
et de manièreéquivalente,
unchamp
local de
spineurs
sera uneapplication #
de U dans C2" telle quepour tout y~ dans Pin
(Q).
IV. -
Spineurs. Repères spinoriels
etchamps
locauxde
spineurs n
= 2r +1,
r > 0.Nous utilisons
II,
2~.Nous
appelons spineur
tout élément d’un espace vectoriel de dimension 2rsur
lequel opère
unereprésentation
irréductible deC+(Q).
Dans un
repère
orthonormé si :on forme une
décomposition
de Witt :où F et F’ sont construits comme pour n = 2r. Comme
plus
hautC1 =
(~i, ell)
et W =(xi,
y j,zn)
sont deux bases de Witt associées à des bases réelles orthonormées deE~.
est une base de
C+(Q’f f
= yi ... yr, espace despineurs
pour lareprésentation
p de donc espace d’unereprésentation
irréduc-tible de
C+(Q).
Si 3t =(el,
...,cj
estremplacé
par3t’,
base réelle40 A. CRUMEYROLLB
orthonormée et si 9i.’ =
p(y)(),
y ESpin Q,
on a alors comme au m :La définition 1 s’étend
ipso facto
ainsi que les remarques etpropositions qui
lasuivent ;
il suffit deremplacer partout n
=(~ 11 j)
par D =(~i, ~)
et faire le
changement analogue
pour W(on
devra toutefois se restreindre àSpin Q puisqu’on
nereprésente
queC + (Q)).
Sur la varité V de dimension 2r +
1,
unchamp
local despineurs
au-dessusde U ouvert de
V,
se définira commeplus
haut mais enpostulant
que pourx ~
U, #x
soit unspineur
pourl’algèbre
de Clifford(On
remarquera quel’isomorphisme
deCx(Q)
sur étend l’isomor-phisme (y)x
-~(e"y)x,
yxE (F
E9F’)x,
cetisomorphisme dépend
doncdifférentiablement de
x).
V. -
Remarques
etgénéralisations
diverses.Si
r(Q’), F(Q)
sont les groupes de Clifford-03B1 deC(Q’)
etC(Q),
si l’ondéfinit Pin
(Q’)
comme le sous-groupe der(Q’)
formé par leséléments g
tels que
N(g) =
±1,
onpeut
introduire desspineurs
attachés à unerepré-
sentation
complexe
pi de ces divers groupes et lesrepères correspondants.
Avec Pin
(Q3, i, g) ~ (:R’, g’)
entraîne(~, (~,
avecs == 2014
1, i,
-i..Avec
r(Q’), g) - g’)
entraîne(~, g) - (~’, 8g’),
avec e E C*.Avec
r(Q), (9i,, g) ~ (J~~ g’)
entraîne(~ g) ~ (~, g’),
avec e E ~*.La
proposition 2,
s’énonce de la mêmemanière,
avecquelques légères
modifications :
~ et if’ définissent le même espace de
spineurs
si et seulement si :VI. - Condition nécessaire et suffisante d’existence d’une structure
spinorielle complexe
sur une variété
pseudo-riemannienne.
DÉFINITIONS.
- Q
esttoujours
nondégénérée
d’indicequelconque.
Selon
Lichnerowicz,
nous disons que V admet une structurespinorielle,
s’il existe sur V un fibré